Compte rendu, festival. ItinĂ©raire Baroque (PĂ©rigord), 30 juillet – 2 aoĂ»t 2015 (14Ăšme Ă©dition, direction artistique: Ton Koopman)

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Compte rendu, festival. ItinĂ©raire Baroque (PĂ©rigord), 30 juillet – 2 aoĂ»t 2015 (14Ăšme Ă©dition, direction artistique:  Ton Koopman). Le mois d’aoĂ»t, alors que le silence sillonne les villes en absence, au creux des vallons et forĂȘts la musique vole de clocher en clocher dans l’Itineraire Baroque en Perigord Vert. Ce festival, Ă  l’orĂ©e de sa 15Ăšme Ă©dition est le plus beau tĂ©moignage de l’alliance du patrimoine et de la musique. FondĂ© comme une grande rĂ©union familiale par Ton Koopman, on est en balade, en partage au coeur des campagnes, des prĂ©s et des vallĂ©es de cette rĂ©gion Ă  l’orĂ©e des mystĂšres.

A Antoine, Ariane, Elie, Bas, Donatien, Florie et Joe.

“Voyez dans la nuit brune sur le clocher joli, la lune comme un point sur un i”

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015BrantĂŽme, Abbaye. Jeudi 30 juillet 2015. Il pianto d’Orfeo. Deborah Cachet – soprano. Scherzi Musicali. Direction, chant, thĂ©orbe – Nicolas Achten. Alors que les premiĂšres lueurs du crĂ©puscule caressaient la frondaison des bois de la vallĂ©e de BrantĂŽme, notre parcours commença dans cet ItinĂ©raire surprenant. BrantĂŽme est enfouie sous une marĂ©e verte et des hautes falaises, forteresse imprenable offerte par la nature. TraversĂ©e ça et lĂ  par un vol d’hirondelles sur les miroirs Ă©tincelants des mĂ©andres de la Dronne. Ă  l’Ouest se dresse fiĂšrement, contre la muraille blanche du calcaire millĂ©naire, l’Abbaye de BrantĂŽme. Allure palatiale et dont le clocher contemple la ville depuis plus de mille ans. C’est au coeur de la chapelle de Saint-Sicaire que OrphĂ©e allait retrouver sa lyre et sa voix pour charmer la pierre et briser l’obscuritĂ©.  Le relicaire monumental de Saint-Sicaire, avec son groupe sculptural dramatique brisait la monotonie de la pierre blanche avec son ombre formidable et menaçante, une sorte de cerbĂšre protĂ©ĂŻforme.

Lors de la premiĂšre note, c’est OrphĂ©e lui mĂȘme qui hanta le thĂ©orbe de Nicolas Achten, nouveau trouvĂšre venu pour nous Ă©mouvoir au sein du PĂ©rigord. Fable enchanteresse en musique que celle du musicien absolu. OrphĂ©e est le seul hĂ©ros dont la force est autrement que physique, c’est la musique qui est son gourdin, sa foudre et son glaive. Pour une Ă©poque qui emprisonne l’art dans des esthĂ©tiques Ă©conomiques, c’est une belle maniĂšre de libĂ©rer par le chant les beautĂ©s inattendues, ce concert est un acte de foi, un manifeste.

Le rĂ©cital, reprenant peu ou prou le programme du disque Ă©ponyme, est une narration de l’histoire d’OrphĂ©e, depuis ses premiers Ă©mois avec Eurydice jusqu’à sa mort tragique et sa mystification, une sorte aussi de martyre Ă©loquent dans une chapelle Ă  la gloire d’un saint innocent. Comme quoi, les coĂŻncidences font cohabiter l’imaginaire humain malgrĂ© les cultes et les Ăąges.

Compulsant dans les belles partitions de Peri, Caccini, Sartorio, Rossi et Monteverdi, Nicolas Achten et sa troupe incroyable de joyeux interprĂštes nous offrent une belle soirĂ©e. EquilibrĂ©e, nuancĂ©e et aux couleurs chatoyantes, la musique Ă©mise par les membres des Scherzi Musicali fait la part belle Ă  l’inventivitĂ© et l’ornementation heureuse.

CĂŽtĂ© voix, Deborah Cachet, trĂšs jeune soprano campe assez bien les tourments d’Eurydice. MalgrĂ© quelques raideurs dans l’émission et une interprĂ©tation parfois trop sage, elle tire bien son Ă©pingle du jeu, Ă©tant tour Ă  tour l’amante, le fantĂŽme et l’égĂ©rie. Nicolas Achten, formidable en thĂ©orbiste et en baryton, campe un OrphĂ©e touchant de bout en bout, ayant l’émotion Ă  fleur de peau.

A la fin des musiques, sur les toits de vieille ardoise de BrantĂŽme, le noir de la nuit cĂ©lĂ©brait en diamants l’histoire d’OrphĂ©e, et la Dronne Ă  ses pieds, semblait murmurer les Ă©chos de son immortalitĂ© musicale. Le lendemain allait se lever avec une journĂ©e au cƓur des champs, dans le village de Cercles, pour d’autres festivitĂ©s.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Baroque en cercles, vendredi 31 juillet 2015. Le ciel se couvrit soudain d’une pelisse de zibeline, gardant tel un avare la perle dorĂ©e que le feu de PhĂ©bus offrit Ă  l’étĂ©, la matinĂ©e se refroidit malgrĂ© le mĂ©ridion. Et lĂ , gravita entre les pierres blanches, la rĂ©sine nouvelle et les fruits Ă  mĂ»rir un halo de fraicheur et de mĂ©lancolie.  La pluie allait venir par l’Est, les champs secs allaient certainement retrouver des nouvelles fleurs. Au coin de quelques villages, de clocher en clocher la brise ramena un soupir vers les monuments aux morts de chaque place, de chaque marchĂ©. Soudaine pensĂ©e qui fait un souvenir des ensevelis de l’Histoire, l’on saisit  dans ces contrĂ©es silencieuses l’émotion du vers d’Aragon : « Soudain vous n’ĂȘtes plus qu’un mot d’or sur nos places (
) soudain vous n’ĂȘtes plus que pour avoir pĂ©ri ».  L’itinĂ©raire est une route vers des nouvelles mĂ©moires dans ces villages et ces champs.  Ce Vendredi c’était le tour de Cercles, posĂ© autour d’une Ă©glise aux voluptĂ©s romanes, sobres et chastes mais aux mystĂšres intacts.

Cercles et sa cĂ©lĂ©bration dans l’ItinĂ©raire baroque avait le goĂ»t des promenades familiales du dimanche, de ces festins joyeux aux grandes tablĂ©es.  Devant l’église, la famille de cet ItinĂ©raire se pressait pour, pendant toute une journĂ©e se croiser en musique dans l’Eglise de Cercles, comme une communion Ă  plusieurs voix, un orgue humain qui ne chante pas mais entend.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015koopman tom festival perigord itineraire baroque festival tom koopmanQUATRE FOIS QUATRE - 12h. IntĂ©grale des Concerti Ă  Quatre clavecins de Johann Sebastian Bach (Transcriptions des concerti de Vivaldi / arrangements de Ton Koopman). AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA – Ton Koopman. On connaĂźt aisĂ©ment les concerti pour clavecin du Cantor de Leipzig, certainement composĂ©s pour des reprĂ©sentations brillantes avec les membres de la famille Bach.  On savait aussi que Bach avait arrangĂ© lui-mĂȘme pour ces Ɠuvres lĂ  des concerti de Vivaldi. Sans faillir au respect du style et de l’arrangement, c’est Ton Koopman qui nous offre ici une vĂ©ritable intĂ©grale, ayant fini par arranger les concerti du Preste Rosso que Bach n’a pas arrangĂ© ou qui demeurent perdus.. L’exercice est plus que risquĂ© et pouvait tomber dans la parodie. Cependant, la surprise demeure, sous les doigts alertes de Ton Koopman et de trois autres clavecinistes formidables, on retrouve un sens Ă  cette intĂ©grale, c’est une restitution, trĂšs trĂšs loin d’une quelconque caricature, c’est une crĂ©ation.  Nous espĂ©rons que cette nouvelle reconstitution parviendra aux gĂ©nĂ©rations futures avec un enregistrement.  HĂ©las nous avons, nĂ©anmoins, remarquĂ© avec Ă©tonnement un lĂ©ger manque de justesse et d’énergie dans le Concerto pour Deux Clavecins dirigĂ© par la Konzertmeister Catherine Manson.  En absence de Ton Koopman, Catherine Manson a manquĂ© d’une rĂ©elle cohĂ©sion avec les musiciens, laissant les tempi tomber un peu dans une lourdeur inexplicable. NĂ©anmoins nous tenons Ă  remarquer l’excellent altiste James Crockatt, son d’une richesse formidable et d’une Ă©nergie vĂ©ritable.  Cependant, pour le Largo, c’est grĂące au violon de Catherine Manson que les couleurs les plus belles ont Ă©tĂ© mises en Ă©vidence, l’émotion alliĂ©e Ă  un sens trĂšs juste de la partition nous ont Ă©merveillĂ©s.
Entreprise singuliÚre que cette intégrale aux réverbérations vénitiennes, Ton Koopman et son incomparable équipe ont relevé le défi en engageant leur énergie dans une architecture solide et originale.

A la sortie du concert, le soleil apparut comme un invité de plus à la grande table familiale du midi.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015BRISK joue Bach - 16h30. BRISK : Marjan Banis, Susanna Borsch, Bert Honig, Alide Verheij. Transcriptions de Johann Sebastian Bach et crĂ©ations de Toek Numan et Guus Janssen. Tout Ă  coup le vent se leva, il poussa doucement le public vers l’intĂ©rieur de la petite Ă©glise de Cercles pour un curieux concert. BRISK est un ensemble de flĂ»tes Ă  bec nĂ©erlandais. Une sorte de consort de vents. Avec plusieurs tessitures, le langage de la flĂ»te Ă  bec et les transcriptions sont enrichies avec Ă©clat. Nous dĂ©couvrons notamment le fil conducteur de l’ItinĂ©raire baroque dans les Ɠuvres de Johann Sebastian Bach et, en miroir des splendides crĂ©ations composĂ©es pour l’occasion par des compositeurs nĂ©erlandais.  Il est Ă©tonnant le vent qui nous vient des Pays-Bas, empreint de couleurs, d’artifices et d’énergie. Nous avons Ă©tĂ© conquis par l’équilibre dans la transcription, l’inventivitĂ© des reliefs et l’investissement intense et sincĂšre dans les crĂ©ations. BRISK a rĂ©veillĂ© en un coup de vent les accents les plus profonds du gĂ©nie musical du baroque au contemporain.

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015LA NUIT DU QUATUOR – 20h30. London Haydn Quartet. La nuit Ă  Cercles le silence l’emporte. Mais comme dans les anciennes retraites aristocratiques, le soir invite Ă  la contemplation oisive de la musique de chambre. Evidemment pas de nuit musicale sans les chefs d’Ɠuvres de Haydn pour quatuor Ă  cordes.  En effet de tous les maĂźtres du genre, c’est Ă©tonnamment le moins revisitĂ©, peut-ĂȘtre par le caractĂšre monumental de sa production mais aussi par un lĂ©ger manque de curiositĂ©. Dans ce programme tout en subtilitĂ© Haydn et Mozart (dans sa sublime Quintette) cohabitent comme, de leur vivant, deux frĂšres et deux amis. Pour interprĂ©ter ces chefs d’Ɠuvre, reposants et contemplatifs,  c’est le London Haydn Quartet de Catherine Manson qui s’est invitĂ© dans cette soirĂ©e de Cercles.  Le savoir faire britannique dans l’interprĂ©tation du genre est une garantie pour la rĂ©ussite de ce concert. HĂ©las, une certaine Ă©trangetĂ© a flottĂ© dans les attaques et les mouvements des quatuors. Comme si l’hĂ©sitation dominait plus qu’une dĂ©termination. Par ailleurs, quelques fragilitĂ©s de justesse se sont manifestĂ©es, certainement Ă  cause des hĂ©sitations dans l’attaque. NĂ©anmoins l’ensemble des interprĂštes ont un certain Ă©quilibre qui ne dĂ©mĂ©rite pas d’élĂ©gance et de couleur.
AprĂšs la pause c’est le tour de Mozart. MalgrĂ© le caractĂšre enjouĂ© de la partition, on a sensiblement senti le crĂšve-cƓur dans chaque intervention de la clarinette exceptionnelle de Eric Hoeprich.  Ce vĂ©ritable maĂźtre dans l’interprĂ©tation nous a ravi par la clartĂ© et la justesse, une sensualitĂ© empreinte de mĂ©lancolie. Comme un souvenir nostalgique au cƓur du tohu-bohu d’une fĂȘte,  les interventions de la clarinette, inventives et multicolores nous ont Ă©mu et convaincu juste par leur simplicitĂ©.

Cercles se vide petit Ă  petit du public qui l’habita pendant une demi-journĂ©e, la musique restera sans doute, rĂ©sonnante et pĂ©trifiĂ©e dans le souvenir des murs de son Ă©glise. Entre les pilastres romanes et les pierres multi sĂ©culaires de son cimetiĂšre, Cercles a dĂ©fiĂ© les heures et le sablier vĂ©loce en musique, dans un ItinĂ©raire qui nous mena toujours plus loin, au bout des mystĂšres intimes d’un PĂ©rigord ouvert aux Ă©motions.

 

Catherine Manson – violon
Michael Gurevich – violon
James Boyd – alto
Jonathan Manson – violoncelle

Eric Hoeprich – clarinette

Haydn – Quatuors op 55 n°1 en La majeur et op 54 n° 2 en Do mineur
Mozart – Quintette pour clarinette en La majeur (KV581)

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Samedi 1er AoĂ»t 2015 – ITINÉRAIRE BAROQUE : La baroque en campagne ! Le rĂ©veil se fait prĂ©sent au cƓur du charmant bourg de Mareuil sur Belle, au fond du jardin centenaire on entend entre deux rayons de soleil, couler le ruissellement d’un affluent de la Belle. Évocation des champs et des bois, tournant dans cette rĂ©gion aux anciennes Ă©corces et Ă  la pierre grisĂ©e par le temps. Au loin, vers la sortie du village, la ruine magnifique du ChĂąteau, ancien repaire des Talleyrand-PĂ©rigord, et nid d’aigle d’un des faucons de Bonaparte, le MarĂ©chal Lannes. Pendant toute une journĂ©e c’est le principe mĂȘme du festival ItinĂ©raire baroque qui allait ĂȘtre dĂ©veloppé : une visite itinĂ©rante d’une grande partie du dĂ©partement avec des Ă©tapes musicales au sein d’églises, pour la plupart mĂ©connues. GrĂące aux prĂ©sentations liminaires de Alain de la Ville dans le programme gĂ©nĂ©ral, notre plongĂ©e dans le patrimoine religieux de cette verte rĂ©gion allait ĂȘtre moins mystĂ©rieuse. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, comme l’explique M. de la Ville, l’ensemble de ces hauts lieux du PĂ©rigord mĂ©rite une restauration et une protection efficace. Ce n’est pas par un souci de culte, mais pour prĂ©server l’Ɠuvre humaine, le tĂ©moignage d’une Ă©poque et l’expression primordiale de l’art et de la culture.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201511h – Saint-Sulpice de Mareuil. Dans la petite Ă©glise hors des temps de Saint-Sulpice de Mareuil et sous un titre bien alambiquĂ©, c’est l’Italie qui s’invitait dans le roman Français. MalgrĂ© un choix de piĂšces Ă©quilibrĂ© et intĂ©ressant qui mĂȘla Vivaldi, Lanzetti et Domenico Scarlatti, le programme tomba un peu Ă  plat.  MalgrĂ© une technique profondĂ©ment judicieuse, la justesse du violoncelle de Werner Matzke n’a pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur des sonates de Vivaldi et de Lanzetti, nous avons Ă©tĂ© déçus par une rigueur exagĂ©rĂ©e. Au clavecin Seugnmin Lee a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable mais sans vĂ©ritable intensitĂ© dans l’interprĂ©tation. HĂ©las, c’est souvent le jeu d’un itinĂ©raire, de la variĂ©tĂ© mais aussi des risques.

Expressivité mélodique et virtuosité italiennes
Sonates de Vivaldi, Domenico Scarlatti et Lanzetti
Werner Matzke – violoncelle
Seugnmin Lee – clavecin

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201512h15 – Saint-Martin de Champeaux. Il est parfois dans une promenade musicale des instants magiques. C’est dans la charmante Ă©glise de Saint-Martin de Champeaux que l’Italie dĂ©ploya toute la chaleur et la beautĂ© de sa musique sous les doigts habiles de deux interprĂštes d’exception. Le principe mĂȘme de mettre en miroir les Bach n’est pas nouveau, mais dans ce contexte, ce concert nous rĂ©vĂšle facilement que chez les Bach le gĂ©nie est hĂ©rĂ©ditaire. Patrizia Marisaldi est extraordinaire au clavecin. Son jeu est ponctuĂ© d’ornements justes et raffinĂ©s, la subtilitĂ© se dĂ©gage sans cesse. Alberto Rasi attaque ces partitions redoutables avec finesse et nous propose une interprĂ©tation mĂȘlant Ă©motion et virtuositĂ©. A la sortie, le soleil nous attendait, appelĂ© sans doute par l’Italie florissante rĂ©vĂ©lĂ©e par les deux Bach, amoureux de la belle mĂ©diterranĂ©enne.

Bach pĂšre et fils
Musique pour viole de gambe et clavecin de Johann Sebastian et Carl Philip Emmanuel Bach

Patrizia Marisaldi – clavecin
Alberto Rasi – viole de gambe

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201515h -  Saint-Pierre de Vieux Mareuil. Dans les murs solides de l’église fortifiĂ©e de Vieux Mareuil, c’est le tour d’un tout jeune et enthousiasmant ensemble l’ARCO SONORO. Traitant le programme comme une petite introduction Ă  la sonate, dans un sens dramatique, ce concert est une sorte de « Teatrum mundi » qui dĂ©roule ses nuances et subtilitĂ©s.  Que ce soit par la prĂ©cision absolu et la richesse du timbre de l’hautbois de Yongcheon Shin ou les belles nuances du violon de Francesco Bergamin et du continuo, on a retrouvĂ© Ă  la fois la virtuositĂ© de Vivaldi, la puissance de Platti et le thĂ©Ăątre de HĂ€ndel. D’ailleurs nous saluons l’excellente idĂ©e de mettre Platti en miroir de Vivaldi et de HĂ€ndel, ça permet toujours de nuancer le classement arbitraire des gĂ©nies. Nous espĂ©rons trĂšs vite voir cet ARCO SONORO couvrir de leurs programmes les routes des festivals de France !

La Sonate en trio théùtrale
Musique de chambre dans le style italien

Sonates de Vivaldi, Platti et HĂ€ndel

ARCO SONORO

Yongcheon Shin – hautbois baroque
Francesco Bergamin – violon baroque
Bob Smith – violoncelle baroque
Edoardo Valorz – clavecin

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201516h15 – Rossignol. Petite Ă©glise nichĂ©e sur les champs de tournesols, comme un phare de pierre au dessus des collines boisĂ©es, dominant de son clocher une commune au nom Ă©loquent. L’humiditĂ© rogne ses entrailles, mĂȘlant Ă  la fois la mousse et les images pieuses. Au cƓur de l’autel, le baryton (plutĂŽt un tĂ©nor grave) Jasper Schweppe nous offrait magnifiquement ces piĂšces empreintes de foi et d’humanitĂ©. Tant par la couleur que par l’intensitĂ© cet interprĂšte a rĂ©ussi Ă  nous emporter loin de la rĂ©alitĂ©, hors des temps. A l’orgue, Gerard de Wit a notamment Ă©tĂ© formidable dans la pastorale de Zipoli, offrant une petite pause au gĂ©nie Allemand. En sortant de ce concert, le soleil d’aprĂšs-midi dorait encore l’arc cĂ©leste, la nuit Ă©tait encore bien loin, malgrĂ© tout le Rossignol chanta.

Ich habe genug

Airs pour voix et orgue de Zipoli, Hollanders, RosenmĂŒller et Bach

Jasper Schweppe – baryton
Gerard de Wit – orgue

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201517h30 – ChĂąteau de Beaulieu. Il est parfois de concerts qui achĂšvent en extase une journĂ©e musicale. Au cƓur des champs entre futaies et forĂȘts, le ChĂąteau de Beaulieu s’élĂšve dans la pierre blanche et la vigne vierge, au sein de ses salons d’apparat tapissĂ©s de marbre bicolore et des meubles prĂ©cieux, nous avons Ă©tĂ© charmĂ©s par un programme trĂšs bien conçu et variĂ©. Alliant Ă  la fois des piĂšces des sublimes opus de Sylvius Leopold Weiss et des airs humoristiques et touchants des meilleurs compositeurs du genre, dont certains tels Kremberg ou Rathgeber n’ont jamais Ă©tĂ© jouĂ©s auparavant. Nous remarquons notamment le splendide «  Toutes sortes de nez » de Rathgeber et « Die kunst des kĂŒssens » de Hammerschmidt notablement chantĂ©s par Bettina Pahn, vivante et dramatique, au chant prĂ©cis et au timbre caressant. Le jeu de Joachim Held a Ă©tĂ© un voyage agrĂ©able dans les Ă©motions des airs et la contemplation profonde des piĂšces de Weiss.

L’itinĂ©raire s’achĂšva en mille dorures et un calĂ©idoscope d’émotions. Le principe du festival ItinĂ©raire baroque Ă©tait rĂ©sumĂ© dans ce dernier rĂ©cital, de l’humour, de la contemplation, de la fraicheur et surtout l’esprit convivial d’une rĂ©union de famille au cƓur de la musique.

Recueil de Musique de Table
Arias pour luth et voix du baroque Allemand

Telemann, Weiss, Kremberg, Rathgeber, Hammerschmidt

Bettina Pahn – soprano
Joachim Held – luth

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Dimanche 2 aoĂ»t 2015 – Eglise de Saint-Astier. L’énergie solaire
 Tout au sud, vers la Dordogne, Saint-Astier plante sa pierre blanche sur des coteaux boisĂ©s.  Dans une Ă©glise aux imposantes nefs, c’est notre hĂŽte Ton Koopman qui nous reçoit pour un concert jubilatoire qui unit les quasi jumeaux Bach et HĂ€ndel. En effet, nĂ©s Ă  quelques semaines et quelques kilomĂštres d’écart, Bach et HĂ€ndel ont souvent Ă©tĂ© opposĂ©s alors que de leur vivant ils s’admiraient et respectaient mutuellement. Nous laissons aux esprits de la cabale et Ă  d’autres les suppositions d’une rivalitĂ© jamais prouvĂ©e. Rarement en France pour un grand concert, l’Amsterdam Baroque Orchestra s’illustre depuis des dĂ©cennies dans l’interprĂ©tation de Bach qui est l’épicentre du projet artistique de cette formation. NĂ©anmoins, Ton Koopman a lancĂ© le chantier titanesque et rĂ©ussi de l’intĂ©grale formidable de Buxtehude et, l’on espĂšre un jour, une intĂ©grale des oratorii de HĂ€ndel.

Pour certains, il faut choisir entre HĂ€ndel ou Bach. Koopman toujours plus enclin Ă  explorer Bach nous a ravit par le choix dans ce concert d’interprĂ©ter HĂ€ndel avec son orchestre.

En effet, dĂšs la premiĂšre note de la Suite III de Bach on remarque une formidable Ă©nergie, un souffle fondateur qui dĂ©roule une myriade de couleurs. L’enthousiasme de la direction de Ton Koopman est un moteur incontestable pour la justesse, la brillance des timbres et la puissance des pupitres. C’est une trĂšs belle surprise et nous soulage par ce parti pris, enfin on peut entendre un chef qui engage son orchestre dans la joie de vivre et l’éclat. Sans aucun « bling bling », Ton Koopman sait nuancer dans tous les mouvements, ses phalanges sont trĂšs bien conduites par Catherine Manson et possĂšde un ensemble de cuivres d’une justesse renversante.  Pour les airs des cantates et les extraits de Samson, c’est le jeune tĂ©nor Allemand Tilman Lichdi qui a su faire entendre les diffĂ©rences et les rapprochements entre Bach et HĂ€ndel, mais aussi toute la puissance du recueillement et du drame de ces deux monstres sacrĂ©s du baroque.

En dĂ©finitive, Ton Koopman et son Amsterdam Baroque Orchestra possĂšdent une flamme particuliĂšre qui Ă©claire les plus belles surprises des partitions. Ces artistes ont compris qu’on ne fait pas de la musique qu’avec des soupirs, ils convertissent par la lumiĂšre. L’Amsterdam Baroque Orchestra et Ton Koopman ont su dĂ©voiler le soleil lĂ  oĂč l’on ne songeait qu’à la nuit.

L’itinĂ©raire baroque s’achĂšve. Avec le retour vers la ville, en traversant les champs Ă  toute allure, c’est le sentiment d’avoir quittĂ© une maison familiale qui demeure. Comme les exilĂ©s des Ă©tudes, on espĂšre le retour de l’étĂ© au cƓur des sous-bois et des pierres anciennes pour partager avec Ton Koopman et son Ă©quipe, un nouveau festin musical.

BACH VS HÄNDEL

Johann Sebastian Bach
Suite III BWV 1068

Arias des cantates BWV 62, 117 et 19
Georg-Friedrich HĂ€ndel

Extraits de Samson
Music for the Royal Fireworks HWV 351

Tilman Lichdi – tĂ©nor
AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA
Dir. Ton Koopman