Compte rendu, récital lyrique. Paris. Théâtre du Palais Royal, le 13 mai 2014. Récital de Sumi Jo (soprano). Jeff Cohen, piano. Krzysztof Meisinger, guitare.

SUMI JO diva soprano coreenne sumi jo 300x450xSumi-Jo-3-300x450.jpg.pagespeed.ic.w0W_KWJxFsSumi Jo dans le cadre intime d’un rĂ©cital Ă  Paris ? Oui ! … au Théâtre du Palais-Royal oĂą d’ordinaire l’on peut voir les comĂ©dies les plus pĂ©tillantes, mais Ă  l’occasion comme ce soir, Ă©couter aussi les voix Ă  l’affiche des dĂ©jĂ  cĂ©lèbres lundi musicaux. La diva corĂ©enne se prĂ©sente avec Jeff Cohen au piano et Krzysztof Meisinger Ă  la guitare, pour un rĂ©cital ample, diverse, ambitieux, mais aussi comique et … dĂ©contractĂ©. Nous nous attendions Ă  un rĂ©pertoire de lieder plus ou moins dramatiques, requĂ©rant peu les feux d’artifices de coloratura qui ont fait de la cantatrice une vĂ©ritable star. Petit bĂ©mol tout Ă  fait pardonnable pour les admirateurs de l’art de Sumi Jo de ne pas savoir quelle musique allait ĂŞtre interprĂ©tĂ©e, formule risquĂ©e un rien cavalière vis-Ă -vis  d’un public moins adepte ou avisĂ©. Au final, nous avons tous eu droit Ă  tout un Ă©ventail de pièces musicales des 4 derniers siècles !!! Si elle se sert encore d’un suraigu insolent, pourtant moins brillant qu’auparavant, elle le dĂ©ploie sans prĂ©tentions et avec de la joie (fait rare!) quand elle chante le si virtuose morceau d’Adolphe Adam « Ah ! Vous dirais-je, maman » ou « A Tornar la bella aurora », rĂ©duction pour piano et voix d’un air d’opĂ©ra de Domenico Cimarosa. Avouons que ce style de musique lui convient toujours, dĂ©sormais davantage avec ce nouvel Ă©lan théâtral, avec le charme dĂ©jantĂ© de la diva. Les deux pièces baroques qu’elle chante, Music for a while de Purcell et le fameux Bist du bei mir… attribuĂ© Ă  Jean-SĂ©bastien Bach, sont d’une beautĂ© confondante. Confondante parce que, mĂŞme si elle n’est pas la plus dramatique des sopranos, elle les interprète avec une innocence et une candeur que nous aurons du mal Ă  oublier. Le Bist du bei mir fut sans doute l’un des bijoux de la soirĂ©e, avec la belle participation de Choen au piano et Meisinger Ă  la guitare. Un amour Ă  l’art partagĂ© entre les artistes et avec l’auditoire.

La diva du Palais-Royal !

La deuxième partie du rĂ©cital est dĂ©diĂ©e Ă  l’Espagne. L’Espagne de Chabrier, de Manuel de Falla, de Debussy, de Ravel et mĂŞme de … Massenet. L’Espagne ravissante et fantasmĂ©e qu’on aime parfois cĂ©lĂ©brer. Les 7 chansons populaires espagnoles de Manuel de Falla avec guitare sont jouĂ©es sans interruption : la diva s’y engage portant une robe somptueuse rouge et chair. Un sommet de charme qui continue lors de l’Espagne de Chabrier, l’Habanera de Ravel et la Sevilana final extrait d’un opĂ©ra de Massenet. Le public stimulĂ© lui demande des bis : pas chiche et rĂ©active, la soprano corĂ©enne en offre 3. O mio babbino caro de Puccini qui,avec elle, n’a plus rien d’un clichĂ©, et qui a Ă©mu tout le monde très rapidement ; Bist du bei mir encore une fois pour finir la soirĂ©e ; et juste avant, l’Annen Polka de Johann Strauss fils, avec bonus expressifs…  coupe de vin et une espèce de mise en scène comique et jouissive.

La saison actuelle des Lundis musicaux au Théâtre du Palais Royal se poursuit. Ne manquez de (re)dĂ©couvrir le lieu pour un autre rĂ©cital qui promet lui aussi, celui d’Elina Garanca, le 23 juin 2014.

Paris. Théâtre du Palais Royal, le 13 mai 2014. Récital de Sumi Jo (soprano). Jeff Cohen, piano. Krzysztof Meisinger, guitare.

Compte-rendu : Paris. Théâtre du Châtelet, le 26 juin 2013. Récital Sumi Jo. Jeff Cohen, piano.

Sumi Jo JetVingt-six ans après ses débuts parisiens, Sumi Jo est de retour dans la capitale, dans la grande salle du Châtelet, pour un récital avec piano au programme varié et coloré. Les styles et les époques se succèdent, offrant un panorama des possibilités actuelles de la soprano coréenne. Moulée dans une superbe robe blanche sirène, la chanteuse ouvre le concert avec de la musique du seicento.

 

 

Eternelle jeunesse de Sumi Jo

 

Après un Bach parfait pour chauffer l’instrument, place à l’immobilité poignante du « Music for a While » de Purcell, dans lequel la ligne se déploie, souveraine, parfaitement sous contrôle, dans une mezzo voce immaculée. Puis, c’est la virtuosité du « Da tempeste » extrait de Cléopâtre qui tourbillonne, feu d’artifice de vocalises à l’imagination débordante. Dans le « Sposa son disprezzata » pseudo-vivaldien, l’un de ses chevaux de bataille, la soprano sculpte une intériorité à fleur de lèvres d’une belle émotion. Dans la mélodie française, la délicatesse de la cantatrice est encore de mise, notamment dans un « Si mes vers avaient des ailes » de Reynaldo Hahn rêveur et poétique.
Pour clore la première partie, un nouveau coup d’éclat : les insensées Variations de Proch, oubliées aujourd’hui mais grand numéro de virtuosité débridée qui faisait il fut un temps le bonheur des sopranos d’agilité… et qui fait toujours celui du public quand il est réalisé avec autant de panache et de stupéfiante autorité, couronné en outre par un suraigu triomphant qui achève de soulever la salle.
L’entracte passé, Sumi Jo, vêtue à présent d’une longue robe fushia aux voiles improbables comme elle seule sait les porter, nous emmène en Espagne avec quelques mélodies, puis nous ravit par des miniatures de Mahler, d’une exquise musicalité.
Enfin, les deux dernières pièces virtuoses, tant attendues, du programme : la célébrissime Vocalise de Rachmaninov, aux courbes sensuelles, et Parla d’Arditi, valse de salon purement décorative, mais à l’efficacité redoutable, tant elle flatte cette virtuose jouvence qu’on admire chez la chanteuse après plus d’un demi-siècle de carrière.
A ses côtés, lui tissant un tapis solide et soyeux, Jeff  Cohen demeure le plus sûr des soutiens.
Le public est heureux, et en redemande. Comme un retour en enfance, ce sera le Wiegenlied de Mozart, à la tendresse maternelle et rassurante. Changement total d’atmosphère avec « I got rythm » de Gershwin, au swing entraînant, dans lequel Jeff Cohen se libère totalement avec un entrain communicatif.
Puis, devenu traditionnel parmi les rappels, « O mio babbino caro », au legato absolu et à la messa di voce enchanteresse.
Enfin, suite à l’approbation du public, un couplet de la chanson d’Olympia des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, un rôle que la diva connaît bien et interprète à la perfection, dardant son suraigu cadentiel comme un défi au temps qui passe, mettant les spectateurs définitivement à ses pieds, saluée par une standing ovation des plus méritées.
Une grande dame du chant, qu’on revoit toujours avec la même délectation.

Paris. Théâtre du Châtelet, 26 juin 2013. Johann Sebastian Bach : Mein gläubiges Herze, BWV 68. Henry Purcell : Oedipus, “Music for a While”.   Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare, “Da tempeste”. Antonio Vivaldi : Bajazet, “Sposa son disprezzata”. Gabriel FaurĂ© : Chanson d’amour. Reynaldo Hahn : Le Printemps, Si mes vers avaient des ailes. Gabriel Fauré : Notre amour. Claude Debussy : La Romance d’Ariel. Heinrich Proch : Tema e Variazoni “Deh, torna mio bene”. Joaquin Turina : Cantares, op. 19 n°3. Fernando Obradors : Del caballo más sutil. Joaquin Rodrigo : ÂżDe dĂłnde venĂ­s, amore?. Heitor Villa-Lobos : Melodia sentimental. Gustav Mahler : Ich ging mit Lust, Hans und Grethe, FrĂĽhlingsmorgen, Ablösung im Sommer. Sergei Rachmaninov : Vocalise. Luigi Arditi : Parla. Sumi Jo, soprano. Jeff Cohen, piano.