CD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd)

Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenewsCD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd). Saluons d’abord, la sonorité très chaleureuse, opulente même du chef catalan qui dessine et rappelle s’agissant de Rebel, le raffinement et la franchise directe d’une écriture très poétique presque diaphane, évanescente comme un glacis des paysages recomposés de Watteau… La caractérisation des danses, au caractère quasi pastorale – et l’on sait que ce vocable est essentiel dans l’esprit du temps, ce début XVIIIè encore très nostalgique-, est idéale, dans l’articulation, la détermination expressive, le détail du discours et des effets rhétoriques, ne serait ce que dans un seul épisode emblématique : Gigue, rigaudon, passepied, gavotte… résumé et synthèse de l’inclination de Rebel pour les univers poétiques et tendres, propre à sa suite Terpsichore de 1721.

rebel_watteau_gravure_musiqueLes Plaisirs champêtre de 1724 indiquent une autre sensibilité : plus élégiaque et d’un abandon sensuel qui convoque l’extase des bergers. Tout un monde rêvé par Boucher et bientôt mis en oeuvre par Marie-Antoinette dans son écrin illusoire de Trianon. L’évocation fourmille d’idées et de motifs caressants surtout portés par les hautbois. L’ivresse et ce désir d’oubli comme de réenchantement (sublime Chaconne, plage 33) dans l’esprit de Lully mais plus onctueuse encore et nerveuse aussi ; revivifiée même, comme une surenchère dans les autres Chaconnes, plage 39 et surtout 44 de la Fantaisie de 1729) se réalise grâce au geste souple et très caractérisé de Savall et des instrumentistes réunis autour de lui (les musiciens du Concert des Nations / Manfredo Kraemer, violon solo et leader). L’éloquence et la compréhension qu’apporte Savall, sa curiosité et sa restitution gourmande, gorgée de si délectables couleurs, composent ici le plus bel hommage à l’orchestre de Louis XV, un thème qu’il avait déjà traité dans un cycle tout aussi convaincant.

telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017L’élégance et la virtuosité nerveuse voire la frénésie graduelle de Teleman s’exprime outrageusement dans la Suite La Bizarre, en particulier dans l’urgence trépidante du Rossignol. Puis la Partie III de Tafelmusik (1733) rappelle combien à l’époque du premier opéra visionnaire et scandaleux de Rameau (Hippolyte et Aricie), l’éclectique Telemann savait aussi, comme Rebel offrir une relecture personnelle et puissante du style versaillais lullyste (ouverture, plage 45). Cette séquence est la plus audacieuse de notre point de vue, fruit d’une pensée musicale qui interroge le sens même d’un cycle musical, à la pulsion débordante, voire frénétique, construite comme un vaste crescendo : de l’ouverture noble, au badinage fugace, contrastant avec des postillons enjoués et délurés; surtout vers la conclusion notée « furioso », comme une apothéose de la danse.
Les phrasés de cette séquence première, entre noblesse, élégance, abandon, détente, tension et réexposition sont tout simplement jubilatoires. Tout l’esprit de Terpsichore, de la danse souveraine, de la musique pure, de sa surenchère et parfois de son exaspération critique, se déploie en liberté. Quel génie, contemporain du déterminant Rameau. Il faut toute l’intelligence de Savall pour nous en révéler les subtilités chorégraphiques, sublimement musicale. Pas un Français dans l’Hexagone, ne serait capable d’une telle finesse d’intonation : là om les chefs gaulois actuels s’entêtent dans la dureté, la sécheresse souvent mécanique du geste, le catalan nous réapprend, à présent que Harnoncourt nous a quitté, toute la caresse d’un galbe interprétatif, entre abandon nostalgique, et vivacité poétique (« bergerie », plage 46). Le maestro sait faire chanter, nuances, accents, phrasés à l’envi, son cher orchestre. Superlatif. CLCI de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

 
   
 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. TERPSICHORE : ballets de Telemann, Rebel, Apothéose de la Danse Baroque. Le Concert des Nations. Jordi Savall (Graz, juil 2017, 1 cd Alia Vox). CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018).

 
 
 

ALIA VOX
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/terpsichore/

 
 
 

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Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenews

 
 
 

NOËL symphonique à ORLEANS

ORLÉANS. CONCERTS de NOEL 2018. Les 15 et 16 déc 2018. Pour célébrer le temps de Noël, l’Orchestre Symphonique d’Orléans et le Chœur Symphonique du Conservatoire d’Orléans fusionnent leurs forces vives à l’église Saint-Pierre du Martroi et offrent un somptueux Concert de Noël, une tradition à présent pour les Orléanais soucieux de vivre une grande expérience pour les fêtes de fin d’année.

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orchestre-orleans-maestro-chaf-concert-portrait-par-classiquenewsMarius Stieghorst, le chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’Orléans, a conçu un programme particulièrement original et éclectique, généreux en styles et accents contrastés, où perce le timbre éclatant des trompettes (Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo de Telemann), aux côtés de l’exaltation des voix (Messe Nelson de Haydn, Alma Dei creatoris de Mozart…). Pour ce concert de Noël, Marius Stieghorst confie la baguette à Gildas Harnois, qui a déjà dirigé l’Orchestre Symphonique d’Orléans à maintes reprises. Organiste titulaire de la Cathédrale Sainte-Croix d’Orléans depuis 1997, il est bien connu des Orléanais. Il est par ailleurs Chef de la Musique des Gardiens de la Paix depuis juillet 2014, formation qu’il dirige à Paris et à l’étranger.

 

 

SAMEDI 15 DÉCEMBRE 2018 à 20h30boutonreservation
DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018 à 16h00
ORLEANS, Église Saint-Pierre du Martroi

 

 

GEORG PHILIPP TELEMANN
Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo, TWV54 : D3

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Alma Dei creatoris en fa majeur KV 277

JOSEPH HAYDN
Nelson Mass en ré mineur, Hob. XXII : 11

Isabelle PHILIPPE, soprano
Laure DUGUÉ, alto
Matthieu JUSTINE, ténor
Marc LABONNETTE, basse
Vincent MITTERAND – Guy-Claude CHARCELLAY- Thibault COLLONGE, trompettes
ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
Chœur Symphonique du Conservatoire d’Orléans / Elisabeth RENAULT, chef de chœur
Gildas HARNOIS, direction

 

 

 

 

Présentation des oeuvres

 

 

GEORG PHILIPP TELEMANN
Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo, TWV54 : D3
Georg Philipp TELEMANN compte parmi les compositeurs les plus prolifiques et les plus novateurs de l’âge baroque, en ce XVIIIè éclatant, qui n’est pas encore celui des Lumières, mais éblouit néanmoins par la prééminence dévolue à la musique : Telemann dirigea la musique à Hambourg, maître incontesté du prestige musical et culturel de la ville à l’époque où JS Bach son contemporain « végétait » à Leipzig, en prise avec ses employeurs indignes de son talent… Mêlant spectaculaire et intime, le Concerto pour 3 trompettes, timbales et continuo affirme le génie de Telemann, à l’écriture raffinée et dramatiquement efficace ; la partition réserve de bien belles surprises, à l’image des magnifiques solos de hautbois qui apportent une touche subtile de sérénité à la tonalité solennelle et majestueuse de l’œuvre. Grandiose et pourtant recueillie, l’œuvre s’inscrit idéalement pour le temps de Noël.

 

 

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Alma Dei creatoris en fa majeur KV 277
Mozart a composé cet offertoire peu de temps après avoir démissionné de la Cour de Salzbourg : il ne pouvait supporter les humiliations répétées à son encontre, perpétrées par son employeur Coloredo. Écrite pour soprano, alto, ténor, chœur, violons et basse continue, la partition mariale alterne avec douceur et sérénité les interventions des solistes et celles du chœur.

 

 

JOSEPH HAYDN
Nelson Mass en ré mineur, Hob. XXII : 11
Cette messe est sans doute la plus dramatique, la plus puissante et la plus populaire des quatorze messes écrites par Joseph Haydn. Écrite avec raffinement dans une tonalité sombre (ré mineur), elle génère et entretient au fil de chacune de ses parties une véritable tension lyrique. Le chef-d’œuvre de Haydn est l’un des sommets de la composition liturgique à l’époque des Lumières. Haydn y déploie son génie du raffinement viennois et son goût de l’opéra.

 

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu : Église Saint-Pierre du Martroi
Tarifs : de 25/22/12€
Horaires des Concerts : samedi 15 décembre à 20h30 – dimanche 16 décembre à 16h00
Réservations : Bureau d’Orléans Concerts 6 rue Pothier – 45000 Orléans (Ouvert au public de 13h à 18h, du lundi au samedi) Tél : 02 38 53 27 13

Site Web : www.orchestre-orleans.com

 

 

 

Reportage. L’ensemble NEVERMIND en résidence à Saintes (février 2016)

logoSaintes_A3_noirReportage. L’ensemble NEVERMIND en résidence à Saintes (février 2016) — Le quatuor de solistes sur instruments d’époque  (formation originale à quatre voix égales : traverso, violo,, viole de gamme et clavecin) NEVERMIND est en résidence à l’Abbaye aux Dames, la cité musicale, à Saintes. Approche intensive du répertoire baroque, en particulier les Quatuors parisiens de Telemann, cycle emblématique dans la constitution du groupe, travail collectif à Saintes, relation aux publics, projets futurs et programmes pour le festival estival de Saintes… — réalisation : Philippe-Alexandre PHAM — © studio CLASSIQUENEWS.COM 2016

Damon de Telemann à Magdebourg

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiMagdeburg, Théâtre. 12-19 mars 2016. Telemann : Damon. Opera Fuoco, David Stern. Après une Alcina saisissante à Shanghai (décembre 2015, dans le cadre du festival Baroque de Shanghai, Chine), voici Damon à Magdebourg. La Compagnie lyrique Opera Fuoco forte de ses jeunes talents vocaux, ciselés, engagés sous la direction de David Stern, éclaire avant l’année 2017, grande année Telemann, le génie dramatique et poétique de l’auteur des Quatuors parisiens. C’est l’occasion pour l’équipe de David Stern, vraie troupe dans l’esprit de complicité et de famille, d’aborder toute la subtilité d’un auteur cosmopolite mais profond et étonnament juste (comme Haendel et Rameau ses contemporains). La partition de 1724 (intitulée Der neumodische Liebhaber Damon) a pour sujet la vengeance de Damon qui s’imposant en Arcadie au risque de troubler l’harmonie habituelle, entend se venger de Tyrsis. Querelles et intrigues de bergers arcadiens qui engagent pourtant le cÅ“ur et les vÅ“ux de chaque amoureux éconduit : comme souvent, sous le masque d’un divertissement comique, se  précisent des failles émotionnelles d’une finesse imprévues. Dans sa première mouture (Les satyre en Arcadie, élaboré à Francfort)), l’opéra fut créé précédemment à l’Opéra de Leipzig en 1719, soit deux années avant que Telemann de devienne directeur de la musique à Hambourg en 1721.

Passions et complots en Arcadie

 

Opéra baroque. Opera Fuoco ressuscite Damon de Telemann

 

Le berger Damon, figure de la bacchanale donc d’essence dyonisiaque et sensuel, affirme son pouvoir récent en Arcadie, terre de l’équilibre des hommes et de la nature, en un pacte olympien/apollonien. Damon souhaite la chute de son ennemi Tyrsis, qui avait entraîné sa disgrâce passée. Pourtant Damon est né en Arcadie et avait toute légitimité pour y vivre. Heureusement depuis la mort de Tyrsis, Damon peut enfin s’battre librement en terres arcadiennes… Avant le songe d’une nuit d’été et son labyrinthe amoureux (Shakespeare/Mendelssohn), Damon de Telemann met en scène les personnages de l’Arcadie idyllique, celle dépeinte par Virgile dans ses églogues (ou Buccoliques) : toujours il y est question d’injustice de l’amour et de passion amoureuse ; langueur, extase, espoir, mais aussi manipulation et tromperie jalonnent pour chaque cÅ“ur éprouvé, un parcours émotionnel qui emporte parfois la raison jusqu’au bord de la folie : les bergers poètes, les naïades et les satyres composent le peuple de l’Arcadie buccolique et Virgile lui-même inspiré de Théocrite, met en scène le berger Damon, âme éplorée après Nysa l’ait quitté (Eglogue VIII) ; la partition cultive les tableaux multiples, le jeu déroutant des apparences, le charme troublant des illusions (scènes d’ivresse, de sommeil et de nuit, de songe et d’extase, travestissements et quiproquos à la clé, comme dans l’opéra vénitien du siècle antérieur). Dans sa mixité poétique, mêlant sérieux héroique et tragique, comme comique, sentimentale et pathétique, voire satirique, l’ouvrage annonce déjà ce que fera Mozart dans le genre dramma giocoso : une synthèse diverse où règne avant tout, la magie, féerie et miroir réaliste, du théâtre. En Damon, il faut reconnaître la volonté de dignité d’un être hybride écarté du fait de sa naissance (satyre et non homme), auquel statut et estime ont été refusés.
Telemann, génie du Baroque germaniqueMais la culture de Telemann, érudit et habile facétieux, aime aussi se jouer de sa propre forme ; et l’auteur combine en un jeu de distanciation propice à la profondeur du genre, grands airs italiens da capo, ariosos, pastiches d’airs français et divertissements chorégraphiques à la française, sertis et reliés par des récitatifs savoureux, assemblés dans un continuum souple et expressif. Tout le génie de Telemann est concentré dans Damon et promet une superbe (re)découverte. L’Å“uvre est bien connue du public de Magdebourg car on se souvient que Michael Schneider l’avait déjà “ressuscité” sur la même scène en 1996, soit il y a 20 ans (enregistrement cd chez CPO).

 

 

 

 

header_damonDamon de Telemann au Théâtre de Magdebourg (Allemagne)
4 représentations événements
Samedi 12 mars 2016 à 19h30
Dimanche 13 mars 2016 à 16h
Vendredi 18 mars 2016 à 19h30
Samedi 19 mars 2016 à 19h30

avec

Laurindo – Alexandre Artemenko
Tyrsis – Martin Candela
Elpina – Jennifer Courcier
Ergasto – Thomas Florio
Damon – Martin-Jan Nijhof
Mirtilla – Natalie Perez
Nigella – Sylvia Ziegler

Orchestre – Opera Fuoco
David Stern, direction
Mise-en-scène – Aron Stiehl

PRÉSENTATION

Génie protéiforme, Telemann illumine le XVIIIè, contemporain de Rameau et plus célèbre de son vivant que Jean-Sébastien Bach. Né en 1681 et mort en 1767, il a écrit dans toutes les formes, réussit une synthèse éblouissante entre les styles français, italien, germanique. Compositeur doué d’un sens dramatique naturel,- comme Rameau, son égal en France, Telemann laisse de nombreux opéras qui reste à redécouvrir et à juger à leur juste valeur. Damon en fait évidemment partie. L’intrigue en est majoritairement comique mais l’écriture ose de nombreux registres poétiques mêlés avec un sens expressif et une intelligence dramatique de premier plan. LIRE notre dossier portrait de Telemann

POUSSIN-INSPIRATION-POESIE-CARRE-VIGNETTE-Poussin_Inspiration_of_the_poet_LouvreSynopsis de Damon… Damon et sa troupe de satyres surgissent en pleine Arcadie. Depuis la mort de Tyrsis, Damon est devenu tout puissant et nul ne peut échapper à ses assiduités, pas même la jeune Mirtilla qui se réfugie dans une folie feinte, ni Elpina qui en tombe amoureuse. Mais ce que Damon ne peut soupçonner c’est que derrière la belle nymphe Caliste se cache Tyrsis qui a feint la mort pour lui échapper.

 

 

Illustration : La Grande Bacchanale, avec la joueuse de luth de Nicolas Poussin (DR)

 

 

LIRE aussi ALCINA de Haendel par David Stern et OPERA FUOCO à Shanghai, décembre 2015 / Festival international de musique baroque de Shanghai

 

 

Biographie. Telemann (1681-1767)

Biographie. Telemann (1681-1767). Né en 1681 et mort en 1767, Teleman vivra en 2017, son 250ème anniversaire : une opportunité pour célébrer le génie de ce compositeur qui certes en Allemagne du nord est bien connu, étoile musicale à Hambourg, véritable esprit synthétique à l’époque de Jean-Sébastien Bach et comme ce dernier particulièrement admiré, et davantage encore que le director musices de Leipzig car Telemann fut vénéré tel un dieu vivant, affirmant l’intelligence d’une pensée musicale, celle du plein baroque, avant les prémices du classicisme et du romantisme, en somme l’exact contemporain du français Rameau et comme lui, le dernier jalon marquant du baroque impétueux, expressif, universel.

 

 

Telemann, génie du Baroque germanique

 

 

Tempérament puissamment original, Telemann impose sa grande culture musicale et sa pensée éclectique dans l’Allemagne du nord. Il sert comme Kapellmeister dans diverses cours saxonnes puis devient surtout l’éminence incontournable de la cité de Hambourg, comme Kantor du Johanneum, à partir de 1721, soit à 40 ans. En auteur avisé et organisé, il coordonne immédiatement la parution de ses oeuvres, destinées aux amateurs et cénacles lettrés d’où sa renommée européenne précoce : en homme des Lumières et personnalité musicale, Telemann correspond sa vie durant avec les grands penseurs et théoriciens de son temps : Haendel, et les Bach, père et fils, Jean-Sébastien et CPE (son filleul). Autorité incontestable, Telemann incarne une manière de modèle européen, bien au dessus de JS Bach à son époque, influençant toute la nouvelle génération qui suit : Pisendel, Fasch, Heinichen, Graupner… Ses écrits théoriques marquent profondément la recherche de Mattheson, Quantz, Agricola, entre autres.

LEIPZIG : première consécration. A 10 ans, Telemann maîtrise le violon, la flûte, le clavier ; c’est un jeune prodige qui à 12 ans compose son premier opéra : Sigismundus. Malgré la profonde et tenace réticence de sa mère, Telemann s’obstine avec raison dans la musique dont il fait sa vocation. Ses premières Å“uvres dévoilent une connaissance approfondie de Agostino Stefani (récemment ressuscité par Cecilia Bartoli), comme celle de génies du XVIIè,  Rosenmüller, Corelli et Caldara. Inscrit en droit à Leipzig en 1701, pour plaire à sa mère, Telemann n’en oublie par pour autant de recontrer le jeune Haendel à Halle.
Le maire de Leipzig saisi par son Psaume chanté à l’église Saint-Thomas, lui commande immédiatement un cycle de cantates, au grand dam du directeur musical de la ville, Kuhnau, récemment nommé. Telemann audacieux et entrepreneur, organise une série de concerts publiques où joue un ensemble de musiciens étudiants prêts à le suivre (Collegium Musicum) ; très vite, son exceptionnel talent de compositeur lui réserve offres et propositions : il devient directeur de l’Opéra de Leipzig, compose plusieurs ouvrages lyriques, embauche les étudiants hambourgeois, chante lui-même. En 1704, Telemann abandonne son poste à l’Opéra pour devenir organiste à la Neukirche.

Indisposé par les remontrances du jaloux Kuhnau, Telemann quitte Leipzig en 1705 pour… la Cour italianisante du Comte Erdmann II de Promnitz (à Sorau, actuelle Zary) où la prédominance simultanée du style français stimule le compositeur. Il se perfectionne alors dans l’ouverture à la française dont il passe pour le maître absolu. La proximité des élites et intellectuels de Berlin, le marque alors mais son séjour est interrompu lorsque sous la menace d’une invasion suédoise, le Cour du Prince Promnitz est dissoute.

Bach à Eisenach, 1706. Telemann rejoint alors la Cour d’Eisenach où il dirige les chanteurs comme Konzertmeister. C’est là, entre 1706 et 1708 qu’il rencontre Jean-Sébastien Bachn bientôt sur le départ pour Weimar (1708). Telemann livre alors tout un nouveau cycle de cantates et pièces de musique de chambre. Pour Eisenach, Telemann livra jusqu’en 1729, nombre de compositions, prolongeant encore sa riche participation à l’activité de la ville.
A Francfort sur le Main, le compositeur développe davantage son activité urbaine et mondaine comme directeur de la musique, composant nombre de musiques de circonstance, entre autres pour les concerts hebdomadaires du Collegium Musicum local. Fécond, le musicien écrit musiques de mariage et de célébrations diverses, oratorios et cantates; tout en poursuivant son activité de compositeurs d’opéras pour… Leipzig.
En 1717, le duc Ernst de Gotha lui offre le poste de Kapellmeister de toutes ses cours : Telemann assoit encore son statut et sa renommée. A Dresde en 1719, pour le mariage d’Auguste II et Maria Josepha d’Autriche, il retrouve Haendel et écrit pour le violoniste Pisendel.

 

 

HAMBOURG, 1721. Consécration, reconnaissance, transmission… Nommé directeur musical de la ville d’Hambourg, Telemann atteint une position particulièrement exposée et enviable, lui assurant prestige et confort matériel. Pour autant, ses nouvelles fonctions ne sont pas de tout repos car il doit fournir l’ordinaire musical des 5 églises de la ville (soit comme JS Bach à Leipzig : 2 cantates hebdomadaires inédites, 1 Passion par an… !, assurer un service d’enseignement.
Telemann insista aussi pour écrire des opéras pour le Théâtre Lyrique de la ville : son ouvrage Der Geduldige Socrates / La Patience de Socrate, pourtant admirablement construit, ne suscita pas un enthousiasme débordant de la part des autorités. Un violent différent survint et Telemann menaçant de démissionner, se présenta au concours pour le poste de directeur musical à l’église Saint-Thomas de Leipzig en 1722. Il remporta naturellement la compétition où se présentait aussi JS Bach et Graupner, finalement déboutés. Inquiète et déstabilisée, la municipalité de Hambourg sut réagir pour garder son compositeur officiel : traitement augmenté, participation aux opéras : Telemann qui laissa ainsi Leipzig à JS Bach, avait gagné la partie.
Confirmé et renforcé, Telemann à Hambourg favorise l’essor de l’activité musicale dans la cité : livrant les partitions obligées par son office, mais aussi donnant un cycle multiplié de concerts dans la taverne “Lower Tree-House” où il présente ses dernières créations avec une liberté créative en liaison avec sa certitude comme artiste reconnu. Telemann prend aussi la direction de l’Opéra de Hambourg, jusqu’à la fermeture de l’établissement en 1738.  Il programme ses ouvrages mais aussi ceux de Keiser et de Haendel (un ami estimé auquel il adresse des bulbes de tulipes). Eclectique et prolixe dans diverses formes, Telemann compose aussi des opéras comiques (Pimpinone de 1725).
Telemann georg philipp telemannEditeur de ses propres oeuvres, Telemann organise et coordonne la publication de ses partitions, jusqu’en 1740, participant à la diffusion de son style et donc à sa renommée européenne (dont en 1728, un recueil de 72 cantates…, ou un recueil imprimé à Paris en 1738, les Nouveaux Quatuors). Le rayonnement de son Å“uvre éditée impose l’éclat et le succès populaire d’une écriture accessible, pourtant virtuose, aux difficultés mesurées, au caractère galant de l’inspiration… très soucieux de la défense de ses droits (en cela précurseur de Richard Strauss), il rejoint Paris en 1737 pour y piloter directement la publication de sa musique de chambre. Les éditeurs parisiens Boivin et Le Clerc furent rappelés à l’ordre par le compositeur qui n’avait pas donné autorisation à l’édition de ses Sonates en trio et d’autres recueils. Avisé, interventionniste, Telemann publia directement ses oeuvres, unanimement appréciées par les français, et applaudies au Concert Spirituel.
A partir de 1740, le pédagogue et théoricien supplantent l’activité du compositeur, lequel honore cependant à Hambourg, les obligations de sa charge (Passions et cantates de circonstance…). Telemann s’interroge sur le moyen de la transmission (indication des ornements, interprétation des recitatifs…) autant de sujets développés dans ses recueils théoriques qui offrent un éclairage décisif pour l’interprète moderne et sur la façon de jouer sa propre musique. Pensée conceptuelle autant que pragmatique, Telemann écrit dans la dernière décennie de sa longue et prodigieuse carrière, plusieurs drames lyriques inspirés des oratorios de Haendel.  Nouveaux défis qu’aima cultiver l’infatigable auteur jusqu’à son dernier souffle.

 

 

 

AGENDA TELEMANN 2016
Avant l’année commémorative (2017, soit les 250 ans de la disparition du compositeur génial), Opera Fuoco, la compagnie lyrique créée et dirigée par l’excellent David Stern présente l’opéra méconnu mais splendide Damon au Théâtre de Magdeburg (Allemagne) en version scénique (Aron stiehl, metteur en scène), les 12, 13 18 et 19 mars 2016.

DISCOGRAPHIE

telemann theatre musical les masques olivier fortin ouverture don quixoote burlesque review cd critique cd classiquenews CLIC de novembre 2016 AJ0256CD remarquable. Les Masques emportés par Olivier Fortin subliment le génie dramatique et poétique de Telemann : cd exceptionnel intitulé “Théâtre musical de Telemann”, CLIC de CLASSIQUENEWS, édité en novembre 2016. LIRE notre critique complète du cd le Théâtre musical de Telemann par Olivier Fortin et Les Masques (1 cd Alpha)

 

telemann giovanni antonini cd alpha concerto suite chalumeau review critique cd classiquenews 3760014192456_600CD, compte rendu, critique. TELEMANN : oeuvres concertantes pour flûte, deux chalumeaux… Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini (1 cd Alpha). Voici en cette fin d’année 2016 et préludant à l’année Telemann 2017 (250ème anniversaire de la mort : LIRE notre dossier spécial Telemann 2017), un disque miraculeux, dédié aux talents multiples du compositeur de Hambourg, lequel dans sa biographie paru dans la ville hanséatique en 1740, alors qu’il en est le directeur de la musique, c’est l’un des postes les plus enviables en Europe-, précise qu’il a « appris avec enthousiasme à jouer des instruments à clavier, du violon, de la flûte. Et à présent, je me consacre à l’apprentissage du hautbois, de la flûte traversière, du chalumeau, de la viole de gambe et même de la contrebasse et du trombone ». Rien de moins. Telemann doué en tout, accomplit des trésors d’inspiration et de raffinement, … En LIRE +

 

CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

Subtilité d’un génie européen

Après une ouverture finement ciselée, resplendissant grâce à l’engagement des interprètes en ces teintes haendéliennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral à la fois tendre et plaintif, l’approche dès son départ convainc par sa grande finesse et son élocution naturelle. Du reste, le début de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumière les talents de la prima donna de la production mais aussi cet éclectisme virtuose d’un compositeur européen capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistré en Autriche en août 2010, la réalisation de L’Orfeo Barockorchester dirigé par Michi Gaigg captive littéralement par sa justesse émotionnelle, la diversité des nuances, l’absence de tout systématisme réducteur, si fréquent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’Orphée resplendit sous la plume d’un Telemann, enivré et très inspiré par la lyre du poète de Thrace. Entre l’opéra premier de Monteverdi et celui aussi réformateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opéra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilité suave et souple dans l’esthétique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommé directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opéras pour l’Opéra Gänsemarkt. En fait partie son Orphée, vraie réussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le ténor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dépassé par l’écriture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermeté comme de stabilité; le chanteur sauve les meubles dans les airs médians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus réussi mais sans guère de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et très musicale. Le Pluton engagé et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette réalisation très attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’Orphée: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’être les personnages titres (Orphée et Eurydice): à l’écoute de son air développé au début du III qu’elle introduit à son début comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est époustouflant, à la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, déclamé sans affèterie, sur le souffle, même justesse expressive dans le court air introspectif chanté en français et qui a la tendre éloquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” Hélas quels soupirs “… . On comprend dès lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la création pour laquelle a composé Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en réalité ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affûtée, colorée et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractères d’une partition versatile et très diversifiée. C’est une série de tableaux, de miniatures même qui éclairent chacun dans leur séquence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs à son époque avait dévoilé la partition du Germanique, souligner son génie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sécheresse son tempérament caractérisé; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalité de la lecture première mais en demeurant d’une justesse émotionnelle parfois plus fluide et vivante grâce à un relief pleinement assumé c’est à dire parfois âpre et mordant de l’orchestre. Grâce à la sureté de la distribution surtout féminine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, véritable révélation du disque. Réalisation très convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. Enregistré en août 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)