Cecilia Bartoi chante NORMA

bartoli_4783517_norma_12PARIS, TCE. Cecilia Bartoli chante Norma de Bellni. 12, 14, 16, 18 octobre 2016. Automne Bellinien en Europe. Les grandes divas ressuscitent le bel canto romantique italien. Sonya Yoncheva chante Norma elle aussi Ă  Londres (Royal Opera House, 12-26 septembre 2016) : voir Ă  Paris la production de Norma par Cecilia Bartoli (nĂ© Ă  Rome en 1966), crĂ©Ă©e au disque puis Ă  la scène (festival de Salzbourg, Monte-Carlo). La tradition du XIXè lyrique a imposĂ© peu Ă  peu les sopranos Ă©thĂ©rĂ©es, claires dans le rĂ´le titre conçu par Bellini ; mais ce dernier a bel et bien rĂ©Ă©crit le rĂ´le pour la tessiture et les moyens vocaux de son Ă©gĂ©rie, Maria Malibran, mezzo, formidable actrice par son mĂ©dium corsĂ© et agile. Une caractĂ©ristique que notre mezzo romaine a bien signalĂ© et qui lui inspire son choix de chanter aujourd’hui le rĂ´le, emblĂ©matique du romantisme lyrique italien. Rappelons nous en 2006, il y a 10 ans dĂ©jĂ , Cecilia Bartoli avait fait de mĂŞme pour le rĂ´le de La Somnambule / Sonnambula, Ă©galement rĂ©Ă©crit par Bellini pour un mezzo lyrique et dramatique. C’est peu dire que « La Bartoli » caractĂ©rise et nuance chaque mot, sculptant le verbe lyrique comme si le chant Ă©tait une pâte apte Ă  ĂŞtre colorĂ©e, ciselĂ©e; incarnĂ©e. Le style, la localitĂ© chaude et fluide, agile et expressive, le legato et le sens des phrasĂ©s affirment aujourd’hui une Norma de choc qui fait les veaux soirs du TCE – Théâtre des Champs ElysĂ©es Ă  Paris, pour 4 dates d’octobre : 12, 14, 16 et 18 octobre 2016.
La mise en scène signée par le duo Caurier / Leiser transpose l’action antique romaine et gauloise dans l’Italie des années 1940, où pèse l’atmosphère grave et noire du nazisme en Europe ; occupation imposée qui révèle les tempéraments, résistants ou complaisants. La vision musicale défendue par Cecilia Bartoli éclaire la partition d’un regard neuf, bénéficiant d’une couleur vocale différente pour Norma, des timbres des instruments d’époque de l’orchestre requis. Les duos entre les deux femmes, pourtant rivales, mais finalement solidaire, Adalgisa et Norma, y gagnent une vérité renforcée, subjuguante.

 

 

 

Paris, TCE, Théâtre des Champs Elysées
Cecilia Bartoli chante Norma de Bellini (1831)
4 représentations parisiennes
MERCREDI 12 OCTOBRE 2016, 19h30
VENDREDI 14 OCTOBRE, 19h30
DIMANCHE 16 OCTOBRE, 17h
MARDI 18 OCTOBRE, 19h30
2h30 dont un entracte

RESERVEZ VOTRE PLACE

Diego Fasolis,  direction
Patrice Caurier, Moshe Leiser,  mise en scène

Cecilia Bartoli,  Norma
Rebeca Olvera,  Adalgise
Norman Reinhardt,  Pollion
Péter Kálmán,  Orovèse
Rosa Bove,  Clotilde
Reinaldo Macias,  Flavius
I Barocchisti
Coro della Radiotelevisione svizzera, Lugano

 

 

 

PRETRESSE TRAHIE
Norma, est prêtresse à la lune et fille du druide Oroveso, mariée secrètement au Consul romain Pollione mais honteusement trahie par lui, alors qu’elle a eu deux fils du romain. Mais l’homme est faible et lui préfère à présent une jeunette plus adorable (Adalgisa, elle aussi prêtresse gauloise).
Bellini_vincenzo_belliniLa tendresse du rôle, son caractère noble et énigmatique, sa moralité aussi font du personnage de Norma, sublime vertueuse, l’un des plus complexes et admirable du répertoire romantique italien. Bellini et son librettiste Romani excellent aussi à peindre l’amitié entre les deux femmes, toutes deux liées à Pollione, mais inspirées par un idéal de loyauté des plus respectables. Adalgisa jure d’infléchir le coeur de Pollione pour qu’il revienne auprès de Norma et ses deux garçons (duo magique Norma / Adalgisa : « Si, fino all’ore », acte II). Ainsi c’est dans la mort et les flammes, que Norma et Pollione se retrouvent unis pour l’éternité. Car comme le public depuis la création de l’oeuvre en 1831, le romain a succombé finalement devant la grandeur morale et sacrificielle de son ancienne compagne… Sur les traces de la créatrice de Norma, Giuditta Pasta, Sonya Yoncheva et Cecilia Bartoli endossent ainsi à l’atome 2016, l’un des rôles qui pourraient bien davantage affirmer leur étonnante subtilité vocale comme leur instinct dramatique.

CD. LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd La Somnambule / La Sonnambula de Bellini (L’Oiseau Lyre)

CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha)

mozart die entfuhrung aus dem serail cercle de l harmonie jeremie rhorer cd outhere presentation review critique CLASSIQUENEWS mai juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail (JĂ©rĂ©mie Rhorer, Jane Archibald, septembre 2015 – 2 cd Alpha). Sous le masque lĂ©ger, exotique d’une turquerie crĂ©Ă©e Ă  Vienne en 1782, se prĂ©cise en vĂ©ritĂ© non pas la confrontation de l’occident versus l’orient, occidentaux prisonniers, esclaves en terres musulmanes, mais bien un projet plus ample et philosophique : la lutte des fraternitĂ©s contre le despotisme et la barbarie cruelle (la leçon de clĂ©mence et de pardon dont est capable Pacha Selim en fin d’opĂ©ra reste de nos jour d’une impossible posture : quels politiques de tout bord est-il capable de nos jours et dans le contexte gĂ©opolitique qui est le nĂ´tre, d’un tel humanisme pratique ?). Cette fraternitĂ©, ce chant du sublime fraternel s’exprime bien dans la musique de Mozart, avant celle de Beethoven.

rhorer jeremie enlevement au serail mozart tce jane archibaldD’AIX A PARIS… de la scène lyrique au théâtre sans dĂ©cors. A Aix prĂ©alablement et dans la rĂ©alisation scĂ©nique de l’autrichien Martin Kusej (non pas allemand comme on le lit habituellement), cet Enlèvement, retransposĂ© sans maquillage et en rĂ©fĂ©rence direct aux Talibans et Ă  Daech avait marquĂ© les esprits de l’Ă©tĂ© 2015, par sa radicalitĂ© souvent brutale (des textes rĂ©Ă©crits, donc actualisĂ©s, et parfois, une foire confuse aux actualitĂ©s contemporaines) dĂ©naturant cependant l’Ă©lĂ©gance profonde du Mozart originel. C’Ă©tait de toute Ă©vidence exprimer l’acuitĂ© polĂ©mique brĂ»lante de l’opĂ©ra de Mozart, tout en lui Ă´tant sa part d’onirisme, de rĂŞve Ă©perdu. Presque un an plus tard, le disque sort et avec lui, la magie de la direction musicale et des incarnations vocales, alors saisies sur le vif en un concert sans mise en scène, au TCE Ă  Paris en septembre 2015 : le rĂ©sultat est au delĂ  de nos attentes, et rĂ©vèle l’engagement irrĂ©sistible du chef quadra JĂ©rĂ©mie Rhorer. Sans les images (et la vacuitĂ© anecdotique de la mise en scène aixoise), la force et la grandeur de la musique nous Ă©claboussent Ă  plein visage (ou pleine oreille). Alors qu’Ă  Aix, il dirigeait le Freiburger BarokOrchester, JĂ©rĂ©mie Rhorer dans ce live parisien de lĂ©gende retrouve ses chers instrumentistes, de son propre orchestre, Le Cercle de l’Harmonie. La direction fourmille d’Ă©clairs, d’Ă©clats tĂ©nus, de scintillements sourds et raffinĂ©s qui montrent combien Mozart en peintre du coeur humain est inatteignable car la grâce sincère que nous fait entendre alors JĂ©rĂ©mie Rhorer, exprime au plus près le gĂ©nie de l’Ă©ternel Wolfgang : une langue qui parle l’ivresse et le dĂ©sir des cĹ“urs, l’aspiration Ă  cet idĂ©al fraternel qu’incarne toujours, le pacte libertaire du quatuor Belmonte/Constanze, Pedrillo/Blonde. La vitalitĂ© continuement juste de l’orchestre saisit de bout en bout. Et depuis Aix, le chef retrouve Ă  Paris les chanteurs du Quatuor : Norman Reinhardt / Jane Archibald, David Portillo / Rachele Gilmore… AssurĂ©ment son carrĂ© d’as, tout au moins pour les 3 derniers, d’une suprĂŞme vĂ©ritĂ©.

De quoi s’agit-il prĂ©cisĂ©ment ? Formidable profondeur et jutesse poĂ©tique ce dès l’ouverture qui tout en Ă©grennant Ă  la façon d’un pot-pourri, les motifs les plus essentiels de l’action qui va suivre, dĂ©voile la saisissante fluiditĂ© Ă©nergique du seul vĂ©ritable acteur : l’orchestre Le Cercle de l’Harmonie ; les instrumentistes dĂ©ploient et diffusent une rondeur suractive que le chef sait ciseler et exploiter jusqu’Ă  la fin en une Ă©nergie rĂ©ellement irrĂ©sistible, live oblige. L’attention de JĂ©rĂ©my Rhorer est de chaque instant, d’une finesse dramatique, qui bascule vers l’intĂ©rioritĂ©, rendant compte de tous les accents, nuances, couleurs, chacun exprimĂ© par leur charge Ă©motionnelle, prĂ©cisĂ©ment calibrĂ©e. C’est d’autant plus juste pour un ouvrage qui reste du cĂ´tĂ© de l’espĂ©rance et de la force des opprimĂ©s. L’amour reconstruit une espĂ©rance humaine contre la barbarie d’un emprisonnement arbitraire. D’emblĂ©e, La vitalitĂ© des caractères s’affirme : la Blonde de Rachele Gilmore a certes une voix petite, parfois tirĂ©e mais elle demeure très engagĂ©e et Ă  son aise d’un chant affĂ»tĂ©, vif argent, fragile mais tenance.

 

Saisi sur le vif en septembre 2015, L’Enlèvement au sĂ©rail de JĂ©rĂ©mie Rhorer confirme la direction du maestro français;

Live captivant au diapason du sentiment,
Justesse de l’orchestre, palpitation des femmes

 

 

archibald janePar ses 3 grands airs, la soprano en vedette (“La Cavalieri” – Caterina Cavalieri, Ă  l’Ă©poque de Mozart) peint très subtilement le portrait d’une femme amoureuse : Constanze, affligĂ©e mais digne. C’est d’abord solitude et fragilitĂ© de l’ĂŞtre dĂ©semparĂ© (seule mais pas dĂ©munie : premier air “Durch Zärlichkeit…” acte I) bientĂ´t gagnĂ©e par l’esprit de rĂ©sistance, la lumière des justes contre l’oppression et la torture… (grand air quasi de concert, de forme fermĂ©e : “Martern aller Arten“…, le pivot dramatique du II, magnifiquement portĂ© par l’engagement incarnĂ© de la soprano Jane Archibald qui chante toutes les variations : saluĂ©e Ă  ses dĂ©buts français Ă  Nantes dans un somptueux et onirique (voire vaporeux) Lucio Silla, la soprano captive par la vĂ©ritĂ© de son chant impliquĂ©, intense, qui s’expose sans rĂ©serve pour tenir fièrement malgrĂ© la violence de son geĂ´lier, Selim : en elle, pointe la noblesse hĂ©roĂŻque de la future Fiordiligi, cĹ“ur ardent, âme inflexible de Cosi fan tutte : une vraie rĂ©sistante prĂŞte Ă  mourir (duo final avec Belmonte, oĂą les deux amants se croient condamnĂ©s sans perdre leur courage). Saluons surtout chez Archibald, le caractère de la souffrance aussi, cultivant le lugubre saisissant (prĂ©sence de la mort), dans les colonnes des bois, aux lueurs maçonniques telles qu’elles scintilleront 9 ans après L’Enlèvement, dans La FlĂ»te enchantĂ©e (1791) oĂą Ă  la solitude de Constanze rĂ©pond, comme sa sĹ“ur en douleur, la prière de Pamina…

Sommets dramatiques  Sturm une Drang… Au cours de l’enchaĂ®nement des actes I puis II, qui fait se succĂ©der les deux airs si dĂ©cisifs de Contanze, l’orchestre et sa sculpture instrumentale si bien affĂ»tĂ©e dessinent en contrepoint de la sensibilitĂ© radicale de la jeune femme, un climat tendu et raffinĂ©, d’essence Sturm und Drang, tempĂŞte et passion effectivement-, dont les Ă©clairs et tonnerre Ă©motionnels sont d’autant plus renforcĂ©s par contrastes / renfort que la succession des sĂ©quences du I au II, alors, oppose le cĹ“ur noble mais indĂ©fectible de Constanze Ă  la fureur Ă©lectrique (hystĂ©rique animale) du Pacha, puis de la non moins intense confrontation Pedrillo / Osmin. Terrifiante confrontation des ĂŞtres en vĂ©ritĂ©. Il n’est que la tendresse plus insouciante de Blonde (air d’une fĂ©minitĂ© angĂ©lique aĂ©rienne : “Durch Zärlichkeit...” qui ouvre le II). Et Ă  travers les confrontations occidentaux / musulmans, l’exhortation au dĂ©passement des rivalitĂ©s, par l’amour et par la clĂ©mence prĂ©cise, suprĂŞme leçon d’humanisme, l’espĂ©rance de la musique de Mozart, sublime par la justesse de son invention. On aura rarement Ă©coutĂ© pareille rĂ©alisation associant chant des instruments, prières vocales.

 

Moins convaincant reste Norman Reinhardt : il ne donne aux soupirs de Belmonte amoureux, qu’un chant moins propre, contournĂ©, assez imprĂ©cis, souvent maniĂ©rĂ©, moins percutant que le brio de ses partenaires, voire carrĂ©ment gras et Ă©pais (Wenn der Freude Tränen fliessen… escamotĂ© par un manque persistant de simplicitĂ©).

David_Portillo_High_Res_4_credit_Kristen_HoebermannAu III, la prĂ©paration de l’Ă©vasion / enlèvement pilotĂ© par l’ingĂ©nieux Pedrillo (excellent et racĂ© David Portillo), puis l’enlèvement proprement dit (In Mohrenland entonnĂ© sur un orchestre guitare aux pizzicati enchanteurs…), forment des ensembles triomphants comme une dĂ©licieuse marche militaire, qui dit la certitude et la complicitĂ© solidaire des prisonnières et de leurs libĂ©rateurs inespĂ©rĂ©s…. tout cela est toujours portĂ© par l’ivresse et une frĂ©nĂ©sie scintillante Ă  l’orchestre d’une activitĂ© prodigieuse ; JĂ©rĂ©mie Rhoroer laisse chaque accent de cette humanitĂ© exaltĂ©e, respirer, s’Ă©panouir avec une classe magistrale.
La vision du chef organise et Ă©difie peu Ă  peu tout ce que la mise en scène aixoise n’atteignait que rarement : le formidable Ă©lan progressif qui en fin d’action aiguise le dernier chant mozartien ; fustigeant les haineux caricaturaux (Osmin et sa cruautĂ© sadique), sublimant la lyre Ă©perdue, mais tristement non triomphante du dernier ensemble oĂą chacun dit sa libertĂ©, avant d’ĂŞtre probablement Ă©gorgĂ© par le bourreau qui mĂŞme s’il en est le serviteur, passe outre la clĂ©mence proclamĂ©e de son maĂ®tre. Saisissante perspective.

TRAVAIL D’ORCHESTRE. L’enregistrement live de septembre 2015 suit les reprĂ©sentations scĂ©niques aixoises de juillet prĂ©cĂ©dent, ainsi l’on peut dire donc (et constater que Rhorer possède son SĂ©rail : tout cela coule dans ses doigts et jusqu’Ă  l’extrĂ©mitĂ© de sa baguette, offrant une leçon de direction fluide, raffinĂ©e, prĂ©cise et vivante, Ă©tonnamment active et suggestive, imaginative, naturelle, vrai miroir des sentiments sous-jacents. En rĂ©alitĂ©, la valeur de ce coffret d’autant plus attendu que le moment du “concert” Ă  Paris avait marquĂ© les esprits, confirme l’impression du public de ce 21 septembre 2015 : le chant de l’orchestre – des instruments d’Ă©poque, rĂ©tablit la proportion originelle de la sensibilitĂ© mozartienne, oĂą chaque phrase instrumentale, qu’il s’agisse des solos piano ou des tutti rugissants orientalisants, s’accorde naturellement Ă  la voix humaine, dont la vĂ©ritĂ© et la sincĂ©ritĂ© sont constamment prĂ©servĂ©s. Le sommum Ă©tant atteint ici dans les Ă©pisodes oĂą les trois meilleurs chanteurs donnent tout, en complicitĂ© avec un orchestre ciselĂ©, dramatiquement superbe et parfaitement canalisĂ© : Jane Archibald (Constanze troublante), David Portillo (Pedrillo ardent, ingĂ©nieux, tendre), Mischa Schelomianski (Osmin noir et barbare) fusionnent en sensibilitĂ© sur le tapis orchestral… La rĂ©alisation voix / orchestre tient du prodige et, sous la coupe sensible, fièvreuse du chef JĂ©rĂ©mie Rhorer, confirme (s’il en Ă©tait encore besoin), l’irresistible poĂ©sie expressive des instruments d’Ă©poque. C’est dit dĂ©sormais : plus de Mozart sans instruments d’Ă©poque, ou alors avec intĂ©gration totale du jeu “historiquement informĂ©”. La corde du sentiment y vibre dans toute sa magicienne vĂ©ritĂ©. Magistral. Un must absolu Ă  Ă©couter et rĂ©Ă©couter sur les plages de cet Ă©tĂ© 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail. Jane Archibald, David Portillo, Rachele Gilmore, Mischa Schelomianski, … Le Cercle de l’Harmonie. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. Live rĂ©alisĂ© Ă  paris au TCE en septembre 2015 – 2 cd Alpha, collection “Théâtre des Champs ElysĂ©es”). CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

Jean-Claude Malgoire dirige L’Italienne Ă  Alger

TOURCOING italienne a alger malgoire opera presentation compte rendu classiquenews italiennePARIS, TCE, les 8 et 10 juin. L’Italienne à Alger de Rossini. Nouveau Rossini subtil et facĂ©tieux, pour lequel Jean-Claude Malgoire retrouve le metteur en scène Christian Schiaretti, soit 10 ans de coopĂ©ration inventive, colorĂ©e, poĂ©tique. La production de l’Atelier Lyrique de Tourcoing est prĂ©sentĂ©e telle une “crĂ©ation prometteuse” : Malgoire retrouve ainsi la verve rossinienne, après l’immense succès de son Barbier de SĂ©ville qui en 2015 avait soulignĂ© la 30ème saison de l’ALT (Atelier Lyrique de Tourcoing). Pour le chef Fondateur de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, revenir Ă  Rossini c’est renouer avec l’adn de sa fine Ă©quipe de musiciens et de chanteurs : Cyrus Ă  Babylone, Tancrède / Tancredi (2012) L’échelle de soie en marquent les jalons prĂ©cĂ©dents. Pour L’Italienne Ă  Alger (crĂ©Ă© en 1813 Ă  Venise par un jeune auteur de … 21 ans), le chef aborde une nouvelle perle théâtrale et lyrique qui diffuse le goĂ»t exotique pour le Moyen Orient et les Indes, un monde lointain et fantasmatique qui fascine et intrigue Ă  la fois… curiositĂ© tenace depuis l’Enlèvement au SĂ©rail de Mozart et avant, Les Indes Galantes de Rameau, pour le XVIIIè, sans compter Indian Queen, ultime opĂ©ra (laissĂ© inachevĂ©) de Purcell Ă  la fin du XVIIè. On voit bien que l’orientalisme Ă  l’opĂ©ra fait recette, mais Rossini le traite avec une finesse jubilatoire et spirituelle de première qualitĂ©. Jean-Claude Malgoire a Ă  cĹ“ur de caractĂ©riser la couleur comique et poĂ©tique de l’ouvrage (bien audible dans la banda turca, les instruments de percussion mĂ©talliques : cymbale, triangle, etc…). DĂ©lirant et souverainement critique, Rossini produit un pastiche oriental – comme Ingres dans sa Grande Odalisque, mais revisitĂ© sous le prisme de sa fabuleuse imagination. Avec Schiaretti, prĂ©cĂ©dent partenaire de L’Echelle de soie, Jean-Claude Malgoire ciblera l’intelligence rossinienne, faite d’Ă©conomie et de justesse expressive. Soulignons dans le rĂ´le centrale d’Isabella, la jeune mezzo Anna Reinhold et son veloutĂ© flexible dĂ©jĂ  applaudie au jardin des Voix de William Christie, et rĂ©cemment clĂ© de voĂ»te du cd / programme intitulĂ© Labirinto d’Amore d’après Kapsberger (CLIC de classiquenews de juillet 2014)

L’italienne à Alger
Opéra — création
Opéra bouffe en deux actes de Gioachino Rossini (1792-1868)
Livret d’Angelo Anelli
Créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto à Venise

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Mise en scène : Christian Schiaretti

Isabella, Anna Reinhold
Lindoro, Artavazd Sargsyan
Taddeo, Domenico Balzani
Mustafa, Sergio Gallardo
Elvira, Samantha Louis-Jean
Haly, Renaud Delaigue
Zulma, Lidia Vinyes-Curtis

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Vendredi 20 mai 2016, 20h
Dimanche 22 mai 2016, 15h30
Mardi 24 mai 2016, 20h
TOURCOING, Théâtre Municipal Raymond Devos

Mercredi 8 juin 2016 19h30
Vendredi 10 juin 2016 19h30
PARIS, Théâtre des Champs Elysées

Représentation du vendredi 20 mai en partenariat avec EDF
Représentation du mardi 24 mai en partenariat avec la Banque Postale
Tarifs de 33 Ă  45€ / 6€ – 18 ans /10€ – 26 ans / 15€ demandeurs d’emploi

RENSEIGNEMENTS /RÉSERVATIONS
03.20.70.66.66
www.atelierlyriquedetourcoing.fr

 

 

SYNOPSIS. Orient / occident : une sexualitĂ© pimentĂ©e, renouvelĂ©e, terreau fertile aux rebondissements comiques. Si Rossini dans sa musique recherche des couleurs orientalisantes (percussions et cuivres très prĂ©sents), le bey d’Alger, Mustafa (basse) s’Ă©tant lassĂ© de son Ă©pouse en titre (Elvira) recherche plutĂ´t une nouvelle compagne italienne (Isabella, alto) afin de pimenter son quotidien domestique / Ă©rotique. Mais cette dernière aime Lindoro (tĂ©nor) qui comme elle, est prisonnier de l’oriental. Au sĂ©rail, les deux amants italiens parviennent Ă  s’Ă©chapper grâce Ă  la confusion d’une mascarade fortement alcoolisĂ©e : après avatars divers et moult quiproquos, en fin d’action, Mustafa revenu Ă  la raison, retrouve sa douce Elvira, dĂ©laissĂ©e certes, mais toujours amoureuse…

La verve comique, la saveur trĂ©pidante, l’esprit et la finesse sont les qualitĂ©s d’une partition gĂ©niale, oĂą le jeune et prĂ©coce Rossini sait mĂŞler le pur comique bouffon, souvent dĂ©lirant et dĂ©calĂ© (trio truculent de la grosse farce du trio “Pappatacci”), et la profondeur psychologique qui approche le seria tragique. Le profil d’Isabella, Ă  la fĂ©minitĂ© noble, les airs virtuoses pour tĂ©nor (Lindoro) saisissent par leur profondeur et leur justesse, d’autant que les couleurs de l’orchestre rossinien, touchent aussi par leur raffinement nouveau. Après l’Italienne, Rossini affirme son jeune gĂ©nie et la prĂ©cocitĂ© de ses dons lyriques versatiles dans l’ouvrage suivant Il Turco in Italia (1813), autre bouffonnerie d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible. Toujours en avance sur les tendances du goĂ»t, la musique marque ainsi une curiositĂ© que Delacroix (Les femmes d’Alger, 1834) ou Ingres (Le Bain turc, 1864), illustreront Ă  leur tour selon leur goĂ»t, mais des dĂ©cennies plus tard.

 

femmesdalgerdansleurappartement-delacroix-peinture-rossini-l'italienne-a-alger

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Théâtre des Champs ElysĂ©es, le 20 septembre 2015. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail. Jane Archibald, Mischa Schelomianski… Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

Fabuleuse version de concert de L’Enlèvement au SĂ©rail de Mozart au Théâtre des Champs ElysĂ©es. Le Cercle de l’Harmonie sous la direction de JĂ©rĂ©mie Rhorer campe une performance d’une frappante vivacitĂ©. Jane Archibald est la chef de file de la distribution dans le rĂ´le extrĂŞmement virtuose de Constance, qu’elle honore avec le dĂ©ploiement de tous ses talents musicaux et théâtraux ! Les choeurs sont assurĂ©s par l’Ensemble Aedes tout aussi vivace et virtuose. Des ingrĂ©dients parfait pour un Ă©vĂ©nement unique.

 
 
 

Un Mozart d’amour presque parfait…

 

rhorer jeremie enlevement au serail mozart tce jane archibaldLe premier singspiel ou opĂ©ra allemand de la maturitĂ© de Mozart, est en fait une commande de l’Empereur Joseph II crĂ©Ă© en 1782. Il reprĂ©sente un vĂ©ritable Ă©largissement du genre, ouvrant la voie Ă  la FlĂ»te EnchantĂ©e, Ă  Fidelio, au FreischĂĽtz. VoilĂ  le premier grand opĂ©ra allemand et le plus grand succès des opĂ©ras du vivant du gĂ©nie Salzbourgeois. Ici nous pouvons trouver, comme c’est le cas aussi pour Idomeneo, les germes de toute la musique de l’avenir de Mozart. Comme dans tous ses opĂ©ras, le thème de base est celui de l’amour qui triomphe sur toutes les forces hostiles qui s’y opposent.  Il s’agĂ®t Ă©galement d’une Ĺ“uvre d’art d’une grande difficultĂ© interprĂ©tative, l’Empereur mĂŞme dit Ă  Mozart “Trop beau pour nos oreilles, et beaucoup trop de notes”. Phrase souvent paraphrasĂ©e et devenue clichĂ© populaire, notamment grâce au film de Milos Forman « Amadeus ».

Avec son librettiste Johann Gottlieb Stephanie, Mozart remanie et amĂ©liore la forme de l’opĂ©ra de sauvetage, typique au 18ème siècle. L’histoire d’une simplicitĂ© tout Ă  fait allemande raconte l’aventure de Belmonte, dont l’entreprise est d’enlever sa bien-aimĂ©e Constance, ainsi que sa servante Blondine et son ami Pedrillo, hors du palais du Pacha SĂ©lim. Celui-ci les a achetĂ©s auprès des pirates et est Ă©pris de Constance, qui devient sa favorite malgrĂ© sa fidĂ©litĂ© immuable Ă  Belmonte. Blondine inspire la curiositĂ© d’Osmin, le gardien du sĂ©rail attirĂ© par elle, tandis que Pedrillo, amoureux d’elle aussi, concocte un plan pour aider Belmonte. Après une sĂ©rie de situations d’un lyrisme succulent, les protagonistes sont capturĂ©s par Osmin juste avant leur dĂ©part. Il insiste qu’on les pende pour trahison, chose Ă  laquelle le Pacha pense profondĂ©ment, surtout après avoir dĂ©couvert que Belmonte est le fils d’un ancien ennemi. Il finit par choisir le chemin de la magnanimitĂ© ordonnant leur libĂ©ration immĂ©diate. D’une façon plutĂ´t audacieuse et insolente, mais toujours sublime, Mozart met en scène son monarque Ă©clairĂ© en guise de Turc ! De quoi choquer et amuser le public cosmopolite de l’Empire Austro-Hongrois, mais aussi le public parisien de 2015… Ma non troppo.

Une version de concert de L’Enlèvement au SĂ©rail a la qualitĂ© d’Ă©pargner le public des trop frĂ©quentes lectures mĂ©diocres des metteurs en scène. Certes, le livrait, riche en poĂ©sie, n’est pas le plus théâtral. Cependant un metteur en scène de talent peut exploiter l’ouvrage au maximum. Or, il paraĂ®t que les choix sont souvent fait par rapport Ă  la notoriĂ©tĂ© des directeurs scĂ©niques ou leur indisposition Ă  s’attaquer Ă  telle Ĺ“uvre ; consĂ©quence : on donne souvent la tâche Ă  ceux qui osent. Mais pas aux jeunes metteurs en scène riches en idĂ©es, mais Ă  des artistes des domaines diffĂ©rents avec l’espoir que ce sera bien. Une attitude qui dessert l’art lyrique et que les directeurs de maisons d’opĂ©ra devraient revoir avec un esprit plus visionnaire et critique. Cependant, en ce qui concerne ce fabuleux opus de Mozart, la tâche de la distribution des chanteurs n’est pas facile non plus. Constance est un des rĂ´les les plus virtuoses pour soprano colorature, ainsi que celui d’Osmin, pour basse colorature (!). Ce soir au Théâtre des Champs ElysĂ©es, nous avons la grande chance de compter avec Jane Archibald dans le rĂ´le de Constance. Elle affirme une performance tout Ă  fait exemplaire ! Elle ose intervenir sur la partition et s’approprier le rĂ´le de façon très rĂ©ussie. Son « Ach ! Ich Liebte » du premier acte est davantage dramatique et cause des frissons, le « Traurigkeit » au deuxième tout simplement exquis, et l’archiredoutable « Martern Aller Artern », le sommet de virtuositĂ© sans aucun doute ! Que ce soit la projection, le timbre, l’intensitĂ©, le souffle ou l’agilitĂ©, en solo ou dans les nombreux passages d’ensemble, elle rayonne et Ă©tonne Ă  chaque moment. L’Osmin de la basse Russe Mischa Schelomianski est aussi au sommet d’expression. Il fait preuve d’une technique impeccable, d’une voix large comme le monde, tout en gardant l’esprit bouffe mais touchant du personnage. Son « Ha! Wie will Ich triumphieren » au troisième acte est fantastique. Il s’agĂ®t du morceaux le plus virtuose pour basse colorature de tout le rĂ©pertoire… et il est Ă  la hauteur !

Le Pedrillo du tĂ©nor amĂ©ricain David Portillo rayonne de candeur, il a un beau timbre et Ă©clipse par son talent et son charme l’autre tĂ©nor de la partition, dont nous parlerons bientĂ´t. Il est de mĂŞme très complice dans les ensembles et sa performance laisse un beau souvenir dans l’esprit. Pareillement pour la Blondine de Rachele Gilmore, dont la voix d’une lĂ©gèretĂ© et une agilitĂ© improbable, est aussi très charmante. Le rĂ´le de Belmonte est l’un des plus aigus du rĂ©pertoire mozartien, et aussi l’un des plus beaux, des plus romantiques dans le sens superficiel et le sens profond. Il est vrai que Mozart sacrifie un peu de vraisemblance et du sĂ©rieux en lui confiant des morceaux oĂą la virtuositĂ© technique peut mĂŞme distraire des propos plus sentimentaux que comiques, -l’une des difficultĂ©s pour les metteurs en scène et les interprètes. Ce soir, le tĂ©nor AmĂ©ricain Norman Reinhardt ouvre l’oeuvre avec une belle voix, avec un beau timbre, mais avec une trop timide projection. Ensuite son duo fabuleux avec Osmin confirme notre crainte initiale : il se voit complètement Ă©clipsĂ© par la voix d’Osmin de grande ampleur et par l’orchestre que le jeune chef JĂ©rĂ©mie Rhorer dirige avec vivacitĂ© et attention. Pendant les trois actes, il a plusieurs interventions, mais n’arrive jamais Ă  se rattraper… et paraĂ®t malheureusement dĂ©passĂ© par le rĂ´le.

Le choeur Aedes dirigĂ© par Mathieu Romano quant Ă  lui s’accorde Ă  la vivacitĂ© et au brio gĂ©nĂ©ral du concert. L’ensemble s’affirme avec un dynamisme saisissant, plein de brio ! Tout comme le Cercle de l’Harmonie qui pilotĂ© par le jeune maestro, capture Ă  merveille l’entrain et l’aspect oriental de la partition. Remarquons un premier violon fabuleux, le concertino des vents brillants sans dĂ©faut ou encore les percussions « turques » pĂ©tillantes ! Un Enlèvement au SĂ©rail en concert presque parfait, un vĂ©ritable bonheur musical pour les auditeurs !

Illustration : Jérémie Rhorer (DR)

 
 

CrĂ©ation mondiale de Solaris, l’opĂ©ra par Dai Fujikura

fujikura dai solaris 2015 tce Paris photo-dai-fujikura-qParis, TCE. Solaris de Dai Fujikura. Les 5,7 mars 2015. Création mondiale. Solaris (« ensoleillé » en latin), roman d’anticipation du polonais Stanislas Lem 1961) est porté au grand écran par le cinéaste russe Andreï Tarkovski (1972), puis l’américain Steven Soderbergh (2002). Sur la planète aux deux soleils, Solaris, un océan intelligent est capable de susciter les chimères et fantasmes conçus par les cosmonautes venus l’explorer. Bientôt, entre rêve et réalité, la présence concrète des créatures venus des songes et de la psyché des protagonistes affirment leur présence, imposent de nouveaux enjeux, soulignent le sens de chaque acte humain. Craintes, désirs, peurs, pulsions les plus enfouies… tout se dévoile et agit sur Solaris, véritable miroir de l’âme humaine. Ce que les astronautes prennent pour des monstres extraterrestres renvoie directement à leur propre psyché. Inspiré par les multiples thématiques à l’œuvre dans Solaris, le compositeur Dai Fujikura (né en 1977, émule de Pierre Boulez) et son ainé, le chorégraphe et scénographe Saburo Teshigawara (né en 1953) produisent la version lyrique du roman de Lem, après ses nombreuses adaptations cinématographiques.

fujikura dai composor solaris tce 2015Le sujet onirique fantastique se prête évidemment bien à l’écriture lyrique et la transposition sur la scène théâtrale. L’immensité de cet océan liquide inconnu et étrange conduit a contrario et de façon très envoûtante à l’intimité la plus secrète de chaque personnage dont le psychologue Kris Kelvin (qui fait le voyage jusqu’à Solaris). Ce dernier par exemple retrouve concrètement son épouse défunte Hari sur la station spatiale : c’est la concrétisation de ses pensées les plus refoulées. Quand la raison s’effondre et les repères s’effacent, la magie du pur fantastique peut prendre possession des êtres et de la scène : Solaris, l’opéra promet d’être une belle découverte pour les spectateurs de la création parisienne de ce 5 mars, d’autant que le compositeur formé en Grande Bretagne se joint à l’imaginaire fraternel de son compatriote le chorégraphe Saburo Teshigawara dont  la sensibilité fantasmatique (et le souci visuel en particulier des lumières) s’est imposé dans de nombreux ballets créés à Paris dont Darkness is hiding black horses (2013), ou Dah Dah sko dah dah (Chaillot, 2014).

 

 

 

 

boutonreservationCréation mondiale de Solaris de Dai Fujikura au TCE, Paris. Les 5 et 7 mars 2015, 19h30.

 

 

Opéra en quatre actes (2015)
Livret de Saburo Teshigawara, d’après le roman Ă©ponyme de Stanislas Lem. MatĂ©riel extrait du film Solaris d’Andrej Tarkovsky avec l’aimable autorisation de Mosfilm

Erik Nielsen,  direction
Saburo Teshigawara,  mise en scène, chorégraphie, décors, costumes, lumières
Ulf Langheinrich,  conception images 3D et collaboration lumières
Réalisation informatique musicale Ircam,  Gilbert Nouno

Sarah Tynan, Hari
Leigh Melrose, Kris Kelvin
Tom Randle, Snaut
Callum Thorpe, Gibarian
Marcus Farnsworth, Kelvin

Saburo Teshigawara, Rihoko Sato, Václav Kuneš, danseurs
avec la participation de Nicolas Le Riche

Ensemble intercontemporain


SOLARIS DP - TCE - mars 2015
confĂ©rence – rencontre
Mercredi 4 mars 2015 Ă 
18h30
Rencontre avec Saburo Teshigawara et Dai Fujikura

Maison de la Culture du Japon
Entrée libre / Réser­va­tion à partir du 4 fé­vrier sur www.mcjp.fr

Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 14 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. John Tessies, Edwin Crossley-Mercer, Omo Bello, Reinoud van Mechelen… Le Concert Spirituel, choeur et orchestre. Hervé Niquet, direction. Christian Schairetti, mise en scène.

Castor pollux DĂ©cor-de-Castor-et-Pollux-c-Rudy-SabounghiCompte rendu, opĂ©ra. L’annĂ©e Rameau est fĂŞtĂ©e au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es avec un Ă©vĂ©nement devenu rare : un opĂ©ra baroque mise en scène ! Voici donc la tragĂ©die lyrique en 5 actes du maĂ®tre de Dijon, Castor et Pollux, dont le livret de Gentil-Bernard est inspirĂ© des GĂ©meaux lĂ©gendaires de la mythologie grecque. C’est Ă©galement l’occasion de retrouver HervĂ© Niquet et son orchestre Le Concert Spirituel, avec une jeune distribution des chanteurs beaux Ă  entendre et Ă  regarder. La mise en scène Ă©purĂ©e est signĂ©e Christian Schiaretti.

Quel marbre si beau

Castor et Pollux voit le jour en 1737 dans une version plus longue avec un prologue allĂ©gorique sur le traitĂ© de Vienne. Les Lullystes acharnĂ©s sont alors très critiques et mĂ©prisants, ironie de l’histoire : en 1754 l’opĂ©ra repris et remaniĂ© sera l’ exemple illustre de l’Ă©cole française de musique effectivement crĂ©Ă©e par Lully et dont Rameau sera le dernier vĂ©ritable reprĂ©sentant d’envergure, voire le sommet, avec ce mĂ©lange de science et d’Ă©motion qui lui sont propres. La version mise en scène pour cette nouvelle production et celle de 1754 dont peut-ĂŞtre seul l’aspect dramaturgique est amĂ©liorĂ©. Comme dans toute tragĂ©die lyrique, chĹ“urs et danses abondent. Les pages les plus impressionnantes de la partition leur sont dĂ©diĂ©es. Ainsi le chĹ“ur du Concert Spirituel rĂ©gale l’audience au cours des 5 actes, avec des passages fuguĂ©s impressionnants, une complicitĂ© et une synchronie Ă©poustouflante avec l’orchestre, souvent vocalisants (remarquons que les fioritures et la base mĂ©lodique rappellent parfois l’Ecole napolitaine par le rythme et l’Ecole romaine par la gravitĂ©), que ce soit dans la joie rĂ©vĂ©rencieuse du « Chantons l’Ă©clatante victoire » au 1er acte, dans la solennitĂ© larmoyante du « Que tout gĂ©misse », ou encore dans l’entrain innovateur et endiablĂ© du chĹ“ur des dĂ©mons au mĂŞme acte : « Brisons tous nos fers », un vĂ©ritable tour de force. Ce dernier chĹ“ur est prĂ©cĂ©dĂ© d’un trio « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » d’une virtuositĂ© et d’une vivacitĂ©, reprĂ©sentatives du gĂ©nie cosmopolite de Rameau. Ici, sous un fond des cordes faisant penser aux procĂ©dĂ©s typiques du baroque tardif romain, Rameau ajoute les plus impressionnantes harmonies au chant des trois solistes, crĂ©ant en effet un Ă©difice musical dont la structure en elle-mĂŞme charme l’ouĂŻe et stimule l’intellect. HervĂ© Niquet dirige un orchestre Ă  la rĂ©activitĂ© et au brio Ă©vidents mais parfois galants. MĂŞme si nous trouvons qu’il aurait pu gagner en audace, l’orchestre suit la partition Ă  la lettre et sert l’œuvre, qui, malgrĂ© les passages novateurs et de grande beautĂ© (pensons toujours aux vents incroyables, en particulier les bassons si bien aimĂ©s de Rameau) donne parfois une sensation de … monotonie.

La jeune distribution offre une prestation vocale rĂ©ussie. Les faux gĂ©meaux sont interprĂ©tĂ©s par John Tessier en Castor et Edwin Crossley-Mercer en Pollux. Si le Castor de Tessier a un certain charme, il ne dĂ©passe pas les limites du personnage moins dĂ©veloppĂ© que son frère divin. Son ariette virtuose « Quel bonheur règne dans mon âme » est interprĂ©tĂ© avec une certaine rĂ©serve, ce qui fait du morceau un moment de beautĂ© certes mais qui manque d’Ă©clat.  Edwin Crossley-Mercer a des pages plus riches et plus intĂ©ressantes. Sa performance est allĂ©chante par la singularitĂ© de son timbre et une technique solide. Sa beautĂ© plastique ne distrait donc pas, au contraire, elle paraĂ®t ĂŞtre en l’occurrence l’expression visuelle et naturelle de ses talents musicaux. Omo Bello dans le rĂ´le de TĂ©laĂŻre, mĂŞme si elle pouvait valoriser ses atouts avec un coach pour raffiner encore son articulation de la langue française, offre incontestablement une prestation d’une grande dignitĂ©. Sa fausse lamentation au 2e acte « Tristes apprĂŞts, pâles flambeaux » est l’ un des plus beaux moments de la soirĂ©e, un grand moment au sein du catalogue Rameau en vĂ©ritĂ©. Nous ne pouvons pas rester insensibles Ă  la riche couleur vocale de la soprano d’origine NigĂ©rienne; elle remplit la salle facilement par l’ampleur du chant et captive l’auditoire par une prestance indĂ©niable. Remarquons Ă©galement la prestation de Hasnaa Bennani et Michèle Losier en ClĂ©one et PhoebĂ©, toutes deux charmantes et touchantes, avec une belle prĂ©sence sur le plateau. La dernière chante le fabuleux trio de l’acte 4 « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » avec une vivacitĂ© et un entrain confondants ! Finalement remarquons la superbe performance de Reinoud van Mechelen en Mercure (un spartiate et un athlète), il participe aussi Ă  ce trio Ă©tonnant et fait preuve d’un grand talent. Nous avons Ă©tĂ© tout particulièrement saisis par son interprĂ©tation de l’ariette virtuose de l’athlète Ă  la fin du 2e acte « Eclatez, fières trompettes », oĂą il se distingue par ses vocalises hĂ©roĂŻques, par l’attaque franche et prĂ©cise, la candeur toute fraĂ®che de son timbre.

La mise en scène de Christian Schiaretti, qui dit dans le programme que son mĂ©tier est un art mineur (!), n’arrive pas Ă  surprendre. Rudy Sabounghi signe des dĂ©cors très Ă©lĂ©gants… du théâtre. En fait, sauf exceptions, la plus remarquable celle aux Enfers du 4e acte, le plateau realise une imitation du Théâtre des Champs ElysĂ©es, avec les peintures de Bourdelle et mĂŞme la coupole de Maurice Denis. Le tout très beau, très Ă©lĂ©gant, mĂŞme si l’idĂ©e n’est pas originale (pensons, entre autres, au Capriccio de Robert Carsen avec les dĂ©cors du Palais Garnier). L’Ă©quipe artistique a souhaitĂ© insister sur l’idĂ©e d’abstraction, sans vraiment transposer, ni recrĂ©er non plus. Un sorte d’arte povera superbement maquillĂ©e, certes, mais … pauvre. Les acteurs-chanteurs sont souvent statiques malgrĂ© la multitude des rythmes de la pièce ; ils n’arrivent pas non plus Ă  Ă©voquer l’esprit altier de la tragĂ©die. Que dire du chorĂ©graphe Andonis Foniadakis qui met en mouvement 10 danseurs aux talents confirmĂ©s ? Les danses sont aussi belles et abstraites que hasardeuses ; elles n’Ă©clairent la narration que très rarement. Or, quand elles le font, l’effet est frappant (nous pensons surtout au 4e acte aux Enfers, avec le dĂ©doublement de Castor et de Pollux, le premier devant la scène, le dernier, dont on ne voit que l’ombre, derrière ; ou encore Ă  un pas de deux reprĂ©sentant l’amour des gĂ©meaux plein d’Ă©motion).

Nonobstant nos rĂ©serves,   il faut courrir dĂ©couvrir cette production: les opĂ©ras baroques mis en scène au Théâtre des Champs-ElysĂ©es, restent rares : une exception d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau. Attendez-vous Ă  une musique et des chĹ“urs Ă©poustouflants ; un orchestre, des chanteurs et danseurs très investis! A voir au TCE, Paris : les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. VOIR aussi notre CLIP vidĂ©o exclusif

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production…NĂ©oclassique comme peuvent l’ĂŞtre Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opĂ©ra français impĂ©rial. NapolĂ©on premier auditeur de l’ouvrage avant sa crĂ©ation parisienne reste admiratif vis Ă  vis de la maĂ®trise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hĂ©site pas Ă  nourrir la texture et le format de l’orchestre, mĂŞme Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini après Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Ĺ“uvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prĂŞtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de gĂ©ant !… Quelle mĂ©lodie jusque dans les rĂ©citatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’OcĂ©an.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scène.

Hector Berlioz, dans sa 12è SoirĂ©e des SoirĂ©es de l’orchestre ne faiblit d’Ă©loges quant Ă  l’oeuvre de son confrère compositeur.  Le style frĂ©nĂ©tique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute Ă©vidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique Ă  l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux cĂ´tĂ©s de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), tĂ©moigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands Ă©vĂ©nements lyriques du XIXè, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dès sa crĂ©ation.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et dĂ©clamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancĂ©es pendant la composition de son opĂ©ra : après une annĂ©e de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, devant l’Empereur et JosĂ©phine, le 14 dĂ©cembre 1807.  Verve, Ă©clat, grâce, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaĂ®nent les Ă©loges face Ă  une oeuvre forte, emblĂ©matique du goĂ»t de la France impĂ©riale et romantique, au dĂ©but du XIXème. Par ses nombreux motifs et citations empruntĂ©s Ă  l’antiquitĂ© romaine, l’opĂ©ra de Spontini, protĂ©gĂ© de JosĂ©phine, offre un ouvrage stylistiquement accordĂ© Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale façonnĂ©e par NapolĂ©on.

 

Servi par Melle Branchu (grande habituĂ©e des rĂ´les tragiques Ă  l’OpĂ©ra de Paris) dans le rĂ´le de  la vestale Julia, l’opĂ©ra triomphe grâce aux tempĂ©raments vocaux que la production a su regrouper pour la crĂ©ation parisienne. PortĂ© par le succès de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie crĂ©Ă©e elle aussi triomphalement au Théâtre du Vaudeville, oĂą la jeune vestale Julia devient Julie, ouvrière dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui Ă  la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempĂ©rament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scène parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE Ă  Paris

Le TCE prĂ©sente la version parisienne de la crĂ©ation en français.  Julia, vestale obligĂ©e Ă  la soumission Ă  l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidèle Ă  son serment de virginitĂ© malgrĂ© la passion que lui voue le gĂ©nĂ©ral vainqueur Licinius. C’est au dĂ©but du siècle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’Ă  la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni dĂ©calĂ©e, que met en lumière l’Ă©pure tragique d’un plateau dĂ©nudĂ© … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le théâtre classique tragique. Tout en soulignant le tempĂ©rament de chaque protagoniste et l’intensitĂ© des confrontations dramatiques, la lecture prĂ©sentĂ©e sur la scène du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprĂ©sent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prĂŞtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrĂ©e et mĂ©langĂ©e, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’œuvre “ainsi que le prĂ©cise le metteur en scène.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
Durée de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scène

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
Chœur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, à gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le général Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  père disparu et s’est engagée à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est désignée pour remettre au général Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir même, bien décidé à  l’enlever.

acte II
L’intérieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrée sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci résiste à la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnée à mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilitĂ©. Julia nie ces allĂ©gations et entre dans la tombe pour y ĂŞtre enterrĂ©e vivante. Elle dĂ©pose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un Ă©clair. C’est le signe que la  dĂ©esse lui pardonne. PardonnĂ©e, Julia peut Ă©pouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de Vénus à Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est célébré dans la joie.

RADIO. Donizetti:La Favorite. Le 23 février 2013,19h30

RADIO. Donizetti:La Favorite. Le 23 février 2013,19h30

France Musique diffuse une nouvelle production de La Favorite de Donizetti

Gaetano Donizetti

La Favorite, 1840

Créée pour Paris (donc conçue en français) en décembre 1840, avec la légendaire Rosine Stoltz dans le rôle clé de Léonor de Guzman, La Favorite de Donizetti est un ouvrage, noble, sérieux, tragique et historique (l’action se déroule en Castille au XIVè siècle sur l’île de Léon et à Séville), et demeure l’aboutissement de la carrière de Donizzetti à Paris. Après Rossini et Bellini, et comme Verdi, Gaetano entend inscrire son nom en lettres d’or sur le boulevard parisien, tout auréolé d’une gloire non usurpée depuis ses précédents triomphes dont surtout La Fille du régiment, dans la veine plutôt comique et légère. Mais l’incarnation de Rosine Stoltz dans le rôle de Léonor fut si marquant que beaucoup de peintres, photographes (dont Nadar) et illustrateurs de l’époque (en couverture le duo Léonor et Fernand par Lépaulle) firent le portrait de l’interprète inspirée.

Aborder le grand opéra français

stoltz_favorite_donizettiAprès Les martyrs (en italien) Donizetti aborde et réussit le grand opéra français. C’est pour l’auteur de La Favorite une acceptation mieux assumée de sa part sombre et mélancolique… A partir des sources historiques espagnoles, Donizetti réécrit le profil des personnages clés, – ceux de l’histoire amoureuse du jeune Alphonse XI avec Leonor de Guzman-, afin de nourrir et sublimer son propre drame romantique au point de ciseler en particulier leurs accents pathétique et tragiques… De toute évidence, le génie du musicien vient d’un traitement fluide et naturel du genre historique: il a su créer des figures humaines et individuelles d’une intense vérité ; il est en cela très proche de Verdi. A Paris, Donizetti est prêt à affronter toutes les difficultés et obstacles pour monter dans le sein des sein, la “grande boutique ” dont a parlé Verdi, son opéra… L’unité et la cohérence de l’ouvrage tiennent pour leur part au fait que les librettistes de La Favorite, Royer et Vaëz au travail, ont bénéficié du concours d’Eugène Scribe soi-même… Le succès à l’opéra s’écrit aussi grâce aux chanteurs, ainsi le quatuor vocal de la création est porté par l’étoile lyrique, Rosine Stoltz dans le rôle de l’héroïne romantique, véritable perle et torche vocale capable de susciter l’enthousiasme du public… et en particulier celle de Berlioz qui dans Les Grotesques de la Musique, ne cache pas son admiration pour la finesse et l’expressivité de l’interprète.

Lire aussi le numéro spécial La Favorite de Donizetti publié par L’Avant Scène Opéra n°271 (novembre 2012)

Diffusion France Musique le 23 février 2013, 19h30
Donizetti: La Favorite, nouvelle production
Paris, TCE, Théâtre des Champs Elysées
Valérie Nègre, mise en scène
Paolo Arrivabeni, direction
Orchestre National de France
Avec Alice Coote, Celso Albelo, Ludovic Tézier, Carlo Colombara, Loïc Félix, Judith Gauthier…nouvelle production présentée à
Paris, TCE, en février 2013

Illustration: Rosine Stoltz, diva romantique adulée de son vivant…

Donizetti: La Favorite,1840

OPERA. Donizetti:La Favorite. Paris,TCE,7-19 février 2013

Gaetano Donizetti

La Favorite, 1840

CrĂ©Ă©e pour Paris (donc conçue en français) en dĂ©cembre 1840, avec la lĂ©gendaire Rosine Stoltz dans le rĂ´le clĂ© de LĂ©onor de Guzman, La Favorite de Donizetti est un ouvrage, noble, sĂ©rieux, tragique et historique (l’action se dĂ©roule en Castille au XIVè siècle sur l’Ă®le de LĂ©on et Ă  SĂ©ville), et demeure l’aboutissement de la carrière de Donizzetti Ă  Paris. Après Rossini et Bellini, et comme Verdi, Gaetano entend inscrire son nom en lettres d’or sur le boulevard parisien, tout aurĂ©olĂ© d’une gloire non usurpĂ©e depuis ses prĂ©cĂ©dents triomphes dont surtout La Fille du rĂ©giment, dans la veine plutĂ´t comique et lĂ©gère. Mais l’incarnation de Rosine Stoltz dans le rĂ´le de LĂ©onor fut si marquant que beaucoup de peintres, photographes (dont Nadar) et illustrateurs de l’Ă©poque (en couverture le duo LĂ©onor et Fernand par LĂ©paulle) firent le portrait de l’interprète inspirĂ©e.

Aborder le grand opéra français

stoltz_favorite_donizettiAprès Les martyrs (en italien) Donizetti aborde et rĂ©ussit le grand opĂ©ra français. C’est pour l’auteur de La Favorite une acceptation mieux assumĂ©e de sa part sombre et mĂ©lancolique… A partir des sources historiques espagnoles, Donizetti rĂ©Ă©crit le profil des personnages clĂ©s, – ceux de l’histoire amoureuse du jeune Alphonse XI avec Leonor de Guzman-, afin de nourrir et sublimer son propre drame romantique au point de ciseler en particulier leurs accents pathĂ©tique et tragiques… De toute Ă©vidence, le gĂ©nie du musicien vient d’un traitement fluide et naturel du genre historique: il a su crĂ©er des figures humaines et individuelles d’une intense vĂ©ritĂ© ; il est en cela très proche de Verdi. A Paris, Donizetti est prĂŞt Ă  affronter toutes les difficultĂ©s et obstacles pour monter dans le sein des sein, la “grande boutique ” dont a parlĂ© Verdi, son opĂ©ra… L’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’ouvrage tiennent pour leur part au fait que les librettistes de La Favorite, Royer et VaĂ«z au travail, ont bĂ©nĂ©ficiĂ© du concours d’Eugène Scribe soi-mĂŞme… Le succès Ă  l’opĂ©ra s’Ă©crit aussi grâce aux chanteurs, ainsi le quatuor vocal de la crĂ©ation est portĂ© par l’Ă©toile lyrique, Rosine Stoltz dans le rĂ´le de l’hĂ©roĂŻne romantique, vĂ©ritable perle et torche vocale capable de susciter l’enthousiasme du public… et en particulier celle de Berlioz qui dans Les Grotesques de la Musique, ne cache pas son admiration pour la finesse et l’expressivitĂ© de l’interprète.

Lire aussi le numĂ©ro spĂ©cial La Favorite de Donizetti publiĂ© par L’Avant Scène OpĂ©ra n°271 (novembre 2012)

Donizetti: La Favorite, nouvelle production
Paris, TCE, Théâtre des Champs Elysées
Valérie Nègre, mise en scène
Paolo Arrivabeni, direction
Orchestre National de France
Avec Alice Coote, Celso Albelo, Ludovic TĂ©zier, Carlo Colombara, LoĂŻc FĂ©lix, Judith Gauthier…6 reprĂ©sentations parisiennes
Paris, TCE, les 7,9,12,14,17,19 février 2013
Diffusion France Musique le 23 février 2013, 19h30
Illustration: Rosine Stoltz, diva romantique adulĂ©e de son vivant…