COMPTE-RENDU, opéra. Genève, le 11 sept 2019. GLASS : Einstein on the beach. Daniele Finzi Pasca / Titus Engel

glass philip coffret box cd review cd critique classiquenews homepage_large.9078cd9bCompte-rendu, Opéra. Genève, Grand-Théâtre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. Chœur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève. Daniele Finzi Pasca (mise en scène). Titus Engel (direction). Quasiment personne (on compte seulement une ou deux tentatives…) n’avait osé s’affronter au mythe que constitue « Einstein on the Beach », œuvre-monstre du duo Philipp Glass / Robert Wilson créée au Palais des Papes à l’été 1976. Pour marquer d’un grand coup son premier mandat à la tête du Grand-Théâtre de Genève (après dix années passées à celle de l’Opéra des Flandres), le suisse Aviel Cahn a choisi ce titre, et a proposé au Suisse Daniele Finzi Pasca (à qui l’on doit les Cérémonies des jeux olympiques de Sotchi ou, plus récemment, la fameuse Fête des vignerons de la voisine Vevey) de mettre en images ce véritable OLNI (Objet Lyrique Non-Identifié). Las, avouons d’emblée que le nouveau « jet » est loin du choc qu’avait constitué pour nous la mouture originale (par quatre fois, lors de la reprise du spectacle de Wilson au Corum de Montpellier, puis au Théâtre du Châtelet, il y a bientôt dix ans).

 

 

thumbnail_einstein2 glass critiqueopera geneve finzi pasca engel opera critique opera classiquenews

 

 

Pour commencer, et c’est la plus grosse dĂ©ception, il faut faire le deuil des sublimes chorĂ©graphies de Lucinda Childs, remplacĂ©es ici par de plates scĂ©nettes illustratives, dont la première nous montre Einstein s’affairant autour de son bureau, entourĂ©s de multiple assistants, et l’on s’ennuie ferme lĂ  oĂą l’on tressaillait de plaisir avec Childs. Il faudra attendre une bonne heure avant qu’une image vienne enfin nous tirer de notre torpeur, celle de roues tournoyant – en roue libre – dans un ciel orageux et rougeoyant Ă  la fois.
D’autres suivront, plus ou moins oniriques, tel cette naĂŻade vĂŞtue de tulles oranges se livrant Ă  un mystĂ©rieux ballet aquatique dans une grande cuve cylindrique emplie d’eau. L’humour est Ă©galement prĂ©sent dans le spectacle, notamment lors de la scène la plus rĂ©ussie (Ă  nos yeux) de la soirĂ©e, oĂą les acteurs circassiens de la Compagnia Finzi Pasca – filmĂ©s en temps rĂ©el – essaient d’escalader la bibliothèque d’Einstein, selon les images vidĂ©os que le public voit, mais sont en fait allongĂ©s au sol, ce qui s’avère Ă  la fois une rĂ©flexion sur la pesanteur, mais qui est surtout prĂ©texte ici Ă  d’improbables et drolatiques figures acrobatiques ! Mais pour deux ou trois moments rĂ©ussis esthĂ©tiquement ou intellectuellement, combien de scènes vides, qui ne sont rien d’autres que du pur remplissage. OĂą est donc passĂ© la vraie rĂ©flexion mĂ©taphysique qui innervait les 4h30 du spectacle de Wilson (ici rĂ©duit Ă  3h40), car on ne retrouve ici que des scènes sans grande logique ni lien entre elles, si ce n’est qu’elles font appel aux Ă©lĂ©ments de langage de Finzi Pasca (rĂ©fĂ©rences circassiennes, nĂ©ons, jeux d’ombres et de miroirs). Bref, la copie apparaĂ®t comme bien pâle auprès de l’original…

 

 

GLASS opera geneve finzi pasca titus engel _einstein1

 

 

Par bonheur, la force de la musique et du chant, quant Ă  eux, restĂ©s intacts, et constituent le principal intĂ©rĂŞt de la soirĂ©e. Les structures rĂ©pĂ©titives de la musique de Philip Glass, son arithmĂ©tique et son solfège chantĂ©s par un ChĹ“ur – composĂ© d’étudiant(e)s de la Haute Ecole de Musique de Genève (Ă  l’instar des instrumentistes de l’Einstein Ensemble) – d’une tenue et d’une prĂ©cision impressionnantes, ses progressions, ses ruptures rythmiques, libèrent les effets hypnotiques qui nous avaient clouĂ© Ă  notre siège la première fois, sous la direction d’un Titus Engel qui en maĂ®trise parfaitement la syntaxe. MĂŞme si la sonorisation semble perfectible, orgues synthĂ©tiques et bois orchestrent une liturgie captivante, prĂ©sidĂ©e par un Einstein au violon aĂ©rien digne d’une Partita de Bach (Madoka Sakitsu, remarquable d’endurance et de musicalitĂ©).

Si l’essai demande nĂ©anmoins Ă  ĂŞtre transformĂ©, bravo Ă  Aviel Cahn d’avoir eu le courage de remonter un tel ouvrage, et vivement la suite d’une saison qui – sur le papier – s’avère des plus palpitantes !

 

 
 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, Opéra. Genève, Grand-Théâtre, le 11 septembre 2019. Einstein on the beach de Philip Glass. Chœur et Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève. Daniele Finzi Pasca (mise en scène). Titus Engel (direction).

Illustrations : © C Parodi / Opéra Grand Théâtre de Genève © 2019