CD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018).

vivaldi estro aronico armoniosa cd critique review redderess critique cd classiquenewsCD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018). Superbe geste collectif plein d’allant, de cohĂ©rence Ă©nergique, avec un soin apportĂ© Ă  l’équilibre instrumental. Le cycle entier des 12 concertos de l’opus 3 de Vivaldi rayonnent par leur entrain solaire, la volontĂ© d’articuler sans esbrouffe ni effets d’archet… qui est le lot commun de bon nombre d’autres interprètes, pas aussi scrupuleux. L’unitĂ© sonore est Ă©videmment prĂ©servĂ©e ici par le nombre des musiciens d’Armoniosa : du fait de la transcription pour ensemble de chambre rĂ©alisĂ©e par le claveciniste Michele BARCHI, ce sont 5 individualitĂ©s qui savent s’écouter, combiner chaque partie, rĂ©aliser une vision Ă  la fois expressive, poĂ©tique, habitĂ©e. On peut la penser très proche de ce qu’a pu entendre de son vivant Vivaldi, selon les possibilitĂ©s d’exĂ©cution. La partition gagne un relief et une prĂ©cision accrue du contrepoint.
C’est surtout un parcours expérimental où Vivaldi remet tout à plat à partir des cordes seules : la vie, l’exaltation, l’entrain, ici dépouillés de maniérisme et de calculs surinvestis, font merveille : l’activité de l’orgue soliste entre autres soutient constamment ce désir d’élévation et de sublimation rythmique de la forme (et qui passe aussi par les recherches de couleurs plus subtiles encore dues aux registrations de l’instrument).
L’honnêteté et la sensibilité du geste collectif font la différence, apportant à l’ensemble des concertos, une nouvelle définition de chaque ligne, une vitalité spécifique où palpite une singulière et saine caractérisation de chaque séquence.
L’énergie et l’inventivitĂ© du cycle allait durablement marquĂ© les propres recherches du jeune JS BACH, alors âgĂ© de 26 ans, quand il Ă©tait employĂ© Ă  Weimar comme organiste (1708 – 1717). Plus tard encore, Bach s’en souviendra pour la rĂ©alisation de son Concerto pour 4 claviers BWV 1065. Il y a donc la passation d’une vivacitĂ© inventive originelle, vivaldienne, dont les 5 instrumentistes d’Armonosia expriment l’allant et l’activitĂ© roborative. Il n’y a aucun doute que ces 12 Concertos publiĂ©s en 1711 Ă  Amsterdam, constituent la bible de tout le rĂ©pertoire baroque du XVIIIè europĂ©en.

CLIC D'OR macaron 200En s’éloignant des versions historiques en plus grand effectif, voilà qui contredit définitivement le mot réducteur et quelque peu dépréciatif de Stravinsky à l’endroit d’un Vivaldi ennuyeux et répétitif, qui aurait composé … plus de 500 fois « le même concerto » ! Vivaldi y varie le canevas et l’alternance des épisodes allegro / adagio, osant des notations nouvelles telles, « spiritoso » (RV522, Larghetto), « spiccato » (RV565, adagio et Largo). Passionnante relecture d’un pilier de la littérature baroque du premier XVIIIè. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018). Double cd, enregistrement rĂ©alisĂ© en Italie en mai 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019

________________________________________________________________________________________________

VIDEO TEASER
https://www.youtube.com/watch?v=BlE1UXqmpW0

CD. Vivaldi : L’incoronazione di Dario (Dantone, 2013)

CD. Vivaldi : L’incoronazione di Dario (Dantone, 2013). L’agilitĂ© esthĂ©tisante qu’apporte le geste fluide et dramatique d’Ottavio Dantone fait heureusement palpiter le continuo et l’orchestre, rĂ©vĂ©lant avant toute chose (dont la très cohĂ©rente distribution vocale rĂ©unit ici) cette frĂ©nĂ©sie miraculeuse du Pretre Rosso, ses alanguissements aussi. La cohĂ©rence sonore est irrĂ©sistible, confirmant Ă  nouveau ce que nous aimons penser : aux cĂ´tĂ©s de Haendel et Rameau, Vivaldi est l’un des très grands gĂ©nies de l’opĂ©ra baroque du premier XVIIIème.

Excellent Dario de Dantone

vivaldi_dario_naive_dantone_cd_naiveLe dĂ©but de l’intrigue persane commençant par un superbe duo d’altos fĂ©minins, celui des deux sĹ“urs Statira et Argene, les filles du grand Cyrus, recèle bien des trĂ©sors lyriques.
Soutenu par les satrapes pour succĂ©der Ă  Cyrus et Ă©pouser sa fille Statira (qui l’aime sans ciller), Darius trouve un excellent interprète en la personne de l’excellent tĂ©nor Anders Dahlin (d’ailleurs très bon ramiste). La flexibilitĂ© tendre et bien chantante de la voix offre une saisissante prĂ©sence au hĂ©ros de l’opĂ©ra : viril mais enivrĂ©, dĂ©terminĂ© mais humain. Belle musicalitĂ© ardente Ă©galement pour les deux femmes dressĂ©es de part et d’autre de ce Dario fringuant de haute voltige : Delphine Galou et Sara Mingardo composent de superbes portraits fĂ©minins des deux sĹ“urs, la malicieuse et hypocrite autant que jalouse Argene ; la noble et droite, lumineuse et ardente Statira. Dommage que l’Oronte de la mezzo Lucia Cirillo paraisse si peu impliquĂ©e par son personnage, contredisant par exemple les contrastes dynamiques de l’orchestre dans son air du II, le plus long de l’opĂ©ra (plus de 5mn30).
L’Arpago de Sofia Soloviy est un peu Ă©troit. L’Alinda de la soprano Roberta Mameli a un tout autre tempĂ©rament, ardent lui aussi, et d’un engagement sans failles (superbe air du II : Io son quell’augelletto…). La soprano palpitante, au diapason du continuo et de l’orchestre, finement ciselĂ© comme son chant, est la surprise et la rĂ©vĂ©lation de cette production. Un nom Ă  suivre.

Pour beaucoup encore (trop), les opĂ©ras de Vivaldi sont une sĂ©rie mĂ©canique d’airs da capo, certes avec variations, et tout de mĂŞme grand raffinement instrumental : Ă©coutez l’air de Statira au III (Sentiro fra ramo e ramo : oĂą le chant des cordes et du violon solo ressuscitent l’extase printanière : l’auteur des Quatre Saisons n’est pas loin…). Dantone sait nous dĂ©montrer sans dĂ©monstration que l’invention formelle suit les rebonds de l’action, rĂ©vĂ©lant les personnalitĂ©s de chaque protagoniste : la couleuvre Argene, le couple lumineux Dario/Statira…

CLIC_macaron_2014Grâce au piquant raffinĂ© de L’Incoronazione di Dario (Couronnement de Darius), crĂ©Ă© durant l’hiver 1717, sur la scène de son théâtre Ă  Venise, le San Angelo, Vivaldi allait gagner les faveurs du gouverneur autrichien de Mantoue, Philipp von Hesse-Darmstadt (prĂ©sent Ă  la première) qui l’invite dans la foulĂ©e comme maestro di capella, au lieu mĂŞme oĂą brilla Monteverdi. Le chef d’oeuvre prĂ©mantouan de Vivaldi ne pouvait ici trouver meilleurs interprètes : agiles, caractĂ©risĂ©s, d’une ivresse musicale dĂ©passant la seule exĂ©cution honnĂŞte. Il faut du sang et du nerf chez Vivaldi : Ottavio Dantone et son ensembre très affĂ»tĂ©, Accademia Bizantina, nous en dispense avec force et intelligence.

Vivaldi : L’incoronazione di Dario. Venise, San Angelo 1717. Anders Dahlin, TENOR: DARIO. Sara Mingardo, CONTRALTO: STATIRA. Delphine Galou, CONTRALTO: ARGENE. Riaccardo Novaro, BARYTON: NICENO
Sofia Soloviy, SOPRANO: ARPAGO. Lucia Cirillo, MEZZO SOPRANO: ORONTE. Giuseppina Bridelli, MEZZO SOPRANO: FLORA. Roberta Mameli, SOPRANO: ALINDA. Accademia Bizantina.
Ottavio Dantone, direction. 3 cd NaĂŻve. Enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2013 en Allemagne.