CD événement, critique. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha 2018)

chausson poeme amour et mer alexandre bloch gens orchestre national de lille cd annonce critique cd review cd classiquenewsCD événement, critique. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha 2018). Comme une houle puissante et transparente à la fois, l’orchestre piloté par Alexandre Bloch sculpte dans la matière musicale ; en fait surgir la profonde langueur, parfois mortifère et lugubre, toujours proche du texte (dans les 2 volets prosodiés, chantés du « Poème de l’amour et de la mer » opus 19) : on y sent et le poison introspectif wagnérien et la subtile texture debussyste et même ravélienne dans un raffinement inouï de l’orchestration. D’une couleur plus sombre, d’un medium plus large, la soprano Véronique Gens a le caractère idoine, l’articulation naturelle et sépulcrale (« La mort de l’amour » : détachée, précise, l’articulation flotte et dessine des images bercées par une volupté brumeuse et cotonneuse, mais dont le dessin et les images demeurent toujours présent dans l’orchestre, grâce à sa diction exemplaire : quel régal).

 

 

 

L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch

CHAUSSON sublimé
Parure chatoyante du symphonisme romantique et tragique

 

 

 

L’intelligibilité de la cantatrice, le poids qu’elle préserve et assure à chaque vers poétique (réagencé par Chausson à partir des textes de Bouchor) sert admirablement le flux orchestral, ses enchantements harmoniques qui bercent et hypnotisent, jusqu’à l’extase et l’abandon. Remarquable équilibre entre suggestion et allant dramatique. « Le temps des Lilas et le temps des roses ne reviendra plus … » regaillardit à la fin une succession de paysages mornes et éteints mais d’une sourde activité. Le beauté fragile qui s’efface à mesure qu’elle se déploie et se consume trouve une expression caressante et sensuelle dans le chant de l’orchestre, résigné mais déterminé (« Et toi que fais-tu ? »). Chausson offre un prolongement à la langueur endeuillée du Wagner tristanesque : sa fine écriture produit une grâce assumée qui contient aussi sa propre rémission dans sa conscience de la mort. L’élan mélancolique et le deuil des choses éteintes font le prix de leur évocation qui les ressuscite toujours indéfiniment, dans une sorte de réitération magique, comme ritualisée, mais jamais artificielle.
Toujours très articulé et d’une intonation simple, le chef déploie les mêmes qualités qui avaient fondé sa lecture des Pêcheurs de perles du jeune Bizet (opéra joué et enregistré à l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille / mai 2017).

 

Même geste nuancé pour le flux de la Symphonie en si bémol majeur (1891) qui délivre le même sentiment d’irrépressible malédiction. Le premier mouvement saisit par son souffle tragique (tchaikovskien : on pense à la 4è symphonie) et évidemment l’immersion dans la psyché wagnérienne la plus sombre et la plus résigné (avant l’essor de l’Allegro vivo). Chausson est un grand romantique tragique qui cependant égale par son orchestration scintillante et colorée, ses éclairs rythmiques, les grands opus de Ravel comme de Debussy.

Voilà qui inscrit le compositeur fauché en 1899, – trop tôt, dans un sillon prestigieux, celui des grands symphonistes romantiques français : Berlioz, Lalo, évidemment Franck, mais aussi Dukas… Le « Très lent », volet central, s’immerge dans le pur désespoir, fier héritier des préludes de Tristan und Isolde de Wagner (même couleur d’une douleur foudroyée), là encore. Comme s’il reprenait son souffle et sa respiration avec difficulté (en un « effet » volontaire, maîtrisé), l’orchestre, clair et précis, fluide et ondulant, plonge en eaux profondes. Lamento de la douleur inénarrable, l’épisode de presque 9 mn, étire sa langueur désespérée que la parure orchestrale recharge et énergise cependant constamment : en cela, la direction du chef se montre très efficace : jamais épaisse, toujours transparente : elle fait respirer chaque pupitre. Dévoilant des trésors d’harmonies rares, et d’alliages de timbres… d’une ivresse géniale.
Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille ouvrent de larges perspectives dont l’ampleur nous terrifie comme elle nous captive : faisant surgir les guirlandes mélodiques sur un nuage brumeux de plus en plus menaçant et létal (après le motif du « temps des lilas » au cor anglais, réminiscence de Tristan). Le III applique à la lettre le principe cyclique de son maître Franck, récapitulation des motifs précédents mais harmonisés différemment, et dans un climat d’agitation voire de panique au début primitif. Alexandre Bloch exprime l’énergie brute, comme à vif, comme incandescente, son ivresse primitive, sa noirceur large et enveloppante (wagnérienne), tout en se souciant de l’intelligibilité de la texture (bois, cordes, cuivres sont d’une couleur toute française).
L’architecture des fanfare, érigées comme de vastes portiques de plus en plus majestueux (dans l’esprit d’un choral) est énoncée avec clarté et une rigueur presque luthérienne. Et le miracle du dernier épisode,- salvateur, rasséréné (formulé comme la clé du rébus précédent, comme dans la Symphonie en ré de Franck), peut s’accomplir en un geste d’une formidable hauteur (énoncée comme l’ascension sur l’arche évoquée ou comme le repli des eaux), et d’une noblesse infinie qui garde son secret. Magnifique réalisation : riche, trouble, ambivalente, grave et lumineuse : l’écriture de Ernest Chausson y gagne un surcroît d’éloquence, d’intelligence, de prodigieuse activité. Porté par son directeur musical, l’Orchestre national de Lille confirme une étonnante et salutaire compréhension du grand symphonisme romantique français. A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019. Les intéressés poursuivent actuellement un cycle majeur dédié aux 9 symphonies de Gustav Mahler (tout au long de l’année 2019).

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha – enregistré à Lille en novembre 2018)

 

 
 

 

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LIRE aussi notre annonce du CD événement. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha)

https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha/

CD événement, annonce. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha)

chausson poeme amour et mer alexandre bloch gens orchestre national de lille cd annonce critique cd review cd classiquenewsCD événement, annonce. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha). Entre Berlioz et César Franck dont il fut l’élève, Ernest Chausson (mort à 44 ans en juin 1899) impose aujourd’hui un génie à part d’autant qu’il reste méconnu. A l’époque du wagnérisme européen et bientôt du premier Debussy symboliste, Chausson compose sur une décennie (1882 – 1892) un cycle sans équivalent dans la littérature romantique française : Le Poème de l’Amour et de la Mer (1882 – 1892), qui est à la fois cycle de mélodies ou cantate profane, poème symphonique ou symphonie. C’est un creuset bouillonnant d’idées mélodiques et harmoniques dont il extrait en 1886, le dernier volet, Le Temps des lilas, joué depuis comme une mélodie à part (pour voix et piano).

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015La soprano française Véronique Gens enregistre ce cycle pour la première fois, ayant déjà gravé Le Temps des Lilas (avec Susan Manoff au piano pour son disque Néère / ALPHA 215, clic de classiquenews en octobre 2015 : LIRE ici notre critique du cd Néère / Véronique Gens),un recueil pleinement abouti, qui « hypnotise par la justesse des couleurs, la précision allusive de chaque mot vocal » écrivait notre rédacteur Ernst Van Beck …

 

 

 

 

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Dans ce nouveau cd édité par Alpha début mars 2019, Véronique Gens retrouve ici un orchestre familier, l’Orchestre National de Lille, sous la direction de son directeur musical, Alexandre Bloch (qui poursuit en 2019, un cycle événement dédié aux 9 symphonies de Mahler). Plus rare encore et de caractères proches, la Symphonie en si bémol majeur (1891) complète ce programme : c’est le sommet du répertoire français, jalon aussi décisif que la Symphonie en ré mineur de Franck dont Chausson bien qu’élève de Massenet, partage le mysticisme et l’idéalisme esthétique. Concrètement la Symphonie de Chausson prolonge la voie tracée par Franck, en faisant une étonnante et très originale synthèse entre les couleurs et l’ampleur de Wagner, son dramatisme noir, l’élévation françkiste et déjà dans les couleurs et la transparence, la volupté allusive de l’impressionnisme à venir. On y détecterait presque aussi, cette clarté fauréenne qui éclaire la Suite Pelléas et Mélisande … de Fauré (alors écrite à la même période). La Symphonie de Chausson, créée à Paris en 1891 (Société nationale de musique, salle Erard) est un jalon essentiel du romantisme français : elle s’inscrit dans le sillon des opus révolutionnaires et de synthèse comme la Fantastique de Berlioz (1830), la Symphonie avec orgue de Saint-Sans (1886) et évidemment la Symphonie en ré de son maître César Franck (composée peu avant et créée en … 1889). L’accueil est un triomphe que confirme la reprise en 1897 au Cirque d’hiver, par la Philharmonie de Berlin sous la direction de son directeur musical d’alors, Arthur Nikisch. Grand amateur d’art et collectionneur de tableaux (impressionnistes et symbolistes, sans omettre Degas et Manet…), Chausson a dédié sa seule symphonie qui nous soit parvenue, au peintre Henry Lerolle (son beau-frère). Prochaine grande critique du cd CHAUSSON par l’orchestre National de Lille / Alexandre Bloch dans le mag cd dvd livres de classiquenews

 

 

 

 

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CD événement, annonce. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha)

 

 

 

 

 

 

 

 

TOURCOING : nouveau FIDELIO de BEETHOVEN

atelier lyrique tourcoing logo_siteTOURCOING, 7, 9 déc 2018. BEETHOVEN : FIDELIO. Tourcoing à l’heure du romantisme allemand… S’il a composé plusieurs musiques de scène, Fidelio est l’unique opéra de Beethoven. Célèbre et déjà estimé comme le prophète de la musique virile et moderne, Ludwig en écrit 3 versions. La première en 1805 comportait 3 actes, la deuxième en 1806 n’en comportait que 2. La troisième version créée le 23 mai 1814 à Vienne, a été représentée en France, à Paris à l’Odéon en 1825. Beethoven a mis au net ce qui ne lui semblait pas totalement achevé dans les versions précédentes. D’ailleurs, il n’était pas tout à fait prêt pour la première et il a continué à l’améliorer pour les dates suivantes !

BEETHOVEN CONTRE LES TYRANS

Le succès n’a fait qu’augmenter au fur et à mesure des représentations. Révolutionnaire, Beethoven transmet dans cet opéra sa passion pour la liberté, au point d’assurer aujourd’hui à l’ouvrage, la valeur et le statut d’un mythe lyrique : Fidelio est devenu avec le temps, l’opéra de la liberté contre toutes les formes d’oppression et de pouvoir tyrannique.
Epouse admirable et d’un courage immense, Leonore incarne l’amour et la force. C’est lapaix armée, prête à en découdre et ici, capable de changer de sexe et d’apparence, de devenir Fidelio pour libérer de sa prison son époux incarcéré, Florestan.
Beethoven_Hornemann-500-carreLa version que présente l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing, est celle souhaitée par Jean-Claude Malgoire (qui nous a quitté en avril dernier), soit celle de 1814, en version concert, comme toujours sur instruments d’origine et avec un casting idéalement choisi : les spectateurs retrouvent ainsi le ténor Donald Litaker, pour qui Florestan n’a plus vraiment de secret ! Parmi les fidèles interprètes : Véronique Gens (pour la première fois incarnant le rôle-titre), mais aussi Alain Buet (Pelléas et Mélisande, Voyage d’hiver en novembre 2018 qui chante donc l’infâme et diabolique Pizzaro) et Nicolas Rivenq (Don Giovanni, Tannhäuser : Fernando). Jérémy Duffau et Luigi De Donato ont également déjà été entendus sur nos planches. Chaque année, l’ALT accueille aussi de jeunes chanteurs et pour ce chef d’œuvre, c’est une élève d’Alain Buet : Marie Perbost (Marcellina).

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FIDELIO à TOURCOINGboutonreservation
TOURCOING Théâtre Municipal R. Devos
Vendredi 7 décembre 2018 – 20h
Dimanche 9 décembre 2018 – 15h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/fidelio/

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distribution :
Direction musicale : Nicolas Kruger
Scénographie : Jacky Lautem

Leonore / Fidelio : Véronique Gens, soprano
Florestan : Donald Litaker, ténor
Rocco : Luigi de Donato, basse
Marcellina: Marie Perbost, soprano
Jaquino: Jérémy Duffau, ténor
Don Pizzaro: Alain Buet, baryton-basse
Don Fernando: Nicolas Rivenq, baryton


Chœur Régional des Hauts de France
La Grande Écurie et la Chambre du Roy

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L’HISTOIRE À Séville, Leonore se travestit en Fidelio pour tenter de sauver son mari Florestan, prétendu mort, mais retenu prisonnier par Pizzaro le gouverneur de la prison et son geôlier Rocco.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 13 juillet 2016. Duparc, Debussy, Chausson, Hahn. Véronique Gens, soprano, Susan Manoff, piano.

IVRESSE D’UN GRAND RETOUR… Artiste reconnue de longue date, la soprano française Véronique Gens revient au Festival de Saintes vingt ans après sa première apparition à l’Abbaye aux Dames. Entre temps la diva fait une carrière exemplaire au cours de laquelle le répertoire français a toujours tenu une place importante. Depuis quelques années, Véronique Gens s’attache à faire (re)découvrir au public la mélodie française qui gagne véritablement à être connue. C’est dans cette optique que son dernier CD intitulé « Néère » est paru en octobre 2015 (élu CLIC de CLASSIQUENEWS); CD dont elle reprend le largement lors de son récital du 13 juillet.

 

 

 

Véronique Gens en diseuse enchantée

 

Mélodiste et diseuse : sublime Véronique Gens !Souriante et visiblement très heureuse d’être à l’Abbaye aux Dames, Véronique Gens arrive sur scène avec la pianiste Susan Manoff, son accompagnatrice attitrée (elle est aussi l’accompagnatrice de Sandrine Piau) pour un récital haut en couleurs. Très soudées, voire complices, les deux femmes entament la soirée avec une mélodie bien connue d’Henri Duparc (1848-1933) : l’Invitation au voyage. Hasard? Certes non puisque, effectivement, c’est un voyage dans un univers chatoyant, divers, changeant, jamais ennuyeux ou rédhibitoire qui nous est proposé en ce début de soirée. Avec « Au pays où se fait la guerre » du même compositeur, c’est un monde de désolation qui est évoqué, nous sommes alors en plein cœur de la première guerre mondiale, sans pour autant verser dans un maelstrom geignard qui serait malvenu. Le répertoire de Claude Debussy (1862-1918) comporte, outre une musique instrumentale riche et variée, un certain nombre de mélodies charmantes, que Véronique Gens chante avec un plaisir manifeste. S’il est difficile d’envisager une intégrale en récital ou au CD, celles qui sont inscrites au programme de ce soir donnent une excellente idée de la variété de l’oeuvre de Debussy dont l’univers est à la fois si différent et si complémentaire de celui de Duparc. Dans Clair de lune et Nuit d’étoiles, le compositeur nous fait veiller à la belle étoile.

Après une pause nécessaire, Véronique Gens et Susan Manoff abordent deux nouveaux compositeurs qui sont également au programme de «Néère». Ernest Chausson (1855-1899), compositeur à cheval entre romantisme et post-romantisme, nous fait voyager entre Antiquité (Hébé) et Présent. Véronique Gens concilie retenue et vitalité pour capter l’attention de son public. Si on se souvient de Reynaldo Hahn (1874-1947) comme étant le compositeur qui a sorti de l’oubli, l’opéra Mireille de Charles Gounod (1818-1893), en restituant avec talent la partition originale de ce chef-d’oeuvre du répertoire romantique français, il ne faut pas oublier qu’il a lui même composé nombre de mélodies raffinées et enivrantes. Là encore Véronique Gens maîtrise parfaitement son sujet en interprétant une petite partie des mélodies de Hahn, en particulier Néère, celle qui, précisément donne son titre au CD. La gouaille rafraîchissante et l’humour de l’artiste donnent un ton particulier à la soirée qui passe si vite que le public en redemande. Et Véronique Gens se prête au jeu en interprétant Le corbeau et le renard, la célèbre fable de Jean de La Fontaine, mise en musique par Jacques Offenbach (1819-1880) ; la mélodie aussi grinçante et imagée que le poème de La Fontaine révèle l’humour ravageur et mutin d’une Gens enchanteresse qui, dans la foulée concède deux autres bis tirés, eux du CD.

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015Artiste accomplie et récitaliste exceptionnelle Véronique Gens maîtrise parfaitement une voix puissante, claire, ronde et remarquable de fraîcheur. Très attachée à la défense du répertoire français, Gens est très attentive à la diction; de fait celle ci est excellente : chaque mélodie est ciselée si parfaitement qu’il est inutile de suivre avec le programme. A ses côtés, Susan Manoff, pianiste émérite, est une accompagnatrice hors pair. Visiblement très complice avec Véronique Gens, elle reste attentive à chaque mot, à chaque note ne couvrant jamais la soprano qui lance chaque introduction d’un regard discret.

Saintes. Abbaye aux dames, le 13 juillet 2016. Henri Duparc (1848-1933) : Invitation au voyage, Romance de Mignon, Au pays ou se fait la guerre, Chanson triste, Claude Debussy (1862-1918) : En sourdine, Fantoches, Clair de lune, Masques et Bergamasques, Fleurs des blés, Nuits d’étoiles, Ernest Chausson (1855-1899) : Le temps des lilas, La chanson bien douce, Hébé, Reynaldo Hahn (1874-1947) : Le rossignol des lilas, quand je fus pris au pavillon, trois jours de vendanges, A Chloris, Néère, Lydé, Pholoé, Phylis, Le printemps, Jacques Offenach (1819-1880) : Le renard et le corbeau (bis 1). Véronique Gens, soprano, Susan Manoff, piano.

 

APPROFONDIR : LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Néère par Véronique Gens, CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2016

OPERA FUOCO : la Compagnie lyrique de David Stern, de Paris à Shanghaï (2016)

opera-fuoco-logo-2015OPERA FUOCO, grand reportage vidéo. Orchestre, troupe de chanteurs et aussi laboratoire lyrique où les jeunes talents apprennent le métier… OPERA FUOCO, créé par le chef d’orchestre DAVID STERN, est un collectif conçu pour le chanteur et l’opéra, toutes les formes d’opéra. Comment fonctionne l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco ? Quels sont les objectifs et les enjeux, défendus depuis la création de l’ensemble par son fondateur, le chef David Stern ?… Opera Fuoco, de Paris à Shanghaï. GRAND REPORTAGE VIDEO par le studio CLASSIQUENEWS.COM (Réalisateur : Philippe Alexandre PHAM)

Chanter Gluck et Berlioz : les jeunes chanteurs d’Opera Fuoco

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozBoul.-Billancourt. Opera Fuoco, concert Gluck et Berlioz.  Le 20 novembre 2015. Chanter Gluck et Berlioz. Sous le pilotage du chef David Stern, créateur et directeur musical de la troupe lyrique Opéra Fuoco, les jeunes chanteurs de l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco approfondissent leur approche de la déclamation française, grâce aussi à la coopération de la soprano Véronique Gens, artiste invitée, guide exceptionnel pour réussir cette immersion à la fois musicale et linguistique. Intitulé “Naissance du Romantisme, de Gluck à Berlioz“, le programme qui fait l’objet d’un concert vendredi 20 novembre 2015 (19h30), exige articulation, intonation juste, flexibilité de la voix. Car ici comme depuis Rameau au siècle précédent, l’intelligibilité du texte compte avant tout, outre les qualités purement vocales du soliste : Véronique Gens, tragédienne reconnue, dont le verbe maîtrisée en fait une diseuse très convaincante a transmis son  expérience du répertoire : résultats et bénéfices ce soir dès 19h30, à Boulogne-Billancourt, Bibliothèque-Musée Paul Marmottan

Opéra Fuoco : la fabrique vocale

logo_operafuoco4Avec Gluck et Berlioz, c’est une manière d’exprimer les passions de l’âme et de faire avancer l’action, très particulière et donc spécifiquement française qui se précise peu à peu ; les œuvres retenues sont parmi les plus difficiles : les airs d’opéras de Gluck, ceux de Berlioz aux côtés de ses mélodies dont Les Nuits d’été exigent des tempéraments subtils, rompus à l’exercice de l’intelligibilité. Chaque nuance du poème mis en musique doit produire sa juste expression… Faire chanter le texte et parler la musique… LIRE notre présentation complète du concert “naissance du romantisme français, de Gluck et Berlioz par l’Atelier lyrique d’Opéra Fuoco

Naissance du romantisme français
De Gluck et Berlioz

Concert / Rencontre
Vendredi 20 novembre 2015, 19h30
Bibliothèque Paul-Marmottan, Boulogne-Billancourt
réservation obligatoire : 01 55 18 57 77.

Distribution
Les chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco

Directeur artistique : David Stern
Conseiller pédagogique: Jay Bernfeld
Artiste invitée : Véronique Gens
Pianiste : Kayo Tsukamoto

 

La Naissance du romantisme par les jeunes chanteurs d’Opera Fuoco

OPERA FUOCO, David Stern : chanter Gluck et BerliozBoul.-Billancourt. Opera Fuoco, de Gluck à Berlioz. Les 18, 20 novembre 2015. Pendant 4 jours de masterclass intensives, sous le pilotage de David Stern et Jay Bernfeld, – en maîtres pédagogues complices et complémentaires-, les jeunes chanteurs de l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco approfondissent leur approche de la déclamation française, grâce aussi à la coopération de la soprano Véronique Gens, artiste invitée, guide exceptionnel pour réussir cette immersion à la fois musicale et linguistique. Intitulé “Naissance du Romantisme, de Gluck à Berlioz“, le programme qui fait l’objet d’un concert vendredi 20 novembre 2015 (19h30), exige articulation, intonation juste, flexibilité de la voix. Car ici comme depuis Rameau au siècle précédent, l’intelligibilité du texte compte avant tout, outre les qualités purement vocales du soliste : Véronique Gens, tragédienne reconnue, dont le verbe maîtrisée en fait une diseuse très convaincante transmettra son sens dramatique et son souci de l’articulation. Opera Fuoco renouvelle ainsi ses sessions de perfectionnement à l’adresse des jeunes interprètes soucieux de maîtriser technicité et justesse stylistique selon le répertoire choisi.

logo_operafuoco4Avec Gluck et Berlioz, c’est une manière d’exprimer les passions de l’âme et de faire avancer l’action, très particulière et donc spécifiquement française qui se précise peu à peu ; les œuvres retenues sont parmi les plus difficiles : les airs d’opéras de Gluck, ceux de Berlioz aux côtés de ses mélodies dont Les Nuits d’été exigent des tempéraments subtils, rompus à l’exercice de l’intelligibilité. Chaque nuance du poème mis en musique doit produire sa juste expression… Faire chanter le texte et parler la musique. La formulation est bien connue : elle n’a jamais mieux défini que ce cas. Inscrire dans un même programme Gluck et Berlioz est un vrai défi, d’autant plus intéressant que le Romantique fut un grand admirateur de son prédécesseur au point entre autres de concevoir une nouvelle version d’Orphée et Eurydice (version pour Pauline Viardot dans le rôle d’Orphée). Les jeunes chanteurs de la troupe réunie par David Stern abordent les Nuits d’été, des extraits de Béatrice et Bénédicte, La Damnation de Faust de Berlioz ; les héros de Gluck : Iphigénie, Armide, Alceste, Thoas, Oreste… de Gluck.

veronique-gensComme le bel canto ciselé par Bellini, Rossini et Donizetti, l’art de la déclamation française, et le chant romantique en particulier, attisent la curiosité de peu de chanteurs car la pratique éreinte les plus déterminés ; pourtant, les occasions d’engagement se multiplient mais on cherche toujours une Régine Crespin, un Roberto Alagna… capables demain de chanter et Gluck et Berlioz. Véronique Gens qui s’est particulièrement distinguée dans le répertoire baroque, classique et romantique maîtrise remarquablement l’art redoutable du chant et de la mélodie française ; celle qui a marqué l’interprétation des rôles gluckistes encore récemment (Iphigénie en Tauride, Iphigénie en Aulide…) vient de faire paraître un superbe album dédié justement à la mélodie française, celle de Hahn, Chasson, Duparc… “Néère” gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015(LIRE notre compte rendu critique complet de l’album Hahn, Duparc, Chausson par Véronique Gens 1 cd Naïve, “Néère”). Les sessions de ce nouvel atelier vocal ainsi que le concert qui en découle ce 20 novembre à la Bibliothèque Paul Marmottan de Boulogne-Billancourt, s’annoncent passionnants.

 

 

Naissance du romantisme français
De Gluck et Berlioz

Master class du 16 au 19 novembre 2015

 

Répétition publique :
Mercredi 18 novembre 2015, 15h-17h
Inscription obligatoire : production@operafuoco.fr

Concert / Rencontre
Vendredi 20 novembre 2015, 19h30
Bibliothèque Paul-Marmottan, Boulogne-Billancourt
réservation obligatoire : 01 55 18 57 77.

Distribution
Les chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco

Directeur artistique : David Stern
Conseiller pédagogique: Jay Bernfeld
Artiste invitée : Véronique Gens
Pianiste : Kayo Tsukamoto

 

 

CD, compte rendu critique. Véronique Gens : Néère, mélodies de Hahn, Duparc, Chausson (1 cd Alpha, 2015)

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015CD, compte rendu critique. Véronique Gens : Néère, mélodies de Hahn, Duparc, Chausson (1 cd Alpha, 2015). Maturité rayonnante de la diseuse. Le timbre s’est voilé, les aigus sont moins brillants, la voix s’est installée dans un medium de fait plus large… autant de signes d’un chant mature qui cependant peut s’appuyer sur un style toujours mesuré et nuancé, cherchant la couleur exacte du verbe. Prophétesse d’une émission confidentielle, au service de superbes poèmes signés Leconte de Lisle, Goethe, Gautier, Louise Ackermann, Viau, Verlaine, Maurice Bouchor, Baudelaire et Banville…, Véronique Gens captive indiscutablement en diseuse endeuillée, sombre et grave, d’une noblesse murmurée et digne. L’expressivité n’est pas son tempérament mais une inclination maîtrisée pour l’allusion, la suggestion parfois glaçante (propre aux climats lugubres et funèbres d’un Leconte de Lisle par exemple quand il évoque le marbre froid de la tombe). La nostalgie générale de Néère de Hahn pose d’emblée l’enjeu de ce programme façonné comme une subtile grisaille : les milles nuances du sentiment intérieur. De notre point de vue, le piano est trop mis en avant dans la prise, déséquilibre qui nuit considérablement à la juste perception de la voix versus l’instrument (déséquilibre criard même dans Trois jours de vendange d’après Daudet). De Hahn, La Gens sait exprimer l’ineffable, ce qui est derrière les mots.

1000 nuances de l’allusion vocale : la mélodie romantique française à son sommet

Chez Duparc, Hahn, Chausson, Véronique Gens subjugue

En accord avec l’instrument seul, la soprano peut tisser une étoffe chambriste somptueuse, feutrée, jamais outrée précisément chez Duparc : douceur grave de Chanson triste (mais que le piano trop mis en avant là encore perce et déchire un équilibre et une balance subtile dont était fervente la voix justement calibrée : carton jaune pour l’ingénieur du son indélicat ; une faute de goût impardonnable car aux côtés du clavier, la soprano mesure, distille cisèle), un rêve vocal qui rétablit le songe du Duparc. C’est un enchantement vécu il y a longtemps dont la sensation persistante fait le climat diffus, vaporeux, brumeux (wagnérien?) de Romance de Mignon (et son apothéose du là-bas d’après Goethe) où la tenue et le soutien comme la couleur des sons filés rappellent une autre diseuse en état de grâce (Régine Crespin) : quel art du tissage de la note et du verbe habité, halluciné, poétique. Enivrée, intacte malgré la perte, l’évocation elle aussi endeuillée nostalgique de Phidylé (1882) déploie sa robe caressante et voluptueuse grâce au medium crémeux, rond, replié et enfoui de la voix melliflu qui appelle à la paix de l’âme : voici assurément le sommet de la mélodie romantique française, écho original du Tristan wagnérien, une résonance extatique d’une subtilité enivrante.

Leconte de Lisle, magicien fantastique et déjà symboliste, fait le lien entre le texte de ce Duparc et la première mélodie des 7 de Chausson qui suivent : le chant est embrasé et halluciné, bien que perdant parfois la parfaite lisibilité des voyelles – problème régulier pour les voix hautes, mais l’intelligence dans l’articulation émotionnelle des vers oscille entre précision, allusion, incantation. La tension des évocations souvent tristes et même dépressives trouve dans la Sérénade italienne d’après Paul Bourget, une liquidité insouciante soudainement rafraîchissante.

CLIC_macaron_2014Des Hahn suivant, plus linguistiques, Véronique Gens semble éclaircir la voix au service de voyelles plus lumineuses structurant les phrases (superbe Rossignol des lilas, hommage au volatile), ciselant là encore le versant métaphorique des vers. Enoncé comme une romance mozartienne (malgré un piano trop présent), Á Chloris a la délicatesse d’une porcelaine française usée à Versailles : l’émission endeuillée enveloppe la mélodie d’une langueur suspendue qui fait aussi référence au Bach le plus tendre. C’est évidemment une lecture très incarnée et personnelle de la mélodie de Hahn, autre sommet de la mélodie postromantique française et même cliché ou pastiche étonnamment réussi (1916). Le temps des Lilas de Chausson hypnotise par la justesse des couleurs, la précision allusive de chaque mot vocal : prière extatique et dépressive, voici un autre sommet musical (1886) du postwagnérisme français. Le chant exprime sans discontinuer la profonde et maudite langueur des âmes irradiées. Le tact et le style de La Gens affirme une remarquable acuité dans l’allusion. Même finesse de style et richesse de l’intonation dans l’exceptionnelle Au pays où se fait la guerre de Duparc (1870), prière retenue, pudique d’une femme de soldat : Duparc annonce le désespoir intime de Chausson. Le feu ultime que la soprano sait offrir au mot “retour” finit de saisir. Associé à l’Invitation au voyage de la même période (d’après Baudelaire), ce premier Duparc gagne un regain de splendeur poétique : tragédienne subtile et intérieure, la cantatrice atteint ici un naturel linguistique magicien, imprécation, déclamation, révélation finale dans le recto tono énoncé comme la débrouillement d’une énigme  “ordre et beauté, luxe, calme et volupté”. Il aurait fallu que le récital s’achevât sur ce diptyque Duparc là. Aucun doute, à l’écoute de ses sommets mélodiques, Véronique Gens affirme un talent envoûtant, entre allusion et pudeur (même si ici et là, quelques aigus sonnent serrés, à peine tenus).

Sans la contrainte d’un orchestre débordant, hors de la scène lyrique, le timbre délicat, précieux de Véronique Gens au format essentiellement intimiste gagne ici en studio un somptueux relief : celui qu’affirme son intuition de soliste tragique et pathétique. Si le tempérament indiscutable de la coloriste diseuse s’affirme, on regrette vivement la prise de son qui impose le piano sans équilibre en maints endroits. Oui, carton jaune pour l’ingénieur du son.

CD, compte rendu critique. Véronique Gens, soprano : Néère, mélodies de Hahn, Duparc, Chausson. Susan Manoff, piano. 1 cd Alpha 215. Enregistré au studio Teldex en mars 2015. CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Garnier, le 16 juin 2015. Gluck : Alceste. Véronique Gens, Stéphane Degout, Stanislas de Barbeyrac… Choeur et Orchestre des Musiciens du Louvre. Marc Minkowski, direction. Olivier Py, mise en scène.

Alceste de Christoph Willibald Gluck ,  Mise en scène Olivier Py ,  MARC MINKOWSKI Direction musicale OLIVIER PY Mise en scèneReprise de l’Alceste de Gluck à l’Opéra de Paris ! La production de 2013 d’Olivier Py revient à son lieu de création en cette fin de printemps 2015. Un des opéras réformistes de Gluck, dont la dédicace à Léopold II, grand-duc de Toscane, réaffirme les principes de son inspiration : retour à une « pureté » musicale primitive, présentée comme noble simplicité, soumission de la musique au texte par souci de « vraisemblance », absence de toute virtuosité vocale, etc. Une des nos tragédiennes préférées, Véronique Gens, dans le rôle-titre est accompagné par une distribution de talent et les fabuleux Musiciens du Louvre dirigés par Marc Minkowski.

 

 

 

Gluck ou la réforme des cœurs / des moeurs

 

Il paraît qu’on a tendance à bien aimer les artistes qui savent faire de la pauvreté, vertu. Avec Gluck (et Calzabigi son librettiste originel), nous sommes devant une rupture avec le passé, avec l’opéra seria italien que le compositeur franconien décrie. Les nuances psychologiques s’affinent, le discours acquiert une nouvelle forme d’unité, les contrastes et les enchaînements ont comme but unique d’améliorer l’expérience dramatique, sans recourir aux procédés virtuoses jugés non nécessaires, ou superficiels et potentiellement nuisibles à l’expérience lyrique, qui est avant tout,  pour Gluck, une expérience théâtrale. Beaucoup d’encre a coulé et coule encore au sujet de la réforme Gluckiste, qui a surtout marqué l’esprit de la musique française au XVIIIe siècle et voit dans Berlioz un continuateur.

Le phénomène historique explique et illustre le rôle de Gluck dans l’histoire de la musique, et nous célébrons légitimement ses pages d’une beauté intense, mais non sans réflexion ni réserve. Pour faire le contrepoids à l’idolâtrie dont nombreux tombent devant Gluck le réformateur, nous présentons une citation de Jean-Jacques Rousseau, philosophe et musicien, extraite des « Fragments d’observation sur l’Alceste de Gluck » :

 « Je ne connois point d’Opéra, où les passions soient moins variées que dans l’Alceste; tout y roule presque sur deux seuls sentimens, l’affliction et l’effroi ; et ces deux sentimens toujours prolongés, ont dû coûter des peines incroyables au Musicien, pour ne pas tomber dans la plus lamentable monotonie. En général, plus il y a de chaleur dans les situations, et dans les expressions, plus leur passage doit être prompt et rapide, sans quoi la force de l’émotion se ralentit dans les Auditeurs, et quand la mesure est passée, l’Auteur a beau continuer de se démener, le spectateur s’attiédit, se glace, et finit par s’impatienter » (l’orthographe est d’origine).

 

 

 

Sincérités et profondeurs

 

 

alceste-gluck-palais-garnier-barbeyrac-gens-olivier-pyDevant la très bonne prestation des musiciens de l’orchestre dirigés par Marc Minkowski, il est difficile de s’impatienter, au contraire : nous sommes constamment stimulés par les talents combinés d’excellents musiciens qui maîtrisent parfaitement le style Gluckiste. A une musicalité d’une simple beauté se joigne un brio instrumental illustratif et puissant pour le plus grand bonheur des auditeurs. L’immense musicalité est sans doute partout chez les chanteurs-acteurs également. L’histoire inspirée de l’Alceste d’Euripide, où la reine décide de mourir pour sauver le roi Admète, est ce soir représentée par une distribution riche en talents et personnalités. Véronique Gens est une Alceste à la fois noble et dérangée. Une interprétation d’une grande humanité dont nous nous réjouissons en vérité. Habituée du rôle, elle y est tout à fait impressionnante que ce soit dans l’air « Divinités du Styx » à la fin du Ier acte, de grand impact, ou encore dans les duos du II et le trio du III. Son Admète est interprété par Stanislas de Barbeyrac, dont nous louons le timbre d’une ravissante beauté, tout comme sa plastique à la fois fraîche et distinguée. Son instrument est sans doute d’une élégance rare, son chant est bien projeté, sa présence est à la fois douce et affirmée, sa candeur et son investissement touchent l’ouïe et les cœurs… Mais, il a un souci avec les consonnes fricatives (ses S sonnent souvent comme des F voire des « th »anglais  non voisés ) et ceci représente une véritable distraction. Il est vrai qu’une Prima Donna assoluta comme Dame Joan Sutherland a fait une carrière à grand succès commercial et artistique avec une articulation très modeste dans toutes les langues sauf l’anglais (elle s’est améliorée plutôt vers la fin de sa carrière), ceci n’est pas le cas du jeune ténor, qui peut parfaitement bien déclamer ce qu’on lui propose. Si personne ne lui fait jamais la remarque, et nous constatons l’absence totale de commentaires à ce sujet dans les médias, il ne pourra peut-être pas s’améliorer dans ce sens. Il a une carrière prometteuse devant lui et nous lui souhaitons tout le meilleur.

Stéphane Degout dans le rôle du Grand Prêtre d’Apollon / Hercule est tout panache. En véritable chanteur-acteur, il a une aisance scénique tout à fait magnétique à laquelle se joigne un art de la langue française impressionnant et une voix toujours aussi solide. Ensuite, François Lis à la voix large et profonde campe un Oracle / Une divinité infernale sans défaut. Les coryphées Manuel Nunez Camelino, Chiara Skerath, Tomislab Lavoie et Kévin Amiel, sont inégaux mais nous félicitons leurs efforts de s’accorder à cet aréopage de l’excellence. Les choeurs sont quant à eux, … excellents dans leur expression. Félicitons leur chef Christophe Grapperon.

barbeyrac De-Barbeyrac-haute-photo-Y.-Priou-682x1024Saluons enfin l’œuvre d’Olivier Py, dont les témoignages publiques décrivent un « vœu » de pauvreté pour la mise en scène d’Alceste, tout à fait en concordance, il nous semble, avec les spécificités de l’opus. Ici ce vœu voit sa justification la plus frappante par les décors, des parois noires où cinq artistes dessinent et effacent en permanence au cours du spectacle, illustrant parfois de façon abstraite parfois de façon évocatrice certaines couches de signification du livret. Nous voyons ainsi par exemple un cœur géant, représentant la raison d’être de l’œuvre, illustrant la motif pour lequel Alceste décide de se sacrifier, par amour. Une mort d’amour qui sauvera le Roi Admète et dont elle prend la décision non sans hésitation. Une mort d’amour qui n’aura pas lieu puisque nous sommes bien en 1776 (année de création) et que M. Gluck, aussi réformateur soit-il, a une volonté de rupture avec les conventions… ma non tanto.
En dépit de ce vœu, Olivier Py nous fait quand même part de sa grande culture artistique avec une mise en scène, certes dépouillée, mais quelque peu pimentée de références délicieuses et parfois hasardeuses (nous pensons au danseur qui clôt le show, avec des mouvements très fortement inspirés du Nijinsky de l’Après-Midi d’un Faune, par exemple). Comme d’habitude les décors sont assurés par le collaborateur fétiche du metteur en scène, Pierre-André Weitz. Si les escaliers omniprésents, malgré leur modernité matérielle, renvoient directement au rêve scénique d’Adolphe Appia (1860 – 1928), metteur en scène et décorateur Suisse, et l’architecture mobile à Edward Norton Craig (1872 – 1966), acteur, metteur en scène et décorateur anglais, le tout paraît d’une grande actualité. Il existe surtout cette cohésion, cette unité que Gluck voulait, mais qui est à la fois commentée, illustrée, même parodiée par le biais des procédés scéniques et artistiques qui, comme d’habitude chez Olivier Py, poussent à la réflexion. Un véritable artiste qui se sert des artifices pour narrer les vérités. L’essence du théâtre en somme.

Cette Alceste de Gluck réalisé par Olivier Py, doit être vue, écoutée, comprise. Une reprise que nous recommandons vivement à nos lecteurs, encore à l’affiche au Palais Garnier les 18, 20, 23, 25, et 28 juin ainsi que le 1er, 5, 7, 9, 12 et 15 juillet 2015.

 

Illustrations : Différents tableaux de la production d’Alceste par Olivier Py, Stanislas de Barbeyrac, ténor (DR)