LIVRE événement, critique. ANTONIN DVORAK par Isabelle Werck (Bleu Nuit, janv 2020)

dvorak antonin isabelle Werck bleu nuit critique livre classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. ANTONIN DVORAK par Isabelle Werck (Bleu Nuit, janv 2020). Avec son aĂźnĂ© Bedrich Smetana, plus engagĂ© sur la question identitaire et culturel tchĂšque, le BohĂ©mien AntonĂ­n DvorĂĄk (1841-1904), formĂ© Ă  Prague, est aussi la figure musicale de l’indĂ©pendance de la TchĂ©quie ; sa carriĂšre se dĂ©veloppe au moment oĂč l’empire austro hongrois s’effrite et doit concĂ©der des libertĂ©s spĂ©cifiques libĂ©rant la singularitĂ© identitaire des nations. 4 ans aprĂšs la mort de Dvorak, l’empire de François Joseph n’existe plus, emportĂ© par la premiĂšre guerre mondiale. Le patriotisme de Dvorak reste modĂ©rĂ©, ses Ɠuvres s’inspirant indirectement du folklore national ; homme de synthĂšse, Dvorak sait atteindre le souffle de l’universel, y compris dans ses piĂšces nĂ©es de sĂ©jours Ă  l’étranger, dont Ă©videmment la Symphonie n°9 du « Nouveau Monde », prolongement de sa tournĂ©e aux USA de 4 ans. L’auteure rĂ©tablit le contexte gĂ©opolitique dans lequel Dvorak a forgĂ© sa propre Ă©criture ; une Ă©criture fĂ©conde comprenant symphonies, musique de chambre, oratorio et musique concertante ; la question des opĂ©ras est traitĂ©e Ă  part car elle est l’objet de ressentiments : Dvorak en a souffert ; dĂ©sireux de percer dans le genre lyrique, il n’aura guĂšre de succĂšs qu’avec Russalka et sa fameuse « chanson Ă  la lune », pure instant de poĂ©sie. MalgrĂ© un destin familial Ă©prouvĂ©, endeuillĂ©, Dvorak s’affirme par sa loyautĂ©, sa droiture; une Ă©criture forte, gĂ©nĂ©reuse, puissante et raffinĂ©e oĂč la notion de folklore est recyclĂ©e avec gĂ©nie et sensibilitĂ©. Aujourd’hui quelques rares chefs ont su comprendre le souffle comme la poĂ©sie de Dvorak, sa grandeur, le raffinement de son style comme la prĂ©sence filigranĂ©e des motifs folkloriques : Michel Tabachnik, Karel Ancerl, Ferenc Fricsay, Leonard Bernstein, Jiri Belohlavek
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dvorak_antonin3Le texte trĂšs bien documentĂ© sur le contexte politique souligne combien la notion d’identitĂ© est profonde et puissante voire inspiratrice dans l’Ɠuvre de Dvorak. Il est nĂ© en BohĂšme (province qui forme avec la Moravie, la TchĂ©quie, oĂč l’on parle le tchĂšque et non le slovaque), oĂč l’allemand est supportĂ© voire dĂ©testĂ© car depuis plus d’un siĂšcle au moment oĂč naĂźt Antonin Dvorak, en 1841, la Moravie et BohĂšme sont sous tutelle de l’Empire autrichien.
Nationaliste, Dvorak l’est viscĂ©ralement en homme attachĂ© Ă  sa terre et Ă  sa culture, – depuis Vysoka, sa demeure adorĂ©e, mais dans une moindre mesure que Smetana, plus militant et farouchement dĂ©fenseur de la langue tchĂšque qui quand il meurt en 1884, fait de facto de Dvorak, le plus grand compositeur « national » tchĂšque. A 43 ans.
Les motifs folkloriques ne sont jamais intĂ©grĂ©s directement mais recyclĂ©s et transformĂ©s, – comme le fait Mahler, nĂ© lui aussi ensuite en TchĂ©quie, en 1860, des landler et valses
selon le principe de la variance identifiĂ© par Adorno : une mĂȘme cellule sur un mĂȘme rythme est constamment transformĂ©e
 Dvorak a fait dĂ©jĂ  de mĂȘme, soucieux de la cohĂ©rence naturelle de son Ă©criture, et directement stimulĂ© par Janacek, fougueux et convaincu pour l’essor d’une musique authentiquement tchĂšque. L’auteure souligne les convictions de l’artiste et du crĂ©ateur, infiniment douĂ© mĂȘme s’il reste autodidacte : sa sincĂ©ritĂ©, sa rectitude et sa loyautĂ© sont indiscutables et se lisent de page en page, d’oeuvres en oeuvres. MĂȘme aux USA, oĂč il est sollicitĂ© pour diriger le Conservatoire de New York Ă  la demande de sa fondatrice la trĂšs opiniĂątre Jeannette Thurber, Dvorak qui accepte contre toute attente, relĂšve le dĂ©fi d’y semer les fondations d’une musique traditionnelle authentiquement « amĂ©ricaine » : sans parti pris, mais ouvert et fraternel, Dvorak s’intĂ©resse aux musiques indigĂšnes, celles amĂ©rindiennes « indiennes », mais aussi africaines car il distingue non sans passion, le gospel et les musiques « nĂšgres » (terme de l’époque). Il dĂ©coule de cette pĂ©riode new yorkaise (Ă  partir de sept 1892), la cĂ©lĂšbrissime Symphonie amĂ©ricaine de Dvorak, aux cĂŽtĂ©s de son Quatuor amĂ©ricain, la Symphonie n°9 « du Nouveau Monde », oĂč se glissent les motifs Ă©cossais, irlandais, scandinaves et donc indiens et africains : c’est un tout autre regard qu’il est possible de porter sur ce chef d’oeuvre crĂ©Ă© triomphalement au Carnegie Hall, en dĂ©cembre 1893.
Un focus est dĂ©diĂ© aussi aux opĂ©ras, chantier tardif et plein de surprises dont beaucoup d’élĂ©ments sont mis en lumiĂšre (Le Jacobin opus 84, La Diable et Katia / Catherine opus 112, surtout Armida
 que le chef d’oeuvre absolu de 1900, Russalka, ne doit pas minorer
) ; idem pour le Dvorak auteur certes d’une sublime musique de chambre, mais aussi compositeur pour l’orchestre avec ses 9 symphonies (donc il y a pas que la derniĂšre 9Ăš), et surtout ses poĂšmes symphoniques oĂč il renoue avec la texture poĂ©tique riche et envoĂ»tante des contes et lĂ©gendes nationaux. Pleine de santĂ© et de lumiĂšre (il est nourri au seul soleil en musique : Mozart!), d’une vivacitĂ© rafraĂźchissante et simple, la musique de Dvorak n’en finit pas de saisir et convaincre. C’est un artisan de la musique d’une irrĂ©sistible inspiration. Le texte d’Isabelle Werck le dĂ©montre de façon indiscutable.

En complĂ©ment, tableau synoptique, catalogue des Ɠuvres, bibilographie, discographie, et webgraphie sĂ©lectives

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Antonin DVORAK par Isabelle WERCK – Éditeur : BLEU NUIT EDITEUR – Collection / SĂ©rie : horizons ; 75 – Prix de vente au public (TTC) : 20 € – 176 pages ; 20 x 14 cm ; reliĂ© – ISBN 978-2-35884-093-4 – EAN 9782358840934 – parution : janvier 2020.
http://www.bne.fr/page200.html

 

 

 

 

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Approfondir en vidéo : Les opéras méconnus de DVORAK (cités par Isabelle Werck dans son texte)

IntĂ©grale du Jacobin, direction : Bohumir Liska – version enregistrĂ© pour le cinĂ©ma – 1974 (1h52mn)
https://www.youtube.com/watch?v=LjCi-l8s6ag

Distribution

Count Vilem: Eduard Haken
Bohus: Jindrich Jindrak
Adolf: Acted by Rudolf Jedlicka/Sung by Rene Tucek
Julie: Marcela Machotkova
Filip: Karel Berman
Jiri: Miroslav Svejda
Benda: Beno Blachut
Terinka: Daniela Sounova
Lorinka: Ruzena Radova

The orchestra is Prague’s National Theater’s,
Bohumir Liska, direction

et aussi
Le Diable et Catherine – 2013
Production filmĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Prague
https://www.youtube.com/watch?v=gfXPRuyPQXg

Antonín Dvoƙák: The Devil and Kate
Ovčák Jirka – Jaroslav Bƙezina
Káča — Kateƙina JalovcovĂĄ
MĂĄma — Ivana RočkovĂĄ
Čert Marbuel — Luděk Vele
Lucifer — Bohuslav MarĆĄĂ­k
dirigent Jan ChalupeckĂœ
NĂĄrodnĂ­ divadlo v Praze