CD, coffret événement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opérettes / operettas Collection (30 cd Warner classics).

offenbach operas & operettas collection 30 cd warner classics centenaire naissance dossier offenbach 2019 classiquenewsCD, coffret événement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opérettes / operettas Collection (30 cd Warner classics). Après un excellent coffret Berlioz, également édité pour l’anniversaire 2019, voici en 30 cd, l’intégrale Warner OFFENBACH, qui permet de mesurer la verve prolifique du Jacques des Boulevards, roi autoproclamé de la pantalonnade. Esprit canaille, libertin critique, Offenbach a su faire rire et divertir la bonne société du Second Empire, tout en épinglant en un savant jeu de miroir, les travers et les abus comme l’immoralité de son esprit de fête (comme rameau à son époque, à la Cour de Louis XV, pour lequel il réinvente le genre lyrique, mêle les registres… comme Offenbach, un siècle après.
Warner classics a pris soin d’équilibrer sa sélection. Il n’y manque qu’un seul ouvrage de valeur, le premier Les fées du Rhin, magistralement créé à l’opéra de Tours en 2018 (Classiquenews était présent et a réalisé un documentaire sur le sujet, jalon majeur de notre connaissance de Jacques Offenbach / VOIR notre reportage Les Fées du Rhin, Opéra de Tours, oct 2018). Cette opéra de jeunesse qui rivalise avec Weber et Wagner comme le grand opéra français était jusque là connu … dans sa version allemande car il faut créé à Vienne et chanté en allemand. Offenbach demeure un compositeur également fêté de chaque côté du Rhin, en France et Allemagne. Double tradition que prend en compte intelligemment le coffret Warner classics : y paraissent ainsi dans les deux langues, Orphée aux enfers, La Belle Hélène, La Vie Parisienne, Les Contes d’Hoffmann, en un jeu de lectures parallèles qui nourrit la vision des drames et comédies et relativise la place de Jacques en France…

Bicentenaire OFFENBACH 2019Le coffret Warner est un absolu indispensable. On y retrouve ainsi les premiers ouvrages et les grands standards, les petites perles oubliées et les opus majeurs (par ordre d’apparition dans le coffret : Ba-ta-clan (Orc JF Paillard, Marcel Couraud), Les Bavards (ORTF, Marcel Couraud), Orphée aux enfers (Capitole, Plasson avec Rhodes, Mesplé, Sénéchal, Berbié, Lafont…le nec plus ultra du chant français articulé et mordant), auquel répond la version en allemand, car Offenbach fut joué et reste à l’affiche de nombreux théâtres allemands, chanté dans la langue de Goethe (Orpheus in der Unterwelt, Phil. Hungarica, Willy Mattes), La Belle Hélène (Jessye Norman, Bacquier, Lafont, … Capitole / Plasson), et donc Die Schöene Elena (Münchner Rundfunkorchester, Willy Mattes), La Vie Parisienne (Crespin, Sénéchal, Mesplé, … Capitole, Plasson), Pariser Leben (Anneliese Rothenberger, Münchner Rundfunkorchester, Willy Mattes)… ; La fille du Tambour major (Orch Sté des Concerts du Conservatoire, Félix Nuvolone) ; La Grande Duchesse de Gerolstein (extraits, Eliane Lublin, JP Marty), Die Großherzogin von Gerolstein (Enriqueta Tarrés, Kölner RForchester, Pinchas Steinberg) ; La Périchole (Berganza, carreras, Bacquier, Sénéchal… Capitole, Plasson) ; Les Brigands (Le Roux, E Vidal, … Opéra de Lyon, Gardiner); Pomme d’Api, Monsieur Choufleuri, Mesdames de la Halle (Mesplé, Lafont, Trempont… Orch Philh. Monte Carlo, Manuel Rosenthal). De même, fermant la collection, dans une même combinaison bilingue complémentaire : Les Contes d’Hoffmann (Neil Shicoff, Murray, Plowright, Jessye Norman, La Monnaie, S Cambreling) / Hoffmanns Erzählungen (Siegfried Jerusalem, Norma Sharp, julia Varady, Dietrich Fischer-Dieskau… Münchner RForchester, Heinz Wallberg)…
Bonus découverte : les cd 29 et 30, respectivement : récital Offenbach de Jane Rhodes (Orch Bordeaux, Roberto Benzi), enfin La Gaîté Parisienne (Suite orchestrale, par Orch Monte-Carlo, Manuel Rosenthal ; version pour 3 pianos), puis inédits, Offenbach mélodiste, auteur de joyaux à redécouvrir, et à goûter grâce aux dons du diseur François Le Roux (« 6 fables de la Fontaine », dont le délectable « Le Savetier et le financier »,… très actuel, avec Jeff Cohen au piano).

CLIC_macaron_2014Parce qu’il souligne la grande tradition du chant français – à une époque où le chanteur sait articuler et défendre non pas une voix, (sa voix) mais un texte, de surcroît s’agissant de grands chanteurs d’opéras ; parce qu’il dévoile tout autant la tradition outre-Rhin des opéras d’Offenbach chantés à Cologne, à Munich… en allemand (d’autant plus avec le concours de grands chanteurs wagnériens : écouter Hoffmanns Erzählungen)… ; pour les mélodies ainsi dénichées qui devraient figurer avec Berlioz, Poulenc, Debussy, Ravel ou Chausson, Massenet et Hahn, dans tout concours de mélodie française qui se respecte… le coffret OFFENBACH concocté par Warner classics pour l’année Offenbach 2019 est un incontournable / indispensable. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

CD, coffret événement, annonce. BERLIOZ : the complete works (27 cd Warner classics).

BERLIOZ hector the complete works integrale cd berlioz 2019 Warner classics critique annonce review par classiquenews 50583702_10156825611121181_2459893251214147584_nCD, coffret événement, annonce. BERLIOZ (27 cd Warner classics). Mort à Paris le 8 mars 1869, Hector Berlioz ressuscite en cette année 2019 pour le 150è anniversaire de sa mort. La France qui le boude toujours, en particulier à l’opéra et au concert, continue étrangement de jouer davantage Brahms, Mendelssohn, Schumann, et tous les auteurs romantiques germaniques, sans omettre Wagner… Il serait temps de rétablir en France, le génie des Romantiques français à l’opéra et dans les salles de concert, à commencer par le premier d’entre eux, Berlioz, auteur fabuleux et sublime qui en 1830, obtient le premier prix de Rome (après 3 tentatives soutenues par Lesueur) et aussi réinvente la symphonie après Beethoven, Mozart et Haydn, avec sa Fantastique, opus à la fois autobiographique, mais au vocabulaire neuf, et au souffle poétique inédit.

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsAprès le LSO, London Symphony Orchestra et l’intégrale des enregistrements réalisés par Colin Davis (coffret LSO Berlioz The Odyssey, édité en décembre 2018), le pionnier de la renaissance berliozienne (Berlioz Revival), voici un second coffret événement – édité par Warner classics ce 2 février 2019, qui démontre en 27 cd, toutes les facettes du génie Berliozien. Le livret de 164 pages réunit les dernières sources de réflexion de la recherche concernant aussi l’auteur des Nuits d’été et des premières mélodies dignes de ce nom : quand il ne recrée pas la magie des instruments seuls dans le vaste bouillon symphonique, Berlioz sait aussi réconcilier drame, chant, poésie : c’est un dramaturge né, virtuose des fresque épiques. Le Romantique épris de Beethoven, Weber, Spontini, fut aussi un fervent militant de Gluck et de Virgile comme de Shakespeare : moderne et visionnaire, Berlioz demeure un grand classique.
Voilà ce que nous dévoile la passionnante collection d’enregistrements de ce coffret de 27 cd. Incontournable. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

Points forts
du coffret HECTOR BERLIOZ, the complete works – 27 cd WARNER

Partitions clés :
Les Troyens par John Nelson
Symphonie Fantastique / Lélio par Jean Martinon
Les Nuits d’été par Janet Baker et John Barbirolli
L’Enfance du Christ par John Eliot Gardiner
La Damnation de Faust par Kent Nagano

Premières mondiales :
Fragments de La Nonne sanglante (version de 2018 avec Véronique Gens).
Le temple universel, 1861.
Le dépit de la bergère, circa 1819.
2 Fugues, 1826 et 1829 pour orgue.

Les premiers enregistrements BERLIOZ
dont La Damnation de Faust – Maurice Renaud, 1901 (« Voici des roses », sérénade de Méphistophélès : « devant la maison »…) ; Didon par Marie Delna et Félia Litvine : Symphonie fantastique par Rhené-Baton (1924)…

LIRE aussi notre grand dossier BERLIOZ 2019

Martinon à Chicago : l'âge d'or !JALON MAJEUR : Le diptyque Symphonie Fantastique / Lelio par Jean Martinon (Paris, 1974 – dans le coffret BERLIOZ WARNER classics – cd2). Fleuron de la somme discographique WARNER classics, la Fantastique de l’insurpassable Jean Martinon, pilotant avec une acuité vive, d’une ivresse absolue et en une urgence extatique, l’Orchestre national de l’ORTF. La vision d’avril 1974 dépasse tout ce que l’on a écouté jusque là : clarté miraculeuse, phrasés d’une rare éloquence, brillant intérieur, sans démonstration ni pathos ; la précision et la profondeur sont jubilatoires. La sensibilité instrumentale du chef supermaestro se dévoile dans la conception esthétique même du Bal où rayonne le clairon au dessus de l’orchestre, soulignant ce goût du timbre et de la couleur propre au Français. Le chef sonde chaque phrase, cherche à exprimer son enjeu, son sens profond. La palette des émotions, l’implosion des affetti, et passions du Romantique Berlioz sont ciselées, exacerbées, articulées surtout avec une sincérité saisissante. Après le volet plus connu de la Fantastique, le chef joue enchaîné Lelio, le second volet, plus « bavard », chanté (Nicolai Gedda, assez distancié et comme peu engagé), mais avec le choeur funèbre des ombres (Froid de la mort) qui avant les Troyens, développe ce thème de la grande déploration collective, thème cher au cÅ“ur éprouvé d’Hector. Mais en créateur délivrant des messages autobiographiques d’importance, Berlioz dans Lélio réinvente le genre symphonique, assemble des séquences ailleurs sans lien : monologue parlé, ballade/mélodie d’Horatio (L’onde frémit), chanson de brigands (qui rappelle probablement ses années d’errance en Italie, les plus heureuses de sa jeune vie de pensionnaire et lauréat du Prix de Rome…). Homère, Ossian, Shakespeare sont ainsi proclamés, célébrés tels ses dieux et ses poètes mentors, les seuls qui inspirent son Å“uvre musicale. L’auditeur apprend donc beaucoup en (re)découvrant ses diptyque : Fantastique / Lelio (ou le retour à la vie). D’autant que cynique et ironique, Berlioz l’insoumis, fustige aussi le goût étroit des faux critiques et juges académiques. Martinon embrasse la pluralité d’un massif symphonique hors normes ; il lui injecte son acuité expressive, sa profondeur poétique. De sorte que nous avons là la lecture la plus convaincante du cycle berliozien. Magistral.

Approfondir : LIRE aussi notre présentation du coffret JEAN MARTINON / CD, coffret événement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

 et aussi :

 

 

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon américain alors au sommet de sa vibrante sensibilité orchestrale, comprenant la fin de son engagement à la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, édités dans leurs pochettes et présentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 à 1973) se dédier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son héritage symphonique. A ceux qui pensent que son activité à Chicago ne fut qu’un passage, l’écoute des bandes témoignent d’une finesse d’approche irrésistible, Martinon opérant par clarté, mesure, équilibre, transparence, réussissant dès le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son répertoire) une plénitude de son et une profondeur dans l’approche, idéales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur élégantissime, aux résonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poésie qui fouille jusqu’à la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimée enivrée….

 

CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER).

MUNCH charles complete recordings on warner classics 13 cd review cd critique cd par classiquenews xmas gifts 2018CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Mort en 1968, Munch le magnifique incarne l’excellence de la baguette depuis l’après guerre, défenseur zélé, inspiré du répertoire français, quand tous les grands démontraient leur compétence voire leur brio dans Beethoven, Brahms voire Bruckner, soit les compositeurs germaniques romantiques. Né en 1891, l’Alsacien, fut enrolé sous bannière prussienne pendant la grande guerre, puis devint français en 1918 (son nom perd le tréma du u) : triste et cynique réalité politique. Mais la carrure du chef dépasse les conflits nationalistes car il est européen et l’un des meilleurs chefs de son temps. Fils de musiciens établis à Strasbourg, tous interprètes et connaisseurs de Bach, Charles s’engage résolument pour Bruckner.

CHARLES MUNCH en majesté
avec les orchestres français

CLIC D'OR macaron 200Formé entre Paris et Berlin, Charles Munch devient premier violon au Gewandhaus de Leipzig (1925) et joue sous la direction d’un chef qui devient modèle pour son expérience propre, Furtwängler ; puis sous Bruno Walter dont l’humanisme le marque profondément. A Paris en 1932, Munch dirige l’orchestre Straram ; en 1935, la Société Philharmonique de Paris créée par Cortot. Enfin, devient le chef attitré de la Société des concerts du Conservatoire (1938), laquelle avait en 1830 créé la Fantastique de Berlioz.
Pendant l’Occupation, le chef poursuit sa carrière musicale, et renverse ses cachets à la Résistance. Un héros, le modèle du musicien engagé. Tout en défendant les Français (de Berlioz à Ravel), Munch se passionne aussi pour la création et joue les oeuvres nouvelles de ses contemporains ou des jeunes auteurs dont Martinon, Messiaen, Honegger. Il dirige l’Orchestre national de France encore jeune (créé en 1934), l’emmène aux States en 1946 ; là, le Boston Symphony Orchestra lui offre sa direction musicale dès 1949 (et jusqu’en 1962, tout en dirigeant le Festival de Tanglewood, résidence d’été de l’orchestre bostonien). Il fait de la phalange américaine, un orchestre racé, stylé, élégant, français et terriblement nerveux.
Les 13 cd du coffret WARNER, regroupe l’intégrale des enregistrements réalisés pour EMI et ERATO, dans les années 1930, 1940 et 1960. L’ensemble reflète l’éclectisme du goût musical de Munch, du Baroque (VIVALDI : Concerto pour violon opus 3 n°9 ; Bach son dieu : Cantate BWV 189, cd10), aux Français Romantiques (Chopin et Saint-Saëns), modernes (RAVEL : Daphnis, Pavane, les deux Concertos pour piano, La Valse… et DEBUSSY : La Mer), mais aussi les contemporains tels HONEGGER : Symphonies n°2, n°4, Danse des morts…, les jeunes auteurs comme DUTILLEUX (Symphonie n°2 Le Double, …). Sa version des Symphonies 3 et 4, fébrile et puissante (cd5) reste indépassable. Côté germaniques se distinguent la Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour piano L’Empereur de Beethoven.
Munch-Charles-8Le présent coffret événement s’il en est, pour ceux qui veulent écouter le son d‘un maestro anthologique, rassemble le travail du chef mythique avec les orchestres français : Société des Concerts du Conservatoire devenue Orchestre de Paris, Concerts Lamoureux, Orchestre National de l’ORTF, National de la Radio diffusion française. Il nous reste aujourd’hui pour mesurer le génie de Munch à l’œuvre, les versions (deux) de la Fantastique de Berlioz, sa partition fétiche ; la Mer de Debussy ou Daphnis de Ravel sans omettre les Symphonies de Roussel : Munch pas toujours très précis sur le plan métronomique, savait comme nul autre électriser les instrumentistes au moment du concert, les emportant littéralement comme les spectateurs, jusqu’à des sommets d’extase poétique. Rien de moins. Coffret événement. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018.

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CD, coffret, critique. CHARLES MUNCH, The complete recordings on Warner Classics (13 cd – WARNER). Ref. : 0190295611989

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015)

andrea chenier jonas kaufmann pappano dvd review dvd critique classiquenews 0190295937966 Andrea Chénier_Cover B_low_0DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015). Sur la scène du Royal Opera House de Londres, Jonas Kaufmann éblouit dans le rôle d’Andrea Chénier (1896) ; le ténor apporte au héros révolutionnaire conçu pour l’opéra par Giordano, une vérité irrésistible. L’acteur poète sur la scène londonienne frappe et saisit par sa finesse de style, son expressivité ardente et sensible… La clarté du chant impose une conception très dramatique et efficace du poète (victime de Robespierre en 1794) en lequel Madeleine de Coigny, jeune noble détruite par les révolutionnaires, voit son sauveur, le seul homme capable de la sauver.

 

 

 

Kaufmann en poète libertaire et insoumis

 

 

Sans posséder l’angélisme ardent et incandescent d’une Tebaldi, la soprano Eva-Maria Westbroek, même en possédant ce soprano spinto requis pour le personnage, peine sur toute la durée, usures et limites d’une voix hier encore préservée (aigus ici instables). Mais le jeu juste de l’actrice touche (sa « Mamma morta » surgit de l’ombre et s’embrase progressivement : belle intelligence de vue). Mais l’absence de moyens vocaux rend sa prestation déséquilibrée : c’est d’autant plus regrettable que les duos entre les deux amants perdent en acuité, en vérité émotionnelle.
Si Kaufmann apporte une profondeur psychique à Chénier, le baryton serbe très doué et charismatique Zeljco Lucic « ose » et réussit un Gérard, tiraillé par ses propres démons intérieurs, entre désir et conscience politique ; le rôle est comme un double pour celui de Chénier : haine puis renoncement ; le chanteur réalise lui aussi une superbe incarnation.

D’ailleurs les comprimari, ou « rôles secondaires » composent une galerie de tempéraments parfaitement défendus … ainsi se détachent la Bersi animée de Denyce Graves, la Comtesse de Coigny, fière et tendue de Rosalind Plowright, l’Incroyable intriguant serpentin de Carlo Bossi. Troublante et d’un impact inouï, l’alto profond guttural de la Madelon ancestrale d’Elena Zilio. Aucun doute, Giordano sait faire du théâtre.

Antonio Pappano, d’un souci instrumental magistral, veillant aussi à l’équilibre plateau / fosse, dans une balance très équilibrée et limpide, montre à l’envi et déroutant tous ces détracteurs, quel chef lyrique il est devenu : – le récent récital VERISMO d’Anna Netrebko (2 septembre 2016 : CLIC de CLASSIQUENEWS) nous le prouve encore, comme son AIDA récente éditée par Warner également : baguette fine, élégante et expressive, d’une profondeur incarnée…

 

 

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 CLIC_macaron_2014Sur la scène, la mise en scène de David McVicar reste conforme au travail du Britannique : efficace, esthétique, surtout classique, ressuscitant la France Révolutionnaire avec vérité, capable de glisser avec horreur de l’insouciante monarchie à la terreur des révoltés. La tourmente collective impose un contraste d’autant plus mordant avec le profil des individualités aussi finement incarnées, habitées que celle de Chénier ou dans une moindre mesure de Madeleine, à cause des imperfections trop criardes de la soprano Eva-Maria Westbroek ; quel dommage pour elle, sa carrière n’aura pas briller par sa longévité. Au final une excellente performance globale dont le mérite tient à la subtilité des portraits des solistes et de la tenue d’un orchestre qui musicalement sait éviter tout pathos vériste surexpressifs. Le chant de Kaufmann est au diapason d’une élégance intérieure et d’une grande sobriété expressive. Gloire à l’intelligence et la finesse stylistique : l’opéra vériste en sort vainqueur. Et sur un sujet historique, la fessue historique y gagne un relief plein de rage, de fureur, d’exaltation mesurée, au service d’un idéal républicain en proie au chaos (la mise en scène de McVicar affiche clairement l’enjeu dramatique global : «  la patrie en danger »). Réjouissant.

 

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015) 1 dvd Warner classics / enregistré en février 2015, édité en novembre 2015.

 

 

 

Aprofondir
LIRE aussi notre compte rendu complet du cd AIDA de Verdi par Antonio Pappano et Jonas Kaufmann  (Warner classics)

 

 

 

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premières dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrépressible tension complétée par un grande subtilité expressive, en particulier cette écoute de l’urgence intérieure, cette détermination lyrique et parfois avant Bernstein, échevelée, délirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprétation qui fait tout l’intérêt du présent coffret de 7cd édité par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant évidemment à Londres et que Sibelus a pu connaître, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est évidemment le cas de Robert Kajanus décédé en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et défenseurs de la première heure sibélienne, qu’il a créé nombre de ses Å“uvres, ou les a fait connaître en Europe hors de Finlande avec la complicité du Maître. Compositeur lui aussi, également auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la pièce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’à sa mort, ne cesse de faire connaître les Å“uvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au début des années 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius à Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de Lemminkäinen… soit une synthèse de l’univers sibélien. C’est cependant un éclairage sur son engagement sibélien des années 1930 que Warner met ici en lumière.

 

 

 

 

 

 

Kajanus, Boult, Beecham, Stokowski, Koussevitzky…

Les premiers Sibéliens à Londres autour de 1930

 

 

Pour Warner, Kajanus enregistre dans les années 1930, soit quelques années avant sa mort, les Symphonies 1, 3 (cd1), surtout 3 (époustouflante de vivacité subtile) et 5 (d’une fraîcheur éruptive rafraîchissante ; Symphonies 3 et 5 sont dans le cd2). Et dans le studio règne déjà un certain Walter Legge, futur grand producteur et mari de la Schwarzkopf… Kajanus fixe aussi pour la Société Sibélius et Warner, l’éblouissante musique de scène, très allusive et orientalisante (Solitude, Nocturne) : Alexander Feast – la banquet d’Alexandre, d’après la pièce de Hjalmar Procopé (Suite opus 51, cd3, juin 1932).

A la suite de l’indéfectible énergie du pionnier Kajanus, les chefs de l’intelligentsia londonienne s’emparent du miracle symphonique sibélien au point de l’inscrire au programme ordinaire des Prom’s, assurant ainsi une renommée croissante pour Sibelius dont il font un maître absolu du langage symphonique : ainsi les chefs ici d’un geste captivant : Sir Adrian Boult (coupes vive et tranchante des Océanides opus 55, cd3, janvier 1936, conçus comme une vaste chevauchée haletante d’une gravité irrésistible), Thomas Beecham (Concerto pour violon avec Jasha Heiffetz en 1935, Symphonie n°4 de 1937, Finlandia en 1938, avec le London Philharmonia orchestra), ou Serge Koussevitzky (Symphonie n°7 gonflée à bloc, d’un souffle prenant en 1933 avec le BBC SO) et Leopold Stokowski…

Autres fleurons propres au tournant des années 1930 – suractivité des studios loués par la Warner soucieuse de fixer les grands interprètes sibéliens d’alors : le Quatuor opus 56 par le Budapest String Quartet (août 1933, cd7) : qui plonge dans des abysses de profondeur intime et énigmatique : à connaître évidemment;

Le coffret Warner témoigne d’un engouement sans précédent pour les Å“uvres orchestrales et vocales de Sibelius autour de 1930 ; les chefs londoniens se sont alros emparés du mythe encore vivant, révélant sous sa langue si originale, un souffle à la fois panthéiste et une vision esthétique et poétique qui rappelle par la modernité et la sincérité de sa construction, Beethoven lui-même.

 

 

CD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics).

 

 

Seiji Ozawa : the complete Warner recordings (25 cd)

SEIJI-OZAWA-the-complete-warner-recordings-coffret-cd-review-comte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-juillet-2015-CLIC-de-l-ete-2015 Seiji-Ozawa-The-Complete-Warner-Recordings1_actu-imageCD, coffret événement, compte rendu critique. Seiji Ozawa : The complete Warner recordings, 25 cd). Mère chrétienne, père bouddhiste, Seiji Ozawa est la synthèse Orient Occident, né le 1er septembre 1935 en Chine (province du Mandchoukuo, la Mandchourie alors occupée par les japonais), c’est l’enfant de métissages et de cultures subtilement associées dont la force et l’acuité, la sensibilité et l’énergie ont façonné une trajectoire singulière, l’une des plus passionnantes à l’écoute de son héritage musicale parmi les chefs d’orchestre du XXème siècle. Il partage avec le regretté Frans Bruggen, la même tension féline au pupitre, soucieuse de précision et de souplesse. une leçon de communication et de maintien, pour tous les nouveaux princes de la baguette, rien qu’à les regarder.
D’abord pianiste, Seiji se destine à la baguette et à la direction d’orchestre sous la houlette du professeur Hideo Saito, figure majeure de l’essor de la musique classique au Japon. Sa carrière est lancée avec l’obtention du premier prix à Besançon en 1959 : l’élève à Paris de Eugène Bigot a ébloui par sa finesse et son charisme. Il a 24 ans. Le prodige est l’invité de CHarles Munch à Boston, de Karajan à Berlin. C’est aussi un élève assidu de Tanglewood dès 1960 : à la discipline maîtrisée, le jeune chef approfondit son intuition, sa liberté et ses prises de risques aux côtés de Munch, Bernstein, Copland… Assistant de Karajan, Seiji devient aussi celui de Bernstein.
CLIC D'OR macaron 200Dès lors, le nouveau tempérament de la direction circonscrit son propre répertoire, idéalement équilibré : la musique française, les piliers germaniques, classiques et romantiques, Tchaikovsky et Gustav Mahler (une passion transmise par Bernstein que délaissa Karajan). Mais ici pas de Mahler hélas mais des Tchaikovski à couper le souffle dont la 4ème avec l’Orchestre de Paris en 1970, qui depuis a perdu cet état de grâce entre mordant vif argent et dramatisme universel, qui donne justement à Piotr Illiytch des accents mahlériens. Le sens du fatum, la claire consciente d’une unicité à la fois maudite et capable d’espoir, rétablit comme peu, l’héroisme tchaikovskien, sans omettre sur le plan de l’articulation et de la transparence un travail qui renoue avec Munch et Karajan. Rien de moins (cd5).

 

 

 

Faune pointilliste, direction féline

 

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L’ascension du jeune oriental très américanisé ne tarde pas : directeur du festival de Ravinia (1964-1968), Seiji Ozawa devient directeur musical du Toronto Symphony orchestra ((1965-1969), du San Francisco Symphony (1970-1976), du Boston Symphony (depuis 1972 et jusqu’en 2002), de l’Opéra de Vienne (2002-2010). Ozawa a fondé le New Japan Phiharmonic (1972), l’Orchestre Saito Kinen (littéralement en hommage à Saito, 1984) , le festival de Matsumoto (1992) enfin en 2003, une nouvelle compagnie lyrique, the Tokyo Opera Nomori. Diminué à cause d’un cancer à l’oesophage, Ozawa a réduit ses engagements depuis 2010, revenant peu à peu à la vie musicale et honorant ses nombreuses responsabilité dans son pays, le Japon, et déclarant non sans humour, “Je vais essayer au maximum de m’empêcher de mourir”.
Erato réédite l’ensemble de son héritage enregistré depuis 1969 (Rimski, Bartok, Kodály, Janacek, Lutoslawski à Chicago), jusqu’à Shadows of time de Dutilleux dont il a piloté la création à Boston en 1997…

 

Le Boston Symphony est particulièrement à l’honneur dans ce corpus (30 ans de collaboration quand même) mais aussi d’autres phalanges qui révèlent l’adaptabilité et l’aisance du chef Ozawa à relever les défis de la direction d’orchestres aux profils différents : Chicago Symphony orchestra, Orchestre de Paris, Orchestre National de France, Berliner Philharmoniker, London Philharmonic Orchestra, Philharmonia, London Symphony orchestra, Japan Philarmonic orchestra… Ozawa étend son répertoire aux oeuvres rares (Concerto pour violon de Sibelius et de Bruch (avec la soliste Masuko Ushioda), et surtout japonaises (évidemment Takemitsu est ses climats supendus filigranés, certaines oeuvres nécessitant des instruments traditionnels (dans So-Gu II de Ishii). Mais même lorsqu’il dirige son compatriote Takemitsu, Ozawa renoue avec la couleur et le sens du timbre, idéal français (car Takemitsu doit beaucoup à Ravel et Debussy).
A la tête de chaque phalange, malgré sa singularité voire l’ampleur de ses effectifs, le geste d’Ozawa préserve la transparence, la clarté des couleurs, une précision aussi d’horloger qui pourtant sait tempérer sa métrique trop rigide pour favoriser le souffle, la respiration intérieure, une certaine vision à la fois organique et pointilliste des partitions. En faune inspiré, Ozawa a toujours su instiller et transmettre une pulsation dynamique étonnamment alerte et vive voire agile et nerveuse : sa direction de félin le caractérise principalement.

 

 

ozawa seiji chef orchestre maestro coffret review classiquenews 2015A Tanglewood, approchant Copland, Ozawa reçoit le goût de la musique américaine du XXème siècle : plusieurs gravures de ce coffret Warner en témoignent clairement : Concertos pour violon de Barber (avec Itzhak Perlman), de Earl Kim et Robert Starer, Sérénade de Bernstein (hommage à son maître)… Chez les français, Ozawa allie sa maîtrise rythmique, son sens des couleurs, à une intelligence de l’architecture totalement inédite, ses correspondances intérieures ; une telle affinité explique qu’il s’est particulièrement engagé pour la création des oeuvres de Dutilleux et Messiaen : de ce dernier, création dès 1966 des Sept Haikai, spécilisation à peine voilée dans l’interprétation de la Turangalîla Symphonie, avant l’accomplissement lyrique spectaculaire, la création à l’Opéra Bastille de Saint-François d’Assise en 1983. Il restait un nouveau volet à se polyptique impressionnant : Le Temps l’horloge de Dutilleux créé au TCE avenue Montaigne, lieu emblématique de la modernité depuis Le Sacre, en 2009 (René Fleming et le National de France).

 

Parmi les partenaires, outre la violoniste déjà citée, Masuko Ushioda (Sibelius, 1971), citons les grands partenaires du maestro : Alexis Weissenberg (Concerto de Ravel, 1970, avec l’Orchestre de Paris ; Rhapsodie in blue de Gershwin, 1983 avec le Berliner Philharmoniker), Michel Béroff (Stravinsky, 1971), Itzhak Perlman (Wieniawski, 1971 ; Kim et Starer, Boston, 1983 ; Barber, 1994 ; Gagneux et Shchedrin, 1994), Vladimir Spivokov (Tchaikovsky, 1981),  Anne-Sophie Mutter (Symphonie espagnole de Lalo, National de France, 1984), surtout Mitslav Rostropovitch (Concertos de Dvorak, 1985 ; de Prokofiev et Shostakovitch, 1987 ), …

 

 

OZAWA maestro felin CLASSIQUENEWS portrait juillet août 2015 Le-chef-d-orchestre-Seiji-Ozawa-de-retour_article_landscape_pm_v8Comparaison édifiante, l’écoute comparative des deux versions de L’Oiseau de feu (ballet intégral) : à 9 années d’intervalle ; d’abord avec l’Orchestre de Paris en avril 1972, puis avec le Boston Symphony orchestra en avril 1983. Ciselée, et pourtant prenante, comme inscrite dans un matériau souterrain, la direction émerveille par le sens du climat, de la transparence, détaillant chaque accent instrumental en une mosaïque de couleurs étonnamment lisible : du grand art, pointilliste et dramatique. La Supplication de l’Oiseau (CD10, plage 6) allie la définition des timbres (bois et cordes), les nuances et le sens de l’écoulement en une danse envoûtante portée à incandescence… A Boston, 9 ans plus tard, autre orchestre autre équilibre : la sonorité s’est arrondie, disposant d’un orchestre moins nerveux, les détails qu’y distille maître Ozawa sont plus flous mais non moins précisément énoncés, avec toujours ce sens scintillant des atmosphères, canalisant la tension en une formidable machinerie narrative : un faune ensorceleur qui de l’une à l’autre gravure, maintient ici et là une étonnante capacité à exprimer dans la clarté et aussi l’absolu mystère : éloge de l’action et de l’ombre. Saisissant : Ozawa sait faire sonner chaque qualité de l’Orchestre, de Paris à Boston. Aucun doute là dessus, l’Ozawa des années 1970 est d’un acier étincelant, qui souffle une fièvre détaillée vif argent, architecturée, “pointilliste” comme le chatoiement d’un Seurat et aussi l’éclat scintillant organique d’un Titien : ce coffret qui regroupe la majorité des enregistrements de cette décade miraculeuse forme un corpus incontournable.

 

 

CD, coffret ̩v̩nement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975 Р14 cd Warner classics)

benedetti michelangeli complete warner recordings 14 cd compte rendu critique classiquenews CLIC de juin 2015CD, coffret événement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics. L’art du pianiste Benedetti-Michelangeli incarne l’élégance et la distinction technique qui s’affirment ici dans ses bandes enregistrées sous étiquette EMI à l’époque, depuis 1941 (MILAN, cd1 : Sonate opus 2 n°3 de Beethoven) à 1975 (cd 7 et 8 : Concertos de Haydn et Carnaval de Schumann). Pour les 20 ans de la mort du pianiste en 1995, Warner classics édite l’ensemble de ses archives concernant le plus grand pianiste italien du XXème avant Pollini. Patrie de l’opéra, des grands violonistes et des clavecinistes (Frescobaldi et Scarlatti), l’Italie devait forcément après Busoni, accoucher d’un grand du clavier moderne. Ce fut Arturo Benedetti Michelangeli, né en 1920. Si Ciccolini se fixe en France, “ABM” lui, reste en Italie : révélé au Concours de Genève en 1939 (- et sidérant au point que Cortot affirmera face à ce jeune homme de 19 ans qu’il y reconnaissait la réincarnation de Liszt, dont BM avait interprété brillamment le Concerto n°1), le jeune prodige, technicien hors pair, se montre magicien de la sonorité pianistique, révélant des nuances irisées nées du clavier… jusqu’alors inconnues. Un nouveau naître moderne de la note bleue ? Dans le sillon de Liszt et Chopin à Nohant auprès de leur hôtesse subjuguée et dévoreuse, George Sand, ABM est lui aussi en quête de résonances secrêtes, profondes qui parlent à l’âme.

 

 

Pour les 20 ans de sa disparition en 1995, Warner classics édite l’intégralité des enregistrements du pianiste italien Arturo Benedetti-Michelangeli…

L’élégance et la grâce d’un penseur du piano

tumblr_nlpenkBDSu1tm6y3go1_540Arturo Benedetti-Michelangeli captive toujours. C’est une personnalité insaisissable capable logiquement de faire naître dans ses lectures, le pur mystère et la grâce… En tout cas une sensibilité post romantique des plus envoûtantes capable au concert d’offrir des sommets d’espérience musicale. L’homme reste un mystère : « absent » (mais pas à lui-même) annulant il est vrai, bon nombre de concerts, pour un oui pour un non, un courant d’air, un programme trop copieux, trop exigeant, – pourtant, mais donnant tout et allant jusqu’au bout dans les partitions jouées. Le poids de la pensée, le souci du sens, l’introspection directement en connexion avec le jeu ont fait la valeur de son legs aujourd’hui accessible par le disque. Pas de répertoire élargi jusqu’aux modernes (à part Mompou, Debussy, cf Images et Children’s corner à Turin en 1963 et Ravel : Concerto en sol à Londres en 1957), mais une réflexion des plus aiguës sur les classiques Haydn et Mozart (Concertos pour piano K 415, K450, K488, Milan, 1951) voire baroques (Bach évidemment, Galuppi et Scarlatti pour ses délier les doigts), surtout romantiques : Beethoven, Chopin, Schumann (ici deux versions de Carnaval, bain, source du romantisme le plus enfantin et le plus échevelé donc bouleversant par sa fragilité triomphante : 1975 cd 8 et 1957 cd 4, et aussi 2 versions du sidérant Concerto pour piano opus 54: à 20 ans d’intervalle, soit en 1942, cd9 puis 1962 cd12, le premier avec l’orchestre de la Scala de Milan et Alceo Galliera, le second avec l’orchestre Symphonique de Rome della Rai et Gianadrea Gavazzeni)), Liszt, Grieg, Rachmaninov. Peu bavard, économe et sur le repli voire le silence appesanti / énigmatique s’il était question de communiquer et surtout de transmettre, MB laisse le souvenir d’un être venu d’ailleurs finalement. Son élève Martha Argerich laisse le témoignage d’un professeur absent, capable seulement de lui laisser sur son pupitre un mot : qui en dit beaucoup mais en quelques syllabes, muries, sibyllines : « écoutez vous mieux ». L’invitation à davantage de silence éveillée, de conscience épanouie, d’intériorité sincère et directe ne pourrait mieux caractériser le grand et inégalable Arturo. Cette adresse concerne aussi les auditeurs / spectateurs qui aujourd’hui sont bien loin de cette immersion profonde et concentrée dans la musique. Ici la délicatesse enfantine et infiniment nostalgique de ses Mozart, l’élégance amusée badine mais jamais anodine de ses Haydn, la virtuosité électrique de ses Scarlatti et Galuppi, la profondeur des Beethoven, Brahms et Grieg, le délié bondissant et versatile de Schumann, le rêve ou le songe sincère des Debussy ou des Ravel font le génie du Benedetti-Michelangeli pianiste. Un grand. Qui reste unique. A défaut de connaître véritablement celui qui à travers les 14 pochettes ici réunies ne nous regarde jamais, offrant son profil proustien, l’écoute approfondie que nous permet Warner classics atténue l’éloignement du mystérieux rêveur et nous le rend proche enfin. Coffret événement.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique : Arturo Benedetti-Michelangeli, piano. The complete Warner recordings (1941-1975). 14 cd Warner classics Réf.: 0 825646 154883. Parution : juin 2015.

CD. Nikolaus Harnoncourt : opéras de Monteverdi (9 cd Warner).

monteverdi harnoncourt operas barberian warner coffret cdCD. Nikolaus Harnoncourt : operas de Monteverdi (9 cd Warner). Très opportune réédition que ce coffret historique qui nous fait remonter les eaux originelles de la révolution “baroqueuse”. Voici donc le légendaire Nikolaus Harnoncourt, en son Å“uvre pionnière et décisive, enregistrant dès 1969 à Vienne avec les instrumentistes de son Concentus Musicus, Orfeo, l’opéra des origines (1607), celui qui tout en prolongeant l’écriture madrigalesque, intensément poétique et de plus en plus dramatique, inaugure une nouvelle conception du théâtre musical désormais continûment chanté. Lui succède Il Ritorno d’Ulisse en 1971 et l’Incoronazione di Poppea en 1973 et 1974, toujours à Vienne. L’opération révolutionnaire était dès lors accomplie et à la suite d’Harnoncourt, l’interprétation de la musique baroque ne serait plus jamais la même. Le chef autrichien restitue la pureté expressive du recitatif, le flux souple et expressif du recitar cantando, et aussi, très proche de sa propre nature (chez Mozart par exemple quand il dirige La Clémence de Titus ou Les noces de Figaro), l’essor de la mélancolie ou de la gravité sombre voire lugubre. Les 8 premiers cd nous délivrent ainsi l’héritage lyrique le plus décisif de l’après guerre : un manifeste concret pour la nouvelle esthétique à développer et approfondir désormais. D’autant que, la crise du cd étant venu, le profil des nouvelles générations de musiciens et chanteurs contemporains – infiniment moins défricheurs et audacieux que leurs aînés-, ont comme asséché le fleuve qui débordait alors en créativité, curiosité, désir d’exprimer et de partager…

Aux origines de la révolution baroqueuse…

Aujourd’hui, la trilogie montéverdienne s’est imposée à nous comme l’autre, toute autant magicienne et enchanteresse, celle mozartienne -comprenant les 3 opéras que Wolfgang écrit avec Da Ponte.  Suprême conquête. Monteverdi n’aurait jamais imaginé un tel retour en force ni une telle réconnaissance… même si Orfeo et Poppea sont plus joués qu’Ulisse. De la fin des années 1960 aux débuts 1970, Harnoncourt soulignait enfin le profil de nouveaux héros tragiques et héroïques, languissants, amoureux : Poppée et Néron, Sénèque, Orphée, Pluton, Ulisse et Pénéloppe. La pléiade de nouvelles voix requises pour une telle révolution allait répondre à son projet d’intégrales avec le nerf et l’intensité nécessaires : ainsi, la diva au tempérament tragique ouverte et curieuse de toutes les audaces et nouvelles expériences, Cathy Berberian qui restera l’interprète hors normes du cd 9 à travers trois perles historiques : Lettera amorosa, le Lamento d’Arianna (1623), sans omettre sa faculté à incarner la fulgurante et déchirante Octavia du Couronnement de Poppée… Si l’avenir appartient aux audacieux, Nikolaus Harnoncourt nous aura permis de conquérir de nouveaux horizons révélant en une approche régénérée des continents musicaux entiers que l’on apprend encore à analyser, que l’on aime comprendre, défricher… Comme William Christie qui près de 20 ans après le Harnoncourt montéverdien de 1968 nous révélait dans sa beauté troublante et noir l’immense génie lyrique et poétique de l’opéra baroque français Grand Siècle, avec Atys de Lully en 1986.  Aucun doute voici 9 pépites à consommer sans modération pour comprendre ce que fut l’électrochoc baroqueux, et regretter peut-être aujourd’hui l’absence d’une véritable relève musicale…  Coffret événement.