Les Grands Motets de Rameau et Mondonville par William Christie

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Rameau, Mondonville : les Grands Motets en concert. William Christie. 22>29 juillet 2014.  Lessay, Salzbourg, Beaune, Londres… En 2014, l’agenda des concerts met en avant l’inspiration sacrĂ©e de Rameau ; Un interprĂšte d’exception offre sa vision des Grands Motets de Rameau mis en perspective avec ceux de son cadet, Mondonville : William Christie. C’est le maĂźtre pour tous, pionnier de la reconnaissance de Rameau en France et dans le monde, et son meilleur serviteur, le plus inspirĂ©, Ă  la tĂȘte de ses fascinants Arts Florissants
 Bill l’enchanteur dirige 4 dates (les premiĂšres d’une vaste tournĂ©e internationale qui dĂ©bute donc en France et en Europe Ă  partir du 22 juillet et passe par Lessay, Salzbourg, Beaune puis Londres… voir dĂ©tail de la tournĂ©e, dates et lieux en fin d’article ). Avant d’ĂȘtre le gĂ©nie de l’opĂ©ra, Rameau, tĂącheron plus ou moins connu, plus ou moins apprĂ©ciĂ© pour ses Ă©carts imprĂ©visibles Ă  l’orgue (ses improvisations fascinent et terrifient Ă  la fois par leurs audaces) dans plusieurs paroisses Avignon, Clermont-Ferrand, Montpellier, Dijon
, apprend, perfectionne son mĂ©tier. Avant Paris (rejoint en 1722), le compositeur prĂ©pare son sĂ©jour Ă  la Cour, traitant dĂ©jĂ  la forme officielle (Lullyste) du grand motet. InspirĂ© par le cĂ©rĂ©monial liturgique officiel dont celui royal, pour l’Ordinaire des Messes, Rameau s’intĂ©resse au genre qu’il renouvelle considĂ©rablement avec cette touche dramatique, cette science harmonique et mĂ©lodique dont il a le secret. C’est un poĂšte du verbe biblique et un architecte dans l’Ă©criture chorale, instrumentale (dĂ©jĂ  d’un souffle symphonique). Le dijonnais enrichit sensiblement le genre qu’avant lui, Lully et Dumont ont portĂ© Ă  Versailles en une forme accomplie.

Solennité et profondeur du Rameau sacré

TournĂ©e. William Christie dirige Belshazzar de HaendelEn d’autres termes, pas encore auteur lyrique, Rameau importe dĂ©jĂ  l’opĂ©ra Ă  l’église : ses motets offre une ambition des moyens expressifs jamais vue jusque lĂ . D’un corpus certainement plus Ă©tendu Ă  l’origine, il nous reste principalement trois motets, d’un souffle et d’une portĂ©e lĂ  aussi visionnaires, dont l’expressivitĂ© et les audaces musicales annoncent les grandes rĂ©alisations Ă  l’opĂ©ra, Ă  partir des annĂ©es 1730 (1733: crĂ©ation scandaleuse d’Hippolyte et Aricie). A l’église, Rameau apprend et perfectionne le mĂ©tier. A l’opĂ©ra, il rĂ©vĂšle son gĂ©nie.
VĂ©ritable acte de ferveur, volontiers thĂ©Ăątral, le grand motet d’une durĂ©e moyenne de 20 mn ouvre la messe, avec faste et solennitĂ© (rĂ©unissant chƓur, solistes et orchestre). Lui succĂšde, piĂšce plus intime, le petit motet pour solistes et basse continue. Enfin, conclusion majestueuse, propre Ă  la monarchie française, le Domine salvum fac regem apporte une fin digne du cĂ©rĂ©moniel royal.
Trois piÚces majeures ont subsisté à ce jour (une quatriÚme Exultet coelum laudibus avait été redécouverte puis disparut de nouveau) : In Convertendo, Deus noster refugium, Quam dilecta tabernacula.


Tournée des Arts Florissants, William Christie
9 dates : du 22 juillet au 11 octobre 2014
Christie William portrait 290De son cÎté William Christie, maßtre incontestable de la dramaturgie ramiste, alterne les motets de Rameau avec ceux de son successeur Mondonville dont il partage la qualité des mélodies et le sens de la caractérisation dramatique : Dominus Regnavit et In exigu Israel sont mis en regard avec deux motets de Rameau : Quam dilecta et In convertendo Dominus.
DĂ©jĂ  abordĂ©s au concert et au disque (sublime rĂ©alisation), les motets de Mondonville permettent Ă  Bill d’affiner encore son geste musical, dĂ©voilant chez le Narbonnais, une thĂ©ĂątralitĂ© palpitante hĂ©ritiĂšre des accomplissements de son aĂźnĂ© Rameau : solennitĂ© mais humanitĂ©, ferveur et raffinement, vivacitĂ© prodigieuse, construction harmonique audacieuse, articulation du verbe ciselĂ©e, mordante, agissante. Sans Ă©lĂšves directs, Rameau a su transmettre sa gĂ©niale crĂ©ativitĂ© : Dauvergne comme Mondonville aprĂšs lui savent perpĂ©tuer son style autant orchestrale, chorale que vocale


Tournée Grands Motets de Rameau et de Mondonville
William Christie, direction
9 dates 2014 : Abbaye de Lessay (22 juillet) – Salzbourg (25 juillet) – Beaune (27 juillet) – BBC Proms (29 juillet) – puis aprĂšs l’Ă©tĂ© : CitĂ© de la musique (2 octobre) – Ambronay (4 oct) – Versailles (7 octobre) – Poissy (10 octobre) – Royaumont (11 octobre)

Toutes les infos sur le site des Arts Florissants William Christie

Les derniers enregistrements de William Christie et des Arts Florissants :

Belshazzar de Handel (CLIC de classiquenews)
Le Jardin de Monsieur Rameau (CLIC de classiquenews)

 

 

Pourquoi y aller ? Nos 3 raisons qui rendent ce programme en tournée, incontournable :
- Parce que le geste noble, élégant, raffiné de Bill (William Christie) reste inégalé chez Rameau.
- Le souffle dramatique des grands motets font des Motets de Rameau comme de Mondonville de véritables fresques lyriques et symphoniques.
- Pour l’annĂ©e Rameau 2014, aborder la ferveur ramĂ©lienne par son meilleur interprĂšte est un must absolu pour tout amateur de Baroque français.

rameau portraitD’In convertendo Ă  In exitu Israel… Le souffle biblique. Le programme dĂ©fendu par Les Arts Florissants en grand effectif met heureusement en regard deux musiciens experts dans l’Ă©criture ambitieuse associant chƓur, orchestre, solistes. Les Grands motets de Rameau et de Mondonville illustrent l’essor de la littĂ©rature sacrĂ©e en France au XVIIIĂšme siĂšcle.
D’une durĂ©e Ă©gale, In Convertendo du premier et In exitu Israel affirment la science et l’expertise dans la grande forme de Rameau (1683-1764) comme de son suiveur Mondonville. In Convertendo met en avant la soprano et son double (hautbois, pastoral et aĂ©rien), dialoguant avec le chƓur ; avant d’ĂȘtre l’immense compositeur d’opĂ©ras (Ă  partir de 1733 avec Hippolyte et Aricie), Rameau se montre Ă©lĂ©gant, virtuose dans les formes concertantes, en particulier dans le trio (pour baryton, soprano, tĂ©nor) souple et d’une Ă©loquence onctueuse (Qui seminant in lacrimis). Les choeurs y sont flamboyants, d’un contrepoint prĂ©cis, dansant, immensĂ©ment virtuoses lĂ  encore. Chaque dĂ©tail de l’orchestre, chaque intervention des solistes et du choeur relĂšve d’un esprit prĂ©cis qui a le souci de l’exactitude expressive et dramatique.
Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieMondonville (171-1772), aprĂšs Rameau, semble recueillir de son illustre aĂźnĂ© l’esprit de la grandeur mais aussi tout autant la profondeur et un sens de la noblesse tragique trĂšs emblĂ©matique du Versailles XVIIIĂšme. Le chant choral y atteint comme chez Rameau un flamboiement dramatique d’un souffle qui annonce les grandes fresques Ă  venir celles de Gossec et mĂȘme de Berlioz. Son Dominus Regnavit (choeur solennel ” Elevaverunt flumina “, synthĂ©tise depuis Lully, la ferveur piĂ©tiste individuelle au mĂȘme titre que l’arche grandiose des cĂ©lĂ©brations officielles.  “In exitu Israel ” (1753) est de loin le plus captivant, Ă©tourdissant par l’imaginaire poĂ©tique que son traitement musical suscite. Extrait du Psaume 113, le texte Ă©voque l’Ă©lĂ©ment marin Ă  l’Ă©poque de l’exode des IsraĂ©lites : d’abord description lente et statique (Mare vidit) puis rapide et intensĂ©ment dramatique lorsque les eaux se retirent en une sĂ©quence vocalement flamboyante digne des plus belles pages  lĂ©guĂ©es par Rameau, lui-mĂȘme maĂźtre des Ă©lĂ©ments (par ses nombreuses tempĂȘtes, tremblement de terre)… Le chƓur des Arts Florissants comme la direction nerveuse, Ă©lĂ©gantissime et finement caractĂ©risĂ©e du dramaturge Christie relĂšvent les dĂ©fis multiples de partitions parmi les mieux inspirĂ©es du baroque français. Choeur, orchestre, solistes expriment en images puissantes et violentes la force et le sens profond du rĂ©cit biblique.

Illustrations ci dessous : Rameau et Mondonville (DR)