Carmen, Violetta, Mimi… 3 visages de l’Ă©ternel fĂ©minin au XIXĂš

puccini-giacomo-portrait-operas-classiquenews-dossier-special-HOMEPAGE-classiquenewsARTE, Dim 7 juillet 2019. CARMEN, VIOLETTA, MIMI, ROMANTIQUES ET FATALES
« Mimi, Carmen, Violetta » compose un triptyque lyrique pour un film choral consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes des trois opĂ©ras romantiques les plus jouĂ©s dans le monde aujourd’hui : Carmen, La Traviata et La BohĂȘme. Mais alors Mozart n’existe pas dans cette (pseudo) statistique ? Et Don Giovanni, et La FlĂ»te enchantĂ©e ? Et Elvira, Anna, Zerlina, Pamina ? Quelle omission.
Selon la prĂ©sentation de l’éditeur, voici donc « Trois grandes figures d’émancipation fĂ©minine : Carmen, cet obscur objet de dĂ©sir, qui paie de sa vie son indomptable liberté  Violetta, la courtisane adulĂ©e qui, en sacrifiant son amour, devient une sorte de sainte laĂŻque
 Et enfin la douce et pauvre Mimi, la petite brodeuse dont la jeunesse est fauchĂ©e par la tuberculose ». Mais alors que dire de Mimi, digne et misĂ©rable, fauchĂ©e avant d’avoir pu cultiver et affirmer son maour (pour Rodolfo le poĂšte). On peut rĂȘver mieux comme modĂšle d’émancipation fĂ©minine. Mimi est quand mĂȘme une victime de la BohĂšme parisienne, entre pauvretĂ©, misĂšre, indigence

Qui sont-elles ? Et d’oĂč viennent-elles ? A travers un montage d’archives baignĂ© de musique et « aussi savant que sensible », le film part en quĂȘte des personnages, qui apparaissent Ă  Paris, quasiment en mĂȘme temps, au milieu du 19Ăšme siĂšcle, sous la plume de 3 Ă©crivains (Alexandre Dumas Fils, Prosper MĂ©rimĂ©e, Henry Murger). Des Ă©crivains qui font Ă©voluer la littĂ©rature en puisant dans leur propre vie la matiĂšre de leurs histoires.
A l’origine des mythes, on dĂ©couvre avant tout 3 femmes de chair et de sang : muse, amante ou hĂ©roĂŻne de fait divers, 
 comme la matiĂšre de Madame Bovary : elles viennent de la rĂ©alitĂ©, en rien de l’histoire antique ou de la fable hĂ©roĂŻque.
Tout le mĂ©rite revient aux compositeurs d’avoir su enrichir leur psychologie jusqu’à parvenir Ă  des personnages devenus des archĂ©types, des symboles, autant de visages de l’éternel fĂ©minin


En suivant leur parcours, c’est aussi tout le 19Ăšme siĂšcle, romantique, rĂ©aliste, naturaliste, qui est suggĂ©rĂ© : ses modes, sa littĂ©rature, sa musique, l’essor bourgeois nĂ© de la rĂ©volution industrielle
 La musique baigne entiĂšrement le film qui permet de faire entendre les pages les plus cĂ©lĂšbres des 3 opĂ©ras de Giuseppe Verdi, Georges Bizet, Giacomo Puccini.

arte_logo_2013ARTE, Dim 7 juillet 2019, 18h15 CARMEN, VIOLETTA, MIMI, ROMANTIQUES ET FATALES. Auteurs : Cyril Leuthy et Rachel Kahn / RĂ©alisation : Cyril Leuthy – Coproduction : ARTE France/ ET LA SUITE PRODUCTIONS / INA avec la participation de France TĂ©lĂ©visions (2018-52mn) / illustration

Webserie. INSTAGRAM : INSTRAVIATA, la Traviata 2.0
 (1er-30 mars 2019).

instragram-elsa-dreisig-arte-concert-actus-infos-musique-classique-opera-par-classiquenews-concerts-festival-operaINSTAGRAM : INSTRAVIATA, la Traviata 2.0
 (1er-30 mars 2019). ELSA DREISIG, la plus jeune Traviata depuis La Callas
 L’annonce est aguicheuse et demande Ă  ĂȘtre approfondie. En rĂ©alitĂ© Arte diffuse une sĂ©rie de petits clips qui compose une BD animĂ©e, soit 30 Ă©pisodes sous pour expliquer l’opĂ©ra de Verdi : La Traviata, d’aprĂšs Dumas fils. La jeune soprano Elsa Dreisig, diva consacrĂ©e par classiquenews (son dernier et premier cd Miroirs a réçu notre CLIC de classiquenews en dĂ©cembre 2018), a chantĂ© pour la premiĂšre fois le personnage de Violetta Valery au Staatsoper de Berlin (la bande son des Ă©pisodes dessinĂ©s utilise l’interprĂ©tation d’Elsa Dreisig Ă  Berlin et sa Traviata de 2017) . Les Ă©pisodes sont diffusĂ©es sur instagram, chaque jour Ă  midi, composant une BD 2.0 oĂč l’histoire de Violetta croise la vie artistique de la soprano franco-danoise. A voir sur Arteconcert. INSTRAVIATA, Ă  dĂ©couvrir sur Arte concert : 30 Ă©pisodes en BD pour dĂ©couvrir autrement le mĂ©tier d’Elsa Dreisig Ă  travers son interprĂ©tation de la Traviata de Verdi
 Du vendredi 1er au samedi 30 mars 2019. Dessin : LĂ©on Maret – rĂ©alisation : Claire Albry et TimothĂ©e Magot.
Au moment de publier cette info, nous n’avons pas visionnĂ© les Ă©pisodes. Quelle est au juste l’interaction entre le dessin l’histoire de la Traviata (epxliquĂ©e) et la vie et le chant d’Elsa Dreisig ? A suivre


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VISITER le site officiel d’Elsa Dreisig
https://www.elsadreisig.fr

Elsa Dreisig chante en 2019 : Zerlina (OpĂ©ra de Paris : 11 – 13 juillet 2019)

 

 

 

LIRE aussi notre critique complùte du cd MIROIRS d’Elsa Dreisig (1 cd warner classics / CLIC de classiquenews novembre 2018)

500x500-ELSA-DREISIG-miroirs-cd-critique-clic-de-classiquenews-la-nouvelle-diva-francaise-par-classiquenewsCD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO). DĂ©jĂ  la prise de son est un modĂšle du genre rĂ©cital lyrique : la voix de la soliste se dĂ©tache idĂ©alement sur le tapis orchestral, dĂ©taillĂ© et enveloppant. Le programme de la soprano Pretty Yende enregistrĂ© chez SONY ne bĂ©nĂ©ficiait pas d’un tel geste orchestral ni d’une telle prise de son. Dans cet espace restituĂ© avec finesse, la voix somptueuse de la jeune mezzo française affirme un beau tempĂ©rament, sensuel, Ă©panoui, naturel, et aussi espiĂšgle (sa Rosina qui l’avait rĂ©vĂ©lĂ© au Concours de Clermont Ferrand : voir notre entretien avec la jeune diva, alors non encore distinguĂ© par son prix Operalia 2016) : du chien, une finesse enjouĂ©e, et donc un talent belcantiste naturel. Sa comtesse, quoiqu’on en dise trouble malgrĂ© une couleur qui manque de profondeur, mais la justesse de l’intonation, le souci de la ligne, indique lĂ  aussi, aux cĂŽtĂ©s de la rossinienne, l’excellente mozartienne

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COMPTE RENDU, opéra. MARSEILLE, le 26 décembre 2018. VERDI : Car, Janot
 La Traviata. Abbassi, Auphan

thumbnail_3 IMG_4482 photo Christian DRESSE 2018COMPTE RENDU, opĂ©ra. MARSEILLE, le 26 dĂ©cembre 2018. VERDI : Car, Janot
 La Traviata. Abbassi, Auphan. « Ô Dieu, mourir si jeune  », s’écrie la malheureuse phtisique dans l’un de ses derniers spasmes. La chance des morts, c’est qu’ils ne vieillissent pas. Palme de martyre et privilĂšge des Mozart, Schubert, fixĂ©s dans la jeunesse d’une Ɠuvre Ă©ternelle, tels James Dean, Marylin Monroe qu’une fin prĂ©maturĂ©e fixe dans l’éternitĂ© de leur jeune beautĂ©, ou mĂȘme une Greta Garbo, admirable Marguerite Gautier, qui sut rompre Ă  temps le miroir par sa mort publique pour se conserver Ă©ternellement belle dans la mĂ©moire par la perfection de son image de cinĂ©ma.
Une hĂ©roĂŻne sans futur pour une Ɠuvre qui ne vieillit pas dans une rĂ©alisation dĂ©jĂ  ancienne de RenĂ©e Auphan, rĂ©alisĂ©e par Emma Martin, mais qui n’a pas pris une ride. L’OpĂ©ra de Marseille finissait et commençait une annĂ©e par le pathos de la pathologie romantique.

 

 

L’Ɠuvre : sources
Faut-il encore raconter l’aventure de cette « DĂ©voyĂ©e », sortie de la bonne voie, de cette Violetta ValĂ©ry verdienne tirĂ©e du roman autobiographique La Dame aux camĂ©lias (1848) d’Alexandre Dumas fils ? Il en fera un mĂ©lodrame en 1851, qui touchera Verdi. Alexandre Dumas fils Ă©tait l’amant de cƓur de la courtisane Marie Duplessis qui inspire le personnage de Marguerite Gautier, maĂźtresse un temps de Liszt, morte Ă  vingt-cinq ans de tuberculose.

 

 

 

HEURTS ET MALHEURS DES COURTISANES

 

 

thumbnail_2 P1030553 photo Christian DRESSE 2018

 

 

Le jeune et alors pauvre Alexandre, offrira plus tard Ă  Sarah Bernhardt, pour la remercier d’avoir assurĂ© le triomphe mondial de sa piĂšce qui fait sa richesse, sa lettre de rupture avec celle qu’on appelait la Dame aux camĂ©lias, dont il rĂ©sume l’un des aspects cachĂ©s du drame vĂ©cu :
 « Ma chĂšre Marie, je ne suis pas assez riche pour vous aimer comme je voudrais, ni assez pauvre pour ĂȘtre aimĂ© comme vous voudriez  »
Noble mais fausse rupture comme il y a de fausses sorties au thĂ©Ăątre, puisque Armand Duval, dans le roman, s’accommodera assez aisĂ©ment du vieux duc, qui loue mĂȘme la maison de campagne qui abriteront ses amours non tarifĂ©es avec la courtisane amoureuse qui l’embrasse triomphalement :
« Ah, mon cher, vous n’ĂȘtes pas malheureux, c’est un millionnaire qui fait votre lit. »
Car le roman est d’une cruelle cruditĂ© financiĂšre sans fard. C’est l’entremetteuse et profiteuse Prudence, cocotte sur le retour, de ces amies « dont l’amitiĂ© va jusqu’à la servitude mais jamais jusqu’au dĂ©sintĂ©ressement », qui Ă©nonce longuement au jeune amoureux idĂ©aliste les exigences du train de vie fastueux d’une courtisane : trois ou quatre amants sont au moins nĂ©cessaires pour en entretenir une seule. Marguerite, fort cotĂ©e, en a deux officiels, le Comte G
 et le vieux Duc richissime pour subvenir Ă  ses immenses besoins : l’amant de cƓur en est d’abord rĂ©duit Ă  guetter qu’ils sortent de chez elle pour y entrer la retrouver. Ce seront d’ailleurs les seuls Ă  son enterrement.

 

 

 

Histoire d’argent
La vĂ©nalitĂ© amoureuse, juste prĂ©sente dans l’opĂ©ra par la scĂšne de jeu du second tableau de l’acte III, est thĂšme essentiel du roman, L’argent est le cƓur de l’histoire d’amour. Le pĂšre de son amant exige le sacrifice de la courtisane car il redoute que les amours scandaleuses de son fils avec une poule de luxe ne compromettent le mariage de sa fille dans une famille oĂč on ne sait si la morale ou l’argent fait loi. On y craint surtout que le fils prodigue ne dilapide l’hĂ©ritage familial en cette Ă©poque oĂč le ministre Guizot venait de dicter aux bourgeois leur grande morale : « Enrichissez-vous ! » Bourgeoisie triomphante, pudibonde cĂŽtĂ© cour mais dĂ©pravĂ©e cĂŽtĂ© jardin, jardin mĂȘme pas trĂšs intĂ©rieur, cultivĂ© au grand jour des nuits de dĂ©bauche officielles avec des lionnes, des « horizontales », des hĂ©taĂŻres, des courtisanes affectĂ©es (et infectĂ©es) au plaisir masculin que les messieurs bien dĂ©nient Ă  leur femme lĂ©gitime. Sans compter le menu fretin infĂ©rieur des grisettes, des lorettes,racoleuses de Notre-Dame-des-Lorettes.
En tous les cas, ni l’amie Prudence, ni mĂȘme Marguerite, ne cachent au jeune amant de cƓur la nĂ©cessitĂ© des amis de portefeuille : Marguerite dĂ©pense 100 000 fr (de l’époque) par an, en a 30 000 de dettes ; le duc lui en octroie annuellement 70 000 (somme qu’elle refuse honnĂȘtement d’augmenter), et l’on peut supposer que le comte G. pourvoie au reste, mais le compte n’y est pas dans la fuite en avant des dĂ©penses. Alors, le malheureux Armand avec ses 7 000 ou 8 000 fr de rente par an peut se rhabiller, pauvre et nu
FiĂšre de son plan campagnard, sa cure d’amour et d’air frais avec le jeune amant, Marguerite fait financer la location de la maison de campagne par le duc, refusant tout de mĂȘme, par Ă©lĂ©gance morale, de lui faire assumer les frais du sĂ©jour Ă  l’auberge voisine d’Armand, qu’elle paie elle-mĂȘme, pour prĂ©server les apparences et la dignitĂ© du vieil amant. Elle ne l’invite Ă  demeure un certain temps que parmi d’autres de ses amis, causant la rupture avec le duc qui s’en scandalise en arrivant de maniĂšre inopinĂ©e au milieu d’un repas oĂč il fait figure de barbon grincheux trouble-fĂȘte.

Demi-monde fastueux
Alexandre Dumas, digne fils de son gĂ©niteur, qui disait tout fier de son rejeton marchant sur ses pas qu’il « usait les vieilles chaussures et les vieilles maĂźtresses de son pĂšre », tous deux ayant la mĂȘme « pointure », s’était fait une spĂ©cialitĂ© de scandale de la description du monde de la galanterie parisienne. C’est sans doute Ă  sa piĂšce Le Demi-Monde(1855) que l’on doit le terme de demi-mondaine pour dĂ©finir ces prostituĂ©es de haut vol, pratiquement toutes issues du peuple mais que leur luxe et souvent leur raffinement final feront arbitres des Ă©lĂ©gances, imposant mĂȘme leur mode aux femmes du monde les plus huppĂ©es, aux aristocrates, courtisanes anoblies souvent par des mariages prestigieux.
Qu’on songe, pour ne s’en tenir qu’aux strictement contemporaines, Ă  Lola MontĂšs, l’Irlandaise fausse danseuse espagnole, sans doute amante, entre autres, des Dumas pĂšre et fils, parcourant toute l’Europe, multipliant scandales et mariages, bigame, sĂ©duisant Wagner, Liszt (contraint de fuir ses fureurs), des princes, devenue comtesse de Lansfeld, entraĂźnant Ă  Munich Ă©meutes, rĂ©volution en 1848 et la chute de Louis 1erde BaviĂšre, son amant protecteur, contraint d’abdiquer, avant de finir, aprĂšs avoir Ă©cumĂ© les États-Unis et mĂȘme l’Australie d’une piĂšce Ă  sa gloire, ruinĂ©e et confite en dĂ©votion.
Sans allonger la liste des horizontales finissant bien debout plus titrĂ©es que maltraitĂ©es comme la pauvre Marguerite/Violetta, on croit rĂȘver Ă  lire la vie de la PaĂŻva, de sa lointaine et misĂ©rable Russie, Ă©pousant et divorçant d’aristocrates allemand, anglais, et gardant son nom du titre de marquise portugaise qu’elle conserve aprĂšs la ruine de cet autre malheureux Ă©poux. De ses immenses et innombrables propriĂ©tĂ©s, on peut juger par le somptueux hĂŽtel particulier du 25 Champs-ÉlysĂ©es, aux grilles noires et dorĂ©es, dont Dumas pĂšre disait sarcastiquement, lors de sa construction :
« C’est presque fini, il manque le trottoir ».
Demeure vite appelée par les rieurs non payeurs, jouant sur son nom :
« Qui paye y va ».
MĂȘme NapolĂ©on III.
La chair est chĂšre, dirait-on. Mais sĂ»rement rentable, chacun y trouvant son compte, en banque pour la courtisane entretenue, en prestige social, prĂ©cieuse monnaie d’échange pour l’homme dont le train de vie se mesure Ă  celui qu’il offre Ă  sa maĂźtresse officielle, affichant par-lĂ , pour les affaires autres que d’amour, qu’il est solvable et fiable. D’oĂč la surenchĂšre avec les concurrents, et le triomphe des amours-propres et non de l’amour. Marguerite Gautier, avec une amertume lucide, l’explique Ă  son jeune amant, fauchĂ© Ă  cette Ă©chelle de valeurs monĂ©taires vertigineuses :
« Nous avons des amants Ă©goĂŻstes qui dĂ©pensent leur fortune non pas pour nous comme ils disent, mais pour leur vanitĂ©. [
] Nous ne nous appartenons plus. Nous ne sommes plus des ĂȘtres mais des choses. Nous sommes les premiĂšres dans leur amour propre, les derniĂšres dans leur estime. »
Un amant de cƓur, une fleur Ă  la main, une larme Ă  l’Ɠil comme dit Marguerite, faisant secrĂštement antichambre tandis que le « payeur » (comme disait dĂ©jĂ  Ninon de Lenclos) est encore dans la chambre, c’est donc comme une revanche de l’amour sur l’amour-propre Ă©pidermique.
Il faut dire aussi que la jeune Marie Duplessis, prise en mains par son premier amant aristocrate, en reçut Ă©ducation et maniĂšres (elle joue au piano l’Invitation Ă  la valsede Weber, mĂȘme si elle avoue buter sur un passage en diĂšse), alors que, six ans auparavant, elle ne savait pas Ă©crire son nom comme elle le confesse sans fard Ă  Armand. Elle est spirituelle, lit Manon Lescaut, et ne rate pas une premiĂšre Ă  l’OpĂ©ra ou au thĂ©Ăątre, terrain de chasse certes, oĂč elle ne passe jamais inaperçue malgrĂ© son Ă©lĂ©gante discrĂ©tion : un noble amant se doit aussi d’ĂȘtre fier de la femme qu’il affiche Ă  son bras. Elle tiendra un salon littĂ©raire et politique. D’ailleurs, le fidĂšle Comte de Perregaux l’épouse Ă  Londres, la faisant comtesse mĂȘme si lassĂ©e, elle rentre Ă  Paris, reprend son ancienne vie et meurt l’annĂ©e suivante, aprĂšs un an d’amour avec Alexandre Dumas fils qui l’immortalise en Marguerite Gautier.
Elle habitait Boulevard de la Madeleine, mais Dumas fils lui donne un « magnifique appartement » Rue d’Antin.
Le rideau se lùve sur un vaste salon digne d’elle.

 

 

 

RĂ©alisation
« Pour ĂȘtre moderne, soyons classique ! » s’exclamait Jean Cocteau au dĂ©but des annĂ©es 20 pour protester contre certaines dĂ©rives artistiques. Depuis un demi-siĂšcle dĂ©jĂ , on redoute, au lever de rideau d’une Ɠuvre classique, le traitement, souvent affligeant que va lui infliger un metteur en scĂšne en mal d’originalitĂ©, qui se sentirait dĂ©shonorĂ© de respecter l’Ɠuvre pour ce qu’elle est. AustĂšres en ligne, n’était-ce la sombre beautĂ© du ronce de noyer aux dĂ©licates veinures fondues de marron, ces murs lisses tissent une Ă©lĂ©gante et sobre harmonie sur laquelle affleure l’efflorescence de robes floues des femmes, des dames, en dĂ©licates teintes pastels, parme, vaguement rose, bleu pĂąle, paille, dĂ©livrĂ©es du carcan des crinolines ou raides cerceaux mortificateurs qui auraient signĂ©, avec des coiffures datĂ©es, une Ă©poque prĂ©cise. Les habits des hommes sont aussi des smokings libĂ©rĂ©s d’un temps figĂ©, celui des courtisanes cĂ©lĂšbres ayant eu pour butoir la Grande Guerre.
La scĂšne n’est pas encombrĂ©e de meubles : tentures dorĂ©es sur le miel ambiant, candĂ©labres, ce canapĂ© noir dĂ©jĂ  funĂšbre qui, Ă  la couleur prĂšs, pourrait ĂȘtre RĂ©camier, sauf que les dames, avec la nonchalance des Femmes au jardinde Monet ou autres peintres, prĂ©fĂšrent s’assoir souplement par terre, fleurs Ă©closes Ă©panouies sur les pĂ©tales Ă©tales de leur robe, qui ont toute l’élĂ©gance raffinĂ©e de costumes de Katia Duflot.
Ce beau monde semble plus le monde que le demi-monde, sans doute assez juste historiquement pour Marie Duplessis qui tenait salon mondain, littĂ©raire et politique, les amants protecteurs pouvant aussi, recevant chez leur maĂźtresse, y recevoir des gens d’un autre monde qui n’auraient jamais Ă©tĂ© reçus dans le leur, pour brasser officieusement des affaires impossibles Ă  Ă©taler au grand jour officiel. Mais cette Ă©lĂ©gance, c’est sans doute aussi une façon pour la metteur en scĂšne Ă  l’origine, puis sa rĂ©alisatrice, sa dĂ©coratrice et sa costumiĂšre, beau quatuor de dames, de dignifier ces femmes souvent dĂ©criĂ©es et rĂ©prouvĂ©es par la morale ambiante de surface de leur sociĂ©tĂ© corsetĂ©e dans les prĂ©jugĂ©s. On rappellera que, par la volontĂ© d’Audrey Hepburn de faire porter Ă  son hĂ©roĂŻne, une humble call girl, une robe noire de Givenchy et de magnifiques chapeaux, la modeste Holly de Diamants sur canapĂ©, atteint Ă  une sorte de mythe de l’élĂ©gance fĂ©minine. C’est justement au nom de ces belles maniĂšres dont devaient faire montre en public les courtisanes, pour racheter par la forme le jour l’informalitĂ© de leurs nuits, qu’on s’étonne de la familiaritĂ© de ces bises prodiguĂ©es dans la premiĂšre scĂšne.
On apprĂ©cie le mĂȘme dĂ©cor variĂ©, contraste vif avec le salon canaille de Flora, olĂ© olĂ© prĂ©cisĂ©ment avec ces torĂ©ros de mauvais goĂ»t, ces bohĂ©miennes. Le regard complice mais Ă©grillard de Flora Ă  son amie au premier acte en Ă©tait dĂ©jĂ  une aguicheuse annonce et sa danse affriolante, robe et jambes fendues, affolant ses invitĂ©s et le public, est une Ă©lĂ©gante bacchanale de la sculpturale Laurence Janot, qui nous Ă©merveille toujours en artiste complĂšte, jouant ici, de crĂ©dible façon, l’envers, le revers de Violetta : ludique et non pudique, dominatrice mĂȘme avec son marquis, bien campĂ© par le mince, juvĂ©nile et joyeux FrĂ©dĂ©ric Cornille. C’est aussi un contraste bien vu avec le sombre baron bourru, bourrĂ© sans doute, de Violetta, incarnĂ© solidement par Jean-Marie Delpasqui, dĂšs sa premiĂšre apparition, prĂ©figure la meurtriĂšre jalousie frustrĂ©e puisque c’est lui qui sera blessĂ© dans le duel qui l’opposera Ă  Alfredo. Carl Ghazarossian est le Gaston qui complĂšte au mieux et ferme la trilogie des fĂȘtards particularisĂ©s. Dans ces rĂŽles secondaires, forcĂ©ment nĂ©cessaires, la rĂ©vĂ©lation, c’est Carine SĂ©chaye en Annina, voix claire et figure touchante, plus de suivante confidente que de chambriĂšre et garde-malade de la courtisane. À l’acte II, c’est une juste attitude de reproche qu’elle manifeste envers l’inconscience d’Alfredo qui n’a pas l’air de voir que quelque chose cloche dans le pied sur lequel il vit.
Cette subtile attention Ă  tous les personnages est comme une signature de RenĂ©e Auphan qui a toujours rendu l’opĂ©ra au thĂ©Ăątre, Ă  un thĂ©Ăątre qui n’ignore ni le cinĂ©ma ni la tĂ©lĂ©vision, par un travail d’acteurs qui bannit toute outrance du jeu qui y deviendrait insupportable dans les gros plans. Heureuse idĂ©e, justement, de faire vivre une de ces silhouettes, c’est le cas du Docteur Grenvil, incarnĂ© en de trop brĂšves phrases par la sombre voix d’Antoine Garcin, mais qui existe ici, mĂȘme muet, dans l’acte II puisque, belle trouvaille, visiteur dans l’heureuse campagne de Violetta et Alfredo, il en signifie certes et qu’elle va mieux mais que la maladie est toujours lĂ , devenant le confident privilĂ©giĂ© du jeune amant enthousiaste, donnant une vĂ©ritĂ© Ă  un air monologue en gĂ©nĂ©ral adressĂ© au vent.
Dans cet acte, l’intelligente et belle structure unique du dĂ©cor de Christine Marest, permet, avec les Ă©clairages expressifs et diffĂ©renciĂ©s de Roberto Venturi, sans hiatus, le changement, le passage du I Ă  l’acte II campagnard : des plantes d’agrĂ©ment, un canapĂ© et un fauteuil beige clair, plus marquĂ©s nĂ©o Louis XV Second Empire ou 1900, et des vĂȘtements intemporels d’Alfredo, sur les mĂȘmes parois marrons allĂ©gĂ©es de lumiĂšre, des camaĂŻeux de bis, bistre, crĂšme, miel glacĂ©.
Un univers Ă  la paix retrouvĂ©e que vient troubler, avec le crĂ©puscule puis la nuit tombante des rĂȘves de Violetta, l’intrusion douce mais violente de Germont, pĂšre d’Alfredo. En costume strict, noir, la raideur d’un col ecclĂ©sial lui donne l’air sĂ©vĂšre d’un pasteur qui n’est pas un bon berger, oiseau moralisateur de mauvais augure pour la jeune femme rĂ©dimĂ©e par l’amour, par la clĂ©mence de Dieu, mais condamnĂ©e par les hommes. Cependant, Étienne Dupuis, dans cette mise en scĂšne, n’en fait pas un personnage odieux. La voix est belle, Ă©gale, bien conduite, toute en nuances expressives. Certes, il y a la culpabilisante image de la fille angĂ©lique Ă  la fille perdue, l’inĂ©vitable chantage aux larmes (‘Piangi, piangi, o misera  ») pour les Marie Madeleine repenties ; il Ă©bauche des gestes de tendresse, hĂ©site Ă  embrasser Violetta qui le lui demande, mais cela devient plus pudeur que froideur. À son fils, son air fameux « Di Provenza il mare, il sol  », devient une tendre berceuse murmurĂ©e oĂč le legato, le phrasĂ©, sont d’une Ă©motion qu’il nous fait partager.

 

 

 

thumbnail_4 MG_4307 photo Christian DRESSE 2018

 

 

 

Et c’est sans doute aussi la marque de cette production musicale menĂ©e souplement et fermement par Nader Abassi : les airs les plus connus semblent redĂ©finis de l’intĂ©rieur, leur rythmique, souvent savonnĂ©e, retrouvĂ©e, met en valeur chaque mot, en polit le sens, nous Ă©merveillant de la subtilitĂ© verdienne parfois gommĂ©e par des excĂšs vocaux. On trouve ces qualitĂ©s dĂšs les premiĂšres strophes d’Enea Scala, un Alfredo que sa virilitĂ© vocale n’empĂȘche pas de ciseler avec une impeccable aisance prĂ©cise les triolets de son « Brindisi » que peu de tĂ©nors rĂ©ussissent dans leur finesse, dĂ©taillant avec ivresse son bonheur ou profĂ©rant de convaincante façon sa douleur et son remords de l’insulte publique Ă  la femme aimĂ©e.
Nicole Car, par sa silhouette Ă©lĂ©gante, sa grĂące, son sourire, la finesse de son jeu expressif, est une digne Violetta, de grande classe. Elle se tire parfaitement de ses rĂ©pliques dĂ©sinvoltes aux compliments du jeune amoureux ; son rĂ©citatif mĂ©ditatif, dans la tradition baroque des affects opposĂ©s comme ceux d’une Donna Elvira, est touchant mais, vite, la voix s’assĂšche dans les aigus, raidit. On sent l’effort dans la vocalise la plus haute qui monte au rĂ© bĂ©mol avant d’amorcer la cabalette vertigineuse qu’elle couronnera d’un aigu tentĂ©, effleurĂ©, mais prudemment glissĂ© Ă  la note infĂ©rieure. Cependant dans sa grande scĂšne de l’acte II avec le pĂšre, dans une tessiture moins tendue, elle bouleverse de bout en bout : tout est exprimĂ© dans une douloureuse douceur, piano ou pianissimo, et son partenaire y rĂ©pondant par un art consommĂ©, c’est bien un sommet Ă©motionnel rare, pathĂ©tique sans pathos, que nous donnent ces deux grands artistes.
Nader Abassi, d’entrĂ©e, fait naĂźtre la nostalgique brume de l’ouverture, comme un rĂȘve Ă©vanescent, gommant les « zim-boum-boum » percussifs de l’accompagnement un peu forain, qui contrastera avec l’éclat brillant de la fĂȘte. Ilsemble parfois tirer de l’ombre de la fosse des couleurs instrumentales qu’on entend rarement, notamment dans le rĂ©citatif de Violetta. MĂȘme la joyeuse cohue des chƓurs (Emmanuel Trenque) est exempte de dĂ©bordements autres que festifs, et rĂ©glĂ©s par la mise en scĂšne. Un grand raffinement.

 

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. MARSEILLE, le 26 décembre 2018. VERDI : Car, Janot
 La Traviata. Abbassi, Auphan

LA TRAVIATA (1853)
de Giuseppe Verdi,
livret de Francesco Maria Piave,
d’aprĂšs La Dame aux camĂ©lias(1852),
drame d’Alexandre Dumas fils tirĂ© de son roman Ă©ponyme (1848) – Production OpĂ©ra de Marseille

Opéra de Marseille,
23 décembre 2018 14:30
26 décembre 2018 20:00
28 décembre 2018 20:00
31 décembre 2018 20:00
02 janvier 2019 20:00

 

 

 

Direction musicale : Nader ABBASSI
Mise en scÚne :  Renée AUPHAN
Réalisée par Emma MARTIN

Violetta : Nicole CAR
Flora : Laurence JANOT
Annina : Carine SÉCHAYE
Alfredo : Enea SCALA
Germont : Étienne DUPUIS
Baron Douphol : Jean-Marie DELPAS
Gastone : Carl GHAZAROSSIAN
Marquis d’Obigny : FrĂ©dĂ©ric CORNILLE
Docteur Grenvil : Antoine GARCIN
Le Commissionnaire : Florent LEROUX-ROCHE
Giuseppe : Wladimir-Jean-Irénée BOUCKAERT
Un Domestique : Tomasz HAJOK

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille
Photos : Christian Dresse

1. Le Docteur et Alfredo (Garcin, Scala) ;
2. Une Violette parme (Car);
3. La danse affriolante de Flora (Janot).

COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

COMPTE RENDU, opĂ©ra. GOZO (Malta), Teatru Astra, le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. L’OPERA comme expĂ©rience collective et populaire. Ce n’est rien d’écrire que l’opĂ©ra Ă  Gozo, Ă  travers l’offre de ses 2 thĂ©Ăątres lyriques Ă  Victoria rayonne d’un Ă©clat particulier. Ainsi dans la salle du thĂ©Ăątre (Teatru) Astra : le genre est unanimement adoptĂ© par tous. ImmĂ©diatement ce qui saisit le mĂ©lomane amateur d’opĂ©ras, habituĂ©s des salles europĂ©ennes, c’est l’ambiance bon enfant et ce goĂ»t partagĂ© naturellement par tous pour l’expĂ©rience lyrique. L’implication est au cƓur de chaque reprĂ©sentation car Ă  l’occasion de ce « festival d’opĂ©ras » (festival mĂ©diterranĂ©en / Festival Mediterranea à Victoria, sur l’üle de Gozo, la seconde de l’archipel maltaise) qui a lieu chaque mois d’octobre dans la ville de Victoria, le nombre de bĂ©nĂ©voles, incluant une grande communautĂ© de locaux, reste constant, en ferveur, en gĂ©nĂ©rositĂ©, en participation surtout : nombre d’habitants sont figurants, choristes, personnel de salle
 autant d’initiatives qui contribuent Ă  renforcer ce lien social qui manque tant en France. Et qui fait du concert, de l’opĂ©ra : une cĂ©lĂ©bration du collectif. La culture, ciment du vivre-ensemble et de la curiositĂ© vers les autres, voilĂ  une vertu que l’on redĂ©couvre dans l’Hexagone, mais qui est depuis l’aprĂšs-guerre Ă  Victoria, une activitĂ© naturelle dĂ©fendue avec passion.

De fait, nul ne s’étonne dans la salle, Ă  quelques minutes avant le spectacle, de la ferveur d’un public trĂšs passionnĂ© qui applaudit spontanĂ©ment Ă  chaque fin d’air et de tableau collectif. La chaleur se transmet du parterre Ă  la scĂšne ; un encouragement permanent pour les solistes qui chantent leur duo sur un praticable devant la fosse d’orchestre et Ă  quelques centimĂštres des premiers spectateurs. Cette proximitĂ© ajoute Ă  l’intensitĂ© de la reprĂ©sentation.

 
 

 
 

L’opĂ©ra Ă  Gozo (Malte)

La fiĂšvre du lyrique intacte au Teatru Astra de Victoria

 

 

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D’emblĂ©e, le cadre intime du Teatru ASTRA, offre une bonne acoustique qui permet de beaux Ă©quilibres entre solistes, orchestre et chƓur.

Ce soir sur les terres du tĂ©nor vedette, vĂ©ritable trĂ©sor national vivant et ambassadeur de la culture maltaise, Joseph Calleja, c’est une soprano native qui chante le rĂŽle-titre : Miriam Cauchi. La cantatrice maltaise n’a certes pas des trilles prĂ©cises mais la chaleur du timbre et la justesse de l’intention font une Violetta particuliĂšrement digne et Ă©mouvante. Elle n’a pas le physique ni la jeunesse du personnage (du reste qui pourrait chanter Ă  17 ans un rĂŽle qui exige tant de la chanteuse comme de l’actrice?), mais Miriam Cauchi sait soigner un chant crĂ©dible, incarnĂ©, qui reste, vertu de plus en plus, mesurĂ© (combien d’autres divas en mal d’effets dĂ©monstratifs, cultive un vĂ©risme hors sujet chez Verdi).

Face Ă  elle, Alfredo ne manque pas d’aplomb ; le tĂ©nor italien Giulio Pelligra a de la vaillance Ă  revendre trop peut ĂȘtre car dans ses duos avec sa partenaire, davantage d’Ă©coute de l’autre, plus de dolcezza suave auraient mieux rĂ©ussi ce qui doit exprimer la magie enivrĂ©e de leur premiĂšre rencontre (au I, par exemple, pour le Brindisi final)


 

 

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Reste l’excellent Germon pĂšre du baryton russe Maxim Aniskin qui est la vedette de la soirĂ©e tant sa prestation suscite bien des Ă©loges ; le style, la noblesse humaine, la finesse vocale de sa caractĂ©risation illustrent idĂ©alement le type du baryton verdien (il a la voix et la couleur pour chanter Boccanegra) ; l’acteur clarifie l’évolution du personnage Ă  travers sa prĂ©sence Ă  l’acte II : il est d’abord conquĂ©rant, sĂ»r et inflexible, puis au contact de la pĂ©cheresse qu’il est venu sermonner et vĂ©ritablement sacrifier (pour l’honneur familial), pĂšre Ă©mu, Ăąme noble et compatissante, saisi par la dignitĂ© sacrificielle de Violetta, cette courtisane magnifique, qui accepte de rompre avec Germont fils.

Dans le duo avec Violetta, lui troublĂ©, Ă©mu, compassionnel / elle, Ă©perdue, blessĂ©e-, le chanteur arrondit les angles, caresse chaque nuance de sa partie, s’enlace vĂ©ritablement au chant de la soprano; sans jamais la couvrir trop ; une telle musicalitĂ© accordĂ©e Ă  l’autre est exemplaire et donne enfin Ă  entendre ce chant chambriste si fin et nuancĂ© ; proche du thĂ©Ăątre et qui doit beaucoup au bel canto bellinien.
Puis son grand air oĂč il sermonne cette fois son fils en le rappelant Ă  plus de maĂźtrise et de sagesse est lĂ©gitimement plĂ©biscitĂ© : le soliste est un immense interprĂšte, dans le style, la nuance. Un rĂ©gal lyrique.

De son cĂŽtĂ©, l’Orchestre Symphonique de Malte, sous la direction de Philip Walsh, veille Ă  la couleur et au caractĂšre de chaque acte : brillant au I ; plus contrastĂ© au II (entre le sacrifice et le renoncement de Violetta, et son humiliation publique Ă  Paris) ; tragique, intimiste, crĂ©pusculaire au III. C’est au final une production nouvelle (commande du Teatru Astra) qui rĂ©alise alors un spectacle prenant, poĂ©tiquement juste avec des solistes de haut vol, plutĂŽt convaincants. Il n’y a aucun doute : la tradition de l’opĂ©ra est flamboyante Ă  Gozo, et ses manifestations, comme en cet automne 2018, particuliĂšrement sĂ©duisantes. Rendez-vous est dĂ©jĂ  pris pour l’automne 2019.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

distribution

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)
Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)
Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)
Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)
Philip Walsh, direction. Enrico Stinchelli, mise en scĂšne.
Orchestre Philharmonique de Malte / MPO Malta Philharmonic Orchestra, choeurs du Festival Méditerranée de Gozo.

 

  

 

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GOZO (Victoria), LA TRAVIATA, 25, 27 octobre 2018

GOZO-ASTRA-traviata-opera-annonce-evenement-lyrique-par-classiquenews-octobre-2018-UNE-HOMEPAGEGOZO (MALTE), LA TRAVIATA, les 25, 27 oct 2018. GOZO, FOYER LYRIQUE FLORISSANT. L’üle sƓur de Malte, GOZO, confirme en octobre 2018, sa vocation lyrique en programmant dans les deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra gozitains, situĂ©s Ă  Victoria, deux productions dĂ©sormais Ă  suivre et Ă  vivre sur place : occasion idĂ©ale pour se familiariser avec le sens de l’accueil et l’hospitalitĂ© des maltais. Deux fleurons du rĂ©pertoire romantique italien tiennent le haut de l’affiche : TOSCA au ThĂ©Ăątre AURORA (Teatru AURORA ou AURORA Opera House) ) le 13 octobre 2018 ; puis l’inusable opĂ©ra de Verdi, son chef d’oeuvre de rĂ©alisme bouleversant d’aprĂšs La dame aux camĂ©lias de Dumas fils, LA TRAVIATA, les 25 et 27 octobre 2018 au Teatro ASTRA.

 

 

 

TOSCA et LA TRAVIATA Ă  GOZO
GOZO, saison lyrique 2018
des deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra
AURORA et ASTRA

 

 

 

ÎLE ET VILLE D’OPÉRA
 La tradition lyrique est une passion naturelle Ă  Gozo, Ăźle de l’archipel maltais, 2Ăš Ăźle des sept que compte le chapelet miraculeux baignant en MĂ©diterranĂ©e (au sud de la Sicile). On sait la carriĂšre internationale que mĂšne le tĂ©nor verdien Joseph Calleja, gloire maltaise du chant actuel. La Valette a dĂ©sormais son festival international de musique baroque (chaque mois de janvier / VOIR notre reportage dĂ©diĂ© au Festival international de musique baroque Ă  La VALETTE / MALTE - Ă©dition 2016). GOZO cultive la passion de l’opĂ©ra comme en tĂ©moignent ses 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ras, toujours bien actifs et qui comptent chacun, son orchestre, ses Ă©quipes, offrant plusieurs productions majeures par saison. Le charme de leur salle respective, Ă  Ă©chelle humaine, leur acoustique qui prĂ©serve la proximitĂ© et l’acuitĂ© sonore ajoutent Ă  la rĂ©ussite de chaque production lyrique. Cette annĂ©e, en octobre 2018, les 2 sites offrent deux visages de femmes : l’une forte, combattante, loyale jusqu’à la mort : TOSCA (de Puccini) au ThĂ©Ăątre AURORA ; la seconde, en quĂȘte de salut et de rĂ©demption au terme d’une vie dissolue et factive : La TRAVIATA (de Verdi), au ThĂ©Ăątre Astra. AURORA, ASTRA : deux visages d’une mĂȘme passion pour le lyrique et qui vie son essor dans la mĂȘme de Victoria (comme la souveraine britannique).

 

 

 

 

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PUCCINI : TOSCA
Teatru Aurora / AURORA Opera House
Le 13 octobre 2018
RĂ©servation en ligne sur www.teatruaurora.com

 

 

AURORA-teatru-gozo-victoria-theatre-aurora-gozo-pour-tosca-opera-annonce-par-classiquenews-faccata-kazin-1

 

 

pucciniTOSCA, CANTATRICE PIEUSE MAIS FELINE JUSQU’A LA MORT
 Le ThĂ©Ăątre Aurora prĂ©sente Tosca, le classique intemporel de Giacomo Puccini. Tosca est une cantatrice pieuse qui a toujours honorĂ© l’autel de la Vierge, pourtant le destin s’acharne contre elle et son aimĂ©, Mario, peintre fier et rĂ©publicain, qui est arrĂȘtĂ© et torturĂ© par l’infĂąme prĂ©fet de Rome, le baron Scarpia. En rĂ©alitĂ©, l’intrigue est aussi politique
 qu’amoureuse car Scarpia dĂ©vore des yeux la belle Tosca : il marchande les faveurs de la cantatrice pour accepter de libĂ©rer Mario. Mais si Floria Tosca sait manipuler, sĂ©duire et croit tromper le PrĂ©fet, jusqu’à le tuer en une scĂšne saisissante, Scarpia se venge au delĂ  de la mort, provocant aussi, le suicide de la chanteuse. Au final, 3 morts. Puccini rĂ©invente totalement le trio fatal de l’opĂ©ra : soprano, tĂ©nor, baryton. S’inspirant de la piĂšce de Victorien Sardou, il rĂ©invente le langage lyrique car aux cĂŽtĂ©s du relief des 3 protagonistes affrontĂ©s, le compositeur cisĂšle aussi un opĂ©ra climatique oĂč Rome, ses trois lieux (une Ă©glise, un palais, la terrasse du chĂąteau Saint-Ange) compose une Ă©blouissante toile de fond, riche en paysages sonores Ă  couper le souffle. Si La Traviata (lire ci aprĂšs l’opĂ©ra de Verdi Ă  l’affiche du ThĂ©atre Astra) est une femme soumise qui accepte son sacrifice, Tosca est une louve, revendicatrice et combattante
 comme Carmen, jusqu’à la mort.

La production prĂ©sentĂ©e par les Ă©quipes artistiques et techniques du ThĂ©Ăątre Aurora, est magnifiĂ©e par l’écrin de la salle, conçue pour les drames passionnels. Le ThĂ©Ăątre Aurora Ă  Victoria, est un magnifique espace dĂ©diĂ© au spectacle situĂ© Ă  l’intĂ©rieur d’une villa royale du XIXe siĂšcle. La structure a Ă©tĂ© dessinĂ©e par l’architecte Louis Naudi, puis richement dĂ©corĂ©e par le Chevalier Emvin Cremona. Le ThĂ©Ăątre Aurora n’a cessĂ© de programmer chaque saison, plusieurs productions mĂ©morables, depuis son inauguration il y a 42 ans, en 1976. Ici mĂȘme, ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es les productions de Carmen de Georges Bizet (2016), Aida de Verdi (mĂȘme annĂ©e) ou de Madame Butterfly de Giacomo Puccini. Tosca est le spectacle majeur de l’annĂ©e 2018 au ThĂ©Ăątre Aurora, nouvelle expĂ©rience pour le spectateur, promis Ă  un cocktail d’émotions et de sensations inoubliables.

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GOZO-theatre-teatru-ASTRA-opera-La-Traviata-par-classiquenews-coup-de-coeur-de-classiquenews-octobre-2018VERDI : LA TRAVIATA
Les 25 et 27 octobre 2018
Teatru ASTRA
Dans le cadre du Festival Maditerranea 2018

 

GOZO-ASTRA-traviata-opera-annonce-evenement-lyrique-par-classiquenews-octobre-2018-UNE-HOMEPAGE

 

 

GOZO-theatre-teatru-ASTRA-opera-La-Traviata-par-classiquenews-coup-de-coeur-de-classiquenews-octobre-2018VIOLETTA AMOUREUSE SACRIFIÉE
 Le ThĂ©Ăątre Astra invite le metteur en scĂšne Enrico Stinchelli pour proposer une nouvelle production de La Traviata qui se veut mĂ©morable. Comment paraĂźtra la courtisane Ă  Paris, Violetta Valery que ses frasques et une vie dissipĂ©e, malgrĂ© son jeune Ăąge, – pas mĂȘme 20 ans, mĂšnent aux portes de la mort. CondamnĂ©e par la maladie, la jeune prostituĂ©e dĂ©couvre cependant le vĂ©ritable amour, pur, sincĂšre en la personne du jeune Alfredo. Elle qui monnaye son corps et son cƓur, ouvre son Ăąme Ă  une passion qui finit par la terrasser. Car comblĂ©e au delĂ  de tout, la jeune femme doit renoncer Ă  cet amour absolu au nom de la morale bourgeoise, qu’incarne le pĂšre d’Alfredo, Germont, lequel lui demande de se retirer pour ne pas « perdre » l’honneur de la famille. Dans un sacrifice ultime, la dĂ©voyĂ©e maudite gagne son salut.
TEATRU-ASTRA-GOZO-la-traviata-opera-lirical-event-25-27-oct-2018-annonce-critiqueopera-par-classiquenewsEt la morale est sauve. Le drame juste, droit, bouleversant de Dumas fils trouve dans la musique de Verdi, une seconde existence. Et toutes les sopranos dignes de ce nom, lyrique et coloratoure, un rĂŽle taillĂ© pour les plus grandes cantatrices, autant chanteuses qu’actrices. L’équipe artistique de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Gozo est dirigĂ©e par le chef Joseph Vella.

Les rĂ©servations en ligne et les informations sur l’opĂ©ra et le Festival sont disponibles sur www.teatruastra.org.mt

ModalitĂ©s de rĂ©servation via le numĂ©ro d’assistance +356 21550985 ou par email info@mediterranea.com.mt

ORGANISEZ votre sĂ©jour Ă  Gozo Ă  l’occasion des reprĂ©sentations de TOSCA et de LA TRAVIATA, 13, 25 et 27 octobre 2018
sur le site www.visitgozo.com

https://www.visitgozo.com/fr/quoi-faire/profiter/evenements-annuels/les-operas/

 

 

TEATRU-ASTRA-GOZO-la-traviata-opera-lirical-event-25-27-oct-2018-annonce-critiqueopera-par-classiquenews

 

 

distribution :

 

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)

Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)

Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)

Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)

 

 

 

 

 

 

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DOCUMENTAIRE : voir le teaser du documentaire dĂ©diĂ© aux 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă  Victoria, sur l’üle de Gozo (Archipel maltais)
https://www.berlin-producers.de/project/saengerkrieg-im-mittelmeer/

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 Approfondir

Lyrique, la tradition musicale Ă  Malte est aussi baroque car chaque dĂ©but d’annĂ©e est marquĂ© par le festival international de musique baroque de La Valette….

 

la-valette-malte-vignette-carreGrand reportage Ă  La Vallette pour le Festival baroque international (Janvier 2016). Depuis 2013, La Vallette capitale de Malte (le plus petit Ă©tat de l’Union EuropĂ©enne) et bientĂŽt capitale europĂ©enne de la culture (en 2018) propose son festival de musique baroque, une programmation enivrante sur deux semaines, en Ă©troite fusion avec les lieux et sites remarquables de la ville, en grande partie Ă©difiĂ©e dans les annĂ©es 1560 par le Chevalier français La Vallette. Le temps du festival maltais, les spectateurs goĂ»tent la finesse et l’engagement d’interprĂštes triĂ©s sur le volet, tout en explorant les multiples offres culturelles, touristiques et gastronomiques de l’üle de Malte. Entre Orient et Occident… VOIR notre REPORTAGE VIDEO 

 

 

 

GOZO (Victoria), LA TRAVIATA, 25, 27 octobre 2018

GOZO-ASTRA-traviata-opera-annonce-evenement-lyrique-par-classiquenews-octobre-2018-UNE-HOMEPAGEGOZO (MALTE), LA TRAVIATA, les 25, 27 oct 2018. GOZO, FOYER LYRIQUE FLORISSANT. L’üle sƓur de Malte, GOZO, confirme en octobre 2018, sa vocation lyrique en programmant dans les deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra gozitains, situĂ©s Ă  Victoria, deux productions dĂ©sormais Ă  suivre et Ă  vivre sur place : occasion idĂ©ale pour se familiariser avec le sens de l’accueil et l’hospitalitĂ© des maltais. Deux fleurons du rĂ©pertoire romantique italien tiennent le haut de l’affiche : TOSCA au ThĂ©Ăątre AURORA (Teatru AURORA ou AURORA Opera House) ) le 13 octobre 2018 ; puis l’inusable opĂ©ra de Verdi, son chef d’oeuvre de rĂ©alisme bouleversant d’aprĂšs La dame aux camĂ©lias de Dumas fils, LA TRAVIATA, les 25 et 27 octobre 2018 au Teatro ASTRA.

 

 

 

TOSCA et LA TRAVIATA Ă  GOZO
GOZO, saison lyrique 2018
des deux thĂ©Ăątres d’opĂ©ra
AURORA et ASTRA

 

 

 

ÎLE ET VILLE D’OPÉRA
 La tradition lyrique est une passion naturelle Ă  Gozo, Ăźle de l’archipel maltais, 2Ăš Ăźle des sept que compte le chapelet miraculeux baignant en MĂ©diterranĂ©e (au sud de la Sicile). On sait la carriĂšre internationale que mĂšne le tĂ©nor verdien Joseph Calleja, gloire maltaise du chant actuel. La Valette a dĂ©sormais son festival international de musique baroque (chaque mois de janvier / VOIR notre reportage dĂ©diĂ© au Festival international de musique baroque Ă  La VALETTE / MALTE - Ă©dition 2016). GOZO cultive la passion de l’opĂ©ra comme en tĂ©moignent ses 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ras, toujours bien actifs et qui comptent chacun, son orchestre, ses Ă©quipes, offrant plusieurs productions majeures par saison. Le charme de leur salle respective, Ă  Ă©chelle humaine, leur acoustique qui prĂ©serve la proximitĂ© et l’acuitĂ© sonore ajoutent Ă  la rĂ©ussite de chaque production lyrique. Cette annĂ©e, en octobre 2018, les 2 sites offrent deux visages de femmes : l’une forte, combattante, loyale jusqu’à la mort : TOSCA (de Puccini) au ThĂ©Ăątre AURORA ; la seconde, en quĂȘte de salut et de rĂ©demption au terme d’une vie dissolue et factive : La TRAVIATA (de Verdi), au ThĂ©Ăątre Astra. AURORA, ASTRA : deux visages d’une mĂȘme passion pour le lyrique et qui vie son essor dans la mĂȘme de Victoria (comme la souveraine britannique).

 

 

 

 

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PUCCINI : TOSCA
Teatru Aurora / AURORA Opera House
Le 13 octobre 2018
RĂ©servation en ligne sur www.teatruaurora.com

 

 

AURORA-teatru-gozo-victoria-theatre-aurora-gozo-pour-tosca-opera-annonce-par-classiquenews-faccata-kazin-1

 

 

pucciniTOSCA, CANTATRICE PIEUSE MAIS FELINE JUSQU’A LA MORT
 Le ThĂ©Ăątre Aurora prĂ©sente Tosca, le classique intemporel de Giacomo Puccini. Tosca est une cantatrice pieuse qui a toujours honorĂ© l’autel de la Vierge, pourtant le destin s’acharne contre elle et son aimĂ©, Mario, peintre fier et rĂ©publicain, qui est arrĂȘtĂ© et torturĂ© par l’infĂąme prĂ©fet de Rome, le baron Scarpia. En rĂ©alitĂ©, l’intrigue est aussi politique
 qu’amoureuse car Scarpia dĂ©vore des yeux la belle Tosca : il marchande les faveurs de la cantatrice pour accepter de libĂ©rer Mario. Mais si Floria Tosca sait manipuler, sĂ©duire et croit tromper le PrĂ©fet, jusqu’à le tuer en une scĂšne saisissante, Scarpia se venge au delĂ  de la mort, provocant aussi, le suicide de la chanteuse. Au final, 3 morts. Puccini rĂ©invente totalement le trio fatal de l’opĂ©ra : soprano, tĂ©nor, baryton. S’inspirant de la piĂšce de Victorien Sardou, il rĂ©invente le langage lyrique car aux cĂŽtĂ©s du relief des 3 protagonistes affrontĂ©s, le compositeur cisĂšle aussi un opĂ©ra climatique oĂč Rome, ses trois lieux (une Ă©glise, un palais, la terrasse du chĂąteau Saint-Ange) compose une Ă©blouissante toile de fond, riche en paysages sonores Ă  couper le souffle. Si La Traviata (lire ci aprĂšs l’opĂ©ra de Verdi Ă  l’affiche du ThĂ©atre Astra) est une femme soumise qui accepte son sacrifice, Tosca est une louve, revendicatrice et combattante
 comme Carmen, jusqu’à la mort.

La production prĂ©sentĂ©e par les Ă©quipes artistiques et techniques du ThĂ©Ăątre Aurora, est magnifiĂ©e par l’écrin de la salle, conçue pour les drames passionnels. Le ThĂ©Ăątre Aurora Ă  Victoria, est un magnifique espace dĂ©diĂ© au spectacle situĂ© Ă  l’intĂ©rieur d’une villa royale du XIXe siĂšcle. La structure a Ă©tĂ© dessinĂ©e par l’architecte Louis Naudi, puis richement dĂ©corĂ©e par le Chevalier Emvin Cremona. Le ThĂ©Ăątre Aurora n’a cessĂ© de programmer chaque saison, plusieurs productions mĂ©morables, depuis son inauguration il y a 42 ans, en 1976. Ici mĂȘme, ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es les productions de Carmen de Georges Bizet (2016), Aida de Verdi (mĂȘme annĂ©e) ou de Madame Butterfly de Giacomo Puccini. Tosca est le spectacle majeur de l’annĂ©e 2018 au ThĂ©Ăątre Aurora, nouvelle expĂ©rience pour le spectateur, promis Ă  un cocktail d’émotions et de sensations inoubliables.

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GOZO-theatre-teatru-ASTRA-opera-La-Traviata-par-classiquenews-coup-de-coeur-de-classiquenews-octobre-2018VERDI : LA TRAVIATA
Les 25 et 27 octobre 2018
Teatru ASTRA
Dans le cadre du Festival Maditerranea 2018

 

GOZO-ASTRA-traviata-opera-annonce-evenement-lyrique-par-classiquenews-octobre-2018-UNE-HOMEPAGE

 

 

GOZO-theatre-teatru-ASTRA-opera-La-Traviata-par-classiquenews-coup-de-coeur-de-classiquenews-octobre-2018VIOLETTA AMOUREUSE SACRIFIÉE
 Le ThĂ©Ăątre Astra invite le metteur en scĂšne Enrico Stinchelli pour proposer une nouvelle production de La Traviata qui se veut mĂ©morable. Comment paraĂźtra la courtisane Ă  Paris, Violetta Valery que ses frasques et une vie dissipĂ©e, malgrĂ© son jeune Ăąge, – pas mĂȘme 20 ans, mĂšnent aux portes de la mort. CondamnĂ©e par la maladie, la jeune prostituĂ©e dĂ©couvre cependant le vĂ©ritable amour, pur, sincĂšre en la personne du jeune Alfredo. Elle qui monnaye son corps et son cƓur, ouvre son Ăąme Ă  une passion qui finit par la terrasser. Car comblĂ©e au delĂ  de tout, la jeune femme doit renoncer Ă  cet amour absolu au nom de la morale bourgeoise, qu’incarne le pĂšre d’Alfredo, Germont, lequel lui demande de se retirer pour ne pas « perdre » l’honneur de la famille. Dans un sacrifice ultime, la dĂ©voyĂ©e maudite gagne son salut.
TEATRU-ASTRA-GOZO-la-traviata-opera-lirical-event-25-27-oct-2018-annonce-critiqueopera-par-classiquenewsEt la morale est sauve. Le drame juste, droit, bouleversant de Dumas fils trouve dans la musique de Verdi, une seconde existence. Et toutes les sopranos dignes de ce nom, lyrique et coloratoure, un rĂŽle taillĂ© pour les plus grandes cantatrices, autant chanteuses qu’actrices. L’équipe artistique de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Gozo est dirigĂ©e par le chef Joseph Vella.

Les rĂ©servations en ligne et les informations sur l’opĂ©ra et le Festival sont disponibles sur www.teatruastra.org.mt

ModalitĂ©s de rĂ©servation via le numĂ©ro d’assistance +356 21550985 ou par email info@mediterranea.com.mt

ORGANISEZ votre sĂ©jour Ă  Gozo Ă  l’occasion des reprĂ©sentations de TOSCA et de LA TRAVIATA, 13, 25 et 27 octobre 2018
sur le site www.visitgozo.com

https://www.visitgozo.com/fr/quoi-faire/profiter/evenements-annuels/les-operas/

 

 

TEATRU-ASTRA-GOZO-la-traviata-opera-lirical-event-25-27-oct-2018-annonce-critiqueopera-par-classiquenews

 

 

distribution :

 

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)

Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)

Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)

Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)

 

 

 

 

 

 

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DOCUMENTAIRE : voir le teaser du documentaire dĂ©diĂ© aux 2 thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă  Victoria, sur l’üle de Gozo (Archipel maltais)
https://www.berlin-producers.de/project/saengerkrieg-im-mittelmeer/

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Lyrique, la tradition musicale Ă  Malte est aussi baroque car chaque dĂ©but d’annĂ©e est marquĂ© par le festival international de musique baroque de La Valette….

 

la-valette-malte-vignette-carreGrand reportage Ă  La Vallette pour le Festival baroque international (Janvier 2016). Depuis 2013, La Vallette capitale de Malte (le plus petit Ă©tat de l’Union EuropĂ©enne) et bientĂŽt capitale europĂ©enne de la culture (en 2018) propose son festival de musique baroque, une programmation enivrante sur deux semaines, en Ă©troite fusion avec les lieux et sites remarquables de la ville, en grande partie Ă©difiĂ©e dans les annĂ©es 1560 par le Chevalier français La Vallette. Le temps du festival maltais, les spectateurs goĂ»tent la finesse et l’engagement d’interprĂštes triĂ©s sur le volet, tout en explorant les multiples offres culturelles, touristiques et gastronomiques de l’üle de Malte. Entre Orient et Occident… VOIR notre REPORTAGE VIDEO 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Luxembourg, le 12 oct 2018. Verdi : La Traviata. Teodor Currentzis / Robert Wilson

Compte rendu, opéra. Luxembourg, Grand-Théùtre de la Ville de Luxembourg, le 12 octobre 2018. Giuseppe Verdi : La Traviata. Teodor Currentzis / Robert Wilson

currentzis toedor maestroEtrange chef, toujours surprenant, dĂ©routant par ses approches singuliĂšres, Teodor Currentzis  prend cette saison la direction du nouvel orchestre  de la SWR. Ce soir, c’est celui qu’il a fondĂ© Ă  Novossibirsk, puis entraĂźnĂ© Ă  Perm – dont il dirige l’opĂ©ra – qu’il conduit. L’adagio vaporeux qui ouvre l’opĂ©ra, retenu Ă  souhait, est Ă  la limite de l’audible, Le premier thĂšme, au pathos soulignĂ©, voire outrĂ© dans l’appui du rythme par les basses, contraste avec le galop, molto vivace du second. La lecture scrupuleuse de Teodor Currentzis rompt avec les fausses traditions et rend sa vitalitĂ© dramatique Ă  l’ouvrage, ce qui paraĂźt d’autant mieux venu que son illustration scĂ©nique en est totalement dĂ©pourvue. Tendre, dramatique, toujours ductile et clair, avec de splendides solistes (le hautbois, la flĂ»te etc.) l’orchestre adhĂšre totalement Ă  la direction expressive de son chef. A plus d’un moment, les contrastes accentuĂ©s d’intensitĂ©, de tempo, la dynamique extraordinaire qu’il imprime font penser Ă  une musique de film.
Le projet de Bob Wilson remonte à 1993  : aprÚs avoir vu sa Madama Butterfly, Gérard Mortier avait demandé au metteur en scÚne de préparer une Traviata. Il lui aura fallu rencontrer Teodor Currentzis pour que le projet se réalise,  à Linz, il y a trois ans, puis à Perm.

Jeux de mains, jeux de vilains

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InchangĂ©e depuis des dĂ©cennies,  la grammaire  des conventions de Bob Wilson est connue.  Cette Traviata n’échappe pas Ă  la rĂšgle, stylisĂ©e, Ă©purĂ©e, dĂ©barrassĂ©e de toute rĂ©fĂ©rence anecdotique au Paris mondain de la Restauration.  Commune aux mises en scĂšnes de l’AmĂ©ricain, la gestique imposĂ©e Ă  tous, y compris Violetta, aurait convenu pour que CoppĂ©lia, la poupĂ©e aux yeux d’émail, chante « les oiseaux sous la charmille »… Nul  besoin d’acteurs pour Bob Wilson, des paraplĂ©giques font l’affaire, sauf pour les choristes-figurants bondissants et Annina trottinante. Ici, en dehors du dĂ©but de l’acte III, oĂč l’immobilitĂ© de la mourante est naturelle, l’Ă©trangetĂ© constante des postures, oĂč seuls les bras et la tĂȘte des chanteurs sont animĂ©s, nous entraĂźne dans une dimension onirique. Le statisme ne leur laisse que leur expression vocale, puisque les gestes codifiĂ©s, totalement impersonnels, individuels ou collectifs, minimalistes, relĂšvent d’une grammaire scolaire.  Les dĂ©placements sont le plus souvent lents, de prĂȘtres durant la cĂ©lĂ©bration d’un office. Y Ă©chappent le trottinement d’Annina et les bonds des hommes durant le bal.

Musique et lumiĂšres sont associĂ©es en permanence.  Si beaux soient les Ă©clairages, leur plĂ©onasme avec la musique, qu’ils doublent ou soulignent, gĂȘne et contredit les intentions affichĂ©es par Wilson. Le rĂ©sultat est toujours d’une rĂ©elle sĂ©duction esthĂ©tique, mais sent bien vite le procĂ©dĂ© dans son caractĂšre systĂ©matique. Les fonds de scĂšne, oĂč la lumiĂšre stratifiĂ©e semble perçue en haute altitude au travers d’un hublot, font partie de la panoplie de Wilson. Les effets de contre-jour, les tons le plus souvent estompĂ©s, ces silhouettes qui se dĂ©coupent en arriĂšre-plan sĂ©duisent toujours, mais ne font pas une action. Les costumes, mĂȘme immobiles, apportent une touche esthĂ©tique bienvenue, les robes XIXe siĂšcle des femmes tout particuliĂšrement. Quant aux structures indĂ©finissables, abstraites, qui Ă©voluent depuis les cintres ou au sol, leur intĂ©rĂȘt est purement esthĂ©tique, mĂȘme si le metteur en scĂšne parle de symbolisme. Comment ne pas faire le lien avec la lanterne magique, ou le thĂ©Ăątre d’ombres de Georges Fragerolle et de son scĂ©nographe Henri RiviĂšre, tous deux  un peu oubliĂ©s ? La parentĂ© semble Ă©vidente, le figuralisme en moins.  Les scĂšnes s’y enchaĂźnent Ă  l’identique, composant de beaux tableaux, dont les acteurs (passeurs conviendrait mieux) sont figĂ©s dans des attitudes hiĂ©ratiques, le visage aussi inexpressif que s’ils portaient un masque du thĂ©Ăątre nĂŽ.

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N’Ă©tait son italien, aux accents d’Europe orientale, Violetta est extraordinaire. Un peu en retrait au premier acte, la voix de Nadeja Pavola s’épanouira progressivement pour atteindre des sommets au dernier. Puissante, mais montant avec aisance et lĂ©gĂšretĂ© au contre-rĂ© dans les nuances les plus subtiles, d’une virtuositĂ© Ă  couper le souffle, sans ostentation aucune, le seul pouvoir de sa voix nous Ă©meut, Ă  chaque intervention, et plus particuliĂšrement durant tout ce dernier acte, sur lequel plane la mort et la rĂ©demption. Alfredo, Airam Hernandez, se distingue par l’aisance de la projection, la beautĂ© du timbre, et la sĂ»retĂ© du chant. Nous tenons lĂ  un grand tĂ©nor verdien. Nous n’en dirons pas autant de Germont, chantĂ© par Dimitris Tiliakos. Ce soir la voix paraĂźt grise, sans ligne ni noblesse,  le souflle court. Oublions. Aucun des chanteurs des rĂŽles secondaires ne déçoit, l’équipe est homogĂšne et totalement soumise Ă  la direction exigeante de Teodor Currentzis. Tout juste pourrait-on obtenir une meilleure expression italienne, ce qui s’applique Ă©galement au chƓur.
Les longues ovations d’un public enthousiaste qui se lĂšve comme un seul homme pour saluer cette production tĂ©moignent de l’efficacitĂ© et de la rĂ©ussite d’une singuliĂšre rĂ©alisation.

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Compte rendu, opéra. Luxembourg, Grand-Théùtre de la Ville de Luxembourg, le 12 octobre 2018. Giuseppe Verdi : La Traviata. Teodor Currentzis / Robert Wilson

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole. Les 2 et 7* oct 2018. Verdi : La Traviata. Capitole de Toulouse. Pierre Rambert / George Petrou.

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Théùtre du Capitole. Les 2 et 7* octobre 2018. Verdi : La Traviata. Capitole de Toulouse. Pierre Rambert. George Petrou.  Somptueuse ouverture de Saison au Capitole : 9 représentations, une salle debout aux saluts lors de la derniÚre.

Cette production de Traviata en ouverture de la saison lyrique 2018 – 2019 au Capitole a fait sensation au point que France 3 l’a filmĂ©e. Il s’agit de la premiĂšre saison entiĂšrement construite par le nouveau directeur Christophe Gristi. Sachant quel homme de passion il est, nous attendions tous quelque chose de beau. Et il faut le reconnaĂźtre le succĂšs public considĂ©rable fait honneur Ă  une production qui frĂŽle la perfection sur bien des plans.
 

 

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 Pastirchak et Amiel

 

 

Qu’attendre en rĂ©alitĂ©, en 2018, d’un chef d’Ɠuvre incontournable, vu et revu ? Pierre Rambert a su respecter la fine musicalitĂ© de l’Ɠuvre, garder en mĂ©moire l’époque de composition, tout en mettant habilement en lumiĂšre l’intemporalitĂ© du sujet. Il s’est adjoint un costumier de grand talent en Franck Sorbier. Tous les costumes, y compris ceux du chƓur, sont superbes. Mais ils ont aussi une dimension psychologique en mettant la puce Ă  l’oreille du spectateur. Les personnages en habits XIXĂšme siĂšcle reprĂ©sentent ceux dont la mentalitĂ© date du passĂ©, les  conformistes et bien pensants, pleins de bons sentiments. Germont est le prototype du bourgeois moyen, pur produit XIXĂšme. Alfredo lorsqu’il repasse sous l’emprise de son pĂšre Ă©galement. Alfredo et Violetta dans leur nid d’amour sont nos contemporains au bord de leur belle piscine, lui en pantalon, espadrilles et chemise ouverte; elle lorsqu’elle quitte son long manteau et son chapeau gĂ©ant porte une robe noire souple toute simple tout Ă  fait actuelle. Ainsi la fĂȘte luxueuse chez Flora semblant d’un autre Ăąge fait XIXĂšme, mĂȘme si elle arbore une robe fourreau lamĂ©e de toute splendeur en marge du bon goĂ»t.
Un autre Ă©lĂ©ment donne au drame son intemporalitĂ© : les somptueux dĂ©cors d’Antoine Fontaine car ils sont Ă©galement trĂšs intelligents.  Le loft de Violetta au premier acte se situe dans un immeuble de style Pompier, contemporain de Verdi, avec un Ă©tage intĂ©rieur style annĂ©e 50 et Ă©lĂ©ments modernes. C’est trĂšs Ă©lĂ©gant et beaucoup plus stylĂ© que chez Flora. L’action du dĂ©but de l’acte 2 «  Ă  la campagne », nous offre une splendide vue sur une crique mĂ©diterranĂ©enne, avec un bord de piscine. Les Ă©lĂ©ments de costumes d’aujourd’hui nous suggĂšrent que nous sommes Ă  l’époque des Navettes Air France, permettant le retour des hĂ©ros dans le demi journĂ©e


Un autre Ă©lĂ©ment d’intemporalitĂ© vient de la mort de Violetta chauve comme aprĂšs une chimio. Le cancer remplace ainsi la tuberculose ce qui touche encore d’avantage le public. Les lumiĂšres d’HervĂ© Gary sont contrastĂ©es entre la lumiĂšre aveuglante du dĂ©but de l’acte 2  et les scĂšnes d’intĂ©rieur nocturnes trĂšs rĂ©ussies.  L’Orchestre du Capitole est royalement dirigĂ© par George Petrou. Le chef sait donner au chef d’Ɠuvre de Verdi une profondeur et un drame de tous les instants. La prĂ©cision qu’il obtient de l’orchestre en terme de nuances et de couleurs est magnifique. Les instruments solistes sont d’une musicalitĂ© remarquable (les bois avec Violetta au 2, le violon au 3). Les violons fragiles et trĂšs Ă©mouvants dans les deux prĂ©ludes sublimes et la chaleur ambrĂ©e des violoncelles font merveille. On sait combien Verdi en cherchant une grande simplicitĂ© apparente demande Ă  l’orchestre de soutenir tout le drame.

George Petrou tient sous sa baguette admirablement le grand concertato du 2 mais c’est Ă  main nue qu’il dirige le dernier acte avec une dĂ©licatesse extraordinaire. Les chƓurs sont admirables vocalement et scĂ©niquement. Le ballet chez Flora est interprĂ©tĂ© avec beaucoup d’humour et de puissance par les deux danseurs, Sophie CĂ©likoz et François Auger, maĂźtres de cĂ©rĂ©monie reprĂ©sentant la mort.

 

 

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 Pastirchak et Amiel

 

 

 

Pour cette production le Capitole peut s’enorgueillir d’avoir su trouver deux distributions au sommet. Trouver une superbe Violetta est rare mais deux ! Il est impossible de dĂ©partager les deux dames. Anita Hartig a une allure noble, une voix somptueuse de tenue, et une homogĂ©nĂ©itĂ© parfaite sur toute son Ă©tendue. Son lĂ©ger vibratello donne comme une aura Ă  son superbe timbre. Les vocalises sont parfaitement  rĂ©alisĂ©es et le legato est souverain. Les phrasĂ©s sont nobles et toujours Ă©lĂ©gants, le souffle large. Anita Hartig a tout d’une grande Traviata. Polina Pastirchak est tout aussi crĂ©dible vocalement dans ce rĂŽle Ă©crasant dont elle ne fait qu’une bouchĂ©e. Si dans l’acte 1 sa voix met un peu de temps Ă  se dĂ©ployer dĂšs son duo avec Alfredo le jeu Ă©mouvant et l’engagement de chaque instant font merveille. L’agilitĂ© et la beautĂ© des cascades de vocalises dans le « sempre libera » donnent le frisson et l’air est couronnĂ© par un contre mi de toute beautĂ©. La sincĂ©ritĂ© de son jeu Ă  l’acte deux, la tenue vocale, les nuances piano de son chant de douleur arrachent des larmes. Le travail de mise en scĂšne trouve dans ce tableau un vĂ©ritable aboutissement tant la vĂ©ritĂ© du jeu se calque sur la musique. La puissance vocale dans le concertato du 2 est un grand moment d’opĂ©ra. Et nous l’avons dit la direction de George Petrou est de premiĂšre grandeur. C’est lĂ  que le travail d’équipe prend tout son sens.

Le dernier acte atteint les sommets d’émotions attendus avec des sons pianissimi de toute dĂ©licatesse et un jeu poignant. De part son engagement scĂ©nique et vocal toute la soirĂ©e et surtout ce dernier acte admirable, Polina Pastirchak sera notre Violetta prĂ©fĂ©rĂ©e.  Pour Alfredo la comparaison des deux tĂ©nors est sans appel. Airam HernĂĄndez est un tĂ©nor au timbre agrĂ©able mais sans personnalitĂ© et le tĂ©nor malhabile semble jouer l’opĂ©ra façon annĂ©es 50. La maniĂšre dont il se comporte au dernier acte est dĂ©solante. Il s’installe aux pieds de Violetta mourante en cherchant Ă  se placer confortablement !

Le tout jeune KĂ©vin Amiel avec la fougue de la jeunesse et un vrai travail d’acteur est tout simplement Alfredo. Le timbre solaire et clair, immĂ©diatement reconnaissable, a une sĂ©duction irrĂ©sistible. Il abuse de notes tenues aiguĂ«s mais elles sont si belles
 qu’il est impossible d’y rĂ©sister. Son jeu au dernier acte est bouleversant. VoilĂ  un jeune tĂ©nor promu Ă  une belle carriĂšre.
Tout oppose les deux Germont. Nicola Alaimo a une voix de stentor et une technique belcantiste de haut vol. Son personnage est tout d’une piĂšce : celui qui persuadĂ© de son bon droit et sĂ»r de son fait ne soupçonne mĂȘme pas le mal qu’il fait. AndrĂ© Heyboer est un Germont plus tourmentĂ© et un acteur plus nuancĂ©. Vocalement il n’a pas les atouts de son aĂźnĂ© mais il s’approprie bien ce rĂŽle avec prestance.
Les petits rĂŽles sont admirablement tenus y compris par les chanteurs sortis du chƓur du Capitole. Tenir son rang Ă  cotĂ© de tous ces chanteurs de premier plan est encourageant.  La derniĂšre reprĂ©sentation Ă©tait une session supplĂ©mentaire organisĂ©e devant le succĂšs des rĂ©servations. La salle comble jusqu’aux places avec trĂšs peu de visibilitĂ©, a fait un triomphe Ă  cette magnifique production : standing ovation. Et il avait fallu refouler du monde 
. Toulouse est bien l’une des villes qui aime le plus l’opĂ©ra. L’ùre de Christophe Gristi s’annonce excellente.

 

 
 

 

 

 

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Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole. Les 2 et 7* octobre 2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs La Dame aux camĂ©lias d’Alexandre Dumas fils ; CrĂ©ation le 6 mars 1853 au Teatro la Fenice Ă  Venise ; Nouvelle coproduction ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra National de Bordeaux . Pierre Rambert, mise en scĂšne ; Antoine Fontaine, dĂ©cors ; Frank Sorbier, costumes ; HervĂ© Gary, lumiĂšre ; Laurence Fanon, collaboratrice artistique. Avec : Anita Hartig / Polina Pastirchak*, Violetta ValĂ©ry ; Airam HernĂĄndez / KĂ©vin Amiel*, Alfredo Germont ; Nicola Alaimo / AndrĂ© Heyboer*, Giorgio Germont ; Catherine Trottmann, Flora Bervoix ; Anna Steiger, Annina ; Francis Dudziak, Docteur Grenvil ; François Piolino, Gaston de LetoriĂšres ; Marc Scoffoni, Baron Douphol ; Ugo Rabec Marquis d’Obigny ; Danseurs : Sophie CĂ©likoz et François Auger ; Orchestre National du Capitole ; ChƓur du Capitole – Alfonso Caiani direction ; Direction musicale: George Petrou.

 

 

 

 

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Prochaine production lyrique Ă  l’affiche du Capitole de TOULOUSE : La Ville morte de Korngold, du 22 nov au 4 dĂ©cembre 2018.
https://www.theatreducapitole.fr/web/guest/affichage-evenement/-/event/event/5565445

 

 

 

 

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‹VOIR notre reportage La Ville Morte de Korngold, les clĂ©s de comprĂ©hension, production dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra (en mars 2015) – entretien avec Philippe Himmelmann

http://www.classiquenews.com/reportage-video-la-ville-morte-de-korngold-1920-au-theatre-graslin-de-nantes-jusquau-17-mars-2015/

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Chùteau de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata. Desbordes, Moreau, Uyar, Brécourt.

Compte rendu, opĂ©ra. Saint CĂ©rĂ©. ChĂąteau de Castelnau Bretenoux, le 11 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata, opĂ©ra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont 
 choeur et orchestre OpĂ©ra EclatĂ©, Gaspard BrĂ©court, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scĂšne, Patrice Gouron, dĂ©cors et costumes, ClĂ©ment ChĂ©bli, vidĂ©o. En cette troisiĂšme soirĂ©e de festival, nous nous retrouvons au chĂąteau de Castelnau Bretenoux, situĂ© Ă  quelques encablures de Saint CĂ©rĂ©. Si le soleil est au rendez-vous, la fraĂźcheur aussi; nĂ©anmoins le temps permet de jouer en plein air ce qui n’avait pas vraiment Ă©tĂ© le cas en 2015. Pour cette nouvelle production de La Traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901), Olivier Desbordes a sollicitĂ© le concours de son jeune collĂšgue Benjamin Moreau avec lequel il cosigne dĂ©jĂ  la mise en scĂšne de La PĂ©richole.

 

 

 

Traviata étonnante mais séduisante

Le duo Desbordes/Moreau fait encore des siennes

 
 
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Pour cette production, nous nous retrouvons dans un Paris intemporel, plus vraiment au XIXe siĂšcle, pas non plus complĂštement au XXe siĂšcle. Le public rentre aisĂ©ment dans le spectacle, dĂšs le dĂ©but de la soirĂ©e, qui n’a pourtant rien de choquant puisque dĂšs le dĂ©but de l’oeuvre, Violetta se sait gravement malade. Et d’ailleurs le premier fil rouge de la mise en scĂšne est la maladie et l’agonie de la malheureuse Violetta. Dans cette optique, le placement de la scĂšne entre Violetta mourante et le docteur Grenvil au tout dĂ©but de l’oeuvre, avant le dĂ©but de la fĂȘte chez la demi mondaine ne surprend pas : «La tisi non le accorda che poche ore» («La phtisie ne lui laisse plus que quelques heures») rĂ©pond Grenvil Ă  Anina qui le questionne. Le second fil conducteur concerne le «volet» des conventions sociales et le dĂ©ni de la maladie; pour accentuer ce point de vue, les deux hommes ont invitĂ© une comĂ©dienne qui incarne Violetta jusqu’Ă  la fĂȘte chez Flora. Et pour parachever cette idĂ©e de douleur, d’agonie, de sociĂ©tĂ© bien pensante (le monde des courtisanes contre la bourgeoisie guindĂ©e et pĂ©trie de certitudes), la Violetta de Burcu Uyar est filmĂ©e de bout en bout de la reprĂ©sentation, son visage apparaissant sur un grand Ă©cran installĂ© en fond de scĂšne. Si l’idĂ©e de ce film est bonne, – du moins peut-elle est dĂ©fendue, nous comprenons nettement moins les rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques des deux metteurs en scĂšne mĂȘme si elles semblent ĂȘtre en accord avec les fils rouges dĂ©finis par les deux hommes. Les images de guerre en revanche, notamment les bombes explosant en pleine campagne, sont de trop dans une production dĂ©jĂ  trĂšs rĂ©ussie.

Concernant le plateau vocal, c’est une distribution française de haute volĂ©e qui a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  chanter cette nouvelle production de La Traviata. La soprano Burcu Uyar, que nous avions dĂ©jĂ  saluĂ©e en 2014 pour de Lucia di Lammermoor (rĂŽle titre), campe une Violetta Ă©mouvante et trĂšs en voix. DĂšs l’air d’entrĂ©e «E strano 
 A forse lui», l’interprĂšte donne le ton de la soirĂ©e : la voix est parfaitement tenue, la ligne de chant impeccable, le mĂ©dium superbe, les aigus flamboyants; le contre mi bĂ©mol final, sorti aprĂšs que l’aria ait Ă©tĂ© intĂ©gralement interprĂ©tĂ©, est non seulement juste mais tenu sans la moindre faiblesse. Face Ă  cette superbe Violetta, le jeune Julien Dran incarne un Alfredo qui apparaĂźt, du moins en premiĂšre partie, plus terne que sa partenaire; si le Brindisi est interprĂ©tĂ© trĂšs honorablement, il manque le petit grain de folie qui en aurait fait un grand moment de chant. Avec l’air et la cabalette du deuxiĂšme acte «De miei bollenti spiriti 
 O rimorso» , le tĂ©nor prend plus d’assurance et la voix est plus belle, plus puissante qu’en dĂ©but de soirĂ©e.
C’est Christophe Lacassagne qui chante Germont pĂšre; le baryton effectuait, lors de cette production, une prise de rĂŽle qu’il redoutait. Car comme, il nous le confiait peu aprĂšs la reprĂ©sentation : «C’est un rĂŽle pas forcĂ©ment trĂšs long mais dense et tendu vers l’aigu.». Cependant, Lacassagne prend le personnage de Germont sans sourciller ; il campe un vieil homme de trĂšs belle tenue; s’il est pĂ©tri de certitudes et d’a prioris nĂ©gatifs Ă  l’Ă©gard de Violetta, il n’en n’est pas moins Ă©mu par la grandeur d’Ăąme de la jeune femme : «Ciel ! che veggo ? D’ogni vostro aver, or volete spoliarvi ?» (Ciel ! que vois-je ? Vous voulez vous dĂ©pouiller de tous vos biens ?»).

Chez Flora, le Germont de Lacassagne est un homme trĂšs en colĂšre; les sentiments contradictoires du vieil homme sont parfaitement visibles chez ce comĂ©dien nĂ© qui fait de ce personnage si marquant, malgrĂ© le peu de scĂšnes que Verdi lui accorde, un homme Ă©mouvant, balançant entre les dictats de la morale bourgeoise et ce que lui dicte son cƓur. SurvoltĂ©s par la prĂ©sence du vĂ©tĂ©ran Eric Vignau (Gaston inĂ©narrable), infatigable puisqu’il chante tous les soirs en cette fin de festival, les comprimari sont en grande forme Ă  commencer par Flore Boixel (qui chante dans les trois productions du festival) et Laurent Arcaro (Douphol). Pour terminer Ă©voquons la comĂ©dienne Fanny Aguado qui incarne cette Violetta muette, prisonniĂšre des conventions sociales qui vont finir par prĂ©cipiter sa chute pendant presque toute la soirĂ©e. La jeune femme fait montre d’une assurance remarquable ; elle s’est parfaitement intĂ©grĂ©e Ă  l’Ă©quipe et au spectacle donnant le meilleur d’elle mĂȘme et faisant presque oublier que tout prĂšs d’elle, il y a une chanteuse qui lui prĂȘte sa voix. Visuellement la trouvaille fonctionne admirablement.

A la tĂȘte de l’orchestre d’OpĂ©ra EclatĂ©, placĂ© sur le cĂŽtĂ© gauche du plateau, le jeune chef Gaspard BrĂ©court dirige avec vigueur et fermetĂ©. Si nous avions apprĂ©ciĂ© sa performance dans Lucia di Lammermoor en 2015, BrĂ©court nous surprend agrĂ©ablement en 2016; le jeune homme a mĂ»ri, la gestuelle est plus sĂ»re ; il est plus attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau. Du coup, pendant toute la soirĂ©e, la musique de Verdi vibre de vie, Ă©clatant tel le bouquet final d’un feu d’artifices.

Cette nouvelle production de La Traviata ne manque pas de faire rĂ©flĂ©chir le public sur les multiples dĂ©nis et conventions qui rĂ©gissent la sociĂ©tĂ© du XIXe siĂšcle, -hypocrisie sociale et lĂąchetĂ© collective qu’a Ă©pinglĂ© non sans raison Verdi, et que nous retrouvons de nos jours sous des formes assez peu diffĂ©rentes. Si nous regrettons des images de guerre pas toujours appropriĂ©es, l’utilisation de la vidĂ©o, notamment pour focuser sur la Violetta mourante en gros plan s’avĂšre ĂȘtre une excellente idĂ©e. Pour dĂ©fendre cette nouvelle Traviata, les responsables du festival de Saint CĂ©rĂ© ont fait confiance Ă  une distribution de trĂšs belle tenue Ă  commencer par Burcu Uyar qui Ă©tait en grande forme. Et mĂȘme si Christophe Lacassagne en Germont semblait quelque peu sur la dĂ©fensive, il n’en a pas moins parfaitement rendu justice Ă  Verdi. Saluons Ă©galement la superbe performance de Fanny Aguado qui incarne la Violetta muette avec beaucoup de panache. VoilĂ  donc une Traviata, nouvelle rĂ©ussite du Saint-CĂ©rĂ© 2016, Ă  voir et Ă  Ă©couter sans modĂ©ration.

 

 

 

Saint CĂ©rĂ©. ChĂąteau de Castelnau Bretenoux, le 11 aoĂ»t 2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont, Sarah Lazerges, Flora, Eric Vignau, Gaston, Matthieu Toulouse, Docteur Grenvil, Laurent Arcaro, Baron Douphol, Yassine Benameur, Marquis d’Obigny, Nathalie Schaaf, Anina, Fanny Agaudo, Violetta muette, choeur et orchestre OpĂ©ra EclatĂ©, Gaspard BrĂ©court, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scĂšne, Patrice Gouron, dĂ©cors et costumes, ClĂ©ment ChĂ©bli, vidĂ©o.

 

 

 

Compte-rendu Opéra ; Orange, Chorégies 2016 ; Théùtre Antique, le 6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, Mise en scÚne : Louis Désiré ; Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Direction musicale : Daniele Ruston

Compte-rendu OpĂ©ra ; Orange, ChorĂ©gies 2016 ; ThĂ©Ăątre Antique, le  6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, Mise en scĂšne : Louis DĂ©siré ;  Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Direction musicale : Daniele Ruston. La Traviata au festival d’Orange, cela suffirait Ă  remplir les 8000 places du ThĂ©Ăątre Antique tant cet opĂ©ra est aimĂ© du public. La dĂ©mocratisation de l’opĂ©ra passe par Orange car la tĂ©lĂ©vision lui est fidĂšle sans dĂ©fections depuis les origines. Le public d’Orange est unique car beaucoup plus jeune et dĂ©contractĂ© qu’ailleurs, trĂšs amateur de belles voix Ă©galement. Les ChorĂ©gies doivent se renouveler pour offrir des versions captivantes des Ă©ternels chefs d’Ɠuvre, toujours repris en boucle. Mais la magie du lieu ne se dĂ©ment jamais ou si rarement que le mauvais temps devient simple broutille. Ce soir a Ă©tĂ© venteux, trĂšs venteux, mais a Ă©tĂ© un grand soir d’opĂ©ra, un grand soir pour les ChorĂ©gies qui signent leur meilleure Traviata et l’un de leurs meilleurs spectacles. Et je n’ai pas Ă©tĂ© avare les autres Ă©tĂ©s dans mes descriptions des belles soirĂ©es sous les Ă©toiles. Ma voisine qui comme moi n’en est pas Ă  sa premiĂšre dizaine de Traviata, amoureuse de l’ouvrage et comme critique en a Ă©tĂ© d’accord : c’est la plus belle Traviata jamais vue ! Et pourtant celle de Ponnelle, Malfitano et Lombard  n’a Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ©e que de justesse


 

 

 

Orange, ChorĂ©gies 2016 : la sublime Traviata d’Ermonela Jaho

 

 

Violetta Valery est un personnage sublime et inoubliable. Mais hĂ©las trouver une trĂšs belle femme, fine et gracieuse Ă©voquant la fragilitĂ© des phtisiques est rarissime. Et la plupart des Traviata vocalement acceptables ne le sont pas du tout physiquement
 Et quand l’actrice bouscule tout (Natalie Dessay), la voix n’est pas lĂ  dans chacun des trois actes. Dirons nous que nous avons tout gagnĂ© avec la dĂ©fection de Diana Damrau ? Ce serait une muflerie mais cela pourrait ĂȘtre vrai

Si la voix d’Ermonela Jaho n’a pas la rondeur et la beautĂ© de certaines (Georghiu avec Solti ou Caballe au firmament avec PrĂȘtre), si elle n’a pas l’angĂ©lisme dans la rĂ©demption

 

 

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que certaines parviennent Ă  suggĂ©rer (De Los Angeles, Stratas, Cotrubas ), si le brillant n’a pas le pur diamant des soprano agiles (Gruberova, Moffo, Sutherland, Damrau), ce soir Ermolena a tout, absolument tout pour le rĂŽle. La beautĂ© de la femme, avec des bras d’une grĂące inouĂŻe, la franchise de l’actrice, la mĂ©lancolie sous les atours de la fĂȘte : tout cela tient de l’incarnation majeure. La dĂ©solation rendue par un jeu minimaliste, la maigreur du visage et l’oeil vide Ă  l’acte trois avec la transe finale est d’un gĂ©nie qui n’est pas sans Ă©voquer Callas. Cette Traviata ne peut se quitter des yeux et son absolu zĂ©nith est Ă  l’acte dernier qui est tout simplement anthologique.
L’évolution du personnage relĂšve une grande actrice aux facettes multiples. Femme de vie brillante mais dĂ©sespĂ©rĂ©e au prologue, amoureuse apaisĂ©e et digne Ă  l’acte un, femme du monde dĂ©truite a l’acte deux et femme faite Amour Ă  l’acte trois.

Vocalement Ermonela Jaho a les trois voix de la Traviata. Vocalises et trilles prĂ©cis avec aigus mais sans l’inutile contre-mi pour le prologue. Mais ce sont surtout les couleurs, les nuances et le phrasĂ© qui sont de grande classe belcantiste. Son slancio verdien, fait d’un phrasĂ© ample et souple sur un souffle infini rĂ©siste ce soir au mistral Ă  l’acte un. Son « Amami Alfredo » nous glace le sang. La maniĂšre royale dont elle domine sans efforts le grand final de l’acte deux appartient aux grands sopranos verdiens. Puis Ă  l’acte trois, c’est le drame fait voix, le jeux avec les voiles blancs et le vent, la fusion avec le chef et l’orchestre qui atteignent au sublime. Des sons filĂ©s aĂ©riens, ceux qui faisaient se pĂąmer les callassiens du paradis de la Scala, une longueur de souffle qui fait se distendre les phrases, abolissant le temps et l’espace. « Se una pudica vergine » est un moment magique, sous la nuit Ă©toilĂ©e avec un vent enfin apaisĂ©. Le piano flotte jusque sur la colline, et envahit le cƓur de la plus noire tristesse, inouĂŻe sensation de beautĂ© sublime…
Le travail pourtant trĂšs court (8 jours !) avec le chef a du ĂȘtre un coup de foudre musical tant maestro Rustoni a portĂ© au firmament du beau son d’orchestre pour cette Traviata lĂ .

Le dernier acte, et je le redis, tient du miracle. L’orchestre de Bordeaux-Aquitaine a Ă©tĂ© magnifique en tout. Il se pourrait bien en effet que ce trĂšs jeune chef, que l’opĂ©ra de Lyon va s’attacher Ă  la rentrĂ©e, ait des qualitĂ©s de brillant et de sĂ©rieux, un enthousiasme proche de la transe qui en fasse le meilleur chef verdien Ă  venir. Dirigeant pas cƓur, ce qui est bien utile dans le tempĂȘte venteuse de ce soir,  il dit toutes les paroles, a l’Ɠil sur chaque instrumentiste, ne semble pas lĂącher un seul instant les chanteurs ou le chƓur. L’élĂ©gance de sa direction et son charisme, sont ceux d’une trĂšs grand chef. Son sens du tempo exact avec toute la libertĂ© Ă  donner au chant, mais sans aucune complaisance ou mollesse, la maniĂšre dont il chauffe les nuances au plus loin, celle dont il obtient de l’orchestre des couleurs d’une richesse incroyable. Tout cela  trĂšs loin, de la grande guitare que de pauvres fous entendent dans le verdi de jeunesse. Il obtient une tension dramatique toujours entretenue et un rythme impeccable. Une Traviata de chef et de soprano au sommet aurait dĂ©jĂ  suffi Ă  notre plus grand bonheur. Il faut bien dire pourtant que tout le reste a Ă©tĂ© Ă  cette hauteur.

La mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ© est intelligente et sobre, les costumes de Diego MĂ©ndez Casariego  sont de toute beautĂ© ; ils prennent bien le vent. L’unique dĂ©cor reprĂ©sente un grand miroir symbole dans lequel Violetta se cherche un avenir et miroir de ses sentiments. Les projections sont pleines de symboles et peu nombreuses. Des gouttes d’eau comme des larmes pour la fin, un arbre tout feuillu qui meurt aprĂšs l’intervention de Germont pĂšre et des lustres pour le luxe des fĂȘtes mondaines.
Francesco Meli  est un Alfredo Ă©lĂ©gant et bien chantant, capable de tendresse comme d’emportements sans brutaliser son beau timbre. Annina, Anne-Marguerite Werster, Ă©meut par une belle compassion ainsi que le docteur Grendvilles de Nicolas Teste d’une trĂšs belle prĂ©sence vocale et scĂ©nique. Placido Domingo a toujours le mĂȘme plaisir Ă  chanter ; il a une formidable prĂ©sence sur scĂšne. Lui qui a Ă©tĂ© un Alfredo de rĂȘve est un Germont-pĂšre singulier. Il en remontre Ă  bien des barytons tout en gardant la lumiĂšre de son timbre. Dans les ensembles, le brillant lui permet de faire entendre trĂšs clairement sa ligne. Troublante Ă©coute car le pĂšre Germont est trĂšs proche d’Alfredo. Il incarne une parole populaire : l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions. Il est en effet un pĂšre plus qu’un bourreau mais accĂ©lĂšre le drame sans s‘en rendre compte. Placido Domingo obtient un succĂšs personnel trĂšs important de son public. Son charisme reste intact.
Les chƓurs sont beaux tant scĂ©niquement que vocalement. Ce qui est toujours impressionnant Ă  Orange, c’est l’homogĂ©nĂ©itĂ© obtenue par le mĂ©lange de trois chƓurs, Avignon, Nantes et Marseille, et l’absence de dĂ©calage sur toute la largeur de cette immense scĂšne.

Un trĂšs beau spectacle avec en vedette une Traviata proche de l’idĂ©al vocal et surtout scĂ©nique en la sensationnelle Ermonela Jaho, portĂ©e par un grand chef, Daniele Rustoni.
Signalons qu’Ermonela Jaho a Ă©tĂ© la Diva Assoluta des ChorĂ©gies 2016. Sa Butterfly ayant ravi tous les cƓurs au mois de juillet qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Vivement l’étĂ© prochain Ă  Orange !

Compte-rendu OpĂ©ra ; Orange, ChorĂ©gies 2016 ; ThĂ©Ăątre Antique, le  6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes et un prologue sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs le roman d’Alexandre Dumas fils, la Dame aux camĂ©lias ; Mise en scĂšne, Louis DĂ©siré  ; Assistants Ă  la mise en scĂšne, Jean-Michel Criqui et Didier Kersten ; ScĂ©nographie et costumes, Diego MĂ©ndez Casariego ; Assistants Ă  la scĂ©nographie et aux costumes, Nicolo Cristiano ; Eclairages, Patricc MĂ©eĂŒs ; Avec : Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Flora Bervoix, Ahlima Mhamdi ; Annina, Anne-Marguerite Werster ; Alfredo Germont, Francesco Meli ; Giorgo Germon, Placido Domingo ; Gastone di LetoriĂšres, Christophe Berry ; Il Barone Duphol, Laurent Alvaro ; Il Marchese d’Obigny, Pierre Doyen ; Il Dottore Grenvil, Nicolas Teste ; Guiseppe, Remy Mathieu ; ChƓur d’Angers-Nantes OpĂ©ra, chef de chƓur : Xavier Ribes ; ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon, chef de chƓur : Aurore Marchand ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille, chef de chƓur : Emmanuel Trenque ; Orchestre National Bordeaux-Aquitaine ; Direction musicale : Daniele Rustoni.

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 3 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata par Ermonela Jaho. Triomphe de la soprano albanaise au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange


Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 3 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata par Ermonela Jaho. Triomphe de la soprano albanaise au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange


TENDRE ET TRAGIQUE 
 Comme dans le cas de Butterfly ou Tosca, c’est toujours la musique qui fixe dans l’imaginaire collectif une Ɠuvre tirĂ©e du roman ou du thĂ©Ăątre, ici, des deux. Remarquons que, mĂȘme avec Greta Garbo et Robert Taylor, le film de George Cukor, Le Roman de Marguerite Gautier, de 1936, considĂ©rĂ© comme un chef-d’Ɠuvre, n’est plus qu’une curiositĂ© pour cinĂ©philes. En revanche, le fameux air du champagne, « Libiam ! » et l’air de Violetta « Sempre libera  » sont sĂ»rement connus mĂȘme de gens ne mettant jamais les pieds Ă  l’opĂ©ra. Puissance de la musique qui a donnĂ© une forme dĂ©finitive au drame humain de la fille de joie Ă  grand prix achetĂ©e, perdue et sauvĂ©e, rachetĂ©e par l’amour.

 

 

 

La courtisane historique

 

 

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402FatalitĂ© des reprises des Ɠuvres phare du rĂ©pertoire lyrique, nous voilĂ  encore Ă  reprendre, mais enrichie, l’aventure de cette traviata, ‘dĂ©voyĂ©e’, sortie de la voie’, de la bonne voie s’entend, de cette Violetta ValĂ©ry verdienne tirĂ©e du roman autobiographique La Dame aux camĂ©lias (1848) d’Alexandre Dumas fils : il en fera un mĂ©lodrame en 1851, qui touchera Verdi. C’est sa musique qui fixe dans l’imaginaire collectif le drame humain de la courtisane rĂ©dimĂ©e par l’amour. De son vrai nom Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis (1824-1847),puis tout de mĂȘme comtesse de PerrĂ©gaux par son mariage Ă  Londres, un an avant sa mort, avec un jeune amant noble qui ne l’abandonnera jamais, et lui offrira mĂȘme, arrachant son corps Ă  la fosse commune des indigents, le tombeau, toujours fleuri, que l’on peut voir au cimetiĂšre de Montmartre, inspire Ă  Dumas fils, amant de cƓur, le personnage de Marguerite Gautier qu’il fait entrer dans la lĂ©gende. AprĂšs une enfance misĂ©rable et divers petits mĂ©tiers, dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre Ă  seize ans, contrairement Ă  tant d’autres de ses consƓurs, elle avait appris Ă  lire et Ă  Ă©crire, s’Ă©tait Ă©duquĂ©e mondainement et cultivĂ©e et tenait mĂȘme un salon frĂ©quentĂ© par des artistes et des Ă©crivains, dont Gautier et pas moins que Liszt, elle fut sa maĂźtresse, il envisageait de vivre avec elle : dans une lettre elle le supplie de la prendre avec lui dans une de ses tournĂ©es qui l’amenait en Turquie. Par sa grĂące et ses grĂąces, c’Ă©tait une maĂźtresse que l’on pouvait afficher sans honte dans le demi-monde sinon le monde, entretenue luxueusement par des amants qui se la disputaient, arborant dans ses cheveux dans sa loge au thĂ©Ăątre ou en calĂšche au Bois, dit-on, le fameux camĂ©lia blanc, signal des jours « ouvrables » pour les clients et rouge pour les jours d’indisposition fĂ©minine, ou pour les amateurs. Elle meurt Ă  vingt-trois ans de tuberculose, criblĂ©e de dettes, et le roman de Dumas fils commence par la vente aux enchĂšres de ses biens, ses meubles (il lui en restait assez) pour dĂ©frayer ses crĂ©anciers. Le jeune et (relativement) pauvre Alexandre, son amant durant un an, offrira plus tard Ă  Sarah Bernhardt, pour la remercier d’avoir assurĂ© le triomphe mondial de sa piĂšce, sa lettre de rupture avec celle qu’on appelait la Dame aux camĂ©lias, dont il rĂ©sume l’un des aspects cachĂ©s du drame vĂ©cu :

«  Ma chĂšre Marie, je ne suis pas assez riche pour vous aimer comme je voudrais, ni assez pauvre pour ĂȘtre aimĂ© comme vous voudriez  »

Ne pouvant ni l’entretenir, ni ĂȘtre entretenu par elle, il deviendra cĂ©lĂšbre et riche avec son drame qui raconte le sacrifice de la courtisane ruinĂ©e, exigĂ© par le pĂšre de son amant, redoutant que les amours scandaleuses de son fils avec une poule de luxe ne compromettent le mariage de sa fille dans une famille oĂč la morale fait loi. Et l’argent : on craint que le fils prodigue ne dilapide l’hĂ©ritage familial en cette Ă©poque, oĂč le ministre Guizot venait de dicter aux bourgeois leur grande morale : « Enrichissez-vous ! » Bourgeoisie triomphante, pudibonde cĂŽtĂ© cour mais dĂ©pravĂ©e cĂŽtĂ© jardin, jardin mĂȘme pas trĂšs intĂ©rieur, cultivĂ© au grand jour des nuits de dĂ©bauche officielles avec des « horizontales », des hĂ©taĂŻres, des courtisanes ou de pauvres grisettes ouvriĂšres, affectĂ©es (et infectĂ©es) au plaisir masculin que les messieurs bien dĂ©nient Ă  leur femme lĂ©gitime.

 

 

 

RÉALISATION

 

 

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DĂ©jĂ  « vĂ©riste », naturaliste par un sujet contemporain qui fit scandale, rĂ©aliste donc par le thĂšme mais dĂ©rĂ©alisĂ©e par une musique belcantiste virtuose et une langue littĂ©raire dont les tournures concises et recherchĂ©es frĂŽlent la prĂ©ciositĂ© baroque, bourrĂ©e d’hyperbates, des renversements de l’ordre syntaxique naturel (« D’Alfredo il padre in me vedete », ‘D’Alfred en moi le pĂšre voyez’ , « Dunque in vano trovato t’avró », ‘Donc, en vain trouvĂ© je t’aurai’, « Conosca il sacrifizio/ Ch’io consumai d’amore », ‘Qu’il connaisse le sacrifice/ Que je consommai d’amour’, etc), La traviata, malgrĂ© deux scĂšnes de fĂȘte, est un opĂ©ra intimiste et semble s’opposer aux grands dĂ©ploiements exigĂ©s par le gigantisme du thĂ©Ăątre antique. Diego MĂ©ndez Casariego qui, avec de sobres et funĂšbres costumes noirs, en signe la scĂ©nographie, s’en tire par une Ă©lĂ©gante solution : un miroir, symbole de l’intime, de l’interrogation sur soi, de l’introspection, d’autant plus chez une femme dont les appas sont le fonds de commerce, est portĂ© ici Ă  l’Ă©chelle du lieu, immense, occupe sans encombrer le fond de la scĂšne, le fameux mur. BrisĂ© comme un rĂȘve trop grand dont les dĂ©bris jonchent le sol, avec un centre obscur pour une traversĂ©e des apparences, un passage symbolique de l’autre cĂŽtĂ© du miroir, de la vie, il a un cadre dorĂ© Ă©galement ruinĂ©, dont des morceaux, en perspective de fuite, figurent une scĂšne dans la scĂšne, thĂ©Ăątre du monde, du demi-monde et sa vanitĂ© des vanitĂ©s : des lustres luxueux projetĂ©s sur la glace et les murs sont la mesure des fastueuses fĂȘtes, juste des reflets donc, mais, Ă  jardin, un vrai lustre Ă©croulĂ© au milieu de chaises Second Empire dorĂ©es au siĂšge de velours rouge occupĂ©es par des hommes en noir et, Ă  cour, un massif, un parterre de fleurs blanches (des camĂ©lias?), est comme une tombe future autour de laquelle tournoient des femmes aussi en noir. Au milieu du plateau trĂŽne une mĂ©ridienne noire, lit de repos dĂ©jĂ  Ă©ternel : cercueil. Cet ensemble Ă©purĂ© et symbolique semble, Ă  l’Ă©chelle prĂšs, un allĂ©gorique dĂ©cor d’austĂšre autocramental espagnol, une VanitĂ© baroque. Des projections d’arbres allĂšgeront la charge funĂšbre globale pour l’acte II et le rĂȘve de survie de la fin. De simples Ă©charpes rouges pour les dames et des Ă©ventails Ă©gayeront la fĂȘte de l’acte III, Ă©vacuant avec Ă©lĂ©gance le ridicule habituel de la scĂšne des grotesques toreros. C’est d’un raffinement d’Ă©pure.

La mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ© s’y glisse, s’y coule, avec la beautĂ© sans surcharge d’une Ă©lĂ©gance noble, sans simagrĂ©es ni gestes outrĂ©s, qui joue avec une Ă©motion contenue, sur la tendresse qui lie les personnages, mĂȘme le pĂšre odieux en gĂ©nĂ©ral, ici Ă©mouvant d’affection filiale pour elle qui pourrait ĂȘtre sa fille. Leur comprĂ©hension mutuelle est touchante, humainement vraie dans un juste jeu d’acteurs, comme la caresse et la gifle au fils.

DĂšs l’ouverture animĂ©e, la foule noire se presse et oppresse Violetta seule dans « ce populeux dĂ©sert appelĂ© Paris », singularisĂ©e par sa robe rouge, dĂ©signĂ©e victime d’un sacrifice Ă  venir. MĂȘme le fameux et joyeux « brindisi » enserre les hĂ©ros qui ne semblent jamais Ă©chapper, hors la parenthĂšse de la campagne, Ă  l’omniprĂ©sent et pesant regard du monde sur leur intimitĂ©. Le monologue troublant de Violetta, « È strano  », devant le seuil de ce miroir brisĂ©, le passage Ă  l’acte de la rupture avec l’ancienne vie, est finement figurĂ© par l’abandon respectif des amants dont elle refuse cette toujours prĂ©sente fleur au profit de celle offerte Ă  Alfredo qu’il rapportera fanĂ©e mais florissante de l’Ă©closion de l’amour.

 

 

 

INTERPRÉTATION

 

 

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DĂšs le prĂ©lude, cette douce et poignante brume qui semble se lever et ne devoir jamais finir, est Ă©tirĂ©e vers un infini insondable, tissĂ©e comme une douce soie par le jeune chef Daniele Rustioni. Pour la premiĂšre fois aux ChorĂ©gies, il ne cĂšde pas au piĂšge du grossissement dans le gigantisme du lieu : d’entrĂ©e on sent qu’on est dans une direction musicale d’une qualitĂ© supĂ©rieure. Il estompe avec dĂ©licatesse les « zin-zin /boum-boum » d’un accompagnement de facile fĂȘte foraine de Verdi dans la deuxiĂšme partie de cette ouverture. À la tĂȘte des remarquables ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, Avignon et Marseille, dirigeant avec ardeurl’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, il en transcende avec finesse les pupitres, exaltant la palette des timbres et attache une attention que l’on dirait amoureuse aux solistes, les accompagnant en finesse sans jamais les mettre en danger, tout adonnĂ©, engagĂ© en actions physiques expressives dans la musique, la mimique et le jeu. Il faudrait rĂ©entendre comme il enfle le son au grĂ© de la messa di voce de l’exceptionnelle Ermonela Jaho qui augmente le volume passionnel de sa voixdans son dĂ©chirant « Amami Alfredo ! » : c’est une vague, une houle musicale et Ă©motionnelle qui dĂ©ferle sans noyer l’interprĂšte oĂč tant d’autres se perdent.

À l’Ă©vidence, il y a eu beaucoup d’intelligence et de travail entre le plateau et la fosse pour donner Ă  cette Ɠuvre tragique toute la tendresse humaine dont elle ne dĂ©borde pas Ă  premiĂšre vue dans ce monde cynique et cruel d’un plaisir pas toujours trĂšs raffinĂ©. Tout est traitĂ©, scĂ©niquement et musicalement, dans la nuance. Tous les personnages, mĂȘme Ă©phĂ©mĂšres, sont bien campĂ©s (Giuseppe, RĂ©my Matthieu, Annina, la fidĂšle et douce servante, Anne-Marguerite Werster, le fidĂšle aussiGrenvil Ă  belle voix sombre de Nicolas TestĂ©) ; Flora et le Marquis ne sont pas seulement un couple de comĂ©die, mais des amis attentifs aux leurs, Ă  Violette et Alfredo (Ahlima Mhandi , Christophe Berry)
; mĂȘme le Baron (Laurent Alvaro), le protecteur officiel de Violetta, s’il empoche (pour elle, pour lui?) l’argent qu’Alfredo lui a gagnĂ© au jeu et n’a pas jetĂ© au visage de son amante mais plus Ă©lĂ©gamment remis entre ses doigts, paraĂźt ĂȘtre solidaire de celle qui l’avait pourtant abandonnĂ© et pour laquelle il sera blessĂ© en duel.

Dans cette prestigieuse distribution, la dĂ©couverte, ce fut le tĂ©nor Francesco Meli en Alfredo, amant choisi, heureux mais se croyant trahi, fils potentiellement prodigue puis contrit, homme entretenu sans le savoir et dĂ©sespĂ©rĂ© de le savoir. La voix est large, passant aisĂ©ment la rampe orchestrale et la distance, le timbre chaud et, malgrĂ© un vibrato trĂšs vite corrigĂ©, il cisĂšle tout en douceur les nuances de ce rĂŽle, semblant se chanter Ă  lui-mĂȘme et non triomphalement tonitruer son air ardent mais intĂ©rieur comme une confidence d’un jeune homme Ă©lu, Ă©merveillĂ© par l’amour d’une femme que tous dĂ©sirent. C’est du grand art au service non du chanteur mais d’un rĂŽle.

On ne dĂ©couvre pas PlĂĄcido Domingo, lĂ©gende vivante du monde lyrique que cinĂ©ma, tĂ©lĂ©vision ont popularisĂ© mondialement et « divinisé », s’il n’Ă©tait si attentivement humain aux jeunes talents qu’il favorise, par ailleurs directeur d’OpĂ©ras, chef d’orchestre en plus de demeurer le grand tĂ©nor aux cent-cinquante rĂŽles qu’il a tous marquĂ©s et qui, en Espagnol fidĂšle au rĂ©pertoire populaire hispanique trop mĂ©connu, comme Kraus, CaballĂ©, Berganza, los Ángeles, Carreras et autres grands interprĂštes espagnols, a portĂ© aux quatre coins du monde les charmes de la zarzuela ibĂ©rique, dont il a mĂȘme imposĂ© certains airs comme passage obligĂ© des tĂ©nors d’aujourd’hui. CrĂ©ateur donc autant qu’interprĂšte exceptionnel. On le retrouvait en baryton, tessiture de ses dĂ©buts, et qu’il a toujours frĂ©quentĂ©e de prĂšs dans les grands rĂŽles de fort tĂ©nor au mĂ©dium corsĂ© comme Othello ou Canio, oĂč sa couleur et puissance faisaient merveille. Ici, en baryton verdien tirant vers l’aigu, il Ă©tait un Germont pĂšre, dĂ©marche lourde sous le poids autant de l’Ăąge que de l’expĂ©rience, dĂ©cidĂ© Ă  rĂ©gler une affaire mais vite freinĂ© par les scrupules, la compassion et mĂȘme la complicitĂ© avec son interlocutrice : il s’attend Ă  trouver une courtisane vulgaire et avide et trouve cette jeune femme fragile et forte aux bonnes maniĂšres, amoureuse d’un fils qu’il aime et quelque chose passe entre eux. Tout cela est sensible dans le jeu, les hĂ©sitations, les gestes Ă©bauchĂ©s (remarquable travail d’acteur). S’il donne aux fioritures de son air sur la beautĂ© Ă©phĂ©mĂšre de Violetta le tranchant cruel des Ă©vidences, il fait des appoggiatures de la sorte de berceuse Ă  son fils, « Di Provenza, il mare il sol  », de vĂ©ritables sanglots dans le passage  « Ah , tuo vecchio genitor, tu non sai quanto sofri ! »

On ne cesse de dĂ©couvrir Ermonela Jaho : Micaela, Butterfly, dĂ©jĂ  Ă  Orange, Mireille, Manon, Marie Stuarda, Anna Bolena, ailleurs, etc, elle m’a toujours confondu d’admiration par ce qui semblait l’identification exacte, vocale, physique et scĂ©nique Ă  un rĂŽle. Or, les rĂŽles changent et le mĂȘme bonheur d’adĂ©quation s’impose Ă  l’Ă©couter, la voir. Sa Butterfly paraissait unique et bouleversait par son sacrifice intime et grandiose. En Violetta, dans la premiĂšre partie de l’acte I, courtisane adulĂ©e, brillante, lĂ©gĂšre, coquette, la voix brille, s’Ă©lĂšve, badine, cocotte, cascade de rires face Ă  Alfredo avec une joliesse irrĂ©sistible, l’Ă©mission facile farde dĂ©licatement toute la technique : l’art, cachĂ© par l’art semble tout naturel. GagnĂ©e par l’amour enveloppant des phrases du jeune homme, elle change de tessiture en apparence, plonge dans le grave du soprano dramatique, mĂ©dium moelleux, mallĂ©able de l’introspection et bondit dans le vertige virtuose de la frivolitĂ©. Elle nous Ă©pargne le faux contre mi bĂ©mol inutilement surajoutĂ© Ă  la partition par des voix trop lĂ©gĂšres et s’en tient aux quatre contre rĂ© bĂ©mols vocalisants vraiment voulus par Verdi, vraie couleur du morceau et vĂ©ritĂ© d’une femme qui n’est pas un rossignol mĂ©canique, mais un tendre oiseau Ă  l’envol vite brisĂ©. Nous sommes au thĂ©Ăątre, Ă  l’opĂ©ra : tout y est vrai et tout est faux. Mais Ermonela Jaho, sans rien sacrifier de la beautĂ© de la voix expressive, est tellement crĂ©dible, si douloureusement vraie en mourante que, pris par l’intensitĂ© de son jeu, on s’Ă©tonne ensuite, aux bravos, qu’elle rĂ©apparaisse si vivante.

Sauvant la production en remplaçant au pied levĂ© Diana Damrau souffrante, aprĂšs son inoubliable aussi Butterfly, elle est sacrĂ©e Reine des ChorĂ©gies 2016 dont le succĂšs couronne sans faille le flair de l’autre triomphateur qui les aura programmĂ©es : Raymond Duffaut.

Compte rendu, opéra. Orange, Chorégies, le 3 août 2016.  VERDI : La Traviata par Ermonela Jaho. Daniele Rustioni, direction

A l’affiche des ChorĂ©gies d’Orange, les 3 et 6 aoĂ»t 2016

Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes (Xavier Ribes), Avignon (Aurore Marchand) et Marseille (Emmanuel Trenque) – Direction musicale : Daniele Rustioni
Mise en scĂšne : Louis DĂ©siré ; ScĂ©nographie et costumes : Diego MĂ©ndez Casariego ; LumiĂšres : Patrick MĂ©uĂŒs.

Distribution :

Violetta Valéry : Ermonela Jaho ;
Flora Bervoix : Ahlima Mhandi  ;

Annina : Anne-Marguerite Werster.

Alfredo Germont : Francesco Meli ; Giorgio Germont : Placido Domingo ;
Gastone di LetoriÚres : Christophe Berry
:Il barone Douphol ; Laurent Alvaro :Il marchese d’Obigny : Pierre Doyen ; Il Dottore Grenvil : Nicolas Testé ; Giuseppe, RĂ©my Matthieu.

Illustrations : © Philippe Gromelle, sauf premiÚre photo : Anne-MargueriteWerster (Annina) au chevet de Ermonela Jaho (Violetta) / © Abadie Bruno & Cyril Reveret

Diana Damrau chante La Traviata aux ChorĂ©gies d’Orange 2016

france3 logo 2014France 3. Verdi : La Traviata, mercredi 3 aoĂ»t 2016,21h30. En direct d’Orange, Diana Damrau se confronte au plein air et Ă  l’immensitĂ© du ThĂ©Ăątre Antique pour exprimer l’intimitĂ© tragique d’un destin sacrifiĂ© : celui de la jeune courtisane parisienne Alphonsine Duplessis, devenue d’Alexandre Dumas fils Ă  Verdi Ă  l’opĂ©ra, Violetta ValĂ©ry. La diva germanique a dĂ©jĂ  chantĂ© Ă  maintes reprises le rĂŽles Ă©crasant de La Traviata (la dĂ©voyĂ©e) : Ă  la Scala, et rĂ©cemment dans la mise en scĂšne finalement trĂšs classique et sans poĂ©sie de BenoĂźt Jacquot, sur les planches de l’OpĂ©ra Bastille : un dvd en tĂ©moigne (ERATO, live de juin 2014 : lire notre critique du dvd La Traviata avec Diana Damrau).

GLEYRE-dessin-academiqueTRAVIATA, UN MYTHE SACRIFICIEL
 Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique. En Ă©pinglant l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Verdi rĂšgle ses comptes avec la lĂąchetĂ© sociale, celle qu’il eut Ă  combattre alors qu’il vivait en concubinage avec la cantatrice Giuseppina Strepponi : quand on les croisait dans la rue, personne ne voulait saluer la compagne scandaleuse. La conception de l’opĂ©ra suit la dĂ©couverte Ă  Paris de la piĂšce de Dumas en mai 1852. L’intrigue qui devrait se dĂ©rouler dans la France baroque de Mazarin, porte au devant de la scĂšne une femme de petite vertu mais d’une grandeur hĂ©roĂŻque bouleversante. Figure sacrificielle, Violetta est aussi une valeureuse qui accomplit son destin dans l’autodĂ©termination : son sacrifice la rend admirable. Le compositeur rĂ©invente la langue lyrique : sobre, Ă©conome, directe, et pourtant juste et intense. La grandeur de Violetta vient de sa quĂȘte d’absolu, l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©prouvĂ©, interdit. Patti, Melba, Callas, Caballe, Ileana Cotrubas, Gheorghiu, Fleming, rĂ©cemment Annick Massis ou Sonya Yoncheva ont chantĂ© les visages progressifs de la femme accablĂ©e mais rayonnante par sa solitude digne. L’addio del passato au II, qui dresse la sacrifiĂ©e contre l’ordre moral, est le point culminant de ce portrait de femme Ă  l’opĂ©ra. Un portrait inoubliable dans son parcours, aussi universel que demeure pour le genre : MĂ©dĂ©e, et avant elle Armide et Alceste, puis Norma. Femme forte mais femme tragique.

damrau-diana-traviata-bastille-575Le timbre rond et agile de la coloratoure doit ici exprimer l’intensitĂ© des trois actes qui offre chacun un Ă©pisode contrastĂ© et caractĂ©risĂ©, dans la vie de la courtisane dĂ©voyĂ©e : l’ivresse insouciante du premier acte oĂč la courtisane dĂ©jĂ  malade s’enivre d’un pur amour qui frappe Ă  sa porte (Alfredo); la douleur ultime du sacrifice qui lui est imposĂ© au II (Ă  travers la figure Ă  la fois glaçante et paternelle de Germont pĂšre); enfin sous une mansarde du Paris romantique, sa mort misĂ©rable et solitaire au III. Soit 3 visages de femme qui passent aussi par une palette de sentiments et d’affects d’un diversitĂ© vertigineuse. C’est pour toutes les divas sopranos de l’heure, – et depuis la crĂ©ation de l’opĂ©ra Ă  la Fenice de Venise en mars 1853, un dĂ©fi autant dramatique que vocale, dĂ©voilant les grandes chanteuses comme les grandes actrices. La distribution des ChorĂ©gies d’Orange 2016 associe Ă  Diana Damrau dans le rĂŽle-titre, Francesco Meli (Alfredo), Placido Domingo (Germont pĂšre). Daniele Rustioni, direction musicale. Louis DĂ©sirĂ©, mise en scĂšne.

En direct sur France 3 et culturebox, mardi 3 aoĂ»t 2016 Ă  21h30. A l’affiche du ThĂ©Ăątre Antique, Ă©galement le 6 aoĂ»t 2016 Ă  21h30.

Compte-rendu, opéra. LiÚge, Opéra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scÚne. Francesco Cilluffo, direction musicale.

CrĂ©Ă©e en 2009 Ă  l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, reprise en 2012, cette production de La Traviata de Giuseppe Verdi – signĂ©e par Stefano Mazzonis di Pralafera, Ă©galement directeur artistique et gĂ©nĂ©ral de l’institution liĂ©geoise – est redonnĂ©e in loco avec une distribution entiĂšrement diffĂ©rente.

 

 

Traviata

 

 

La soprano d’origine roumaine Mirella Gradinaru est une Violetta trĂšs convaincante, affrontant sans sourciller les coloratures de l’acte I, malgrĂ© quelques notes stridentes. Mais c’est face Ă  Germont que cette Traviata se rĂ©vĂšle, intelligente et Ă©mouvante, comĂ©dienne et chanteuse accomplie : « Dite alla giovine », attaquĂ© sur le fil de voix, sera un moment d’exception, de mĂȘme que son « Adddio del passato », longuement saluĂ© par la salle.

Dans le rĂŽle d’Alfredo, le jeune tĂ©nor espagnol Javier TomĂ© Fernandez a pour lui un timbre plutĂŽt sĂ©duisant et d’incontestables moyens naturels, mais l’assise technique doit encore ĂȘtre travaillĂ©e car des soucis rĂ©currents de justesse se font jour, ainsi que des problĂšmes de souffle perceptibles notamment dans le fameux air « De’ miei bollenti spititi ». Le Germont du baryton italien Mario Cassi est plus faible, avec un fĂącheuse tendance Ă  chanter « vĂ©riste » et Ă  faire « du son », au mĂ©pris le plus Ă©lĂ©mentaire du style et du phrasĂ© verdiens. Il se montre Ă©galement incapable d’exprimer – que ce soit vocalement ou scĂ©niquement – la moindre empathie ou compassion que son personnage est censĂ© Ă©prouvĂ© Ă  la fin de la scĂšne du duo avec Violetta. Dommage…

Dans la mise en scĂšne de Stefano Mazzonis di Pralafera, la critique sociale est plus fĂ©roce que jamais. Mais, contrairement Ă  d’habitude, le sommet de la cruautĂ© n’est pas atteint par avec la diabolique intervention de Germont pĂšre. C’est ici beaucoup plus l’inhumanitĂ© d’une sociĂ©tĂ© tout entiĂšre qui est en cause, que les mesquines dĂ©marches d’un bourgeois soucieux de considĂ©ration. Pour le reste, nous renvoyons le lecteur vers les judicieux commentaires de notre confĂšre Adrien de Vries qui avait rendu compte de la reprise du spectacle en 2012. (Compte rendu critique, opĂ©ra : La Traviata de Verdi à l’OpĂ©ra royal de Wallonie, LiĂšge, 2012)

Le jeune chef italien Francesco Cilluffo allie rigueur musicale et sens du thĂ©Ăątre, Ă  la tĂȘte d’un excellent Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, et d’un trĂšs bon chƓur. L’enthousiasme de ce dernier Ă  jouer les intermĂšdes des gitanes et des matadors et la soliditĂ© des rĂŽles de complĂ©ment achĂšvent de faire de ce spectacle un succĂšs auprĂšs du public liĂ©geois.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Violetta Valery : Mirela Gradinaru ; Alfredo Germont : Javier TomĂ© FernĂĄndez ; Giorgio Germont : Mario Cassi ; Flora Bervoix : Alexise Yerna ; Gastone de LetoriĂšres : Papuna Tchuradze ; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Patrick Delcour ; Dottor Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Annina : Laura Balidemaj. Mise en scĂšne : Stefano Mazzonis di Pralafera ; DĂ©cors : Edoardo Sanchi ; Costumes : Kaat Tilley ; LumiĂšres : Franco Marri. Francesco Cilluffo, direction musicale.

 

 

PARIS, MONTFERMEIL. TRAVIATA des villes et des champs…

galerie-dame-aux-camelias-12-e1444309149441PARIS, MONTFERMEIL. TRAVIATA des villes et des champs : 23 mai-2 juillet 2016. Deux productions totalement distinctes tant du point de vue artistique que sociĂ©tal et mĂȘme politique occupent simultanĂ©ment l’affiche de ce printemps et presque Ă©tĂ© 2016 : l’une, production luxueuse occupant les planches de l’OpĂ©ra Bastille avec dans le rĂŽle-titre, fidĂšle Ă  la programmation mĂ©diatique, une tĂȘte d’affiche prometteuse, rien de moins que la diva du moment, Sonya Yoncheva, qui des terres baroques (en apprentissage Ă  Ambronay pilotĂ©e alors par Leo Garcia Alarcon) s’affirme en diva dramatique, dans le chef d’oeuvre intimiste et tragique de Verdi… du 23 mai au 29 juin 2016 . Mais voilĂ  que pour le grand malheur des amateurs qui auront payĂ© le prix fort, la Yoncheva chante le rĂŽle pour quelques reprĂ©sentations (du 23 mai au 7 juin 2016) a annulĂ© ses engagements parisiens pour raisons familiales : elle est remplacĂ© par Maria Agresta, le 20 mai, puis du 11 au 29 juin 2016. Un cran plus bas quand mĂȘme.
C’est Ă  quelques km de Paris, dans le 93 : une autre expĂ©rience qui fusionne art lyrique et aventure collective Ă  l’Ă©chelle d’une ville : Montfermeil, oĂč depuis quelques annĂ©es, la municipalitĂ© propose aux citoyens rĂ©sidents et de façon bĂ©nĂ©vole, l’expĂ©rience d’une production chaque Ă©tĂ©, en un “son et lumiĂšre” qui rassemble, regroupe, fĂ©dĂšre les Ă©nergies locales. Le vivre ensemble s’organise de façon exemplaire et la culture surtout la musique, orchestrale et comme ici opĂ©ratique, par les disciplines aussi variĂ©es que complĂ©mentaires qu’elle engage, offre un Ă©crin des plus stimulants…

Giuseppe VerdiMONTFERMEIL : LA VILLE OPERA… A l’OpĂ©ra Bastille, La Traviata se dĂ©ploie dans la mise en scĂšne trĂšs conforme du rĂ©alisateur BenoĂźt Jacquot (les parisiens habituĂ©s aux grandes divas en crinolines, y ont dĂ©jĂ  applaudi Diana Damrau, dans cette scĂ©nographie qui est une reprise) ; les habitants de Montfermeil (300 personnes sur scĂšne et en coulisses) jouent “la Dame aux camĂ©lias”, en costumes historiques avec ballets de cavaliers et d’attelages… soulignant ainsi tout ce que Verdi doit au gĂ©nie d’Alexandre Dumas fils, en particulier Ă  son roman, paru en 1852, et quasi historique, inspirĂ© de la vie trop fugace d’une jeune courtisane aussi belle et irrĂ©sistible que condamnĂ©e (par la phtisie) : Alphonsine Duplessis qui meurt Ă  l’Ăąge canonique de… 23 ans en 1847.
A Paris comme Ă  Montfermeil, les auditeurs assisteront Ă  un vĂ©ritable spectacle lyrique, dĂ©fendu avec engagement par des interprĂštes impliquĂ©s. A Paris, la routine pourrait gagner certains esprits musiciens enchaĂźnant les soirĂ©es de reprĂ©sentation ; Ă  Montfermeil, rien de tel : l’idĂ©e de participer Ă  une expĂ©rience singuliĂšre et unique (une fois par an, aux portes de l’Ă©tĂ©), citoyenne et sociĂ©tale, – soulignant combien la culture doit ĂȘtre investie par chacun de nous pour redĂ©finir le vivre ensemble, pourrait galvaniser davantage les esprits rĂ©unis dans une aventure sans Ă©quivalent en France.

PARIS, Opéra Bastille
Verdi : La Traviata
reprise de la mise en scĂšne de BenoĂźt Jacquot
Jusqu’au 23 mai au 29 juin 2016
RESERVEZ

MONTFERMEILgalerie-dame-aux-camelias-12-e1444309149441
La Dame aux camĂ©lias d’aprĂšs La Traviata de Verdi
Les 23, 24, 25, 30 juin puis 1er et 2 juillet 2016
01 41 70 10 60
RESERVEZ

http://www.la-dame-aux-camelias.fr/

Devant la façade cÎté jardin du chùteau des CÚdres, demeure historique des XVIIÚ et XVIIIÚ. Le son & lumiÚre de Montfermeil existe depuis 1995.

Opéra, compte-rendu critique. Tours, Grand Théùtre, le 26 mai 2015. Giuseppe Verdi : La Traviata. Eleonore Marguerre, Sébastien Droy, Kristian Paul. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Nadine Duffaut, mise en scÚne

Cette Traviata qui clĂŽt la saison de la maison tourangelle, c’est avant tout une histoire d’amour entre un chef et sa Violetta. Rarement on aura vu une baguette Ă  ce point se mettre au service d’une chanteuse, la soutenir autant, suivre la moindre de ses inflexions pour lui permettre d’aller au bout de ses sons et de ses mots. C’est le miracle opĂ©rĂ© ce soir par Jean-Yves Ossonce et Eleonore Marguerre, pour les premiers pas de la soprano allemande dans ce rĂŽle mythique.

 
  

Triomphe pour Eleonore Marguerre dans le rÎle de Violetta Valéry

Un chef amoureux de sa trĂšs grande Violetta

 

traviatat2Un coup d’essai, vĂ©ritable coup de maĂźtre, qui nous fait traverser toute la reprĂ©sentation des larmes aux coins des yeux.  On se souvenait d’Eleonore Marguerre en FĂ©e dans la Cendrillon de Massenet Ă  l’OpĂ©ra du Rhin voilĂ  plus de dix ans, on l’avait aperçue furtivement dans le rĂŽle de Ghita Ă  Nancy au cours d’un mĂ©morable Nain de Zemlinsky il y a deux ans, quelle Ă©volution depuis ! Ce que l’instrument a perdu dans le suraigu, il l’a acquis dans un mĂ©dium somptueux qui conduit Ă  un aigu aussi riche qu’aisĂ©, de superbes notes hautes n’empĂȘchant en rien un grave habilement poitrinĂ©. Mais plus encore que la technicienne, d’une sĂ©curitĂ© totale, c’est devant l’artiste, immense, qu’il convient de s’incliner bien bas. Le rĂŽle semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© et mĂ»ri depuis bien longtemps, tant l’incarnation frappe avec Ă©vidence par sa justesse et sa sincĂ©ritĂ©. DĂšs les premiĂšres notes de « E strano », chantĂ©es dos au public, le regard perdu au milieu des flocons qui tombent le long des vitres du dĂ©cor, on pressent que cette Violetta sera de celles qui comptent. « Ah fors’ù lui » bouleverse : le phrasĂ© est dĂ©ployĂ© avec une Ă©lĂ©gance, une grĂące de mozartienne ; les mots sont ciselĂ©s comme rarement, chaque syllabe empreinte de sa propre force, presque recitar cantando, et pourtant chaque son demeure pleinement chantĂ©, vibrant et pleinement incarnĂ©. Les couleurs se succĂšdent, toujours trĂšs proches, jamais vraiment identiques, au grĂ© des strophes et des affects, jusqu’à une reprise de « Sempre libera » Ă  la tendresse inĂ©dite, comme finalement conquise par l’amour tant redoutĂ©.

 

Le deuxiĂšme acte met en valeur la tragĂ©dienne, toute de douleur contenue, culminant avec un « Dite alla giovine » Ă  fleur de lĂšvres et de cƓur, et un « Amami Alfredo » dĂ©bordant d’amour.

Le troisiĂšme acte achĂšve en apothĂ©ose ce portrait dĂ©jĂ  pleinement abouti de la courtisane verdienne. La lecture de la lettre, presque murmurĂ©e – y compris le funeste « E tardi » qu’elles sont trop nombreuses Ă  jeter au silence dans un cri de dĂ©sespoir –, amĂšne naturellement Ă  un « Addio del passato » comme Ă©clairĂ© par la lumiĂšre du Dieu dont elle implore la clĂ©mence, et achevĂ© sur une messa di voce infinie, du trĂšs grand art. Jusqu’au bout, on souffre avec cette Violetta ivre de vie et pourtant fragile comme un oiseau tombĂ© d’une branche.

 
 

CR TRAVIATA

 
 

Mais pareille rĂ©ussite n’aurait pas Ă©tĂ© possible sans Jean-Yves Ossonce, qui couve sa Violetta comme un trĂ©sor.  Il faut l’entendre tisser un vĂ©ritable tapis sonore sous les pas de sa chanteuse, lui tendre ses notes, guider l’orchestre au milieu de ses soupirs.  Un exemple entre mille : dans le duo « Parigi o cara », lorsque la soprano reprend le thĂšme, qu’il est bon de voir le chef ralentir sensiblement sa battue et ajuster son tempo afin de lui permettre ses plus beaux pianissimi, dans une osmose musicale totale.

 

traviatat5Face Ă  cette communion, le reste de la distribution demeure quelque peu en retrait, malgrĂ© d’excellentes performances. SĂ©bastien Droy incarne un Alfredo trĂšs attachant, excellent musicien et semblant avoir gagnĂ© en aisance dans l’aigu, mais dont l’émission audiblement trĂšs couverte et un rien engorgĂ©e manque de rayonnement. Il faut attendre le dernier duo et la dĂ©licatesse dans les piani qu’il permet pour profiter pleinement d’un chant simple et naturel de la part du tĂ©nor français. A ses cĂŽtĂ©s, Kristian Paul – remplaçant Enrico Marrucci initialement prĂ©vu – ne fait qu’une bouchĂ©e du rĂŽle de Germont grĂące Ă  sa voix aussi imposante que sa stature de gĂ©ant. Si le mĂ©dium apparaĂźt parfois charbonneux, l’aigu en revanche est d’une aisance totale, et l’interprĂšte ose de trĂšs belles nuances, peignant un portrait finalement touchant du terrible patriarche. Tous les seconds rĂŽles sont bien tenus, de la Flora veloutĂ©e de Pauline Sabatier au docteur percutant de Guillaume Antoine, en passant par l’omniprĂ©sente Annina de la sonore Blandine Folio Peres. La mise en scĂšne bien connue de Nadine Duffaut fonctionne toujours, depuis sa crĂ©ation Ă  Massy en 2006. Situant l’action au cƓur de l’HĂŽtel Lutetia durant l’Occupation, Violetta expirant, le crĂąne tondu, Ă  la LibĂ©ration, cette scĂ©nographie vaut surtout par ses somptueux dĂ©cors et ses beaux costumes, le talent des solistes et la musique de Verdi faisant le reste. Le maĂźtre de Busseto est superbement servi ce soir, grĂące aux chƓurs maison, toujours impeccablement prĂ©parĂ© par Emmanuel Trenque – dont c’était la derniĂšre production Ă  Tours, la suite de sa carriĂšre se dĂ©roulant dĂ©sormais Ă  Marseille –, et Ă  l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours en pleine forme, distillant de remarquables soli, notamment un superbe hautbois.

Le chef galvanise ses troupes, offrant une partition trÚs complÚte, incluant toutes les strophes des airs, y compris cabalettes et reprises, un vrai régal.

Une grande soirĂ©e durant laquelle l’émotion nous aura pris par surprise, grĂące Ă  la dĂ©couverte d’une nouvelle Violetta, d’ors et dĂ©jĂ  une trĂšs grande Violetta.

 

 

 

 

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 26 mai 2015. Giuseppe Verdi : La Traviata. Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Alexandre Dumas. Avec Violetta : Eleonore Marguerre ; Alfredo : SĂ©bastien Droy ; Germont : Kristian Paul ; Flora : Pauline Sabatier ; Annina : Blandine Folio Peres ; Gastone : Yvan Rebeyrol ; Baron Douphol : Ronan NĂ©dĂ©lec ; Marquis d’Obigny : François Bazola ; Docteur Grenvil : Guillaume Antoine. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scĂšne : Nadine Duffaut. Assistante mise en scĂšne : Patricia Horvarth ; Emmanuel Favre ; Costumes : GĂ©rard Audier ; LumiĂšres : Jacques Chatelet ; Assistant lumiĂšres : Olivier Verecchia ; ChorĂ©graphie : Tatiana Gomez ; Chef de chant ; Vincent Lansiaux

 

Illustrations: © François Berthon / Opéra de Tours 2015

 
 

Nouvelle Traviata Ă  Tours

verdi La TraviataTours, OpĂ©ra. Verdi : La Traviata. Les 20,22,24,26 mai 2015. InspirĂ©e de La Dame aux CamĂ©lias (Alexandre Dumas Fils), La Traviata est avant tout une histoire d’amour bouleversante et rĂ©aliste, dans laquelle le rĂŽle principal, -focus scandaleux-, est rĂ©servĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  une courtisane. Elle est jeune, jolie, surtout malade donc condamnĂ©e. Dumas fils doit faire mourir son hĂ©roĂŻne pour qu’elle expie ses fautes commises par irrĂ©vĂ©rence des convenances, au mĂ©pris de la morale bourgeoise…
Sobre et essentiellement intimiste, c’est Ă  dire huit clos Ă  3 personnages : la soprano amoureuse, le tĂ©nor “trahi”, le baryton (pĂšre la morale) -, La Traviata (la fourvoyĂ©e en italien), bouleverse par le sacrifice consenti par la pĂšcheresse, soucieuse de se sacrifier pour sauver l’honneur de la famille Germont, le fils qu’elle a aimĂ©, et le pĂšre qui le lui demande.

 

 

 

Reprise de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Violetta, mythe sacrificiel

 

Vague verdienne en juin 2014Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique. LIRE notre dossier spĂ©cial La Traviata Ă  Tours

 

 

 

boutonreservationLa Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Nadine Duffaut, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction

Reprise d’une production reprĂ©sentĂ©e Ă  Avignon en 2002

Mercredi 20 mai 2015 – 20h
Vendredi 22 mai 2015 – 20h
Dimanche 24 mai 2015 – 15h
Mardi 26 mai 2015 – 20h

Opéra en quatre parties
Livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Alexandre Dumas Fils
Création le 6 mars 1853 à Venise
Editions Salabert-Ricordi (Ă©dition critique)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Nadine Duffaut

Violetta Valéry : Eleonore Marguerre *
Flora Bervoix : Pauline Sabatier
Annina : Blandine Folio Peres *
Alfredo Germont : SĂ©bastien Droy
Giorgio Germont : Enrico Marrucci
Baron Douphol : Ronan NĂ©delec
Docteur Grenvil : Guillaume Antoine *
Gastone : Yvan Rebeyrol
Le Marquis : François Bazola

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

*dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

Reprise de La Traviata Ă  Tours

verdi La TraviataTours, OpĂ©ra. Verdi : La Traviata. Les 20,22,24,26 mai 2015. InspirĂ©e de La Dame aux CamĂ©lias (Alexandre Dumas Fils), La Traviata est avant tout une histoire d’amour bouleversante et rĂ©aliste, dans laquelle le rĂŽle principal, -focus scandaleux-, est rĂ©servĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  une courtisane. Elle est jeune, jolie, surtout malade donc condamnĂ©e. Dumas fils doit faire mourir son hĂ©roĂŻne pour qu’elle expie ses fautes commises par irrĂ©vĂ©rence des convenances, au mĂ©pris de la morale bourgeoise…
Sobre et essentiellement intimiste, c’est Ă  dire huit clos Ă  3 personnages : la soprano amoureuse, le tĂ©nor “trahi”, le baryton (pĂšre la morale) -, La Traviata (la fourvoyĂ©e en italien), bouleverse par le sacrifice consenti par la pĂšcheresse, soucieuse de se sacrifier pour sauver l’honneur de la famille Germont, le fils qu’elle a aimĂ©, et le pĂšre qui le lui demande.

 

 

 

Reprise de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Violetta, mythe sacrificiel

 

Vague verdienne en juin 2014Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique.
En Ă©pinglant l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Verdi rĂšgle ses comptes avec la lĂąchetĂ© sociale, celle qu’il eut Ă  combattre alors qu’il vivait en concubinage avec la cantatrice Giuseppina Strepponi : quand on les croisait dans la rue, personne ne voulait saluer la compagne scandaleuse. La conception de l’opĂ©ra suit la dĂ©couverte Ă  Paris de la piĂšce de Dumas en mai 1852. L’intrigue qui devrait se dĂ©rouler dans la France baroque de Mazarin, porte au devant de la scĂšne une femme de petite vertu mais d’une grandeur hĂ©roĂŻque bouleversante. Figure sacrificielle, Violetta est aussi une valeureuse qui accomplit son destin dans l’autodĂ©termination : son sacrifice la rend admirable. Le compositeur rĂ©invente la langue lyrique : sobre, Ă©conome, directe, et pourtant juste et intense. La grandeur de Violetta vient de sa quĂȘte d’absolu, l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©prouvĂ©, interdit. Patti, Melba, Callas, Caballe, Ileana Cotrubas, Gheorghiu, Fleming, rĂ©cemment Annick Massis ont chantĂ© les visages progressifs de la femme accablĂ©e mais rayonnante par sa solitude digne. L’addio del passato au II, qui dresse la sacrifiĂ©e contre l’ordre moral, est le point culminant de ce portrait de femme Ă  l’opĂ©ra. Un portrait inoubliable dans son parcours, aussi universel que demeure pour le genre : MĂ©dĂ©e, et avant elle Armide et Alceste, puis Norma.

 

 

 

boutonreservationLa Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Nadine Duffaut, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction

Reprise d’une production reprĂ©sentĂ©e Ă  Avignon en 2002

Mercredi 20 mai 2015 – 20h
Vendredi 22 mai 2015 – 20h
Dimanche 24 mai 2015 – 15h
Mardi 26 mai 2015 – 20h

Opéra en quatre parties
Livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Alexandre Dumas Fils
Création le 6 mars 1853 à Venise
Editions Salabert-Ricordi (Ă©dition critique)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Nadine Duffaut

Violetta Valéry : Eleonore Marguerre *
Flora Bervoix : Pauline Sabatier
Annina : Blandine Folio Peres *
Alfredo Germont : SĂ©bastien Droy
Giorgio Germont : Enrico Marrucci
Baron Douphol : Ronan NĂ©delec
Docteur Grenvil : Guillaume Antoine *
Gastone : Yvan Rebeyrol
Le Marquis : François Bazola

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

*dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris, le 9 juin 2014. Verdi : La Traviata. Diana Damrau, Ludovic TĂ©zier, Francesco Demuro, Cornelia Oncioiu… Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Daniel Oren, direction. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne.

damrau-diana-traviata-bastille-575Nouvelle Traviata aprĂšs l’annĂ©e Verdi Ă  l’OpĂ©ra National de Paris ! Une Traviata nouveau cru qui profite de la performance choc de la soprano Diana Damrau dans le rĂŽle-titre, pour ses dĂ©buts Ă  Paris. La mise en scĂšne est de BenoĂźt Jacquot, dont nous gardons l’agrĂ©able souvenir d’un Werther rĂ©ussi La direction musicale est assurĂ© par le chef italien Daniel Oren. L’opĂ©ra le plus jouĂ© dans le monde, parfois mĂȘme une carte de prĂ©sentation des grandes divas ne laisse toujours pas indiffĂ©rent. Raconter l’histoire peut paraĂźtre redondant, l’intrigue respectant plutĂŽt fidĂšlement le cĂ©lĂšbre roman d’Alexandre Dumas Fils, oĂč une courtisane de luxe se sacrifie par amour et (re)devient victime de la sociĂ©tĂ©. C’est peut-ĂȘtre aussi la plus saisissante Ă©tude psychologique de tout le thĂ©Ăątre lyrique romantique, crĂ©Ă©e par Verdi en 1853 sur le livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs La Dame aux CamĂ©lias.

 

 

Non italienne, une inoubliable Traviata

 

Que faire avec une telle crĂ©ature ? Le pari, payant, de l’OpĂ©ra de Paris en embauchant BenoĂźt Jacquot et son Ă©quipe artistique pour la nouvelle production et sans doute celui du « retour aux origines ». La Traviata est une Ɠuvre italienne, certes, mais son esprit est français. L’inspiratrice du drame se nommait Maire Duplessis, maĂźtresse d’un Liszt et d’un Dumas Fils. Giuseppe Verdi a mis en musique les mƓurs et valeurs de la France de la monarchie de juillet. On a tendance Ă  l’oublier, voire Ă  l’ignorer dans certaines mise en scĂšnes transposĂ©es parfois de façon trop Ă©sotĂ©rique, touchant le snobisme sans fond ni intention. Dans le cas Jacquot, les intentions ne sont pas les plus explicites, et tant mieux. Nous acceptons rapidement l’aspect cinĂ©matographique de sa production, toujours avec deux plans diffĂ©rents sur le plateau, dans les dĂ©cors esthĂ©tiques de Sylvain Chauvelot, avec les riches costumes de Christian Gasc et les lumiĂšres pertinentes d’AndrĂ© Diot. IdĂ©alement, le cinĂ©aste metteur en scĂšne a voulu rompre, en toute dĂ©licatesse, avec certaines conventions… Notamment avec les chƓurs les plus statiques que nous ayons jamais vu dans une Traviata. Si nous aimons les chansons Ă  boire animĂ©es et dansantes, le fameux Brindisi devient ici un mini-concert de Violetta et d’Alfredo. C’est moins une approche psychologique qu’une rĂ©presentation trĂšs juste des codes et mƓurs de la sociĂ©tĂ© d’alors. L’Ă©lĂ©gance, le raffinement, les nons-dits, l’isolement et la dĂ©solation dansent ensemble dans les tĂ©nĂšbres pendant que deux amoureux cĂ©lĂšbrent la joie et la voluptĂ©. Cela ne peut pas ĂȘtre plus français, ni plus beau dans sa vĂ©racitĂ©.

Quel profil pour Violetta ValĂ©ry ? Diana Damrau, soprano allemande, offre une prestation rare par l’excellence de son chant. N’oublions pas qu’il s’agĂźt d’un rĂŽle trĂšs exigeant pour l’interprĂšte d’un point de vue vocal. Les talents propres Ă  la soprano, avec sa formation acadĂ©mique mozartienne font de sa Violetta une tragĂ©dienne plus française qu’italienne, avec une ligne de chant impeccablement soignĂ©e, des piani et pianissimi dans les sommets et les profondeurs du rĂŽle qui font ravir les cƓurs. « Addio del passato » au dernier acte est l’un des nombreux moments forts, la salle respire et soupire Ă  l’unisson devant la perfection sonore des adieux de la Violetta mourante. A ses cĂŽtĂ©s, Ludovic TĂ©zier dans le rĂŽle de Giorgio Germont, pĂšre d’Alfredo, est aussi excellent. Il incarne le rĂŽle avec un air hautain qui va trĂšs bien dans cette production. Sa performance est une vĂ©ritable master class, peut-ĂȘtre trop vaillant et hĂ©roĂŻque pour le rĂŽle, mais puissamment crĂ©dible quoi qu’il en soit.

 

Daniel Oren dirigeant l’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris dĂ©fend aussi le parti-pris de faire une Traviata rĂ©solument non italienne. Si sa baguette manque parfois de clartĂ©, il arrive souvent Ă  obtenir un son frĂ©missant, sensuel et sans excĂšs. Pourquoi ĂȘtre libre quand nous sommes si bien dans nos prisons ? Soit, mais nous l’aurions prĂ©fĂ©rĂ© libĂ©rĂ©. Ne manquer pas cette Traviata française, si brillante et raffinĂ©e Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille les 12, 14, 17 et 20 juin 2014.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Daniel Oren, direction.

Paris, OpĂ©ra Bastille. La lumineuse Traviata de Diana Damrau… On se souvient de l’ancienne production en piste Ă  Garnier, hĂ©ritage de l’ùre Mortier, entre dĂ©calage et misĂ©rabilisme atterrant (signĂ© en 2007 par Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata extĂ©nuĂ©e au pays des soviets usĂ©s, corrompus, exsangues). Voici venu le sang neuf du nouveau BenoĂźt Jacquot, signature prometteuse depuis son Werther crĂ©Ă© ici mĂȘme en 2010 dans des tableaux Ă©purĂ©s, gigantesques, Ă©conomes, maniant le motif comme autant de symboles signifiants sur la scĂšne. Car le thĂ©Ăątre, c’est aussi du sens ! On a trop souvent l’impression que cette Ă©vidence est Ă©cartĂ©e, oubliĂ©e, sacrifiĂ©e. C’est pourtant le motif d’une espĂ©rance ressuscitĂ©e pour chaque nouvelle production : qu’allons nous voir ? Qu’allons nous comprendre 
 et peut-ĂȘtre dĂ©couvrir ?

MĂȘme grand vide suggestif ici traitĂ© en aplat de couleur/lumiĂšre, avec quelques pointes d’époque : comme le tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre rĂ©aliste au nu fĂ©minin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Pour le reste, pas de lecture ou d’idĂ©e conceptuelle qui architecture et structure une vision marquante. C’est joli, pas gĂȘnant – ce qui est dĂ©jĂ  beaucoup. Le vrai enjeu de cette nouvelle production demeure le choix des voix choisies pour un spectacle qui s’est d’emblĂ©e affichĂ© comme l’évĂ©nement de la fin de saison de l’OpĂ©ra de Paris.

 

 

 

Lumineuse Violetta de Diana


 

Sur le plateau immense de Bastille, rĂšgne la vocalitĂ© irrĂ©prochable des chanteurs rĂ©unis pour ce point d’orgue de la saison 13-14 qui s’achĂšve : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic TĂ©zier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rĂŽles des Germont, pĂšre et fils.
Elle, diva dĂ©sormais adulĂ©e sur toutes les planches du monde ensorcelle de facto par sa voix dĂ©chirante, directe, musicalement trĂšs raffinĂ©e, en une incarnation aussi rĂ©ussie que sa prĂ©cĂ©dente prestation Ă  La Scala de Milan pour son ouverture en dĂ©cembre 2013. La lumiĂšre du timbre, sa grĂące angĂ©lique, son intensitĂ© font mouche (au moment du sacrifice imposĂ© au II, au moment de la mort sacrificielle au III). DU trĂšs (trop) beau chant
 qui pourra laisser de marbre les admirateurs d’un chant plus corsĂ©, incarnĂ©, expressif.
C’est exactement le cas du tĂ©nor wagnĂ©rien Klaus Florian Vogt chez Wagner : son Lohengrin ou son Parsifal souffrent d’une clartĂ© lisse du timbre que beaucoup trouve inexpressive. Question de goĂ»t. Le beau chant et la qualitĂ© du timbre font quand mĂȘme la diffĂ©rence
 et notre admiration.

 

 

 

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Face Ă  elle, le tĂ©nor sarde nouveau venu donc Ă  Paris, Francesco Demuro peine parfois en un chant moins articulĂ©, moins abouti dramatiquement. Dommage. Face aux jeunes, le Germont de TĂ©zier s’impose lĂ  encore par la force souple du chant, un modĂšle de jaillissement intense et poĂ©tiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris dĂ©cidĂ©ment. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, Ă©tonnant wagnĂ©rien, Philippe Jordan, semblait dĂ©possĂ©dĂ© de ses moyens sans la conduite de son pilote prĂ©fĂ©rĂ©. Le chef Daniel Oren navigue souvent Ă  vue, sans architecture une lecture cohĂ©rente et claire.  Pour une fois que la fosse fait dĂ©faut, il nous fallait le signaler. Dans l’immensitĂ© de la salle de Bastille, le beau chant de Damrau continue encore de nous hanter, comme ce fut le cas Ă  Milan en dĂ©cembre dernier : pour nous aucun doute, Diana Damrau a bien choisi le moment de chanter sa Violetta : courrez Ă  Bastille applaudir Ă  ce grand moment. Damrau et TĂ©zier valent largement le dĂ©placement.

Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Daniel Oren, direction. A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, jusqu’au 20 juin. TĂ©l. : 08-92-89-90-90. De 5 € Ă  195 €. Operadeparis.fr.  Diffusion sur France Musique le 7 juin, dans les cinĂ©mas UGC le 17 juin 2014.

 

 

 

Diana Damrau chante sa nouvelle Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille

verdi_582_face_portrait_boldiniParis, OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau: 2>20 juin 2014. AprĂšs un Werther clair et lisible, BenoĂźt Jacquot met en scĂšne La Traviata, tragĂ©die parisienne de Verdi qui au moment de sa crĂ©ation Ă  Venise sur les planches de La Fenice (1853), suscita un scandale notoire : comment accepter dans un opĂ©ra, de voir les amours sulfureuses d’une courtisane et d’un jeune bourgeois (Germont fils) prĂȘt Ă  saborder l’honneur de sa famille ? Verdi alors en mĂ©nage avec Giuseppina Strepponi, cantatrice Ă  la rĂ©putation elle aussi scandaleuse, qu’il n’épousera que sur le tard, dĂ©nonce dans La Traviata l’hypocrisie de son temps. InspirĂ© par le roman de Dumas fils, La dame aux camĂ©lias (1852), le compositeur portraiture la sociĂ©tĂ© du Second Empire non sans une pointe satirique ; il brosse surtout de Violetta ValĂ©ry, la courtisane sublime lĂ©guĂ©e par Dumas, un portrait bouleversant, celui d’une Ăąme sensible, romantique qui alors qu’elle se sent condamnĂ©e, usĂ©e par les excĂšs de sa vie sans morale, rencontre en croisant le regard d’Alfredo, le pur amour. En traitant un mythe littĂ©raire contemporain, Verdi transpose Ă  l’opĂ©ra, un vrai sujet qui pourrait ĂȘtre d’actualitĂ©. Liszt a laissĂ© un tĂ©moignante bouleversant sur la vraie Dame aux camĂ©lias : Alphonsine Duplessis, morte tuberculeuse en 1847, petit ĂȘtre fragile et sensuel d’une passivitĂ© dĂ©jĂ  maudite.
verdi La TraviataD’une rare justesse Ă©motionnelle, l’écriture de Verdi bannit ici toute virtuositĂ© dĂ©monstrative : il touche directement le cƓur. Jamais les options expressives n’ont Ă  ce point fusionner avec les accents de la nĂ©cessitĂ© poĂ©tique et dramatique. Chaque air de Violetta, saisie, consumĂ©e par le grand vertige de la vie, s’impose Ă  nous comme autant de confessions introspectives, miroir de son Ă©tat psychique : l’abandon de ses rĂȘves, les Ă©lans de ses dĂ©sirs perdus, la faiblesse d’un corps qui perd peu Ă  peu le goĂ»t de vivre, sous la pression sociale, face aux Ă©preuves que lui impose le pĂšre de son jeune amant
 Trop de vĂ©ritĂ© et de sincĂ©ritĂ© dans ce drame sentimental d’une irrĂ©sistible cohĂ©rence : Ă  la crĂ©ation, la censure exigea que les rĂŽles soient chantĂ©s en costumes Louis XIV. Des robes modernes auraient soulignĂ© la modernitĂ© insupportable de l’ouvrage. Reprise un an plus tard aprĂšs le fiasco de La Fenice, en 1854 au Teatro San Benedetto de Venise, La Traviata dĂ©fendue par une meilleure distribution, suscita le triomphe que l’ouvrage mĂ©ritait.
La nouvelle production de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille rĂ©unit une distribution prometteuse : Diana Damrau qui vient d’ouvrir la saison actuelle de La Scala avec cette prise de rĂŽle exceptionnellement intense et juste ; Ludovic TĂ©zier habituĂ© du rĂŽle paternel, sacrificateur et protecteur Ă  la fois, Germont pĂšre
 ajoute au tableau, sa droiture vocale qui sied parfaitement au rĂŽle paternel, un rien moralisateur et rigide. 8 dates Ă©vĂ©nements, du 2 au 20 juin 2014. Diffusion en direct sur France Musique, le 7 juin 2014, 19h. En direct dans les cinĂ©mas le 17 juin 2014.

Verdi : La Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Daniel Oren (2, 5, 7, 9 et 20 juin)
Francesco Ivan Ciampa (12, 14, 17 juin)
direction musicale

BenoĂźt Jacquot
Mise en scĂšne

Diana Damrau, Violetta Valéry
Anna Pennisi, Flora Bervoix
Cornelia Oncioiu, Annina
Francesco Demuro, Alfredo Germont
Ludovic TĂ©zier, Giorgio Germont
Kevin Amiel, Gastone
Fabio Previati, Il Barone Douphol
Igor Gnidii, Il Marchese d’Obigny
Nicolas Testé, Dottore Grenvil

Orchestre et Choeur de l’OpĂ©ra national de Paris

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris

Diana Damrau chante Violetta Ă  la Scala

Diana Damrau est Violetta … Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 dĂ©cembre 2013. En direct sur Arte, le 7 dĂ©cembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rĂŽle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rĂŽle verdien d’envergure prĂ©cĂ©dent) … Le thĂ©Ăątre scaligĂšne rend ainsi hommage Ă  Giuseppe Verdi pour l’annĂ©e de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux cĂŽtĂ©s de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo Ă©lĂ©gantissime), Zelijko Lucic (Germont pĂšre)… Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

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La Traviata Ă  la Scala

Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 dĂ©cembre 2013. En direct sur Arte, le 7 dĂ©cembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rĂŽle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rĂŽle verdien d’envergure prĂ©cĂ©dent) … Le thĂ©Ăątre scaligĂšne rend ainsi hommage Ă  Giuseppe Verdi pour l’annĂ©e de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux cĂŽtĂ©s de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo Ă©lĂ©gantissime), Zelijko Lucic (Germont pĂšre)… Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

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