CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

rousseau cd dvd critique nouveaux caracteres herin critique cd versailles spectacles sur classiquenewsCD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd). “Charmant”, “ravissant”
 Les qualificatifs pleuvent pour Ă©valuer l’opĂ©ra de JJ Rousseau lors de sa crĂ©ation devant le Roi (Louis XV et sa favorite La Pompadour qui en Ă©tait la directrice des plaisirs) Ă  Fontainebleau, le 18 oct 1752. Le souverain se met Ă  fredonner lui-mĂȘme la premiĂšre chanson de Colette, 
 dĂ©munie, trahie, solitaire, pleurant d’ĂȘtre abandonnĂ©e par son fiancé  Colin (« J’ai perdu mon serviteur, j’ai perdu tout mon bonheur »). Genevois nĂ© en 1712, Rousseau, aidĂ© du chanteur vedette Jelyotte (grand interprĂšte de Rameau dont il a crĂ©Ă© entre autres PlatĂ©e), et de FrancƓur, signe au dĂ©but de sa quarantaine, ainsi une partition lĂ©gĂšre, Ă©videmment d’esprit italien, dont le sujet empruntĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© amoureuse des bergers contemporains, contraste nettement avec les effets grandiloquents ou plus spectaculaire du genre noble par excellence, la tragĂ©die en musique.

C’est cependant une vue de l’esprit assez dĂ©formante et donc idĂ©alisante qui prĂ©sente un jeune couple Ă  la campagne, un rien naĂŻf et tendre
 qui bouleverse alors le public et est la proie d’un faux « devin », ou mage autoproclamé  DĂ©tente heureuse, au charme sans ambition, Le devin du village touche immĂ©diatement l’audience : l’Ɠuvre a trouvĂ© son public. En 1753, Ă  Paris, augmentĂ©e d’une ouverture et d’un divertissement final, l’opĂ©ra de Rousseau prend mĂȘme des allures de nouveau manifeste esthĂ©tique, opposĂ© dĂ©sormais au genre tragique ; car Ă  Paris, sĂ©vit la Querelle des Bouffons : les Italiens (troupe de Bambini) prĂ©sentent alors Ă  l’AcadĂ©mie royale, comme un festival, tout un cycle d’oeuvres inĂ©dites, toutes comĂ©dies en musique, dont La serva Padrona, joyau raffinĂ© et badin du gĂ©nial Pergolesi. C’est surtout l’écriture aux mĂ©lodies simples et aux usages directs (forme rondeau) et aussi le choix du français comme langue chantĂ©e
 qui surprennent le public. Alors mĂȘme que Rousseau avait dĂ©clarĂ© de façon dĂ©finitive (mais avant de dĂ©couvrir Gluck au dĂ©but des annĂ©es 1770, soit 20 ans aprĂšs), que l’Italien se prĂȘtait mieux Ă  l’opĂ©ra que la langue de Corneille. Mais Rousseau n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs : ‘le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable Ă  toute oreille non prĂ©venue’ (Lettre sur la musique française, 1753).
RĂ©alisme touchant, langue enfin rĂ©conciliĂ©e avec les dĂ©fis de sa dĂ©clamation, 
 les arguments de ce « Devin » sont Ă©vidents, indiscutables. Le triomphe que suscite rapidement la partition, la rend incontournable : claire emblĂšme opposĂ© au grand genre tragique d’un Rameau, qui fut autant admirĂ© que dĂ©testĂ© par Rousseau.

Qu’en pensez en 2018, au moment oĂč est publiĂ©e cette lecture rĂ©alisĂ©e en juillet 2017 ? On remercie enfin la direction artistique du ChĂąteau de Versailles de nous offrir dans son jus, sur instruments d’époque, et sur la scĂšne oĂč elle fut reprise et jouĂ©e par Marie-Antoinette en son Ă©crin de Trianon (le petit thĂ©Ăątre de la reine toujours d’origine), la piĂšce de Rousseau : de fait, simple, franche, d’une modestie qui touche immĂ©diatement.

La partition est d’autant plus importante dans l’histoire de la musique en France et en Europe que c’est son adaptation parodique dĂšs 1753 (par Madame Favart), intitulĂ©e « Les amours de Bastien et Bastienne » qui inspirera le premier opĂ©ra de 
 Mozart. La conception de Rousseau est donc loin de n’ĂȘtre qu’anecdotique. Aujourd’hui on goĂ»te son humilitĂ© Ă  l‘aulne de son destin spectaculaire. Voir cette partition, bluette sans ambition, mais joyau d’une esthĂ©tique qui a rĂ©volutionnĂ© l’opĂ©ra français, entre Rameau et Gluck, comble un vide important, d’autant que le dvd complĂ©mentaire, ajoute Ă  l’écoute du cd, la rĂ©vĂ©lation de ce que furent les reprises par Marie-Antoinette, jouant elle-mĂȘme Ă  la bergĂšre et chantant les airs de Colette
 A croire que effectivement, Rousseau Ă©tait moderne, 30 annĂ©es auparavant, adorĂ© par le Reine qui vint se recueillir sur son mausolĂ©e d’Ermenonville dĂšs 1780.
Le cd et le dvd de ce coffret trĂšs recommandable ajoute donc Ă  notre connaissance prĂ©cise d’un monument de la musique française propre aux annĂ©es 1750, encore adulĂ© par les souverains juste avant la RĂ©volution. Belle rĂ©alisation qui comble enfin une criante lacune.

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CD, critique. ROUSSEAU : Le devin du village (ChĂąteau de Versailles Spectacles, Les Nouveaux CaractĂšres, juil 2017, cd / dvd).

CD, coffret événement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar)

ricercar-jerome-lejeune-coffret-8-cd-musqiue-au-temps-de-louis-XIV-review-critique-annonce-cd-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar). C’est d’emblĂ©e une Ă©dition capitale qui fera un excellent cadeau de NoĂ«l : rĂ©servez donc dĂšs Ă  prĂ©sent ce titre Ă©vĂ©nement parmi vos cadeaux potentiels pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2016 — on est jamais trop prĂ©voyant pour ne pas laisser passer une telle publication remarquable en tous points
 JĂ©rĂŽme Lejeune directeur du label Ricercar s’intĂ©resse dans ce prometteur coffret, Ă©ditorialement exemplaire (iconographie et textes explicatifs particuliĂšrement choisis), aux musiques du rĂšgne de Louis XIV. La recherche rĂ©cente s’est plongĂ©e plus que d’habitude dans les sources et archives autographes pour nuancer et affiner notre connaissance des musiques jouĂ©es Ă  Versailles et avant, sous l’autoritĂ© et la validation du Roi Soleil. Ainsi la musique de Louis XIV puise ses racines dans la Polyphonie hĂ©ritĂ©e de la Renaissance. Durant le rĂšgne le plus long de l’histoire de France (72 ans), la musique française se dĂ©finit, prend conscience d’elle-mĂȘme, prolongeant une ambition et une volontĂ© politique qui entendent occuper la suprĂ©matie en Europe.
De fait, alors que les souverains prĂ©cĂ©dant le Grand SiĂšcle ont rivalisĂ© et rĂ©agi par rapport au raffinement italien (l’Italie, foyer de la Renaissance europĂ©enne), Louis XIV invente la musique de la France moderne, premiĂšre force politique, et commande Ă  ses musiciens, une musique spĂ©cifiquement française : comment interprĂ©ter diffĂ©remment tout le chantier de Versailles, autrement que comme un manifeste du style gaulois le plus abouti ? La musique de la Cour Ă  Versailles impose partout dans le royaume et en Europe ses nouveaux standards bientĂŽt modĂšles du bon goĂ»t pendant l’Ăąge baroque. Les nouvelles institutions, la Chapelle, la Chambre, l’Ecurie, les Vingt-Quatre Violons du Roi (premier orchestre de cour ainsi constituĂ©), de mĂȘme que l’AcadĂ©mie royale de musique comme celle de danse, organisent l’activitĂ© musicale en France, l’une des plus actives dĂ©sormais. La Suite, l’Ouverture, la TragĂ©die en musique inventĂ©e par Lully souhaitant rivaliser et dĂ©passer le modĂšle parlé de Corneille et de Racine, comme Ă  la Chapelle, Les Grands et les Petits Motets Ă  voix seules, sont les nouveaux genres et formes Ă  la mode. Ils s’imposent alors comme les nouveaux emblĂšmes du raffinement absolu. Avec Louis XIV, l’Europe se met Ă  la maniĂšre française ; l’art de vivre et le raffinement sont dĂ©sormais versaillais. Coffret Ă©vĂ©nement.

 
 

CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. Livre disque / 8 cd / Ricercar RIC 108 — prochaine grande critique du coffret La Musique au temps de Louis XIV dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

 
 
 

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Extraits et ressources musicals des 8 cd :

 

cd1 — airs de cour et Ballets de Cour : Louis XIII, Gabriel Bataille, Jean Boyer, Etienne MouliniĂ©, Pierre GuĂ©dron, Michel Lambert, Joseph Chambanceau
 / Ballets des fous et des estropiĂ©s de la cervelle (Anthoine Boesset) / Bellet royal de la Nuit (Cambrefort) / Ballet d’Alcidiane et Polexandre, Ballet de Xerses (Lully).

 

cd2 — ComĂ©dies-Ballets, TragĂ©dies en musique, Cantates : (Les Plaisirs de l’üle enchantĂ©e, Cadmus et Hermione, Atys, 
 de Lully / Le Malade Imaginaire, ActĂ©on, MĂ©dĂ©e de Charpentier / Le Sommeil d’Ulysse d’Elisabeth Jacquet de la Guerre.

 

cd3 — Musique sacrĂ©e 1 : Nicolas FormĂ©, Guillaume Bouzignac, Etienne MouliniĂ©, Henry Du Mont, Lully


 

cd4 — Musique sacrĂ©e 2 : MA Charpentier, Jean Gilles, François Couperin (TroisiĂšme leçon des TĂ©nĂšbres, du Mercredy Sainct).

 

cd5 — Orgue et oratorios : Jean Titelouze, Louis Couperin, Nivers, Lebùgue, Louis Marchand, de Grigny, MA Charpentier, Du Mont


 

cd6 — Musique instrumentale 1 : MA Charpentier, Eustache du Caurroy, François Roberday, RenĂ© MĂ©sangeau, Denis Gaultier, jacques Champion, Louis Couperin, Jean-Henri d’Anglebert


 

cd7 — Musique instrumental 2 : Nicolas Hotman, Monsieur Dubuisson, Sainte-Colombe, Monsieur Degrinis, Marin Mersenne, AndrĂ©-Danican Philidor, Robert de VisĂ©e, François Couperin, Jean-Philippe Rameau, Marin Marais


 

cd8 — La Sonate française : Marain Marais, Delalande, MA Charpentier, François Duval, Jean-Fery Rebel, Jacques-Martin Hotteterre, Jacques Morel, Pierre-Danican Philidor, AndrĂ© Philidor


 
 
 

JEUNES ENSEMBLES. Entretien avec GaĂ©tan Jarry, directeur musical de l’ensemble Marguerite Louise.

jarry-gaetan-chef-maestro-oganiste-marguerite-louise-ensemble-portrait-classiquenews-f-griersJEUNES ENSEMBLES. Entretien avec GaĂ©tan Jarry, directeur musical de l’ensemble Marguerite Louise. A l’occasion de leur soirĂ©e exceptionnelle programmĂ©e dans l’enceinte du Petit Trianon Ă  Versailles, les musiciens du jeune ensemble Marguerite Louise pourront donner le 9 juillet prochain, Ă  partir de 19h30, la mesure de leur (trĂšs) grand talent au service des Baroques français, de Charpentier Ă  Rameau. L’organiste et directeur musical de l’ensemble sur instrument anciens, GaĂ©tan Jarry prĂ©cise ce qui caractĂ©rise son ensemble et aussi les enjeux d’une soirĂ©e pas comme les autre qui varie les plaisirs des convives spectateurs, en changeant les lieux et les programmes, soit un marathon musical de pas moins 27 performances en une soirĂ©e unique !

 

 

 

Quelles sont les caractÚres de votre ensemble, qui lui confÚrent sa singularité et son identité ?

GAÉTAN JARRY : L’ensemble Marguerite Louise est nĂ© d’un grand dĂ©sir d’interprĂ©ter ce rĂ©pertoire assez spĂ©cifique en lui privilĂ©giant toujours un naturel, une spontanĂ©itĂ© qui irait constamment chercher l’Ă©lan intrinsĂšque de cette musique. Je dirais qu’il ne s’agit pas d’exhumer une Ɠuvre pour “l’autopsier” mais bien au contraire pour tenter de lui redonner un vrai souffle de vie.
Plus concrĂštement cela passe par exemple par le respect de l’authenticitĂ© des voix de chacun des chanteurs, et ainsi d’Ă©viter de tomber dans un certain formatage qui bien souvent nuit Ă  l’Ă©panouissement du geste vocal. Tout cela nĂ©cessite de partager une totale confiance avec mes musiciens qui frĂ©quemment doivent se contenter d’images plus ou moins abstraites, ou volontairement trĂšs anachroniques, voire quelques fois triviales, afin de saisir l’esprit de telle ou telle section. Avec le temps, des codes se sont Ă©tablis, et lorsque je souhaite une couleur particuliĂšre, elle a son nom, et chacun sait ce qu’il a Ă  faire !

 

 

En quoi le programme de votre premier cd est-il emblématique de votre approche musicale ? Quels sont vos projets artistiques pour le futur ?

Tout d’abord, je pense qu’il faut beaucoup d’humilitĂ© pour s’attaquer Ă  un gĂ©ant comme Charpentier surtout pour un premier disque. Par chance la musique de Charpentier se rĂ©vĂšle elle-mĂȘme d’une grande humilitĂ© et se laisse aisĂ©ment modeler par les diverses conceptions qu’elle subit. Son langage en perpĂ©tuel renouvellement au travers de ce programme nous a offert la possibilitĂ© d’exploiter un certain nombre de couleurs, d’affects et de jeux d’intensitĂ©, peut-ĂȘtre pas “emblĂ©matiques”, mais je pense assez caractĂ©ristiques de la façon dont nous concevons cette musique. L’orgue tient Ă©galement une place prĂ©pondĂ©rante dans ce programme, son rĂŽle Ă©tant de permettre une respiration entre deux motets et de faire naturellement Ă©cho au texte. Le choix de l’instrument ne fut pas anodin non plus, il s’agit d’un orgue neuf (Dominique Thomas) de style franco-flamand du 17Ăšme siĂšcle, instrument pour lequel j’ai eu un coup de foudre extraordinaire et dont l’idĂ©e de contemporanĂ©itĂ© d’une esthĂ©tique ancienne correspondait profondĂ©ment Ă  notre approche musicale.
Pour l’avenir, nous avons de trĂšs nombreux projets, dont certains Ă©tendront quelque peu notre effectif habituel ; notamment un disque de grands motets de Lalande qui s’Ă©chafaude, ainsi que quelques projets de scĂšne lyrique mais je n’en dirai pas plus !

 

 

Quels sont les dĂ©fis d’un programme comme celui du 9 juillet ; en particulier l’exercice de la mobilitĂ© et du plein air peuvent-ils ĂȘtre pĂ©nalisant ou Ă  l’inverse stimulants pour les interprĂštes ?

Se produire dans un tel lieu est Ă©videmment extrĂȘmement stimulant pour nous tous, et d’autant plus un privilĂšge que le Petit Trianon ne fait pas du tout partie des lieux habituels de concerts au ChĂąteau. L’un des plus grands dĂ©fis de cette soirĂ©e, sera le combat contre la mĂ©tĂ©o ; Il n’est Ă©videmment pas envisageable qu’une goutte de pluie vienne se poser sur un violon historique ! L’autre dĂ©fi du plein-air, concerne la gestion de l’acoustique. Pour le premier concert dans la cour d’honneur, nous jouerons tout Ă  fait sur le perron et bĂ©nĂ©ficierons du mur de la façade ainsi que des pavĂ©s de la cour pour canaliser le son de l’orchestre. La petite formation qui chantera sous le temple de l’Amour sera, elle, aidĂ©e par la coupole de l’Ă©difice.
L’autre gageure pour les musiciens consistera Ă  donner plusieurs fois de suite le mĂȘme concert, afin que tout le public (qui sera rĂ©parti en plusieurs groupes) puisse profiter de chaque prestation. Sur l’ensemble de la soirĂ©e, c’est donc 27 concerts qui seront programmĂ©s, et tout cela quasiment Ă  la minute prĂšs !

 

 

Propos recueillis en juin 2016

 

 

 

LIRE notre prĂ©sentation du concert de l’ensemble Marguerite Louise Ă  Versailles, Petit Triano, le 9 juillet 2016, soirĂ©e exceptionnelle Ă  partir de 19h30

 

 

L'Ensemble Marguerite Louise Ă  Versailles

 

 

 

Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions SymĂ©trie

Concerts de la reine 1725-1768 Marie Leczinska Ă  Versailles editions symetrie compte rendu classiquenews dĂ©cembre 2015 isbn_978-2-36485-030-9Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions SymĂ©trie. De 1725 Ă  1768, les Appartements de la Reine Ă  Versailles, entendez Marie Leczinska reçoivent concerts et extraits d’opĂ©ras, selon une tradition instituĂ©e par Louis XIV et qui fait du prince, un esthĂšte protecteur des musiciens et des compositeurs : Versailles aura de ce fait institutionnaliser le patronage monarchique. Le goĂ»t de la Reine, pourtant personnage effacĂ© et peu versĂ© dans la nouveautĂ©, la modernitĂ©, l’audace, se prĂ©cise ainsi Ă  l’aulne des partitions prĂ©sentĂ©es et jouĂ©es dans ses appartements versaillais.  Si l’on prend pour acquis aujourd’hui que le choix des programmes ainsi dĂ©fendus chez la Reine, relĂšve d’une conception volontaire, alors s’Ă©tablissent les marques d’une esthĂ©tique et d’un goĂ»t  dont la cohĂ©rence est ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e et explicitĂ©e. Au mĂȘme moment que les spectacles des petits cabinets initiĂ©s et dĂ©veloppĂ©s par la favorite en titre, La Pompadour,- simultanĂ©ment aux Concerts de Mesdames (les filles de Louis XV), les Concerts de la Reine illustrent aussi le tempĂ©rament artiste de la souveraine, moins effacĂ©e qu’on l’a dit. A partir du fonds archivistique disponible et accessible, qu’il Ă©tait temps de consulter mĂ©thologiquement (Menus Plaisirs, comptes rendus du Mercure de France, complĂ©tĂ©s par la lecture des MĂ©moires du duc de Luynes, intime de la Reine Marie et dont l’Ă©pouse Ă©tait dame d’honneur de la souveraine). L’intitulĂ© donne une idĂ©e de l’importance des Concerts de la Reine dans l’essor de la vie musicale Ă  Versailles : Ă  partir de 1745, quand Rameau triomphe comme compositeur officiel de Louis XV, les Concerts de la Reine, deviennent les “Concerts de la Cour”.

Tout en dĂ©voilant trĂšs prĂ©cisĂ©ment l’ensemble des programmations prĂ©sentĂ©es dans les appartements royaux, le texte ambitionne d’Ă©largir le phĂ©nomĂšne du Concert curial en le rattachant Ă  ses enjeux sociaux, culturels, musicaux et bien sĂ»r politiques : tout concert chez la Reine est liĂ© Ă  un dispositif de reprĂ©sentation du pouvoir qui oblige ses participants Ă  un decorum qui sera de plus en plus amĂ©nagĂ© selon les dispositions de la Souveraine et le lieu oĂč elle organise le concert.

Depuis la naissance des Concerts dans les annĂ©es 1720, c’est l’engagement rĂ©el et concret de la Souveraine qui est ainsi dĂ©voilĂ©, comme le dĂ©roulement des concerts en un rituel codifiĂ© par l’Ă©tiquette… (concert de cour ou concert Ă  la cour ?) et aussi les lieux oĂč s’est dĂ©ployĂ©e la musique de Marie (Versailles, Marly, CompiĂšgne, Fontainebleau…). L’Ă©tude des rĂ©pertoires (sujet du V Ăšme chapitre) est de loin le plus captivant car ici, un goĂ»t se manifeste, emblĂ©matique de l’art curial, avec une Ă©volution parfois trĂšs sensible du choix des oeuvres : ainsi au moment de la prĂ©sence Ă  Versailles de l’Infante Marie-ThĂ©rĂšse d’Espagne, la premiĂšre Dauphine en 1745, puis la seconde Dauphine Marie-JosĂšphe de Saxe en 1747… Les Concerts de la Reine sont une rĂ©cente conquĂȘte de notre connaissance de la musique officielle au XVIIIĂš. Quels sont les musiciens de l’Administration chargĂ©s de proposer Ă  la Reine les musiques de ses Concerts (Destouches, Rebel, Colin de Blamont, FrancƓur) ? Pourquoi l’Institution si florissante dans les annĂ©es 1740 et 1750, se dilue progressivement et finit par se taire ? Pourquoi les concerts sont-ils de façon croissante “contremandĂ©s”, ainsi qu’il est notĂ© dans les archives… ? voilĂ  autant de questions passionnantes auxquelles le texte des 6 chapitres offrent une rĂ©ponse de plus convaincantes et des plus riches.

Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche, sĂ©rie Histoire du Concert. ISBN 978-2-36485-030-9. 17 x 24 cm, cousu brochĂ©, 352 pages, 668 g. Prix public indicatif  TTC : 30 €

 

 

 

Marie Leczinska : grande mécÚne musicale ?

 

La Reine Marie Leczinska portraiturĂ© par Natier : et si la Reine Marie, un temps Ă  l’ombre du fringant et mĂ©lancolique Louis XV et ses maĂźtresses (dont la lumineuse Pompadour) fut une politique artiste et mĂ©lomane ?

 

 

DVD, compte rendu critique. Lang Lang, live in Versailles. Chopin, Tchaikovsky. Scherzos, Les Saisons. Lang Lang, piano – 1 dvd Sony classical, juin 2015

lang lang dvd live in versailles chopin tchaikovski tchaikovsky review critique dvd cd dvd livres classiquenews compte rendu presentation dvd live in versailles lang lang classiquenews decembre 2015Versailles, juin 2015. Lang Lang, le roi chinois du piano offre un concert de prestige dans le temple de la monarchie française : Versailles. Un lieu luxueux et Ă©litiste que l’interprĂšte qui aime collectionner les dĂ©fis comme une nouvelle performance, avait Ă  cƓur d’épingler dans son dĂ©jĂ  riche palmarĂšs. La rĂ©alisation visuelle tient quand mĂȘme Ă  une certaine autocĂ©lĂ©bration grandiloquente, avec par la diversitĂ© des plans focus sur les mains, sur la gestuelle plus que thĂ©ĂątralisĂ©e du pianiste au renom planĂ©taire, sur la recherche d’un cadrage parfois alambiquĂ©e et de façon surprenante souvent dĂ©centrĂ© (?)
 une tentation pour une succession hystĂ©risĂ©e de cadres, d’effets, d’accents spectaculaires
 pas sĂ»r que Chopin, poĂšte de l’éloquence secrĂšte et de l’intime mystĂ©rieux aurait validĂ© une telle conception. Et dĂšs le premier Scherzo de Chopin, le rĂ©alisateur insĂšre dans le concert des vues des jardins (ce qui aurait mieux valu pour les Saisons de Tchaikovsky).

1. CHOPIN dĂ©clamatoire (environ 40 mn). Pourtant, musicalement, malgrĂ© ses attitudes et expressions exacerbĂ©es, Lang Lang dont on sait le naturel pour le surjet et un pathos pas toujours de bon goĂ»t, surprend dĂšs le Scherzo n°1, aprĂšs un feu pĂ©taradant oĂč il cherche ses limites et pose les jalons du concert, dans une immersion plus intĂ©rieure oĂč coule une rĂ©elle bĂ©atitude plus nuancĂ©e. Un rĂȘve jaillit soudainement sous les ors et le dĂ©corum de la Galerie des Glaces du palais de Versailles. Jouer Chopin Ă  Versailles relĂšve d’un dĂ©fi : produisant un esthĂ©tisme viscĂ©ralement opposĂ© (grandeur du Grand SiĂšcle mĂȘme s’il est raffinĂ© ; intimitĂ© introspective d’une musique fabuleuse qui se suffit Ă  elle-mĂȘme). Mais le phĂ©nomĂšne Lang Lang se rĂ©alise lĂ  encore : occupant l’espace. IrrĂ©sistiblement. A grand renforts de mouvement de la tĂȘte et du cou, le pianiste semble concentrer toute la charge Ă©motionnelle et le raffinement esthĂ©tique du lieu historique : il en transmet ensuite et rĂ©percute le feu sacrĂ© dans un jeu trĂ©pidant et vif souvent dĂ©monstratif. Mais qui fait les dĂ©lices du rĂ©alisateur de ce film Ă©crit comme un clip grandiloquent.
D’autant que les amateurs du baroque Français profitent aussi de la rĂ©alisation pour revisiter au moment du concert, les lieux sublimes de la monarchie française. TorchĂšres dorĂ©es, sculptures antiques dans la galerie, plafond de Lebrun
 la riche machine dĂ©corative et politique souhaitĂ©e par Louis XIV acclimatĂ© Ă  la ciselure et aux crĂ©pitements du mieux romantiques des compositeurs-pianistes. Le choc ne manque pas de sel.

Lang Lang sous les ors de Versailles

lang-lang-piano-recital-concert-review-critique-compte-rendu-piano-lang-langRĂ©serve : le pianiste comme emportĂ© par son feu typiquement oriental, voire kitch, n’écarte pas une certaine duretĂ©. Ni une prĂ©cipitation qui dans le lieu, sonne artificiel.
Le Scherzo n°2 brille par ce crĂ©pitement dur, mordant, une exacerbation qui n’évite pas d’ĂȘtre parfois outrĂ©e ; il est vrai que le lieu ne favorise pas le repli, ni la pudeur comme l’immersion dans l’introspection. Lang Lang dĂ©clame dans une partition qui alterne Ă©panchement sincĂšres et chant tragique ; la technicitĂ© est flamboyante mais dĂ©borde de la pudeur rentrĂ©e inscrite dans le morceau. C’est un Chopin plus brillant et finalement mondain que vraiment intĂ©rieur (tendance nettement explicite dans le Scherzo 3 oĂč le jaillissement des notes aigĂŒes en cascades sont plus crĂ©pitements dĂ©terminĂ©s que ruissellements magiciens). Le Scherzo n°4 qui exige certes une technique hallucinante, pĂȘche par ce manque d’intĂ©rioritĂ© et de mystĂšre qui sont profondĂ©ment inscrits dans la partition chopinienne; les contrastes pourtant saisissants des dynamiques d’une partition Ă  l’autre, sont jouĂ©s sans plus de profondeur ; tout cela manque d’écoute intĂ©rieure. Tout est projetĂ© dans un jeu dĂ©clamatoire, certes articulĂ© mais trop affirmĂ© dans la lumiĂšre; c’est dans la succession des tableaux de ce Scherzo final que le pianiste et son jeu se rĂ©vĂšlent totalement, et de façon caricaturale. Les fans apprĂ©cieront sans mesure ; les autres, songeant Ă  Argerich, Pires resteront Ă©trangers Ă  un concert martelĂ© comme un Ă©vĂ©nement (aprĂšs celui de Bartoli) mais qui en concevant pour le Chopin, une scĂšne mondaine (comme celle de son rival d’alors, Liszt, coeur d’une hystĂ©risation collective) demeure a contrario de l’esprit du piano chopinien.

lang lang versailles piano live in versailles piano review compte rendu critique dvd classiquenews decembre 20152. TCHAIKOVSKI plus sincĂšre et naturel voire intĂ©rieur. S’il n’est pas pour nous un Chopinien mĂ©morable, Lang Lang se montre d’une cohĂ©rence autre et d’une conviction plus naturelle dans les 12 sĂ©quences (12 mois) des Saisons opus 37a, soit 12 PiĂšces caractĂ©ristiques de Piotr Illyitch. Le pianiste creuse le prĂ©texte climatologique et saisonnier pour percer et exprimer la fine saveur intĂ©rieure de chaque piĂšce en particulier la rĂȘverie suspendue de la barcarolle pour le mois de juin (plage VI), d’une secrĂšte et trĂšs intime tendresse. Infiniment moins exigeantes en matiĂšre de scintillement dynamique et de nuances millimĂ©trĂ©es, les 12 tableaux formant saisons permettent au pianiste de dĂ©voiler un tempĂ©rament plus libre, moins contraint, d‘une souplesse organique plus sincĂšre. CaractĂšre martial comme une armĂ©e qui s’organise pour la chasse de septembre (plage IX) ; puis chant automnal d’octobre plus recueilli et presque religieux (tendresse fraternelle en Ă©cho au VI, et d’une nostalgie pleine d’amertume et de regrets, de blessures intimes Ă  peine masquĂ©es, selon une combinaison si emblĂ©matique de Tchaikovski), la lĂ©gĂšretĂ© presque insouciante du dernier Ă©pisode (NoĂ«l pour dĂ©cembre, un ton bienvenu au moment oĂč le dvd sort en France) affirment une virtuositĂ© plus mesurĂ©e, certes moins exigeante, mais l’intonation est juste et globalement mieux canalisĂ©e. Le charme du lieu opĂšre, la personnalitĂ© (indiscutable) du pianiste s’imposent d’eux-mĂȘmes. Pour le Tchaikovski et la beautĂ© du lieu de tournage, le dvd composera le plus beau des cadeaux de votre NoĂ«l 2015.
Effet de marketing pour un chĂąteau qui souhaite toujours ĂȘtre Ă  la page de l’évĂ©nement musical et de la scĂšne poeple, Lang Lang est dĂ©clarĂ© « ambassadeur » du chĂąteau de Versailles ; il donnera un grand concert dans le bosquet de la Salle de Bal, au cƓur des Jardins Royaux, le mardi 5 juillet 2016 (dans le cadre de Versailles Festival). DVD, Lang Lang,  »Live in Versailles” (Chopin, TchaĂŻkovsky) 1 dvd Sony classical. Parution le 18 dĂ©cembre 2015 chez Sony classical. Live enregistrĂ© dans la galerie des Glaces du chĂąteau le 22 juin 2015.

DVD, compte rendu critique. Lang Lang, live in Versailles. Chopin, Tchaikovsky. Scherzos, Les Saisons. Lang Lang, piano – 1 dvd Sony classical.

Louis XIV en roi des arts

louis-XIV-carre-grand-Arte, aujourd’hui Ă  20h50. SoirĂ©e Louis XIV. Le Roi Soleil en roi des arts. On se souvient d’un livre trĂšs instructif oĂč l’auteur Philippe Beaussant n’hĂ©sitait pas Ă  baptiser Louis le Grand de “roi artiste” : il faut bien du discernement et un goĂ»t sĂ»r pour savoir reconnaĂźtre les talents et les faire travailler sur des Ɠuvres grandioses. En confisquant au surintendant Fouquet, les Lebrun, Le Vau, Le NĂŽtre, surtout MoliĂšre (moins La Fontaine qui osa dĂ©fendre son ancien patron), Louis devenu le Roi Soleil en 1661, montra sa maturitĂ© politique et artistique : il fit de chacun d’eux, par gratifications et pensions gĂ©nĂ©reuses, ses serviteurs les plus zĂ©lĂ©s. Le documentaire diffusĂ© par Arte dĂ©voile le portrait d’un souverain esthĂšte qui s’il instrumentalisa et contrĂŽla les arts – soumis Ă  sa propre cĂ©lĂ©bration-, les favorisa et les organisa comme personne. Sous son rĂšgne, naissent les acadĂ©mies de peinture, sculpture, architecture, sciences, surtout de la danse car Louis dĂšs son adolescence maĂźtrise le maintien et sait danser, offrant en 1653, une fameuse incarnation du Soleil triomphant, axe du monde, vĂ©ritable reprĂ©sentation du pouvoir royal rĂ©affirmĂ© aprĂšs le chaos de la Fronde.

Tous les arts sous son rĂšgne sont infĂ©odĂ©s aux directives de la “petite acadĂ©mie”, cercle de sages dĂ©crĂ©tant la façon de reprĂ©senter le roi… un ministĂšre de la communication politique avant l’heure et dirigĂ© par l’inflexible Colbert, serviteur le plus loyal dĂ©vouĂ© Ă  sa majestĂ©.
On suit pas Ă  pas les diffĂ©rents visages de Louis : l’adolescent danseur, l’amoureux transi (de Marie Mancini dans le premier Versailles des annĂ©es 1660, avec point d’orgue de cet instant d’ivresse, les plaisirs de l’Ăźle enchantĂ©e dans les jardins du premier Versailles en 1664), l’amateur de thĂ©Ăątre qui aime Ă  rire des comĂ©dies satiriques de MoliĂšre, puis le souverain passionnĂ© par l’opĂ©ra dont Lully fait un spectacle total Ă  partir de 1673. Enfin c’est Versailles le chantier du rĂšgne, devenu siĂšge du gouvernement en 1683 : le thĂ©Ăątre du pouvoir ou l’opĂ©ra de sa majestĂ© aux dimensions cyclopĂ©ennes.
Le film rĂ©capitule les passions de Louis XIV : la danse, l’opĂ©ra, l’architecture, … on y relĂšve les facettes multiples du Roi, toujours magnifiĂ© et hĂ©roĂŻsĂ©, en particulier au plafond de la galerie des glaces oĂč Louis paraĂźt en vainqueur, humiliant volontiers les armĂ©es rivales au delĂ  du Rhin… une humilation que les Allemands ou les Hollandais continuent d’Ă©prouver et de condamner avec autoritĂ©. Le visiteur de la Galerie des glaces oublie souvent le sens des reprĂ©sentations peintes par Lebrun, commentĂ©es par Racine et Boileau (en français et non plus en latin!). Contestable, l’ambition du Roi a fait des arts sous son rĂšgne une formidable machine de propagande dont le raffinement a marquĂ© l’esprit d’un rĂšgne et forgĂ© un modĂšle pour toute l’Europe moderne. AprĂšs Louis XIV, toute reprĂ©sentation politique dans l’Ancien Monde comme dans le Nouveau, ne peut ĂȘtre que Versaillaise…

Programmation spéciale Louis XIV sur Arte
Samedi 29 et dimanche 30 août 2015

Samedi 29 août 2015
20.50 : LOUIS XIV, ROI DES ARTS
22.40 : OpĂ©ration Lune, l’épave cachĂ©e du Roi-Soleil

Dimanche 30 août 2015
17.30 : le mobilier de Versailles, du roi soleil à la révolution
18.30 : Soirée baroque à la Philharmonie
20.30 : Un jardinier Ă  Versailles
0.00 : la Nuit Louis XIV de William Christie

Tous les programmes sont aussi accessibles sur «  ARTEconcert +7 »

Lire aussi notre présentation du week end Louis XIV sur ARTE

william-christie-arts-florissants-soiree-Louis-XIV-versailles-presentation-classiquenewsNe pas manquer aussi Dimanche 30 aoĂ»t 2015, Ă  minuit. Le concert « La Nuit Louis XIV de William Christie » convoque le Sermon sur la mort, de Bossuet : pour cĂ©lĂ©brer la mĂ©moire du roi français le plus artiste donc,  Denis PodalydĂšs dĂ©clame et aussi sert de guide au public, invitĂ© le temps de cette nuit royale, Ă  circuler dans le chĂąteau du Souverain Ă  Versailles,  du thĂ©Ăątre royal – construit sous Louis XV – Ă  la chapelle, puis Ă  la galerie des Glaces oĂč Les Arts Florissants jouent un programme musical). William Christie dirige ainsi Ă  la Chapelle le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, un compositeur que Louis goĂ»ta fort, mĂȘme s’il n’eut aucune charge officielle Ă  la Cour. C’est surtout la tragĂ©die en musique Atys (1676), de Jean-Baptiste Lully, que Louis aima passionnĂ©ment, aussi surnommĂ© « L’opĂ©ra du roi » que William Christie aborde par extraits, lui qui en a assurĂ© la recrĂ©ation il y a trente ans. Fin du parcours dans la Galerie des Glaces, avec un divertissement royal… avant le dĂ©part du feu d’artifices dĂ©ployĂ© sous la voĂ»te nocturne dans le parc…
Le programme La Nuit Louis XIV de William Christie est prĂ©cĂ©dĂ© Ă  20h30 sur Arte toujours, du documentaire un jardinier Ă  Versailles : focus sur l’autre passion du Roi pour les jardins…

Versailles : La nuit des rois de Jordi Savall en direct sur culturebox

savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesEn direct sur internet. La Nuit des Rois : Jordi Savall Ă  Versailles, mardi 30 juin 2015 en direct sur culturebox, dĂšs 20h. 2015 marque le tricentenaire de la mort de Louis XIV (en septembre exactement). Par mi les nombreuses cĂ©lĂ©brations de la mort du Roi Soleil le septembre 1715, Versailles invite Jordi Savall pour la Nuit des Rois : 3 concerts dans 3 Lieux du chĂąteau pour cĂ©lĂ©brer la gloire et le goĂ»t musical et artistique des 3 souverains bourbons qui ont marquĂ© un Ăąge d’or de la culture française Ă  l’ñge baroque, du premier XVIIĂš Ă  l’esprit des LumiĂšres. Ainsi au programme :

Concert Louis XIII Ă  l’OpĂ©ra royal
Concert Louis XIV Ă  la Chapelle royale
Concert Louis XV dans la Galerie des glaces

Lully Ă  VersaillesEn 2014, il avait dĂ©diĂ© Ă  Versailles une premiĂšre nuit thĂ©matique autour des oeuvres de Haendel, investissant l’espace d’un soir, les 3 lieux emblĂ©matique de la vie de cour Ă  Versailles entre dĂ©votion, opĂ©ra et allĂ©geance au Souverain : la chapelle, l’opĂ©ra et la galerie. Le 30 juin 2015, Jordi Savall souligne le goĂ»t spĂ©cifique de chaque monarque français, et le genre dans lequel il a marquĂ© une passion personnelle.
Louis XIII Ă  l’OpĂ©ra : joueur de luth, bon danseur, esprit mystĂ©rieux et solitaire (LIRE notre Ă©vocation de LOUIS XIII Ă  travers sa passion du luth, entretien avec le luthiste Miguel Yisrael et son cd Les Rois de Versailles, CLIC de classiquenews 2014), Louis XIII, pĂšre de Louis XIV crĂ©e les 24 Violons du Roi, bande d’instrumentistes d’un niveau excellent, vĂ©ritable modĂšle pour l’Europe

Louis XIV (notre photo ci dessus) se montre quant Ă  lui friand de virtuositĂ© comiques avec l’ùre de la comĂ©die ballet et bientĂŽt de la tragĂ©die lyrique inventĂ© pour lui Ă  Versailles par Lully. Le thĂ©Ăątre envahit toute la vie de Cour jusqu’à la chapelle royale dernier grand chantier de son rĂšgne.
Louis XV Ă  l’ñme mĂ©lancolique voire dĂ©pressive cultive les divertissements amoureux que Voltaire et Rameau expriment sous la forme d’opĂ©ras-ballets, de comĂ©die d’un nouveau genre. FĂȘtes, bals costumĂ©s, badineries (peintes par Boucher) font de Versailles un lieu de plaisirs et de sensualitĂ© que l’esprit et le goĂ»t de la Pompadour rehausse jusqu’à l’excellence. Son rĂšgne s’achĂšve sur le nouvel opĂ©ra royal et le nouveau dĂ©cor de la galerie des glaces pour le mariage du Dauphin, futur Louis XVI et de la Marie-Antoinette


 

 

 

La Capella Reial de Catalunya
Le Concert des Nations
Jordi Savall, direction

Versailles, ChĂąteau. Mardi 30 juin 2015, 20h
Durée : 4 h (2 entractes inclus, le temps que les musiciens rejoignent les lieux entre chaque programme
.)

logo_culturebox_300_2014VISITEZ le site de culturebox et la page dédiée au concert événement LA NUIT des ROIS au chùteau de Versailles par Jordi Savall, mardi 30 juin 2015, 20h

 

Programme détaillé de la Nuit des Rois au Chùteau de Versailles :
FĂȘtes Royales aux temps de Louis XIII, Louis XIV, Louis XV

♩ OpĂ©ra Royal : l’orchestre de Louis XIII

Musiques de l’enfance du Dauphin
Musique pour le Sacre du Roy, fait le 17 Octobre 1610
Musiques pour le Mariage du Roy Louis XIII, faites en 1615
Concert donné a Louis XIII en 1627 par les 24 Violons
Les Musiques de Ballet 1634 – 1640

♩ Chapelle Royale : la Gloire de Dieu au temps de Louis XIV

Michel-Richard Delalande
De profundis

Marc-Antoine Charpentier
Te Deum

♩ Galerie des Glaces : la TragĂ©die Lyrique au temps de Louis XV

Jean-Philippe Rameau
Les BorĂ©ades* – ouverture, Airs et ChƓurs

Mardi 30 juin 2015 dĂšs 20h sur Culturebox, et sur France 2 le 1er septembre 2015

 

 

LIRE aussi notre dossier spécial LULLY à VERSAILLES

Versailles : Catone, le nouvel opéra recréé de Leonardo Vinci

vinci leonardo portrait compositeur napolitainVersailles, OpĂ©ra royal. Vinci : Catone in Utica: 16,19,21 juin 2015. CrĂ©ation. AprĂšs Artaserse, dĂ©jĂ  recrĂ©ation mondiale imposant le cahnt dĂ©sormais souverain des nouveaux contretĂ©nors, voici un nouvel Ă©vĂ©nement lyrique baroque, conçu par le chanteur Max Emanul Cencic : Catone in Utica. On connaĂźt l’opĂ©ra de Vivaldi qui lui est postĂ©rieur.  Le sujet met en avant la valeur moral du politique vertueux : le romain Caton, mort Ă  Utique en Tunisie en 46 avant JC. Ennemi de la corruption et des abus financiers, rĂ©publicain convaincu, Caton ose se dresser contre la tyrannie de Jules CĂ©sar (-59). DĂ©fenseur de PompĂ©e, Caton doit fuir en Afrique avec l’armĂ©e des rĂ©publicains… AustĂšre et stoĂŻque, Caton incarne un idĂ©al politique. Aux portes de la dĂ©faite, il prĂ©fĂšre se tuer Ă  Utique tout en mĂ©ditant le dialogue PhĂ©dron de Platon qui y disserte sur l’immortalitĂ© de l’Ăąme  ; le suicide de Cation est documentĂ© et relatĂ© par Plutarque (Vies parallĂšle des hommes illustres). L’opĂ©ra prend prĂ©texte de l’histoire de Caton pour aborder une figure passionnante de la loyautĂ© et du devoir… prĂ©monition de ce que sera l’opera seria inspirĂ© au XVIIIĂš par l’esprit des LumiĂšres.

catone-utica-lethiere-nu-allongeFlamboyant napolitain, Leonardo Vinci (1690-1730) aborde le sĂ©rieux du sujet avec une verve musicale et lyrique aussi irrĂ©sistible que son opĂ©ra prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă© (et prĂ©sentĂ© aussi Ă  Versailles, Artaserse : l’opĂ©ra qui marque le sommet de carriĂšre comme maĂźtre de chapelle Ă  la Cour royal de Naples et qui est aussi l’oeuvre contemporaine de sa disparition en 173 donc Ă  seulement 40 ans). Le compositeur comme Porpora conçoit son ouvrage pour les castrats, selon l’esthĂ©tique proprement napolitaine : virtuositĂ©, expressivitĂ©, franchise. Habile artisan des contrastes dramatiques, Vinci construit tout son opĂ©ra sur l’opposition entre les deux ennemis politiques : l’ambitieux tyranique Jules Cesare et le rĂ©publicain vertueux, Ă  l’inflexible Ă©thique, Caton.
Arguments forts de la production versaillaise, sa distribution qui promet de nouvelles pyrotechnies vocales grĂące aux 3 contre tĂ©nors rĂ©unis : Max Emanuel Cencic, surtout les deux Ă©toiles de la nouvelle gĂ©nĂ©ration : Franco Fagioli (altiste) et Valer Sabadus (sopraniste) dont l’intensitĂ© du chant, l’engagement rare, l’Ă©clat mitraillette, l’autoritĂ© technique marquent chaque prestation. L’enregistrement au disque est annoncĂ© chez Decca simultanĂ©ment en juin 2015.
Hier dĂ©fendu et pour la majoritĂ© des gravures produites alors, recrĂ©Ă© par les artistes de la Capella de’Turchini (Antonio Florio, direction), Leonardo Vinci connaĂźt un regain de faveur auprĂšs des directeurs et producteurs de thĂ©Ăątre : le public suit naturellement, heureux de redĂ©couvrir les perles du seria napolitain du premier Settecento, d’autant plus convaincant grĂące Ă  une gĂ©nĂ©ration nouvelle de contretĂ©nors experts dans ce rĂ©pertoire.

 
 

caton-uthique-catone-in-utica-leonardo-vinci-opera-versailles-presentation-critique-classiquenews-mai-2015

 
 

 

Vinci : Catone in Utica Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
Les 16, 19 et 21 juin 2015

PremiĂšre en France / nouvelle production
Opera seria en trois actes. Livret de Métastase.
Créé au Teatro delle Dame de Rome, le 19 janvier 1728.

Franco Fagioli, Cesare
Juan Sancho, Catone
Max Emanuel Cencic, Arbace
Valer Sabadus, Marzia
Martin Mitterrutzner, Fulvio
Vince Yi, Emilia

Jakob Peters-Messer, mise en scĂšne

Il Pomo d’Oro
Riccardo Minasi, direction

 
 
 
Illustration : Mort de Caton Ă  Utique par Guillon LethiĂšre, 1795. Caton se donne la mort par Laurens (1863)

 
 
 

Reportage vidĂ©o : L’Inde Galante par les collĂ©giens de Trappes et les Pages du CMBV (fĂ©vrier 2015)

visuel-_-inde-galante-cmbv-trappes-et-Versailles-Rameau-classiquenews-le-quatuor-de-solistes-les-pages-de-la-Maitrise-du-cmbv-10-fevrier-2015-compte-rendu-critique-inde-galante-de-RameauL’Inde Galante d’aprĂšs Rameau (fĂ©vrier 2015). Rencontre pĂ©dagogique. A l’initiative du Cmbv, Centre de musique Baroque de Versailles, les collĂ©giens de Trappes et les Pages du Centre de musique baroque de Versailles travaillent ensemble pour un spectacle inspirĂ© des Indes Galantes de Rameau : L’Inde Galante. RĂ©pĂ©titions et sĂ©ances de travail Ă  Trappes (cours de danse, de dĂ©clamation et de chant) puis reprĂ©sentation Ă  Trappes (La Merise) et Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (les 10 puis 12 fĂ©vrier 2015), la performance Ă©tonne et convainc en rĂ©ussissant la rencontre entre jeunes de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration mais  d’univers diffĂ©rents. La transmission, l’apprentissage du collectif autour d’une Ɠuvre baroque majeure Ă  laquelle sont associĂ©s des textes des LumiĂšres (maximes de l’AbbĂ© Raynal) percutants par leur engagement humaniste font tout l’intĂ©rĂȘt de cette production atypique, aux vertus pĂ©dagogiques et culturelles multiples.  Edifiant. Reportage vidĂ©o de 22 mn © studio CLASSIQUENEWS.com 2015

Tricentenaire de la mort de Louis XIV

louis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451Versailles : Tricentenaire de la mort de Louis XIV : avril 2015 – fĂ©vrier 2016. DĂ©cĂ©dĂ© le 1er septembre 1715 aprĂšs 72 ans de rĂšgne, Louis XIV nĂ© en 1638 laisse un hĂ©ritage politique, Ă©conomique et social plutĂŽt mitigĂ©. Les guerres ont Ă©puisĂ© le peuple et les ressources de l’Etat, mais l’art français a dominĂ© toute l’Europe, faisant de la France, aprĂšs lui, le phare artistique copiĂ© par toutes les Cours dignes de ce nom. Pas un prince qui ne souhaite jusqu’Ă  la fin du XVIIIĂšme, reproduire voire Ă©galer la splendeur de Versailles. Roi danseur, Ă©pris d’opĂ©ras et de divertissements, Louis XIV fusionne le prestige des arts et le rayonnement de sa fonction : sous son rĂšgne, l’art est de propagande et toutes les disciplines en leur degrĂ© d’excellence incarnent la supĂ©rioritĂ© du pouvoir monarchique. Le ChĂąteau de Versailles en 2015 cĂ©lĂšbre donc le tricentenaire de la mort de son fondateur.

 

 

 

Versailles célÚbre le tricentenaire de la mort de Louis XIV

Louis en roi artiste

 

 

En rĂ©alitĂ©, Louis XIV, en fils digne, dĂ©veloppe le mythe de Versailles hĂ©ritĂ© de son pĂšre, le mĂ©lancolique et solitaire Louis XIII(Lire notre dossier spĂ©cial le Luth de Louis XIII avec la collaboration du luhtiste Miguel Yisrael). Il fait de la retraite masculine du pĂšre, le lieu de ses chasses et de ses maĂźtresses, une rĂ©sidence de divertissements oĂč s’orchestre et est mise en scĂšne tel un opĂ©ra permanent, la fonction royale, ce dĂšs 1664, avec les FĂȘtes de l’Ăźle enchantĂ©e qui reprend le thĂšme du Roi amoureux sĂ©duit par la magicienne sur son Ăźle magique…
La programmation Ă©voque la figure du Roi artiste : celui qui dansait donc, jouait de la guitare, collectionnait tableaux et antiques, a particuliĂšrement veillĂ© Ă  l’essor de ses AcadĂ©mies, aimait passionnĂ©ment les Grands Motets, les tapisseries, la porcelaine, les objets prĂ©cieux, mĂ©ticuleusement dĂ©posĂ©s et inventoriĂ©s dans son cabinet personnel…

louis-XIV-582-390-une-homepageLa programmation versaillaise met l’accent sur le duo des amuseurs Lully et MoliĂšre dont le gĂ©nie mĂȘlĂ© transcende le genre de la comĂ©die ballet dont il font un prĂ©lude Ă  l’opĂ©ra français Ă  venir (tragĂ©die en musique inaugurĂ©e par Cadmus et Hermione en 1673). William Christie inaugure un nouveau type de spectacle, une nuit de concerts promenades (formule crĂ©Ă© au sein de son festival vendĂ©en de ThirĂ© chaque mois d’aoĂ»t) : en proximitĂ© avec les interprĂštes, les spectateurs peuvent Ă©couter les concerts dans les 3 lieux musicaux du ChĂąteau : l’opĂ©ra, la chapelle, la Galerie des glaces…(Nuit Louis XIV William Christie, les 25 et 26 juin 2015). L’Italie est la source d’inspiration de la Cour de Louis XIV (Lully Ă©tait florentin) : Ă  dĂ©faut de recrĂ©er Ercole Amante de Cavalli, opĂ©ra italien crĂ©Ă© pour ses noces, l’Orfeo de Luigi Rossi est programmĂ© (premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© Ă  Paris en mars 1647, Ă  la demande de Mazarin). Si le futur Louis XIV n’avait que 9 ans, fortement impressionnĂ© (par les machineries de Torelli et la virtuositĂ© du chanteur castrat Atto Melani), il en conserve le goĂ»t passionnĂ© de l’opĂ©ra et du spectacle lyrique. La place du choeur et des ballets fera ensuite l’identitĂ© de l’opĂ©ra proprement versaillais et donc français… bientĂŽt conçu par Lulli devenu Lully.

 

 

Programmation Louis XIV 2015 Ă  Versailles :
D’avril 2015 Ă  fĂ©vrier 2016

Au total 9 programmes différents et 3 bals costumés (en juin 2015)

Les 8,9,10,11 avril 2015, 20h
Le 12 avril Ă  15h
Opéra royal
Lully / MoliĂšre : Le Bourgeois Gentilhomme
Christophe Coin, direction
Denis PodalydĂšs, mise en scĂšne

 

 

Les 25 et 26 juin 2015, 20hlouis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451
Opéra royal, Chapelle royale, Galerie des Glaces
Concert promenade orchestré par William Christie et ses Arts Florissants
La nuit de Louis XIV – William Christie

 

 

La nuits des 3 rois par Jordi Savall
Musiques de Louis XIV, XV, XVI
Concert des Nations, Jordi Savall
Le 30 juin 2015, 20h
Opéra royal, Chapelle royale, Galerie des Glaces

 

 

Messe Ă  4 choeurs. Charpentier / Hersant :
Olivier Schneebeli, direction
MaĂźtrise de Radio France
Les Pages et les chantres du Centre de musique baroque de Versailles
le 2 juillet 2015, 20h
Chapelle royale

 

 

Lully : Armide
Opera Atelier Toronto
David Fallis, direction
Les 20, 21, 22 novembre 2015
Opéra royal

 

 

Lully : Ballet royal de la nuit, 1653
Correspondances
le 29 novembre 2015, 16h
Opéra royal

 

 

Gala Lully
Capella Mediterranea
Leonardo Garcia Alarcon
Le 1er décembre 2015
Galerie des glaces

 

 

Lully / MoliĂšre : Monsieur de Pourceaugnaclouis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451
Les Arts Florissants,William Christie
Clément Hervieu Léger, mise en scÚne
Les 7, 8, 9 et 10 janvier 2016
Opéra royal

 

 

Luigi Rossi : Orfeo
Pygmalion
Les 19 et 20 février 2016
Opéra royal

3 bals costumés en juin 2015

FĂȘtes Galantes
Soirée costumée dans les Appartements du Roi Soleil : musiques et divertissements au temps de Louis XIV
Faenza, Marco Horvat. L’Eventail. La Compagnie baroque.
Lundi 1er juin 2015 Ă  19h30
Petits et Grands appartements du Roi, chapelle royale, Galerie des glaces

Le Grand bal masqué de Kamel Ouali, le Roi Soleil
Samedi 27 juin 2015, 23h30
Jardins de l’Orangerie

Mon premier bal Ă  Versailles
Bal costumé de Kamel Ouali : pour les 6-12 ans
Dimanche 28 juin 2015, 15h
Orangerie

Toutes les infos, les modalités de réservations, les horaires et les lieux des concerts sur le boutonreservationsite de Chùteau de Versailles Spectacles CVS

 

 

OpĂ©ra, annonce. Siroe de Hasse Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain, le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

Dossier. Le luth en France au XVIIĂšme

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIIVersailles avant Versailles : la retraite de Louis le juste
  A l’occasion de la sortie de son dernier cd (intitulĂ© « les rois de Versailles »), le luthiste Miguel Yisrael, Ă©lĂšve virtuose d’Hopi (Hopkinson Smith) dĂ©die son nouveau programme aux maĂźtres du luth Ă  l’époque de Louis XIII et de Louis XIV, Germain Pinel et Robert de VisĂ©e. Outre la rĂ©surrection de Suites inĂ©dites, l’instrumentiste ajoute aussi un Ă©clairage singulier et d’autant plus saisissant sur l’époque oĂč le luth fut estimĂ© tel le roi des instruments, ou l’instrument des rois, rĂ©servĂ© Ă  l’intimitĂ© de la Couronne, celle du Roi Ă©videmment et de ses proches (famille, ministres, favoris…)
 Dans cette Ă©vocation spĂ©cifique, le luth, Versailles composent une Ă©quation emblĂ©matique du goĂ»t de Louis XIII, souverain raffinĂ© et solitaire, dont la faveur pour la musique fut aussi importante que celle de son fils, et davantage encore tournĂ© vers le raffinement tendre et noble, portĂ© par la maĂźtrise du luth… C’est Henri IV qui fait aimer Versailles au jeune dauphin, futur Louis XIII : Ă  6 ans, le garçon accomplit sa premiĂšre chasse : le souvenir en sera indĂ©lĂ©bile. Versailles sera son domaine privĂ©, intime mĂȘme : inaccessible Ă  sa mĂšre, Ă  son Ă©pouse. Ainsi le pavillon de chasse qu’il Ă©difie en 1623. Auquel succĂšde en 1631, le chĂąteau brique et pierre qui est le cƓur du palais de son fils Louis XIV. Mais quel est donc le secret de Versailles ? Contre toute attente et Ă  rebours des cĂ©lĂ©brations fastueuses qui ont cours Ă  prĂ©sent, l’idĂ©e d’un temple de l’intimitĂ©, du repli entre hommes, est le vrai message de ce disque enchanteur et totalement visionnaire. Outre le rĂ©pertoire dĂ©fendu, qui se soucie du luth aujourd’hui ? Louis XIII de son vivant le considĂ©rait comme le lieu de sa retraite, oĂč ni Marie de MĂ©dicis ni Anne d’Autriche, la mĂšre et l’épouse, ne furent acceptĂ©es pour y coucher. EmblĂšme de son tempĂ©rament solitaire voire saturnien, le luth retient l’intĂ©rĂȘt du roi, incarne mĂȘme au plus prĂšs son goĂ»t le plus personnel. Excellent luthiste, offrant pour ses intimes des concerts privĂ©s, Louis XIII n’autorisait pas les femmes, trop bavardes, trop inattentives
 il y invite d’excellents joueurs de luths tels M. de Mortemar et M. de Schomberg.

 

Louis XIIIVersailles avant Louis XIV : le goĂ»t de Louis XIII Souvent malade, Louis XIII avoue sa rĂ©signation et son usure dans l’exercice du pouvoir : il appelle de ses voeux l’aptitude de son jeune fils Ă  lui succĂ©der au plus vite, afin de retrouver son cher Versailles, retraite espĂ©rĂ©e, attendue, chĂšre Ă  son coeur pour le repos de son esprit, pour l’Ă©quilibre et la santĂ© de son corps Ă©prouvĂ© : «  
 et je me retirerai Ă  Versailles avec quatre de vos PĂšres, pour m’entretenir avec eux des choses divines et pour ne plus penser de tout qu’aux affaires de mon Ăąme et de mon salut ». Louis XIII n’eut-il comme baume au coeur que son cher luth ?  Le roi des instrument rĂšgne de facto Ă  la cour de France dĂšs Henri IV. Le mĂ©decin chargĂ© de la santĂ© du jeune Louis XIII prĂ©cise la place de l’instrument auprĂšs du souverain : premier « jouet » qui lui est offert (en 1604, pour ses 3 ans!), le luth est le centre de toutes les attentions. Le petit Louis qui s’endort aux sons de la voix de son valet Florent Hindret qui joue du luth Ă©videmment pour s’accompagner, montre Ă  sa mĂšre la Reine rĂ©gente l’avancement de ses progrĂšs. Marie de MĂ©dicis, joueuse de luth elle aussi, embauche Robert Ballard, son maĂźtre en la matiĂšre. A ce dernier se joint le pĂšre de Ninon de l’Enclos, Henri de L’Enclos, autre professeur de luth pour la Reine mĂšre. Nombre de musiciens compositeurs tous joueurs de luth assurent le fonds sonore de l’éducation du prince, futur Louis XIII. Ainsi, Jean Mesnager et RenĂ© Saman comme Gaultier de Lyon (dit aussi le vieux Gaultier ) paraissent dans les tĂ©moignages de l’époque.

 

 

 

 

Le luth à la cour de France


luth_1652En 1615, Louis XIII Ă©pouse l’espagnole Anne d’Autriche : les deux ados ĂągĂ©s de 14 ans pendant leur nuit de noces, se manquent, ratent une union pourtant espĂ©rĂ©e. Le roi dĂ©laisse vite son Ă©pouse et prĂ©fĂšre de toute Ă©vidence la compagnie virile. Anne d’Autriche prolonge en France, au cours de ses dĂ©placements du Louvre Ă  Fontainebleau ou au ChĂąteau de Saint-Germain-en-Laye, les us de la cour ibĂ©rique oĂč rĂšgnent les guitaristes.  A la mort de Louis XIII (1643), le dauphin futur Louis XIV n’a que 4 ans : Ă  8 ans, miraculĂ© Ă  la suite d’une variole aiguĂ«, le jeune Louis reçoit ses premiĂšres leçons de
 luth grĂąces aux soins de Germain Pinel. Le musicien enseignera ainsi au souverain jusqu’à ses 18 ans.  10 annĂ©es d’un apprentissage fastidieux et formateur. Ce lien qui le rattache au souvenir de son pĂšre, se concrĂ©tise aussi pour l’amour de Versailles dont il fera sa rĂ©sidence royale et le palais le plus fastueux de l’Europe baroque.

Pour parfaire l’éducation et les qualitĂ©s de la reine Anne d’Autriche (qui ne jouait que la guitare), Ennemond Gaultier est nommĂ© pour lui enseigner le luth. Puis les Bataille, Gabriel pĂšre et fils, sont maĂźtres de musique auprĂšs de la Reine Anne d’Autriche quand le jeune luthiste Pierre de Nyert, remarquĂ© par Louis XIII, devient son valet de la garde robe, puis celui qui lui chanta au luth des motets de dĂ©votion sur son lit de mort.

 

luth_1653Le luth, instrument aristocratique. Miroir des coutumes royales, les cercles aristocratiques adoptent tout autant le luth dont la maĂźtrise est l’insigne d’une haute Ă©ducation et d’un raffinement prestigieux. LettrĂ©s, intellectuels, bourgeois aisĂ©s partagent cette affection qui flattent leur statut et renforce leur dignitĂ© : Richelieu comme Louis XIII se dĂ©lasse en Ă©coutant son musicien favori, Michel Lambert, chanter des mĂ©lodies de sa composition en s’accompagnant au luth. Dans les salons parisiens, Mme de Rambouillet, Mlle de ScudĂ©ry, Mme de la SabliĂšre ou la belle Mme Scarron – futur Madame de Maintenon, seconde Ă©pouse de Louis XIV-, cultivent elles aussi le goĂ»t du luth. Les PrĂ©cieuses – Ă©pinglĂ©es dans leurs travers par MoliĂšre entre autres, favorisent jeux et joutes poĂ©tiques, divertissements musicaux oĂč poĂ©sie et luth sont Ă©troitement associĂ©s. Ninon de L’enclos et Mademoiselle Paulet gagnent une notoriĂ©tĂ© enviable. Charles Mouton, compositeur Ă  la mode, assure l’Ă©clat des soirĂ©es chez les Scarron.

Le luth s’impose comme instrument soliste, dĂ©voilant son Ă©loquence secrĂšte et fascinante dans une sĂ©rie de Suite de danses qui lui sont spĂ©cifiquement rĂ©servĂ©es.  C’est Germain PInel qui Ă©crit alors les Suites les plus abouties, d’une rĂȘveuse austĂ©ritĂ©. A l’époque, le modĂšle le plus estimĂ© vient de Bologne et porte la signature du luthier Laux Maler (c’est un fac similĂ© de ce type que joue aujourd’hui Miguel Yisrael).

 

1730, la fin du luth en France
 RĂ©servĂ© Ă  la dĂ©lectation intime, dans le cercle restreint de quelques initiĂ©s et amateurs, le luth, roi des instruments et instrument des rois, perd peu Ă  peu son prestige et son rayonnement Ă  mesure que l’essor des concerts, et la reprĂ©sentation thĂ©ĂątralisĂ©e fixĂ©e par Lousi XIV Ă  Versailles, se dĂ©ploient. EmblĂšme de l’intimitĂ©, le luth ne se prĂȘte guĂšre Ă  la dĂ©monstration fastueuse et spectaculaire du pouvoir tel qu’il s’est dĂ©veloppĂ© dans le Versailles du Roi-Soleil (mĂȘme si ce dernier continue de le goĂ»ter dans l’intimitĂ© rĂ©servĂ©e de ses salons privĂ©s – certes le Roi-Soleil prĂ©fĂ©rera ensuite la guitare).

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthDe fait, l’instrument polyphonique se retire peu Ă  peu Ă  mesure que l’orchestre et l’opĂ©ra de Lully s’imposent sur la scĂšne lyrique et officielle.  A mesure aussi que le clavecin, autre instrument Ă  cordes pincĂ©es se distingue alors dans le goĂ»t des nouvelles classes dirigeantes, suivant le modĂšle de Versailles.  A l’époque de Louis XIII, la musique est un exercice privĂ© ; avec Louis XIV, elle est l’élĂ©ment central de la propagande royale. Quand Rameau s’affirme Ă  l’opĂ©ra avec son premier opus Hippolyte et Aricie (1733) au dĂ©but des annĂ©es 1730, le luth est devenu hors d’ñge, un art du passĂ©. Son jeu se perpĂ©tua cependant grĂące aux Huguenots français qui l’avait cultivĂ© ; contraint Ă  l’exil dans les pays germaniques du nord, ils dĂ©veloppĂšrent bientĂŽt une Ă©cole particuliĂšre que l’Autriche sut aussi fĂ©conder jusqu’au plein XVIIIĂšme : c’est le sujet du cd  « Austria, 1676 », publiĂ© par Miguel Yisrael en 2012 qui y rĂ©vĂ©lait ainsi une prodigieuse Ă©cole du luth autrichienne, dont les compositeurs sont Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1754), Johann Georg Weichenberger (1676-1740).

CD. Les Rois de Versailles. Miguel Yisrael, luth baroque. Robert de Visée, Germain Pinel  (1 cd Brilliants classics). Parution : décembre 2014

lluth XVII 582 les cinq sens Abraham-Bosse-The-Five-Senses-Hearing

 

Abraham Bosse : allĂ©gorie des 5 sens : l’ouĂŻe (DR)

Le luth au XVIIĂšme : Roi des instruments, instrument des Rois

 

Portrait d’un luthiste français par Jean de Reyn, vers 1640

 

 

 

Approfondir

 

LIRE notre critique du cd Austria 1676 par Miguel Yisrael

LIRE notre entretien avec Miguel Yisrael Ă  propos du cd Austria 1676

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael à propos du luth baroque réalisé en 2010

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael Ă  propos du luth baroque en France au XVIIĂšme, Ă  l’occasion de la parution du cd Les Rois de Versailles (dĂ©cembre 2014), rĂ©alisĂ© en novembre 2014

 

 

 

Gala Rameau Ă  la Galerie des glaces de Versailles

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Versailles, Galerie des glaces. Gala Rameau, le 22 novembre 2014, 21h. Les 250 ans de la mort de Rameau mĂ©ritaient une fin en apothĂ©ose dans l’écrin le plus spectaculaire de Versailles, sa galerie des glaces que le Dijonais a pu voir et traverser lui qui livra tant de divertissements et opĂ©ras suprĂȘmes pour la Cour de Louis XV. Faiseur d’opĂ©ras merveilleux et fantastiques (ses actes infernaux, ses tempĂȘtes et cataclysmes demeurent le plus impressionnants de la scĂšne française baroque), Jean-Philippe Rameau n’eut de cesse de renouveler les formes musicales appliquĂ©es au thĂ©Ăątre : opĂ©ra ballet, comĂ©die, tragĂ©die Ă©videmment mais aussi et dĂšs sa jeunesse non encore versaillaise, mais provinciale, grands motets sous la voĂ»te sacrĂ©e. Pour celle de la galerie des glaces, mĂȘlant peintures de guerre de Lebrun, ors et miroirs Ă  foison, le gala Rameau, qui clĂŽt officiellement l’annĂ©e Rameau 2014 (il reste encore quelques Ă©vĂ©nements Rameau jusqu’au 31 dĂ©cembre 2014 en vĂ©ritĂ©), prĂ©sente une maniĂšre d’éventail, rĂ©vĂ©lant les genres divers, profanes et sacrĂ©s, dans lesquels Jean-Philippe s’illustra de façon gĂ©niale.

voltaire portraitAux cĂŽtĂ©s de Samson (finalement censurĂ©), et du Temple de la gloire rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal (version de 1746 sous la baguette Ă©lĂ©gante et ductile de Guy Van Waas, le 14 octobre dernier), voici le troisiĂšme opus de Rameau sur un livret de Voltaire : La Princesse de Navarre (1745). La partition marque le sommet de l’inspiration de Rameau Ă  Versailles, c’est l’annĂ©e oĂč il livre la sĂ©ditieuse et inclassable PlatĂ©e. Le programme sĂ©lectionne une Suite d’aprĂšs la partition intĂ©grale : premiĂšre et deuxiĂšme contredanses en rondeur, menuets, sarabande, gavottes air d’une GrĂące
 toute la sensualitĂ© de Rameau accordĂ©e au spectacle de danse s’y dĂ©voile en libertĂ© et en Ă©lĂ©gance.

AprĂšs l’entracte, autre opĂ©ra, autre Suite qui s’en dĂ©duit : Castor et Pollux (version de 1754) : chƓur des Spartiates, air de TĂ©laĂŻre qui lui succĂšde dans l’opĂ©ra, marche, air pour les athlĂštes
 le nerf dramatique de Rameau, inspirĂ© par Mars et surtout VĂ©nus, peint en teintes funĂšbres la lĂ©gende des frĂšres Dioscures, Castor le tĂ©nor et Pollux le baryton. Castor et Pollux demeure la tragĂ©die lyrique la plus jouĂ©e et reprise du vivant de Rameau et aprĂšs sa mort. Un succĂšs lĂ©gendaire.

Et pour complĂ©ter ce brillant assemblage de pages symphoniques et lyriques, les interprĂštes jouent les 3 Grands Motets, dĂ©jĂ  jouĂ©s en octobre dernier par Les Arts Florissants et l’inĂ©galable William Christie dans un rĂ©pertoire qu’il avait l’intelligence de servir avec les Grands Motets du suiveur gĂ©nial de Rameau, Mondonville. D’abord Laboravi (motet pour le chƓur seul) puis Quam dilecta succĂšdent Ă  la Suite de la Princesse de Navarre ; In convertendo ensuite, en Ă©pisode final, aprĂšs la Suite de Castor et Pollux.

Versailles, galerie des Glaces
Gala Rameau 2014
samedi 22 novembre 2014, 21h
2 h (entracte inclus)

Katherine Watson, dessus
Anders J. Dahlin, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Marc Labonnette, basse
Les Chantres du Centre de musique de Versailles
Le Concert spirituel. Hervé Niquet, direction

Versailles, Opéra royal. Rameau : Le temple de la gloire

AnnĂ©e Rameau 2014 : concerts, opĂ©ras, temps forts de septembre Ă  dĂ©cembre 2014Versailles, OpĂ©ra royal. Rameau: Le temple de la gloire, mardi 14 octobre 2014, 20h. AprĂšs les Grands Motets par William Christie et Les Arts Florissants, puis la rĂ©vĂ©lation d’un Requiem d’aprĂšs Castor et Pollux (Ă©galement mis en regard avec Mondonville) sous la direction d’Olivier Schneebeli, le chĂąteau de Versailles et le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles poursuivent leur cĂ©lĂ©bration Rameau 2014, avec nouveau temps fort, l’Ă©coute intĂ©gral de l’opĂ©ra ballet Ă©crit avec Voltaire : Le temple de la gloire.  AprĂšs une premiĂšre tentative de collaboration avec Rameau autour du personnage de Samson (finalement censurĂ© : le matĂ©riel musical sera recyclĂ© dans ses opĂ©ras suivants), Voltaire livre un nouveau texte pour le compositeur : Le temple de la gloire. Commande du responsable des Menus Plaisirs, le duc de Richelieu, l’opĂ©ra cĂ©lĂšbre la victoire de Louis XV Ă  Fontenoy  : la crĂ©ation, le 27 novembre 1745 dans le thĂ©Ăątre du manĂšge de la Grande Ecurie, indique clairement l’intention de Voltaire : rĂ©former l’opĂ©ra français en l’Ă©cartant des fadeurs sensuelles et pastorales Ă  la mode afin de rĂ©aliser un thĂ©Ăątre moral, politique et philosophique. L’oeuvre est donc une commande officielle dont le ton rĂ©solument critique, l’Ă©carte de la pure propagande comme de l’esthĂ©tique mĂ©tastasienne alors prĂ©dominante Ă  l’opĂ©ra, laquelle flatte gĂ©nĂ©reusement les tĂȘtes couronnĂ©es.
AprĂšs un prologue dĂ©diĂ© Ă  l’Envie (hommage au premier opĂ©ra de Quinault que Voltaire veut dĂ©passer), l’opĂ©ra qui suit est un ballet qui brosse le portrait idĂ©al du prince vertueux, digne d’admiration. Par antithĂšse, Voltaire Ă©pingle d’abord dans les deux premiers actes, la figure des tyrans mĂ©prisables : BĂ©lus, trop violent (acte I), Bacchus, trop effĂ©minĂ© (acte II); tout cela pour mieux souligner les vertus du hĂ©ros parfait : Trajan, couronnĂ© de lauriers par la Gloire (acte III).
Opera-Royal-chateau-de-Versailles-1Voltaire apporte sa connaissance aiguĂ« du thĂ©Ăątre : celui moral de Corneille (Cinna) qui inspire la ClĂ©mence de Titus de MĂ©tastase, lequel influence le profil de Trajan ici, qui aprĂšs avoir vaincu les souverains rebelles, sait leur pardonner (III). Un pouvoir ne saurait ĂȘtre digne s’il ne peut se montrer humain. Voltaire va plus loin encore en imaginant Trajan hĂ©roisĂ©, refuser les honneurs et la gloire ; puis, dĂ©dier sa victoire au peuple romain et au bonheur public. Incroyable surenchĂšre morale… dont on doute que Louis XV et la Cour de Versailles aient rĂ©ellement compris les enjeux et le sens humaniste. De toute Ă©vidence, le livret est d’un modernitĂ© intellectuelle et politique.
AprĂšs avoir Ă©tĂ© boudĂ© par le public parisien qui y cherchait vainement une intrigue amoureuse, l’ouvrage est remaniĂ© par Rameau et prĂ©sentĂ© modifiĂ© en avril 1746 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique Ă  Paris : BĂ©lus, trop violent est finalement adouci par les bergers, et Trajan chante un tendre ramage d’oiseaux Ă  son Ă©pouse (!), selon l’esthĂ©tique galante et suave Ă  la mode.  Entre temps, Voltaire se dĂ©solidarise de la nouvelle mouture et est mĂȘme Ă©lu Ă  l’AcadĂ©mie française pendant les reprĂ©sentations. Ce 14 octobre, l’OpĂ©ra royal prĂ©sente la derniĂšre version de 1746.

DĂšs l’ouverture, l’instrumentarium requis par Rameau – au sommet de son travail rĂ©formateur et expĂ©rimental car il vient de composer PlatĂ©e, comĂ©die lyrique dĂ©jantĂ©e qui renouvelle le genre lyrique en 1745 -, l’orchestre affirme sa couleur spĂ©cifiquement guerriĂšre et glorieuse (2 petites flĂ»tes, 2 trompettes, 2 cors…). Puis ce sont 2 bassons obligĂ©s pour le monologue de l’Envie dans le Prologue (Profonds abĂźmes du TĂ©nare) : un air trĂšs applaudi Ă  l’Ă©poque et repris de moults concerts.

Au I, Lydie chante un air italien contrastĂ© et vocalisĂ©, passant de la dĂ©ploration Ă  la fureur : elle aime BĂ©lus qui terrorise les bergers. Le tyran se laisse convaincre par le ballet pastoral sui suit d’une sĂ©duction littĂ©ralement irrĂ©sistible : BĂ©lus entend dĂ©sormais se faire aimer plutĂŽt que craindre.

Le II est devenue une ample bacchanale, prĂ©texte Ă  un long divertissement dansĂ© et chantĂ© : vainqueur aux Indes, Bacchus entre au temple de la gloire avec son Ă©pouse Erigone : mais il se voit Ă©cartĂ© par le grand prĂȘtre. Peu importe, il continue son chemin vers d’autres lieux, oĂč le plaisir est cĂ©lĂ©brĂ©.

Au III, L’impĂ©ratrice Plautine se languit en une longue scĂšne tragique, du retour de son Ă©poux Trajan parti Ă  la conquĂȘte de Parthia. Le double choeur des PrĂȘtres de VĂ©nus et de Mars, trĂšs distinctement caractĂ©risĂ©, sollicite les dieux pour protĂ©ger l’empereur (Rameau y excelle dans leurs gavotte et rigaudons). Trajan revient victorieux avec les rebelles parthes soumis : dans la scĂšne capitale du pardon de Trajan, oĂč l’orchestre atteint Ă  ce sublime moral que Voltaire appelait de tous ses voeux, Rameau rĂ©ussit un nouveau double choeur Ă  l’effet solennel et grandiose : 5 voix des rois parthes et choeur du peuple romain. La descente de la Gloire suscite le divertissement final qui prĂ©pare Ă  l’ariette de Trajan, devenu clĂ©ment et galant, par son chant pastoral (ramage aux oiseaux). L’air final reprend les petites flĂ»tes et les cors par deux, tels que dĂ©jĂ  exposĂ©s dans l’ouverture.

Rameau, Opéra royal de Versailles.
Mardi 14 octobre 2014, 20h
DurĂ©e avec l’entracte (situĂ© aprĂšs le premier acte) : 2h45

Judith Van Wanroij : Lydie, Plautine
Katia Velletaz : Une bergĂšre, une bacchante, Junie
Chantal-Santon-Jeffery : Arsine, Érigone, la Gloire
Mathias Vidal : Apollon, Bacchus, Trajan
Alain Buet : L’Envie, BĂ©lus, le Grand PrĂȘtre de la Gloire
Choeur de chambre de Namur
(Thibaut Lenaerts, chef de choeur)

Les Agrémens
Guy Van Waas, direction

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprùs Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprĂšs Rameau. Et si Castor et Pollux, opĂ©ra funĂšbre et mĂȘme ample et spectaculaire rĂ©flexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thĂšmes et sa couleur particuliĂšre tout un Requiem inĂ©dit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordĂ© par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matiĂšre musicale que l’on Ă©coute, s’inspire ouvertement de mĂ©lodies et compositions rĂ©alisĂ©s par Rameau pour son opĂ©ra Castor et Pollux dont la derniĂšre et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frĂšres spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prĂȘt Ă  le remplacer aux Enfers, Rameau a Ă©crit l’une de ses partitions les plus poignantes, vĂ©ritable succĂšs inĂ©galĂ© pendant tout le XVIIIĂšme siĂšcle. La Messe de Requiem ressuscitĂ©e ainsi affirme la notoriĂ©tĂ© et l’impact des Ɠuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intĂ©rĂȘt de cette rĂ©surrection, d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)


chapelle-concert-gauche« La messe est Ă©crite pour cinq voix rĂ©citantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chƓur Ă  quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flĂ»tes pour les deux premiers), effectif instrumental assez frĂ©quent dans les rĂ©pertoires pratiquĂ©s dans les cathĂ©drales de province, les maĂźtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, Ă  l’ordinaire comme Ă  l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties sĂ©parĂ©es (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flĂ»tes, 2Ăšme violon et flĂ»tes, 3Ăšme violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chƓur seulement), complĂ©tĂ©es par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’IntroĂŻt et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties sĂ©parĂ©es ; l’autre, de la mĂȘme main que les parties, donne une version remaniĂ©e pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). TrĂšs fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état Ă  une exĂ©cution –, les parties sĂ©parĂ©es sont Ă©galement incomplĂštes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet rĂ©vĂ©lĂ© qu’il manquait au moins deux parties sĂ©parĂ©es dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2Ăšme dessus et une partie de basse ou de 2Ăšme basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grĂące au fragment autographe de l’IntroĂŻt (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse rĂ©citante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, trĂšs probablement confiĂ©e Ă  l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux ĂŠterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de dĂ©duire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  prĂ©cise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prĂ©pare au concert de Versailles.

Requiem inĂ©dit d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts Ă  l’opĂ©ra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « ExceptĂ© pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thĂšmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base gĂ©nĂ©ralement sur un seul emprunt musical. Il en rĂ©sulte donc une grande variĂ©tĂ© d’emprunts, dans des sections gĂ©nĂ©ralement assez courtes et assez peu dĂ©veloppĂ©es, ce probablement pour des nĂ©cessitĂ©s liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois mĂȘme qu’une idĂ©e, plus ou moins modifiĂ©e, qu’il adapte aux impĂ©ratifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidĂšle Ă  Rameau, avec des amĂ©nagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiĂ©e ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le rĂ©cit initial du Graduel (Requiem Aeternam
) qui reprend la dĂ©ploration funĂšbre, cĂ©lĂ©brissime (mĂȘme Sofia Coppola en fait une scĂšne fameuse oĂč Marie-Antoinette assiste Ă  l’opĂ©ra dans son film pop psychĂ©dĂ©lique) celui quand TĂ©laĂŻre chante en regrettant la mort de son bien aimĂ© Castor : « Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux  », l’un des airs les plus sublimes de la littĂ©rature ramĂ©lienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidĂšlement retranscrit a Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littĂ©rale de l’air pour baryton de Pollux (« SĂ©jour de l’éternelle paix », IV, scĂšne 4). N’omettons pas non plus l’entrĂ©e solennelle et majestueuse dĂšs l’ouverture du Requiem, si touchante grĂące Ă  la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du mĂȘme Castor (Que tout gĂ©misse)
 De l’opĂ©ra Ă  l’église, la sensibilitĂ© et la qualitĂ© du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode Ă  l’autre, – du lyrique profane au sacrĂ© dĂ©ploratif-, est tout fait lĂ©gitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont Ă©crit et Ă©bloui indistinctement comme auteurs d’opĂ©ras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle : il a mĂȘme imposĂ© son tempĂ©rament unique en son siĂšcle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilitĂ©s illimitĂ©es de la scĂšne lyrique. Du vivant mĂȘme de Rameau, ses opĂ©ras ont livrĂ© une formidable matiĂšre aux Messes donnĂ©es dans les cathĂ©drales de province, messes ainsi Ă©laborĂ©es par Louis GrĂ©non (ca 1734-1769) ou aussi  DenoyĂ© (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont rĂ©alisĂ©s avec une intelligence et une pertinence rares propres Ă  construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohĂ©rence de son architecture global. Le rĂ©sultat est loin de n’ĂȘtre qu’un composite d’airs recyclĂ©s sans unitĂ© ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilitĂ© de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutĂŽt un hommage Ă  la musique d’un compositeur reconnu de son vivant mĂȘme comme l’un des plus grands maĂźtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume cĂ©lĂ©bra unanimement sa mĂ©moire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisĂ© par François Rebel et François FrancƓur, fut donnĂ© en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et rĂ©unit les musiciens de l’OpĂ©ra et de la Musique de la cour. On y donna la cĂ©lĂšbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchĂ©e et agrĂ©mentĂ©e pour la circonstance d’extraits d’Ɠuvres lyriques de Rameau, notamment le chƓur « Que tout gĂ©misse » de Castor & Pollux, adaptĂ© en Kyrie, ou l’air de Pollux « SĂ©jour de l’éternelle paix », arrangĂ© pour le Graduel. De nombreuses cĂ©rĂ©monies furent organisĂ©es en province, notamment Ă  Avignon, OrlĂ©ans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-ĂȘtre la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un tĂ©moin musical de ces trĂšs nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maĂźtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

CĂ©line Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

Versailles. Exposition Rameau, jusqu’au 3 janvier 2015

expo rameau versailles 2014Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. La Ville de Versailles consacre au compositeur Jean Philippe Rameau, disparu il y a 250 ans (le 12 septembre 1764), une grande exposition organisĂ©e par la BibliothĂšque municipale et prĂ©sentĂ©e dans la Galerie de l’HĂŽtel des Affaires Ă©trangĂšres de Louis XV, siĂšge de la bibliothĂšque depuis 1803. L’exposition (entrĂ©e libre) se dĂ©ploie sur les cinq salons d’apparat de la Galerie. Il n’en faut pas moins pour Ă©voquer l’univers sonore et visuel du plus grand gĂ©nie musical du XVIIIĂšme dont comme le rappelle l’affiche de l’exposition versaillaise, le dĂ©ploiement spectaculaire et le raffinement comme la poĂ©sie atteignent un sommet sous le rĂšgne de Louis XV… et grĂące au soutien de La Pompadour. Ballets, thĂ©Ăątre, passions et dĂ©flagrations guerriĂšres jusqu’aux phĂ©nomĂšnes naturels finement observĂ©s par un thĂ©oricien inouĂŻ (tremblements de terre, reflux et dĂ©bordements de fleuve, tempĂȘtes et orages… rien ne manque sur la scĂšne de Monsieur Rameau : il a fait de l’opĂ©ra une machine enchanteresse soucieuse de sens comme maĂźtresse des sens… Les 5 salles ou salons de l’exposition offre des clĂ©s d’accĂšs pour se familiariser avec un monde flamboyant et une carriĂšre atypique… Le premier Ă©voque la pĂ©riode parisienne de Rameau, son TraitĂ© d’harmonie, le salon de son protecteur, Alexandre Le Riche de La PoupliniĂšre, tout en Ă©voquant le contexte intellectuel et artistique intense, voire agitĂ© et polĂ©miste de l’époque (idĂ©es des LumiĂšres, dĂ©bats thĂ©oriques, Querelle des Bouffons…). Les salles suivantes illustrent ses diffĂ©rents opĂ©ras, les lieux et les personnages qui les entourent : dessins et maquettes de dĂ©cors, mises en scĂšne, costumes, instruments de musique, tableaux, objets, livrets et partitions, documents originaux


MusĂ©ographie. L’exposition de Versailles Ă©voque concrĂštement Jean-Philippe Rameau et son Ɠuvre (contours de l’homme lui-mĂȘme, mais encore  Ă©vocation de l’époque et des milieux intellectuels et artistiques dans lesquels il a Ă©voluĂ©, et dont il fut un des acteurs phares). Sa musique fut jouĂ©e Ă  la Cour et Ă  Paris, abondamment critiquĂ©e, surtout applaudi par le plus grand nombre. Dans l’exposition sont surtout prĂ©sents les personnages qui ont accompagnĂ© le compositeur dans sa carriĂšre et au-delĂ  : rois et princes, mĂ©cĂšnes, dĂ©fenseurs, adversaires farouches. La musique elle mĂȘme est mise en avant de façon concrĂšte : les instruments, et parmi eux l’un des plus cĂ©lĂšbres clavecins de l’époque, celui de Donzelague, les costumes de scĂšne, les reprĂ©sentations d’opĂ©ra jusqu’à nos jours Ă  travers les maquettes, tableaux, dessins, gravures, photos et vidĂ©os
 participent Ă  l’intĂ©rĂȘt de l’exposition Rameau de Versailles. Jusqu’au 3 janvier 2015. EntrĂ©e libre.

1Ăšre salle : Rameau et Paris, ou la reconnaissance (1722-1733)

Contexte : Un nouveau rĂšgne, celui de Louis XV et le retour dĂ©finitif de Rameau Ă  Paris. ƒuvres : les premiers traitĂ©s de Rameau dont Le TraitĂ© de l’Harmonie, Rameau thĂ©oricien de la musique et ses prĂ©dĂ©cesseurs ; le renouveau musical dans lequel s’inscrit Rameau ; ses premiĂšres Ɠuvres ; une sociĂ©tĂ© nouvelle incarnĂ©e par Alexandre Le Riche de La PoupliniĂšre, son mĂ©cĂšne. La Foire Saint Germain et ses thĂ©Ăątres

2Ăšme salle : Rameau et l’AcadĂ©mie royale de musique, ou la cĂ©lĂ©britĂ© (1733-1745)

Contexte : Hippolyte et Aricie, premier opĂ©ra de Rameau prĂ©sentĂ© Ă  l’AcadĂ©mie Royale de Musique, ancĂȘtre de l’OpĂ©ra de Paris, consacre sa cĂ©lĂ©britĂ© au seuil de la cinquantaine. ƒuvres : Hippolyte et Aricie, tragĂ©die lyrique, les parodies qu’elle a inspirĂ©es, Les Indes galantes (premier opĂ©ra-ballet de Rameau), Castor & Pollux, Dardanus. L’AcadĂ©mie royale de musique

3Ăšme salle : Rameau et Versailles, ou la gloire (1745-1752)

Contexte : la victoire de Fontenoy, les deux mariages du Dauphin, l’arrivĂ©e de la marquise de Pompadour Ă  Versailles. Sont Ă©voquĂ©s ici les liens qu’entretiennent Rameau et la cour, notamment les opĂ©ras qui y furent jouĂ©s.
ƒuvres : La Princesse de Navarre (Rameau et Voltaire), PlatĂ©e, Le Temple de la Gloire, Les Surprises de l’Amour, … La Salle du manĂšge

4Ăšme salle : Rameau et les LumiĂšres, ou la controverse (1752-1770)

Contexte : dĂšs le succĂšs d’Hippolyte et Aricie, la musique de Rameau suscite des rĂ©actions passionnĂ©es qui culminent avec la querelle des Bouffons et les dĂ©bats qui entourĂšrent la rĂ©daction de l’EncyclopĂ©die. Anoblissement puis dĂ©cĂšs de Rameau le 12 septembre 1764. PersonnalitĂ©s : Rousseau, Diderot, d’Alembert. L’OpĂ©ra de Versailles

5ùme salle : Rameau d’un siùcle à l’autre, ou la renaissance

Redécouvertes et évocation de Rameau, de la fin du XIXe siÚcle à 2014.

Surface d’exposiiton : 400 m2
Lieux de provenance des prĂȘts : Paris, Moulins, Lyon, Besançon, Versailles, AsniĂšres/Oise, Pontoise Commissariat : Christophe Thomet, conservateur en chef chargĂ© du Patrimoine, BibliothĂšque municipale de Versailles
Commissariat scientifique : BenoĂźt Dratwicki, Directeur artistique, Centre de Musique Baroque de Versailles Avec le concours exceptionnel de la BibliothĂšque nationale de France.
Nombre d’Ɠuvres exposĂ©es : 100

expo rameau versailles 2014Catalogue : Rameau et son temps, harmonie et LumiĂšres, Editions Magellan, 2014, 100p. 20€. Sommaire indicatif : Programmer Rameau en 2014 par BenoĂźt Dratwicki. Rameau le musicien philosophe par MĂ©lanie Traversier. Jean-Philippe Rameau, naissance d’une Ɠuvre par Jean Duron. Les thĂ©Ăątres comiques et la vogue de la parodie Ă  l’époque de Rameau par Pauline BeaucĂ©. Hippolyte & Aricie ou La Belle-mĂšre amoureuse par Jean-Philippe Desrousseaux. Les spectacles de l’OpĂ©ra Ă  l’époque de Rameau, d’aprĂšs les maquettes de Piero Bonifazio Algieri par JĂ©rĂŽme de La Gorce. Remarques curieuses, sur la prĂ©sence de Jean-Philippe Rameau dans la presse de son temps par Pierre Saby. La lente redĂ©couverte de Rameau aux XIXĂšme et XXĂšme siĂšcles, par Patrick Florentin


Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. EntrĂ©e libre. Galerie des Affaires Ă©trangĂšres – BibliothĂšque municipale de Versailles. 5, rue de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine – 78000 Versailles – TĂ©l. : 01 39 07 13 20

Sélection des oeuvres exposées :

Antoine Danchet (1671-1748), Le Sacre de Louis XV, roy de France & de Navarre, dans l’Ă©glise de Reims, le dimanche XXV octobre MDCCXXII. [Paris, s.n., 1723], Versailles, BibliothĂšque municipale, RĂ©s. in-fol I 210 d. Livre de fĂȘte reliĂ© de maroquin rouge aux armes de Louis XV.

TraitĂ© de l’harmonie rĂ©duite Ă  ses principes naturels [...]. Paris, Ballard, 1722 [Suivi de :] Nouveau systĂšme de musique thĂ©orique [...]. Paris, Ballard, 1726. Fondation Royaumont, BibliothĂšque musicale François-Lang, Coll. Patrick Florentin

Premier livre de piĂšces de clavecin [...], gravĂ©es par Roussel. Paris, l’auteur, Roussel, Foucault, 1706. Paris, BibliothĂšque nationale de France, Musique, RES VM7- 677

Pieces de clavessin avec une mĂ©thode pour la mĂ©chanique des doigts oĂč l’on enseigne les moyens de se procurer une parfaite exĂ©cution sur cet instrument [...] - Paris : Ch. Et. Hochereau : Boivin : l’auteur, [1724] Paris, BibliothĂšque nationale de France, Musique, D-8403 (1)

Cantates françoises Ă  voix seule avec simphonie…. GravĂ©es par Melle Roussel…. Livre premier. – Paris : l’auteur : Boivin : Le Clerc, [ca 1728]. Paris, BibliothĂšque nationale de France, Musique, VM7- 269

Pierre-Antoine Demachy (1723-1807) L’incendie de la Foire Saint-Germain, la nuit du 16 au 17 mars 1762, Huile sur toile. H. 50,8 x L. 45,6 cm. Collection particuliùre

 Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) Portrait dit d’Alexandre Jean-Joseph Le Riche de La PoupliniĂšre (1693-1762), fermier gĂ©nĂ©ral, Pastel, H. 64,2 x L. 48,3 cm. Versailles, MusĂ©e national des chĂąteaux de Versailles et Trianon, MV8353 ; inv. dessins 229

Pierre Donzelague (1668-vers 1750) Clavecin Ă  deux claviers, signĂ© “Donzelague Ă  Lyon 1716″. Noyer, marqueterie de bois de couleur, laque noire, papier peint, huile sur bois. Lyon, 1716. Acquis par prĂ©emption avec souscription publique, 1978. L. 240 x I. 95 x H. 98 cm. Lyon, MusĂ©e des Tissus & MusĂ©e des Arts dĂ©coratifs, MAD

Petr Ƙezáč et Katia Ƙezáčová, Marionnettes de Phùdre et Hippolyte, Prague, 2013. Hauteur totale 190 cm. Centre de Musique Baroque de Versailles

Louis-RenĂ© Boquet (1717-1814), [Les Indes galantes : maquettes de costume], 1761 Mlle Dubois Phany Palla, Dessin : encre mĂ©tallogallique, 237 x 162 mm (avec cadre 34 x 26 cm). Paris, BibliothĂšque nationale de France, BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra, D216 III-79

Pier Luigi Pizzi (1930-….). Rameau – Les Indes galantes : [maquettes de costumes],1983. Paris, BibliothĂšque nationale de France, BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra, BMO ESQ PIZZI-361

Les Indes galantes / ZĂ©phyr : D – ONP – 52IG010. Costume de Georges WakhĂ©vitch pour le rĂŽle du ZĂ©phir dans Les Indes Galantes, opĂ©ra de Rameau, mise en scĂšne de Maurice Lehmann, OpĂ©ra national de Paris, 1952

PlatĂ©e / Mercure : D – ONP – 77PL004 Costume de Beni MontrĂ©sor pour le rĂŽle de Mercure dans PlatĂ©e, opĂ©ra de Rameau, mise en scĂšne de Henri Ronse, OpĂ©ra-Comique, 1977

Pierre-Adrien PĂąris (1745-1819), architecte du roi, peintre dĂ©corateur de l’AcadĂ©mie royale de musique, Projets de dĂ©cor de thĂ©Ăątre : Pont et porte d’entrĂ©e d’une ville monumentale pour l’opĂ©ra de Castor et Pollux et Arc de triomphe pour l’opĂ©ra de Castor et Pollux. Dessin : croquis Ă  la plume, 188 x 495 mm et dessin : croquis Ă  la plume, 176 x 136 mm. BibliothĂšque municipale de Besançon, vol. 483, n° 73 & 76

Piero Bonifazio Algieri (….-1764) Projet de dĂ©cor pour le finale de “Dardanus” de Jean-Philippe Rameau. Maquette en carton, avec gouache et rehauts d’or, H. 42,5 cm x la. 53,5 cm. Centre des monuments nationaux, chĂąteau de Champs-sur-Marne, n° inv. collection CMN : CSM1938003509

Nicolas de LargilliÚre (1656-1746) François-Marie Arouet de Voltaire, dit Voltaire (1694-1778), représenté ùgé de 24 ans en 1718. Huile sur toile. H. 79 x 64 cm. Versailles, Musée national des chùteaux de Versailles et Trianon, don M. Massimo Uleri

Louis-René Boquet (1717-1814), dessinateur, [Zoroastre : maquettes de costumes]. Dessins : plume et encre brune, aquarelle. Les Arts Décoratifs, Musée des Arts décoratifs, Paris

Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. EntrĂ©e libre. Galerie des Affaires Ă©trangĂšres – BibliothĂšque municipale de Versailles. 5, rue de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine – 78000 Versailles – TĂ©l. : 01 39 07 13 20

AccĂšs
Gare Versailles-Chantiers (direct depuis Paris Montparnasse)
Gare Versailles-Rive Droite (direct depuis La DĂ©fense ou Paris Saint-Lazare) RER C Versailles ChĂąteau-Rive gauche (direct depuis Paris Invalides) Autobus 171 Versailles Place d’armes (direct depuis Pont de SĂšvres) Autoroute A13 sortie « Versailles centre »

Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi, de 14h Ă  18h / Le samedi, de 10h Ă  18h / FermĂ© le dimanche et le lundi. EntrĂ©e libre.

Reportage vidéo. Du CAURROY : Missa pro defunctis (CMBV, Olivier Schneebeli, décembre 2013)

olivier_schneebeli1Sous la voĂ»te de la Chapelle royale de Versailles, les effectifs choraux et instrumentaux du Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) sous la direction d’Olivier Schneebeli ressuscitent la grandeur solennelle et la simplicitĂ© fervente du chef d’oeuvre musical d’Eustache du Caurroy : la Missa pro defunctis. L’Ɠuvre datĂ©e de la fin du XVIĂš, prolonge et transfigure toutes les avancĂ©es polyphoniques de la Renaissance et son dĂ©veloppement de plus en plus dramatique Ă  mesure que se rĂ©alise la partition jusqu’au dĂ©pouillement de l’In Paradisium (final) prĂ©figure immĂ©diatement les grandes fresques de la dĂ©votion baroque. Messe charniĂšre et partition Ă©blouissante par sa dĂ©mesure et sa profonde humanitĂ©, la Missa pro defunctis de Du Caurroy est portĂ©e ici par l’engagement des musiciens du CMBV. PrĂ©sentation de l’Ɠuvre et entretien avec Olivier Schneebeli. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS 2014

Compte-rendu : Versailles. Opéra Royal, le 21 mai 2013. Pierre-Louis Dietsch : Le Vaisseau fantÎme ou Le Maudit des mers. Sally Matthews, Russell Braun, Bernard Richter. Marc Minkowski, direction musicale

Pierre-Louis Dietsch PortraitEn cette annĂ©e de bicentenaire wagnĂ©rien, l’OpĂ©ra Royal de Versailles prĂ©sente les fruits d’une aventure inĂ©dite : exhumer le rarissime Vaisseau fantĂŽme de Pierre-Louis Dietsch, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris en novembre 1842, d’aprĂšs un synopsis vendu par Wagner lui-mĂȘme Ă  l’institution lyrique avant qu’il n’en fasse son propre Fliegende HollĂ€nder.  La recrĂ©ation lyrique est une nouvelle initiative du Palazzetto Bru Zane toujours aux avant-postes du dĂ©frichement d’ouvrages injustement oubliĂ©s… Dietsch, alors directeur des chƓurs de l’OpĂ©ra, Ă©crit – sur un livret de Paul Foucher, beau-frĂšre de Victor Hugo – une Ɠuvre singuliĂšre, d’une belle facture, Ă  l’orchestration riche et variĂ©e, aux lignes amples et chantantes, dans la grande tradition de l’opĂ©ra français, mĂątinĂ© de brillance italienne – il avait Ă©tĂ© contrebassiste pour l’Orchestre des Italiens dirigĂ© par Rossini –. Plus encore, dĂšs les premiers accords de l’ouverture, c’est rien moins qu’à Verdi qu’on pense, notamment Ă  Rigoletto, tant dans le rythme pointĂ© lancinant des cuivres, qui prĂ©figure celui qui ouvrira de la mĂȘme maniĂšre le prĂ©lude du drame verdien, que dans l’évocation de la tempĂȘte et ses furtifs traits de flĂ»te.

 

 

l’opĂ©ra français embarque Ă  bord du Vaisseau fantĂŽme

 

Un ouvrage Ă©tonnant, qui mĂ©ritait d’ĂȘtre tirĂ© de l’oubli, 170 ans aprĂšs sa crĂ©ation. La distribution rĂ©unie ici se rĂ©vĂšle internationale, et on peut regretter un plateau davantage francophone, ce qui aurait permis une plus grande comprĂ©hension du texte et du style si particulier de cette musique. Aux cĂŽtĂ©s du Scriften honnĂȘte de Mika Kares et du Barlow efficace d’Ugo Rabec, on peut remercier Julien Behr d’avoir remplacĂ© au pied levĂ© Eric Cutler dans le rĂŽle d’Eric. La voix du tĂ©nor français est jolie, le phrasĂ© Ă©lĂ©gant et il se tire avec les honneurs de son rĂŽle, appris vraisemblablement en trĂšs peu de temps. Le TroĂŻl du baryton canadien Russell Braun déçoit quelque peu, malgrĂ© les efforts visibles qu’il dĂ©ploie pour rester fidĂšle Ă  l’écriture française. Si l’instrument semble d’un beau mĂ©tal, sa projection vocale paraĂźt retomber Ă  ses pieds, ce qui fait perdre Ă  sa voix, et notamment son aigu – pourtant apparemment bien prĂ©sent, notamment Ă  l’unisson de Minnia Ă  la fin de leur grand duo – une grande partie de son impact et de son mordant. Un Maudit qui pourrait impressionner mais dont la stature s’émousse. Face Ă  lui, Sally Matthews accomplit une trĂšs belle performance en Minnia, grĂące Ă  une exquise musicalitĂ© et une concentration harmonique dans l’émission qui permet Ă  sa voix de surplomber la masse orchestrale et de remplir la salle, notamment dans des aigus Ă  la rĂ©sonance frappante. Sa virtuositĂ© n’est pas en reste, et sa polonaise brillante au premier acte dĂ©montre sa maĂźtrise des trilles et de l’agilitĂ©, en technicienne accomplie. Seule la clartĂ© de la diction pĂątit parfois de cette conception d’un chant plus vocal que rĂ©ellement dit, sauf lorsqu’elle s’efforce d’articuler clairement certains mots, qui prennent alors un impact saisissant.

Mais notre coup de cƓur va sans rĂ©serve au Magnus de Bernard Richter, Ă  la vocalitĂ© toujours aussi solaire et radieuse, Ă©blouissante d’éclat. GrĂące Ă  ce placement haut exempt de tout sombrage et autre engorgement, il dĂ©ploie ainsi sans effort une voix puissante et claire, semblant littĂ©ralement traverser tant l’orchestre que le chƓur, parfaitement audible durant toute la reprĂ©sentation. En outre, il nous gratifie de magnifiques phrasĂ©s sur le souffle, d’aigus et suraigus riches, faciles et percutants, ainsi que d’une dĂ©clamation du texte de haute Ă©cole. Un grand tĂ©nor actuel, qu’on a dĂ©jĂ  hĂąte de rĂ©entendre.

On salue Ă©galement la trĂšs belle prestation, d’une belle homogĂ©nĂ©itĂ© malgrĂ© un certain manque de dramatisme, du ChƓur de Chambre Philharmonique Estonien. A la tĂȘte de ses Musiciens du Louvre Grenoble, Marc Minkowski couve amoureusement cette partition qu’il est le premier Ă  redĂ©couvrir et la fait briller de tous ses feux, galvanisant ainsi ses instrumentistes d’un enthousiasme communicatif.  Une dĂ©couverte passionnante que ce Vaisseau fantĂŽme de Dietsch, qu’on rĂ©Ă©coutera avec grand plaisir prochainement : le cd est annoncĂ© courant 2014…

Versailles. OpĂ©ra Royal, 21 mai 2013. Pierre-Louis Dietsch : Le Vaisseau fantĂŽme ou Le Maudit des mers. Livret de Paul Foucher. Avec Minna : Sally Matthews ; TroĂŻl : Russell Braun ; Magnus : Bernard Richter ; Eric : Julien Behr ; Barlow ; Ugo Rabec ; Scriften : Mika Kares. Choeur de Chambre Philharmonique Estonien ; Chef de chƓur : Heli JĂŒrgenson. Les Musiciens du Louvre Grenoble. Marc Minkowski, direction musicale

Illustration : Pierre-Louis Dietsch, compositeur du Vaisseau FantĂŽme (livret de Richard Wagner), DR

 

Jordi Savall Ă  Versailles : Bach, Haendel, Vivaldi

SAVALL_savall_jordi-savall-724x464Arte. Jordi Savall : Magnificat & Jubilate Deo. Chapelle Royale de Versailles … Fin  juin 2013, Jordi Savall a offert un splendide programme de musique sacrĂ©e europĂ©enne dans le cadre de la Chapelle royale du ChĂąteau de Versailles. Le musicien catalany dirigeait deux « Magnificat », l’un de Bach, l’autre de Vivaldi, et des Ɠuvres de Lully et Haendel.
AprĂšs la parution de son enregistrement de la Messe en Si de Bach, Jordi Savall a tenu Ă  proposer, pour le Tricentenaire de la Paix d’Utrecht (1713) qui venait clore une douzaine d’annĂ©es de guerre entre la France et la moitiĂ© de l’Europe, un programme rĂ©unissant quatre chefs d’Ɠuvres emblĂ©matiques de la musique sacrĂ©e europĂ©enne, quatre compositions magnifiant la grandeur divine, le pouvoir royal, la force du message pacifique.
Cette premiĂšre version du Magnificat de Vivaldi date prĂ©cisĂ©ment de la pĂ©riode 1713-1717. Vivaldi en donnera plus tard deux autres versions qui s’éloigneront de la cantate sacrĂ©e. Il emploie ici les techniques musicales qui le caractĂ©risent alors, comme des thĂšmes trĂšs longs ou une Ă©criture fuguĂ©e.

La suite pour orchestre n°3 de Johann Sebastian Bach est l’une des Ɠuvres instrumentales les plus connues du compositeur.

Le Magnificat de Bach reste une rĂ©fĂ©rence de perfection dans l’Ɠuvre du Cantor, utilisant plus que jamais les combinaisons d’Ă©criture contrapuntique et les figures mathĂ©matiques pour crĂ©er une Ɠuvre Ă  la beautĂ© et Ă  l’Ă©loquence enthousiasmantes, vĂ©ritable tour de force vocal et contrapuntique pour le chƓur. Adoration par la Vierge Marie du Christ naissant, le Magnificat serait-il le chef d’Ɠuvre choral de Bach ? certainement, c’est en tout cas de cette façon que l’approche Jordi Savall et ses troupes.

Haendel a composĂ© le Jubilate pour cĂ©lĂ©brer la Paix d’Utrecht, en 1713, dans un style qui croise les traditions purcelliennes et un mĂ©tier dĂ©jĂ  sĂ»r Ă  peine arrivĂ© d’Italie. ƒuvre fastueuse, elle cĂ©lĂšbre la gloire de la Cour d’Angleterre tout autant que la paix europĂ©enne … aspiration et idĂ©al politique inspire une oeuvre de premier plan.

Jordi Savall : Magnificat & Jubilate Deo
Chapelle Royale de Versailles
La Capella Reial de Catalunya
Le Concert des Nations
Jordi Savall, direction
Réalisation : Benjamin Bleton
Coproduction : ARTE France, Karl More Productions, CIMA, Chùteau de Versailles Spectacles
Avec : Hanna Bayodi-Hirt, Johanette Zomer, Damien Guillon, David Munderloh, Stephan Macleod.

Les Arts Florissants, William Christie : airs sĂ©rieux… Lambert, d’Ambruys

Christie William portrait 290Airs sĂ©rieux. Les Arts Flo,William Christie : les 12,14,16,19,20 dĂ©cembre 2013. TournĂ©e Ă©vĂ©nement. MĂȘme si la Cour Ă  Versailles semble aspirer tous les fastes musicaux, les plus spectaculaires comme les plus raffinĂ©s, la musique des alcĂŽves et des salons n’a jamais cessĂ© de se dĂ©velopper en parallĂšle tout au long du XVIIĂšme. L’art de la conversation musicale s’est naturellement affirmĂ© grĂące trĂšs vite Ă  l’accord des textes poĂ©tiques et de la musique. Cet art du premier baroque, favorisant intimisme et confession, qui rivalise en ciselure du verbe et en images musicales avec ce que fut le madrigal italien avant la naissance de l’opĂ©ra montĂ©verdien, constitue une singularitĂ© française qui explique dans les dĂ©cennies qui suivirent la primautĂ© linguistique qui prĂ©vaut encore chez Rameau Ă  la fin du XVIIIĂšme siĂšcle.

 

Airs sérieux et à boire

mélodies baroques françaises

 

 

Lambert, D’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Les Arts Florissants
William Christie
, direction

LibĂ©rĂ©s des contraintes de l’Ă©tiquette, les nobles et amateurs lettrĂ©s se retrouvent dans la dĂ©lectation d’une discipline trĂšs Ă©laborĂ©e, expression d’une haute Ă©ducation, d’un esprit cultivĂ©, d’un besoin de mondanitĂ© choisie. Ainsi, la biensĂ©ance et la galanterie rĂšgnent dans les cercles de Mme de Rambouillet, Melle de ScudĂ©ry, de la comtesse de la Suze : chacune s’ingĂ©nie Ă  varier les plaisirs offerts Ă  leurs invitĂ©s. L’air de cour  y tient une place privilĂ©giĂ©e : miniature poĂ©tique chantĂ©e Ă  voix seule, en duos, trios, accompagnĂ©es du luth ou de tout autre instrument chambriste (clavecin, thĂ©orbe, viole…), la pratique est aisĂ©e.

 

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Lambert, poĂšte de l’amour…

Intimisme amoureux Ă  l’OpĂ©ra royal

 

A partir de 1650, l’air sĂ©rieux supplante l’air de cour : en une ou deux strophes, pour voix et luth, ou thĂ©orbe, clavecin, viole, l’air sĂ©rieux chante les vertiges, dĂ©lices et souffrances qu’inflige amour. Exactement comme la poĂ©sie galante Ă  la mĂȘme pĂ©riode.  A l’opposĂ© de l’Ă©chelle expressive, il trouve son corollaire dans l’air Ă  boire, plus familier, burlesque, et tout autant dĂ©lirant, rĂ©clamant les mĂȘmes effectifs.  L’engouement pour le genre est tel que tous les poĂštes de l’heure veillent Ă  Ă©crire un sizain, ou un quatrain de chanson, apte Ă  ĂȘtre mis en musique.

Le Mercure Galant dĂšs 1674 publie nombre d’airs sĂ©rieux et Ă  boire, diffusant les noms et les maniĂšres de compositeurs devenus cĂ©lĂšbres : Michel Lambert (1610-1696) qui fut maĂźtre de la musique de la chambre du Roi Ă  partir de 1660, SĂ©bastien Le Camus, BĂ©nigne de Bacilly, Marc-Antoine Charpentier, Joseph Chabanceau de La Barre, HonorĂ© d’Ambruys

MĂȘme codifiĂ©, l’art de l’air français laisse Ă  l’interprĂšte contemporain une grande libertĂ© interprĂ©tative, Ă  la fois dans le choix des cadences, de la restitution du continuo, de la rĂ©alisation des ornements, dans l’art tĂ©nu et si subtil d’une dĂ©clamation claire et puissante, flexible et vivante…

 

 

Bill, interprÚte des bois enchantés

 


Bouys_musiciens_louis_XIV_Reunion_de_musiciens_Bouys-1Le concert des Arts Florissants suit la sélection opérée par William Christie
Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par  Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose aujourd’hui Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… autant de qualitĂ©s qui s’exposent plus particuliĂšrement dans les doubles  (reprises de la premiĂšre strophe oĂč la virtuositĂ© et la fantaisie du chanteur sont sollicitĂ©es… et attendues).
Langueur et pleurs, priĂšre et invocation souvent douloureuse … : Amour ici affecte, inflige, blesse … les vertiges du sentiments inspirent en particulier les poĂštes Quinault, de la SabliĂšre, Lauvergne, Bouchardeau… surtout La Fontaine, poĂšte de Vaux le Vicomte dont le fameux poĂšme des Amours de PsychĂ© et Cupidon (air ” Tout l’univers obĂ©it Ă  l’amour …”)… Lambert imagine les musiques enchanteresses (amoureuses ?) que Cupidon en son palais, destine Ă  sa future maĂźtresse PsychĂ© : sonoritĂ©s exquises et suspendues (voix et luths) enivrant les cƓurs envoĂ»tĂ©s. Le compositeur exprime l’ivresse des sens qui emporte le coeur de la belle PsychĂ© (comme si OrphĂ©e et Amphion les eussent conduits eux-mĂȘmes, est-il prĂ©cisĂ© par le poĂšte enchanteur).
Aux cĂŽtĂ©s entre autres de Lambert, se distingue l’Ă©criture de son Ă©lĂšve HonorĂ© d’Ambruys, cĂ©lĂšbre lui aussi pour son Livre d’airs (dĂ©diĂ© Ă  son maĂźtre et datĂ© de 1685). Sur le poĂšme de la Comtesse de La Suze, Le doux silence de nos bois, d’Ambruys imagine l’une des plus Ă©mouvantes illustrations des vanitĂ©s amoureuses, invitation troublante Ă  jouir de l’instant prĂ©sent, Ă  cueillir la rose Ă  son apogĂ©e, printemps Ă  la fois rĂȘvĂ©, arcadien mais unique et bientĂŽt lointain…
Peut-on imaginer interprĂštes plus inspirĂ©s pour chanter la nature enchantĂ©e, celle des bergers amoureux que ” Bill ” et ses musiciens, lui-mĂȘme crĂ©ateur Ă  ThirĂ© (VendĂ©e) de l’un des festivals les plus envoĂ»tants qui soient, entre nature et musique, poĂ©sie et jardins, chant et concerts… Une Arcadie recomposĂ©e enfin accessible grĂące Ă  l’oeuvre et la volontĂ© du plus grand chef actuel, dĂ©fenseur depuis ses dĂ©buts de la magie comme de l’enchantement baroque.

Airs sérieux et à boire
Lambert, d’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Tournée événement en 5 dates

Arles, le 12 décembre 2013, 20h30
Chapelle Saint-Martin du MĂ©jan

 

Caen, le 14 décembre, 20h
Auditorium du Conservatoire CRR
programmation du théùtre de Caen hors les murs

Versailles, le 16 décembre, 20h
Opéra royal

Londres, le 19 décembre, 19h30
Wigmore Hall

Paris, le 20 décembre, 20h
Cité de la musique
Enregistré par France Musique

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Illustrations : William Christie, Michel Lambert (DR) – peintures : AllĂ©gorie des arts sous le rĂšgne de Louis XIV, RĂ©union de musiciens par Antoine Bouys, vers 1700, Musiciens en concert par François Puget vers 1688 (DR)

Un lieu, un musicien : Lully Ă  Versailles (II)

Un lieu, un musicien : Lully Ă  Versailles (II)

 

 

Lully Ă  la cour de Louis XIV

 

Lully_versailles_portraitSeconde habiletĂ© du Florentin en France : Lully ” le Français” dĂ©sormais, favorise le retour de Cavalli, l’Italien, Ă  Venise. L’opĂ©ra de ce dernier, Ercole Amante, spectaculaire et poĂ©tique, jouĂ© le 7 fĂ©vrier 1662 devant la Cour est … un Ă©chec. Les six heures de musique et de chant italien oĂč sont intercalĂ©s les ballets de Lully, pĂątissent des machineries trop bruyantes. Mais les ballets sĂ©duisent. Cavalli quitte donc Paris. Lully triomphe.
Son succĂšs suscite la jalousie des Ă©crivains et des hommes de thĂ©Ăątre. La Fontaine, Boileau, Bossuet sont irritĂ©s par ce jeune ambitieux opportuniste que l’amitiĂ© du Roi protĂšge. L’affection du Souverain va grandissante. Les tragĂ©dies lyriques de Lully lui vaudront mĂȘme l’obtention de ses lettres de noblesse et son titre de conseiller-secrĂ©taire du Roi en 1680. La position que lui permet le Souverain, vĂ©ritable roi artiste et esthĂšte protecteur des arts, inaugure un statut inconnu avant lui. Elle tĂ©moigne de la reconnaissance d’un musicien dans son temps.

 

 

Un lieu, un musicien

 

Si Louis XIV a crĂ©Ă© Versailles sur le thĂšme des plaisirs, la Cour ne dispose pas d’une salle de thĂ©Ăątre digne de son Ă©clat. De plus, la crĂ©ation d’un opĂ©ra français est tardive dans le siĂšcle. La premiĂšre tragĂ©die lyrique de Lully voit le jour en 1673 (Cadmus et Hermione) quand l’opĂ©ra vĂ©nitien a inaugurĂ© son thĂ©Ăątre public payant depuis… 1637.
En France, les autres arts bĂ©nĂ©ficient de structures dĂ©jĂ  anciennes. Richelieu a crĂ©Ă© l’AcadĂ©mie française de peinture en 1648. Il faut attendre 1669 pour que naisse une AcadĂ©mie de musique. L’Ă©cole de peinture est florissante dĂšs le rĂšgne de Louis XIII. Sous l’impulsion de Mazarin, de nombreuses sensibilitĂ©s talentueuses attestent de la diversitĂ© de la maturitĂ© française : Jacques Stella, Laurent de la Hyre, Lubin Baugin, Eustache Lesueur, SĂ©bastien Bourdon… autant d’atticistes parisiens qui Ă  l’Ă©gal des maĂźtres italiens, renouent avec un sens de l’Ă©quilibre nĂ©ogrec. Le cas de la musique est tout Ă  fait diffĂ©rent.

louis_XIV_alexandre_Versailles_baroque_musiqueL’Italie – berceau des arts depuis l’AntiquitĂ© romaine, statut renforcĂ© pendant la Renaissance -, a fĂ©condĂ© la France du Grand SiĂšcle. Dans le cas du thĂ©Ăątre lyrique, avant la naissance et l’Ă©closion d’un style original, un temps d’apprentissage et d’assimilation est nĂ©cessaire. La musique s’impose peu Ă  peu grĂące au ballet de cour. Sur la danse puis la comĂ©die, elle Ă©tend son empire et deviendra tragĂ©die (sur le modĂšle lĂ  encore des grecs antiques).  Lully de naissance italienne, rĂ©alise le projet d’un opĂ©ra français.
A Versailles, la difficultĂ© de construite un thĂ©Ăątre d’opĂ©ra est l’Ă©cho de ce constat. Si les fondations d’une salle de ballets et d’opĂ©ras sont amorcĂ©s dĂšs 1688, Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’aile nord, les guerres et les difficultĂ©s de la fin du rĂšgne font avorter les plans. Les conditions du spectacle Ă  Versailles sont particuliĂšres. Quand les reprĂ©sentations n’investissent pas Ă  la belle saison, les sites de plein air, les façades du chĂąteau ou le cadre des jardins-, le Roi s’accommode d’un ” modeste ” petit thĂ©Ăątre ou salle des comĂ©dies.
Versailles est d’abord le lieu de sĂ©jours de plus en plus frĂ©quents et enchanteurs du jeune souverain. DĂšs octobre 1663, Louis et sa suite s’installent au chĂąteau pour y chasser. La troupe de MoliĂšre donne ses piĂšces, le Prince jaloux, l’Ă©cole des Maris, les FĂącheux, l’Impromptu de Versailles, et aussi Sertorius de Corneille. C’est un lieu de villĂ©giature, cynĂ©gĂ©tique et thĂ©Ăątral oĂč la musique n’a pas encore sa place. Il abrite les amours royales, celles du jeune Roi et de Mademoiselle de la ValliĂšre.

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Louis XIV jeune monarque conquérant par Nanteuil (DR)

Lully et MoliĂšre

 

lully_gravure_450De 1662 Ă  1663, les ailes des Communs (Ă©curies et cuisines) sont rebĂąties. une premiĂšre orangerie, l’amorce du dessin des jardins, Ă©laborĂ©s par AndrĂ© Le NĂŽtre, occupent les Ă©quipes d’ouvriers. Versailles est un chantier Ă©tendu aux transformations continuelles. Lully et MoliĂšre qui se sont rencontrĂ©s dĂšs 1661, pour la comĂ©dies Les FĂącheux, reprĂ©sentĂ© Ă  Vaux, commencent une collaboration fructueuse. Pour  ” Les Plaisirs de l’Île EnchantĂ©e “, premier grand divertissement de Versailles, donnĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 1664, ils rĂ©alisent Le mariage forcĂ© et La Princesse d’Élide. ” Les deux Baptistes ” font danser, rire et rĂȘver la Cour de France. Tout Ɠuvre Ă  faire du parc, un lieu propice Ă  l’amour et Ă  la fĂȘte, dont le sujet s’adresse secrĂštement Ă  l’aimĂ©e, Mademoiselle de La ValliĂšre, celle qui, l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente avait inspirĂ© au roi, sa premiĂšre escapade versaillaise. La magie de l’amour rĂšgne alors.
Carlo Vigarani Ă©labore les dĂ©cors de ce superbe ” opĂ©ra chevaleresque ” oĂč Roger et les chevaliers sont prisonniers des enchantements de la belle Alcine.  DĂ©sormais MoliĂšre et Lully conçoivent les divertissements royaux. En 1665, c’est L’Amour MĂ©decin. ParallĂšlement, Lully produit l’ensemble des ballets du Roi auxquels participent Beauchamps pour la chorĂ©graphie et Vigarani pour dĂ©cors et machineries : ballet de la naissance de VĂ©nus (janvier 1665, Palais Royal), Ballet de CrĂ©quy ou le triomphe de Bacchus aux Indes (janvier 1666). AprĂšs le deuil de la Cour qui suit la mort d’Anne d’Autriche, Lully crĂ©e Ă  Saint-Germain, le Ballets des muses, mi-ballet, mi-comĂ©die-ballet, oĂč s’intĂšgre une pastorale comique, nouveau genre inaugurĂ© en 1654 par de Beys et La Guerre.

1668 indique la deuxiĂšme tranche des grands travaux Ă  Versailles. Le corps central se pare d’une enveloppe de pierre : c’est le chĂąteau neuf.  Versailles terrasse jardinsLa façade sur les jardins dĂ©ploie Ă©lĂ©gance et unitĂ© minĂ©rale, selon le dessein de Le Vau : trois Ă©tages rythment l’Ă©lĂ©vation, un rez de chaussĂ©e Ă  bossages, aux lignes horizontales marquĂ©es, un Ă©tage noble haut sous plafond rĂ©servĂ© aux Grands Appartements, celui du Roi (au nord) et de la Reine (au sud cĂŽtĂ© orangerie), enfin un attique ou dernier Ă©tage dont la balustrade dissimule les toitures, selon le modĂšle antique. Une large terrasse dont le vide central engendre ombre et lumiĂšre, s’inspire de l’architecture baroque romaine, celle des palais princiers. Versailles vit toujours Ă  l’heure italienne.

 

Suite du dossier Lully Ă  Versailles, III : l’opĂ©ra au chĂąteau

 

Illustrations : Portraits de Lully, Louis XIV en Alexandre, le Surintendant Lully, la façade du chĂąteau de Versailles en 1668 avec sa terrasse cĂŽtĂ© jardins …

 

Un office au Grand SiÚcle (Hervé Niquet, Le Concert Spirituel) : Missa Macula non est in te de Louis Le Prince

Video_leprince_chapelle_royale_niquetVersailles, Chapelle royale, octobre 2012. HervĂ© Niquet reconstitue un office au Grand SiĂšcle : dirigeant uniquement des chanteuses, comme s’il s’agissait d’un office dans un couvent de religieuses, le chef fondateur du Concert Spirituel dĂ©voile les vertiges classiques de Louis Le Prince, premier musicien baroque Ă©pris d’austĂ©ritĂ© archaĂŻque, aux cĂŽtĂ©s des fastueux et italianisants Lully et Charpentier… Reportage exclusif © classiquenews 2012

Versailles : Musiques pour les noces de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Les SiĂšcles (novembre 2012)

Jean-Philippe Rameau Ă  ParisMusiques pour Marie-Antoinette… Dans la galerie des Glaces Ă  Versailles, l’orchestre sur instruments anciens Les SiĂšcles joue sous la direction de François-Xavier Roth, le programme des fĂȘtes pour le mariage de Marie Antoinette et de Louis XVI : Gluck reprĂ©sentant de la musique moderne puis Rameau et Lully rĂ©Ă©crits par Gossec et Dauvergne, dans le style nĂ©oclassique des annĂ©es 1770 … Grand reportage vidĂ©o

Lully Ă  Versailles 1 : Lulli avant Lully

lully_portrait_mignard_lebrunUn lieu, un musicien … Lully Ă  Versailles 1 : Lulli avant Lully    .…    Rien ne laisse prĂ©sager la fulgurante ascension du florentin Giovanni Battista Lulli au moment de son arrivĂ©e Ă  Paris en 1646. Le jeune violoniste n’a que 14 ans. Sa prĂ©sence souligne la place des italiens Ă  la Cour de France. Elle est conforme au goĂ»t du cardinal mazarin qui rĂ©vĂšle alors l’art italien. RamenĂ© de Florence par le Chevalier de Guise, le petti Lulli est ” garçon de chambre ” auprĂšs de la Grande mademoiselle, duchesse de Montpensier, qui aime converser en italien. BientĂŽt Lulli devient ” grand baladin ” de la duchesse. Pendant la Fronde, la princesse ralliĂ©e Ă  CondĂ© depuis 1651, dirige les canons de la Bastille contre les troupes royales.  Le Roi punit l’insolence des Grands et La Montpensier est exilĂ©e Ă  Saint-Fargeau. Lulli quitte le navire condamnĂ©.  Il paraĂźt dĂ©jĂ  dans l’entourage de Mazarin, de retour Ă  Paris en fĂ©vrier 1653, Ă  24 ans.  L’affirmation du raffinement accompagne le rĂ©tablissement de l’ordre monarchique, de la Reine Anne d’Autriche, du Cardinal et du jeune Louis XIV.

 

Le Florentin, maĂźtre des ballets de cour

 

Lulli est propulsĂ©. Ses talents pour la danse sĂ©duisent un autre danseur passionnĂ©, le jeune monarque. Tous deux figurent, cĂŽte Ă  cĂŽte, dans le ballet royal de la nuict, le 23 fĂ©vrier 1653 oĂč Louis paraĂźt dĂ©jĂ  en Soleil Ă©blouissant, vainqueur des frondeurs et de la guerre civile. AprĂšs le Chaos, place au retour Ă  l’harmonie des planĂštes dont le centre est le roi.  La faveur royale se prĂ©cise. Lulli succĂšde Ă  Lazzarini au poste de “compositeur pour la musique instrumentale”.  Il rejoint les Vingt-Quatre Violons du Roi mais il obtient du Souvrain de fonder son propre orchestre, Les Petits Violons ou La Petite Bande.

MazarinDe 1654 Ă  1666, Lulli dirige son propre orchestre dont la renommĂ©e, associĂ©e Ă  la nouvelle gloire de Louis XIV et de la France repacifiĂ©e, gagne toute l’Europe. L’annĂ©e 1654 est emblĂ©matique de son activitĂ© : Ă  25 ans, c’est un compositeur chorĂ©graphe hyperactif ; il livre le ballet des proverbes en fĂ©vrier ; Les Noces de PellĂ©e et de ThĂ©tis en avril ; le Ballet du temps en novembre, permettant Ă  la Cour de France de rĂ©aliser sa passion historique pour la danse et le ballet de cour.
De 1653 Ă  1655, le Baladin met en musique les vers du poĂšte Benserade. Pour Louis XIV, Lulli est un compagnon de jeu et l’ordonnateur de ses plaisirs. Jeunesse de prince, source de belle fortune Ă©crit La BruyĂšre. DĂ©sormais la carriĂšre du Florentin est liĂ©e Ă  l’ascension du Roi.

 

 

Surintendant et compositeur de la Chambre : Lulli devient Lully

 

Louis XIV SoleilLa place du musicien grandit. L’Ɠuvre de Mazarin a portĂ© ses fruits. Le cardinal est trĂšs amateur de musique. Avant Paris, il a participĂ© Ă  Rome, Ă  l’Ă©closion de l’opĂ©ra romain en organisant plusieurs spectacles de musique pour son protecteur, le cardinal Antonio Barberini.  Mazarin entend importer le luxe italien Ă  Paris. Par sa volontĂ©, l’Italie s’implante en France. La prĂ©sence de Lulli s’inscrit dans ce courant du goĂ»t officiel. DĂšs 1645, le cardinal commande Ă  Paris, La Finta Pazza de Sacrati. La magie de la musique italienne et les dĂ©cors du magicien Torelli, captivent l’auditoire. L’Orfeo de Luigi Rossi renouvelle l’expĂ©rience l’annĂ©e suivante (1646)… quand Lulli arrive Ă  Paris.  Le faste des productions contribue Ă  l’impopularitĂ© de Mazarin. Les mazarinades, pamphlets contre le politique, citent la trop riche dĂ©pense du ” grand faiseur de machines “.  En dĂ©finitive, Lulli rĂ©alise le projet de Mazarin mais aprĂšs la mort du cardinal.

Louis XIV jeuneTrĂšs vite, le compositeur oeuvre pour sa position. Ses ballets intĂ©grĂ©s aux opĂ©ras du vĂ©nitien Francesco Cavalli assurent sa rĂ©ussite. L’Ă©lĂšve de Monteverdi Ă  Venise est le grand invitĂ© de la Cour de France : il est sollicitĂ© pour y dĂ©velopper l’opĂ©ra italien. C’est d’abord Serse, reprĂ©sentĂ© Ă  la demande de Mazarin, devant la Cour, pour le mariage de Louis XIV, au Louvre, le 22 novembre 1660. Les danses de Lulli se dĂ©tachent et l’imposent comme un compositeur français. Verve, tempĂ©rament scĂ©nique, intelligence des situations confirment le talent du musicien que le Roi nomme en mai 1661 : ” Surintendant et compositeur de la Chambre “.  Le compositeur s’Ă©lĂšve Ă  mesure que le danseur s’efface. En dĂ©cembre 1661, Lulli obtient ses lettres de naturalisation. Il Ă©pouse le 24 fĂ©vrier 1662 Ă  Saint-Eustache, Madeleine Lambert, fille de Michel Lambert, compositeur, et maĂźtre de musique de la Chambre, cĂ©lĂšbre auteur d’airs de cour.
Ainsi au dĂ©but des annĂ©es 1660, lorsque, aprĂšs la mort de Mazarin (1661), le jeune Louis XIV prend le pouvoir, l’ambition du musicien se dessine : Lulli meurt tout Ă  fait afin que naisse Lully.

 

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Illustrations : le cardinal Mazarin et ses collections d’antiques Ă  Paris, Le jeune Louis XIV en Soleil dans le Ballet de la nuict de 1653 … Louis XIV jeune. Versailles en 1668 (Pierre Patel).

Versailles : le petit théùtre de la Reine

Un thĂ©Ăątre pour Marie-AntoinetteMarie-Antoinette insuffle Ă  la Cour de France un nouveau vent musical en liaison directe avec ses goĂ»ts d’active mĂ©lomane : harpiste, chanteuse et pianofortiste, la jeune Reine au dĂ©but des annĂ©es 1770 fait venir son professeur de musique Ă  Vienne, Gluck. Le Chevalier ne fait pas qu’investir l’opĂ©ra français : il en rĂ©forme dans le bon sens le cadre, le langage, les finalitĂ©s. Le drame, la cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale, l’expressivitĂ© plutĂŽt que la virtuositĂ©, les caprices des chanteurs… AprĂšs Gluck, Marie-Antoinette accueille les Italiens, Piccinni puis Sacchini, mais aussi GrĂ©try et Gossec, sans omettre Johann Christian Bach et Salieri. Juste avant la RĂ©volution, jamais la scĂšne française ne fut aussi riche et prolyxe, inventive et audacieuse.

Théùtre de poche, 1780

Au moment oĂč Gluck rĂ©volutionne les planches lyriques, la Reine reçoit en 1774 comme cadeau de son Ă©poux Louis XVI, le domaine et le palais du Trianon : Ă  l’origine, il s’agissait de la demeure de La Pompadour, elle aussi si protectrice des arts, prĂ©sent de Louis XV Ă  sa maĂźtresse et son amie. Par la suite l’architecte Jacques Anges Gabriel Ă©difiera l’OpĂ©ra royal de Versailles dans le pur style Louis XVI …

Pour assurer l’activitĂ© artistique qu’elle a connu Ă  Vienne, Marie-Anotinette fait Ă©difier par Richard Mique, un thĂ©Ăątre miniature dans son domaine : il est inaugurĂ© en 1780.
De l’extĂ©rieur, l’Ă©crin du petit thĂ©Ăątre offre une façade sĂ©vĂšre nĂ©o antique assez neutre : sa discrĂ©tion se rĂ©vĂ©lera dĂ©cisive pour sa prĂ©servation pendant la RĂ©volution. A l’intĂ©rieur, une centaine d’invitĂ©s de la Reine assiste aux reprĂ©sentations thĂ©Ăątrales et aux concerts dans un dĂ©cor or, bleu et blanc d’un raffinement discret, conçu avec des matĂ©riaux Ă©conomiques : les statues sont de stuc, les marbres, peints en trompe l’oeil.  Une vingtaine de musiciens assurent le soutien musical des soirĂ©es lyriques ; et la scĂšne, plus dĂ©veloppĂ©e que la salle, accueille toujours une machinerie demeurĂ©e intacte depuis le XVIIIĂšme.
Pour sa royale mécÚne, Richard Mique dessine le parc de Trianon version Marie-Antoinette : un hameau et ses bergers, un lac et son phare, sertis par des jardins anglais.

CD. Rameau : Dardanus, version 1744 (Pygmalion, 2012)

CD. Rameau : Dardanus, version 1744 (Pygmalion, 2012)     …    Le ChĂąteau de Versailles inaugure avec ce double cd, sa future collection de tĂ©moignages discographiques en liaison avec sa nouvelle programmation musicale et lyrique, rĂ©alisĂ©e Ă  l’OpĂ©ra royal …

Loin de dĂ©mĂ©riter, la lecture que proposent aujourd’hui Raphael Pichon et son Ă©quipe ramĂ©lienne ” Pygmalion “, manquent indiscutablement … d’Ă©paisseur. Le dĂ©sir de se dĂ©passer, l’engagement ne sont pas en jeu mais outre les faiblesses d’un plateau de solistes nettement en deçà des joyaux de la partition, la question centrale demeure l’absence criante de ce feu inestimable qui justement fait de Rameau non pas ce musicien savant – qu’a trĂšs habilement dĂ©noncĂ© et critiquĂ© Rousseau-,  mais bien le gĂ©nie de l’opĂ©ra baroque français. Il est vrai que seuls les plus grands se sont risquĂ©s et ont rĂ©ussi : au dessus des Minkowski, Herreweghe, et aujourd hui Rousset, se situe en maĂźtre absolu, l’inatteignable autant qu’enchanteur, William Christie Ă  la tĂȘte de ses Arts Florissants. Souhaitons que pour l’annĂ©e 2014, celle des 250 ans de la mort du Dijonais, un Ă©diteur pertinent rĂ©Ă©dite l’ensemble des cd Rameau enregistrĂ©s par William Christie… car nous tenons lĂ  une somme musicale et lyrique lĂ©gendaire autant que nĂ©cessaire. Le coffret Ă©ditĂ© par Alpha apporte certes un nouvel Ă©clairage sur une version mĂ©sestimĂ©e de Dardanus … mais il ne suffit pas de jouer sur instruments anciens, de chanter dans le style historiquement informĂ©, d’Ă©toffer sa dĂ©marche d’un aspect documentaire et de recherche pour convaincre absolument. Qui prĂ©cisait avec raison qu’avant le concert, c’est “ 95% de technique et de recherche ; pendant le concert, c’est 95% de musique ! “…  ? La maxime n’a pas perdu de sa pertinence et dĂ©montre qu’ici Rameau, en rĂ©alisation finale,  reste trop scolaire. MĂȘme s’il est scrupuleusement restituĂ©.

 

 

Un Rameau encore un peu vert

 

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Or qu’avons nous ici ? Parlons d’emblĂ©e des faillites vocales … HĂ©las Bernard Richter fait un Dardanus un peu raide et pointu avec des aigus souvent tendus qui manquent malgrĂ© une indiscutable intelligibilitĂ©, de souffle et de dĂ©lire : on ne frĂ©mit en rien Ă  l’horreur sensĂ©e le/nous saisir dans ces lieux funestes qui ouvrent le IV.
MĂȘme l’Ismenor de la basse Joao Fernandes, de loin le timbre le plus savoureux des 3 rĂŽles graves (Ismenor, Teucer et Antenor), reste lui aussi strictement bien chantant si peu impliquĂ© par les enjeux rĂ©els du personnage : trop sage, trop prosaĂŻque… dommage car la voix est somptueuse. Et BenoĂźt Arnould que l’on ne cesse de prĂ©senter toujours comme la jeune basse prometteuse : son Antenor reste bien sage ; tout aussi tendu et noyautĂ© voire contraint et d’une projection confidentielle lĂ  encore. Il n’est que Gaelle Arquez qui exprime d’une certaine façon, dans chacun de ses airs souvent Ă©plorĂ©s et plaintifs, (surtout dans le rĂ©citatif libre au dĂ©but du V) les tourments d’une  ùme vĂ©ritablement Ă©prouvĂ©e … rĂ©ussissant Ă  incarner non plus un type mais un ĂȘtre de sang et de langueur, dĂ©chirĂ© et tiraillĂ©. .. au comble de la tension et de l’insupportable tragique. De loin, c’est bien la soprano qui campe une Iphise en proie au doute, d’une justesse de ton, fragile et inquiĂšte, jamais convenue ni prĂ©visible (comme peuvent l’ĂȘtre a contrario ses partenaires si convenus).
Reste que dans cette version nĂ©e de la refonte de 1744 : plus grave et tendue, noire et introspective, si cornĂ©lienne au fond, oĂč Rameau concentre son gĂ©nie sans jamais le diluer-, Pygmalion manque de dĂ©lire, de vĂ©ritĂ© ; oserions-nous dire de maturitĂ© comme de profondeur ? Le choeur ici rĂ©uni peine et pĂ©dale trop souvent, sans enclencher une action progressive.
Certes la science agile et fluide des ballets (trĂšs beau final dont la fameuse chaconne conclusive si suggestive et aĂ©rienne), la nervositĂ© des cordes en rĂ©sonance avec flĂ»tes et basson, accrĂ©ditent aujourd’hui ce collectif plutĂŽt jeune dans leur dĂ©sir de servir Rameau : d’autant que le nom mĂȘme de l’ensemble serait un hommage au Dijonais…. mais du gĂ©nie dramatique, de l’art singulier du compositeur philosophe et thĂ©oricien, nous n’avons au final qu’un maigre aperçu. Ne s’agirait-il finalement que d’un bon devoir d’Ă©cole, appliquĂ©, scrupuleux, trop respectueux …. ? Rendez-vous dans quelques annĂ©es (ou attendons ce 3eme volet dĂ©jĂ  annoncĂ© Castor et Pollux… au concert debut 2014 puis comme ici au disque ?). Il n est guĂšre qu’un seul faiseur de rĂȘves et de fulgurance s’agissant de Rameau : William Christie et ses fabuleux Arts Florissants! Autant de science de grĂące d’humanitĂ©, de passionnante poĂ©sie et de magie interprĂ©tative nĂ©e d’une complicitĂ© active depuis 30 annĂ©es ( Ă©coutez ici leur lecture d’Hippolyte et Aricie) … autant de qualitĂ©s qui nous paraissent hors de portĂ©e des interprĂštes de ce disque.
Remarque : il est dommage que le livret accompagnant et prĂ©sentant les 2 cd ne dĂ©veloppe pas l’approche spĂ©cifique des interprĂštes ; pourquoi dĂ©fendre aujourd’hui la version 1744 ? Quels apports en dĂ©coule t il ? Comment dĂ©fendre surtout une nouvelle lecture, avec quels chanteurs et quel orchestre ? De toutes ces questions passionnantes nous restons tristement orphelins.

 

 

Rameau : Dardanus, version 1744. 2 cd Alpha. Parution : octobre 2013. Solistes, ensemble Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. Enregistrement live rĂ©alisĂ© en 2012 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles.

 

VIDEO. Armide, Médée : les ballets de Noverre ressuscitées (Versailles, 2012)

Vidéo. Les ballets de Noverre ressuscités à Versailles 2012)

Noverre_Perroneau_PortraitOfJeanGeorgesNoverreVersailles : l’art chorĂ©graphique Ă  l’heure des LumiĂšres. L’OpĂ©ra royal de Versailles accueillait en dĂ©cembre dernier (13 et 15 dĂ©cembre 2012), la recrĂ©ation des ballets d’action de Jean-Georges Noverre, l’inventeur du ballet moderne au dĂ©but des annĂ©es 1760… Renaud et Armide et MĂ©dĂ©e et Jason, deux portraits de magiciennes amoureuses, trahies et blessĂ©es… Figures prĂ©romantiques de la passion tragique. Grand reportage vidĂ©o
Dans les annĂ©es 1760, avant la rĂ©volution Gluckiste, l’opĂ©ra français reçoit un type de spectacle total, le ballet d’action dont l’excellence des disciplines associĂ©es marque un sommet de l’Ă©criture chorĂ©graphique. Sur la musique de Jean-Joseph Rodolphe, le chorĂ©graphe Jean-Georges Noverre (1727-1810) imagine ce thĂ©Ăątre parfait oĂč le seul langage du corps dansĂ© exprime les mĂȘmes passions que celle de la tragĂ©die lyrique contemporaine. Le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, s’associe au Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane et restitue l’Ă©loquence d’un genre oubliĂ© qui a marquĂ© les esprits.  Au programme, les mĂȘmes sujets mythologiques que l’opĂ©ra met en scĂšne: MĂ©dĂ©e et Jason (ballet tragique crĂ©Ă© Ă  Stuttgart en 1763) et Renaud et Armide (hĂ©roĂŻ-pantomime crĂ©Ă©e Ă  Lyon en 1760) et repris Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en 1775.

CD. M-A. Charpentier: Judith (Schneebeli, 2012)

CD. M.-A. Charpentier: Judith, le massacre des innocents (1 cd K617)

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Charpentier: Judith, Massacre des Innocents (Schneebeli, 2012). Pour qui a assistĂ© au concert originel dans la Chapelle royale de Versailles, dĂ©but octobre 2012, sait que cet enregistrement rend compte d’une partie du programme qui aux cĂŽtĂ©s de Judith et du Massacre des Innocents (le sommet Ă©motionnel de la soirĂ©e) comprenait aussi le remarquable Jugement dernier et son Ă©vocation spectaculaire de la violence divine contre sa crĂ©ation… Nonobstant voici les deux versants convaincants d’un inoubliable tĂ©moignage Ă  Versailles, portĂ© par les troupes conduites par Olivier Schneebeli : Chantres et Pages de la MaĂźtrise du Centre de musique baroque de Versailles dont le label K617 a rendu pas Ă  pas les avancĂ©es musicales et interprĂ©tatives sur la durĂ©e (lire notre critique du coffret Musiques sacrĂ©es Ă  Versailles, Ă©ditĂ© par K617 et qui en fĂ©vrier 2013 obtient le Prix de l’AcadĂ©mie Charles Cros).

Incandescence théùtrale de Charpentier

Il existe peu de chƓurs d’enfants aussi investis, chantant et jouant l’action thĂ©Ăątrale avec un goĂ»t aussi accompli. Tout le mĂ©rite en revient au chef, directeur musical de la phalange choral: qu’il s’agisse des gardes ivres de sang, excitĂ©s par la barbarie infanticide d’HĂ©rode (impeccable Arnaud Richard), du chƓur bouleversant des mĂšres endeuillĂ©es (d’abord chantĂ© par le trio fĂ©minin, puis repris par les deux sopranos masculins auquel se joint l’excellent chantre Paul Figuier), l’intense et brĂ»lant thĂ©Ăątre de Charpentier se dĂ©voile ici dans toute son urgence, sa concision, sa forme resserrĂ©e, Ă  laquelle les interprĂštes restituent non sans justesse la tendresse, la sincĂ©ritĂ©, l’ĂąpretĂ© expressive. Le voici ce Charpentier qui nous passionne, plus ardent et efficace que toutes les tragĂ©dies lyriques de Lully. Aussi bouleversant que son maĂźtre Ă  Rome, Carissimi soi-mĂȘme. Le Massacre des Innocents H411 souligne le travail de la MaĂźtrise, une phalange qui outre le souci de restitution des partitions historiques sait surtout exalter la lyre dramatique, la vitalitĂ© thĂ©Ăątrale des Ɠuvres, en servant l’arĂȘte vive du verbe incantatoire et suggestif: Ă  l’engagement des chanteurs, rĂ©pond aussi la cohĂ©rence de la sonoritĂ© globale dont on en soulignera jamais assez la richesse des couleurs grĂące Ă  l’Ă©quilibre des timbres associĂ©s: voix de femmes, des enfants et des hommes. Issu de la formation du CMBV, l’Angelus d’Erwin Aros convainc en particulier par la fluiditĂ© de son chant et son scrupule linguistique.

En cela il incarne le versant masculin de sa consƓur Dagmar Saskova, elle aussi formĂ©e par les Ă©quipes du CMBV Ă  l’Ă©loquence et Ă  la rhĂ©torique baroque: sa Judith a la noblesse des martyrs mais aussi la tendre sincĂ©ritĂ© des ĂȘtres traversĂ©s par un pur mysticisme. Son Domine Deus reste irrĂ©sistible par ses brĂ»lures d’une puretĂ© incandescente. Entre rĂ©alisme individuelle et idĂ©alisme et grĂące d’une fervente guerriĂšre de Dieu, son verbe superbement articulĂ© fait honneur au Centre dont elle est la meilleure ambassadrice. Son art trĂšs abouti des nuances Ă©claire vocalement le peintre caravagesque français choisi pour illustrer le cd: Valentin de Boulogne dont on ne sait s’il faut admirer le plus pour sa Judith triomphante, la suavitĂ© de la palette chromatique ou la sĂ©duction ineffable du type humain…

L’aplomb des solistes, la richesse active et hautement dramatique du chƓur, la direction toute en Ă©lĂ©gance et expressivitĂ© d’Olivier Schneebeli rĂ©alisent ici l’un des meilleurs accomplissements discographiques du CMBV. Un nouveau jalon qui tĂ©moigne avec de sĂ©rieux arguments du niveau atteint par la MaĂźtrise dirigĂ©e par Olivier Schneebeli. Magistral.

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704): Judith ou BĂ©thulie libĂ©rĂ©e – Le Massacre des innocents. Pages & Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction.

Judith sive Bethulia liberata H391‹(Judith ou BĂ©thulie libĂ©rĂ©e)

Dagmar SaskovĂĄ, Judith

‹Erwin Aros, historicus
ex Israel I‹et soliste in tres duces Assyrii, tres viri Israelitae, historici ex Assyriis, historici ex filiis Israel,‹duo exploratores ex Assyriis, chorus ex Israel
Jean-François Novelli, Ozias,‹historicus ex Israel II,‹et soliste in tres duces Assyrii, tres viri Israelitae, historici ex Assyriis,‹duo exploratores ex Assyriis, chorus ex Israel
Arnaud Richard, Holofernes,‹historicus ex Assyriis, historicus ex filiis IsraĂ«l,‹et soliste in tres duces Assyrii, tres viri Israelitae, historici ex Assyriis,‹historici ex filiis Israel, chorus ex Israel
Marie Favier, (Chantre), ancilla
Jozsef Gal, (Chantre), soliste in historici ex filiis Israel
‹Hugo Vincent, (Page), soliste in chorus ex Israel

Caedes Sanctorum Innocentium H411‹(Le Massacre des Innocents)
Solistes
Erwin Aros, Angelus

soliste in tres ex choro fidelium
‹Jean-François Novelli, Historicus
‹soliste in tres ex choro fidelium
Arnaud Richard, Herodes
soliste in tres ex choro fidelium
Dagmar SaskovĂĄ, MylĂšne Bourbeau (Chantre), Marie Favier (Chantre), chorus matrum A
‹Paul Figuier (Chantre), Alix de la Motte de Broöns et Hugo Vincent (Pages), chorus matrum B
Les Pages, les Chantres & les Symphonistes du Centre de musique baroque de Versailles
Les Pages
Henri Baguenier Desormeaux, Lucie Camps, Calixte Desjobert, Martin Dosseur,‹AdĂšle Huber, Antoine Khairallah, Mathilde Lonjon, Romain Mairesse, Samuel Menant,‹Alix de la Motte de Broöns, Guilhem Perrier, Claire Renard, ChimĂšne Smith,‹Gauthier de Touzalin, Jean Vercherin, Hugo Vincent
Les Chantres
MylĂšne Bourbeau, Marie Favier, Marine Lafdal-Franc, Caroline Villain, dessus‹Paul-Antoine BĂ©nos, Paul Figuier,‹Atsushi Murakami, Florian Ranc, contre-tĂ©nors et hautes-contre‹Martin Candela, JĂłzsef GĂĄl, BenoĂźt-Joseph Meier, tailles‹Fabien AubĂ©, Pierre Beller, Renaud Bres, Vlad Crosman,‹François Renou, Roland Ten Weges, basses tailles et basses
Les Symphonistes
Benjamin ChĂ©nier, violon 1‹LĂ©onor de Recondo, violon 2‹Pierre Boragno, flĂ»te 1‹Jean-Pierre Nicolas, flĂ»te 2‹Krzysztof Lewandowski, basson‹Sylvia Abramowicz, viole de gambe‹Eric Bellocq, thĂ©orbe‹Fabien Armengaud, orgue positif et clavecin
Olivier Schneebeli, direction

Centre de musique baroque de Versailles

Histoires sacrées de Marc-Antoine Charpentier I à la Chapelle royale

temps fort de la saison musicale 2012

MaĂźtrise (Pages & Chantres), Olivier Schneebeli


Premier volet sur trois d’un cycle Marc Antoine Charpentier Ă  La Chapelle royale de Versailles : Olivier Schneebeli dirige les forces vives du CMBV (les Pages, les Chantres, les Symphonistes) dans 3 oratorios ou histoires sacrĂ©es du grand rival de Lully Ă  l’Ă©poque de Louis XIV : Le Jugement dernier, Judith et Le Massacre des Innocents. PrĂ©sentation du chƓur historique souhaitĂ© par Louis XIV, travail de la maĂźtrise crĂ©Ă©e par le Centre de musique baroque de Versailles…. Entretiens avec Olivier Schneebeli et les deux solistes anciens Ă©lĂšves de la MaĂźtrise: Erwin Aros et Dagmar Saskova (Judith)… Voir le clip vidĂ©o

Télé, Arte. Cecilia Bartoli chante Steffani. Mercredi 26 décembre 2012, 18h40

concerts filmés

Cecilia Bartoli chante Steffani

Arte, mercredi 26 décembre 2012 à 18h40

Steffani le sensuel. Bartoli_steffani_mission_decca_dvd_arte_versaillesTournĂ©e au chĂąteau de Versailles (salon d’Hercule, salle basse, chapelle royale…), cette sĂ©rie d’airs d’opĂ©ras rĂ©vĂšle le gĂ©nie lyrique du compositeur oubliĂ© Agostino Steffani (1654-1728). La diva romaine Cecilia Bartoli chante Steffani dans le palais baroque des rois de France, en particulier dans la galerie des glaces ou dans le bosquet de la colonnade (Ɠuvre maĂźtresse signĂ©e LenĂŽtre en 1679)… sur le plan musical, la cantatrice retrouve les musiciens du disque Mission paru en septembre 2012: Diego Fasolis et I Barocchisti; les enchaĂźnements sont soignĂ©s (air de fureur d’Ermolea puis priĂšre plus tendre d’Alcide (La Cerasta) justement sous les lustres et face aux miroirs historiques (l’une des rares prises directes rĂ©alisĂ©es in situ); la mezzo s’implique pour nous dĂ©voiler la flamme amoureuse d’un prĂ©curseur de Haendel, indiscutablement douĂ©. Avouons notre rĂ©serve quant aux airs martiaux (oĂč la voix redouble d’acrobaties coloratoures comme une trompette), l’Ă©criture n’y est guĂšre innovante, tout au plus conforme au premier XVIIIĂš; mais quand Cecilia Ă©voque la torpeur voire l’extase amoureuse, ressuscitant Niobe, Anfione (le fameux air des SphĂšres amies, oĂč sur un tapis de cliquetis discrets, la voix Ă©voque l’harmonie cĂ©leste…), surtout Sabina (SphĂšres palpitantes, vĂ©ritable appel au sommeil attendri par les deux flĂ»tes), l’ivresse et la justesse expressive enchantent.

Cecilia Bartoli chante Steffani

Extase Ă  Versailles


Steffani Ă  Versailles, l’idĂ©e est plus que pertinente: elle se justifie mĂȘme car le diplomate compositeur joua du clavecin devant Louis XIV… A voce sola (mais accompagnĂ©e par un thĂ©orbe quand le luth vĂ©ritable aurait Ă©tĂ© plus adaptĂ© et historiquement plus juste), la priĂšre introspective comme une berceuse d’Amami (Niobe) prend tout son sens dans l’Ă©crin des boiseries Ă  la capucine de la salle des chantres attenant Ă  l’orgue de la chapelle royale… MĂȘme accomplissement total, dans la magie du cadre, pour cette ” Nuit amie” d’Alcibiade, oĂč l’endormissement le dispute au rĂȘve et Ă  l’enchantement. On rĂȘve demain d’Ă©couter enfin un opĂ©ra de Steffani (Niobe, Sabina, Alcibiade?)… Ă  l’OpĂ©ra royal.

1 heure de pure délectation musicale dont deux duos avec Philippe Jaroussky. DVD événement de décembre 2012.

Mission. Cecilia Bartoli chante les musiques d’Agostino Steffani. Diego Fasolis, I Barocchisti. 1 dvd Decca 074 3604. Airs d’opĂ©ras, Stabat Mater (extrait)…

Prochain dĂ©fi artistique pour Cecilia Bartoli: Norma de Bellini (version pour Maria Malibran, mezzo). Avec Rebeca Olvera, John Osborn, Michele Pertusi… Orchestra La Scintilla. Giovanni Antonini, direction. Festival d’Ă©tĂ© de Salzbourg, les 17, 20, 24, 27 et 30 aoĂ»t, Haus fĂŒr Mozart.

 

Exposition: “Louis XIV: l’homme & le roi”. ChĂąteau de Versailles. Portrait d’un roi musicien…. Jusqu’au 7 fĂ©vrier 2010

Portrait du Roi mélomane

louis_XIV_portraitUne exposition magistrale dresse le portrait d’un Louis XIV
connaisseur et protecteur des arts. Sous le masque monarchique, les
qualitĂ©s de l’esthĂšte, le goĂ»t de l’homme, ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s, continuent de
nous fasciner. A Versailles, jusqu’au 7 fĂ©vrier 2010.

Le chĂąteau de Versailles
présente pour la premiÚre fois, une exposition dédié à celui qui en fut
l’acteur principal, le maĂźtre-d’oeuvre, l’Ăąme et le grand concepteur: Louis XIV (1638-1715).
Versailles est un opéra célébrant la grandeur de la monarchie
française: de son parc Ă  son orangerie, de l’alignement de ses
parterres jusqu’Ă  l’infini du Grand Canal, se prĂ©cise une vision, Ă  la
fois abstraire et trĂšs concrĂšte du Roi, “le plus grand souverain de
l’Univers”. HĂ©ros militaire et conquĂ©rant insatiable…

Versailles plutÎt que le Louvre (malgré le voeu de Colbert): dans
l’Ă©crin de la cour de marbre qui a conservĂ© l’ordonnance de l’ancien
chĂąteau de Louis XIII, le palais Ă©difiĂ© pour Louis-le-Grand s’Ă©rige
comme un manifeste personnel.

L’oeuvre renseigne sur la personnalitĂ© du Roi, sa propre reprĂ©sentation
du pouvoir, surtout ses préférences culturelles, son rapport aux
disciplines artistiques, ses goûts.

Voici en une somptueuse galerie de portraits, les images d’un Roi
narcissique certes mais d’une exigence artistique constante comme le
choix des portraitistes en tĂ©moigne: “Apollon servi par les nymphes”,
groupe sculpté réalisé entre 1667 et 1675 par François Girardon et
Thomas Regnaudin; buste rĂ©alisĂ© en 1665 par l’architecte et
scénographe Bernin (magistralement restauré); effigie désormais célÚbre
codifiée et fixée par le peintre Hyacinthe Rigaud en 1702. Plus
incroyable encore, le profil du roi en cire coloriée par Antoine
Benoist, Ă  partir d’empreintes effectuĂ©es directement sur le visage du
roi, alors sexagĂ©naire…
Danseur et guitariste, amateur de thĂ©Ăątre et d’opĂ©ras…

L’attrait de l’exposition et sa pertinence se concentrent sur cet
aspect mĂ©connu de la personne royale: l’ĂȘtre plutĂŽt que le politique
(si tant est que l’on puisse identifier chez le Roi, un aspect de sa
vie qui ne soit pas “officiel”).

Ainsi le mĂ©lomane comprendra au cours de la visite comment le Roi avait une approche rĂ©solument “concrĂšte”
de l’art. Comme il fut danseur, Louis XIV entend connaĂźtre
techniquement la conception des oeuvres: c’est un souverain qui cherche
à suivre les étapes de la création auprÚs des peintres, comme des
compositeurs. Original et déterminé, le souverain sut imposer a
contrario de son pĂšre qui jouait le luth (instrument plus noble), la
guitare. Exigeant que Robert de Visée le meilleur guitariste du
royaume, ait une chambre proche car il souhaitait Ă©couter l’instrument
pendant ses nuits d’insomnies…

Mais l’exposition Ă©claire aussi toute la genĂšse et l’Ă©volution du
divertissement Ă  Versailles qui inscrit la musique au coeur du
fonctionnement du Palais et de son parc: fĂȘtes privatives rĂ©servĂ©es Ă 
la Cour et aux invités du monarque, ballets donc, puis comédies-ballets
pour lesquels oeuvrent de concert, MoliÚre et Lully. Enfin tragédies en
musique, avec une oeuvre encore trop mĂ©connue qui a valeur d’Ă©tape
dĂ©cisive pour le nouveau genre: PsychĂ© de 1671, ouvrage fondateur conçu par Lully, MoliĂšre, Corneille et Quinault… (ne manque plus que Racine).

Peintures, sculptures, nombreux dessins et piĂšces de mobilier… soit
300 oeuvres rĂ©unies, ressuscitent le profil esthĂ©tique et l’Ă©volution
du goĂ»t d’un Roi-Artiste, monarque danseur puis amateur de thĂ©Ăątre…
qui aima se faire représenter en Apollon, dieu des arts, aux cÎtés de
l’image incontournable du “Roi-Soleil”. Voici enfin le portrait
culturel et musical de Louis XIV que nous attendions. L’apport est
capital.

Versailles, salles d’Afrique et de CrimĂ©e. Exposition “Louis XIV, l’homme et le roi”. Du 20 octobre 2009 au 7 fĂ©vrier 2010.

A lire

Le catalogue de l’exposition
édité par Skira Flammarion: prÚs de 500 pages (496 pages précisément)
dédiées aux thématiques (et questionnements passionnants) que
l’exposition suscite. Sous la direction des deux commissaires, -Nicolas
Milovanovic et Alexandre Maral, respectivement en charge Ă  Versailles,
des peintures et des sculptures-, le contenu synthétise les enjeux et
les apports scientifiques de la rétrospective à Versailles. Un
remarquable travail éditorial replace au coeur des textes édités, la
qualité et la beauté des oeuvres exposées (abondance et qualité des
illustrations choisies). Voyez déjà, en couverture, ce plan rapproché
du buste de Louis XIV par Bernin (1665): l’angle jamais dĂ©voilĂ©
avant, nous fait (re)dĂ©couvrir le Roi -alors ĂągĂ© de 27 ans- d’une toute
nouvelle façon: sous l’Ă©piderme du marbre, semble frĂ©mir la vraie
personnalitĂ© de l’homme qui est le sujet central de l’exposition
événement.

Pour dĂ©voiler l’ĂȘtre sous artifices et costumes du pouvoir, les textes
réunis analysent les caractÚres distinctifs de Louis XIV dans
l’exercice du pouvoir (esprit Ă  la fois brutal et surprenant), les
mĂ©tamorphoses de l’image royale, le mythe vivant Ă  travers ses images
sculptĂ©es, … Tout oeuvre Ă  prĂ©ciser le portrait du roi et surtout son goĂ»t.
A ce tire, le lecteur sera comblĂ© car en matiĂšre d’art, Louis XIV plus
qu’aucun autre souverain, sauf Leopold Ier son contemporain Ă  Vienne,
ne fut aussi mĂ©lomane. Amateur de danses, de fĂȘtes, de thĂ©Ăątre,
d’opĂ©ras, Louis XIV a façonnĂ© ce goĂ»t classique français, Ă  la fois
sobre, monumental, mesuré et naturel qui le distingue désormais de
l’Italie, et l’impose Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne comme l’exemple Ă  suivre.
Lecture incontournable. Catalogue de l’exposition: “Louis XIV: L’homme et le roi”. Editions Skira Flammarion, 496 pages. Prix indicatif: 49 euros.

Illustration: Louis XIV par Claude LefÚvre, vers 1669. Portrait méconnu
du jeune monarque, ĂągĂ© de 31 ans: roi conquĂ©rant (en armure) mais d’une
élégance indiscutable. Celui qui impose une gloire inédite, vient de
cesser sa carriĂšre de danseur et s’intĂ©resse sans faiblir aux arts.
Portrait peu connu… c’est l’une des rĂ©vĂ©lations de l’exposition
versaillaise (New Orleans, Museum of art, huile sur toile).