CD événement. Leipzig 1723 / Capricornus Consort Basel (1 cd Accent 2020)

accent leipzig 1723 stefan temmingh flute critique cd review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. Leipzig 1723 / Capricornus Consort Basel (1 cd Accent 2020). FlĂ»tiste virtuose, Stefan Temmingh rend hommage au feu ardent d’un Jean-Sebastien Bach d’une absolue plĂ©nitude, celui de son Concerto BWV 1057 pour 2 flĂ»tes. Autour de cette Ɠuvre clĂ©, le flĂ»tiste Ă©chafaude un programme d’une cohĂ©rence manifeste, rĂ©vĂ©latrice du bouillonnement des tempĂ©raments germaniques au dĂ©but des annĂ©es 1720
 A la grĂące lumineuse de ce portique rayonnant d’équilibre et de noblesse, le flĂ»tiste associe en un dialogue fĂ©cond, les Ɠuvres de Graupner (maĂźtre des opĂ©ras italiens Ă  Darmstadt), Fasch (Ă©lĂšve du premier et bientĂŽt maĂźtre de chapelle Ă  Zerbst) et surtout Telemann, vĂ©ritable gĂ©nie Ă©quivalent en rĂ©alitĂ© Ă  celui de JS BACH, et qui profite de ce jeu de correspondances et de filiations
 le choix des deux partitions du gĂ©nie de Hambourg s’avĂšre des plus Ă©loquents : le Concerto TWV 51:C1 (sublime « tempo di minue » final), surtout le Quatuor TWV 43:g4 et son 3Ăš et dernier mouvement – « allegro », dont le jeu rythmique contrastĂ© qui « oppose » et fait dialoguer cordes et flĂ»te, se rĂ©vĂšle ici 
jubilatoire. Telemann devait diriger la musique Ă  Lepizig mais c’est finalement JS Bach qui prit ses fonctions comme director musices le 1er juin 1723. Les instrumentistes CLIC D'OR macaron 200(Capricornus Consort) se dĂ©lectent visiblement Ă  caractĂ©riser chacune des sĂ©quences : le jeu est brillant et nuancĂ©. La vitalitĂ© du geste exploite Ă  propos toutes les nuances agogiques de chaque Ă©criture ; restituant dans ce jeu brillant, la sincĂ©ritĂ© et la finesse, requises. D’une belle vivacitĂ©, l’approche Ă©claire la diversitĂ© des tempĂ©raments qui ont lien, direct ou indirect, avec la nomination de JS Bach Ă  Leipzig en 1723. Du baroque aussi pertinent que cela, on en redemande. CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2021.

CD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd)

Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenewsCD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd). Saluons d’abord, la sonoritĂ© trĂšs chaleureuse, opulente mĂȘme du chef catalan qui dessine et rappelle s’agissant de Rebel, le raffinement et la franchise directe d’une Ă©criture trĂšs poĂ©tique presque diaphane, Ă©vanescente comme un glacis des paysages recomposĂ©s de Watteau
 La caractĂ©risation des danses, au caractĂšre quasi pastorale – et l’on sait que ce vocable est essentiel dans l’esprit du temps, ce dĂ©but XVIIIĂš encore trĂšs nostalgique-, est idĂ©ale, dans l’articulation, la dĂ©termination expressive, le dĂ©tail du discours et des effets rhĂ©toriques, ne serait ce que dans un seul Ă©pisode emblĂ©matique : Gigue, rigaudon, passepied, gavotte
 rĂ©sumĂ© et synthĂšse de l’inclination de Rebel pour les univers poĂ©tiques et tendres, propre Ă  sa suite Terpsichore de 1721.

rebel_watteau_gravure_musiqueLes Plaisirs champĂȘtre de 1724 indiquent une autre sensibilitĂ© : plus Ă©lĂ©giaque et d’un abandon sensuel qui convoque l’extase des bergers. Tout un monde rĂȘvĂ© par Boucher et bientĂŽt mis en oeuvre par Marie-Antoinette dans son Ă©crin illusoire de Trianon. L’évocation fourmille d’idĂ©es et de motifs caressants surtout portĂ©s par les hautbois. L’ivresse et ce dĂ©sir d’oubli comme de rĂ©enchantement (sublime Chaconne, plage 33) dans l’esprit de Lully mais plus onctueuse encore et nerveuse aussi ; revivifiĂ©e mĂȘme, comme une surenchĂšre dans les autres Chaconnes, plage 39 et surtout 44 de la Fantaisie de 1729) se rĂ©alise grĂące au geste souple et trĂšs caractĂ©risĂ© de Savall et des instrumentistes rĂ©unis autour de lui (les musiciens du Concert des Nations / Manfredo Kraemer, violon solo et leader). L’éloquence et la comprĂ©hension qu’apporte Savall, sa curiositĂ© et sa restitution gourmande, gorgĂ©e de si dĂ©lectables couleurs, composent ici le plus bel hommage Ă  l’orchestre de Louis XV, un thĂšme qu’il avait dĂ©jĂ  traitĂ© dans un cycle tout aussi convaincant.

telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017L’élĂ©gance et la virtuositĂ© nerveuse voire la frĂ©nĂ©sie graduelle de Teleman s’exprime outrageusement dans la Suite La Bizarre, en particulier dans l’urgence trĂ©pidante du Rossignol. Puis la Partie III de Tafelmusik (1733) rappelle combien Ă  l’époque du premier opĂ©ra visionnaire et scandaleux de Rameau (Hippolyte et Aricie), l’éclectique Telemann savait aussi, comme Rebel offrir une relecture personnelle et puissante du style versaillais lullyste (ouverture, plage 45). Cette sĂ©quence est la plus audacieuse de notre point de vue, fruit d’une pensĂ©e musicale qui interroge le sens mĂȘme d’un cycle musical, Ă  la pulsion dĂ©bordante, voire frĂ©nĂ©tique, construite comme un vaste crescendo : de l’ouverture noble, au badinage fugace, contrastant avec des postillons enjouĂ©s et dĂ©lurĂ©s; surtout vers la conclusion notĂ©e « furioso », comme une apothĂ©ose de la danse.
Les phrasĂ©s de cette sĂ©quence premiĂšre, entre noblesse, Ă©lĂ©gance, abandon, dĂ©tente, tension et rĂ©exposition sont tout simplement jubilatoires. Tout l’esprit de Terpsichore, de la danse souveraine, de la musique pure, de sa surenchĂšre et parfois de son exaspĂ©ration critique, se dĂ©ploie en libertĂ©. Quel gĂ©nie, contemporain du dĂ©terminant Rameau. Il faut toute l’intelligence de Savall pour nous en rĂ©vĂ©ler les subtilitĂ©s chorĂ©graphiques, sublimement musicale. Pas un Français dans l’Hexagone, ne serait capable d’une telle finesse d’intonation : lĂ  om les chefs gaulois actuels s’entĂȘtent dans la duretĂ©, la sĂ©cheresse souvent mĂ©canique du geste, le catalan nous rĂ©apprend, Ă  prĂ©sent que Harnoncourt nous a quittĂ©, toute la caresse d’un galbe interprĂ©tatif, entre abandon nostalgique, et vivacitĂ© poĂ©tique (« bergerie », plage 46). Le maestro sait faire chanter, nuances, accents, phrasĂ©s Ă  l’envi, son cher orchestre. Superlatif. CLCI de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

 
   
 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. TERPSICHORE : ballets de Telemann, Rebel, Apothéose de la Danse Baroque. Le Concert des Nations. Jordi Savall (Graz, juil 2017, 1 cd Alia Vox). CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018).

 
 
 

ALIA VOX
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/terpsichore/

 
 
 

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NOËL symphonique à ORLEANS

ORLÉANS. CONCERTS de NOEL 2018. Les 15 et 16 dĂ©c 2018. Pour cĂ©lĂ©brer le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans et le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans fusionnent leurs forces vives Ă  l’église Saint-Pierre du Martroi et offrent un somptueux Concert de NoĂ«l, une tradition Ă  prĂ©sent pour les OrlĂ©anais soucieux de vivre une grande expĂ©rience pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e.

ORLEANS-concert-de-NOEL-2018-marius-Stieghorst-concerts-annonce-sur-classiquenews

 

 

orchestre-orleans-maestro-chaf-concert-portrait-par-classiquenewsMarius Stieghorst, le chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, a conçu un programme particuliĂšrement original et Ă©clectique, gĂ©nĂ©reux en styles et accents contrastĂ©s, oĂč perce le timbre Ă©clatant des trompettes (Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo de Telemann), aux cĂŽtĂ©s de l’exaltation des voix (Messe Nelson de Haydn, Alma Dei creatoris de Mozart
). Pour ce concert de NoĂ«l, Marius Stieghorst confie la baguette Ă  Gildas Harnois, qui a dĂ©jĂ  dirigĂ© l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans Ă  maintes reprises. Organiste titulaire de la CathĂ©drale Sainte-Croix d’OrlĂ©ans depuis 1997, il est bien connu des OrlĂ©anais. Il est par ailleurs Chef de la Musique des Gardiens de la Paix depuis juillet 2014, formation qu’il dirige Ă  Paris et Ă  l’étranger.

 

 

SAMEDI 15 DÉCEMBRE 2018 à 20h30boutonreservation
DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 à 16h00
ORLEANS, Église Saint-Pierre du Martroi

 

 

GEORG PHILIPP TELEMANN
Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo, TWV54 : D3

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Alma Dei creatoris en fa majeur KV 277

JOSEPH HAYDN
Nelson Mass en ré mineur, Hob. XXII : 11

Isabelle PHILIPPE, soprano
Laure DUGUÉ, alto
Matthieu JUSTINE, ténor
Marc LABONNETTE, basse
Vincent MITTERAND – Guy-Claude CHARCELLAY- Thibault COLLONGE, trompettes
ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans / Elisabeth RENAULT, chef de chƓur
Gildas HARNOIS, direction

 

 

 

 

Présentation des oeuvres

 

 

GEORG PHILIPP TELEMANN
Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo, TWV54 : D3
Georg Philipp TELEMANN compte parmi les compositeurs les plus prolifiques et les plus novateurs de l’ñge baroque, en ce XVIIIĂš Ă©clatant, qui n’est pas encore celui des LumiĂšres, mais Ă©blouit nĂ©anmoins par la prĂ©Ă©minence dĂ©volue Ă  la musique : Telemann dirigea la musique Ă  Hambourg, maĂźtre incontestĂ© du prestige musical et culturel de la ville Ă  l’époque oĂč JS Bach son contemporain « vĂ©gĂ©tait » Ă  Leipzig, en prise avec ses employeurs indignes de son talent… MĂȘlant spectaculaire et intime, le Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo affirme le gĂ©nie de Telemann, Ă  l’écriture raffinĂ©e et dramatiquement efficace ; la partition rĂ©serve de bien belles surprises, Ă  l’image des magnifiques solos de hautbois qui apportent une touche subtile de sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  la tonalitĂ© solennelle et majestueuse de l’Ɠuvre. Grandiose et pourtant recueillie, l’Ɠuvre s’inscrit idĂ©alement pour le temps de NoĂ«l.

 

 

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Alma Dei creatoris en fa majeur KV 277
Mozart a composĂ© cet offertoire peu de temps aprĂšs avoir dĂ©missionnĂ© de la Cour de Salzbourg : il ne pouvait supporter les humiliations rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  son encontre, perpĂ©trĂ©es par son employeur Coloredo. Écrite pour soprano, alto, tĂ©nor, chƓur, violons et basse continue, la partition mariale alterne avec douceur et sĂ©rĂ©nitĂ© les interventions des solistes et celles du chƓur.

 

 

JOSEPH HAYDN
Nelson Mass en ré mineur, Hob. XXII : 11
Cette messe est sans doute la plus dramatique, la plus puissante et la plus populaire des quatorze messes Ă©crites par Joseph Haydn. Écrite avec raffinement dans une tonalitĂ© sombre (rĂ© mineur), elle gĂ©nĂšre et entretient au fil de chacune de ses parties une vĂ©ritable tension lyrique. Le chef-d’Ɠuvre de Haydn est l’un des sommets de la composition liturgique Ă  l’époque des LumiĂšres. Haydn y dĂ©ploie son gĂ©nie du raffinement viennois et son goĂ»t de l’opĂ©ra.

 

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu : Église Saint-Pierre du Martroi
Tarifs : de 25/22/12€
Horaires des Concerts : samedi 15 dĂ©cembre Ă  20h30 – dimanche 16 dĂ©cembre Ă  16h00
RĂ©servations : Bureau d’OrlĂ©ans Concerts 6 rue Pothier – 45000 OrlĂ©ans (Ouvert au public de 13h Ă  18h, du lundi au samedi) TĂ©l : 02 38 53 27 13

Site Web : www.orchestre-orleans.com

 

 

 

Reportage. L’ensemble NEVERMIND en rĂ©sidence Ă  Saintes (fĂ©vrier 2016)

logoSaintes_A3_noirReportage. L’ensemble NEVERMIND en rĂ©sidence Ă  Saintes (fĂ©vrier 2016) — Le quatuor de solistes sur instruments d’Ă©poque  (formation originale Ă  quatre voix Ă©gales : traverso, violo,, viole de gamme et clavecin) NEVERMIND est en rĂ©sidence Ă  l’Abbaye aux Dames, la citĂ© musicale, Ă  Saintes. Approche intensive du rĂ©pertoire baroque, en particulier les Quatuors parisiens de Telemann, cycle emblĂ©matique dans la constitution du groupe, travail collectif Ă  Saintes, relation aux publics, projets futurs et programmes pour le festival estival de Saintes… — rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM — © studio CLASSIQUENEWS.COM 2016

Biographie. Telemann (1681-1767)

Biographie. Telemann (1681-1767). NĂ© en 1681 et mort en 1767, Teleman vivra en 2017, son 250Ăšme anniversaire : une opportunitĂ© pour cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie de ce compositeur qui certes en Allemagne du nord est bien connu, Ă©toile musicale Ă  Hambourg, vĂ©ritable esprit synthĂ©tique Ă  l’Ă©poque de Jean-SĂ©bastien Bach et comme ce dernier particuliĂšrement admirĂ©, et davantage encore que le director musices de Leipzig car Telemann fut vĂ©nĂ©rĂ© tel un dieu vivant, affirmant l’intelligence d’une pensĂ©e musicale, celle du plein baroque, avant les prĂ©mices du classicisme et du romantisme, en somme l’exact contemporain du français Rameau et comme lui, le dernier jalon marquant du baroque impĂ©tueux, expressif, universel.

 

 

Telemann, génie du Baroque germanique

 

 

TempĂ©rament puissamment original, Telemann impose sa grande culture musicale et sa pensĂ©e Ă©clectique dans l’Allemagne du nord. Il sert comme Kapellmeister dans diverses cours saxonnes puis devient surtout l’Ă©minence incontournable de la citĂ© de Hambourg, comme Kantor du Johanneum, Ă  partir de 1721, soit Ă  40 ans. En auteur avisĂ© et organisĂ©, il coordonne immĂ©diatement la parution de ses oeuvres, destinĂ©es aux amateurs et cĂ©nacles lettrĂ©s d’oĂč sa renommĂ©e europĂ©enne prĂ©coce : en homme des LumiĂšres et personnalitĂ© musicale, Telemann correspond sa vie durant avec les grands penseurs et thĂ©oriciens de son temps : Haendel, et les Bach, pĂšre et fils, Jean-SĂ©bastien et CPE (son filleul). AutoritĂ© incontestable, Telemann incarne une maniĂšre de modĂšle europĂ©en, bien au dessus de JS Bach Ă  son Ă©poque, influençant toute la nouvelle gĂ©nĂ©ration qui suit : Pisendel, Fasch, Heinichen, Graupner… Ses Ă©crits thĂ©oriques marquent profondĂ©ment la recherche de Mattheson, Quantz, Agricola, entre autres.

LEIPZIG : premiĂšre consĂ©cration. A 10 ans, Telemann maĂźtrise le violon, la flĂ»te, le clavier ; c’est un jeune prodige qui Ă  12 ans compose son premier opĂ©ra : Sigismundus. MalgrĂ© la profonde et tenace rĂ©ticence de sa mĂšre, Telemann s’obstine avec raison dans la musique dont il fait sa vocation. Ses premiĂšres Ɠuvres dĂ©voilent une connaissance approfondie de Agostino Stefani (rĂ©cemment ressuscitĂ© par Cecilia Bartoli), comme celle de gĂ©nies du XVIIĂš,  RosenmĂŒller, Corelli et Caldara. Inscrit en droit Ă  Leipzig en 1701, pour plaire Ă  sa mĂšre, Telemann n’en oublie par pour autant de recontrer le jeune Haendel Ă  Halle.
Le maire de Leipzig saisi par son Psaume chantĂ© Ă  l’Ă©glise Saint-Thomas, lui commande immĂ©diatement un cycle de cantates, au grand dam du directeur musical de la ville, Kuhnau, rĂ©cemment nommĂ©. Telemann audacieux et entrepreneur, organise une sĂ©rie de concerts publiques oĂč joue un ensemble de musiciens Ă©tudiants prĂȘts Ă  le suivre (Collegium Musicum) ; trĂšs vite, son exceptionnel talent de compositeur lui rĂ©serve offres et propositions : il devient directeur de l’OpĂ©ra de Leipzig, compose plusieurs ouvrages lyriques, embauche les Ă©tudiants hambourgeois, chante lui-mĂȘme. En 1704, Telemann abandonne son poste Ă  l’OpĂ©ra pour devenir organiste Ă  la Neukirche.

IndisposĂ© par les remontrances du jaloux Kuhnau, Telemann quitte Leipzig en 1705 pour… la Cour italianisante du Comte Erdmann II de Promnitz (Ă  Sorau, actuelle Zary) oĂč la prĂ©dominance simultanĂ©e du style français stimule le compositeur. Il se perfectionne alors dans l’ouverture Ă  la française dont il passe pour le maĂźtre absolu. La proximitĂ© des Ă©lites et intellectuels de Berlin, le marque alors mais son sĂ©jour est interrompu lorsque sous la menace d’une invasion suĂ©doise, le Cour du Prince Promnitz est dissoute.

Bach Ă  Eisenach, 1706. Telemann rejoint alors la Cour d’Eisenach oĂč il dirige les chanteurs comme Konzertmeister. C’est lĂ , entre 1706 et 1708 qu’il rencontre Jean-SĂ©bastien Bachn bientĂŽt sur le dĂ©part pour Weimar (1708). Telemann livre alors tout un nouveau cycle de cantates et piĂšces de musique de chambre. Pour Eisenach, Telemann livra jusqu’en 1729, nombre de compositions, prolongeant encore sa riche participation Ă  l’activitĂ© de la ville.
A Francfort sur le Main, le compositeur dĂ©veloppe davantage son activitĂ© urbaine et mondaine comme directeur de la musique, composant nombre de musiques de circonstance, entre autres pour les concerts hebdomadaires du Collegium Musicum local. FĂ©cond, le musicien Ă©crit musiques de mariage et de cĂ©lĂ©brations diverses, oratorios et cantates; tout en poursuivant son activitĂ© de compositeurs d’opĂ©ras pour… Leipzig.
En 1717, le duc Ernst de Gotha lui offre le poste de Kapellmeister de toutes ses cours : Telemann assoit encore son statut et sa renommĂ©e. A Dresde en 1719, pour le mariage d’Auguste II et Maria Josepha d’Autriche, il retrouve Haendel et Ă©crit pour le violoniste Pisendel.

 

 

HAMBOURG, 1721. ConsĂ©cration, reconnaissance, transmission… NommĂ© directeur musical de la ville d’Hambourg, Telemann atteint une position particuliĂšrement exposĂ©e et enviable, lui assurant prestige et confort matĂ©riel. Pour autant, ses nouvelles fonctions ne sont pas de tout repos car il doit fournir l’ordinaire musical des 5 Ă©glises de la ville (soit comme JS Bach Ă  Leipzig : 2 cantates hebdomadaires inĂ©dites, 1 Passion par an… !, assurer un service d’enseignement.
Telemann insista aussi pour Ă©crire des opĂ©ras pour le ThĂ©Ăątre Lyrique de la ville : son ouvrage Der Geduldige Socrates / La Patience de Socrate, pourtant admirablement construit, ne suscita pas un enthousiasme dĂ©bordant de la part des autoritĂ©s. Un violent diffĂ©rent survint et Telemann menaçant de dĂ©missionner, se prĂ©senta au concours pour le poste de directeur musical Ă  l’Ă©glise Saint-Thomas de Leipzig en 1722. Il remporta naturellement la compĂ©tition oĂč se prĂ©sentait aussi JS Bach et Graupner, finalement dĂ©boutĂ©s. InquiĂšte et dĂ©stabilisĂ©e, la municipalitĂ© de Hambourg sut rĂ©agir pour garder son compositeur officiel : traitement augmentĂ©, participation aux opĂ©ras : Telemann qui laissa ainsi Leipzig Ă  JS Bach, avait gagnĂ© la partie.
ConfirmĂ© et renforcĂ©, Telemann Ă  Hambourg favorise l’essor de l’activitĂ© musicale dans la citĂ© : livrant les partitions obligĂ©es par son office, mais aussi donnant un cycle multipliĂ© de concerts dans la taverne “Lower Tree-House” oĂč il prĂ©sente ses derniĂšres crĂ©ations avec une libertĂ© crĂ©ative en liaison avec sa certitude comme artiste reconnu. Telemann prend aussi la direction de l’OpĂ©ra de Hambourg, jusqu’Ă  la fermeture de l’Ă©tablissement en 1738.  Il programme ses ouvrages mais aussi ceux de Keiser et de Haendel (un ami estimĂ© auquel il adresse des bulbes de tulipes). Eclectique et prolixe dans diverses formes, Telemann compose aussi des opĂ©ras comiques (Pimpinone de 1725).
Telemann georg philipp telemannEditeur de ses propres oeuvres, Telemann organise et coordonne la publication de ses partitions, jusqu’en 1740, participant Ă  la diffusion de son style et donc Ă  sa renommĂ©e europĂ©enne (dont en 1728, un recueil de 72 cantates…, ou un recueil imprimĂ© Ă  Paris en 1738, les Nouveaux Quatuors). Le rayonnement de son Ɠuvre Ă©ditĂ©e impose l’Ă©clat et le succĂšs populaire d’une Ă©criture accessible, pourtant virtuose, aux difficultĂ©s mesurĂ©es, au caractĂšre galant de l’inspiration… trĂšs soucieux de la dĂ©fense de ses droits (en cela prĂ©curseur de Richard Strauss), il rejoint Paris en 1737 pour y piloter directement la publication de sa musique de chambre. Les Ă©diteurs parisiens Boivin et Le Clerc furent rappelĂ©s Ă  l’ordre par le compositeur qui n’avait pas donnĂ© autorisation Ă  l’Ă©dition de ses Sonates en trio et d’autres recueils. AvisĂ©, interventionniste, Telemann publia directement ses oeuvres, unanimement apprĂ©ciĂ©es par les français, et applaudies au Concert Spirituel.
A partir de 1740, le pĂ©dagogue et thĂ©oricien supplantent l’activitĂ© du compositeur, lequel honore cependant Ă  Hambourg, les obligations de sa charge (Passions et cantates de circonstance…). Telemann s’interroge sur le moyen de la transmission (indication des ornements, interprĂ©tation des recitatifs…) autant de sujets dĂ©veloppĂ©s dans ses recueils thĂ©oriques qui offrent un Ă©clairage dĂ©cisif pour l’interprĂšte moderne et sur la façon de jouer sa propre musique. PensĂ©e conceptuelle autant que pragmatique, Telemann Ă©crit dans la derniĂšre dĂ©cennie de sa longue et prodigieuse carriĂšre, plusieurs drames lyriques inspirĂ©s des oratorios de Haendel.  Nouveaux dĂ©fis qu’aima cultiver l’infatigable auteur jusqu’Ă  son dernier souffle.

 

 

 

AGENDA TELEMANN 2016
Avant l’annĂ©e commĂ©morative (2017, soit les 250 ans de la disparition du compositeur gĂ©nial), Opera Fuoco, la compagnie lyrique crĂ©Ă©e et dirigĂ©e par l’excellent David Stern prĂ©sente l’opĂ©ra mĂ©connu mais splendide Damon au ThĂ©Ăątre de Magdeburg (Allemagne) en version scĂ©nique (Aron stiehl, metteur en scĂšne), les 12, 13 18 et 19 mars 2016.

DISCOGRAPHIE

telemann theatre musical les masques olivier fortin ouverture don quixoote burlesque review cd critique cd classiquenews CLIC de novembre 2016 AJ0256CD remarquable. Les Masques emportĂ©s par Olivier Fortin subliment le gĂ©nie dramatique et poĂ©tique de Telemann : cd exceptionnel intitulĂ© “ThĂ©Ăątre musical de Telemann”, CLIC de CLASSIQUENEWS, Ă©ditĂ© en novembre 2016. LIRE notre critique complĂšte du cd le ThĂ©Ăątre musical de Telemann par Olivier Fortin et Les Masques (1 cd Alpha)

 

telemann giovanni antonini cd alpha concerto suite chalumeau review critique cd classiquenews 3760014192456_600CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flĂ»te, deux chalumeaux
 Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini (1 cd Alpha). Voici en cette fin d’annĂ©e 2016 et prĂ©ludant Ă  l’annĂ©e Telemann 2017 (250Ăšme anniversaire de la mort : LIRE notre dossier spĂ©cial Telemann 2017), un disque miraculeux, dĂ©diĂ© aux talents multiples du compositeur de Hambourg, lequel dans sa biographie paru dans la ville hansĂ©atique en 1740, alors qu’il en est le directeur de la musique, c’est l’un des postes les plus enviables en Europe-, prĂ©cise qu’il a « appris avec enthousiasme Ă  jouer des instruments Ă  clavier, du violon, de la flĂ»te. Et Ă  prĂ©sent, je me consacre Ă  l’apprentissage du hautbois, de la flĂ»te traversiĂšre, du chalumeau, de la viole de gambe et mĂȘme de la contrebasse et du trombone ». Rien de moins. Telemann douĂ© en tout, accomplit des trĂ©sors d’inspiration et de raffinement, … En LIRE +

 

CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

SubtilitĂ© d’un gĂ©nie europĂ©en

AprĂšs une ouverture finement ciselĂ©e, resplendissant grĂące Ă  l’engagement des interprĂštes en ces teintes haendĂ©liennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral Ă  la fois tendre et plaintif, l’approche dĂšs son dĂ©part convainc par sa grande finesse et son Ă©locution naturelle. Du reste, le dĂ©but de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumiĂšre les talents de la prima donna de la production mais aussi cet Ă©clectisme virtuose d’un compositeur europĂ©en capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistrĂ© en Autriche en aoĂ»t 2010, la rĂ©alisation de L’Orfeo Barockorchester dirigĂ© par Michi Gaigg captive littĂ©ralement par sa justesse Ă©motionnelle, la diversitĂ© des nuances, l’absence de tout systĂ©matisme rĂ©ducteur, si frĂ©quent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’OrphĂ©e resplendit sous la plume d’un Telemann, enivrĂ© et trĂšs inspirĂ© par la lyre du poĂšte de Thrace. Entre l’opĂ©ra premier de Monteverdi et celui aussi rĂ©formateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opĂ©ra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilitĂ© suave et souple dans l’esthĂ©tique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommĂ© directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opĂ©ras pour l’OpĂ©ra GĂ€nsemarkt. En fait partie son OrphĂ©e, vraie rĂ©ussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le tĂ©nor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dĂ©passĂ© par l’Ă©criture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermetĂ© comme de stabilitĂ©; le chanteur sauve les meubles dans les airs mĂ©dians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus rĂ©ussi mais sans guĂšre de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et trĂšs musicale. Le Pluton engagĂ© et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette rĂ©alisation trĂšs attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’OrphĂ©e: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’ĂȘtre les personnages titres (OrphĂ©e et Eurydice): Ă  l’Ă©coute de son air dĂ©veloppĂ© au dĂ©but du III qu’elle introduit Ă  son dĂ©but comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est Ă©poustouflant, Ă  la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, dĂ©clamĂ© sans affĂšterie, sur le souffle, mĂȘme justesse expressive dans le court air introspectif chantĂ© en français et qui a la tendre Ă©loquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” HĂ©las quels soupirs “… . On comprend dĂšs lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la crĂ©ation pour laquelle a composĂ© Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en rĂ©alitĂ© ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affĂ»tĂ©e, colorĂ©e et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractĂšres d’une partition versatile et trĂšs diversifiĂ©e. C’est une sĂ©rie de tableaux, de miniatures mĂȘme qui Ă©clairent chacun dans leur sĂ©quence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs Ă  son Ă©poque avait dĂ©voilĂ© la partition du Germanique, souligner son gĂ©nie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sĂ©cheresse son tempĂ©rament caractĂ©risĂ©; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalitĂ© de la lecture premiĂšre mais en demeurant d’une justesse Ă©motionnelle parfois plus fluide et vivante grĂące Ă  un relief pleinement assumĂ© c’est Ă  dire parfois Ăąpre et mordant de l’orchestre. GrĂące Ă  la suretĂ© de la distribution surtout fĂ©minine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation du disque. RĂ©alisation trĂšs convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)