DVD, critique. Rimsky-K : Sadko (Tcherniakov, BolchoĂŻ, fĂ©v 2020 – 2 dvd Bel Air classiques)

sadko rimsky tcherniakov critique opera dvd classiquenews noel 2021DVD, critique. Rimsky-K : Sadko (Tcherniakov, BolchoĂŻ, fĂ©v 2020 – 2 dvd Bel Air classiques)  -  Evidemment, comme si l’opĂ©ra originel ne se suffisait pas Ă  lui-mĂȘme, en dĂ©but de spectacle, Dmitri Tcherniakov imagine une vie d’avant l’opĂ©ra oĂč les chanteurs Ă  venir ont leur rĂȘve, leurs dĂ©sirs. Soit
La scĂšne qui suit entend reprĂ©senter la rĂ©alisation de leurs illusions mais au prix d’un sacrifice difficile Ă  assumer. La force du rĂȘve est Ă©gale et proprotionnelle Ă  la nĂ©cessitĂ© finale de s’en dĂ©tacher pour mĂ»rir. On ne peut rester d’éternels enfants ! Comme cet autre pilier du rĂ©pertoire russe – OnĂ©guine, plutĂŽt rĂ©ussit alors, Tcherniakov reste pour Sadko, mesurĂ© dans son dĂ©lire thĂ©Ăątral : ouf ! ; du moins pas aussi dĂ©calĂ©, perturbateur que dans son Don Giovanni Ă  Aix. Triste souvenir, tellement le metteur en scĂšne diluait le temps mozartien, inventant des Ă©pisodes dans l’opĂ©ra, quitte Ă  en dĂ©naturer le flux et tuer la cohĂ©rence. Ce Sadko fait suite Ă  Rouslan et Ludmila il y a 9 ans au BolshoĂŻ. Production elle aussi qui laisse un sentiment finalement mitigĂ©.

Sadko Ă  l’épreuve de l’illusion onirique

Ce Sadko Ă  l’affiche du BolchoĂŻ en fĂ©vrier 2020 respecte sa nature lĂ©gendaire ; le conte traditionnel cĂ©lĂšbre en filigrane la bonne sociĂ©tĂ© (un rien arrogante) et l’essor de Novgorod (dont Rimsky est originaire), citĂ© marchande sur la riviĂšre Volkhov (sud de St-PĂ©tersbourg), florissant comptoir commercial entre Scandinavie et Orient. Joueur de « gusle », le jeune barde Sadko ose affirmer que lui aussi sera marchand et voyageur quand tous les notables attablĂ©s se moquent de lui (premier tableau).

Mais le marginal humiliĂ© voit son destin radicalement changĂ© quand il se retrouve prĂšs des eaux souriantes et crĂ©pusculaires (du lac Ilmen) oĂč paraĂźt la fille du Tsar des OcĂ©ans, Volkhova, laquelle lui assure richesse, fortune, gloire
 Rimsky sert les enchantements du conte, il en fait une Ă©popĂ©e fĂ©erique. Tout se rĂ©alise quand il pĂȘche 3 poissons d’or qui lui valent un sort miraculeux
 Sadko l’aventurier, c’est le hĂ©ros idĂ©al (parce comblĂ© malgrĂ© sa candeur) dont Tcherniakov fait un voyageur dans le temps et l’espace Ă  travers plusieurs dĂ©cors historiques du BolchoĂŻ, conçus pour diffĂ©rentes productions de l’Ɠuvre, rĂ©utilisĂ©s (et probablement restaurĂ©s) pour le drame ; ainsi, lieu de la rencontre entre mondes fĂ©erique et rĂ©els, entre Volkhova et Sadko, le lac Ilmen est la crĂ©ation au clair de lune d’Igor Bilibin (1914)
 Le spectacle se fait mĂ©moire archĂ©ologique de l’opĂ©ra russe dont 5 productions montĂ©es Ă  Saint-PĂ©tersbourg et Moscou entre 1901 et 1949, sont ainsi recyclĂ©es
 Mais chaque dĂ©cor rend visibles ses dĂ©cors et ses machineries, laissant en filigrane se dĂ©velopper aussi une rĂ©flexion sur la puissance de l’illusion thĂ©Ăątrale. Et sa victime, le spectateur Ă  travers les pĂ©ripĂ©ties du hĂ©ros.

Distinguons au dĂ©but (tableau de l’assemblĂ©e des notables marchands) l’impeccable haute-contre Yuri Minenko, naturellement projetĂ© dans le rĂŽle de Nezhata : il donne Ă  l’auditoire ce que chaque nanti veut entendre, un air qui chante leur rĂ©ussite ; hĂ©las un rien tendu aux aigus rĂąpeux, le Sadko du tĂ©nor Nazhmiddin Mavlyanov, manque d’épaisseur trouble, il n’a ni la sĂ©duction virile, ni la profondeur tendre de ses ainĂ©s, lĂ©gendaires qui ont fait la rĂ©putation du rĂŽle (Vladimir Atlantov ou Vladimir Galouzine) ; souvent la voix manque de rĂ©elle tendresse et les aigus d’aisance comme de force. Mais la lecture de Tcherniakov n’aide guĂšre le soliste qui demeure de bout en bout, cet ĂȘtre dĂ©calĂ©, asocial, inadaptĂ© (le grand thĂšme du metteur en scĂšne
 dĂ©jĂ  fil conducteur de son OnĂ©guine Ă  Paris). Cependant la magie de ce beau livre d’images n’est pas absente en particulier lors de l’apparition de Volkhova dont le soprano lĂ©ger et vaporeux Ă  souhait d’Aida Garifullina, vĂ©ritable crĂ©ature fantasmatique, exprime la nature hyperfĂ©minine et sĂ©ductrice
 d’autant que Rimsky lui rĂ©serve l‘une des parties les plus sensuelles qu’il ait composĂ©es. Garifulina enchante comme dans SnĂ©gourotchka (Bastille, 2017).

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Dans le rĂŽle de l’épouse dĂ©laissĂ©e (Lioubava), dans sa maisonnette Ă©troite, Ekaterina Semenchuk emprunte le sillon marquĂ© hier par une Obraztsova : noblesse du style, ligne infinie, aigus timbrĂ©s, graves bouleversants ; sa prĂ©sence justifie pleinement la production ; Ă  son contact, Sadko se bonifie et leur duo devient convaincant.

De son cĂŽtĂ©, portant le choeur maison, toujours impeccable en intensitĂ© et accents, l’Orchestre du BolchoĂŻ rĂ©ussit le souffle des tableaux collectifs (la scĂšne du port Ă  grand renfort de figurants et d’accessoires
), comme la finesse des profils psychologiques, si subtilement orchestrĂ©s par Rimsky ; dans la fosse, un jeune chef Ă  suivre (pas encore trentenaire !), Timur Zangiev (nĂ© en 1994) qui a reçu l’enseignement de l’extraordinaire Gennady Rozhdestvensky. C’est dire. Toujours inspirĂ© et nuancĂ©, le jeune maestro rĂ©ussit outre le sensualitĂ© de Rimsky, sa prodigieuse capacitĂ© Ă  enchaĂźner les tableaux grĂące aux transitions orchestrales quasi wagnĂ©riennes ! Et quand paraissent les 3 marchands Ă©trangers viking, indien, vĂ©nitien, la caractĂ©risation symphonique fait mouche pour chacun, d’autant que les solistes ne manquent pas d’atouts : la basse caverneuse Dmitry Ulianov, l’envoĂ»tant Alexey Nekludov, le pĂ©tillant Andrey Zhlikhovsky.

Tcherniakov n’écarte pas le comble du kitsh dans le tableau des fonds marins, Ă  la cour de l’empereur des mers oĂč le metteur en scĂšne oublie toute mesure en Ă©talant un copieux voire indigeste plat de crustacĂ©es et autres crĂ©atures spectaculaires et colorĂ©es
 Le grand bazar ocĂ©anique a des allures de Bollywood orgiaque.

C’est pour mieux contraster avec la nuditĂ© du plateau quand le vieux sage qui servait de guide Ă  Sadko, prend enfin la parole, congĂ©diant Tsar des mers et assignant Voklova Ă  sa place ; fini la parodie de Broadway et son dĂ©lire gargantuesque : Sadko rejoint Novgorod et la fille du Tsar coulera au pied de la citĂ©. Le chef traduit parfaitement tout ce qu’a de parodique et de nostalgique ce lien viscĂ©ral qu’a Rimsky pour la mer (et ses enchantements) : n’est-il pas aussi marin qu’un Roussel ? En fin de drame, aprĂšs la rĂ©conciliation des Ă©poux dans le monde rĂ©el, aprĂšs la dernier choeur Ă  la gloire de Novgorod oĂč les coulisses sont dĂ©voilĂ©es aux spectateurs
 l’approche Tcherniakov semble lĂ©gĂšre et inaboutie. On reste plus captivĂ©s par la magie de l’orchestre que saisis par la rĂ©alisation scĂ©nique. Car les musiciens font Ă  eux seuls tout le spectacle. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le dĂ©ballage visuel et la grille de lecture plaquĂ©e sans coutures de Tcherniakov, le spectacle Ă©ditĂ© par Bel Air mĂ©rite absolument ce tĂ©moignage.

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voir un extrait vidéo :
https://youtu.be/Mxh2tfDtISs

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RIMSKY KORSAKOV : SADKO. Opera in seven scenes sung in Russian – Libretto Nikolai Rimsky-Korsakov
With the assistance of Vladimir Belsky
Based on Russian Bylinas

Sadko, Nazhmiddin Mavlyanov
Volkhova, Aida Garifullina
Lubava Buslaevna, Ekaterina Semenchuk
Nezhata, Yuri Minenko
Ocean-Sea, The Sea Tsar, Stanislav Trofimov
Whistle, Mikhail Petrenko
Fife, Maxim Paster
Varangian Merchant, Dmitry Ulianov
Indian Merchant, Alexey Nekludov
Venetian Merchant, Andrey Zhilikhovsky


State Academic Bolshoi Theatre Of Russia Orchestra And Chorus
Chorus master, Valery Borisov
Conductor / direction : Timur Zangiev
Stage direction and sets / mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov
2 DVD (3h06mn) – BLU RAY : 20,34 euros / 22, 34 euros (prix indicatif)
PLUS D’INFOS sur le site de Bel AIR CLASSIQUES
https://belairclassiques.com/catalogue/rimsky-korsakov-sadko-dmitri-tcherniakov-bolchoi-aida-garifullina-ekaterina-semenchuk-dvd-blu-ray