LILLE : l’Orchestre National joue la Symphonie Résurrection de Mahler

MAHLER Symphonies symphonies critique review classiquenews _gustav-mahler-grandhotel-toblach-dobbiaco_c36864daebLILLE, ONL. 28 fév 2019 : MAHLER : Résurrection. La Symphonie n°2 de Gustav Mahler est un prolongement naturel de la 9è de Beethoven : pour solistes et choeur, l’arche orchestrale exprime la vie restaurée, une rémission espérée, attendue ardemment par un compositeur qui nous invite à en parcourir tout le cheminement, de jalon en jalon, – à travers les 5 mouvements, explicités par le texte (écrit par Mahler lui-même) qui un hymne éperdu à la grâce divine, réconfortant le pèlerin, perdu, éprouvé sur la route de l’existence.
La partition est achevé en juin 1895 : Mahler l’a affinée comme chaque été, dans sa cabane de Steinbach, son fameux « Hauschen » (la cabane), le spectacle de la miraculeuse nature lui insufflant les germes de l’inspiration, comme le cri de 2 corneilles lui ont soufflé la mélodie du Finale : on ne saurait imaginer plus étroite connivence entre le créateur et la nature, les oiseaux.

 

 

 

BERLIN, 1895 : Symphonie de l’élévation
L’ivresse des hauteurs après l’Apocalypse

 

 

 

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsC’est l’époque où Mahler rencontre Brahms puis à Bayreuth à l’invitation de Cosima, assiste au représentation de Parsifal, Lohengrin, Tannhäuser (sous la direction de Richard Strauss). L’orchestration du Finale de la Symphonie Résurrection est réalisée dans ce contexte musical. L’ouvrage est créé à ses frais et dans son intégralité à Berlin le 13 décembre 1895. Pour se faire il choisit lui-même la cloche qui doit résonner dans le dernier mouvement, celui de libération et d’apothéose dans la lumière. Le public boude le concert et il a fallu distribuer des billets gratuitement pour remplir la salle. Musiciens et élèves du conservatoire assistent médusés au Finale, le chant de l’oiseau de la mort qui plane, puis les premiers murmures du chœur final en sa sublime prière ultime, vraie élévation, de la terre au paradis. Ainsi les épreuves passées sont le tremplin au salut, le passage vers l’éternité bienheureuse.
Si les spectateurs sont touchés, les critiques fustigent en général une écriture pompeuse, grandoliquente qui manque de personnalité, empruntant trop aux anciens Meyerbeer et Wagner en tête. Les contrastes « durs », les vertiges spectaculaires déconcertent et même agacent une bonne partie des soit disants spécialistes…lesquels ne détectent pas la modernité d’une écriture dont ils dénoncent la « fausse nouveauté ». Rare, Humperdinck, que Mahler avait invité, adresse au compositeur, une lettre admirative.

Itinéraire de la Symphonie n°2 « Résurrection »
Mahler a laissé un texte qui explique le sens de sa symphonie de 1895. On peut y retrouver les élans et passions qui ont inspiré sa symphonie n°1 Titan. Le premier mouvement évoque les funérailles du héros qui s’est battu – il évoque son bonheur terrestre (2è mouvement), mais aussi l’incrédulité et l’esprit de négation qui l’ont saisi jusqu’à douter de tout même de Dieu (Scherzo). Mais l’espoir revient (4è mouvement). Et le Finale (5è et dernier mouvement) décide de son sort car il évoque avec terreur et vertige l’Apocalypse, les déchus et les damnés qui hurlent, la chute de tous les hommes trop corrompus et lâches… (fracas et cri des cuivres) ; puis dans le silence, se précise le chant de l’oiseau (le rossignol porteur de la vie terrestre) et le chœur des anges qui chante l’ivresse salvatrice de la résurrection (« tu ressusciteras! ») : l’amour submerge le cœur des élus et des méritants ; le bonheur éternel apparaît comme une porte céleste attendue, espérée.

Portés par le cycle des 9 symphonies de Mahler, amorcé au début de ce mois de février par la Symphonie n°1 Titan (LIRE notre critique / concert du 1er février 2019), Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille relisent avec une rare ardeur, l’écriture de Mahler, génie symphonique du XXè. Cet unique concert le dernier soir de février 2019 s’annonce comme un nouveau jalon majeur du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre Bloch. 2è volet du cycle Mahler à Lille, incontournable.

LILLE, Nouveau Siècleboutonreservation
Jeudi 28 février 2019, 20h

MAHLER : Symphonie n°2 « Résurection »
Miah Persson, soprano / Christianna Stotijn, mezzo-soprano
Orchestre National de Lille
Philharmonia Chorus
Alexandre Bloch, direction

 

 

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/

A 18h45, rencontre mahlérienne insolite
entrée libre muni du billet du concert de 20h

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APPROFONDIR
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LIRE AUSSI notre présentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Kubelik (1979) :
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-symphonie-n1-titan-kubelik/

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

9ème Symphonie de Gustav Mahler à l'Opéra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (été 2013, Saintes)
http://www.classiquenews.com/reportage-video-le-joa-jeune-orchestre-atlantique-interprete-la-titan-de-mahler-sous-la-direction-de-philippe-herreweghe-juillet-2013/
Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprète la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonorités étranges et familières, à la fois autobiographiques donc intérieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spécifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche très attendue des textures et étagements malhériens. A Saintes, lieu de résidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se réalise sur une partition majeure du … XXème siècle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immédiatement, ainsi au diapason d’une subjectivité à l’échelle du cosmos, établissent de nouvelles règles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son … en route pour la modernité complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXème siècle ! Concert incontournable. Grand reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM

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LILLE, ONL. 28 fév 2019 : MAHLER : Résurrection. Suite du cycle Mahler par l’ONL : La Symphonie n°2 de Gustav Mahler@CLASSIQUENEWS

LILLE : l’Orchestre National joue la Résurrection de Mahler

MAHLER Symphonies symphonies critique review classiquenews _gustav-mahler-grandhotel-toblach-dobbiaco_c36864daebLILLE, ONL. 28 fév 2019 : MAHLER : Résurrection. La Symphonie n°2 de Gustav Mahler est un prolongement naturel de la 9è de Beethoven : pour solistes et choeur, l’arche orchestrale exprime la vie restaurée, une rémission espérée, attendue ardemment par un compositeur qui nous invite à en parcourir tout le cheminement, de jalon en jalon, – à travers les 5 mouvements, explicités par le texte (écrit par Mahler lui-même) qui un hymne éperdu à la grâce divine, réconfortant le pèlerin, perdu, éprouvé sur la route de l’existence.
La partition est achevé en juin 1895 : Mahler l’a affinée comme chaque été, dans sa cabane de Steinbach, son fameux « Hauschen » (la cabane), le spectacle de la miraculeuse nature lui insufflant les germes de l’inspiration, comme le cri de 2 corneilles lui ont soufflé la mélodie du Finale : on ne saurait imaginer plus étroite connivence entre le créateur et la nature, les oiseaux.

BERLIN, 1895 : Symphonie de l’élévation
L’ivresse des hauteurs après l’Apocalypse

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsC’est l’époque où Mahler rencontre Brahms puis à Bayreuth à l’invitation de Cosima, assiste au représentation de Parsifal, Lohengrin, Tannhäuser (sous la direction de Richard Strauss). L’orchestration du Finale de la Symphonie Résurrection est réalisée dans ce contexte musical. L’ouvrage est créé à ses frais et dans son intégralité à Berlin le 13 décembre 1895. Pour se faire il choisit lui-même la cloche qui doit résonner dans le dernier mouvement, celui de libération et d’apothéose dans la lumière. Le public boude le concert et il a fallu distribuer des billets gratuitement pour remplir la salle. Musiciens et élèves du conservatoire assistent médusés au Finale, le chant de l’oiseau de la mort qui plane, puis les premiers murmures du chœur final en sa sublime prière ultime, vraie élévation, de la terre au paradis. Ainsi les épreuves passées sont le tremplin au salut, le passage vers l’éternité bienheureuse.
Si les spectateurs sont touchés, les critiques fustigent en général une écriture pompeuse, grandoliquente qui manque de personnalité, empruntant trop aux anciens Meyerbeer et Wagner en tête. Les contrastes « durs », les vertiges spectaculaires déconcertent et même agacent une bonne partie des soit disants spécialistes…lesquels ne détectent pas la modernité d’une écriture dont ils dénoncent la « fausse nouveauté ». Rare, Humperdinck, que Mahler avait invité, adresse au compositeur, une lettre admirative.

Itinéraire de la Symphonie n°2 « Résurrection »
Mahler a laissé un texte qui explique le sens de sa symphonie de 1895. On peut y retrouver les élans et passions qui ont inspiré sa symphonie n°1 Titan. Le premier mouvement évoque les funérailles du héros qui s’est battu – il évoque son bonheur terrestre (2è mouvement), mais aussi l’incrédulité et l’esprit de négation qui l’ont saisi jusqu’à douter de tout même de Dieu (Scherzo). Mais l’espoir revient (4è mouvement). Et le Finale (5è et dernier mouvement) décide de son sort car il évoque avec terreur et vertige l’Apocalypse, les déchus et les damnés qui hurlent, la chute de tous les hommes trop corrompus et lâches… (fracas et cri des cuivres) ; puis dans le silence, se précise le chant de l’oiseau (le rossignol porteur de la vie terrestre) et le chœur des anges qui chante l’ivresse salvatrice de la résurrection (« tu ressusciteras! ») : l’amour submerge le cœur des élus et des méritants ; le bonheur éternel apparaît comme une porte céleste attendue, espérée.

Portés par le cycle des 9 symphonies de Mahler, amorcé au début de ce mois de février par la Symphonie n°1 Titan (LIRE notre critique / concert du 1er février 2019), Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille relisent avec une rare ardeur, l’écriture de Mahler, génie symphonique du XXè. Cet unique concert le dernier soir de février 2019 s’annonce comme un nouveau jalon majeur du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre Bloch. 2è volet du cycle Mahler à Lille, incontournable.

 

 

 

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LILLE, Nouveau Siècleboutonreservation
Jeudi 28 février 2019, 20h

MAHLER : Symphonie n°2 « Résurection »
Kate Royal, soprano / Christianna Stotijn, mezzo-soprano
Orchestre National de Lille
Philharmonia Chorus
Alexandre Bloch, direction

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/

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A 18h45, rencontre mahlérienne insolite
entrée libre muni du billet du concert de 20h

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LIRE AUSSI notre présentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Kubelik (1979) :
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-symphonie-n1-titan-kubelik/

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

9ème Symphonie de Gustav Mahler à l'Opéra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (été 2013, Saintes)
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Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprète la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonorités étranges et familières, à la fois autobiographiques donc intérieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spécifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche très attendue des textures et étagements malhériens. A Saintes, lieu de résidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se réalise sur une partition majeure du … XXème siècle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immédiatement, ainsi au diapason d’une subjectivité à l’échelle du cosmos, établissent de nouvelles règles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son … en route pour la modernité complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXème siècle ! Concert incontournable. Grand reportage vidéo CLASSIQUENEWS.COM

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Rachmaninov : Symphonie n°2

Rachmaninov, jeune génie lyrique !ARTE, dim 10 fév 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (à 18h30, Maestro). En mi mineur opus 21, la 2è Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur à l’écriture, après son échec traumatisant dû aux critiques émises à la création de sa première symphonie. Créée à Saint-Pétersbourg en mars 1897, la Première Symphonie mal dirigée par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisé) suscite les vives reproches de César Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) à qui tout semblait sourire… A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragé par Tchaikovski et qui a à son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opéra Aleko, 1893) reprend goût à la création : en découlent après Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblème d’un équilibre enfin recouvré. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempérament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intéresse à cette œuvre liée à son histoire. Le chef invité Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistré en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0Créée en 1908 à Saint-Pétersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une période féconde qui réalise aussi le poème orchestral l’île des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portée par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrésistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composées. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacité qui inféode le développement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthèse portée par la beauté de sa cantilène, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thème principal du premier mouvement) / Allegro vivace

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fév 2019 à 18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durée : 43 mn.

 

 

 

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LIRE notre dossier spécial les opéras de Rachmaninov
http://www.classiquenews.com/les-operas-de-rachmaninov-alenko-le-chevalier-ladre-dossier-special/

LIRE d’autres articles dédiés à Rachmaninov sur classiquenews
http://www.classiquenews.com/tag/rachmaninov/

 

 

 

 

 

 

Tugan Sokhiev dirige la 2ème de Brahms

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekARTE. Dimanche 29 mai 2016, 18h30. Tugan Sokhiev joue la 2ème Symphonie de Brahms. Suivez la grue volante… Le programme intéresse autant les techniciens que la question : comment filmer aujourd’hui un concert symphonique ?, taraude, que les mélomanes, brahmsiens déclarés. Quand la prouesse technique rencontre la virtuosité musicale : un seul plan-séquence pour la “Symphonie n°2″ de Brahms, interprétée par l’Orchestre symphonique allemand de Berlin, dirigé par l’actuel directeur musical du Capitole de Toulouse, le chef ossète Tugan Sokhiev. C’est une expérience unique : filmer la Symphonie n° 2 en ré majeur opus 73 de Brahms en un seul plan-séquence ! Dans une ancienne usine transformée en salle de concert, une caméra fixée à une grue survole l’orchestre et ose les plans rapprochés sur les instrumentistes. Vertigineux et enivrant.

Symphonie n°2 de Johannes Brahms (1833-1897)

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsL’écriture symphonique remonte dans la carrière de Brahms au milieu des années 1850, quand le jeune compositeur (17 ans), esquisse déjà ce qui sera sa Première Symphonie, (achevée en 1876, après l’écriture de ses Variations sur un thème de Haydn). La deuxième Symphonie est conçue en 1877, le compositeur est alors âgé de 44 ans. La partition est contemporaine de son Concerto pour violon. Avant de commencer l’écriture de ses deux dernières Symphonies, Brahms, fixé à Vienne depuis 1862, dirige la Société des Amis de la musique de Vienne jusqu’en 1875. Il rencontre Dvorak en 1878 et l’encourage à poursuivre sa carrière de compositeur, enfin écrit son chef-d’oeuvre, le Deuxième Concerto pour piano et orchestre en 1881. Les Troisième puis Quatrième Symphonies suivent le sillon tracé par son Concerto pour piano: ses derniers opus symphoniques l’occupent de 1883 à 1885. Brahms opère une synthèse entre les grands romantiques qui l’ont immédiatement précédé, de Beethoven à Schubert et Schumann, mais il revisite aussi les anciens dont Haydn. Artisan de la musique pure, intensément romantique, le compositeur a su puiser au carrefour de caractères, traditions, sensibilités aussi distincts que nécessaires au renouvellement de l’écriture symphonique: héroïsme confictuel de Beethoven, mélodie chantante et populaire héritées de Schubert, emportement dynamique de Schumann. Comme ce dernier dont il fut un admirateur assidu (il restera après la mort du compositeur, très proche de Clara Schumann, sa vie durant), Brahms compose quatre Symphonies quand Beethoven puis Mahler illustrent un cycle de neuf. Le compositeur attend d’atteindre la quarantaine, pour disposer avant de se lancer dans la première série symphonique, d’une expérience sûre, éprouvée pendant la composition de son Premier Concerto pour piano, de ses deux Sérénades et des Variations sur un thème de Haydn. L’inspiration se réalise par couples d’oeuvres: Brahms écrivant ses deux premières symphonies dans la tranche 1876-1877, puis ses deux ultimes, entre 1883 et 1885. Après la Première Symphonie, la deuxième confirme une autonomie vis à vis du modèle betthovénien. Le Scherzo est remplacé par un mouvement de caractère, à l’inspiration puissante et personnelle qui se souvient de Schubert. Souvent, Brahms situe son mouvement lent en deuxième position alors qu’il occupe la troisièm place chez ses confrères.

Symphonie n°2 en ré majeur opus 73
Hans Richter dirige la création à Vienne, le 30 décembre 1877. Amorcée dès la fin de la Première Symphonie, la partition est dans sa majorité écrite pendant l’été 1877 que Brahms passe en Carinthie (à Portschach sur le Wörtersee). L’engouement pour l’oeuvre est immédiat et supérieur à sa Symphonie précédente. La séduction du premier mouvement d’un entendement plus facile a favorisé son succès.

Plan. Allegro non troppo: Les cors imposent la coloration d’ensemble: noblesse, majesté, sérénité. Même si le caractère de valse du second thème souligne l’allant et l’énergie lyrique, l’écriture de Brahms n’en demeure pas moins liée à un sentiment sombre et grave en rapport avec sa filiation nordique (Brahms est né sur la façade septentrionale de l’Allemagne: à Hambourg, port ouvert sur la Baltique). Adagio ma non troppo: voilà, le mouvement lent le plus réussi de l’univers brahmsien. L’orchestration préserve le dialogue entre les pupitres: cordes et bois. Allegretto grazioso, quasi andantino: ici, s’impose simplement l’esprit de la danse (de nature populaire comme un ländler) dont le souci de la variation, énoncée de façon dynamique, rappelle Beethoven. Allegro con spirito: l’ample développement du finale atteste ce désir et ce sentiment d’équilibre qui ont inauguré le premier mouvement de la Symphonie. Proche pour certains analystes, de la Symphonie Jupiter, l’oeuvre exhalerait un souffle éminemment classique, voire “un sang mozartien”.

Rediffusion : vendredi 10 juin 2016, 5h25.

Symphonie n°2 “Le Double” de Dutilleux

Centenaire Dutilleux : 1916 - 2016France Musique. Dimanche 24 janvier 2016, 14h. Symphonie Le Double de Dutilleux. Souhaitons que 2016 soit enfin l’année de la reconnaissance du génie de Dutilleux, immense compositeur français du plein XXè (c’est à dire de la seconde moitié, après la seconde guerre mondiale), esprit juste et militant humaniste auquel la Mairie de paris entre autres, doit un hommage en forme de réhabilitation après le procès honteux qui lui fut fait en 2015… France Musqiue a bien raison, centenaire oblige, de dédier un numéro de sa Tribune des critiques à l’éblouissante 2è Symphonie dite ” Le Double”. Le titre inscrit comme c’est souvent le cas chez Dutilleux, l’acte musical en étroite correspondance avec la poésie.

 

 

 

Analyse de la Symphonie n°2 “Le Double” d’Henri Dutilleux (1959)

Ombre, mystère, métamorphose….

 

 

Pour les 75 ans de l’Orchestre de Boston, la fondation Serge Koussevitzky commande au compositeur français, une partition ample et profonde à l’architecture ciselée. Dutilleux s’attèle à sa composition en 1957, et livre le manuscrit finalisé pour la création, par l’Orchestre de Boston dirigé par Charles Münch le 11 décembre 1959 à Boston. Utilisant le principe baroque du Concerto Grosso (deux ensembles instrumentaux au format différent, un grand et un petit selon la formule fixée par Corelli et reprises par Haendel entre autres), Dutilleux écrit pour un orchestre divisée par deux groupes, exploitant toutes les ressources possibles en vu d’un enrichissement polyrythmique et polyphonique. C’est une construction en miroir, l’un étant toujours doublé par son pendant, son double… d’où le titre de la pièce symphonique : 1 personnage en deux profils complémentaires. Rompant avec l’usage baroque, Dutilleux s’est expliqué dans la volonté de s’affranchir de toute référence néoclassique (même si parmi le petit cercle instrumental paraît un clavecin). Il s’agit bien de repenser la forme d’un orchestre dédoublé, aux deux groupes actifs, dialoguant, s’opposant, jouant simultanément par fusion, par différenciation… En un jeu trouble, Dutilleux exploite le principe de la variation à l’extrême. La fragmentation, les retours en arrières et donc réitérations semblent diluer le plan et le développement de la symphonie… Il n’en est rien car la construction thématique et harmonique  s’affirme peu à peu d’une façon très subtile suivant un schéma précis : tonique si (1er mouvement) ; oscillation entre ut dièse, mi bémol majeur et mineur dans le 2 ; ut dièse mineur pour la conclusion. D’une sensibilité superlative souvent jubilatoire, l’écriture de Dutilleux confirme ici ses qualités emblématiques : le goût pour l’ombre, le mystère ; les clairs obscurs à la Caravage ; l’ambivalence et l’allusion. Le thème de la métamorphose traverse en particulier toute la symphonie n°2 de 1959 : la partition Le Double annonce évidemment Les Métaboles par son fini halluciné et émerveillé. Que Dutilleux ait ou non recycler ici et le sérialisme de Schönberg (mais en plus détendu et comme rasséréné) et aussi Stravinsky (par sa saisissante maîtrise polyrythmique), la Symphonie le Double affirme alors en 1959, sa pensée, son geste, comme créateur original et puissant, qui a 43 ans (soit près de 20 ans après son Prix de Rome en 1938) confirme qu’il est définitivement mûr.

Un premier ensemble de 12 instrumentistes se place en demi cercle autour du chef ; le reste de l’effectif orchestral les entoure. D’une durée indicative moyenne de moins de 30 minutes, la Symphonie le Double est en 3 mouvements.

Animato ma misterioso ; Andantino sostenuto ; Allegro fuocoso – calmato. Le rapport des deux derniers mouvements ouvrent une série de questionnements insolubles qui déterminent en vérité la portée poétique de la Symphonie et sa conception comme son architecture énigmatique. L’Andantino cultive un climat d’introspection mystérieuse pourtant suractive (métamorphose rythmique pendant son écoulement) qui a tendance à brouiller les pistes ; dans l’épisode final (Allegro), le plan s’éclaircit, le mouvement se précise : après la reprise du thème incantatoire (fuocoso), Dutilleux affirme la résolution se réalise après une strette animée sur un calmato salvateur, en renoncement, pacifié.

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 24 janvier 2016, 14h. Symphonie Le Double de Dutilleux. La Tribune des critiques de disques. Quelle version la plus convaincante du chef d’oeuvre symphonique de Dutilleux de 1959 ? Il semble que l’enregistrement par Charles Munch, créateur à Boston en 1959 reste inégalable… L’enregistrement fait partie du coffret DUTILLEUX 2016 : The Centenary Edition, édité par Erato / Warner classics (7 cd).

Henri Dutilleux : Symphonie n°2 Le double. Voir aussi la fiche de l’émission sur le site de France Musique.

http://www.francemusique.fr/emission/la-tribune-des-critiques-de-disques/2015-2016/symphonie-ndeg2-le-double-d-henri-dutilleux-01-24-2016-14-00

 

 

Premier Beethoven au TAP de Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 décembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au Théâtre Auditorium de Poitiers, ce 7 décembre 2015 où la fine caractérisation des instruments d’époque renouvelle notre perception des deux premières Symphonies et du Concerto en ré de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intéresse au Beethoven le plus fougueux, le plus libérateur celui qui des cendres encore chaudes de la Révolution, bâtit un nouvel ordre musical, poétique et esthétique offrant enfin au siècle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses défis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’éblouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intériorité restitue au Concerto en ré majeur, son étoffe émotionnelle tissée d’élan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancé secret de Thérèse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

 
 

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovénien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’époque fondé par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son répertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des années 1800 / 1803. Revenir à Beethoven reste pour un orchestre un défi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthétique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux éblouissants des inventeurs et des poètes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire à Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons définissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, héros des Lumières, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociétale, fruit de la société des Lumières et de la Révolution française (de facto, la n°3 “Héroïca”, créée en 1804,  porta comme première dédicace “Bonaparte”, le héros libérateur de la tyrannie des monarchies).

Critiquée pour sa fureur militaire qui déchirait les tympans plutôt qu’elle ne touchait le cœur, la Symphonie n°1 est encore très redevable à Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovénien, est dédié au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poète de la Création, l’oratorio prophétique et panthéiste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle ère (accord dissonant de septième de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3ème mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est déjà un véritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart.

La Seconde Symphonie de Beethoven prolonge les avancées de la n°1 : elle est contemporaine d’une grave crise dans la vie du compositeur : époque critique et dépressive mais aussi refondatrice de la pensée musicale telle qu’elle est alors rédigée dans le testament d’Heiligenstadt, marquant la maturité d’un auteur qui s’enfonce un peu plus dans la surdité. C’et le point culminant donc finale de la Symphonie Sonate héritée des Lumières, d’une joie enivrante malgré les événements tragiques de la vie intime. Ici, Beethoven parachève l’évolution de la Symphonie moderne : le Scherzo est nommément signifié et écrit sur le manuscrit (au lieu de “Menuet”). Une page est tournée dans le grand livre de la Symphonie beethovénienne…

Le Concerto pour violon en ré majeur opus 61, d’une architecture solaire, est contemporain de la Symphonie n°4 et des 3 Quatuors Razumowski : il est dédié au violoniste virtuose Franz Clement qui en assure la création le 23 décembre 1806. C’est l’heure de l’insuccès de l’opéra Fidelio et aussi des fiançailles secrètes avec Thérèse de Brunswiick en mai 1806. De fait relié à ce miracle de la vie intime, le Concerto pour violon est souvent considéré comme un poème amoureux, porté par le bonheur et la promesse d’un amour durable, comme en témoigne surtout la tonalité bienheureuse, extatique de mouvement central (Larghetto en sol majeur).

 
 
 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
Résa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs Elysées © A.Péquin

Poitiers, TAP. Philippe Herreweghe joue Mendelssohn et Brahms

kopatchinskaja patricia violon mendelssohnPoitiers, TAP. Mardi 21 avril 2015, 20h30. Philippe Herreweghe, Patricia Kopatchinskaia. Nouveau jalon finement ciselé sur le plan instrumental, de la saison symphonique à Poitiers.  Après les concertos de Schumann et Tchaïkovski, la saison symphonique au TAP de Poitiers se poursuit avec deux autres perles romantiques : le 21 avril, Philippe Herreweghe et les instrumentistes de l’Orchestre des Champs Elysées s’associent au feu ardent de la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaia qui, il y a huit ans à Poitiers avait déjà marqué les esprits dans le Concerto de Beethoven. Celle qui joue pieds nus, pour mieux sentir les vibrations du plateau transmises par les respirations et pulsions de l’orchestre, affirme depuis plusieurs années, une sensibilité féline d’une intensité rare. En seconde partie, l’Orchestre des Champs-Élysées interprète sur instruments d’époque la Symphonie n°2 de Brahms(composée plus de 30 ans après le Concerto de Mendelssohn), dans une configuration proche de la création par l’Orchestre de Meiningen.

 

 

 

Tendresse et lumière de Mendelssohn
Mendelssohn Felix-MendelssohnParadoxe de l’art: l’apparente virtuosité masque la simplicité lumineuse de la partition. Souvent, dans le Concerto pour violon n°2 de Mendelssohn, les interprètes ont l’habitude de forcer ou de souligner le brio. Or l’esprit de l’oeuvre ne le commande pas forcément. Les multiples acrobaties de l’archet, font oublier la vraie nature d’une partition tissée de sobriété, d’insouciance voire d’innocence rêveuse et lumineuse, de mesure. Composé de 1838 à 1844, le concerto fut créé par le violoniste Ferdinand David au Gewandhaus de Leipzig, le 13 mars 1845… Mendelssohn, alité, ne put assister à la création de son chef-d’oeuvre. Quand le compositeur fut rétabli, découvrant l’arche ardente et rayonnante de son oeuvre, sous les doigts de Josef Joachim, le 3 octobre 1847, il était presque trop tard… il devait s’éteindre le mois suivant, le 4 novembre 1847, à 38 ans.

 

 

 

Rage et passion de Brahms
brahms 280En Carinthie, Brahms (44 ans) achève sa lumineuse et tendre Symphonie n°2, créée par Hans Richter à Vienne en décembre 1877: le calme majestueux, d’une éloquence discrète, tendre, presque amoureuse du premier mouvement est un préambule très accessible: le raffinement de l’orchestration (bois, cuivres) renvoie à Beethoven tandis que l’écoulement narratif n’empêche pas une certaine grandeur musclée et carrée propre à la solidité finalement très nordique de Johannes; grave et tendre à la fois, là encore, le sub lime second mouvement est une confession amoureuse, pudique et sensible, d’une intensité rare (adagio ma non troppo : est ce l’hymne amoureux à l’aimée, Clara Schumann ?). Puis, le compositeur revient à la clarté rythmique beethovénienne dans l’Allegretto grazioso quasi andantino où l’esprit enjoué, innocent d’un ländler semble jaillir, premier, vif argent, souvenir aussi de la trépidation mendelssohnienne. C’est peu dire que l’éclat et le rire triomphal du dernier et quatrième mouvement (Allegro con spirito) rappellent le finale de la Jupiter de Mozart (jusqu’à la clarinette noble et élégante prise dans le flux d’une lumineuse envolée). Là aussi, cet amour pour le classicisme distingue l’écriture de Brahms: une vitalité qui traverse tous les pupitres que les chefs gagnent à ne jamais jouer ni tendu ni épais.

 

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP. Mardi 21 avril 2015, 20h30.
Brahms, Mendelssohn
Orchestre des Champs-Élysées

Philippe Herreweghe, direction
Patricia Kopatchinskaia, violon

Felix Mendelssohn : Concerto pour violon en mi mineur op. 64
Johannes Brahms : Symphonie n°2 en ré majeur op. 73

Illustration : Patricia Kopatchinskaja (© Marco Borggreve)

 

 

 

 

CD. Elgar : Symphonie n°2 (Barenboim, 2013)

elgar symphony elgar symphony 2 Barenboim staatskapelle BerlinCD. Elgar : Symphonie n°2 (Barenboim, 2013). Plus proche de la nature ambivalente en réalité brahmsienne de son auteur, la Symphonie n°2 d’Edward Elgar (1857-1934) est l’ultime massif symphonique achevé par le compositeur britannique… l’ouvrage est créé avec applaudissements polis en mai 191. De fait, l’ample Larghetto affiche une couleur héritière de Brahms et de Wagner (la Symphonie n°1 n’était-elle pas estimée telle la 5ème de Brahms?). La superbe noblesse du Staatkapelle de Berlin assure haut la main les défis multiples d’une partition ambivalente aux climats souvent contradictoires voire opposés (c’est à dire déconcertants pour les premiers auditeurs). Fin interprète elgarien, Barenboim fait vrombir le rugissement des cuivres (cors remarquables) comme la suractivité murmurée et liquide des cordes. Emblématique de la souffrance secrète teintée de cette majesté affleurant continument (la symphonie est un hommage au roi Édouard VII récemment disparu, décédé en mai 1910), le second mouvement est l’un des plus aboutis du cycle (gloire des harpes). Les teintes évanouies et introspectives que sait capter et diffuser le chef rendent hommage à une écriture infiniment moins superficielle qu’on le dit abusivement.

Elgar et le Roi …

Le Rondo presto est un pur jeu rythmique magnifiquement contrôlé par Barenboim auquel répond la coda maestosa, elle aussi finalement plus wagnérienne que strausienne du Moderato final -au panache très Maîtres chanteurs.

CLIC_macaron_2014Composée quand Strauss et Hoffmansthal livraient l’enchantement néobaroque du Chevalier à la rose (créé en janvier 1911), la Deuxième d’Elgar ne manque ni de souffle ni de grandeur. Barenboim sait lui insuffler une prodigieuse vie intérieure,  les mauvaise langue diront bavarde, inutilement autobiographique, mais la sûreté articulée de la baguette du maestro argentino-israélo-palestinien sait surtout lui restituer son équilibre voire son flux organique. Entre solennité et affect plus intime,  le chef captive par une retenue et une pudeur imprévues (dernier mouvement décidément très convaincant par sa finesse). Au moment où il publie ce nouvel album symphonique chez Decca,  Daniel Barenboim annonce le lancement de son propre label : « Peral Music », initiative 100% numérique où les amateurs et connaisseurs du travail du maestro, retrouveront tous ses chantiers musicaux à la tête de ses deux orchestres de prédilection : la Staatskapelle de Berlin et le West-Eastern Divan Orchestra, mais aussi ses dernières réalisations comme pianiste solo ou concertant au sein de formations chambristes. Sont annoncées comme premières propositions de Peral Music : Symphonies 1-3 de Bruckner (Chicago Symphony, 1970 et Berliner Philharmoniker 1990)…  à suivre.

Elgar : Symphonie N°2. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction.  1 Decca 0289 478 6677 0 CD DDD DH. Durée : 56mn. Enregistré en à la Philharmonie de Berlin en octobre 2013.

Gustav Mahler : Symphonie n°2 ” Résurrection ” (Kubelik)

mahler_profilCréée en 1895, la seconde symphonie de Mahler, aura demandé pas moins de six années pour être affinée et mise au propre. L’activité du compositeur est réduite à mesure que les responsabilités du musicien comme chef principal de l’Opéra de Leipzig lui demandent travail et concentration.
Au terme d’une gestation difficile et allongée, la Deuxième est un pélerinage vécu par le croyant, au préalable soumis à des forces titanesques qui le dépassent totalement. L’expérience des souffrances l’amène à un effondrement des forces vitales, ce qu’exprime le premier mouvement. Aucune issue n’est possible. Une solitude errante (hautbois), et même meurtrie. Mais l’homme se relève dans l’Andante qui fait suite : pause, regain de vitalité, et aussi, reprise du souffle. Le vrai combat n’est peut-être pas tant dans l’apparente représentation spectaculaire d’un vaste paysage à la démesure cosmique que bel et bien dans l’esprit du héros, en proie à mille pensées contradictoires, amères et suicidaires. C’est pourtant de la résolution d’un conflit personnel, du compositeur face à lui-même que jaillit la révélation de la fin : la carrière vécue comme une tragédie suscite ses propres sources de régénération grâce à une ferveur quasi mystique qui se dévoile pleinement dans les paysages célestes du dernier mouvement.

Fidèle à lui même, Kubelik s’impose par son recul et cette distanciation épique, un souffle grandiose et tragique dont il enveloppe en un geste précis et élégant, les développements de l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise, et aussi du choeur de la Radio Bavaroise dans le final. Cependant, la somptuosité des couleurs, surtout l’oxygénation qu’il trouve aux moments justes, en particulier dans l’Andante et plus encore dans l’activité dansée et nerveuse du Scherzo, qui est ce moment de pause et de repli, celui d’une conscience retrouvée, d’autant plus significatifs après le premier mouvement tendus par le ressentiment tragique, annule tout effet de pesanteur et de grandiloquence.
Les cordes fouillent les accents amers, relancent aussi les grimaces aigres que le héros ne parvient pas à écarter totalement.
Mais la Symphonie Résurrection, porte en elle cette aspiration à la sérénité et aussi à la plénitude. C’est bien au final du côté d’un accomplissement que la baguette du chef indique la direction.
L’Ulricht de Brigitte Fassbaender recueille toutes les souffrances vécues, assumées. La voix exprime et les épreuves passées et les attentes à l’oeuvre. Enfin, l’ultime et cinquième mouvement laisse s’épanouir en une déflagration cosmique la manifestation du ciel. Le croyant n’aura ni souffert ni vécu en vain : les paradis éthérés lui sont désormais ouverts.

CD. Rabaud: Symphonie n°2, La Procession nocturne… Nicolas Couton, direction (1 cd Timpani)

CD. Nicolas Couton dévoile le symphonisme de Rabaud (Timpani)
Rabaud: Symphonie n°2, La Procession nocturne
Nicolas Couton, direction (1 cd Timpani)

Franckisme et wagnérisme

rabaud_symphonie_n_2_symphonie_2_procession_nocturne_timpani_cd_nicolas_coutonHenri Rabaud, fils d’une famille très musicienne, embrasse la carrière musicale avec tempérament et personnalité, comme en témoigne le flamboiement et l’ambition de sa Symphonie n°2 (ici légitimement dévoilée en première mondiale!). On regrette trop souvent le manque de défrichement et de curiosité des labels moteurs; preuve est à nouveau faite que l’initiative (et la justesse de vue) vient des petits éditeurs, passionnément investis pour la redécouverte de la musique française. Rabaud bien oublié aujourd’hui fut pourtant un compositeur académique particulièrement célébré de son vivant (il devient membre de l’Institut en 1918). Celui qui né en 1873, obtient le Premier Prix de Rome en 1894 avec la cantate Daphné, se montre a contrario des romantiques sauvages et remontés tels Berlioz ou Debussy, plutôt inspiré par le motif romain et sa Symphonie n°2 porte avec éloquence un lyrisme orchestral très marqué par ce séjour ultramontain. Le futur chef à l’Opéra de Paris entre 1908 et 1914, y révèle une saine sensibilité propre à embrasser le massif symphonique non sans noblesse, grandeur, souvent fièvre ardente et communicative, dans des formats parfois impressionnants.Composée entre 1896 et 1897, livrée comme ” envoi de Rome “, puis créée à Paris aux Concert Colonne en novembre 1899, la Symphonie n°2 opus 5 indique clairement la pleine maturité du jeune maître capable d’une réelle hauteur de vue, maîtrisant l’écriture et les dialogues entre pupitres dans une échelle souvent monumentale, comme dans l’essor d’une inspiration équilibrée, solaire, lumineuse (somptueusement apaisée: second mouvement), ou à la façon d’un scherzo d’une vitalité chorégraphique (allegro vivave ou 3è mouvement).
Dès le début, le double appel des fanfares qui convoque immédiatement le colossal (brucknérien) et aussi l’amertume orchestrale wagnérienne, indique un sillon ouvert par les Lalo, Saint-Saëns, surtout César Franck: le chef réussit indiscutablement cette immersion immédiate sans développement préparatoire, en un flux tragique et solennel… où l’écriture joue surtout sur les cordes et les cuivres. Force et muscle des cuivres jusqu’à la fin disent en particulier un sentiment de tragique insurmonté. Nous sommes au coeur de la mêlée: l’expression d’une catastrophe non encore élucideé ou résolue.
Puis c’est l’ardente prière (cor et harpe) d’un instant où l’énergie première est subtilement canalisée (2ème mouvement Andante).
Dans le 3è mouvement, plus dansant, la détente, à la façon d’un scherzo pastoral parfois un peu illustratif dépouillé de toutes scories intérieures, introspectives, dénué de poison wagnérien, chef et orchestre savent mesurer leurs effets.

Révélation symphonique

Rien n’est comparable aux déferlements suivants qui citent et Franck et surtout Saint-Saëns… Sans appui ni épaisseur, le chef souligne avec éclat tumulte et orage, ce bain de symphonisme éclectique, voire oriental… poison et aspiration d’un vortex cataclysmique aux relens irrésistibles et immaîtrisés. La direction reste à l’écoute des nombreux plans sonores, des multiples climats expressifs d’un mouvement particulièrement développé (comme s’il s’agissait d’un poème symphonique souverainement assumé, de près de 14 mn): opulence et suavité symphonique… clarté polyphonique des cuivres… inquiétude et étrangeté… dans un final à la fois plein de mystère, de forces menaçantes et d’espoir à peine filigrané, le chef indique non sans nuances, ce tissu sonore, particulièrement riche et allusif finalement tourné vers la lumière.
En en exprimant la saveur personnelle, toujours sincère, Nicolas Couton réussit un tour de force magistral, délivrant le parfum singulier d’un franckisme hautement assimilé et nettement original, où aux côtés d’un wagnérisme italianisé, perce aussi l’école franche et charpentée de Massenet, le maître de Rabaud.Autour du ton axial de la bémol majeur, la Procession nocturne d’après le Faust de Lenau (composée à l’été 1898), est jalonnée d’autres marqueurs stylistiques qui citent plus manifestement encore la source wagnérienne: lueurs tragiques, poisons wagnériens, immersion dans un bain de vapeurs sombres et lugubres, c’est une traversée parsemée d’éclairs rauques et amers, sans issue, d’une volupté quasi hypnotique. Rabaud se montre là encore d’une éloquence allusive exemplaire et d’une efficacité dramatique réellement captivante : errance de Faust dans une nuit sombre où perce comme un apaisement imprévu, le spectacle de religieux en procession, indiquant comme une clarté salvatrice dans un océan de ténèbres… ici le maudit peut percevoir un rayon inespéré.Là encore le geste du chef Nicolas Couton se montre d’une irrésistible richesse poétique: dans son dénouement, la marche vers la lumière, pleine d’espérance et de ferveur reconquise, captive. Tandis que le sentiment profond d’accomplissement et d’irréversible, d’inéluctable voire d’irréparable… dévoile une connaissance intime de la partition.Belle complicité enfin entre le chef et les instrumentistes du Philharmonique de Sofia: l’Eglogue (composée à Rome vers 1894 et créée en 1898) fait souffler un vent printanier où s’accomplit la magie des cordes avec le hautbois aérien, d’une angélique inspiration. Rien à reprocher ni à discuter au geste d’une rare subtilité de ton, sachant laisser s’épanouir la caresse voluptueuse des instrumentistes solo (cor magnifique entre autres). De sorte que comme l’envisage la notice, il flotte dans cette églogue essentiellement classique, des réminiscences du Prélude à l’Après midi d’un faune de Debussy: même aspiration à une harmonie rêvée et miraculeuse avec la nature, même enchantement d’un orchestre éblouissant par ses teintes mordorées et glissantes.
Autant de signes passionnants d’un créateur opportunément dévoilé, orchestrateur impétueux et ciselé dans la veine debussyste, à redécouvrir dont l’opéra Mârouf savetier du Caire créé à l’Opéra-Comique en 1914 reste le plus beau succès lyrique au début du XXè et avant la grande guerre. La musique de Rabaud ne pouvait obtenir meilleur hommage, compter ambassadeurs plus inspirés.
Henri Rabaud (1873-1949): Symphonie n°2, La Procession nocturne, Eglogue. Orchestre Philharmonique de Sofia. Nicolas Couton, direction. 1 cd Timpani. Référence 1C1197. Enregistré à Sofia (Bulgarie), en mai 2012.