Iolanta au Palais Garnier

France Musique, le 26 mars 2016, 19h30. Iolanta de Tchaikovski. Production Ă  l’affiche du Palais Garnier Ă  Paris, jusqu’au 1er avril et en couplage avec dans la mĂȘme soirĂ©e : Casse-Noisette. Le dernier opĂ©ra de Tchaikovski occupe l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris, entrĂ©e au rĂ©pertoire qui permet aux parisiens de mesurer le gĂ©nie et la modernitĂ© du dernier Tchaikovski. Le ThĂ©Ăątre parisien restitue l’ouvrage tel qu’il fut crĂ©Ă© au Mariisnky, couplĂ© avec le ballet Casse-Noisette.

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Pour la saison 1891-1892, les ThĂ©Ăątres ImpĂ©riaux commandent 2 nouvelles Ɠuvres Ă  TchaĂŻkovski : un opĂ©ra, qui est son 10Ăšme et dernier ouvrage lyrique, Iolanta et le lĂ©gendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier TchaĂŻkovski : un sentiment irrĂ©pressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particuliĂšrement raffinĂ©e. Iolanta mĂȘle histoire et fĂ©erie : le compositeur aborde comme un conte de fĂ©e l’histoire mĂ©diĂ©vale française (Ă  la Cour du Roi RenĂ© de Provence) oĂč Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour. L’HĂ©roĂŻne rĂ©alise sa propre Ă©mancipation en osant se dĂ©tacher symboliquement du pĂšre (qui la tient enfermĂ©e et entretient sa cĂ©citĂ©). L’action suit la lente renaissance d’une Ăąme qui dĂ©couvre enfin la vraie vie ; c’est Ă  dire comment elle rĂ©ussit son passage de l’enfance Ă  la maturitĂ© d’une adulte. De fille sĂ©questrĂ©e, infantilisĂ©e, elle devient femme dĂ©sirable et conquise
 A la suite de Tatiana d’EugĂšne OnĂ©guine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cĂ©citĂ© avant de trouver son identitĂ©, diriger son destin, devenir elle-mĂȘme. Des tĂ©nĂšbres de l’aveuglement Ă  la lumiĂšre … de la connaissance et de l’amour.

Tuer le pĂšre, suivre la lumiĂšre. La qualitĂ© et la richesse des mĂ©lodies qui se succĂšdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frĂšre de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments Ă  vents (chant plaintif et vĂ©nĂ©neux, presque Ă©nigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagnĂ© par les bassons et les cors
), cette aspiration Ă©chevelĂ©e aux couleurs et rĂ©sonances de l’étrange rĂ©alisant une immersion dans un monde fĂ©erique et fantastique mais intensĂ©ment psychologique  (l’ouverture a Ă©tĂ© trĂšs critiquĂ©e par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concĂ©dĂ© (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intĂ©rieure des protagonistes, l’absence des chƓurs, tout l’itinĂ©raire de la jeune fille aux rĂ©sonances psychanalytiques, des tĂ©nĂšbres Ă  l’éblouissement positif final-, fondent l’originalitĂ© du dernier opĂ©ra de TchaĂŻkovski : comme l’expĂ©rience d’un passage, de l’enfance aveugle Ă  l’ñge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis-clos oĂč s’exprime le mouvement de la psychĂ© d’une jeune femme Ă  l’esprit ardent, tenue (par son pĂšre le roi RenĂ©) Ă  l’écart du monde.
AprĂšs la mort de TchaĂŻkovski (1893), Mahler assure la crĂ©ation allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse-Noisette Ă  sa crĂ©ation russe (Saint-PĂ©tersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina VichnievskaĂŻa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opĂ©ra Ă  redĂ©couvrir. Car tout TchaĂŻkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, vĂ©ritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien. RĂ©cemment c’est l’ardente et suave Anna Netrebko qui incarnait une Iolanta touchĂ©e par la grĂące de la rĂ©demption (Metropolitan de New York en janvier 2015, puis cd Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon dans la foulĂ©e)

L’INTRIGUE de Iolanta. L’OpĂ©ra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi RenĂ© tient Ă  l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente Ă  sa propre infirmitĂ©, le mĂ©decin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en dĂ©tacher et peut-ĂȘtre en guĂ©rir
le Roi trop possessif demeure indĂ©cis mais le comte VaudĂ©mont (tĂ©nor), tombĂ© amoureux de Iolanta, lui apprend la lumiĂšre et l’amour : Iolanta, consciente dĂ©sormais de ce qu’elle est, peut dĂ©couvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloĂźtrĂ©e, fait l’expĂ©rience de la maturitĂ© : en se dĂ©tachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

VISITER la page de Iolanta sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris

LIRE aussi la critique complĂšte du spectacle Iolanta au Palais Garnier Ă  paris, avec Sonia Yoncheva dans la mise en scĂšne de Dmitri Tcherniakov

Doublé Tchaikovski : Iolanta et Casse-Noisette à Paris

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Paris, OpĂ©ra Garnier, jusqu’au 1er avril 2016. DoublĂ© Tchaikovski : Casse noisette et Yolanta. Le dernier opus lyrique de Piotr Illiytch, Iolantha occupe l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris, nouvelle production signĂ©e Dmitri Tcherniakov – provocateur qui sait cependant sonder et exprimer les passions de l’Ăąme-, et nouveau jalon d’un ouvrage passionnant qui se dĂ©roule dans la France mĂ©diĂ©vale di Bon Roi RenĂ©. On se souvient avec quelle finesse angĂ©lique et ardente la soprano vedette Anna Netrebko avait enregistrĂ© ce rĂŽle : jeune aveugle sĂ©questrĂ©e, trop attachĂ©e Ă  son pĂšre, Iolantha / Iolanta gagnait une incarnation Ă©blouissante de justesse et d’ardeur, projetant enfin le dĂ©sir vers la lumiĂšre… Sur les planches parisiennes, c’est une autre soprano voluptueuse, – autre Traviata fameuse, la bulgare Sonya Yoncheva (qui chantera l’hĂ©roĂŻne verdienne Ă  Bastille Ă  partir du 20 mai prochain) , laquelle relĂšve les dĂ©fis multiples d’un personnage moins creux et compassĂ© qu’il n’y paraĂźt. Sensible, affĂ»tĂ©, Tchaikovski sait portraiturer une jeune femme attachante, Ă©prise d’absolu comme d’Ă©mancipation… et qui doit dĂ©finitivement couper le cordon avec la figure paternelle. Pour l’aider un mĂ©decin arabe (le maure Ebn Hakia, baryton) , Ă©rudit humaniste et complice habile, l’aide Ă  trouver la voie de la guĂ©rison morale et physique. Attention chef d’oeuvre irrĂ©sistible.

yoncheva_sonya_recital_parisCouplĂ© Ă  cet opĂ©ra court, le ballet Casse-Noisette en un doublĂ© qui fut historiquement prĂ©sentĂ© tel quel et validĂ© par le compositeur Ă  la crĂ©ation de l’opĂ©ra au Mariinski de Saint-PĂ©tersbourg, en dĂ©cembre 1892. La maison parisienne entend aussi souligner avec force, la dualitĂ© artistiquement fĂ©conde, de l’opĂ©ra et du ballet, deux orientations magiciennes qui avec la saison musicale – chambrsite et symphonique, cultive le feu musical Ă  Garnier et Ă  Bastille. Le metteur en scĂšne Tcherniakov en terres natales d’Ă©lection, entend rĂ©aliser l’unitĂ© et la cohĂ©rence entre les deux productions : un mĂȘme cadre, et un glissement riche en continuitĂ© entre les deux volets ainsi prĂ©sentĂ©s la mĂȘme soirĂ©e. Comme Capriccio de Strauss, sublime ouverture de chambre, sans ampleur ou dĂ©bordement des cordes, l’ouverture de Iolanta commence par une non moins irrĂ©sistible entrĂ©e des vents et bois, harmonie prodigieusement moderne, portant toute l’expressivitĂ© lyrique d’un Tchaikovski au crĂ©puscule/sommet de sa carriĂšre. Les divas ne sont pas rancuniĂšres… “La Yoncheva” avait quittĂ© Aix en Provence oĂč elle devait chanter Elvira dans Don Giovanni de Mozart parce qu’elle ne s’entendait pas avec le truculent et dĂ©lirant Tcherniakov, c’Ă©tait en 2013. Trois ans plus tard, l’eau a coulĂ©, les tensions aussi et la soprano a acceptĂ© de travailler avec l’homme de thĂ©Ăątre pour cette Iolanta de 2016 Ă  Paris…

Paris, OpĂ©ra Garnier. Tchaikovski : Iolantha, Casse-Noisette. Jusqu’au 1er avril 2016

LIRE aussi notre dossier spécial Anna netrebko chante Iolanta de Tchaikovski

Tchaikovski, Massenet… Concert Symphonique Ă  Tours

ossonce jean yves osrct symphonique toursTours. Concert Tchaikovski, Massenet, Falla. Les 7 et 8 novembre 2015.  AffinitĂ©s tchaikovskiennes… On se souvient d’une exceptionnelle Symphonie n°6 de Tchaikovski par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre tourangeau : sur le plan interprĂ©tatif : profondeur, gravitĂ©, tendresse et introspection. Sur le plan artistique, complicitĂ©, entente, Ă©coute rĂ©ciproque. Un accomplissement rĂ©alisĂ© en novembre 2014 et qui pourrait se renouveler un an aprĂšs… les 7 et 8 novembre prochains, pour le concert d’ouverture de la nouvelle saison symphonique Ă  l’OpĂ©ra de Tours, tant chefs et instrumentistes s’entendent visiblement dans l’expression de la sensibilitĂ© tchaikovskienne. Le Concerto pour violon, sommet de la sensibilitĂ© romantique version russe est l’affiche du programme de l’OpĂ©ra de tours, constituant sa piĂšce maĂźtresse oĂč la violoniste Sarah Nemtanu assure la partie solistique. LIRE notre compte rendu critique du concert 6Ăšme Symphonie de Tchaikovski par Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours.

 

 

 

Tchaikovski romantique, Massenet nostalgique

 

Temps fort et séance inaugurale de la saison symphonique de l'Opéra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, la 6Úme "Pathétique" de Tchaikovski : les 15 et 16 novembre 2014

Temps fort et sĂ©ance inaugurale de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours avec par Jean-Yves Ossonce, le Concerto pour violon de Tchaikovski : les 7 et 8 novembre 2015

Concerto pour violon de Tchaikovski : Clarens, 1878. AprĂšs son mariage ratĂ© et la sĂ©paration qui en dĂ©coule, avec Antonina Milukova, TchaĂŻkovski, dĂ©pressif, se retire en Suisse, Ă  Clarens, en 1878. A 38 ans, le compositeur se recentre sur une nouvelle oeuvre, probablement inspirĂ©e par la Symphonie espagnole d’Edouard Lalo.
Le compositeur pensait dĂ©dier son Concerto au violoniste Leopold Auer qui refusa cet honneur, trouvant l’oeuvre inexĂ©cutable! Adolf Brodsky, qui le joua et oeuvra pour sa notoriĂ©tĂ© auprĂšs du public, en devint le dĂ©dicataire. Dans l’Allegro moderato, la virtuositĂ© du violon solo conduit le dĂ©veloppement mĂ©lodique. La Canzonetta fait entendre une nouvelle ampleur mĂ©lodique, autour d’un thĂšme nostalgique, trĂšs vocal, dans le ton de sol mineur. Le dernier mouvement, Allegro vivacissimo impose un dĂ©but tzigane bondissant, puis se succĂšdent motif nerveux et brillant Ă  la Mendelssohn, et Ă©lĂ©ments de danse populaire, au caractĂšre affirmĂ©.

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitEgalement Ă  l’affiche de ce programme Ă©clectique, d’autant plus captivant, les pages mĂ©connues du Massenet symphoniste : ScĂšnes Alsaciennes dont le sujet pourrait bien contester de façon nostalgique et pacifiste, l’annexion de l’Alsace Ă  l’Empire germanique depuis 1870. Au moment de la crĂ©ation d’HĂ©rodiade Ă  Bruxelles en 1881, Massenet a l’idĂ©e de composer son ultime cycle de musique symphonique pure : les ScĂšnes Alsaciennes crĂ©Ă©es en 1882 : suivant la trame romanesque du texte de Daudet (Contes du lundi : “Alsace, Alsace”), le compositeur cĂ©lĂšbre avec vivacitĂ© l’acuitĂ© sensible de l’Ăąme alsacienne : appel de la clarinette et de la flĂ»te un dimanche matin au moment de la messe (Ă©pisode serein), gaietĂ© franche et contrastĂ©e dans Au cabaret au rythme tripartite, volontairement rustique ; tendresse de Sous les tilleuls oĂč se prĂ©cise l’Ă©vocation d’un couple amoureux ; enfin l’entrain de la derniĂšre scĂšne, Dimanche soir, associe folklore et fanfare militaire pour une cĂ©lĂ©bration expressive elle aussi criante de vĂ©ritĂ©.

 

 

 

George Butterworth
English Idyll n°1
La saison symphonique s’ouvre sur la diversitĂ© de la musique europĂ©enne et de ses sources populaires, tout autant que sur le poids de l’histoire. George Butterworth, compositeur anglais, engagĂ© volontaire dĂšs 1914, fut tuĂ© pendant la bataille de la Somme le 5 aoĂ»t 1916. Nous lui rendons hommage avec cette English Idyll, qui plonge ses racines dans sa terre natale. Une stĂšle a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e Ă  sa mĂ©moire Ă  PoziĂšres, et son corps ne fut jamais retrouvĂ©.

Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35
ConcentrĂ© d’ñme slave, le Concerto de TchaĂŻkovski sera interprĂ©tĂ© par Sarah Nemtanu, plus jeune violon solo jamais nommĂ© Ă  l’Orchestre National de France, qui l’a enregistrĂ© pour le film Le Concert et avec son orchestre dirigĂ© par le grand Kurt Masur. À noter que la saison lyrique sera l’occasion de redĂ©couvrir EugĂšne OnĂ©guine, autre chef d’oeuvre de la mĂȘme pĂ©riode.

Jules Massenet
ScÚnes alsaciennes, Suite pour orchestre n°7
RaretĂ© que les ScĂšnes Alsaciennes, oĂč Massenet mĂȘle son sens mĂ©lodique et orchestral Ă  des effluves patriotiques (l’Alsace Ă©tait alors depuis la guerre de 1870 occupĂ©e par l’Allemagne).

Manuel de Falla
Le Tricorne, Suite n°2
Les Danses du Tricorne, symbole de la musique espagnole dans son acception la plus authentique, conclueront ce programme dĂ©diĂ© Ă  l’histoire et Ă  la culture europĂ©ennes “de l’Atlantique Ă  l’Oural”.

 

 

 

Sarah Nemtanu, violon
Jean-Yves Ossonce, direction

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

boutonreservationSamedi 7 novembre – 20h
Dimanche 8 novembre – 17h
ConfĂ©rence : prĂ©sentation aux Ɠuvres, les 7 novembre Ă  19h, 8 novembre Ă  16h
Grand théùtre, Salle Jean Vilar, entrée gratuite

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (OnĂ©guine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle (Olga)
 Orchestre national des Pays de la Loire. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scĂšne.

Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (OnĂ©guine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle  (Olga)
 Orchestre national des Pays de la Loire. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scĂšne. Fin de saison pleinement rĂ©ussie pour Angers Nantes OpĂ©ra en cette mi juin 2015… preuve est encore offerte sur les planches du mariage rĂ©jouissant entre thĂ©Ăątre et musique.

 

 

tchaikovski-eugene-oneguine-tatiana-oneguine-dernier-duo-angers-juin-2015

 

 

La production de cet EugĂšne Oneguine n’est pas seulement cohĂ©rente sur le plan vocal mais mais elle est aussi somptueusement dirigĂ©e  (effet “derniĂšre” probablement devant une salle du Quai  Ă  Angers, comble et rĂ©solument enthousiaste votre trĂ©pignante pour les saluts). C’est aussi confirmant le talent reconnu et rĂ©compensĂ© du metteur en scĂšne Alain Garichot, un moment de thĂ©Ăątre Ă©purĂ© et clair qui s’avĂšre en cours d’action trĂšs efficace : des scĂšnes sans accessoires inutiles, des tableaux sobres et visuellement forts dont certaines transitions vĂ©ritablement “cinĂ©matographiques” nous ont parues subtilement dosĂ©e, comme l’enchaĂźnement de l’air de la lettre de Tatiana et celle du choeur de femmes qui suit dans la continuitĂ© est assurĂ©e / rĂ©solue par l’ample drapĂ© blanc d’abord suspendu, puis tombant des cintres (trĂšs Ă©lĂ©gamment), qui devient ample piĂšce Ă  repriser pour la foule des lavandiĂšres ou des servantes soudainement sur scĂšne. C’est aussi la derniĂšre scĂšne, fastueuse et sociale, plus solennelle aussi, chez le prince et la princesse GrĂ©mine (Tatiana devenue femme de pouvoir et Ă©pouse admirable) avec en fond de scĂšne un immense globe terrestre phosphorescent, comme une lune irradiante qui exprime le recul qui se fait vertige dans l’esprit d’Oneguine ; le sĂ©ducteur cĂ©libataire, amer et dĂ©sabusĂ© avant l’Ăąge, jette un regard amer voire panique sur une vie passĂ©e / gĂąchĂ©e, il n’a que 26 ans ; il prend conscience qu’il n’a jamais cessĂ© d’aimer Tatiana, celle lĂ -mĂȘme qu’il a, quelques annĂ©es auparavant, humiliĂ©e en repoussant ses avances. La derniĂšre scĂšne Tatiana / Oneguine est Ă  cet Ă©gard saisissante dans sa sobriĂ©tĂ© calculĂ©e, oĂč le duo terrassĂ© par ce retournement, se dĂ©tache parfaitement dans une chambre noire, lieu dĂ©nudĂ©, sublimateur de leur ultime confrontation.

 

 

 

Angers Nantes OpĂ©ra reprend la mise en scĂšne d’Alain Garichot crĂ©Ă©e en 1997 Ă  Nancy

ThĂ©Ăątre de l’Ă©pure et du drame intĂ©rieur

 

Du reste, ce jeu d’acteurs, dĂ©pouillĂ©, cite continĂ»ment par la place qu’il prĂ©serve Ă  la vĂ©ritĂ© des gestes, des regards aussi, sous un Ă©clairage souvent Ă©blouissant et froid, le thĂ©Ăątre de Tchekov, auquel la mĂ©lancolie d’un Tchaikovski lui-mĂȘme terrassĂ© (au moment de la composition de son opĂ©ra) par une catastrophe intime, apporte un Ă©cho fraternel. De l’un Ă  l’autre s’écoule une mĂȘme sensibilitĂ© inouĂŻe pour la vie intĂ©rieure de chaque personnage : une vision pudique et tragique qu’Alain Garichot respecte Ă  la lettre dans une rĂ©alisation millimĂ©trĂ©e … La tragĂ©die amoureuse qui se noue devant nous, entre deux coeurs sacrifiĂ©s, dĂ©calĂ©s, gagne une puissance et une grandeur romantique intensifiĂ©es par l’intelligence dans le traitement des situations.

tchaikovski-eugene-oneguine-angers-nantes-opera-premiere-scene-Larina-Olga-Tatiana-Philppievna-juin-2016D’une succession de scĂšnes parfaitement exposĂ©es,  on retient les plus rĂ©ussies esthĂ©tiquement et dramatiquement : le quatuor des femmes au lever de rideau : superbe exposĂ© des solitudes / gĂ©nĂ©rations juxtaposĂ©es mais nĂ©anmoins  exceptionnellement exprimĂ©e oĂč  jaillit aussi la force tendre / amĂšre de la nostalgie. Sur ce point les seconds rĂŽles sont tout autant admirables de profondeur, de gravitĂ©, de sincĂ©rité  (la nourrice Philippievna : trĂšs juste Stefania Tocczyska-, la mĂšre de Tatiana : admirable Larina de Diana Montague 
), sans omettre le choeur maison qui rĂ©ussit ici comme souvent un trĂšs beau travail dans l’expression de la foule si sollicitĂ©e pourtant, comme un contrepoint au drame intimiste (le premier choeur des serfs cĂ©lĂ©brant la maĂźtresse du domaine agricole et qui vient aussi toucher salaire;  le bal ou paraĂźt le français vieux style de Monsieur Triquet et dont Garichot  fait avec beaucoup de justesse l’anniversaire de Tatiana. …) : ici et lĂ  le tissu humain, la rĂ©sonance Ă©motionnelle de chaque situation est parfaitement restituĂ©e. On y retrouve Ă  la fois Ă©purĂ© et trĂšs expressif le dĂ©voilement des passions les plus intimes soudainement affleurantes comme les signes d’un cataclysme intĂ©rieure qui transfigurent les ĂȘtres. Une mĂȘme approche avait dĂ©jĂ  frappĂ© les spectateurs de Titus et BĂ©rĂ©nice de Magnard, prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours la saison derniĂšre, production Ă©vĂ©nement rĂ©compensĂ©e par le Prix du syndicat de la critique 2014, et surtout sujet d’un reportage vidĂ©o complet par les Ă©quipes de CLASSIQUENEWS.COM.

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Dans ce thĂ©Ăątre opĂ©ra, le jeu tout en pudeur et en intĂ©rioritĂ© fĂ©line de la soprano russe Gelena Gaskarova fait merveille ; on peut regretter ici et lĂ  certains aigus tenus sans ĂȘtre projetĂ©s comme a su le faire une Freni en son temps, mĂ©tal incandescent qui s’embrasait au moment du duo final, mais l’intensitĂ© du style, le souci du texte (qui rĂ©tablit Ă©videmment le thĂ©Ăątre), la sincĂ©ritĂ© pleine et continue du personnage Ă©blouissent littĂ©ralement, rendant ce portrait de femme, adolescente romantique… devenue femme de loyautĂ© malgrĂ© sa passion ancienne, totalement convaincante. HĂ©las, l’OnĂ©guine de Charles Rice nous paraĂźt moins abouti, moins subtilement poli ; le baryton franco-britannique n’est rĂ©ellement juste et naturel 
 qu’à la fin de la soirĂ©e, en cynique terrassĂ© par l’amour et pourtant d’une impuissance bouleversante. A leurs cĂŽtĂ©s, tout en nuances et prĂ©cision, le tĂ©nor Suren Maksutov imprime au caractĂšre gĂ©nĂ©reux mais trahi de Lenski, une force tendre non moins troublante ; enfin renforçant davantage l’attrait du quatuor vocal, l’Olga de la britannique Claudia Huckle enchante par la caresse de son timbre grave somptueux, superbe incarnation de la soeur de Tatiana, elle aussi frappĂ©e par le destin. CrĂ©Ă©e Ă  Nancy en avril 1997, la production conserve toujours sa force allusive, sa vĂ©ritĂ© Ă©purĂ©e. Une relecture thĂ©Ăątralement ciselĂ©e d’autant mieux servie ce soir par une distribution particuliĂšrement convaincante et un orchestre capable sous la direction de Lukasz Borowicz, de finesse sans pathos.

 

 

angers nantes operaAinsi s’achĂšve superbement, la saison lyrique d’Angers Nantes OpĂ©ra 2014-2015. La prochaine saison promet d’ĂȘtre riche voire tout autant saisissante, accordant comme rarement ailleurs, thĂ©Ăątre et musique. C’est aussi une nouvelle programmation particuliĂšrement engagĂ©e, fidĂšle au souci moral et humaniste dĂ©fendu depuis ses dĂ©buts dans la place par le directeur des lieux, Jean-Paul Davois. DĂ©couvrez la nouvelle saison lyrique 2015-2016 d’Angers Nantes OpĂ©ra. VOIR notre dernier reportage vidĂ©o ANGERS NANTES OPERA dĂ©diĂ© Ă  la sensibilisation Ă  l’opĂ©ra des collĂ©giens et lycĂ©ens, autour de La Ville Morte de Korngold (mars 2015).

 

 

 

D’autres reportages opĂ©ra dĂ©diĂ©s Ă  ANGERS NANTES OPERA ? Les voici :

La Ville Morte de Korngold, mise en scĂšne par Philippe Himmelmann

PellĂ©as et MĂ©lisande, mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet

Prochain spectacle prĂ©sentĂ© par ANGERS NANTES OPERA Ă  partir de la rentrĂ©e 2015 : L’Heure espagnole de Ravel, Ă  partir du 9 septembre 2015 au ThĂ©Ăątre Graslin de Nantes. 

Compte rendu, opĂ©ra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (OnĂ©guine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle  (Olga)
 Orchestre national des Pays de la Loire. ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scĂšne.

 

 

Illustrations : © Jeff Rabillon 2015 / Angers Nantes Opéra, juin 2015 :
- Onéguine et Tatiana dans le duo final,
- la premiÚre scÚne (quatuor vocal féminin)
- Tatiana écrivant sa déclaration à Onéguine

 

 

Angers Nantes Opéra. EugÚne Onéguine de Tchaikovski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Angers Nantes OpĂ©ra. TchaĂŻkovski : EugĂšne OnĂ©guine. 19 mai-16 juin 2015. 7 reprĂ©sentations. Erreurs de jeunesse… Tatiana, jeune Ăąme romantique s’Ă©prend d’un cynique dĂ©sabusĂ© EugĂšne, qui par orgueil tue en duel son meilleur ami, le plus loyal, Lenski, pourtant promis Ă  la belle Olga. EcartĂ©e Tatiana devient princesse GrĂ©mine et quand elle retrouve en fin d’action OnĂ©guine, enfin conscient et rĂ©ceptif Ă  son amour, il est trop tard : Tatiana ne quittera pas son Ă©poux pour le dandy lĂ©ger. L’amertume et les remords d’OnĂ©guine, la constance de Tatiana, en un contraste saisissant ferment ce chapitre de l’Ă©cole amoureuse, initialement conçue par Pouchkine en 1830.

 

 

 

reprise attendue d’OnĂ©guine Ă  Angers et Ă  Nantes

Tchaikovski : exprimer Pouchkine

 

Subtil orchestrateur, gĂ©nial mĂ©lodiste, dramaturge nĂ© aussi, Tchaikovski peint en 1877, l’univers poli voire hypocrite de la bonne sociĂ©tĂ© russe de la fin XIXĂš, puritaine, faussement croyante, barbare, superficielle. Sa facultĂ© Ă  exprimer les sentiments nobles et purs (l’air de la lettre de Tatiana qu’elle adresse Ă  OnĂ©guine), la dĂ©sespĂ©rance et la solitude maudite aussi (l’air de Lenski : l’un des plus beaux de toute la littĂ©rature lyrique russe) affirment le talent du compositeur habile narrateur, fin psychologue. Finalement il n’est que OnĂ©guine qui ne chante pas vraiment d’air mais sa prĂ©sence quasi continuelle, conduit l’Ɠuvre, dĂ©voile le sombre ressentiment d’un cƓur dĂ©truit qui finalement s’ouvre Ă  l’amour, sans ĂȘtre vraiment sauvĂ© ; l’errance et la rĂ©signation sont ses lots intimes.

Tchaikovski porte Ă  la scĂšne la langue puissante et directe de Pouchkine, l’inventeur de la langue russe au thĂ©Ăątre. Le compositeur adapte 3 fois ses piĂšces et drames : Mazeppa en 1884, La Dame de Pique en 1890 et donc EugĂšne OnĂ©guine en 1877, premiĂšre approche pouchkinienne, la plus dense, la plus introspective aussi, dans laquelle il projeta certainement ses propres sentiments. La force d’EugĂšne OnĂ©guine n’est pas spectaculaire mais psychologique et Ă©motionnelle, dĂ©voilant deux dĂ©calĂ©es, inadaptĂ©es au monde : EugĂšne par son cynisme et ses blessures, comme Tatiana dans son rĂȘve de Cendrillon. En dĂ©finitive, TchaĂŻkovski de dĂ©crit pas les vers de Pouchkine : il les exprime. Angers Nantes Opera reprend la production d’EugĂšne OnĂ©guine, crĂ©Ă© en Lorraine en 1997.

 

 

 

boutonreservationNantes / Théùtre Graslin
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, ‹mardi 26, jeudi 28 mai 2015

Angers / Le Quai
dimanche 14, mardi 16 juin 2015

 

 

 

EugÚne Onéguine de Tchaikovski à Angers Nantes Opéra
ScĂšnes lyriques – en trois actes et sept tableaux.
Livret de Piotr Ilitch TchaĂŻkovski et Constantin Chilovski d’aprĂšs EugĂšne OnĂ©guine, roman en vers de Alexandre Pouchkine.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Maly de Moscou, le 29 mars 1879.
Direction musicale: Lukasz Borowicz‹Mise en scùne: Alain Garichot

avec
‹Charles Rice, EugĂšne OnĂ©guine
‹Gelena Gaskarova, Tatiana
‹Claudia Huckle, Olga‹
Suren Maksutov, Lenski
‹Oleg Tsibulko, Le Prince GrĂ©mine
‹Diana Montague, Madame Larina‹
Stefania Toczyska, Filipievna
‹Éric Vignau, Monsieur Triquet
‹Éric Vrain, Un Capitaine et Zaretski

 

 

Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra‹Direction Xavier Ribes‹Orchestre National des Pays de la Loire

Production de l’OpĂ©ra de Nancy et de Lorraine,‹crĂ©Ă©e Ă  Nancy le 19 avril 1997.
[Opéra en russe avec surtitres en français]

 

 

EugÚne Onéguine à Munich

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Munich, OpĂ©ra de BaviĂšre. Tchaikovski : EugĂšne OnĂ©guine. 2<13 mai 2015. 19h. L’opĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich reprend la production provocante dĂ©sabusĂ©e signĂ©e Warlikowski, abordant la tragĂ©die noire d’OnĂ©guine. ScĂšnes lyriques en trois actes et sept tableaux, EugĂšne OnĂ©guine puise son sujet du roman Ă©ponyme de Pouchkine que TchaĂŻkovski avec la collaboration de Constantin Chilovski, adapte pour la scĂšne lyrique. Se poursuivant entre mai 1877 et janvier 1878, la composition de la partition est assez chahutĂ©e. La matiĂšre dramatique de l’ouvrage trouve une rĂ©sonance particuliĂšrement tragique dans la vie personnelle du compositeur. C’est que son Ă©criture est contemporaine de son mariage avec Antonina Milukova, cĂ©lĂ©brĂ© le 6 juillet 1877, lequel s’avĂšre en dĂ©finitive catastrophique en raison de l’identitĂ© homosexuelle du musicien. Au tragique de la relation avortĂ©e, correspond le traumastisme d’un scandale inĂ©vitĂ© et le profond dĂ©sarroi d’un homme terrassĂ© par une effroyable vĂ©ritĂ©.
Au centre de l’action, EugĂšne OnĂ©guine recueille ainsi la terrifiante crise solitaire d’un homme en Ă©chec, dans l’obligation de faire face Ă  lui-mĂȘme et de rĂ©soudre, tout au moins trouver l’apaisement de son ĂȘtre le plus intime. L’opĂ©ra, marquĂ© par ce trauma, et la nĂ©cessitĂ© du refoulement, est achevĂ© pendant un voyage en Italie. TchaĂŻkovski, ĂągĂ© de 37 ans, suit le portrait que donne Pouchkine des trois personnages principaux: Tatiana, OnĂ©guine et Lenski. Trois solitudes, celles de cƓurs dĂ©chirĂ©s, empĂȘchĂ©s, dĂ©calĂ©s
 Tatiana s’ouvre Ă  l’amour que lui refuse OnĂ©guine quand Lenski en un duel imbĂ©cile disparaĂźt le premier. Histoire d’une passion malheureuse, tragique jamais dite et vĂ©cue pour elle-mĂȘme, OnĂ©guine peint le dĂ©sarroi des ĂȘtres impuissants, blessĂ©s, incapables, dĂ©calĂ©s. Les seuls registres qui leur sont propres, sont le remord, l’oubli et l’amertume. Cynique et fier, OnĂ©guine cache en lui-mĂȘme une blessure, la plaie bĂ©ante d’une Ăąme Ă©corchĂ©e. C’est pourquoi, il ne semble pas connaĂźtre de sĂ©rĂ©nitĂ© mais un tourment continu.
Jamais extĂ©rieur ni exhibitionniste, encore moins descriptif, TchaĂŻkovski reste proche de l’esprit de Pouchkine. L’opĂ©ra est l’une des oeuvres les plus intimes jamais Ă©crites. La musique exprime l’intĂ©rioritĂ© des ĂȘtres dont le chant masque le tourment venimeux qui empoisonne leur esprit. MalgrĂ© les critiques Ă©mises lors de sa crĂ©ation, en dĂ©pit des dĂ©tracteurs qui trouvaient l’oeuvre “non scĂ©nique” et peu reprĂ©sentable, en raison justement de son caractĂšre psychologique, EugĂšne OnĂ©guine s’est imposĂ© sur toutes les scĂšnes tant son expressionnisme intĂ©rieur incarne un Ăąge d’or du romantisme russe. L’opĂ©ra est crĂ©Ă© Ă  Moscou, le 29 mars 1879 par les Ă©lĂšves du CollĂšge ImpĂ©rial de musique, puis repris Ă  l’OpĂ©ra ImpĂ©rial (ThĂ©Ăątre du BolchoĂŻ), le 23 janvier 1881
 quelques jours avant que ne soit crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique, Les contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach (le 10 fĂ©vrier 1881).

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EUGENE ONEGUINE, de P.I. Tchaikovsky Ă  l’OpĂ©ra de BaviĂšre, Munich
Les 2,5,9,13 mai puis 26 et 29 juillet 2015

Dan Ettinger, direction musicale
Krzysztof Warlikowski, mise en scĂšne

Heike Grötzinger, Madame Larine
Kristine Opolais, Tatiana
Alisa Kolosova, Olga
Elena Zilio, Filipjewna
Michael Nagy, EugĂšne Oneguine
Alexey Dolgov, Lenski
GĂŒnther Groissböck, Prince GrĂ©mine / Zaretzki
Alexander Kaimbacher, Monsieur Triquet

Le metteur en scĂšne Krzysztof Warlikowski  aborde la comĂ©die amĂšre et tragique de TchaĂŻkovsky : le metteur en scĂšne provocateur et dĂ©lirant transpose l’action russe aux Etats Unis dans les annĂ©es 70 : les Ăąmes dĂ©calĂ©es, dĂ©sespĂ©rĂ©es d’EugĂšne et de Tatiana, pattes d’Eph et rouflaquettes, sans omettre les bonnes lunettes rondes profilĂ©es or exposent leur spleen malĂ©fique, finalement respectueusement au fatalisme noir de Pouchkine. Production crĂ©Ă©e au Bayrische Staatsoper en 2007. LIRE la page EugĂšne OnĂ©guine sur le site de l’OpĂ©ra de Munich

Compte rendu, danse. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 12 fĂ©vrier 2015. Piotr Illiytch Tchaikovsky / Rudolf Noureev : Le Lac des Cygnes. Mathias Heymann, Karl Paquette, Ludmila Pagliero… Ballet de l’OpĂ©ra de Paris, Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris. Kevin Rhodes, direction musicale.

Heymann-Paquette-Le-Lac-des-cygnesLe Lac des Cygnes, ballet romantique par excellence, est l’Ɠuvre mythique incontournable de la danse classique. Il a des origines mystĂ©rieuses et une histoire interprĂ©tative trĂšs complexe. La crĂ©ation Ă  Moscou en 1877 fut un dĂ©sastre, entre autres Ă  cause de la chorĂ©graphie peu imaginative du maĂźtre de ballet du ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial BolchoĂŻ Julius Reisinger. C’est en 1895 qu’il est ressuscitĂ© Ă  Saint Petersbourg par Petipa et Ivanov, maĂźtres de ballet du ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial Mariinsky, en collaboration avec le compositeur et chef d’orchestre Riccardo Drigo, sous l’approbation de Modest TchaĂŻkovsky, frĂšre cadet de Piotr Illich, dĂ©cĂ©dĂ© en 1893. L’OpĂ©ra Bastille nous accueille pour la premiĂšre du ballet dans la version de Rudolf Noureev, qui privilĂ©gie l’aspect psychologique et psychanalytique de l’histoire, et la danse masculine. Ici, l’ancien directeur du Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris, met sa formation acadĂ©mique et son esprit russe au service de son imagination dans la mise en scĂšne de ce grand ballet classique. La distribution programmĂ©e originellement pour la premiĂšre se voit changĂ©e en derniĂšre minute, Ă  cause d’une blessure de StĂ©phane Bullion pendant la rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale la veille. Attendu avec Emilie Cozette (dont la premiĂšre reprĂ©sentait un retour sur scĂšne), ils sont remplacĂ©s par Mathias Heymann et Ludmila Pagliero. Le nouveau couple rayonne grĂące Ă  l’intensitĂ© Ă©motionnelle de Heymann et Ă  la technique superbe de la Pagliero.

 

 

 

L’intensitĂ© qui captive et qui dĂ©range

Peut-ĂȘtre la mise en scĂšne la moins somptueuse des grands ballets classiques de la plume de Noureev, l’Ă©conomie des tableaux en ce qui concerne les dĂ©cors permettent-ils Ă  l’auditoire de se concentrer sur les aspects plus profonds de l’Ɠuvre. L’Ă©clat plastique qu’on attend et qu’on aime du Russe se trouve toujours dans les costumes riches et aux couleurs attenuĂ©es de Franca Squarciapino et surtout dans la danse elle-mĂȘme, enrichie des petites batteries, d’entrechats six, d’un travail du bas-de-jambe poussĂ© et des enchaĂźnements particuliers. Une danse redoutable et virtuose qui devrait en principe permettre aux danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra de dĂ©montrer toutes les qualitĂ©s de leurs talents. C’est aussi une opportunitĂ© pour les solistes de s’exprimer autrement, notamment devant la nouvelle omniprĂ©sence des ballets nĂ©o-classiques et contemporains.

Le Prince Siegfried n’est pas qu’un partenaire dans la version Noureev, comme c’est souvent le cas, y compris dans les versions du XXe siĂšcle d’un Bourmeister ou d’une Makarova. Ici il s’agĂźt du vĂ©ritable protagoniste. Il n’est pas tout simplement amoureux d’un cygne. C’est un Prince introspectif et rĂȘveur, qui couvre son homosexualitĂ© latente sous le mirage sublime d’un amour inatteignable, en l’occurrence celui de la Princesse de ses rĂȘves transfigurĂ©e en cygne. Le cygne « Odette/Odile », devient en l’occurrence moins lyrique mais gagne en caractĂšre. Puisque toute sa tragĂ©die peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme le songe d’un Prince solitaire, le personnage avec sa duplicitĂ© innĂ©e devient plus intĂ©ressant. Le grand ajout de Noureev est la revalorisation du sorcier Rothbart, qui devient aussi Wolfgang, le tuteur du Prince. Une figure masculine mystĂ©rieuse et magnĂ©tique plus qu’ouvertement malĂ©fique (Noureev a de fait interprĂ©tĂ© ce rĂŽle Ă  plusieurs reprises vers la fin des annĂ©es 80). Les Etoiles dans cette premiĂšre imprĂ©vue brillent sans doute d’une lumiĂšre intense. Ludmila Pagliero est une Odette/Odile technicienne Ă  souhait, elle campe ses 28 fouettĂ©s en tournant avec facilitĂ© ; elle a des qualitĂ©s d’actrice, mĂȘme si ce soir elle paraĂźt davantage concentrĂ©e sur ses mouvements. Mathias Heymann doit ĂȘtre le Prince le plus touchant qu’on ait pu voir Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Jeune virtuose impressionnant, il rayonne plus par la vĂ©racitĂ© Ă©motionnelle de son interprĂ©tation que par une allure princiĂšre stĂ©rĂ©otypĂ©e. Et c’est tant mieux. Il paraĂźt ĂȘtre le seul homme de la distribution a pouvoir faire des entrechats impeccables et distinguĂ©s, comme le veut toujours Noureev. Si sa variation lente en fin du premier acte est un moment de grande beautĂ© et de grande tension, c’est lors de sa danse avec Rothbart/Wolfgang (ou encore en trio avec Odette/Odile) qu’il inspire les plus grands frissons. Le Rothbart/Wolfgang de Karl Paquette est gĂ©nial. S’il est vivement rĂ©compensĂ© par l’auditoire lors de son seul solo, ses Ă©changes avec Heymann sont habitĂ©s d’une tension brĂ»lante de grand impact. Une certaine distance Ă©motionnelle de sa part crĂ©Ă©e un effet paradoxal chez le Prince, puisque cela contraste avec l’attirance quelque peu fatale du dernier vers son maĂźtre. Sans aucun doute, il s’agĂźt du partenariat le plus rĂ©ussi et le plus saisissant de la soirĂ©e.

Nous avons plus de rĂ©serves vis-a-vis au corps de ballet et demi-solistes. Si la danse toujours dynamique d’un Emmanuel Thibault ou d’un Alessio Carbone se distingue dans les danses nationales du IIIe acte, et la performance, imparfaite mais rĂ©ussie des Cygnets au deuxiĂšme, la synchronicitĂ© a Ă©tĂ© moins Ă©vidente chez le corps au Ier. Pourtant l’Ɠil est gavĂ© de tableaux chorĂ©graphiques impressionnants, avec un pas de trois redoutable solidement interprĂ©tĂ© par Valentina Colasante, Eve Grinsztajn et François Alu. Si leur prestation est satisfaisante, une sorte de tension sur scĂšne est apparente (et ceci n’est pas aussi valorisant pour eux que pour les protagonistes), peut-ĂȘtre sont-ils victimes du stress qu’impliquent la rigueur et l’exigence de tout ballet classique ? MatiĂšre Ă  la rĂ©flexion.

 

 

Comme d’habitude pour la maison, la musique fantastique, complexe et hautement Ă©motionnelle de Tchaikovsky est honorĂ©e par la performance irrĂ©prochable de l’orchestre sous la baguette du chef Kevin Rhodes. Les solos des bois et du violon sont interprĂ©tĂ©s avec brio et avec sentiment. La partition est responsable en grand partie des palpitations et des frissons ; elle impulse nos beaux danseurs Ă  un paroxysme de beautĂ© et d’intensitĂ©, et ensorcelle l’auditoire Ă  un tel point qu’on oublie les quelques rĂ©serves et rĂ©ticences exprimĂ©s sur la danse. A voir et revoir sans modĂ©ration encore les 14, 16, 17, 19, 23, 24, 27 et 30 mars ainsi que le 1er, 2, 6, 8 et 9 avril 2015 Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris.

 

 

La Iolanta d’Anna Netrebko (scĂšne, cd, cinĂ©ma)

netrebkoNew York, MET. Tchaikovski : Anna Netrebko chante Iolanta. Qu’on le veuille ou non, le marketing des stars d’aujourd’hui est remarquablement planifiĂ© : au moment oĂč DG publie en cd sa Iolanta captĂ©e sur le vif en 2014, Anna Netrebko reprend le rĂŽle sur les planches new yorkaises en janvier et fĂ©vrier (avec une retransmisision dans les salles de cinĂ©ma annoncĂ©e le 14 fĂ©vrier 2015)… Remarquable incarnation pour la diva qui ne cesse de remporter ses nouveaux paris sur la scĂšne lyrique…   Pour la saison 1891-1892, les ThĂ©Ăątres ImpĂ©riaux commandent 2 nouvelles Ɠuvres Ă  TchaĂŻkovski : un opĂ©ra, qui est son 10Ăšme et dernier ouvrage lyrique, Iolanta et le lĂ©gendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier TchaĂŻkovski : un sentiment irrĂ©pressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particuliĂšrement raffinĂ©e. Iolanta mĂȘle histoire et fĂ©erie : le compositeur aborde comme un conte de fĂ©e l’histoire mĂ©diĂ©vale française (Ă  la Cour du Roi RenĂ© de Provence) oĂč Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour.

 

 

 

De l’enfance à l’ñge adulte : une renaissance

 

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855L’hĂ©roĂŻne rĂ©alise sa propre Ă©mancipation en osant se dĂ©tacher symboliquement du pĂšre (qui la tient enfermĂ©e et entretient sa cĂ©citĂ©). L’action suit la lente renaissance d’une Ăąme qui dĂ©couvre enfin la vraie vie ; c’est Ă  dire comment elle rĂ©ussit son passage de l’enfance Ă  la maturitĂ© d’une adulte. De fille sĂ©questrĂ©e, infantilisĂ©e, elle devient femme dĂ©sirable et conquise
 A la suite de Tatiana d’EugĂšne OnĂ©guine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cĂ©citĂ© avant de trouver son identitĂ©, diriger son destin, devenir elle-mĂȘme. La qualitĂ© et la richesse des mĂ©lodies qui se succĂšdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frĂšre de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments Ă  vents (chant plaintif et vĂ©nĂ©neux, presque Ă©nigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagnĂ© par les bassons et les cors
), cette aspiration Ă©chevelĂ©e aux couleurs et rĂ©sonances de l’étrange rĂ©alisant une immersion dans un monde fĂ©erique et fantastique mais intensĂ©ment psychologique  (l’ouverture a Ă©tĂ© trĂšs critiquĂ©e par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concĂ©dĂ© (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intĂ©rieure des protagonistes, l’absence des chƓurs, tout l’itinĂ©raire de la jeune fille aux rĂ©sonances psychanalytiques, des tĂ©nĂšbres Ă  l’éblouissement positif final-, fondent l’originalitĂ© du dernier opĂ©ra de TchaĂŻkovski : comme l’expĂ©rience d’un passage, de l’enfance aveugle Ă  l’ñge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis clos oĂč s’exprime le mouvement de la psychĂ© d’une jeune femme Ă  l’esprit ardent, tenue (par son pĂšre le roi RenĂ©) Ă  l’écart du monde.

AprĂšs la mort de TchaĂŻkovski (1893), Mahler assure la crĂ©ation allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette Ă  sa crĂ©ation russe (Saint-PĂ©tersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina VichnievskaĂŻa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opĂ©ra Ă  redĂ©couvrir. Car tout TchaĂŻkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, vĂ©ritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien.

L’INTRIGUE de Iolanta. L’OpĂ©ra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi RenĂ© tient Ă  l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente Ă  sa propre infirmitĂ©, le mĂ©decin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en dĂ©tacher et peut-ĂȘtre en guĂ©rir
le Roi trop possessif demeure indĂ©cis mais le comte VaudĂ©mont (tĂ©nor), tombĂ© amoureux de Iolanta, lui apprend la lumiĂšre et l’amour : Iolanta, consciente dĂ©sormais de ce qu’elle est, peut dĂ©couvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloĂźtrĂ©e, fait l’expĂ©rience de la maturitĂ© : en se dĂ©tachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

 

 

synopsis de l’acte acte unique

1. Dans le verger du Palais oĂč elle est tenue Ă  l’écart du monde et des hommes, la fille du Roi RenĂ©,Iolanta, se dĂ©sespĂšre s’interroge : sa nourrice Martha dissimule une terrible vĂ©ritĂ© : elle est aveugle mais ne doit pas comprendre la nature de son handicap. Pourtant Iolanta a le sentiment que pour vivre il faut souffrir. Ses compagnes lui chantent une berceuse pour la rassurer.

2. Survient le Roi RenĂ© et le mĂ©decin maure Ebn Hakia : son diagnostic est clair : pour que Iolanta dĂ©passe sa cĂ©citĂ©, il faut qu’elle en prenne conscience afin de vouloir en guĂ©rir. Le Roi, coupable, hĂ©site.

3. Le duc Robert de Bourgogne et le chevalier VaudĂ©mont arrivent dans le parc du Palais. VaudĂ©mont tombe immĂ©diatement amoureux de la princesse Iolanta quand il la voit. Il lui demande par deux fois une rose rouge mais elle lui tend une rose blanche
il comprend qu’elle est aveugle. VaudĂ©mont parle alors Ă  Iolanta de lumiĂšre et l’invite Ă  dĂ©couvrir le monde Ă  ses cĂŽtĂ©s


4. Pour stimuler sa fille sur la voie de la guĂ©rison, le Roi RenĂ© annonce qu’il exĂ©cutera VaudĂ©mont si le traitement du mĂ©decin Ebn Hakia Ă©choue. Iolanta, pour sauver son fiancĂ©, se dĂ©clare prĂȘte Ă  tout : elle suit le docteur maure.

5. Quand Ebn Hakia ĂŽte la bandeau qui protĂ©geait les yeux de Iolanta, la princesse peut dĂ©sormais voir toutes les merveilles du monde et vivre son amour. Le Roi bĂ©nit l’union de Iolanta et de VaudĂ©mont : tous chantent la gloire divine qui a permis un tel prodige.

 

 

 

La Iolanta d’Anna Netrebko

scÚne, cinéma, cd

 

Netrebko iolanta, tchaikovski metropolitanopera new york opera monte carlo metoperaiolanta1900x506Anna Netrebko chante en janvier 2015, Iolanta de Tchaikovski sur les planches du Metropolitan Opera de New York : 26, 29 janvier puis 3,7,10,14,18, 21 février 2015, 20h. Sous la direction de avec Piotr Beczala (Vaudémont)
 Oeuvre couplée avec Le Chateau de Barbe Bleue de Bartok (avec Nadja Michael). Les deux opéras sont mis en scÚne par Mariusz Trelinski, sous la direction musicale de Valery Gergiev.

 

 

CINEMA. Iolanta et Le Chùteau de Barbe-Bleue. Retransmission dans les salles de cinéma, le 14 février 2015, en direct du Metropolitan Opera de New York

 

 

Anna Netrebko reprend le rĂŽle d’Iolanta Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, en version de concert, dimanche 21 juin 2015, 11h, Ă©galement sous la direction d’Emmanuel Villaume. LIRE la critique complĂšte de l’opĂ©ra Iolanta par Anna Netrebko ci dessous.

 

 

 

 

iolanta anna netrebko tchaikovski cd deutesche grammophon clic de classiquenews janvier 2015CD. SimultanĂ©ment Ă  ses reprĂ©sentations new yorkaises (janvier et fĂ©vrier 2015), Deutsche Grammophon publie l’opĂ©ra oĂč rayonne le timbre embrasĂ©, charnel et angĂ©lique d’Anna Netrebko, assurĂ©ment avantagĂ©e par une langue qu’elle parle depuis l’enfance. Nuances, richesse dynamique, finesse de l’articulation, intonation juste et intĂ©rieure, celle d’une jeune Ăąme ardente et implorante, pourtant pleine de dĂ©termination et passionnĂ©e, la diva austro-russe marque Ă©videment l’interprĂ©tation du rĂŽle de Iolanta : elle exprime chaque facette psychologique d’un personnage d’une constante sensibilitĂ©. De quoi favoriser la nouvelle estimation d’un opĂ©ra, le dernier de TchaĂŻkovski, trop rarement jouĂ©.  En jouant sur l’imbrication trĂšs raffinĂ©e de la voix de la soliste et des instruments surtout bois et vents (clarinette, hautbois, basson) et vents (cors), TchaĂŻkovski excelle dans l’expression profondes  des aspirations secrĂštes d’une Ăąme sensible, fragile, dĂ©terminĂ©e : un profil d’hĂ©roĂŻne idĂ©al, qui rĂ©pond totalement au caractĂšre radical du compositeur. Toute la musique de TchaĂŻkovski (52 ans) exprime la volontĂ© de se dĂ©faire d’un secret, de rompre une malĂ©diction
 La voix corsĂ©e, intensĂ©ment colorĂ©e de la soprano, la richesse de ses harmoniques offrent l’épaisseur au rĂŽle-titre, ses aspirations dĂ©sirantes : un personnage conçu pour elle. VoilĂ  qui renoue avec la rĂ©ussite pleine et entiĂšre de ses rĂ©centes prises de rĂŽles verdiennes (Leonora du trouvĂšre, Lady Macbeth) et fait oublier son erreur straussienne (Quatre derniers lieder de Richard Strauss).

netrebko anna iolantaSaluons dans cette lecture captĂ©e en direct en version de concert, l’aimantation progressive des deux Ăąmes qui se rencontrent (Iolanta  / VaudĂ©mont), se reconnaissent, se parlent sans mensonge : romance d’Iolanta (cd1 plage 15) Ă  laquelle succĂšde en un entrelac flamboyant, la rĂ©ponse amoureuse, comme envoĂ»tĂ© de VaudĂ©mont prĂȘt Ă  la sauver d’elle mĂȘme (surtout du joug paternel qui l’enferme). Cordes et harpes affirment le vƓu et le serment qui les unissent dĂ©sormais. En un duo qui s’avĂ©rait impossible dans le dĂ©roulement d’EugĂšne OnĂ©guine, malgrĂ© la confession courageuse (dans sa lettre enflammĂ©e) de Tatiana, ici triomphent Ă  l’inverse, deux amours retrouvĂ©s, deux Ă©nergies qui s’exaltent l’une l’autre en un chant double triomphant d’une ivresse Ă©perdue. Quand on sait le poison et le poids du secret comme de la malĂ©diction si tenace dans les autres ouvrages de Piotr Illiytch, le dĂ©roulement dramatique de Iolanta fait exception : la jeune femme rĂ©ussit sa traversĂ©e, son rite, son passage symbolique, des tĂ©nĂšbres infantiles Ă  la maturitĂ© lumineuse.

CLIC D'OR macaron 200CĂŽtĂ© orchestre, rien Ă  dire au travail d’Emmanuel Villaume : le superbe prĂ©lude oĂč rayonne le lugubre Ă©chevelĂ© des bois protagonistes Ă©tonnament cuivrĂ©s : cor anglais, hautbois, bassons en une ronde mordante et inquiĂ©tantes, propre au TchaIkovski le mieux efficace dramatiquement, s’impose. Puis c’est l’Ă©blouissement, la mĂ©tamorphose comme dans ThaĂŻs de Massenet, Ă  l’identique du sens de la fameuse MĂ©ditation pour le violon solo, ici la harpe et les cordes disent soudainement l’enchantement aprĂšs la vision recouvrĂ©e de l’hĂ©roĂŻne.  L’enfant aveugle et cloĂźtrĂ© est devenu femme amoureuse, dĂ©sirante et curieuse. C’est dĂ©pouillĂ© et intense Ă  la fois, soulignant comme une scĂšne thĂ©Ăątrale le relief incandescent du verbe : la jeune femme aveugle, ardente et curieuse exprime un dĂ©sir et une langueur indĂ©finissable. Le velours du timbre d’Anna Netrebko Ă©blouit dĂšs le dĂ©but : ce rĂŽle lui va comme un gant. Le chant n’est pas que sensuel et hallucinĂ© : il exprime une personnalitĂ© que Tchaikovski a ciselĂ© comme sa Tatiana d’EugĂšne OnĂ©guine. Mais Ă  la diffĂ©rence de Tatiana qui demeure toujours dans la frustration et le contrĂŽle absolu, Iolanta offre une course diffĂ©rente, la figure d’un dĂ©voilement progressif, un accomplissement de nature miraculeuse. Netrebko incarne chaque facette de la personnalitĂ© de Iolanta avec une sensibilitĂ© irrĂ©sistible.

Iolanta : le nouveau dĂ©fi lyrique d'Anna Netrebko !L’interprĂ©tation de la diva convainc de bout en bout… D’abord  dans le tableau fĂ©minin, d’ouverture, celui de Iolanta et de sa suite : la langueur dĂ©munie, rĂȘveuse mais insatisfaite d’Ăąmes cloĂźtrĂ©es se prĂ©cise. Puis, introduit par une fanfare de cor noble vagement cynĂ©gĂ©tique, paraissent les hommes ; ainsi s’accomplit la rencontre de Iolanta avec celui qui va la sauver VaudĂ©mont (Sergey Skorokhodov), grĂące auquel la princesse aveugle osant affronter le risque et l’inconnu, se dĂ©fait seule de l’aveuglement qui la contraint depuis sa naissance… Le rĂŽle du mĂ©decin est lui aussi parfaitement tenu. Aucune faute de distribution en gĂ©nĂ©ral sauf pour la basse Vitalij Kowaljow qui fait un Roi RenĂ© un rien droit, placide et Ă©pais sans guĂšre de trouble… quand le reste de la distribution exprime l’exaltation de chaque tempĂ©rament brossĂ© par Tchaikovski. Le nerf de l’orchestre, une Netrebko plus ardente et fĂ©minine que jamais font la rĂ©ussite de cette superbe lecture du dernier opus lyrique de Tchaikovsky.

CD, compte rendu critique. Tchaikovsky : Iolanta.  Anna Netrebko, Sergey Skorokhodov, Alexey Markov, Vitalij Kowaljow. Slovenian Chamber Choir, Slovenian Philharmonic Orchestra. Emmanuel Villaume, direction.  2 cd DG Deutsche Grammophon
0289 479 3969 6. Enregistrement. Le disque est publié le 27 janvier 2015.

 

 

Anna Netrebko chante Iolanta

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acostaOpĂ©ra. Janvier, juin 2015. Tchaikovski : Anna Netrebko chante Iolanta. Pour la saison 1891-1892, les ThĂ©Ăątres ImpĂ©rieux commandent 2 nouvelles Ɠuvres Ă  TchaĂŻkovski : un opĂ©ra son 10Ăšme et dernier, Iolanta et le lĂ©gendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier TchaĂŻkovski : un sentiment irrĂ©pressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particuliĂšrement raffinĂ©e. Iolanta mĂȘle histoire et fĂ©erie : le compositeur aborde comme un conte de fĂ©e l’histoire mĂ©diĂ©vale française (Ă  la Cour du Roi RenĂ© de Provence) oĂč Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour. A la suite de Tatiana d’EugĂšne OnĂ©guine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cĂ©citĂ© avant de trouver son identitĂ©, diriger son destin, devenir elle-mĂȘme. La qualitĂ© et la richesse des mĂ©lodies qui se succĂšdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frĂšre de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments Ă  vents (chant plaintif et vĂ©nĂ©neux, presque Ă©nigmatique du hautbois, accompagnĂ© par les bassons et les cors
), cette aspiration Ă©chevelĂ©e aux couleurs et rĂ©sonances de l’étrange rĂ©alisant une immersion dans un monde fĂ©erique et fantastique (l’ouverture a Ă©tĂ© trĂšs critiquĂ©e par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concĂ©dĂ© (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intĂ©rieure des protagonistes, l’absence des chƓurs, tout l’itinĂ©raire aux rĂ©sonances psychanalytiques de la jeune fille, des tĂ©nĂšbres Ă  l’éblouissement positif final-, fondent l’originalitĂ© du dernier opĂ©ra de TchaĂŻkovski : huit clos oĂč s’exprime le mouvement de la psychĂ© d’une jeune femme Ă  l’esprit ardent, tenue (par son pĂšre le roi RenĂ©) Ă  l’écart du monde. AprĂšs la mort de TchaĂŻkovski (1893), Mahler assure la crĂ©ation allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette Ă  sa crĂ©ation russe (Saint-PĂ©tersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina VichnievskaĂŻa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opĂ©ra Ă  redĂ©couvrir. Car tout TchaĂŻkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta.

Résumé

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1L’OpĂ©ra Iolantha est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi RenĂ© tient Ă  l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente Ă  sa propre infirmitĂ©, le mĂ©decin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en dĂ©tacher et peut-ĂȘtre en guĂ©rir
le Roi trop possessif demeure indĂ©cis mais le comte VaudĂ©mont (tĂ©nor), tombĂ© amoureux de Iolanta, lui apprend la lumiĂšre et l’amour : Iolanta, consciente dĂ©sormais ce qu’elle est, peut dĂ©couvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloĂźtrĂ©e, fait l’expĂ©rience de la maturitĂ© : en se dĂ©tachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

synopsis de l’acte acte unique

1. Dans le verger du Palais oĂč elle est tenue Ă  l’écart du monde et des hommes, la fille du Roi RenĂ©,Iolanta, se dĂ©sespĂšre s’interroge : sa nourrice Martha dissimule une terrible vĂ©ritĂ© : elle est aveugle mais ne doit pas comprendre la nature de son handicap. Pourtant Iolanta a le sentiment que pour vivre il faut souffrir. Ses compagnes lui chantent une berceuse pour la rassurer.

2. Survient le Roi RenĂ© et le mĂ©decin maure Ebn Hakia : son diagnostic est clair : pour que Iolanta dĂ©passe sa cĂ©citĂ©, il faut qu’elle en prenne conscience afin de vouloir en guĂ©rir. Le Roi, coupable, hĂ©site.

3. Le duc Robert de Bourgogne et le chevalier VaudĂ©mont arrivent dans le parc du Palais. VaudĂ©mont tombe immĂ©diatement amoureux de la princesse Iolanta quand il la voit. Il lui demande par deux fois une rose rouge mais elle lui tend une rose blanche
il comprend qu’elle est aveugle. VaudĂ©mont parle alors Ă  Iolanta de lumiĂšre et l’invite Ă  dĂ©couvrir le monde Ă  ses cĂŽtĂ©s


4. Pour stimuler sa fille sur la voie de la guĂ©rison, le Roi RenĂ© annonce qu’il exĂ©cutera VaudĂ©mont si le traitement du mĂ©decin Ebn Hakia Ă©choue. Iolanta, pour sauver son fiancĂ©, se dĂ©clare prĂȘte Ă  tout : elle suit le docteur maure.

5. Quand Ebn Hakia ĂŽte la bandeau qui protĂ©geait les yeux de Iolanta, la princesse peut dĂ©sormais voir toutes les merveilles du monde et vivre son amour. Le Roi bĂ©nit l’union de Iolanta et de VaudĂ©mont : tous chantent la gloire divine qui a permis un tel prodige.

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acostaCD, OpĂ©ra
 En 2015, Anna Netrebko chante Iolanta de TchaĂŻkovski. La soprano austro russe rĂ©vĂ©lĂ©e par Gergiev, Ă©gĂ©rie des festivals de Baden Baden et de Salzbourg (entre autres), continue ses prises de rĂŽles ; aprĂšs Leonora du TrouvĂšre, Lady Macbeth chez Verdi en 2013 et 2014, la soprano vedette enregistre et chante Iolanta, 10Ăšme et ultime opĂ©ra de Tchaikovski (1892). Intimiste, aux rĂ©sonances psychanalytiques, l’ouvrage est d’une beautĂ© austĂšre, un drame resserrĂ© comme une piĂšce de thĂ©Ăątre ou un mĂ©lodrame (un acte seul) qui simultanĂ©ment au ballet Casse-Noisette (crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e et au cours de la mĂȘme soirĂ©e), affirme le gĂ©nie d’orchestrateur de Piotr Illiytch. Le disque est publiĂ© le 5 janvier 2015 par Deutsche Grammophon (sous la direction d’Emmanuel Villaume). CĂŽtĂ© scĂšne, Anna Netrebko chante Iolanta sur les planches du Metropolitan Opera de New York du 26 janvier au 21 fĂ©vrier 2015 sous la direction de ValĂ©ry Gergiev. L’opĂ©ra en un acte raconte l’émancipation d’une jeune princesse française tenue Ă  l’égard du monde et des hommes par son pĂšre le Roi RĂ©ne de Provence : l’action du maure (Ibn-Hakia) lui dĂ©voile le vrai monde, celui qu’elle peut d’abord imaginer, puis voir et vivre pleinement, aprĂšs avoir pris conscience de sa cĂ©citĂ©, et exprimĂ© le dĂ©sir d’en guĂ©rir. Iolanta, surprotĂ©gĂ©e par son pĂšre, parviendra-t-elle Ă  s’émanciper et vivre sa propre vie ?

Anna Netrebko reprend le rĂŽle d’Iolanta Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, en version de concert, dimanche 21 juin 2015, 11h, Ă©galement sous la direction d’Emmanuel Villaume. Prochaine critique complĂšte de l’opĂ©ra Iolanta par Anna Netrebko dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le 5 janvier 2015.

Netrebko iolanta, tchaikovski metropolitanopera new york opera monte carlo metoperaiolanta1900x506Anna Netrebko au Metropolitan Opera de New York. Anna Netrebko chante en janvier 2015, Iolanta de Tchaikovski sur les planches du Metropolitan Opera de New York : 26, 29 janvier puis 3,7,10,14,18, 21 fĂ©vrier 2015, 20h. Sous la direction de avec Piotr Beczala (VaudĂ©mont)
 Oeuvre couplĂ©e avec Le Chateau de Barbe Bleue de Bartok (avec Nadja Michael). Les deux opĂ©ras sont mis en scĂšne par Mariusz Trelinski, sous la direction musicale de Valery Gergiev.

iolanta anna netrebko tchaikovski cd deutsche grammophonSimultanĂ©ment Ă  ses reprĂ©sentations new yorkaises, Deutsche Grammophon publie l’opĂ©ra oĂč rayonne le timbre embrasĂ©, charnel et angĂ©lique d’Anna Netrebko, assurĂ©ment avantagĂ©e par une langue qu’elle parle depuis l’enfance. Nuances, richesse dynamique, finesse de l’articulation, intonation juste et intĂ©rieure, celle d’une jeune Ăąme ardente et implorante, pourtant pleine de dĂ©termination et passionnĂ©e, la diva austro-russe marque Ă©videment l’interprĂ©tation du rĂŽle. De quoi favoriser la nouvelle estimation d’un opĂ©ra, le dernier de TchaĂŻkovski, trop rarement jouĂ©.  En jouant sur l’imbrication trĂšs raffinĂ©e de la voix de la soliste et des instruments surtout bois et vents (clarinette, hautbois, basson) et vents (cors), TchaĂŻkovski s’entend Ă  merveille Ă  exprimer les aspirations profondes d’une Ăąme sensible, fragile, dĂ©terminĂ©e : un profil d’hĂ©roĂŻne idĂ©al, qui rĂ©pond totalement au caractĂšre radical du compositeur. Toute la musique de TchaĂŻkovski (52 ans) exprime la volontĂ© de se dĂ©faire d’un secret, de rompre une malĂ©diction
 La voix corsĂ©, intensĂ©ment colorĂ©e de la soprano, la richesse de ses harmoniques offrent l’épaisseur au rĂŽle-titre, ses aspirations dĂ©sirantes : un personnage conçu pour elle. VoilĂ  qui renoue avec la rĂ©ussite pleine et entiĂšre de ses rĂ©centes prises de rĂŽles verdiennes (Leonora du trouvĂšre, Lady Macbeth) et fait oublier son erreur straussienne (Quatre derniers lieder de Richard Strauss).

 Iolanta au cinéma

Iolanta et Le Chùteau de Barbe-Bleue. Retransmission dans les salles de cinéma, le 14 février 2015

CD, opéra. En 2015, Anna Netrebko chante Iolanta de Tchaïkovski

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iolanta anna netrebko tchaikovski cd deutsche grammophonCD, OpĂ©ra
 En 2015, Anna Netrebko chante Iolanta de TchaĂŻkovski. La soprano austro russe rĂ©vĂ©lĂ©e par Gergiev, Ă©gĂ©rie des festivals de Baden Baden et de Salzbourg (entre autres), continue ses prises de rĂŽles ; aprĂšs Leonora du TrouvĂšre, Lady Macbeth chez Verdi en 2013 et 2014, la soprano vedette enregistre et chante Iolanta, 10Ăšme et ultime opĂ©ra de Tchaikovski (1892). Intimiste, aux rĂ©sonances psychanalytiques, l’ouvrage est d’une beautĂ© austĂšre, un drame resserrĂ© comme une piĂšce de thĂ©Ăątre ou un mĂ©lodrame (un acte seul) qui simultanĂ©ment au ballet Casse-Noisette (crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e et au cours de la mĂȘme soirĂ©e), affirme le gĂ©nie d’orchestrateur de Piotr Illiytch. Le disque est publiĂ© le 5 janvier 2015 par Deutsche Grammophon (sous la direction d’Emmanuel Villaume). CĂŽtĂ© scĂšne, Anna Netrebko chante Iolanta sur les planches du Metropolitan Opera de New York du 26 janvier au 21 fĂ©vrier 2015 sous la direction de ValĂ©ry Gergiev. L’opĂ©ra en un acte raconte l’émancipation d’une jeune princesse française tenue Ă  l’égard du monde et des hommes par son pĂšre le Roi RĂ©ne de Provence : l’action du maure (Ibn-Hakia) lui dĂ©voile le vrai monde, celui qu’elle peut d’abord imaginer, puis voir et vivre pleinement, aprĂšs avoir pris conscience de sa cĂ©citĂ©, et exprimĂ© le dĂ©sir d’en guĂ©rir. Iolanta, surprotĂ©gĂ©e par son pĂšre, parviendra-t-elle Ă  s’émanciper et vivre sa propre vie ?

Anna Netrebko reprend le rĂŽle d’Iolanta Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, en version de concert, dimanche 21 juin 2015, 11h, Ă©galement sous la direction d’Emmanuel Villaume.

 

 

Prochaine critique complĂšte de l’opĂ©ra Iolanta par Anna Netrebko dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le 5 janvier 2015.

 

 

Casse-Noisette Ă  Baden Baden

Baden Baden Casse noisette - Mariinski ballet nussknacker-c-v-baranovsky-949x466Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25,26 dĂ©cembre 2014. Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, la station thermale qui est aussi une ville touristiquement Ă  la pointe offre une saison musicale Ă©tonnamment riche et prestigieuse comptant par exemple de nombreuses stars internationales invitĂ©es du Festpielhauss, la salle de concerts et d’opĂ©ras (en novembre et dĂ©cembre, le festival d’automne de Baden Baden invite HĂ©lĂšne Grimaud, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, Elina Garança, Simone Kermes et Vivica Genaux, le Philharmonique de Vienne, Pierre-Laurent Aimard, et donc plusieurs ballets dont  Raymonda, Le lac des cygnes et Casse-Noisette pour le temps de NoĂ«l, suivent un gamma de la danse le 27 dĂ©cembre et la gala de la Saint-Sylvestre le 31 dĂ©cembre, avec entre autres la soprano Angela Gheorghiu
 En dĂ©cembre partez Ă  Baden Baden, visiter la ville et ses services, sans manquez cette annĂ©es les 3 reprĂ©sentations du ballet de Tchaikovski Casse noisette, chef d’oeuvre chorĂ©graphique et symphonique du romantisme enflammĂ©, enivrant de Piotr Illyitch, une opportunitĂ© surtout pour y (re)dĂ©couvrir la grĂące collective du Ballet du ThĂ©Ăątre Mariinski, dĂ©tenteur depuis longtemps d’une maĂźtrise indiscutĂ©e dans ce rĂ©pertoire.

 

 

baden bande festspielhaus festival concerts operas Baden-Baden_0Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25 (18h), 26 14h, 20h) dĂ©cembre 2014. Spectacle familial idĂ©al pour NoĂ«l 2014. Billets de 40 Ă  130 euros. S’immerger dans les tableaux enchanteurs de Casse-noisette, dans la version du Ballet Mariinski de Saint-Petersbourg, qui historiquement a crĂ©Ă© le ballet, reste une expĂ©rience marquante pour toute la famille, en particulier les enfants, toujours saisi par le tableau de la premiĂšre scĂšne : la dĂ©coration du sapin de NoĂ«l par Clara et Fritz dans une ambiance idĂ©ale, celle d’une maison qui verse trĂšs vite dans la fĂ©erie dramatique et onirique


Vasily Vainonen, chorégraphie et livret
Simon Virsaladze, décors
Mariinsky-Ballett
Mariinsky Orchester

 

 

 

Prochain festival Ă  baden Baden … En mars 2015, le festival de PĂąques de Baden Baden invite le philharmonique de Berlin, Anna Prohaska, Bernard Haitink et Isabelle Faust
 :

 

 

 

piotr ilitch-Tchaikovsky-530-851Production dĂ©signĂ©e pour cĂ©lĂ©brer les fĂȘtes de NoĂ«l en famille, le ballet Casse-Noisette de Piotr Illiyitch TchaĂŻkovski (1840-1893) est son dernier ballet composĂ© entre 1891 et 1892. Il est crĂ©Ă© avec un succĂšs assez froid en dĂ©cembre 1892 au thĂ©Ăątre Mariinski de Saint Petersbourg sur la chorĂ©graphie de Lev Ivanov. Pourtant la magie de ses pas, les tableaux collectifs, surtout le beautĂ© enivrante de la musique en font toujours aujourd’hui le fleuron des ballets romantiques russes, et aussi, le sommet de l’inspiration chorĂ©graphique de TchaĂŻkovski : le compositeur y rĂ©ussit une immersion fĂ©erique dans le monde de l’enfance, n’hĂ©sitant pas Ă  oser une orchestration somptueusement scintillante (le cĂ©lesta dans le tableau de la Danse de la fĂ©e DragĂ©e). Le cĂ©lesta est d’ailleurs souvent assimilĂ© au personnage clĂ© de Clara.

Au pays des rĂȘves


Acte I. L’intrigue, inspirĂ© du livret d’Ivan Vsevolojski et Marius Petipa s’inspire de l’adaptation qu’a fait Alexandre Dumas d’un conte d’ETA Hoffmann : Casse-noisette et le roi des souris. Il met d’abord en avant une fĂȘte de NoĂ«l qui place les enfants (Clara, son frĂšre Fritz) au devant de la scĂšne dans une sĂ©rie de divertissements rĂ©glĂ©s par l’oncle Drosselmeyer (oĂč paraissent des parents en Incroyables, des jouets – poupĂ©es et soldats-, grandeur nature aux gestes saccadĂ©s
) : la magie voisine dĂ©jĂ  avec le cauchemar et l’inspiration verse souvent dans le fantastique, propre Ă  l’univers d’ETA Hoffmann ; Clara reçoit enfin son cadeau de NoĂ«l, un casse-noisette. Mais jaloux, Fritz brise le jouet de sa soeur
 Les enfants vont se coucher et le silence rĂšgne dans la maison. Comme dans Le Lac des cygnes, Casse-noisette exprime le passage de l’enfance Ă  l’adolescence : une prise de conscience de la fĂ©erie Ă  la rĂ©alitĂ© par l’expĂ©rience du mal et des Ă©preuves Ă  surmonter (les forces hostiles du Roi et de la Reine des souris
).

Clara revient dans le salon, inquiĂšte du sort de son jouet fĂ©tiche. Un enchantement se rĂ©alise et pendant la nuit, au pied du sapin, les jouets s’animent, Casse-noisette devient un jeune homme conquĂ©rant
 un prince idĂ©al. Il dĂ©fend Clara contre le roi des souris, le tue grĂące Ă  la complicitĂ© de la jeune fille : l’on comprend alors que Hans-Peter a Ă©tĂ© l’objet d’un sortilĂšge jetĂ© par le roi des souris, il a Ă©tĂ© changĂ© en casse-noisette malgrĂ© lui. GrĂące au truchement du divertissement imaginĂ© par l’oncle dĂ©miurge Drosselmeyer, grĂące Ă  la volontĂ© de Clara, le jeune homme a retrouvĂ© figure humaine. Clara et hans-Peter peuvent Ă  prĂ©sent quitter la maison et voyager : d’abord au pays des neiges, tableau enchanteur qui clĂŽt le premier acte.

Acte II. Hans-Peter emmĂšne ensuite Clara au pays des rĂȘves enfin au pays de Confiturembourg, palais des dĂ©lices ; puis, Drosselmeyer les introduit auprĂšs de la FĂ©e DragĂ©e et du Prince Orgeat. Hans-Peter raconte Ă  tous comment il a combattu le roi des souris et comment Clara l’a aidĂ© dans cette bataille
 La FĂ©e DragĂ©e sert un repas somptueux et raffinĂ© puis un nouveau spectacle se rĂ©alise. C’est dans l’esprit des divertissements baroques (opĂ©ras de Campra et de Rameau), une nouvelle sĂ©rie de danses collectives aux caractĂšres divers et contrastĂ©s : danses espagnole (chocolat), arabe (cafĂ©),  chinoise (thĂ©), le TrĂ©pak, danse russe frĂ©nĂ©tique 
 ; la partition regorge de sĂ©quences mĂ©lodieusement inoubliables servies chacune par une orchestration Ă  la fois puissante et trĂšs caractĂ©risĂ©e, rĂ©vĂ©lant le gĂ©nie de Tchaikovski dans l’instrumentation : danse des mirlitons (3 flĂ»tes, cor anglais et cuivres), valse des fleurs (cors), le point conclusif palpitant et entraĂźnant de l’oeuvre, qui intĂšgre aussi un pas de deux entre la FĂ©e DragĂ©e et le prince Orgeat. RĂȘve d’une petite fille ou libĂ©ration du jeune Hans Peter, le livret peut ĂȘtre lu en diffĂ©rentes lectures. C’est une rĂȘverie puissante et souvent irrĂ©sistible oĂč Tchaikovski retrouve l’innocence de l’enfance en lui donnant un cycle de mĂ©lodies inĂ©galĂ©es.

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

ossonce jean yves osrct symphonique toursTrilogie originale que celle inaugurant la nouvelle saison symphonique 2014-2015 de l’OpĂ©ra de Tours. Leonore III de Beethoven permet aux musiciens et au chef de mesurer leur capacitĂ© dans l’exposition d’une ouverture passionnĂ©e offrant toute l’exaltation de l’idĂ©al fraternel et humaniste dĂ©fendu et dĂ©veloppĂ© dans l’opĂ©ra qui suit, Fidelio. La rage et la dĂ©termination ouvertement tournĂ©es vers la lumiĂšre composent le plus bel hymne Ă  la fidĂ©litĂ© amoureuse, Ă  la loyautĂ© qui fait la grandeur humaine, autant d’idĂ©aux que Beethoven inscrit en lettres d’or sur le fronton de la scĂšne.  L’ĂąpretĂ© motorique des premiers violons, le chant aĂ©rien de la flĂ»te, la tendresse hĂ©roĂŻque du hautbois entre autres, lancent le formidable chant de victoire qui transforme peu Ă  peu la violence du drame en ferveur exaltĂ©e, une transe instrumentale que Jean-Yves Ossonce conduit sans sourciller ni sans faiblir jusqu’Ă  sa libĂ©ration finale. C’est ce mĂȘme orchestre qui porte tout au long de l’annĂ©e l’une des programmations lyriques les plus intĂ©ressantes de l’Hexagone : leur expĂ©rience et leur engagement comme orchestre lyrique, s’entendent nettement ici.

ORCHESTRE TOURS CHATELETMĂȘme tension fraternelle et vive opposition de deux thĂšmes contrastĂ©s dans la seconde partition plutĂŽt rare ailleurs, mais emblĂšme d’une curiositĂ© propre Ă  Tours Ă  prĂ©sent car les Ɠuvres d’AlbĂ©ric Magnard (mort en 1914) y sont rĂ©guliĂšrement jouĂ©es grĂące Ă  la curiositĂ© du chef : il y a quelques mois (avril 2014), rĂ©sonnait avec une vivacitĂ© envoĂ»tante, ce wagnĂ©risme français parfaitement maĂźtrisĂ© dans l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice (voir notre reportage vidĂ©o sur l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours), rĂ©vĂ©lation totale oĂč l’ouvrage dĂ©ploie un symphonisme particuliĂšrement texturĂ©, des audaces harmoniques qui suivent trĂšs scrupuleusement la mĂ©tamorphose psychique des protagonistes (ici BĂ©rĂ©nice, phare moral pourtant rĂ©pudiĂ©e, et l’empereur Titus qui Ă  son contact vit un bouleversement personnel d’une dignitĂ© tragique rare). D’une architecture parfaitement Ă©laborĂ©e, l’Hymne Ă  la justice crĂ©Ă© en 1902 est l’acte de dĂ©nonciation qui est l’Ă©quivalent musical du ” J’accuse ” de Zola, en pleine affaire Dreyfus. A la violence qui s’y dĂ©gage dans l’Ă©noncĂ© de la barbarie humaine rĂ©pond le scintillement lumineux du thĂšme de la justice avec l’utilisation de la harpe dont Franck dans sa fameuse Symphonie en rĂ© fait un usage tout aussi rĂ©flĂ©chi au moment le plus spirituellement clĂ©. DouĂ© d’une grande motricitĂ© expressive, l’orchestre conduit le flux expressif tout en rĂ©vĂ©lant la plĂ©nitude rayonnante des timbres solistes (flĂ»te, basson, clarinette…). L’Ă©quilibre des rĂ©ponses entre les pupitres, la clartĂ© de la progression dramatique, la fluiditĂ© vive de la direction de Jean-Yves Ossonce au service d’une Ɠuvre rare, magnifiquement Ă©crite, dĂ©fendent avec une passion constante, la redĂ©couverte de Magnard.

 

tchaikovski-583-597Le clou de la soirĂ©e est dans sa seconde partie, la 6Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski (crĂ©Ă©e en 1893). PiĂšce maĂźtresse de l’orchestre symphonique russe Ă  son sommet romantique, dont les sĂ©quences sont autant de traversĂ©es sombres mais Ă©purĂ©es de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Voici assurĂ©ment l’une des Symphonies les plus intimes, sombres, graves jamais Ă©crites : un miroir noir pourtant fascinant par ses failles et ses Ă©lans instrumentalement ciselĂ©s. La conclusion (IV. Allegro lamentoso) d’un lugubre grave d’une totale poĂ©sie, Ă©tend son voile pianissimo jusqu’Ă  l’infime souffle de vie : il s’agit de la derniĂšre partition de Tchaikovski dont Jean-Yves Ossonce aura peu Ă  peu abordĂ© l’intĂ©grale des Symphonies au cours des derniĂšres saisons de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours (OSRCT). Chef et instrumentistes ont rĂ©vĂ©lĂ© une Ă©nergie maĂźtrisĂ©e, jouant lĂ  encore sur les dĂ©licats Ă©quilibres entre les pupitres, l’Ă©loquence amĂšre et voluptueuse des timbres (dont Ă©videmment les pointes grimaçantes et sardoniques des cors bouchĂ©s en fin d’expĂ©rience : le chef fait battre la cadence d’un cƓur condamnĂ© dĂšs les premiĂšre notes.
Dans ce sublime parcours funĂšbre, le second mouvement allegro (con grazia) prend des allures de remise en ordre, de discipline reconquise, aux Ă©lans Ă©perdus mais qui ne peuvent au final empĂȘcher le lent effondrement progressif jusqu’Ă  l’anĂ©antissement des derniĂšres mesures du cycle. La dĂ©sespĂ©rance, la dĂ©pression, le dĂ©lire et la transe s’expriment dans une langue raffinĂ©e dont les interprĂštes soulignent la richesse des combinaisons, les effluves remarquablement orchestrĂ©s d’une lente et inĂ©luctable agonie. Le martĂšlement obsessionnel puis allĂ©gĂ© jusqu’Ă  l’innocence du second mouvement, la valse du troisiĂšme embrumĂ©e et voilĂ©e elle aussi de profonds ressentiments,  la chute finale et les derniĂšres saccades d’un cƓur mis Ă  mort, font le mĂ©rite d’une lecture tendue et fruitĂ©e qui n’a pu se dĂ©ployer ce soir sans une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et ses musiciens. Une entente capable de dĂ©passements en concert que l’on aime suivre pas Ă  pas, et demain peut-ĂȘtre dans de nouveaux champs d’exploration, de recherche, d’ajustement comme les 6 et 7 dĂ©cembre, ce Walton inconnu, ou nous l’espĂ©rons chez Sibelius, ou Mahler… sans omettre les symphonistes français mĂ©connues : Bizet, Franck, D’Indy, Lalo, Dukas, et tant d’autres dont nous ne doutons pas que Jean-Yves Ossonce, en symphoniste affĂ»tĂ©, rĂ©vĂ©lera bientĂŽt les qualitĂ©s oubliĂ©es.

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Prochain concert symphonique de l’OSRCT Ă  l’OpĂ©ra de Tours : les 6 et 7 dĂ©cembre 2014. Mozart (Ouverture des Noces de Figaro, Concerto pour piano n°25), Walton (Symphonie n°1) : OSRCT. Igor Tchetuev, piano. Emmanuel Joel-Hornak, direction

Prochain opĂ©ra Ă  l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de Tours : la sublime Chauve Souris de Johann Strauss fils qui associe dĂ©lire thĂ©Ăątral et orchestration Ă©lĂ©gantissime : un Ă©vĂ©nement pour les fĂȘtes et une nouvelle production sous la baguette de l’excellent Jean-Yves Osonce : 4 reprĂ©sentations pour la fin de l’annĂ©e et l’avĂšnement de 2015. Les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Jacques Duparc, mise en scĂšne. Avec Mireille Delunsch (Rosalinde), Vannina Santoni (AdĂšle), Didier Henry (Eisenstein), Aude Extremo (Orlovsky), Jacques Duparc (Frosch)… Nouvelle production

 

 

Illustrations : © GĂ©rard Proust 2014. Jean-Yves Ossonce et l’OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours

Tours. Concert Tchaikovski:6Ăšme Symphonie. OSRCT, JY Osonce, les 15,16 novembre 2014

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Tours, concert. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Pour lancer sa saison symphonique 2014 – 2015, l’OpĂ©ra de Tours propose pour son premier concert, les 15 et 16 novembre prochains, un programme passionnant couplant Magnard (une spĂ©cialitĂ© locale dĂ©fendue depuis de nombreuses annĂ©es par le chef Jean-Yves Ossonce), Beethoven et surtout TchaĂŻkovski – autre compositeur favori (6Ăšme Symphonie, “PathĂ©tique”)… Concert Ă©vĂ©nement. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les concerts symphoniques Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont devenus des Ă©vĂ©nements incontournables tant par l’originalitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s souvent trĂšs ambitieux, et toujours remarquablement Ă©quilibrĂ©s, que l’engagement des musiciens en prĂ©sence, canalisĂ©s par la direction vive et affĂ»tĂ©e de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathĂ©tique : les facettes expressives des Ɠuvres ainsi enchaĂźnĂ©es offrent un panel impressionnant de climats Ă  rĂ©ussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction trĂšs Ă©laborĂ©es qui sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©Ă©critures de la part de Beethoven : composĂ©e en 1806, il s’agit aprĂšs moult essais, d’un rĂ©sumĂ© redoutablement efficace du drame qui en prolonge les dĂ©clarations multiples : hymne Ă  l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une Ă©toffe orchestrale des plus raffinĂ©s. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du concert inaugural de la saison symphonique 2014-2015…

 

La 6Ăšme de Tchaikovsky ouvre la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours

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Tours,OpĂ©ra. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les concerts symphoniques Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont devenus des Ă©vĂ©nements incontournables tant par l’originalitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s souvent trĂšs ambitieux, et toujours remarquablement Ă©quilibrĂ©s, que l’engagement des musiciens en prĂ©sence, canalisĂ©s par la direction vive et affĂ»tĂ©e de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathĂ©tique : les facettes expressives des Ɠuvres ainsi enchaĂźnĂ©es offrent un panel impressionnant de climats Ă  rĂ©ussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction trĂšs Ă©laborĂ©es qui sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©Ă©critures de la part de Beethoven : composĂ©e en 1806, il s’agit aprĂšs moult essais, d’un rĂ©sumĂ© redoutablement efficace du drame qui en prolonge les dĂ©clarations multiples : hymne Ă  l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une Ă©toffe orchestrale des plus raffinĂ©s.

Prolongement des rĂ©cents concerts donnĂ©s par l’Orchestre au cours des trois derniĂšres annĂ©es (LIRE entre autres notre prĂ©sentation de la Symphonie n°4 jouĂ©e en janvier et fĂ©vrier 2012), la Symphonie ultime de Tchaikovski, PathĂ©tique, accomplit tout un cycle orchestral d’une rare et exceptionnelle introspection : comme les opus de Mahler, les Ɠuvres de Tchaikovski ont un fort contenu autobiographique. Comme une prĂ©monition de sa mort prochaine, le compositeur russe y peint une sĂ©rie de paysage crĂ©pusculaire, marquĂ©s par l’anĂ©antissement des forces vitales, Piotr Illyitch, marquĂ© par un terrible secret (celui de son homosexualitĂ©) ayant toujours Ă©tĂ© enclin Ă  la dĂ©pression et Ă  la solitude. La richesse et le raffinement de l’orchestration, l’architecture globale de l’opus 74 laissent l’impression d’une traversĂ©e sans retour, une plongĂ©e Ăąpre et enivrĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Entre la premiĂšre sous la direction de l’auteur (Saint-PĂ©tersbourg le 16 octobre 1893), accueillie froidement (la baguette de TchaĂŻkovski n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs convaincante) et sa reprise sous la direction toute autre de Napravnik, qui apporte le succĂšs, TchaĂŻkovski s’éteint probablement sous la pression d’un scandale liĂ© Ă  sa vie intime. Suicide ou empoisonnement, nul ne le saura peut-ĂȘtre jamais mais cette 6 Ăšme dite ” PathĂ©tique ” est davantage, un Requiem symphonique composĂ©e dans les affres et les vertiges paniques d’une dĂ©route personnelle. S’y dĂ©verse tel un flot Ă©ruptif d’une solennitĂ© toute martiale et pleine de panache la rĂ©sistance aussi d’un homme atteint, viscĂ©ralement inscrit dans le dĂ©sespoir. L’opus 74 est dĂ©diĂ© Ă  son neveu Vladimir Davydov, sa bouĂ©e de sauvetage dans l’une des pĂ©riodes les plus tourmentĂ©es et difficile de sa vie.

 

Beethoven : Leonore, ouverture III opus 72c
Magnard : Hymne Ă  la justice opus 14
Tchaikovski : Symphonie n°6 “PathĂ©tique”

Tours, Grand Théùtre Opéra
Samedi 15 novembre – 20h
Dimanche 16 novembre – 17h
RĂ©servez votre place

DĂ©couvrir la saison symphonique 2014 – 2015 sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Conférence sur le programme du concert des 15 et 16 novembre 2014
Samedi 15 novembre – 19h00
Dimanche 16 novembre – 16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

Tours, Opéra. Concert Tchaikovski:6Úme Symphonie. OSRCT, JY Osonce, les 15,16 novembre 2014

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Tours,OpĂ©ra. Magnard, Tchaikovski : OSRCT, Ossonce, les 15,16 novembre 2014. Depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , les concerts symphoniques Ă  l’OpĂ©ra de Tours sont devenus des Ă©vĂ©nements incontournables tant par l’originalitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s souvent trĂšs ambitieux, et toujours remarquablement Ă©quilibrĂ©s, que l’engagement des musiciens en prĂ©sence, canalisĂ©s par la direction vive et affĂ»tĂ©e de Jean-Yves Ossonce.  Pour son premier concert de la saison symphonique 2014-2015, l’OSRCT, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours propose un programme rugissant, lyrique et pathĂ©tique : les facettes expressives des Ɠuvres ainsi enchaĂźnĂ©es offrent un panel impressionnant de climats Ă  rĂ©ussir : Leonore III est plus qu’une ouverture ; outre sa parure et sa construction trĂšs Ă©laborĂ©es qui sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©Ă©critures de la part de Beethoven : composĂ©e en 1806, il s’agit aprĂšs moult essais, d’un rĂ©sumĂ© redoutablement efficace du drame qui en prolonge les dĂ©clarations multiples : hymne Ă  l’amour souverain, contestation de la tyrannie, sur le ton et dans une Ă©toffe orchestrale des plus raffinĂ©s.

 

 

Tours_ossonce_Tomasi_trompette_franck_symphonie_re_concert_570Jean-Yves Ossonce connaĂźt bien Magnard pour en avoir dĂ©voiler le premier la puissante audace d’Ă©criture. A la complexitĂ© de la conception rĂ©pond surtout l’engagement du sujet : en 1902, Magnard Ă©crit son hymne Ă  la justice en rĂ©action au procĂšs partial du capitaine Dreyfus. C’est devenu une partition emblĂ©matique dans l’Hexagone depuis qu’elle fut au lendemain de la seconde guerre, jouĂ© par l’Orchestre national de la Radio (actuel Orchestre national de France) poru son premier concert aprĂšs la LibĂ©ration.
Prolongement des rĂ©cents concerts donnĂ©s par l’Orchestre au cours des trois derniĂšres annĂ©es (LIRE entre autres notre prĂ©sentation de la Symphonie n°4 jouĂ©e en janvier et fĂ©vrier 2012), la Symphonie ultime de Tchaikovski, PathĂ©tique, accomplit tout un cycle orchestral d’une rare et exceptionnelle introspection : comme les opus de Mahler, les Ɠuvres de Tchaikovski ont un fort contenu autobiographique. Comme une prĂ©monition de sa mort prochaine, le compositeur russe y peint une sĂ©rie de paysage crĂ©pusculaire, marquĂ©s par l’anĂ©antissement des forces vitales, Piotr Illyitch, marquĂ© par un terrible secret (celui de son homosexualitĂ©) ayant toujours Ă©tĂ© enclin Ă  la dĂ©pression et Ă  la solitude. La richesse et le raffinement de l’orchestration, l’architecture globale de l’opus 74 laissent l’impression d’une traversĂ©e sans retour, une plongĂ©e Ăąpre et enivrĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Entre la premiĂšre sous la direction de l’auteur (Saint-PĂ©tersbourg le 16 octobre 1893), accueillie froidement (la baguette de TchaĂŻkovski n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs convaincante) et sa reprise sous la direction toute autre de Napravnik, qui apporte le succĂšs, TchaĂŻkovski s’éteint probablement sous la pression d’un scandale liĂ© Ă  sa vie intime. Suicide ou empoisonnement, nul ne le saura peut-ĂȘtre jamais mais cette 6 Ăšme dite ” PathĂ©tique ” est davantage, un Requiem symphonique composĂ©e dans les affres et les vertiges paniques d’une dĂ©route personnelle. S’y dĂ©verse tel un flot Ă©ruptif d’une solennitĂ© toute martiale et pleine de panache la rĂ©sistance aussi d’un homme atteint, viscĂ©ralement inscrit dans le dĂ©sespoir. L’opus 74 est dĂ©diĂ© Ă  son neveu Vladimir Davydov, sa bouĂ©e de sauvetage dans l’une des pĂ©riodes les plus tourmentĂ©es et difficile de sa vie.

 

 

 

Beethoven : Leonore, ouverture III opus 72c
Magnard : Hymne Ă  la justice opus 14
Tchaikovski : Symphonie n°6 “PathĂ©tique”

Tours, Grand Théùtre Opéra
Samedi 15 novembre – 20h
Dimanche 16 novembre – 17h
RĂ©servez votre place

DĂ©couvrir la saison symphonique 2014 – 2015 sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

Conférence sur le programme du concert des 15 et 16 novembre 2014
Samedi 15 novembre – 19h00
Dimanche 16 novembre – 16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

LIRE aussi le notre dossier portrait de Piotr Illyitch TchaĂŻkovski

Compte rendu, concert. Toulouse.Halle-aux-grains, le 4 juin 2014 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975): Katerina Ismaïlova,suite,op.114a; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Variations sur un thÚme rococo pour violoncelle et orchestre, op.33; Symphonie n°6 en si bémol mineur, op.74 « Pathétique »; Narek Hakhnazaryan, violoncelle; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Direction:Tugan Sokhiev.

TchaikovskiAvant dernier concert de la saison toulousaine 2014 pour Tugan Sokhiev ; il a Ă©galement Ă©tĂ© programmĂ© Ă  la Salle Pleyel Ă  Paris, le lendemain. Belle audace parisienne car c‘est peut ĂȘtre le plus beau concert de la saison Toulousaine, pourtant riche en moments forts. DĂšs les premiĂšres mesures sombres au basson, l ‘auditeur est saisi par la puissance d’évocation des interludes du Chostakovitch magnifique orchestrateur. Ces trĂšs courts interludes de l ‘opĂ©ra lady Macbeth de Mzensk rebaptisĂ© Katerina IsmaĂŻlova sous les coups de la censure, mis en suite par le compositeur lui-mĂȘme dans deux versions, font un effet particuliĂšrement puissant. Le sens du grotesque, l’ Ă©coeurement et le dĂ©gout de l’hĂ©roĂŻne deviennent troublants. HumiliĂ©e et obligĂ©e de se venger pour survivre, l ‘hĂ©roĂŻne qui a tant dĂ©plu Ă  Staline a une existence qui ressemble Ă  tant de vies communes


Le troisiĂšme interlude le plus long et le plus sombre rend palpable cette montĂ©e du dĂ©gout et de la haine nourrie dans la conscience aiguĂ« du grotesque de l ‘existence. L ‘Orchestre du Capitole est Ă  prĂ©sent rompu au style de Chostakovitch et les trĂšs courts moments solos permettent a chacun de briller. La prĂ©cision rythmique, les nuances terriblement dĂ©veloppĂ©es et la richesse de l ‘orchestration exigent beaucoup de l ‘orchestre qui est impeccable. La direction de Tugan Sokhiev privilĂ©gie l â€˜Ă©nergie forcĂ©e et la puissance d’un grotesque faussement festif. Riches couleurs, nuances extrĂȘmes et rythme prĂ©cis claquent au visage et saisissent chacun.

Entre musiciens au sommet

Quel contraste ensuite lorsque l ‘orchestre s’allĂšge dans une formation classique et accueille le violoncelliste soliste. Son nom, mĂȘme s’il est quasi imprononçable mĂ©rite d’ ĂȘtre retenu. De tous le jeunes talents qui gagent avec des doigts d’ or les plus prestigieux prix, Narek Hakhnazaryan n ‘a rien Ă  envier avec sa victoire au XIV° concours international TchaĂŻkovski. Il a une technique inouĂŻe mais surtout une musicalitĂ© rare. Les variations rococo sont un chef d ‘oeuvre de TchaĂŻkovski qui rend hommage Ă  Mozart, comme dans la pastorale de la Dame de Pique, avec beaucoup d ‘esprit.
L‘orchestration est lĂ©gĂšre et variĂ©e. L â€˜Ă©quilibre entre le soliste et l ‘orchestre a Ă©tĂ© parfaitement mis en place par le chef. Dans cet Ă©crin de toute sĂ©curitĂ©, la voix du violoncelliste Narek Hakhnazaryan peut donc s’épanouir sereinement en se jouant des difficultĂ©s techniques totalement maĂźtrisĂ©es. En Ă©veil constant et dĂ©gustant les dialogues avec l ‘orchestre, le jeune violoncelliste devient parfait chambriste. Les dialogues avec la subtile flĂ»te de Sandrine Tilly sont dĂ©lectables tout particuliĂšrement. La communion entre le soliste, le chef et les musiciens est parfaite. Le public se rĂ©gale de ces variations qui se succĂšdent avec art dans l‘arrangement maintenant habituel du crĂ©ateur Fitzenhagen.

Narek-Hakhnazaryan-cello2-Armenia tchaikovski competition prix  2011-1Le charme du jeune Narek Hakhnazaryan est irradiant. Il joue avec son instrument semblant en faire ce qu‘il veut. Les couleurs, les nuances, la dĂ©licatesse des phrasĂ©s sont admirables. L ‘instrument dont il joue, un Techler de 1698, lui permet de garder sur tous les registres la mĂȘme qualitĂ© de son. Le grave est aussi plein que l ‘aigu ; il n’y a pas de diffĂ©rence de registre. Une belle solution de continuitĂ© dans les harmoniques sur toute la tessiture offre un son toujours magnifiquement timbrĂ©, soyeux et doux. Cela fait merveille dans les dialogue sur-aigus aĂ©riens avec la flĂ»te. Les doubles et triples cordes sonnent faciles et belles. Une telle gĂ©nĂ©rositĂ© en musicalitĂ© est remarquable chez un si jeune artiste. La connivence avec Tugan Sokhiev est totale, les Ă©changes de regards complices sont incessants. Le succĂšs est tonitruant et le violoncelliste ArmĂ©nien offre deux bis a son public conquis. Le premier dĂ©concerte autant qu’il charme et Ă©meut. La voix chantĂ©e du soliste se mĂȘle Ă  des doubles cordes semblant venir de l‘ancĂȘtre de l ‘instrument, la viole de gambe, comme des origines orientales de la musique classique. Lâ€˜Ă©motion qui nait plonge donc dans les racines de l’humanitĂ©, puis le style se modernise, devient plus violent et va mĂȘme jusqu’à Ă©voquer le tango. Il s’agit non d‘une vraie improvisation mais d’une composition d’un Italien nĂ© en 1962 Giovanni Sollima,intitulĂ©e Lamentatio. Narek Hakhnazaryan en fait un moment de pur plaisir du coeur dansant. Pour terminer sur une ambiance plus apaisĂ©e, le choix d’une sarabande pour violoncelle seul de Bach avec des ineffables doubles cordes, un son de rĂȘve et une souplesse envoĂ»tante
 Tout ceci promet un jour une intĂ©grale Ă©mouvante des suites de Bach et une carriĂšre Ă©blouissante Ă  suivre sans faute.

2Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski
Destin certes, mais pas de soumission sans danser ni vivre

En deuxiĂšme partie de concert la trĂšs cĂ©lĂšbre sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski confirme la comprĂ©hension quasi mystique qu’a Tugan Sokhiev de son compatriote. Quand si souvent cette symphonie est Ă©crasĂ©e sous un Fatum monolithique, Tugan Sokhiev va trĂšs loin dans la douleur mais garde des moments de tendresse et de danse se souvenant du bonheur. DĂšs les premiĂšres mesures, pianissimo dans les abysses du basson (extraordinaire Estelle Richard) et des cordes graves lâ€˜Ă©motion est poignante.L’ Adagio est tout habitĂ© de silences tristes et l’angoisse se dĂ©roule Ă©voluant lentement vers l’Allegro non troppo. Le tempo mesurĂ© du chef permet une lisibilitĂ© de tous les dĂ©tails mais c’est la vision d‘ensemble qui est remarquable. Chaque mouvement avance et s’inscrit dans un tout . La rigueur du tempo permet Ă  cette partition d â€˜Ă©viter tout laissĂ© aller et l’entrĂ©e du thĂšme sentimental des violons a beaucoup d’allure. Les reprises et dĂ©veloppements permettent aux couleurs magnifiques de l ‘orchestre de chatoyer. Les fortissimi sont spectaculaires et les nuances pianissimo de la Clarinette de David Minetti sont trĂšs belles et porteuses d â€˜Ă©motion. AprĂšs ce dĂ©but marquĂ© par une angoisse envahissante le mouvement se termine par une terrible course Ă  l ‘ abĂźme toute pleine de prĂ©cision instrumentale. Les cuivres graves particuliĂšrement prĂ©sents, sont magnifiques.Les deux mouvements suivants, dans les choix de Tugan Sokhiev, vont convoquer la danse et d ‘avantage de bonheur. AllĂ©geant le Fatum, il suggĂšre que chaque destin n’est pas uniquement soumission. L’allegretto con grazia est une valse qui permet de rĂȘver au bonheur enfui prĂšs avoir Ă©tĂ© tenu. Certes sous cette lĂ©gĂšretĂ© le rythme incessant de la timbale dans la partie centrale signe l â€˜Ă©loignement du bonheur mais son retour comme une rĂ©miniscence est pleine de douceur. L’ Allegro molto vivace est plein d’ esprit comme dans les ballets de TchaĂŻkovski et l ‘avancĂ©e inexorable de ce scherzo vers une sorte de marche a aussi quelque chose de plaisant dans son enthousiasme. La lĂ©gĂšretĂ© de structure des cordes, l â€˜Ă©lasticitĂ© des pizzicati apportent de l ‘air aux moments plus denses. Ce mouvement animĂ© se termine sur un fortissimo qui autorise certains spectateurs Ă  applaudir ruinant l ‘effet voulu par le compositeur qui termine sa symphonie sur un adagio lamentoso. Car si le centre de la symphonie a permis aux mouvements de danse de s’inviter et au bonheur d’exister le final semble encore plus dĂ©chirant. Tugan Sokhiev Ă©tire le tempo et remplit les silences de sombres pensĂ©es. TchaĂŻkovski qui trouvait dans sa symphonie des allures de Requiem refusant d’en composer un, a en effet construit ce long mouvement final comme un adieu dĂ©chirant. Le pianissimo dans le grave des cordes et le basson refermant la symphonie comme elle avait Ă©tĂ© ouverte. Les contrebasses ont Ă©tĂ© tout du long admirables et mĂ©ritent une mention spĂ©ciale (chef de pupitre Bernard Cazauran).
Cette interprĂ©tation trĂšs personnelle est trĂšs bien construite et la lisibilitĂ© de la structure gĂ©nĂ©rale s’appuie sur des phrasĂ©s pensĂ©s et comme insĂ©rĂ©s dans un tout. En Ă©vitant le monolithe dramatique, le destin devient plus humain et la vie des deux mouvements centraux rend le final encore plus Ă©crasant. Tugan Sokhiev et ses musiciens admirables toute la soirĂ©e, ont offert une vibrante interprĂ©tation de la sixiĂšme symphonie de TchaĂŻkovski en en rĂ©vĂ©lant toutes les richesses.

Ce concert a Ă©tĂ© diffusĂ© en direct sur le net et peut ĂȘtre encore visionnĂ©. N’hĂ©sitez pas Ă  vous faire votre idĂ©e car il a Ă©tĂ© en plus magnifiquement filmĂ© sur Arte concert.

CD.Tchaikovski : Symphonie Manfred, opus 58 (Pletnev, 2013)

tchaikovski_pentatone-pletnev-manfred cdCD.Tchaikovski : Symphonie Manfred (Pletnev, 2013). Pletnev, chef pianiste, Ă  la tĂȘte de son orchestre (Symphonique russe) convainc immĂ©diatement par son intelligence de l’écriture tchaĂŻkovskienne : fine, mesurĂ©e, dĂ©taillĂ©e mais intensĂ©ment dramatique aussi, la lecture est superlative. Dans cette Manfred Symphonie de 1886, c’est un TchaĂŻkovski profond, humain, jamais Ă©pais ni emplomblĂ© par un pathĂ©tisme outrancier
 Soulignons d’emblĂ©e la superbe activitĂ© des cordes qui impriment partout, en axe structurant, un climat de vitalitĂ© nerveuse parfois inquiĂšte.  DĂšs la premiĂšre sĂ©quence (premier mouvement lui-mĂȘme structurĂ© en trois volets :  lento lugubre, moderato con moto, andante), la puissance du fatum,  poigne de fer inexpugnable accable le hĂ©ros par sa coupe terrifiante, trompettes, trombones et hautbois mordants, sardoniques bataillent sur une face quand flĂ»tes et vagues de la harpe prĂ©servent de l’autre, l’Ă©lan d’une irrĂ©pressible plĂ©nitude lyrique. Tout cela est parfaitement caractĂ©risĂ©,  dĂ©voilant les visages multiples du compositeur, les tiraillements incessants d’une Ăąme soumis Ă  la houle de sa propre agitation. Le dĂ©sĂ©quilibre psychique menace et cette prĂ©sence pulsionnelle vacillante Ă©chevelĂ©e confĂšre Ă  la lecture sa vĂ©ritĂ©,  sa justesse irrĂ©pressible et irrĂ©sistible… car derriĂšre la figure de Manfred , c’est bien le destin de Tchaikovski qui semble vivre un Ă©pisode propre, un nouvel avatar, Ă©prouvant et les morsures du destin et les aspirations supĂ©rieures d’une Ăąme torturĂ©e : cette assimilation du hĂ©ros et du compositeur ne peut ĂȘtre Ă©cartĂ©e pour une juste comprĂ©hension de la partition. Piotr-Manfred se dĂ©voilent ici. La valeur de la prĂ©sente lecture est bien dans la hauteur d’un geste remarquablement sĂ»r et mĂ»r capable d’exprimer une vision terriblement incarnĂ©e et pourtant dans sa rĂ©alisation orchestrale saisissante par sa finesse et sa transparence.

CLIC_macaron_20dec13Car le chef relĂšve les dĂ©fis expressifs du vaste poĂšme symphonique, vĂ©ritable symphonie Ă  part entiĂšre tant Tchaikovski imprime Ă  la trame littĂ©raire et au profil du hĂ©ros lĂ©guĂ© par Byron,  une Ă©toffe originale puissante et dans l’extraordinaire dernier mouvement, son souffle faustĂ©en; jusqu’Ă  la fin et le final haletant viscĂ©ralement inscrit dans le sang du champion,  le chef insuffle l’esprit indĂ©pendant d’une fatalitĂ© Ăąprement contestĂ©e… c’est une lutte de longue haleine et qui exige toutes les forces vives de l’orchestre. MystĂ©rieux,  fiĂ©vreux,  le dernier Ă©pisode  (Allegro con fuoco) sonne comme une Ă©preuve oĂč tout se joue. L’accomplissement esthĂ©tique est certainement possible grĂące Ă  la complicitĂ© Ă©vidente du maestro et de ses musiciens. La sonoritĂ© est riche, pro active Ă  la fois hĂ©doniste et d’une fabuleuse expressivitĂ©. La prodigieuse orchestration y gagne un relief, un dĂ©tail,  ce raffinement des alliances de timbres qui ailleurs est souvent Ă©vacuĂ©.  S’il y a bien un caractĂšre proprement russe dans la musique de Tchaikovski, l’apport du Symphonique national russe s’avĂšre des plus bĂ©nĂ©fiques et des mieux inspirĂ©s. Lecture incontournable pour qui veut connaĂźtre un son profond ciselĂ© idĂ©alement expressif chez TchaĂŻkovski.

Tchaikovski : Symphonie Manfred, opus 58. Orchestre national russe. Mikhail Pletnev, enregistrement réalisé à Moscou en avril 2013. 59mn. 1 cd Pentatone.

DVD. Tchaikovski : EugĂšne Oneguine (Netrebko, Gergiev, 2013)

oneguine onegin netrebko dvd deutsche grammophon dg0735115-1La production qu’affichait le Met de New York en septembre 2013 restait prometteuse avec dans le rĂŽle de Tatiana, -la jeune femme Ă©cartĂ©e par l’ours cynique et dĂ©sabusĂ© OnĂ©guine, l’incandescente diva austrorusse Anna Netrebko. Velours ample et voluptueux, sur les traces de Mirella Freni, la soprano a tout pour emporter le caractĂšre conçu par TchaĂŻkovski entre amertume, solitude, dignitĂ©. De la jeune femme ivre et tendre, amoureuse : celle de la lettre, Ă  l’Ă©pouse mariĂ©e par devoir et dignitĂ©, la cantatrice incarne toutes les nuances d’une fĂ©minitĂ© complĂšte, ardente et palpitante. On se souvient que les premiĂšres reprĂ©sentations pour l’ouverture de la saison 13-14 avaient Ă©tĂ© marquĂ©es par les manifestations antiPoutine du groupe Queer Nation, pour fustiger les mesures antigay du prĂ©sident russe dont sont proches Gergiev et la soprano vedette.

Le spectacle a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2011 en Grande-Bretagne et met en avant une lecture trĂšs classique de l’opĂ©ra dans ses costumes et dĂ©cors XIXĂšme qu’aucun regard dĂ©calĂ© ne vient perturber. Pour autant, malgrĂ© son classicisme de mise, parfois banal, le dispositif permet de se concentrer sur les chanteurs, tous parfaitement investis pour faire monter le baromĂštre. la cohĂ©rence du plateau, sur le plan vocal assure la rĂ©ussite globale du spectacle : Netrebko affiche une sensualitĂ© radieuse, celle d’une amoureuse sincĂšre, loyale, encore pleine de fraĂźcheur Ă  l’acte I. Puis, la femme mariĂ©e dĂ©ploie un large ambitus avec toujours les couleurs et le velours d’un timbre somptueux. Mais plus que l’Ă©rotisme du timbre fĂ©minin, c’est la justesse de l’intonation entre sincĂ©ritĂ© et passion qui trouble le plus.

D’autant que l’OnĂ©guine du baryton Mariusz Kwiecien, soigne lui aussi l’Ă©lĂ©gance chambriste  du chant, Ă©clairant les blessures secrĂštes qui fondent son personnage solitaire, secret, d’une pudeur philantropique maladive. Parfois Ă©trangement glacial, parfois d’une tendresse farouche. Eclatant, parfois trop claironnant, c’est Ă  dire pas assez nuancĂ©, Piotr Beczala attire nĂ©anmoins et lĂ©gitimement, tous les regards sur son Lenski, intense, stylĂ©, dĂ©chirant. Pour autant, nous avons encore en tĂȘte l’envoĂ»tante fusion du couple Fleming/Hvorostovsky dans la mise en scĂšne de Carsen, production prĂ©cĂ©dente, sommet thĂ©Ăątral depuis 1997. Pas sĂ»r que celle-ci ne la fasse oublier : la vision scĂ©nique et drammaturgique n’est pas aussi raffinĂ©e et mordante que celle de Carsen. DiffĂ©remment Ă  la production scĂ©nique originelle, le film vidĂ©o en plans rapprochĂ©s soignĂ©s sait compenser le manque de sentiments parfois exposĂ©s par une mise en scĂšne trop classique. Autant dire que ce dvd mĂ©rite le meilleur accueil, en dĂ©pit de nos infimes rĂ©serves : la passion destructrice s’accomplit ici, dans le pur respect de la lyre tchaĂŻkovskienne.

Tchaikovsky: Eugene Oneguine. Mariusz Kwiecien (Onegin), Anna Netrebko (Tatyana), Piotr Beczala (Lensky), Oksana Volkova (Olga), Alexei Tanovitski (Gremin). Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet, Valery Gergiev, direction. Deborah Warner, mise en scÚne.  2 dvd 073 5114 Deutsche Grammophon.

La Belle au Bois Dormant (Tchaikovski, Petipa)

The Sleeping Beauty main image-1CinĂ©ma. Tchaikovski : La Belle au Bois dormant, Marius Petipa. Le 19 mars 2014, 20h15. La saison d’opĂ©ras et de ballets au cinĂ©ma et en direct du Royal Opera House se poursuit avec le mercredi 19 mars 2014 Ă  20h15, le ballet La Belle au Bois Dormant, chorĂ©graphie de Marius Petipa, diffusĂ©, en direct depuis Londres, dans 120 salles de cinĂ©mas en France.La Belle au Bois Dormant est le symbole mĂȘme du ballet classique et cette version reste fidĂšle Ă  l’acadĂ©misme classique de Marius Petipa, français installĂ© en Russie (en 1847), fondateur Ă  Saint-PĂ©tersbourg de l’école russe de danse. Son pĂšre et son frĂšre sont danseurs et maĂźtre de ballet. Avant de rejoindre la Russie, Marius devient danseur Ă©toile Ă  Nantes, Paris, Bordeaux : il est l’élĂšve du virtuose Auguste Ventris et danse avec la vedette Carlotta Grisi, modĂšle de la ballerine romantique. A Saint-PĂ©tersbourg, il est d’abord danseur du ThĂ©Ăątre ImpĂ©rial et devient en 1862, chorĂ©graphe en chef. Ses premiers chefs d’oeuvres immĂ©diatement acclamĂ©s sont La Fille de Pharaon (d’aprĂšs Le roman de la momie de ThĂ©ophile Gautier).

En 1869, il est premier maĂźtre de ballet, dirigeant une troupe de 250 danseurs. De 1855 Ă  1887, Petipa est aussi directeur de l’Ecole impĂ©riale de danse. S’appuyant sur une technique impeccable, le chorĂ©graphe approfondit l’expressivitĂ© de la danseuse, plaçant la pantomime au centre du dramatise chorĂ©graphique. Les ballets ne sont uniquement une vitrine de bravoure et de performance en tout genre, il s’agit aussi de drame ayant leur propre profondeur et une nouvelle couleur psychologique. Alors relĂ©guĂ©s Ă  de simple fonction de porteurs, les danseurs conquiĂšrent grĂące Ă  Petipa, une importance nouvelle, Ă©quilibrant alors l’action, jusque lĂ  faire valoir des performance de la premiĂšre ballerine. Petipa approfondit et perfectionne son style sur les musiques de divers compositeurs : Minkus (Don Quichotte, BolchoĂŻ, 1869 ; La BayadĂšre, nouveau thĂ©Ăątre Mariinski de Saint-PĂ©tersbourg, 1877). C’est cependant Piotr Illyitch Tchaikovski qui reste son compositeur de prĂ©dilection : leur entente artistique relĂšve du miracle mĂȘme comme en tĂ©moigne la rĂ©ussite de nombreux ballets : la Belle au bois dormant (1890), ouvre une trilogie exceptionnelle oĂč Ă  l’élĂ©gance technique que requiert le style Petipa rĂ©pond le gĂ©nie mĂ©lodique et l’instrumentation raffinĂ©e de TchaĂŻkovski ; puis se sont les deux ballets Casse-Noisette (1892) et le Lac des cygnes (1895).

Petipa synthĂ©tise l’art classique acadĂ©mique et le romantisme passionnĂ©. Son souci de vraisemblance dramatique, le partage des rĂŽles importants entre danseurs et danseuses apportent un nouveau souffle Ă  l’art chorĂ©graphique Ă  son Ă©poque. Ayant fait ses adieux en 1904, Petipa laisse un hĂ©ritage exceptionnellement riche auquel s’abreuvent tous les chorĂ©graphes aprĂšs lui. C’est Ă  Petipa que Giselle, ballet romantique par excellence, doit d’ĂȘtre ressuscitĂ©. Rodolf Noureev disciple de Petipa souligne l’apport de son maĂźtre : libertĂ© du corps maĂźtrisĂ©, geste poĂ©tique, allure porteuse de l’idĂ©e. Avec Petipa, la danse devient un art majeur; il fusionne technicitĂ© et sensibilitĂ©. Une combinaison magicienne que toutes les troupes ambitionnent aujourd’hui de perpĂ©tuer.

Distribution :
PRINCESSE AURORE – Sarah Lamb
PRINCE DESIRE – Steven McRae
MUSIQUE – Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
CHOREGRAPHIE – Marius Petipa
CHEF D’ORCHESTRE – Valeriy Ovsyanikov
DECORS – Oliver Messel
PRODUCTION – Monica Mason & Christopher Newton –
INTRIGUE :
Le ballet commence par un prologue d’une vingtaine de minutes, oĂč l’on cĂ©lĂšbre le baptĂȘme de la princesse Aurore. La fĂ©e des Lilas amĂšne avec elle six autres fĂ©es qui lui promettent toutes les perfections et les bonheurs. Mais paraĂźt la mĂ©chante fĂ©e Carabosse qui reproche au roi de ne pas l’avoir invitĂ©e Ă  la fĂȘte. Pour se venger, elle jette un sort terrible Ă  Aurore ; celle-ci se piquera le doigt avec une aiguille et mourra. Mais la fĂ©e des Lilas attĂ©nue le mauvais sort : la princesse ne mourra pas, elle s’endormira pour cent ans
 un prince pourra dĂ©senvoĂ»ter la jeune femme par un baiser libĂ©rateur

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Lire notre dossier La Belle au bois dormant, Sleeping Beauty de Tchaikovski, chorégraphie de Matthew Bourne

Lire notre article sur La Belle au bois dormant, chorégraphie de Yuri Grigorovitch

CD. Tchaikovski : Symphonie n°6 ” PathĂ©tique ” (Chung, 2013)

CD. Tchaikovski : Symphonie n°6 ” PathĂ©tique ” (Chung, 2013). A la tĂȘte du Seoul Philharmonique, Chung dirige comme traversĂ© et transportĂ© par l’urgence subjective fortement autobiographique de la partition. Entre la premiĂšre sous la direction de l’auteur (Saint-PĂ©tersbourg le 16 octobre 1893), accueillie froidement (la baguette de TchaĂŻkovski n’a jamais Ă©tĂ© trĂšs convaincante) et sa reprise sous la direction toute autre de Napravnik, qui apporte le succĂšs, TchaĂŻkovski s’Ă©teint probablement sous la pression d’un scandale liĂ© Ă  sa vie intime. Suicide ou empoisonnement, nul ne le saura peut-ĂȘtre jamais mais cette 6 Ăšme dite ” PathĂ©tique ” est davantage, un Requiem symphonique composĂ©e dans les affres et les vertiges paniques d’une dĂ©route personnelle. S’y dĂ©verse tel un flot Ă©ruptif d’une solennitĂ© toute martiale et pleine de panache la rĂ©sistance aussi d’un homme atteint, viscĂ©ralement inscrit dans le dĂ©sespoir. L’opus 74 est dĂ©diĂ© Ă  son neveu Vladimir Davydov, sa bouĂ©e de sauvetage dans l’une des pĂ©riodes les plus tourmentĂ©es et difficile de sa vie.

chung_tchaikovski_seoul-philharmonic-pathetique-symphonie-deutsche-grammophonLa direction de Chung sait ĂȘtre nerveuse, prĂ©cise, d’un panache et d’un style soignant toujours la transparence. Aucune lourdeur dans l’Ă©noncĂ© fut-il profond et grave voire funĂšbre; l’expression tendre, ivre, dĂ©sespĂ©rĂ© du fatum se dĂ©veloppe ici, mais avec un tel souffle que l’on sent constamment d’une Ă©ruption croissante dont l’essor se fait expiation et dĂ©livrance. Les Ă©preuves, l’aspiration Ă  l’apaisement dĂ©chire des larmes (course Ă  l’abĂźme d’une inexorable impuissance progressive : superbes appels des trombones) et fonde le mystĂšre spirituel d’une symphonie la derniĂšre sous la plume de son auteur, parmi les plus introverties et les plus pudiques jamais Ă©crites. La modernitĂ© du dernier morceau, pas allegro triomphal mais adagio brumeux suspendu est une innovation reliĂ©e aux intentions intimes dont nous avons parlĂ©es et qui annonce dĂ©jĂ  le dĂ©roulement lui aussi si personnel et autobiographique des symphonies de Mahler.

Requiem symphonique

MĂȘme superbe ambivalence gouffre cosmique d’essence tragique et menaçant / retenue pudique personnelle dans la valse Ă  5 temps de l’allegro con grazia. Le troisiĂšme mouvement est restituĂ© Ă  son jaillissement primaire d’essence dyonisiaque, derniĂšre exposition de la science de verve et de vitalitĂ© dont est capable l’extraordinaire TchaĂŻkovski quand il ne cĂšde pas aux failles de son pessimisme. Quant au voile funĂšbre que le compositeur semble dĂ©poser sur sa propre figure Ă  la fin de l’adagio final, Chung en restitue le caractĂšre inĂ©luctable, aĂ©rien, d’une tendresse Ă  la fois amĂšre mais rĂ©signĂ©e. Ici, le compositeur dĂšs le dĂ©but, semble avoir traversĂ© le miroir et sa conscience nous dĂ©livre le plus dĂ©chirant des adieux.

FidĂšle Ă  ses superbes lectures avec le Philharmonique de Radio France, Myung-Whun Chung qui recherche toujours la fusion mystique : orchestre, public, creuse l’introspection dĂ©sespĂ©rĂ©e, hautement spirituelle du tissu sonore (tempo trĂšs ralenti du IV). En sachant Ă©vacuer la thĂ©ĂątralitĂ© sirupeuse avec laquelle on l’enrobe parfois, le chef corĂ©en comme inspirĂ© par un orchestre proche de ses racines, transmet ici une vision Ă  la fois, active, investie, souvent d’une distance qui mĂȘle pudeur et Ă©lĂ©gance (allant et prĂ©cision rythmique du scherzo qui semble Ă©chapper Ă  l’appel du gouffre si prĂ©sent dans les I et IV). En somme, un ton et un style idĂ©alement en harmonie avec la personnalitĂ© de TchaĂŻkovski. En liaison avec les Ă©vĂ©nements tragiques marquant la genĂšse et le contexte de crĂ©ation de l’oeuvre, Chung sait aussi nourrir sa lecture d’une indiscutable langueur tragique, un repli propice Ă  l’Ă©loquence du silence. Personnelle et d’un hĂ©donisme mesurĂ©, la direction est d’une remarquable force de conviction. Bel accomplissement entre le chef et les musiciens.

Piotr Illytich Tchaikovsky (1840-1893) : Symphony No. 6 “PathĂ©tique”. Rachmaninov: Vocalise. Seoul Philharmonic Orchestra. Myung-Whun Chung, direction. 1 cd Deutsche Grammophon 4764902. Parution annoncĂ©e le 24 fĂ©vrier 2014.

Tchaikovski: La Belle au bois dormant, Bolchoi 2011

Noureev_belle_bois_dormantArte. TchaĂŻkovski: La Belle au bois dormant. BolchoĂŻ, 2011. Le 23 fĂ©vrier 2014,23h20.  BolchoĂŻ: la belle ressuscitĂ©e. Pour la rĂ©ouverture du thĂ©Ăątre mythique en novembre 2011, toutes les Ă©quipes locales rĂ©alisent un morceau de bravoura du rĂ©pertoire, le ballet de TchaĂŻkovski, La Belle au bois dormant: Aurore, princesse nouvellement nĂ©e, reçoit l’hommage des fĂ©es de tout le royaume (Ă  l’époque de Florestan XIV
). C’était comptĂ© sans l’irruption de l’ignoble Carabosse (son arrivĂ©e tĂ©nĂ©briste sur les accents grimaçants des clarinettes/bassons), qui vexĂ©e de n’avoir pas Ă©tĂ© conviĂ©e, maudit le bambin dans ses langes, la condamnant Ă  l’inĂ©luctable mort Ă  ses 16 ans
 Heureusement, la bonne fĂ©e des Lilas retardataire peut adoucir l’envoĂ»tement sans l’annuler: Aurore se piquera au doigt mais s’endormira pour 100 ans
 Au terme desquels, le prince charmant la rĂ©veillera, dĂ©sensorcelant par lĂ  mĂȘme tout le royaume
 FĂ©erie des costumes, somptuositĂ© des dĂ©cors qui convoquent l’esprit du Grand SiĂšcle français (XVIIĂšme, l’époque de Charles Perrault), surtout perfection des ensembles comme des solistes, la nouvelle production de La Belle au bois dormant version BolchoĂŻ 2011, est une rĂ©ussite. Au sommet de la distribution dans le rĂŽle d’Aurore: l’étoile Svetlana Zakharova.; et dans la fosse, chef (Pavel Klinitchev) et orchestre s’impliquent avec une nervositĂ© souvent expressionniste. TchaĂŻkovski sait nous transmettre et le souffle de l’action tragique et hĂ©roĂŻque, et la grandeur du Baroque Français (dans les dĂ©cors l’oeil avisĂ© dĂ©tecte de nombreuses rĂ©fĂ©rences aux peintres dont les ports de Claude Lorrain
 oĂč les perspectives thĂ©Ăątrales Ă  la BĂ©rain composent un subtil Ă©crin pour les grilles dorĂ©es dans le style versaillais). Les personnages de pur thĂ©Ăątre (le Roi, Carabosse
) sont incarnĂ©s avec un sens de la composition; faire valoirs efficaces pour les rĂŽles dansĂ©s dont triomphent la fĂ©e des lilas et surtout Aurore
 L’école de danse russe paraĂźt ici dans toute sa splendide incarnation: de la froideur voire de l’arrogance, mais une technicitĂ© Ă©vidente? Pour autant est ce suffisant? MalgrĂ© la prĂ©cision gestuelle et le sens de la pose, il y manque souvent la grĂące des danseurs Ă©toiles français de l’OpĂ©ra national de Paris
 Mais ne boudons pas notre plaisir: incontournable spectacle de 2h15mn.

Tchaïkovski. La Belle au Bois dormant, Ballet enregistré au Théùtre Bolchoï. Le célÚbre ballet de Marius Petipa participe à la saison de réouverture du mythique Bolchoï, dans une chorégraphie de Yuri Grigorovich, directeur artistique et chorégraphe du Bolchoï de 1964 à 1995. La chorégraphie est ici recréée dans une version nouvelle. Le rÎle de la princesse Aurore est dansé par la jeune étoile Svetlana Zakharova. Les décors sont signés Ezio Frigerio et les costumes, Franca Squarciapino, deux orfÚvres de la féérie visuelle.

arte_logo_2013Arte, dimanche 23 février 2014 à 23h20. Tchaïkovski : La Belle au bois dormant
Production du BolchoĂŻ, novembre 2011

Compte rendu, concert. Paris. Théùtre des Champs Elysées, le 8 janvier. Philharmonia Orchestra. Vladimir Ashkenazy, direction. Vadim Repin, violon. 

TchaikovskiLe ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es marque le dĂ©but de 2014 avec deux concerts dĂ©diĂ©s Ă  Tchaikovsky. Le pianiste et chef d’orchestre Vladimir Ashkenazy dirige le Philharmonia Orchestra, ce soir accompagnĂ©s du violoniste virtuose Vadim Repin. Vladimir Ashkenazy est une des figures de la musique classique qui n’a pas besoin de prĂ©sentation. En tant que pianiste subtil, ses enregistrements de la musique russe sont nos favoris intemporels, mais pas seulement. Son art s’exprime avec autant de cƓur dans les concertos de Mozart (enregistrĂ©s avec le Philharmonia Orchestra dirigĂ© au piano), ou encore Brahms. Il s’initie Ă  la direction d’orchestre pendant l’essor de sa carriĂšre pianistique, et se partage toujours entre la direction d’orchestre et le piano, pour le grand bonheur de ses admirateurs.

Tchaikovsky Ă  fleur de peau, ma non troppo…

D’abord le cĂ©lĂšbre poĂšme symphonique intitulĂ© RomĂ©o et Juliette : Ouverture-fantaisie. La piĂšce d’une vingtaine de minutes commence avec une tension particuliĂšre sous la baguette d’Ashkenazy. Si nous trouvons les cordes du Philharmonia plutĂŽt lĂ©gĂšres (et pas forcĂ©ment brillantes), la performance des vents est, elle, rĂ©vĂ©latrice. Les cuivres sont puissants comme attendues et les bois, vraiment prodigieux. Le thĂšme d’amour gĂ©nĂ©rique de l’opus interprĂ©tĂ© avec candeur par le cor anglais et la flĂ»te est d’une beautĂ© redoutable. Nous remarquerons Ă©galement les percussions, assez sollicitĂ©es et toujours Ă  la belle prĂ©sence.
Ensuite vient le non moins cĂ©lĂšbre Concerto pour violon et orchestre en rĂ© majeur op. 35, avec le soliste virtuose Vadim Repin. DĂšs l’allegro moderato initial nous sommes sensibles Ă  la sonoritĂ© de l’instrument. L’interprĂ©tation est cependant riche en curiositĂ©s. Le tempo est un peu ralenti mais Repin accĂ©lĂšre pendant certains moments pyrotechniques, peut-ĂȘtre dans le but de rĂ©affirmer sa technique … excellente. Pourtant, l’effet est plus extravagant qu’extraordinaire. Il compense avec une cadence brillante et musicale (bien heureusement). La canzonetta qui suit est tout Ă  fait charmante. La performance du soliste correcte mais superficielle. Le Philarmonia sous la direction d’Ashkenazy accompagne avec un mĂ©lange d’Ă©lĂ©gance et caractĂšre. Chef et orchestre sont davantage prĂ©sents dans l’allegro vivacissimo qui clĂŽt le concerto. Il s’agĂźt du mouvement le plus rĂ©ussi et Ă©quilibrĂ© entre le soliste et l’orchestre, mais nous avons toujours l’impression que Vadim Repin, ce soir en tout cas, a trĂšs peu de nuances dans son jeu. Et ce malgrĂ© les interventions sur le tempo. Le public est tout de mĂȘme conquis par la musique de Tchaikovsky : il remplit la salle de bravos et d’applaudissements. Vadim Repin s’est peut-ĂȘtre rendu compte lui-mĂȘme que son interprĂ©tation n’a pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur de son talent et de sa trajectoire ; il dĂ©cide de ne pas faire de bis, contre l’ardent dĂ©sir de l’auditoire.

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AprĂšs l’entracte , place au point d’orgue de la Symphonie n°4 en fa mineur op.36. Pour le compositeur cette symphonie est une imitation de la CinquiĂšme de Beethoven, pas dans la forme mais dans le fond, c’est-Ă -dire l’apprĂ©hension du destin. Les deux compositeurs n’ont pas la mĂȘme vision ni la mĂȘme attitude envers le destin, certes, mais c’est ici, dans le premier mouvement, qu’apparaĂźt le thĂšme du destin. Le mouvement commence avec une fanfare aussi fĂ©roce que mĂ©lancolique. L’effet est trĂšs puissant. Les cordes pleines de brio sont exaltantes, les bois toujours Ă  la vive candeur. Ashkenazy nous offre une version magistralement nuancĂ©e, faisant preuve de brio et de sensibilitĂ© pendant les 4 mouvements. Le deuxiĂšme est d’une beautĂ© paisible non sans une grande nostalgie. Le troisiĂšme aux cordes jouant exclusivement en pizzicato a quelque chose de mondain et populaire, qui rappelle aussi Mahler. Dans le Finale, nous retrouvons le thĂšme du destin transfigurĂ©, vĂ©ritable tour de force instrumental, interprĂ©tĂ© de façon maestosa et avec panache par les musiciens du Philharmonia. Fortement ovationnĂ©s, ils nous offrent un bis inattendu : Snowdrop du recueil pour piano solo de Tchaikovsky « Les saisons », dans un arrangement pour grand orchestre rĂ©alisĂ© par l’un des instrumentistes. Un bis dĂ©licieux, oĂč la belle clarinette se distingue, trĂšs prĂ©sente et enchanteresse.

Ainsi se termine la série des deux concerts Tchaikovsky du Philharmonia Orchestra au Théùtre des Champs Elysées, sous la baguette toujours animée, chaleureuse de Vladimir Ashkenazy.

Illustration : Vladimir Ashkenazy © Sasha Gusov/Decca

Compte-rendu : Paris. Salle Pleyel, le 29 mai. Hartmann, TchaĂŻkovski … Orchestre de Paris. Christophe Eschenbach, direction. Matthias Goerne, baryton.

Matthias Goerne portraitLa Salle Pleyel accueille l’Orchestre de Paris. InvitĂ© vedette, le baryton allemand Matthias Goerne pour un programme d’une bouleversante intensitĂ©. Le chef Christophe Eschenbach dirige les musiciens dans une oeuvre mĂ©connue du compositeur allemand Karl Amadeus Hartmann et dans la 5e symphonie de TchaĂŻkovsky.

La scĂšne chantĂ©e pour baryton et orchestre (1964) de Karl Amadeus Hartmann est la mise en musique d’un monologue extrait de la piĂšce de Jean Giraudoux “Sodome et Gomorrhe”. Compositeur mĂ©connu en France, il a Ă©tĂ© l’Ă©lĂšve de Webern, et ce malgrĂ© le fait qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  un compositeur cĂ©lĂšbre en Allemagne. La composition fait appel Ă  un trĂšs grand orchestre, une vĂ©ritable occasion pour les instrumentistes de l’Orchestre de Paris. Hartmann crĂ©e des timbres inouĂŻs, interprĂ©tĂ©s avec maestria sous la direction d’Eschenbach. L’oeuvre est d’une puissance dramatique indĂ©niable et l’influence de Webern Ă©vidente. Le solo de flĂ»te qui ouvre la piĂšce est d’une beautĂ© apocalyptique. Matthias Goerne, lui, chante l’apocalypse et devant son immense talent et sa sensibilitĂ© de braise, nous ne pouvons qu’ĂȘtre admiratifs. Il passe de l’arioso Ă  la langue parlĂ© puis au rĂ©citatif et s’approche de l’air… Le tout avec un engagement Ă©motionnel qui bouleverse. L’interprĂšte fait preuve non seulement d’une inflexion parfaite de la langue allemande (dommage que la salle n’ait offert de sous-titres), mais aussi d’un registre aigu crĂ©meux et d’un grave saisissant. Il chante la fin du monde et nous mourons avec lui… de beautĂ©, tout simplement. Si le public semble lĂ©gĂšrement dĂ©rangĂ© par la modernitĂ© de la piĂšce, il n’est surtout pas insensible au talent du chanteur qui reçoit les plus chaleureux applaudissements.

Ensuite vient la Symphonie n° 5 en mi mineur op. 64 de TchaĂŻkovsky. DĂšs le dĂ©but, l’orchestre rayonne dans le langage romantique du gĂ©nie russe. Les vents impressionnent particuliĂšrement au premier mouvement.

L’andante cantabile qui suit est l’occasion pour les cordes de rayonner, avec une prestation de grande beautĂ©, pendant que les cuivres jouent avec une prĂ©cision superbe et une certaine virilitĂ©. Le mouvement d’une beautĂ© mĂ©lodique particuliĂšre est lĂ©ger mais avec tant de sentiment qu’il paraĂźt profond. Au troisiĂšme mouvement, nous retrouvons le TchaĂŻkovsky des ballets qu’on aime tant. L’orchestre joue le mouvement final avec beaucoup de brio et un entrain tout Ă  fait appassionato, les vents immaculĂ©s, les cordes expressives… Le tout d’une fureur impressionnante.

Nous sortons contents de la Salle Pleyel, d’abord grĂące Ă  la dĂ©couverte et Ă  l’entrĂ©e au rĂ©pertoire de l’oeuvre de Hartmann, mais aussi par l’investissement et l’engagement des musiciens. Nous avons le souvenir apocalyptique mais savoureux d’un Matthias Goerne que nous aimerions voir plus souvent en France, et celui grandiose de la sentimentalitĂ© exquise de la 5e symphonie de TchaĂŻkovsky merveilleusement jouĂ©e.

Paris. Salle Pleyel, le 29 mai. Hartmann, TchaĂŻkovski … Orchestre de Paris. Christophe Eschenbach, direction. Matthias Goerne, baryton.

Nouvel Onéguine à Montpellier

oneguine_eugene_tchaikovskiMontpellier : EugĂšne OnĂ©guine de TchaĂŻkovski.Les 17, 19, 21 janvier 2014, 15h ou 20h. OpĂ©ra Berlioz / Le Corum. EugĂšne OnĂ©guine est l’un des opĂ©ras les plus bouleversants du romantisme russe. L’indiffĂ©rence du dandy EugĂšne, la fragilitĂ© de Tatiana, la douceur d’Olga, la priĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e de Lenski n’ont jamais cessĂ© d’émouvoir. AdaptĂ©e par Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (dont la musique est trĂšs prĂ©sente tout au long de la saison 2013-2014 Ă  Montpellier),l’Ɠuvre de Alexandre Pouchkine en 1832, conserve toute sa cruautĂ©, son cynisme glaçant qui cependant en fin d’action laisse aux protagonistes, le sentiment d’un immense Ă©chec (surtout pour le solitaire et fier OnĂ©guine) et d’une amertume partagĂ©e. AprĂšs Janàček et La Petite renarde rusĂ©e en 2012, Marie-Eve Signeyrole propose sa lecture des Ă©mois amoureux de la jeune Tatiana.

 

TchaĂŻkovski
EugÚne Onéguine, 1879
Opéra (scÚnes lyriques) en trois actes et 7 tableaux

Livret russe de Constantin Chilovsky et du compositeur, d’aprĂšs le roman Ă©ponyme d’Alexandre Pouchkine‹CrĂ©Ă© au Petit ThĂ©Ăątre du CollĂšge ImpĂ©rial de musique (ThĂ©Ăątre Maly), Ă  Moscou, le 29 mars 1879
Nouvelle production

 

 

 


Mourir d’amour ou vivre d’ennui ?

 

Ici, les deux ĂȘtres portraiturĂ©s par TchaĂŻkovski se murent dans une insatisfaction maladive : ce sont deux inadaptĂ©s frappĂ©s d’inertie clinique. Ils s’ennuient Ă  en mourir et mĂȘme si leur rencontre fait espĂ©rer l’inimaginable (pour Tatiana), OnĂ©guine demeure impassible, comme handicapĂ©, dans l’impossibilitĂ© Ă  aimer.
Dans la mise en scĂšne proposĂ©e Ă  Montpellier, l’action s’inscrit Ă  l’Ă©poque contemporaine, entre 1999 et 2003, pendant la perestroĂŻka, oĂč les nouveaux riches tel OnĂ©guine, s’enrichissent sous la prĂ©sidence de Boris Eltsine… face Ă  cet oligarque arrogant, la famille de Tatiana, les Larinas, sont des petits propriĂ©taires rassemblĂ©s dans un immeuble collectif ou appartements communautaires Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Kommunalka) : les Larinas vivent frustrement (entassĂ©s Ă  20 dans un espace rĂ©duit) mais ils condamnent les mƓurs occidentales et rĂȘvent au retour de l’ancien empire russe…  Peu Ă  peu, OnĂ©guine rachĂšte les parcelles, scrute les faits et gestes de ses voisins pour rompre ses longues heures d’oisivetĂ©. Il observe, froidement comme un vieux loup solitaire, coupĂ© de toute passion, murĂ© dans sa solitude cynique et glaciale. Pour la metteure en scĂšne Marie-Eve Signeyrole : OnĂ©guine n’est pas l’histoire d’un amour au dĂ©calage fatal ou mal synchronisĂ© ; c’est plutĂŽt l’histoire d’un homme qui ne peut pas aimer ni vivre. Qui prĂ©fĂšre mourir plutĂŽt que d’aimer. Un anti romantique. Un maudit pour lequel il n’y a aucune issue. Au final, OnĂ©guine ne serait-il pas le miroir de TchaĂŻkovski lui-mĂȘme ? On sait que la composition de l’opĂ©ra est simultanĂ©e Ă  son mariage, fiasco intime sur toute la ligne et qui laisse l’homme dĂ©truit, en rien apaisĂ© car son homosexualitĂ© tenue secrĂšte fut la source de terrible blessure : Piotr Illyitch connut les affres d’une identitĂ© jamais respectĂ©e Ă  son Ă©poque. Terrifiante hypocrisie qui a profondĂ©ment marquĂ© son existence toute entiĂšre.
La représentation du dimanche 19 janvier 2014 sera donnée en audiodescription pour les personnes déficientes visuelles.

TchaĂŻkovski : Le Lac des Cygnes (Noureev, 1984)

cygnes_lac_noureev_tchaikovskiARTE. TchaĂŻkovski: le Lac des cygnes, le 29 dĂ©cembre 2013, 16h55. AchevĂ©e en 1876, la partition du ballet Le Lac des Cygnes de Tchaikovski tĂ©moigne de la volontĂ© du compositeur de confĂ©rer au ballet, une ampleur et un raffinement symphonique. S’inspirant des compositeurs spĂ©cialisĂ©s comme Adam (Giselle), Delibes (Coppelia) dont il connaĂźt le gĂ©nie mĂ©lodique, TchaĂŻkovski apporte un souffle Ă©pique et tragique inĂ©dit au ballet romantique.

 

 

Le premier ballet symphonique russe

 

 

noureev_lac_cygnes_rudolf_noureevLe Lac des cygnes est le premier ballet du musicien russe qui Ă©crira ensuite Casse Noisette et La Belle au bois dormant avec une cohĂ©rence renforcĂ©e. A l’Ă©poque du Lac, le chorĂ©graphe pressenti Julius Reisinger, plutĂŽt classique et conservateur, ne travaille pas avec le compositeur : il est mĂȘme dĂ©concertĂ© par la modernitĂ© de la partition, son ampleur et son trop grand raffinement orchestral. Sans ĂȘtre un Ă©chec, la crĂ©ation de 1877 au BolchoĂŻ, reste une humiliation pour Tchaškovski, certainement trop en attente.
Les reprises au dĂ©but des annĂ©es 1880 confirme l’impact du Lac auprĂšs des spectateurs. AprĂšs la mort de Piotr Illiytch (1893), la nouvelle chorĂ©graphie signĂ©e Petipa (et son adjoint Ivanov) en 1895 apporte un nouveau souffle au premier ballet symphonique russe.

Noureev chorégraphe
RĂȘve-cauchemar entre fantastique et fĂ©erie

La version de Noureev conçue en 1984 pour l’OpĂ©ra de Paris souligne la caractĂšre hautement tragique du ballet : l’impuissance du prince Siegfried, la malĂ©diction du magicien Rothbart contre Odette, emprisonnĂ©e dans son corps de cygne.  La figure noire d’Odile offre aussi un contrepoint trĂšs dramatique (solo, duos et trios au III) Ă  l’intrigue. Noureev imagine Siegfried, possĂ©dĂ© par ses rĂȘves et fantasmes oĂč l’idĂ©al fĂ©minin reste inaccessible. Seul, dĂ©truit, vaincu par Rothbart en fin d’action, Siegfried tend une main impuissante face au spectacle des deux amants rĂ©ellement rĂ©unis : Odile qui l’a trompĂ© et Rothbart qui s’Ă©lĂšvent, libĂ©rĂ©s, dans le ciel…
C’est l’une des lectures du ballet les plus cohĂ©rentes et les plus captivantes. Elle s’inscrit mĂȘme dans le drame intime du compositeur qui homosexuel dĂ©chirĂ© a voulu croire dans l’espoir d’un mariage vouĂ© Ă  l’Ă©chec. De fait, TchaĂŻkovski ne se remettra jamais rĂ©ellement de ses noces ratĂ©es qui dĂ©bouche sur une course aux abĂźmes… Odile le cygne blanc incarne une union rĂȘvĂ©e qui lui est interdite. Et dans la vision de Noureev, le prince ne peut que finir fou en fin d’action. EpurĂ© des figures non efficaces, rĂ©Ă©crit en particulier pour les solos des figures masculines (Siegfried et Rothbart), Le Lac version Noureev raconte un rĂȘve (les 2 tableaux des 32 cygnes blancs sur le lac : deux tableaux blancs qui synthĂ©tisent la tradition des tableaux illusoires Ă  la fois fantastiques et fĂ©eriques, au I et au III), rĂȘve qui tourne au cauchemar et Ă  la folie. La figure du prince est fatalement passive et impuissante : c’est la confession pour TchaĂŻkovski de la fatalitĂ© Ă  laquelle il se soumet malgrĂ©. C’est la clĂ© tragique de toute son oeuvre, perceptible dans la dramaturgie de ses opĂ©ras (OnĂ©guine) et de ses Symphonies.
 
TchaĂŻkovski
Le lac des Cygnes
1877, version Noureev, 1984

Arte, dimanche 29 décembre 2013, 16h55
OpĂ©ra de Paris, 2011 avec JosĂ© Martinez, Karl Paquette, AgnĂšs Letestu dans les rĂŽles de Siegfried, Rothbart, Odile/Odette…). La version diffusĂ©e par Arte ne rĂ©unit pas la meilleure distribution possible Ă  Paris : certes les trois solistes ne manquent pas d’Ă©lĂ©gance ni de technique mais la virtuositĂ© souvent froide et mĂ©canique de Martinez et de Letestu n’empĂȘchent pas un caractĂšre dĂ©sincarnĂ© qui ĂŽte Ă  la vision essentiellement passionnĂ©e et introspective de Noureev sa troublante attractivitĂ©. De toute Ă©vidence, on attend une distribution plus fulgurante.

  

Compte rendu, ballet. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 5 dĂ©cembre 2013. « La Belle au bois dormant ». Rudolf Noureev / Nureyev, chorĂ©graphie et mise en scĂšne (d’aprĂšs Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio

Le Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris revisite le grand ballet classique La Belle au bois dormant, dans la somptueuse production de Rudolf Nureev d’aprĂšs Petipa crĂ©Ă©e en 1989 et remaniĂ©e en 1997. C’est sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, un festin chorĂ©graphique luxueux et inoubliable.

 

 

ƒuvre phare de la danse classique

 

Belle au bois dormant tchaikovski noureevRudolf Nureev (1938 – 1993), phĂ©nomĂšne de la danse au XXe siĂšcle et ancien directeur du ballet de l’OpĂ©ra de Paris, entreprend Ă  la fin de sa vie de faire rentrer au rĂ©pertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillĂ© en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous dĂ©lecter dans la grandeur acadĂ©mique de ces ballets grĂące Ă  l’hĂ©ritage de Noureev. La Belle au bois dormant, deuxiĂšme ballet de Tchaikovsky et premiĂšre collaboration avec le maĂźtre de ballet Marius Petipa, est une Ɠuvre que Noureev connaissait trĂšs bien. Il s’agĂźt non seulement du premier ballet qu’il interprĂšte en France avant sa dĂ©fection, avec le ballet du Kirov (aujourd’hui Mariinsky), mais aussi le premier qu’il interprĂšte aprĂšs sa demande d’asile. Dans son souci de remonter les Ɠuvres de Petipa en Occident, il crĂ©e la Belle d’abord en Italie, au Canada, en Angleterre et puis en Autriche avant qu’elle n’arrive finalement Ă  Paris. La ville a dĂ» attendre pourtant jusqu’Ă  1997 pour une nouvelle production, dĂ©finitive, avec les somptueux dĂ©cors d’Ezio Frigerio et les bellissimes costumes de Franca Squarciapino. Ces talents concertĂ©s ont crĂ©Ă© un spectacle qui ensorcelle le public, incapable en l’occurrence de rester insensible et silencieux devant les tableaux qui s’enchaĂźnent, certes d’une immense beautĂ©.

Le ballet en un prologue et trois actes est inspirĂ© du conte de Charles Perrault. Une princesse tombe dans un sommeil inĂ©luctable Ă  cause de la mĂ©chancetĂ© d’une fĂ©e. Seule le baiser d’un prince la rĂ©veillera. La narration est mince mais riche en couleurs, s’agissant en effet d’un ballet dĂ©monstratif. Occasion parfaite pour les solistes et le corps de ballet de l’OpĂ©ra de briller dans l’Ă©criture si parfaite et si exigeante de Noureev et Petipa. Le corps de ballet offre une performance spectaculaire. Que ce soit les serviteurs de la fĂ©e Carabosse au prologue, les fileuses mignonnes ou sujets du royaume au premier acte, oĂč encore les pierres prĂ©cieuses au dernier, ils sont tous charmants et conscients des subtilitĂ©s de l’Ɠuvre… Une pantomime rĂ©ussie, une coordination impressionnante, les talents des danseurs du corps dans ce diamant de la danse classique fait rĂȘver !

Mathieu Ganio, Etoile, est le Prince DĂ©sirĂ©. Le danseur d’une noblesse et d’une Ă©lĂ©gance saisissante est probablement le meilleur prince de la compagnie. Si nous devons patienter jusqu’au deuxiĂšme acte pour le voir rentrer sur scĂšne, l’attente est sans doute bien rĂ©compensĂ©e. TrĂšs rapidement nous sommes conquis par la beautĂ© de sa ligne, sĂ©duits par son attitude aristocratique mais sensible et surtout impressionnĂ©s par la qualitĂ© de son ballon. S’il est juste un peu tremblant au pas de deux final, sa variation lente au deuxiĂšme acte (un des heureux ajouts de Noureev) est un sommet de poĂ©sie, d’expression, de tension. La nouvelle Etoile Eleonora Abbagnato est moins convaincante dans le rĂŽle de la Princesse Aurore. Nous nous demandons s’il Ă©tait peut-ĂȘtre prĂ©cipitĂ© de lui confier ce rĂŽle si technique et si difficile pour cette premiĂšre? Ses traits caractĂ©ristiques, une vivacitĂ©, un piquant Ă  la fois moderne et mĂ©diterranĂ©en, sont pourtant absents. Si elle demeure quand mĂȘme charmante pendant les trois heures de reprĂ©sentation, l’adage Ă  la rose au premier acte, un des sommets de virtuositĂ© dans l’histoire de la danse classique, est malheureusement bancal. Elle se rattrape lĂ©gĂšrement pour le pas de deux final, surtout dans sa variation, mais le couple princier est bien inĂ©gal.

Remarquons l’Oiseau Bleu de l’Etoile Mathias Heymann, avec des sauts formidables et des impeccables entrechats, ou encore le premier danseur Audric Bezard, l’or des pierres prĂ©cieuses au dernier acte. Sa performance a Ă©tĂ© exemplaire, lui aussi avec de superbes entrechats et une allĂ©chante prĂ©sence sur scĂšne. RĂ©vĂ©lation de l’annĂ©e 2014 ? Fayçal Karoui dirige l’orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris avec aisance. La magnifique partition de Tchaikovsky est interprĂ©tĂ©e de façon magistrale et enjouĂ©e.

 

 

Un vĂ©ritable cadeau pour tous les sens ! Nous invitons nos lecteurs Ă  baigner dans la grandeur de ce « ballet des ballets » encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 10, 11, 13, 15, 16, 20, 21, 23, 25, 26, 27, 28 et 29 dĂ©cembre 2013 ainsi que les 2, 3, et 4 janvier 2014.

 

 

Paris. OpĂ©ra National de Paris (Bastille), le 5 dĂ©cembre 2013. « La Belle au bois dormant » ballet en un prologue et trois actes. Rudolf Nureyev, chorĂ©graphie et mise en scĂšne (d’aprĂšs Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio, Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann, Audric Bezard… Ballet de l’OpĂ©ra. Orchestre de l’OpĂ©ra. Fayçal Karoui, direction.

 

 

Le Lac des cygnes

Le Lac des Cygnes. Arte, le 29 dĂ©cembre 2013 : 16h puis 16h55… Le docu puis le spectacle version Noureev (Ballet intĂ©gral, OpĂ©ra de Paris 2005). Arte dĂ©die une pleine soirĂ©e au chef d’oeuvre chorĂ©graphique de TchaĂŻkovski.

 

 

 

lac_cygnes_tchaikovski

 

 

 

16h : le docu
lac_cygnes_tchaikovskiTous les chorĂ©graphes les plus inspirĂ©s se sont appropriĂ©s le ballet de TchaĂŻkovski, Le Lac des cygnes. CrĂ©Ă©e en 1895, la partition et l’imaginaire visuel que permet la beautĂ© de la musique inspirent chorĂ©graphes sur scĂšne, mais aussi rĂ©alisateur et crĂ©atifs au cinĂ©ma et jusque dans la publicitĂ©. Rufold Noureev, Matthew Bourne, Mats ek, Johan Neumeier, Charles Jude, et Dada Masilo (sudafricaine) ont chacun leur propre vision du Lac et ses cygnes romantiques, vĂ©ritable feu d’artifice du ballet classique tardif.  (Documenntaire. RĂ©alisation : ChloĂ© Perlemuter, France 2013).

 

 

 

16h55 : le spectacle, le ballet intégral version Rudolf Noureev (1984)
Le lac des cygnes, version Rudolf Noureev.
Le lac des cygnes : Noureev et TchaÏkovski

Rudolf NoureevRudolf Noureev aborde comme chorĂ©graphe Le Lac des cygnes de TchaĂŻkovski dĂšs 1964 pour l’OpĂ©ra de Vienne : il connaĂźt en profondeur l’action du ballet tragique car il y a dĂ©jĂ  dansĂ© et le rĂŽle du prince Siegfried et celui de son ennemi, la manipulateur Rohtbart. Une expĂ©rience complĂšte qui s’avĂšrera salvatrice pour le Ballet parisien que le Tartare renouvelle Ă  Paris pour l’OpĂ©ra vingt ans plus tard dans les annĂ©es 1980. Auparavant, dans la Cour CarrĂ©e du Louvre, en 1973, Noureev danse le rĂŽle de Siegfried, prince noir et maudit, impuissant et rĂȘveur (un  Louis II de BaviĂšre dĂ©jĂ  avant la vision de Neumeier), mais dans la chorĂ©graphie traditionnelle de Vladimir Bourmeister et Marius Petipa : une lecture ultra classique que Noureev retrouvera Ă  Paris Ă  l’Ă©poque Liebermann et qu’il renouvellera avec la sienne propre ainsi au dĂ©but des annĂ©es 1980.
La relation de Noureev et de TchaÏkovski opĂšre comme une lien naturel d’Ăąme Ă  Ăąme ; c’est la raison pour laquelle le danseur chorĂ©graphe aime passionnĂ©ment rĂ©Ă©crire des ballets sur la musique de son confrĂšre romantique ; Pour Manfred et son action ciblant l’inceste (Paris, 1979), Noureev inspirĂ© par Byron choisit encore l’univers symphonique et tourmentĂ© de Piotr Illiytch. MĂȘme choix musical pour The Tempest d’aprĂšs Shakespeare (Londres, 1982), oĂč se taillant la part belle dans le rĂŽle de Prospero, Noureev remodĂšle avec faste et intĂ©rioritĂ© la dramaturgie shakespearienne rehaussĂ©e encore par TchaĂŻkovski.

noureev_fonteyn_lac_cygnes_1965Pour le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris, Noureev rĂ©Ă©crit Le Lac des cygnes qui fait la part belle aux tableaux collectifs (dont la totalitĂ© du corps fĂ©minin sur scĂšne, guirlande blanche et magique quand tous les cygnes sont sur scĂšne), mais aussi Ă  l’Ă©quilibre de chaque rĂŽle dont Ă©videmment les personnages masculins, redĂ©ployĂ©s. Ainsi pour les 20 ans du prince Siegfried, Ă©pris d’Odette (figure blanche) qu’il entend libĂ©rer de sa malĂ©diction car elle a Ă©tĂ© changĂ©e en cygne. Mais parmi les prĂ©tendantes choisies par sa mĂšre, se rĂ©vĂšle la perfide Odile (la noire) qui a pris les traits d’Odette grĂące aux manipulations de l’infĂąme Rothbart … Le stratagĂšme et la tromperie ont fonctionnĂ© : Siegfried demande en mariage Odile. Le gĂ©nie de Noureev (nommĂ© en 1982 directeur de la danse Ă  l’OpĂ©ra de paris) fait paraĂźtre chaque Ă©pisode avec Odette comme autant d’Ă©pisodes d’un rĂȘve et d’un idĂ©al amoureux inaccessible. Noureev a dansĂ© le rĂŽle de Siegfried, ĂȘtre ardent et insatisfait, emblĂšme du dĂ©sir romantique, dĂšs juillet 1973 dans la Cour CarrĂ©e du Louvre (ballet de Vladimir Bourmeister), avec la troupe de l’OpĂ©ra de Paris, accompagnĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s de la danseuse dĂ©butante alors Ghislaine Thesmar…  Production enregistrĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 2005.
Dans cette version, la danseuse Ă©toile incarnant Odette est aussi Odile : c’est un dĂ©fi pour l’interprĂšte que d’exprimer chacun des visages de la femme prĂ©sente ; instance manipulatrice et sĂ©duisante d’Odile ; pure icĂŽne amoureuse pour Odile. La noire, la blanche … AgnĂšs Letestu transfigure cette double prĂ©sence avec la grĂące et l’intelligence qui la caractĂ©rise. Un accomplissement au sommet de sa carriĂšre.  L’Ă©criture de Noureev si habile et esthĂ©tisante, favorisant la crĂ©dibilitĂ© du jeu de chaque danseur, le talent des danseurs parisiens font de cette production de 2005, un must absolu.
cygnes_lac_noureev_tchaikovskiChorĂ©graphie de Rudolf Noureev d’aprĂšs Marius Petipa et Lev Ivanov. Vello PĂ€hn, direction. Avec les Etoiles et le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. AgnĂšs Letestu (Odette/Odile), JosĂ© Martinez (Siegfried), Karl Paquette (Rothbart) …

 

Notre avis.
Rudolf Noureev Le docu. Superbe documentaire signĂ© ChloĂ© Perlemuter et qui doit sa valeur Ă  la richesse des illustrations visuelles oĂč se croisent les visions multiples et trĂšs complĂ©mentaires de Charles Jude, John Neumeier, Matthew Bourne ou Rudolf Noureev sur le ballet le plus cĂ©lĂšbre et le plus intime de TchaĂŻkovski. Outre la beautĂ© inĂ©puisable de la musique, c’est l’Ă©mergence subtile des Ă©pisodes de la vie du compositeur qui affleurent en maints endroits. John Neumeier peut mĂȘme avec raison souligner la conjonction entre la figure de Siegfried, prince idĂ©aliste, amoureux d’une illusion et de Louis II de BaviĂšre, lui aussi portĂ© par le mĂȘme dĂ©lire d’impuissance et d’esthĂ©tisme. A cela le chorĂ©graphe d’une rare pertinence ajoute la propre vie de TchaĂŻkovski, existence frappĂ©e par une hypocrisie fatale, celle d’une sexualitĂ© interdite, tenue secrĂšte mais qui dĂ©vore peu Ă  peu l’esprit.
Oser jouer la carte de l’autobiographie sans rien sacrifier Ă  la poĂ©sie des tableaux, voilĂ  l’une des rĂ©vĂ©lations Ă©blouissantes du docu… et l’on comprend que Le Lac des Cygnes est loin d’ĂȘtre un poncif romantique vide de sens, aride en symboles, plat en imaginaire. C’est tout l’inverse.

Le film jongle d’un chorĂ©graphe Ă  l’autre, en suivant cependant le dĂ©roulement de l’action. D’acte en acte, on comprend comment l’amour d’Odette, le cygne blanc et pur dont est amoureux Siegfried voue Ă  ce prince un rien trop naĂŻf, un amour absolu, bien supĂ©rieur Ă  son objet. Car le prince se laisse un peu trop facilement bernĂ© par Odette selon le calcul du magicien manipulateur Rothbart.
En trahissant le seul ĂȘtre qui pouvait le sauver, Siegfried partage avec son homonyme wagnĂ©rien, une impuissance virile qui le condamne dĂ©finitivement.  Ici Siegfried se montre bien indigne de l’amour que lui porte l’aimĂ©e ; comme chez Wagner, Brunnhilde Ă©prouve la trahison que lui inflige un hĂ©ros bien peu loyal…

C’est toute la signification du final de Noureev oĂč le prince seul sur terre tend vainement la main vers le ciel oĂč s’Ă©lĂšve les deux figures noires enfin triomphales, assassins du cygne blanc.

On est loin de cette tragĂ©die psychologique dans les ballets dĂ©calĂ©s de Mats Ek (1987) oĂč le suĂ©dois dĂ©tourne l’action de son dĂ©veloppement onirique et amer pour une farce souvent hystĂ©rique mais chromatiquement dĂ©jantĂ©e. MĂȘme surenchĂšre chez Matthew Bourne (1995), ballet exclusivement masculin et homoĂ©rotique  oĂč un hĂ©ritier Windsor trĂšs british se laisse enfin rĂ©conforter dans les bras d’un apollon en collant aprĂšs avoir essuyĂ© les salves agressives d’une nuĂ©e d’hommes volatiles (torses nus et en bolĂ©ro Ă  plumes) dignes des Oiseaux d’Alfred Hitchcok. L’univers visuel de Bourne a Ă©tĂ© intĂ©grĂ© dans la derniĂšre scĂšne du film Billy Eliott. Mais la vision est aussi sombre car le prince finit seul sur son immense lit royal, terrassĂ© mort  aprĂšs une nuit de transe et de possession fatale.

C’est bien la chorĂ©graphie de Neumeier pourtant datĂ©e de 1976 (une prĂ©cocitĂ© visionnaire) dĂ©jĂ  qui ici se dĂ©marque largement du lot : profondeur, justesse, subtilitĂ© des parallĂšles Louis II/TchaĂŻkovski. Le cygne blanc c’est la femme idĂ©alisĂ©e jamais ” consommĂ©e “, toujours mise Ă  distance que le compositeur a lui-mĂȘme rencontrĂ© et Ă©pousĂ©, avec le drame que l’on sait. MĂȘme aspiration radicale au rĂȘve, celui d’un prince au rĂŽle Ă©toffĂ© dans le ballet signĂ© Noureev en 1984 ; et pourtant la figure d’Odette n’en est pas pour autant diminuĂ©e, au contraire. “Tout le gĂ©nie de Noureev, ajoute Brigitte LefĂšvre, c’est d’avoir sur rendre au cygne blanc sa part fĂ©minine. Odette n’est pas seulement une figure idĂ©ale, c’est surtout une femme … “, qui souffre et palpite pendant toute la durĂ©e du ballet.

A travers la diversitĂ© des approches, Le Lac des cygnes crĂ©Ă© en 1895, Ă  la fin du siĂšcle romantique doit Ă  la complexitĂ© humaine du compositeur, sa force Ă©vocatrice, sa puissance poĂ©tique, toujours aussi vive, plus d’un siĂšcle aprĂšs sa conception.  Le propre des grands chefs d’oeuvre est leur capacitĂ© Ă  susciter de nouvelles lectures qui n’en altĂšrent ni n’usent jamais l’insondable richesse sĂ©mantique et artistique. Magistral et captivant.

 

Illustration : Rudolf Noureev et Margot Fonteyn en 1965 Ă  Vienne. Ballet de Matthew Bourne (DR)

OSRCT, Jean-Yves Ossonce : Poulenc, Wagner, TchaĂŻkovski

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours, les 23 et 24 novembre 2013

 

TchaikovskiL’OSRCT fĂȘte les 200 ans de Wagner avec Siegfried Idyll composĂ© pour l’Ă©pouse du compositeur Cosima ; mais aussi Poulenc dont 2013 marque le premier jubilĂ© de sa disparition (il y a 50 ans)…
Fondateur de l’AcadĂ©mie Francis Poulenc, le baryton François Le Roux, diseur inĂ©galable dans ce rĂ©pertoire sublime la portĂ©e poĂ©tique et linguistique des poĂšmes de Ronsard orchestrĂ©s par Poulenc.
Enfin l’orchestre tourangeau poursuit un cycle remarquable dĂ©diĂ© aux symphonies de TchaĂŻkovski : Jean-Yves Ossonce en comprend les enjeux Ă  la fois autobiographiques mais aussi purement formels. Oeuvre de jeunesse, l’opus 13 (crĂ©Ă© en 1868) mĂȘle en un subtil Ă©quilibre, passion irrĂ©pressible et pudeur suggestive, miroir de l’Ăąme hypersensible de Piotr Illiytch. En 1874, le compositeur apporte des modifications substantielles aux mouvements 1, 2 et 4. Le titre renvoie aux paysages traversĂ©s entre Moscou et Saint-Petersbourg, prĂ©texte Ă  creuser toujours la faille mĂ©lancolique de l’auteur. De ce point de vue, entre rĂ©miniscence et rĂ©itĂ©ration, le second mouvement dĂ©veloppe l’expressivitĂ© atmosphĂ©rique de l’Ă©criture : ” contrĂ©e lugubre, contrĂ©e brumeuse “, TchaĂŻkovsky y favorise ses humeurs nostalgiques et lyriques d’un caractĂšre Ă©minemment nordique.

 
 

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction
saison 2013-2014

Poulenc
Chansons villageoises
5 PoĂšmes de Ronsard

Wagner
Siegfried Idyll

TchaĂŻkovski
Symphonie n°1 en sol mineur opus 13
” RĂȘves d’hiver ”

Jean-Yves Ossonce, direction

Tours, Grand Théùtre
samedi 23 novembre 2013, 20h
dimanche 24 novembre 2013, 17h

 

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Livres. Laurence Catinot-Crost : Tchaïkovski, les derniÚres années

Livres. Laurence Catinot Crost : Tchaïkovski, les derniÚres années. Editions Tatamis

 

Voyage avec Piotr Ilytch au long de ses derniĂšres annĂ©es de vie,  de la fin des annĂ©es 1880 au dĂ©but des annĂ©es 1890 (jusqu’en 1893 l’annĂ©e de sa mort)…  Comme portĂ© par une quĂȘte identitaire dont le vrai motif n’a jamais Ă©tĂ© rĂ©ellement formulĂ©, le compositeur visite l’Europe et rejoint mĂȘme l’AmĂ©rique pour y donner concerts et opĂ©ras, suscitant partout une vĂ©ritable reconnaissance, parfois inespĂ©rĂ©e. Avec la lĂ©gĂšretĂ© d’un ton romanesque, l’auteur imagine les derniĂšres annĂ©es de vie du compositeur russe – entre autres occupĂ© Ă  composer son ultime Symphonie (n°6, ” PathĂ©tique “) ; les vraies motifs et causes de sa mort brutale n’ont jamais Ă©tĂ© prĂ©cisĂ©ment Ă©tablis : suicide masquĂ© par arsenic ou verre d’eau non bouillie bu nĂ©gligemment qui allait lui transmettre le cholĂ©ra ?

 

 

TchaĂŻkovski

les derniÚres années

Laurence Catinot-Crost

 

tchaikovsky_tatamis_livre_catinot-crostNul ne saura au juste la vĂ©ritĂ©. Piotr a emportĂ© avec lui le secret de sa disparition … Mais le livre ne laisse aucune doute quant Ă  son esprit tourmentĂ© et fragile : TchaĂŻkovski est un mĂ©lancolique insatisfait d’une hypersensibilitĂ© quasi maladive. Son homosexualitĂ©, punie trĂšs sĂ©vĂšrement dans la Russie impĂ©riale d’Alexandre III le poursuit jusqu’Ă  la fin : destinĂ©e maudite et terrible qui inspire un dĂ©chirement permanent. Le solitaire magnifique, cet ĂȘtre sublime, gĂ©ant aux pieds d’argile, gĂ©nie ” de verre “,   croise rĂ©guliĂšrement les figures de deux amĂ©ricaines mĂ©lomanes, deux soeurs : Mabel l’aĂźnĂ©e et sa cadette Mary, offrant souvent l’occasion de raconter ses derniers pĂ©riples, ses aventures, voire trop rarement ses sentiments.
Par le truchement des personnages fictifs, l’auteur dĂ©voile les derniers instants, trop fugaces d’une vie terrassĂ©e par le secret et la nĂ©cessitĂ© du silence (citant de nombreuses sources Ă©pistolaires qui font surgir TchaĂŻkovski Ă  la premiĂšre personne). En soulignant Ă  travers le personnage de Mabel, la narratrice principale devenue mĂšre, la tendresse qui lie certaines figures entre elles, l’auteur Ă©claire cette vie refusĂ©e Ă  Piotr, condamnĂ© Ă  l’errance, Ă  la fuite, Ă  la dissimulation, aux fragments d’idylles Ă©phĂ©mĂšres avec de jeunes hommes…, Ă  un lent mais inĂ©luctable anĂ©antissement. Sans vraiment approfondir le portrait de l’homme, ni suivre dans le dĂ©tail de l’Ă©criture musicale, le dĂ©rĂšglement profond dont a souffert Tchaikovski, le texte est d’abord l’acte d’un Ă©crivain dont la tendresse pour le musicien se dĂ©voile peu Ă  peu.

Laurence Catinot Crost :  les derniÚres années de Tchaïkovski. Roman historique. Editions Tatamis. pages. Parution le 1er septembre 2013.

 

DVD. Music lovers (Tchaïkovski revisité par Ken Russel, 1971)

DVD. Ken Russel: Music lovers (Bel Air classiques)

DVD russell music-lovers bel-air_classiquenews_Russel_tchaikovski_symphonie_pathetiqueKen Russell : The music lovers (1971, rĂ©Ă©dition). En 1971, le rĂ©alisateur provocateur Ken Russel (1927-2011) auteur des Diables (fantaisie baroque tout aussi dĂ©jantĂ©e), futur auteur de Mahler, Lisztomania et de Valentino (avec Noureev), s’empare ici de la vie de TchaĂŻkovski pour en faire un biopic psychĂ©dĂ©lique, souvent hystĂ©rique mais aussi façonnĂ© dans ses dĂ©lires exacerbĂ©s comme une comĂ©die musicale qui dĂ©borde de son propos classique vers la pure fiction dĂ©bridĂ©e version Terry Gilliam. Aujourd’hui, c’est moins l’histoire traitant d’un mythe homosexuel qui heurte que la forme dĂ©jantĂ©e de l’objet cinĂ©matographique dont bon nombre d’effets et de sĂ©quences confinent Ă  l’opĂ©ra, empruntant au genre musical des poses et des situations plutĂŽt artificielles, excessives voire parodiques : Russel semble donc pleinement assumer ses emprunts au genre parfois larmoyant d’un surromantisme sirupeux (pas une scĂšne sans ses cris, ses Ă©lans passionnĂ©s, ses dĂ©chaĂźnements en tout genre).

biopic psychédélique

Comme souvent chez Russel, l’homme y passe un scanner complet, dĂ©voilant ses tares, ses faiblesses, ses vertiges non analysĂ©s qui devant la camĂ©ra produisent la pathologie d’une dĂ©mence individuelle et collective (c’Ă©tait le mĂȘme sujet dans les Diables). Le hĂ©ros Piotr est traitĂ© tel un animal passionnĂ© donc exacerbĂ©, aux sursauts excessifs qui voisinent avec la surenchĂšre la plus dĂ©bridĂ©e. Les puristes et musicologues n’y retrouveront certes pas le compositeur, bourgeois et secret, rĂ©servĂ© et pudibond dans ce portrait au romantisme caricatural, semĂ© de visions dĂ©figurĂ©es oĂč les gros plans sur les visages, les mouvements de camĂ©ras et les nombreux plans sĂ©quences, superbement rĂ©alisĂ©s d’ailleurs, indiquent toutes les obsessions jusqu’Ă  la folie d’un ” hĂ©ros ” plutĂŽt habitĂ© par l’obsession et l’angoisse de l’Ă©chec amoureux. Piotr veut se fondre dans le moule social au risque de se perdre dans un mensonge dangereux: exit son amant fortunĂ© (Chilouski/Christopher Gable), mais mariage expĂ©diĂ© avec Antonia Milioukova (Glenda Jackson) dont Russel fait une nymphomane libĂ©rĂ©e qui aprĂšs avoir sĂ©duit un officier Ă©thylique, fait l’assaut du compositeur dĂ©jĂ  fragilisĂ© par ses pulsions mal vĂ©cues (Richard Chamberlain)… le professeur au Conservatoire de Moscou croise aussi le chemin de la Comtesse Von Mack (Izabella Telezynska) qui mĂ©lomane nĂ©vrosĂ©e s’Ă©prend elle aussi jusqu’Ă  la folie de la musique du divin Piotr. Toute la matiĂšre du film balance entre ses 3 personnages, chacun favorable et protecteur puis sombrant soit dans la haine dĂ©nonciatrice (l’amant Ă©conduit), soit dans le lynchage (la comtesse) ou la … folie (Nina).

Et la musique est omniprĂ©sente, structurant mĂȘme les dĂ©veloppements imagĂ©s, infĂ©odant Ă  la camĂ©ra ses mouvements, sa chorĂ©graphie propre; les cadrages serrant au plus prĂšs les protagonistes selon le rythme de chaque partition choisie. A l’Ă©poque oĂč Piotr rencontre et Ă©pouse Nina, il compose l’opĂ©ra EugĂšne OnĂ©guine dont la fameuse lettre des aveux Ă©crite par Tatiana (Ă  OnĂ©guine) se confond dans le film de Russel, avec celle que lui adresse alors Antonina tombĂ©e amoureuse du musicien… L’air de la lettre (chantĂ© en anglais) inspire une scĂšne parmi les plus kitsch du film confĂ©rant Ă  la sensibilitĂ© du rĂ©alisateur britannique un style proche du musical. L’imagerie de Russel nourrit les visions terrifiantes de Piotr-Chamberlain: quand ses ennemis tirent au canon dans sa direction pour mieux l’abattre… tout cela rĂ©alise une fiction expressionniste, hallucinogĂšne et magistralement dĂ©cadente, dont les tares cachĂ©es du musicien sont outrageusement dĂ©voilĂ©es sous la lorgnette du cinĂ©aste voyeur avec ce goĂ»t assumĂ© pour les envolĂ©es lyriques non dĂ©nuĂ©es d’humour et de dĂ©lire (voir la scĂšne de la nuit dans le train quand les mariĂ©s quittent saint-PĂ©tersbourg pour Moscou: chevauchĂ©e terrifiante pour le musicien confrontĂ© Ă  la nuditĂ© du corps et du sexe fĂ©minin !).

Evidemment tout cela paraĂźt un rien soit outrancier soit systĂ©matique, mais la rĂ©alisation des plans sĂ©quences, l’imaginaire si fantasque et cynique du Russel sur le motif tchaĂŻkovskien relĂšve d’une forme personnelle qui saisit par son sens du rythme et des passages contrastĂ©s : Milos Forman en fera bon usage dans son Mozart Ă  venir : l’illustration des fantasmes qu’inspirent Ă  Nina la musique de Piotr jouant son Concerto pour piano et cette chevauchĂ©e en calĂšche qui court selon la digitalitĂ© enfiĂ©vrĂ©e du compositeur est emblĂ©matique de tout le film : dĂ©lirant, dĂ©jantĂ© et finalement souvent comique.

MĂȘme si l’irrĂ©vĂ©rence du cinĂ©aste dĂ©figure l’image de TchaĂŻkovski, par sa libertĂ© formelle et ses audaces d’Ă©criture, le film de Russel reste saisissant, rĂ©ussissant en particulier le choc du cinĂ©ma et de la musique classique en une course Ă©chevelĂ©e aux visions hallucinĂ©es.

‹Ken Russell : The music lovers. La Symphonie pathĂ©tique. RĂ©Ă©dition. 1 DVD Bel Air Classiques (2012). BAC 091