Opéra national du Rhin : The Turn of the screw de Britten par Robert Carsen

britten-the-turn-of-the-screw-review-compte-rendu-critique-classiquenews-582-Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg, le 21 septembre 2016. Britten : The Turn of the screw. Robert Carsen, mise en scĂšne. Pour Robert Carsen, le titre de la nouvelle d’Henri James (Le tour d’écrou / The turn of the screw) met en avant les portes et les ouvertures, – fenĂȘtres, baies vitrĂ©es, 
-, des lieux de passage et d’apparition dont sa mise en scĂšne, taillĂ©e au cordeau et d’une prĂ©cision haute couture, use et abuse dans chaque sĂ©quence ; hautes fenĂȘtres du vaste vestibule d’entrĂ©e;  trĂšs subtile rĂ©fĂ©rence Ă  Hammershoi pour la chambre de Miles mais sous des lumiĂšres plus froides et bleutĂ©es (- rien Ă  voir avec le visuel affichĂ© par l’OpĂ©ra de Strasbourg en rouge sang : couleur bannie ici) ;  fenĂȘtre mirador Ă  la Edward Hopper, d’oĂč la Gouvernante s’exerce Ă  la peinture sur le motif … Tout est suggĂ©rĂ©  (davantage qu’exprimĂ©) au seuil, dans l’embrasure, dans un passage
 oĂč l’ombre de plus en plus Ă©touffante suscite les apparitions fantomatiques sans que le mystĂšre en soit dĂ©finitivement Ă©lucidĂ©.

Ce jeu visuel et limpide qui reste lĂ©gitime fait la force d’un spectacle trĂšs esthĂ©tique, comme toujours chez Carsen. En outre, les rĂ©fĂ©rences aux films d’Hitchcock  (prĂ©sentation de la gouvernante dont le profil et le voyage jusqu’au chĂąteau de Bly sont exposĂ©s Ă  la façon d’une confĂ©rence / projection dans l’esprit d’une audition / recrutement ou d’une enquĂȘte ; d’emblĂ©e ce dispositif avec narrateur devenu confĂ©rencier, place  le spectateur en voyeur analyste.

Tout est parfaitement Ă  sa place soulignant bien que ce qui est reprĂ©sentĂ© toujours sur la scĂšne, peut ne pas avoir Ă©tĂ©, mais a Ă©tĂ© effectivement vu, pensĂ©, imaginĂ© : jeu sur l’image et son interprĂ©tation ; ce qui est visible est-il rĂ©el ? / jeu sur l’illusion en perspectives et plans illimitĂ©s, troubles, entre songe et rĂȘverie
 plutĂŽt cauchemar. La gouvernante qui voit les spectres menaçants est-elle folle ou de bonne foi?  Et si elle disait vrai,  les interprĂ©tations et conjectures qu’elle Ă©chafaude et en dĂ©duit, sont-elles justes ? Miles et Quint sont-ils bien les acteurs d’un duo dominant / dominĂ© tel qu’elle se l’imagine ?

britten-carsen-strasbourg-582-the-turn-of-the-screw_0499-sally-matthews-the-governesscwilfried-hoesl1467899151MĂȘme si dans l’entretien publiĂ© Ă  l’occasion de la crĂ©ation viennoise, et reproduit dans le livret du programme Ă  Strasbourg, Robert Carsen souhaite que le spectateur se fasse sa propre idĂ©e sur ce qui se joue, le metteur en scĂšne est cependant trĂšs directif dans son  choix visuel en montrant en une sĂ©quence video hautement hitchcokienne, que l’ancien intendant Quint ouvrageait nuitamment l’ancienne gouvernante  (Miss Jessel),  sexualitĂ© ardente et copieusement suggĂ©rĂ©e, du reste tout Ă  fait banale, si le pervers Quint n’avait fait du jeune Miles … le tĂ©moin de ses frasques sensuelles : ainsi la manipulation et la pression qu’exerceraient dĂ©sormais les fantĂŽmes de Quint et Jessel sur les enfants, serait d’ordre sexuel mais de façon indirecte, une initiation traumatique en quelque sorte qui ici tue l’innocence.

 

 

 

Carsen offre à Britten l’une de ses plus belles mises en scùne

Pur fantastique

 

 

La scĂšne qui conclue la premiĂšre partie en marque le point culminant quand le jeune Miles rejoint le lit de sa gouvernante et tente un baiser des plus troublants car il se comporte comme un adulte au fait des choses de l’amour. Ce point est crucial dans la mise en scĂšne de Carsen car il fait Ă©cho aussi dans la propre psychĂ© de la Gouvernante, un ĂȘtre fragile et passionnĂ©, d’autant plus vulnĂ©rable et sensible Ă  cette “agression” de l’intime qu’il s’agit comme le dit trĂšs justement Carsen “d’une jeune femme probablement encore vierge, tombĂ©e amoureuse Ă©perdue de son employeur”, le tuteur des enfants, jamais prĂ©sent car il est restĂ© Ă  Londres pour ses affaires


 

 

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Ainsi les cartes sont battues et dĂ©voilĂ©es dans une mise en scĂšne d’une rare justesse d’autant plus convaincante qu’elle reste toujours esthĂ©tique et exceptionnellement prĂ©cise, collectionnant des tableaux littĂ©ralement picturaux et fantastiques : le lit de la gouvernante d’abord projetĂ© Ă  l’Ă©cran comme si les spectateurs Ă©taient au plafond, puis en un basculement spectaculaire, renversĂ© sur le plateau de façon rĂ©elle;  c’est aussi la scĂšne terrible et d’une possession dĂ©moniaque quand Quint paraĂźt aprĂšs la gouvernante dans la chambre du jeune Miles, le lit du garçon glissant Ă  cour Ă  mesure que le dĂ©mon marche sur le plateau dans sa direction 
 La mĂ©canique thĂ©Ăątrale est prodigieusement inventive et fluide, crĂ©ant ce que nous attendons Ă  l’opĂ©ra : des images de pure magie qui rĂ©tablissent Ă  l’appui du chant, l’impact du jeu thĂ©Ăątral.

Un autre thĂšme se distingue nettement et fait sens d’une façon aussi criante ici que la perte de l’innocence et la manipulation perverse : l’absence de communication. Tous les individus de ce huit-clos Ă  6 personnages  ..  ne communiquent pas (ou prĂ©cisĂ©ment ne dialoguent pas). On ne nomme pas les choses pour ce qu’elles sont. Celui qui en paie le prix fort (donnant Ă  la piĂšce sa profondeur tragique) est le jeune garçon  dont on comprend trĂšs bien dans la derniĂšre scĂšne -, qu’il a Ă©tĂ© la proie de forces dĂ©mesurĂ©es.

Ce voeu du silence absurde, ce culte du secret – comme la gouvernante hĂ©site Ă  Ă©crire Ă  l’oncle absent pour lui faire part de la menace qui pĂšse sur les enfants-, est un vĂ©hicule qui propage la terreur et la folie; corsetĂ©e, hypocrite, socialement lisse et conforme, cette loi de l’omerta gangrĂšne les fondements du collectif : Britten en a suffisamment souffert en raison de son homosexualitĂ©, d’autant plus Ă  l’Ă©poque de Henry James, acteur tĂ©moin du puritanisme britannique dont il n’a cessĂ© d’Ă©pingler avec Ă©lĂ©gance et raffinement, la stupiditĂ© Ă©coeurante.

Par sa finesse et son intelligence, Carsen exprime tout cela, dĂ©voilant mais dans l’allusion la plus subtile, les forces en prĂ©sence
 jusqu’Ă  l’atmosphĂšre d’un chĂąteau hantĂ© par les esprits. Ce fantastique psychologique est captivant d’un bout Ă  l’autre. C’est mĂȘme l’une des plus remarquable mise en scĂšne du Canadien (avec Capriccio au Palais Garnier).

 

 

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CĂŽtĂ© interprĂštes, deux formidables artistes dominent la distribution par leur trouble sincĂšre, leur intensitĂ© progressive dĂ©chirante : la Gouvernante de Heather Newhouse (beautĂ© souple de la voix, expressivitĂ© trĂšs canalisĂ©e), et rĂ©vĂ©lation, le jeune Miles du jeune Philippe Tsouli : intelligence dramatique et justesse du jeu scĂ©nique, de toute Ă©vidence, le jeune artiste est trĂšs prometteur). Leur duo crĂ©e des Ă©tincelles et restitue Ă  ce drame onirique et tragique, sa profonde humanitĂ©. L’issue fatale n’en est que plus saisissante. Dans la fosse, le jeu prĂ©cis et flexible lui aussi de Patrick Davin souligne les Ă©clats tĂ©nus de cet opĂ©ra de chambre qui murmure et sĂ©duit, captive et ensorcĂšle, en particulier dans chaque prĂ©lude orchestral, vĂ©ritable synthĂšse annonciatrice du drame Ă  l’oeuvre. Depuis Peter Grimes, Benjamin Britten a, on le sait, le gĂ©nie des interludes. Production Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique en France, absolument incontournable aussi captivante qu’esthĂ©tique ; et indiscutablement par l’imbrication rĂ©ussie du chant et du thĂ©Ăątre, sans omettre la vidĂ©o, l’une des rĂ©alisations les plus fortes et justes de Robert Carsen Ă  l’opĂ©ra. A voir Ă  Strasbourg et Mulhouse, jusqu’au 9 octobre 2016.

A l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin, les 21, 23, 25, 27 et 30 septembre Ă  Strasbourg, puis les 7 et 9 octobre 2016 Ă  Mulhouse (La Filature). Incontournable.

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra The Turn of the screw Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

 

 

Opéra en deux actes avec prologue
Livret de Myfanwy Piper, d’aprùs la nouvelle d’Henri James
Création le 14 septembre 1954 à Venise
Présenté en anglais, surtitré en français
Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scĂšne: Robert Carsen
Reprise de la mise en scĂšne Maria Lamont et Laurie Feldman
DĂ©cors et costumes: Robert Carsen et Luis Carvalho
LumiĂšres: Robert Carsen et Peter Van Praet
Vidéo: Finn Ross
Dramaturgie: Ian Burton
Le Narrateur / Peter Quint: Nikolai Schukoff
La Gouvernante: Heather Newhouse
Mrs Grose: Anne Mason
Miss Jessel: Cheryl Barker
Miles: Philippe Tsouli
Flora: Odile Hinderer / Silvia Paysais
Petits chanteurs de Strasbourg
MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin
Aurelius SĂ€ngerknaben Calw
Orchestre symphonique de Mulhouse

Toutes les illustrations : © Klara Beck / Opéra national du Rhin 2016

Compte rendu, opéra. Opéra National du Rhin, Strasbourg, le 17 juin 2016. Verdi : Don Carlo. Robert Carsen

Compte rendu DON CARLO Ă  STRASBOURG… Fin de saison flamboyante Ă  Strasbourg. La saison lyrique s’achĂšve Ă  Strasbourg avec une nouvelle production de Don Carlo de Verdi, signĂ©e Robert Carsen. L’OpĂ©ra National du Rhin engage pour l’occasion la fabuleuse soprano et Ă©toile montante, Elza van den Heever dans le rĂŽle d’Elisabeth de Valois. L’excellente distribution d’une qualitĂ© rare ainsi que l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg sont dirigĂ©s magistralement par le chef italien invitĂ© Daniele Callegari. Une fin de saison bien plus qu’heureuse … Ă©tonnante mĂȘme, pour plusieurs raisons !

 

 

 

La nouvelle production de Don Carlo Ă  Strasbourg remporte tous les suffrages : c’est un succĂšs manifeste

Don Carlo chic et choc

 

 

 

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Don Carlos, crĂ©Ă© Ă  Paris en 1867, (chantĂ© en français) est l’un des opĂ©ras de Verdi qui totalise le plus de versions existantes, sans omettre faits divers et controverses. Au fait des derniĂšres recherches sur la genĂšse de l’Ɠuvre, le Directeur de l’OpĂ©ra National du Rhin, Marc ClĂ©meur, prĂ©cise selon les derniĂšres recherches, que le livret de MĂ©ry et Du Locle d’aprĂšs le poĂšme tragique Ă©ponyme de Schiller (1787), n’est pas la seule source de Verdi ; la partition emprunte aussi au drame de circonstance d’EugĂšne Cormon intitulĂ© Philippe II Roi d’Espagne datant de 1846. Ensuite, le fait qu’il s’agĂźt bien d’un Grand OpĂ©ra français de la plume d’un grand compositeur italien attise souvent les passions des mĂ©lomanes, dĂ©criant souvent une quelconque influence d’un Wagner et d’un Meyerbeer. Bien qu’il soit bel et bien un Grand OpĂ©ra, c’est aussi du Verdi, indĂ©niablement du Verdi. Et si la version prĂ©sentĂ©e ce soir Ă  Strasbourg est la version italienne dite « Milanaise » de 1884, en 4 actes, sans ballet, plus concise et courte que la version française d’origine, elle demeure un Grand OpĂ©ra italianisĂ©, avec une progression ascendante de numĂ©ros privilĂ©giant les ensembles, un coloris orchestral riche en effets spectaculaires, des scĂšnes fastueuses ne servant pas toujours Ă  la dramaturgie, mais ajoutant Ă  l’aura et au decorum… L’aspect le moins controversĂ© serait donc la question de l’historicité : Verdi dit dans une lettre Ă  son Ă©diteur italien Giulio Ricordi « Dans ce drame, aussi brillante en soit la forme et aussi noble en soient les idĂ©es, tout est faux (
) il n’y a dans ce drame rien de vĂ©ritablement historique ». Plus soucieux de vĂ©racitĂ© poĂ©tique qu’historique, Verdi se sert quand mĂȘme de ce drame si faux pour montrer explicitement ses inclinaisons bien rĂ©elles. On pourrait dire qu’il s’agĂźt ici du seul opĂ©ra de Verdi oĂč la vie politique est ouvertement abordĂ©e et discutĂ©e de façon sĂ©rieuse et adulte.

Le sĂ©rieux qui imprĂšgne l’opus se voit tout Ă  fait honorĂ© ce soir grĂące Ă  l’incroyable direction musicale du chef italien Daniele Callegari dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg avec maestria et une sophistication et un raffinement des plus rares ! S’agissant d’un des opĂ©ras de Verdi oĂč l’Ă©criture orchestrale est bien plus qu’un simple accompagnant des voix, saisissent directement ici la complicitĂ© Ă©tonnante entre fosse et scĂšne, l’excellente interprĂ©tation des instrumentistes, le sens de l’Ă©quilibre jamais compromis, la tension permanente et palpitante de la performance et surtout les prestations des chanteurs-acteurs de la distribution.

 

La soprano Elza van den Heever reprend le rĂŽle d’Elisabeth de Valois aprĂšs l’avoir interprĂ©tĂ© Ă  Bordeaux la saison prĂ©cĂ©dente. Si Ă  Bordeaux nous avions remarquĂ© ses qualitĂ©s, c’est Ă  Strasbourg que nous la voyons dĂ©ployer davantage ses dons musicaux et thĂ©Ăątraux ! Sa voix large et somptueuse a gagnĂ© en flexibilitĂ©, tout en restant dĂ©licieusement dramatique. Elle campe une performance encore plus profonde avec une superbe maĂźtrise des registres et une intelligence musicale lui permettant d’adapter brillamment l’intensitĂ© de son chant, de nuancer la force de son expression.
Le Don Carlo du jeune tĂ©nor italien Andrea CarĂš est prometteur. Bien que moins fort dans l’expression lyrique, il a une voix chaleureuse qui sied bien au personnage et une technique assez solide. Certains lui rapprocheront ne pas ĂȘtre un Domingo ou un Alagna (selon les goĂ»ts), pourtant il s’est donnĂ© Ă  fond dans un rĂŽle oĂč la difficultĂ© ne rĂ©side pas, malgrĂ© le type de voix plutĂŽt lĂ©ger, dans la virtuositĂ© vocale mais dans le style et l’expression globale. Dans ce sens nous ne pouvons que louer l’effort, et remarquer particuliĂšrement le timbre qui se distingue toujours dans les ensembles.

 
 
A-ONR_DONCARLO_photoKlaraBeck_3046-1-362x543Tassis Christoyannis en Posa montre aussi une Ă©volution par rapport Ă  Bordeaux l’annĂ©e passĂ©e. Toujours dĂ©tenteur des qualitĂ©s qui lui sont propres, comme la prestance et un je ne sais quoi d’extrĂȘmement touchant, Ă  Strasbourg, il est davantage malin et Ă  la chaleur du timbre, le baryton ajoute du brio presque autoritaire. Le tout prĂ©sentĂ© d’une façon Ă©lĂ©gante et dynamique Ă  souhait. Remarquons le duo de la libertĂ© avec Don Carlo, au 1er acte tout hĂ©roĂŻco-romantique sans ĂȘtre frivolement pyrotechnique. Quant Ă  la virtuositĂ© vocale et aux feux d’artifices vocalisants, parlons maintenant de la mezzo russe Elena Zhidkova dans le rĂŽle de la Princesse Eboli. Tout en ayant un timbre veloutĂ© et une belle prĂ©sence scĂ©nique, elle a dĂ» mal avec son air du 1er acte « Nel giardin del bello saracin Ostello », – pourtant LE morceaux le plus mĂ©lodique et virtuose de la partition ! Il est en l’occurrence plutĂŽt … mou. Ce petit bĂ©mol reste vĂ©tille puisque la distribution est globalement trĂšs remarquable. Continuons avec le Roi Philippe II de la basse danoise Stephen Milling, Ă  la voix large et profonde, campant au 3Ăšme acte une scĂšne qui doit faire partie des meilleures et des plus mĂ©morables pages jamais Ă©crites par Verdi : « Ella giammai m’mamo » , grand aria avec violoncelle obbligato, oĂč la douleur contenue du souverain est exprimĂ©e magistralement. Ou encore son duo avec le Grand Inquisiteur de la basse croate Ante Jerkunica, dont nous avons Ă©galement fortement apprĂ©ciĂ© la prestation et vocale et thĂ©Ăątrale. Remarquons finalement l’instrument et la prĂ©sence de la jeune soprano espagnole Rocio Perez, chantant Thibault le page de la Reine, avec des aigus cĂ©lestes, … divins. Divine aussi la performance surprenante des choeurs de l’OpĂ©ra, sous la direction de Sandrine Abello.

 
 
 

OPERA national du RHIN : le DON CARLO sombre et lumineux de Carsen

 
 

L’ART DE ROBERT CARSEN. Que dire enfin de la crĂ©ation de celui qui doit ĂȘtre le metteur en scĂšne d’opĂ©ras actuellement le plus cĂ©lĂšbre et le plus sollicité ? Robert Carsen et son Ă©quipe artistique prĂ©sentent un spectacle sobre et sombre, dans un lieu unique dĂ©pouillĂ©, Ă  la palette chromatique consistant en noir sur gris sur noir, et quelques Ă©clats des accessoires mĂ©talliques ou diamantĂ©s… Si l’intention de faire une mise en scĂšne hors du temps est bien Ă©vidente, il y a quand mĂȘme une grande quantitĂ© d’Ă©lĂ©ments classiques qui font rĂ©fĂ©rence au sujet… Des religieux catholiques bien catholiquement habillĂ©s, des croix par ci et par lĂ , mais jamais rien de gratuit (sauf peut-ĂȘtre un ordinateur portable Ă  peine remarquable mais qui frappe l’oeil puisque quelque peu dĂ©placĂ©). Comme d’habitude chez Carsen le beau, le respect de l’oeuvre et l’intelligence priment. Cette derniĂšre Ă  un tel point que le Canadien rĂ©ussi Ă  prendre une libertĂ© audacieuse avec l’histoire originale qui dĂ©voile davantage les profondeurs de l’Ɠuvre. DĂ©jĂ  riche en intrigues, le Don Carlo de Verdi selon Carsen explore une lecture supplĂ©mentaire dont nous prĂ©fĂ©rons ne pas donner les dĂ©tails, tellement la surprise est forte et la vision, juste !

Rien ne rĂ©siste Ă  l’appel de ce Don Carlo de toute beautĂ©, aucun obstacle pour nos lecteurs de faire le dĂ©placement Ă  l’OpĂ©ra National du Rhin, Ă  Strasbourg et Ă  Mulhouse, pour cette formidable nouvelle production qui clĂŽt l’avant-derniĂšre saison de la maison sous la direction visionnaire de Marc ClĂ©meur. A l’affiche Ă  Strasbourg du 17 au 28 juin et puis Ă  Mulhouse du 8 au 10 juillet 2016.

 
 

Compte rendu, opĂ©ra. OpĂ©ra National du Rhin, Strasbourg, le 17 juin 2016. Verdi : Don Carlo (version Milanaise 1884). Stephen Milling, Andrea CarĂ©, Elza van den Heever, Tassis Christoyannis
 Choeurs de l’OpĂ©ra du Rhin. Sandrine Abello, direction. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, orchestre. Daniele Callegari, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne. LIRE notre prĂ©sentation annonce de la nouvelle production de Don Carlo Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin : “Elza van den Heever chante ELisabetta…” 

 

Illustrations : K. Beck / Opéra national du Rhin © 2016

  
 

Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 8 mai 2016. Richard Wagner : Das Liebesverbot. Marion Ammann, Robert Bork, Benjamin Hulett, Thomas Blondelle, Agnieszka Slawinska, Wolfgang Bankl. Constantin Trinks, direction musicale. Mariame Clément, mise en scÚne

EvĂšnement Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, toujours friand d’Ɠuvres mĂ©connues : la premiĂšre hexagonale du troisiĂšme opus lyrique de Richard Wagner, en rĂ©alitĂ© le deuxiĂšme achevĂ© par le compositeur, et le premier qu’il ait vu sur les planches – Die Feen n’ayant Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© qu’aprĂšs sa mort – : Das Liebesverbot, inspirĂ© de « Mesure pour mesure » de William Shakespeare.

CrĂ©Ă© en mars 1836 Ă  Magdebourg, l’ouvrage connaĂźt un Ă©chec cuisant aprĂšs la premiĂšre, la seconde reprĂ©sentation Ă©tant purement et simplement annulĂ©e Ă  la suite d’une rixe dans les coulisses ; et il faudra attendre 1923 pour que l’Ɠuvre ait Ă  nouveau – timidement, certes – Ă  nouveau droit de citĂ© dans les programmations lyriques. C’est donc avec une vraie curiositĂ© que nous nous sommes rendus dans la maison alsacienne, afin de goĂ»ter cette musique et d’entendre le Richard d’avant Wagner. DĂšs l’ouverture, et trois heures durant, ils sont tous convoquĂ©s : HĂ©rold, Auber, Rossini, Donizetti, Mozart, Spohr, Weber
 sauf Wagner, a-t-on envie d’écrire avec un sourire amusĂ©. Ou presque, le premier duo entre Isabella et Mariana s’ouvrant avec un thĂšme qu’on retrouvera plus tard dans TannhĂ€user. Le jeune compositeur – il n’a alors que 23 ans – puise ses inspirations aussi bien dans l’opĂ©ra-comique français  que dans l’opera buffa italien et l’opĂ©ra fantastique allemand, comme une synthĂšse rĂ©ussie des grandes Ă©coles nationales de son Ă©poque. Et le rĂ©sultat s’avĂšre aussi inattendu que jubilatoire, tourbillonnant et joyeux, mais avec un vrai dramatisme sous-jacent, pas aussi comique qu’on pourrait le croire au premier abord.

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L’opĂ©ra des origines : La DĂ©fense d’aimer Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin…

Richard avant Wagner

 

 

L’histoire nous amĂšne en Sicile, Ă  Palerme, oĂč l’occupant allemand, reprĂ©sentĂ© par l’implacable Friedrich, interdit formellement l’amour et notamment ses effusions, allant jusqu’à condamner Ă  mort le jeune Claudio qui a osĂ© afficher ouvertement ses sentiments. Ce sera la sƓur du jeune homme, Isabella, religieuse de son Ă©tat, qui, faisant naĂźtre dans le cƓur et le corps du dictateur des sentiments encore inconnus, finira par le prendre Ă  son propre piĂšge au cours du Carnaval, dans un chassĂ©-croisĂ© qui prend des allures de Noces de Figaro mozartiennes.
On regrettera au premier chef que la poĂ©sie soit singuliĂšrement absente de la mise en scĂšne imaginĂ©e par Mariame ClĂ©ment, toute entiĂšre tournĂ©e vers la farce. Un dĂ©cor unique sert de cadre Ă  l’action, reprĂ©sentant avec un rĂ©alisme troublant une brasserie oĂč tous vont et viennent et au cƓur de laquelle toutes les intriguent se nouent. L’action, dĂ©jĂ  complexe, devient ainsi moins comprĂ©hensible, ce qu’aggrave encore la suppression de toute allusion Ă  la religion, Isabella devenant simple serveuse dans l’établissement. LĂ  oĂč l’un des points centraux de l’Ɠuvre demeurait le dĂ©sir d’un homme de pouvoir pour une servante de Dieu, on ne retrouve plus qu’une banale et sordide histoire de coucherie, sans la dimension blasphĂ©matoire qui faisait la force de l’intrigue.
En outre, si on salue une direction d’acteurs millimĂ©trĂ©e et au cordeau – jusqu’à chaque membre du chƓur, qui acquiert une identitĂ© propre –, on ressort de la salle en ayant l’impression que la metteuse en scĂšne française n’a pas cru suffisamment Ă  la dimension plurielle de l’ouvrage pour en faire autre chose qu’une farce, chaque situation devenant prĂ©texte Ă  la gaudriole et occasionnant des chorĂ©graphies d’opĂ©rette. En revanche, le Carnaval final est une vraie rĂ©ussite, avec ses costumes lorgnant ouvertement vers les ouvrages ultĂ©rieurs du MaĂźtre, les Walkyries cĂŽtoyant les Chevaliers du Graal aussi bien que les GĂ©ants et le dragon Fafner. Et on demeure attendris devant ce que nous apparaĂźt comme une des seules vraies touches de dĂ©licatesse durant le spectacle : ce piano-bar sur lequel un musicien Ă©grĂšne les thĂšmes des Ɠuvres postĂ©rieures, au sein desquels on est heureux de reconnaĂźtre la Romance Ă  l’étoile de TannhĂ€user.
Musicalement, en revanche, l’ouvrage est pris, Ă  notre sens, davantage au sĂ©rieux. Constantin Trinks, dĂ©jĂ  dĂ©fenseur du mĂȘme opus au Festival de Bayreuth – mais pas au Festspielhaus, le compositeur ayant interdit toute reprĂ©sentation de ses Ɠuvres de jeunesse dans le Saint des Saints –, a certes ramenĂ© la durĂ©e du spectacle Ă  trois heures (contre cinq initialement) en coupant quasiment l’intĂ©gralitĂ© des dialogues parlĂ©s (l’Ɠuvre Ă©tant un Singspiel Ă  l’instar de la FlĂ»te EnchantĂ©e de Mozart) et la plupart des reprises musicales, mais il inspire Ă  l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg une couleur rutilante et dirige les musiciens avec fougue et dĂ©termination, ligne et Ă©clat, emportant solistes et public dans un tourbillon de notes.
Sur le plateau, les solistes ne dĂ©mĂ©ritent jamais et font de leur mieux pour rĂ©aliser la quadrature du cercle imposĂ©e par l’écriture musicale : de la puissance, de l’étendue, mais aussi de la souplesse et des vocalises, demandant en cela des chanteurs rompus Ă  l’esthĂ©tique belcantiste alors en vogue en Europe en ce premier quart du 19e siĂšcle. Et c’est lĂ  que le bĂąt blesse un peu : les solistes rĂ©unis sur la scĂšne paraissent parfois vocalement un peu sous-dimensionnĂ©s au regard des exigences rĂ©elles – certes loin d’ĂȘtre faciles – de la partition.
Marion Ammann paraĂźt avoir la vocalitĂ© d’Isabella, mais l’ornementation de la ligne et l’écriture du rĂŽle semblent l’empĂȘcher de dĂ©ployer pleinement sa voix, et ce n’est qu’à l’occasion de quelques rares aigus puissamment dardĂ©s qu’on se rend rĂ©ellement compte de l’ampleur de ses moyens. Ceci Ă©tant, elle se dĂ©fend plus que vaillamment et offre de l’hĂ©roĂŻne un trĂšs beau portrait.
A ses cĂŽtĂ©s, on admire la touchante Mariana d’Agnieszka Slawinska, notamment dans son superbe air du deuxiĂšme acte, Ă  l’écriture d’une dĂ©licatesse toute mozartienne, et Ă  la beautĂ© duquel la mise en scĂšne n’a pas osĂ© toucher, prĂ©fĂ©rant – avec raison – laisser opĂ©rer seule la magie de ce moment d’apesanteur musicale.
On reste un peu sur sa faim avec le Friedrich rugueux et assez usĂ© vocalement de Robert Bork. Le baryton amĂ©ricain, malgrĂ© un style consommĂ©, parait ainsi peiner Ă  soutenir le legato que la musique lui demande, et sa grande scĂšne du deuxiĂšme acte, l’un des sommets dramatiques de la partition, tombe un peu Ă  plat, la faute en incombant Ă©galement au personnage qu’il lui est demandĂ© de dĂ©peindre, trop unidimensionnel et manquant d’ambivalence.
Carton plein en revanche pour le Luzio virevoltant et percutant de Benjamin Hulett, la dĂ©couverte de l’aprĂšs-midi. Apparemment trĂšs Ă  l’aise dans cet emploi, le tĂ©nor amĂ©ricain dĂ©concerte par la facilitĂ© de son aigu et son aisance Ă  passer l’orchestre, grĂące Ă  une Ă©mission parfaite. Son personnage anachronique de mousquetaire parait lui convenir Ă  merveille, et on s’attache vite Ă  ce joyeux luron, sĂ©duisant en diable.
Le Claudio de Thomas Blondelle, un peu dans l’ombre de son partenaire, brille moins, tant Ă  cause d’un caractĂšre moins affirmĂ© dans l’Ɠuvre que par une vocalitĂ© plus terne, moins accrochĂ©e et moins Ă  l’aise dans le haut du registre, en dĂ©pit d’une belle musicalitĂ©.
Excellent Brighella de Wolfgang Bankl, croquant un personnage haut en couleurs, à mi-chemin entre Osmin et le Baron Ochs, finalement plus charismatique que son propre maßtre. Le baryton-basse allemand raffle ainsi la mise avec sa voix profonde et sonore, héritier de la grande tradition germanique.
Avec son allure de Jessica Rabbit, Hanna Roos incarne une Dorella toute en rondeurs, tant physiques que vocales, tandis que le tĂ©nor bouffe Andras Jaggi dynamite le rĂŽle de Pontio Pilato en proposant de l’aubergiste un portrait totalement dĂ©jantĂ©. Tous les seconds rĂŽles sont ainsi bien tenus.
Pour finir, on salue bien bas la performance de tous les choristes de la maison, admirablement prĂ©parĂ©s et merveilleusement comĂ©diens, le chƓur Ă©tant vĂ©ritablement l’un des protagonistes majeurs de l’ouvrage.
Beau succĂšs au rideau final, pour une premiĂšre importante en France et qui mĂ©ritait d’ĂȘtre enfin tentĂ©e. Rien que pour cela, on remercie l’OpĂ©ra du Rhin et son directeur, Marc ClĂ©meur, pour leur curiositĂ© et leur audace.

 

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Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, 8 mai 2016. Richard Wagner : Das Liebesverbot. Livret du compositeur d’aprĂšs « Mesure pour mesure » de William Shakespeare. Avec Isabella : Marion Ammann ; Friedrich : Robert Bork ; Luzio : Benjamin Hulett ; Claudio : Thomas Blondelle ; Mariana : Agnieszka Slawinska ; Brighella : Wolfgang Bankl ; Antonio : Peter Kirk ; Angelo : Jaroslaw Kitala ; Danieli : Norma Patzke ; Dorella : Hanna Roos ; Pontio Pilato : Andreas Jaeggi. ChƓurs de l’ONR ; Sandrine Abello, chef de chƓur. Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Constantin Trinks, direction musicale. Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne. DĂ©cors et costumes : Julian Hansen ; LumiĂšres : Marion Hewlett ; ChorĂ©graphie : Mathieu Guilhaumon

Illustrations : Clara Beck / opéra national du Rhin © 2016

CrĂ©ation de La DĂ©fense d’aimer de Wagner Ă  l’OpĂ©ra du Rhin

wagner-strasbourg-defense-d-aimer-wagner-582-594Strasbourg, OpĂ©ra du Rhin. Wagner : La dĂ©fense d’aimer : 8-22 mai 2016. En crĂ©ation française voici une nouvelle production Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique du printemps 2016. Mariane ClĂ©ment met en scĂšne, sous la direction musicale de Constantin Trinks. Plus comĂ©die Ă  l’italienne que drame germanique, La DĂ©fense d’aimer  / Das Lieberverbot est inspirĂ© de Shakespeare dont les chassĂ©s croisĂ©s et les quiproquos amoureux en Ă©prouvant les cƓur, produisent une poĂ©sie Ă©motionnelle irrĂ©sistible par sa justesse et sa profondeur. Souffrance et dĂ©sir, extase et attente, aveuglement et ivresse s’y Ă©battent dans une arĂšne et un labyrinthe enchantĂ© qui rappelle Ă©videmment Le songe d’une nuit d’Ă©tĂ©. Tyrannie sociĂ©tale encore vivace, la dĂ©fense d’aimer est une rĂšgle imposĂ© Ă  tous, emblĂšme d’un ordre puritain soucieux de contrĂŽler la folie ordinaire et collective. L’amour y devient le signe d’une rĂ©bellion individuelle : le moi dĂ©sirant contre l’harmonie sociale. On voit bien ce que Don Giovanni signifie ici. Mais ici se sont deux femmes, au dĂ©but au couvent, dont l’une se destinait au noviciat (Isabella) qui mĂšne les intrigues et pilote le retour de l’amour Ă  Naples. Contre l’ordre moral, que ceux qui le proclament, n’hĂ©sitent pas enfreindre, la conscience et l’intelligence fĂ©minine rĂ©tablit le rĂšgne de l’amour, seul pacte social qui vaille la peine d’ĂȘtre amplement dĂ©fendu.

 

 

 

Synopsis

ACTE I : au couvent, les femmes prennent les armes

AprĂšs le dĂ©part du roi de Sicile pour Naples, le gouverneur  allemand Friedrich entend imposer  sur l’üle un puritanisme austĂšre face aux mƓurs prĂ©tendument dĂ©bauchĂ©es de ses habitants. Son  sbire Brighella, chef de la police, ferment les auberges – dont celle de Danieli -et interdit mĂȘme le Carnaval. Luzio le sĂ©ducteur et Claudio l’emprisonnĂ© ne l’entendent pas ainsi et entrent en rĂ©bellion.

Au couvent les femmes Isabella (candidate au noviciat et sƓur de Claudio) et Marianna (Ă©pouse du gouverneur) dĂ©cident de rejoindre Luzio dans sa rĂ©sistance civile. Au tribunal, Brighella est dĂ©passĂ© par le jugement des affaires courantes : d’autant que la serveuse de l’auberge de Danieli, la pulpeuse et dĂ©lirante Dorella l’entreprend directement et le trouble ouvertement. Surgit le gouverneur qui s’apprĂȘtant Ă  condamner Ă  mort l’immoral Claudio,  accepte de discuter avec la sĂ©duisante Isabella. La jeune femme prend la dĂ©fense de l’amour et obtiendra la clĂ©mence pour son frĂšre si… elle accepte de se donner au gouverneur. D’abord outrĂ©e, Isabella accepte et invite le gouverneur Ă  la rejoindre la nuit venue… le temps que Marianna, la vĂ©ritable Ă©pouse, ne presse sa place.

 

ACTE II  : au Carnaval, Friedrich puni

Dans sa geĂŽle, Claudio reçoit la visite de sa soeur et lui avoue qu’elle a bien raison d’avoir accepter de se prostituer pour lui… Mais Isabella lui fait croire qu’elle refusera, suscitant chez l’emprisonnĂ©, trouble et angoisse : tel sera son chĂątiment.  Pendant le Carnaval qui a Ă©tĂ© maintenu par la population rebelle, le gouverneur vient masquĂ© ainsi que le lui a demandĂ© Isabella ; Il n’a donc aucun scrupule Ă  outrepasser ses propres lois. Mais Isabella dĂ©nonce le gouverneur indigne qui est pris la main dans le sac en compagnie de son Ă©pouse Marianna…  Le peuple Ă  qui revient la vertu du pardon, accepte d’Ă©carter simplement Friedrich. De sorte que Brighella peut Ă©pouser la dĂ©lirante et insouciante Dorella ; comme, Luzio convainc aussi Isabella Ă  renoncer au noviciat. Friedrich se rĂ©concilie avec Marianna. L’amour triomphe quand le roi de Naples est de retour.

 

 

 

La DĂ©fense d’aimer de Wagner Ă  l’OpĂ©ra du Rhin
Strasbourg, du 8 au 22 mai 2016.
Puis Ă  Mulhouse, La Filature : du 3 au 5 juin 2016.

 

 

A Strasbourg, Catherine Hunold chante au pied levé Pénélope

HUNOLD catherine-hunold1Strasbourg, OpĂ©ra. Catherine Hunold chante PĂ©nĂ©lope… Pour la gĂ©nĂ©rale de PĂ©nĂ©lope, opĂ©ra de FaurĂ©, recrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, la soprano Anna Caterina Antonacci a renoncĂ© Ă  chanter le rĂŽle-titre : c’est l’excellente soprano française Catherine Hunold qui l’a remplacĂ©e au pied levĂ©. Hier BĂ©rĂ©nice de Magnard (avril 2014), plus rĂ©cemment au disque  SĂ©mĂ©lĂ© de Paul Dukas, Catherine Hunold saisit par son sens de la phrase, son art de la prosodie, son timbre ample, charnel et cristallin. Elle est l’une des rares cantatrices dont on comprend chaque mot. PĂ©nĂ©lope inattendue et envoĂ»tante. PĂ©nĂ©lope est un ouvrage captivant Ă  dĂ©couvrir sur la scĂšne de l’OpĂ©ra national du Rhin  Ă  Strasbourg les 29, 31 octobre puis 3 novembre 2015, les 20 et 22 novembre 2015 Ă  La Filature de Mulhouse. LIRE aussi notre prĂ©sentation de PĂ©nĂ©lope de Gabriel FaurĂ© Ă  Strasbourg et Ă  Mulhouse

Anna Caterina Antonacci programmĂ© depuis le dĂ©but de la production a bien assurĂ© pour sa part le rĂŽle de PĂ©nĂ©lope dĂšs la PremiĂšre (23 octobre dernier). Catherine Hunold, doublure, a confirmĂ© le temps de la gĂ©nĂ©rale son exceptionnel tempĂ©rament dans l’opĂ©ra romantique français. Diffusion prĂ©vue sur ARTE en mars 2016.

Strasbourg, Opéra. Pénélope de Fauré. Du 23 octobre au 3 novembre 2015.

Antonacci pianoStrasbourg, OpĂ©ra. PĂ©nĂ©lope de FaurĂ©. Du 23 octobre au 3 novembre 2015. Trois noms devraient assurer la rĂ©ussite de cette nouvelle production de PĂ©nĂ©lope de FaurĂ© Ă  l’OpĂ©ra du Rhin : le chef Patrick Davin, le metteur en scĂšne Olivier Py et surtout la cantatrice qui a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle : la soprano Anna Caterina Antonacci.  AprĂšs Strauss et Puccini, compositeurs si inspirĂ©s par la fĂ©minitĂ©, FaurĂ© emboĂźte le pas Ă  Massenet (Esclarmonde, Manon, ThaĂŻs, ClĂ©opĂątre, ThĂ©rĂšse
) et Saint-SaĂ«ns (HĂ©lĂšne, 1904), FaurĂ© aborde le profil mythologique de PĂ©nĂ©lope, Ă©pouse loyale qui attend le retour de son mari Ulysse, parti batailler contre les Troyens. Son retour fut mis en musique par Monteverdi au XVIIĂš ; FaurĂ©, mĂ©lodiste gĂ©nial s’intĂ©resse au profil de la femme fidĂšle que l’attente use peu Ă  peu
 L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo le 4 mars 1913 pĂątit du livret trĂšs fleuri et sophistiquĂ©, un rien dĂ©suet d’un jeune poĂšte dramaturge RenĂ© Fauchois : le jeune homme comĂ©dien dans la troupe de Sarah Bernhardt, avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă  FaurĂ© par la cantatrice Lucienne BrĂ©val qui souhaitait ainsi chanter un opĂ©ra du MaĂźtre. C’est pour FaurĂ© un dĂ©fi de la maturitĂ© et suivre son tempĂ©rament taillĂ© pour l’élĂ©gance, l’intĂ©rioritĂ©, le raffinement, Ă©prouvĂ© par la nĂ©cessitĂ© du thĂ©Ăątre, reste passionnant. Il ne cesse de rabrouer son jeune librettiste, lui reprochant toujours son “verbiage”. A Monte-carlo, le succĂšs n’est que d’estime ce qui dĂ©sespĂšre l’auteur. Il faut vraiment attendre la reprise parisienne Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1919 avec Germaine Lubin pour que l’ouvrage suscite une passion publique.

 

 

faure-penelope-opera-du-rhin-octobre-2015-presentation-review-critique-CLASSIQUENEWSRetour de l’Ă©ternelle attente… PĂ©nĂ©lope a trouvĂ© la parade aux prĂ©tendants qui souhaitent l’épouser car il faut redonner Ă  l’üle d’Ithaque, un roi et un nouvel avenir aprĂšs le dĂ©part d’Ulysse. La souveraine dĂ©fait chaque soir l’ouvrage qu’elle a tissĂ© pendant la journĂ©e : elle a fait le voeu en effet d’accepter un nouvel Ă©poux quand son mĂ©tier serait achevĂ©. Pour faire antique, FaurĂ© compose donc une fresque Ă©purĂ©e, sensuelle, colorĂ©e de danses « orientales », soit un cadre vraisemblable et riche pour mettre en avant la cantatrice vedette dont le rĂŽle exige tempĂ©rament, constance, vĂ©ritĂ© et profondeur tragiques. La musique de FaurĂ©, consciemment ou non, interroge la formulation et le sens de l’attente : il faut l’espĂ©rance pour oser prĂ©tendre Ă  l’inespĂ©rĂ©. Mais PĂ©nĂ©lope qui patiente et attend, a-t-elle conscience de son propre avenir qui est Ă  l’extrĂ©mitĂ© de son attente ? Qu’espĂšre-t-elle au demeurant ? Quel enseignement va-t-elle dĂ©couvrir Ă  la fin de son attente ?

 

faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSGabriel FaurĂ© voulait un sujet mythologique pour son opĂ©ra. Les derniers chants de l’OdyssĂ©e inspire un livret resserrĂ© mais HomĂšre est ici rĂ©actualisĂ© dans le Paris de 1907, annĂ©e oĂč FaurĂ© commence sa partition. Olivier Py estime la poĂ©sie du librettiste et rappelle qu’au moment de l’écriture de FaurĂ©, le Titanic a sombrĂ© emportant avec lui toute une Ă©poque, celle de FaurĂ©. justement. Dans PĂ©nĂ©lope, FaurĂ© cible l’abstraction, c’est Ă  dire une action universelle : l’attente de PĂ©nĂ©lope (FaurĂ© concentre son action sur la figure fĂ©minine au point que le personnage de TĂ©lĂ©maque a disparu) dĂ©sire comprendre mais elle reste absente Ă  tout discernement, et demeure aveugle Ă  sa propre actualitĂ© (au point d’ailleurs dans l’opĂ©ra de ne pas reconnaĂźtre Ulysse qui est revenu
) : FaurĂ©, c’est PĂ©nĂ©lope qui ne voit pas venir le marxisme, la Guerre mondiale, ce gouffre terrible qui va surgir. La couronne de TĂ©lĂ©maque et d’Ulysse jetĂ©es dans une flaque d’eau : tel est le dĂ©fi de base proposĂ© par Olivier Py Ă  son responsable des dĂ©cors, Pierre-AndrĂ© Weitz. Il en dĂ©coule un dispositif scĂ©nique continĂ»ment mobile, composĂ© de plateaux tournants, posĂ©s sur une Ă©tendue d’eau… qui fait vaciller l’ensemble du dĂ©cor et de la machinerie : c’est un prodige d’ombres, de formes Ă©vanescentes qui trouble l’entendement du spectateur. De sorte que nous sommes exactement dans cette perte de la conscience qui a peu Ă  peu enseveli la raison de celle qui attend et s’est perdue. La dramaturgie est nourrie d’espĂ©rance déçue, d’attente, de pudeur trĂšs noble (pas de place pour le burlesque et le comique ou l’ironie). Le cadre choisi est celui d’un Ă©ternel retour


HUNOLD catherine-hunold1Une autre voix pour la gĂ©nĂ©rale… DerniĂšre minute : c’est Catherine Hunold (photo ci-contre), sublime diseuse et voix ample et timbrĂ©e qui a assurĂ© finalement le rĂŽle de PĂ©nĂ©lope pour la GĂ©nĂ©rale : la diva française a confirmĂ© ainsi ses affinitĂ©s avec le rĂ©citatif faurĂ©en, subtile prosodie entre chant et parole… Elle poursuit une sĂ©rie de prise de rĂŽles de plus en plus convaincants : BĂ©rĂ©nice Ă  Tours (recrĂ©ation saluĂ©e par CLASSIQUENEWS), et derniĂšrement au disque, SĂ©mĂ©lĂ©, cantate pour le prix de Rome de Paul Dukas prĂ©sentĂ©e malheureusement en 1889 : un coup de gĂ©nie bien peu reconnu par l’Institution.Il existe seulement deux enregistrements : l’un en live par Ingelbrecht  avec RĂ©gine Crespin (1956), l’autre en studio par Charles Dutoit avec Jessye Norman (1980). 

 

 

 

boutonreservationPĂ©nĂ©lope de FaurĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Strasbourg
7 représentations à ne pas manquer
Les 23, 27, 29, 31 octobre puis 3 novembre 2015.
A Mulhouse (La Filature), les 20 puis 22 novembre 2015

Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scĂšne: Olivier Py
Décors et costumes: Pierre-André Weitz
LumiĂšres: Bertrand Killy

 

Pénélope: Anna Caterina Antonacci
Ulysse: Marc Laho
EuryclĂ©e: Élodie MĂ©chain
Cléone: Sarah Laulan
MĂ©lantho: Kristina Bitenc
Phylo: RocĂ­o PĂ©rez
Lydie: Francesca Sorteni
Alcandre: Lamia Beuque
Eumée: Jean-Philippe Lafont
Eurymaque: Edwin Crossley-Mercer
AntinoĂŒs: Martial Defontaine
LĂ©odĂšs: Mark Van Arsdale
Ctésippe: Arnaud Richard
Pisandre: Camille Tresmontant

ChƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin
MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin – Petits chanteurs de Strasbourg
Orchestre symphonique de Mulhouse
Éditions Heugel

LIRE aussi notre compte rendu du cd  HélÚne de Camille Saint-Saëns (1904) / entretien avec Guillaume Tourniaire

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 26 avril 2015. Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue. Jeanne-MichĂšle Charbonnet, Sylvie Brunet-Grupposo, GaĂ«lle Alix, Marc Barrard. Choeurs de l’OpĂ©ra du Rhin. Sandrine Abello, direction. Orchestre symphonique de Mulhouse. Daniele Callegari, direction. Olivier Py, mise en scĂšne.

idukasp001p1Nouvelle production choc Ă  l’OpĂ©ra National du Rhin. Olivier Py revient dans la maison alsacienne pour le seul opĂ©ra du compositeur français Paul Dukas, Ariane et Barbe-Bleue, d’aprĂšs la piĂšce Ă©ponyme du symboliste belge Maurice Maeterlinck. La distribution et l’Orchestre symphonique de Mulhouse sont dirigĂ©s par le chef Daniele Callegari, et les fabuleux choeurs de l’OpĂ©ra par Sandrine Abello. Un spectacle d’une grande richesse habitĂ© des fantasmes et des mystĂšres, un commentaire sur l’Ăąme et ses faiblesses atemporelles comme il est tout autant allĂ©gorie de la conjoncture mondiale actuelle.  Jamais le thĂ©Ăątre lyrique n’a paru mieux reflĂ©ter comme un miroir les pulsations troubles de notre temps. C’est bien ce qui fait la justesse de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Strasbourg.

Pari rĂ©ussi pour cette nouvelle production de l’Ariane de Dukas

Richesse et liberté qui dérangent

Paul Dukas est connu surtout par sa musique instrumentale, et presque exclusivement grĂące Ă  son poĂšme symphonique archicĂ©lĂšbre l’Apprenti Sorcier d’aprĂšs Goethe, en dĂ©pit de la grande valeur et de l’originalitĂ© des piĂšces telles que sa Sonate en mi mineur d’une difficultĂ© redoutable, sa Symphonie en do et son fabuleux ballet La PĂ©ri, vĂ©ritable chef-d’oeuvre d’orchestration française. Son seul opĂ©ra, dont la premiĂšre Ă  eu lieu en 1907 Ă  l’OpĂ©ra-Comique, a divisĂ© la critique Ă  sa crĂ©ation mais est progressivement devenu cĂ©lĂšbre dans l’Hexagone et mĂȘme Ă  l’étranger. Or, il s’agĂźt toujours d’un opĂ©ra rarement jouĂ© et mis en scĂšne, qui faisait uniquement parti du rĂ©pertoire de quelques maisons d’opĂ©ra, notamment Paris. Dans sa dĂ©marche passionnante, audacieuse et sincĂšre, Marc ClĂ©meur, directeur de l’OpĂ©ra National du Rhin, change la donne en le programmant et invitant nul autre qu’Olivier Py.

 

 

DUKAS opera du rhin ariane et barbe bleue critique compte rendu classiquenews mai 2015 ARIANE ET BB_photoAlainKaiser_7548L’histoire de Maeterlinck est un mĂ©lange du mythe grec antique d’Ariane (emprisonnĂ©e dans le labyrinthe du Minotaure) et du conte de Perrault Barbe-Bleue, oĂč une femme sans nom se marie au monstre, qui sera tuĂ© par ses frĂšres, et dont elle hĂ©ritera la fortune. Une Ɠuvre symboliste oĂč l’on trouve MĂ©lisande parmi d’autres princesses Maeterlinckiennes (SĂ©lysette, Alladine, BellangĂšre et Ygraine) ; ces femmes sont prisonniĂšres au chĂąteau de Barbe-Bleue oĂč Ariane est venue vivre, avec la mission de les dĂ©livrer du monstre. Avec l’aide de sa nourrice, et aprĂšs s’ĂȘtre promenĂ©e partout dans le chĂąteau, ouvrant des portes interdites, elle rĂ©ussit sa tĂąche. Mais ces princesses prisonniĂšres ne veulent pas la libertĂ©. OĂč comment la plupart des hommes s’attachent Ă  leurs tĂ©nĂšbres confortables et refusent la libertĂ© de la raison, de la lumiĂšre. Une Ɠuvre qui date de plus d’un siĂšcle et qui parle subtilement, brumeusement, comme tout le thĂ©Ăątre symboliste d’ailleurs, d’une triste et complexe rĂ©alitĂ© toujours d’actualitĂ©. Si rien n’est jamais trop explicite dans cette Ɠuvre, le commentaire sur l’Ă©chec des « rĂ©volutions » rĂ©centes, la remontĂ©e des nationalismes, le retour et l’acceptation de l’obscurantisme religieux y sont implicites, Ă©vidents et surtout trĂšs justement exprimĂ©s. Il s’agirait en vĂ©ritĂ© d’un opĂ©ra rĂ©volutionnaire par son livret, mais sans l’intention de l’ĂȘtre.

Dans les mains fortes et chaudes, tenaces et habiles d’Olivier Py, nous avons le plaisir de dĂ©couvrir des couches de signification, habillĂ©es et habitĂ©es par le mysticisme et la sensualitĂ©. Mais ces plaisirs quelque peu superficiels cachent un cƓur hautement inspirĂ©, une pensĂ©e profonde et complexe. Ainsi l’opĂ©ra se dĂ©roule en deux plans, fantastique travail de son scĂ©nographe fĂ©tiche Pierre-AndrĂ© Weitz ; en bas, nous sommes dans le monde rĂ©el, une prison en pierre dans un chĂąteau, peut-ĂȘtre. En haut, l’imaginaire. Le royaume des bijoux, des mirages, des forĂȘts et des prisons, des fantasmes et des fantĂŽmes.

DUKAS scene double ARIANE ET BB_photo AlainKaiser_7474Ariane est omniprĂ©sente au cours des trois actes. Dans ce rĂŽle, Jeanne-MichĂšle Charbonnet, qu’on l’accepte ou pas les quelques aigus tremblants (mais jamais cassĂ©s!) d’un des rĂŽles les plus redoutables du rĂ©pertoire, est tout Ă  fait imposante (NDLR: la soprano avait dĂ©jĂ  chantĂ© chez Py pour sa fabuleuse Isolde, prĂ©sentĂ© en Suisse puis surtout par Angers Nantes OpĂ©ra, seule place française qui osa programmer en 2009 une production lyrique qui demeure la meilleure du metteur en scĂšne Ă  ce jour). Son Ariane pourrait s’appeler Marianne tellement sa prĂ©sence est parfaitement adaptĂ©e au personnage qu’elle interprĂšte, une femme rĂ©volutionnaire, en quelque sorte. Elle sortira triomphante mais sa rĂ©volution est un Ă©chec. La Nourrice de Sylvie Brunet-Grupposo, quant Ă  elle, agite les cƓurs avec une prĂ©sence aussi magnĂ©tique, un art de la dĂ©clamation ravissant, un chant tout autant incarnĂ© que son jeu d’actrice. Remarquons aussi les prestations des princesses enfermĂ©es, Aline Martin en SĂ©lysette, Rocio PĂ©rez en Ygraine, GaĂ«lle Alix en MĂ©lisande ainsi que Lamia Beuque en BellangĂšre (Alladine, jouĂ©e par DĂ©lia Sepulcre Nativi, est un rĂŽle muet). Un travail d’acteur formidable, un chant sincĂšre et Ă©quilibrĂ© les habite en permanence ou presque.

dukas-paul-ariane-et-barbe-bleue-opera-opera-du-rhin-avril-2015Et l’Orchestre symphonique de Mulhouse sous la direction de Daniele Callegari ? Une vĂ©ritable surprise, par les couleurs et l’intensitĂ©, certes, mais surtout par la justesse, par le souci des nuances fines, par l’attention aux voix sur le plateau et Ă  l’Ă©quilibre par rapport Ă  la fosse. Une approche qui paraĂźtrait millimĂ©trique et intellectuelle mais qui se rĂ©vĂšle en vĂ©ritĂ© d’ĂȘtre respectueuse de la partition (les citations de Debussy sont interprĂ©tĂ©es avec grande clartĂ©, par exemple) mais surtout incarnĂ©e, sincĂšre, appassionata et passionnante, en accord total avec tous les autres composants. Si l’impressionnisme musical de Dukas touche parfois l’expressionnisme (!), la cohĂ©sion auditive, sans la perte des contrastes, est plus que rĂ©ussie par le chef italien et l’orchestre alsacien. Une rĂ©ussite tout Ă  fait 
 mythique ! A voir absolument encore les 28 et 30 avril, et 4 et 6 mai Ă  Strasbourg ou encore le 15 et le 16 mai 2015 Ă  Mulhouse.

Illustrations : A.Kaiser © Opéra national du Rhin 2015

Comte rendu, festival. Strasbourg, Musica. Les 26,17, 28 septembre 2014. Goebbels, Lindberg, Manoury


MUSICA logo-musica-300x250Comte rendu, festival. Strasbourg, Musica. Les 26,17, 28 septembre 2014. Goebbels, Lindberg, Manoury
    Prima MUSICA : Le festival de la musique du temps prĂ©sent (25/09 – 10/10/2014) Ă  Strabourg. Strasbourg, ville d’Europe, ville d’avenir.  C’est au sein de cette citĂ© du Rhin que la musique a trouvĂ© un terreau favorable. Le Festival Musica offre dans sa 32Ăšme Ă©dition Ă  l’automne 2014, un vaste paysage musical contemporain, multipliant la diversitĂ© des formes de la crĂ©ation d’aujourd’hui.  Par notre envoyĂ© spĂ©cial, Pedro-Octavio Diaz

 
 

Vendredi 26 septembre 2014

STIFTERS DINGE (2007)

Heiner Goebbels 

ThĂ©Ăątre de Hautepierre – 26/09 – 18h30

La crĂ©ation est sans cesse en mouvement, toujours plus audacieuse, toujours en quĂȘte de nouvelles formes et styles. Dans cette installation – performance musicale, l’humain fait place Ă  l’objet. Étonnement comme dans le cĂ©lĂšbre « Parti pris des choses » de Francis Ponge, nous retrouvons la poĂ©sie de l’inanimĂ© et  le sentiment du mobilier par un jeu vĂ©ritable de la technique et de la vidĂ©o. Heiner Goebbels dans cette crĂ©ation compose la musique, rĂ©unit les pistes audio et compose habilement un spectacle Ă  la fois intense et magique. L’on voit la pluie tomber, la glace se former, le soleil apparaĂźtre tout Ă  l’intĂ©rieur du ThĂ©Ăątre de Hautepierre.  Stifters Dinge (Les choses de Stifters) issu d’un agglomĂ©rat d’histoires est avant tout une belle maniĂšre de rendre Ă  l’inanitĂ© une humanitĂ© d’oĂč peut ĂȘtre issu le souvenir, la parure de la mĂ©moire.

ORCHESTRE DE BADEN BADEN – FREIBOURG & ENSEMBLE MODERN

Dir. Pablo Rus Broseta

Kraft (1983 – 85) – Magnus Lindberg

In situ (2013) – Philippe Manoury

Palais de la Musique et des CongrĂšs  – 26/09 – 20h30

Il est des soirs inoubliables dans les pĂ©rĂ©grinations festivaliĂšres. Entendre l’Orchestre de la SWR Baden-Baden est presque un privilĂšge maintenant, en effet cette merveilleuse phalange cessera d’exister en 2016 par une dĂ©cision nihiliste des politiques du LĂ€nder du Wurtemberg. L’orchestre de Baden-Baden est pionnier dans le rĂ©pertoire contemporain, il n’a pas cessĂ© de crĂ©er des piĂšces des compositeurs les plus en vogue de notre temps et du siĂšcle dernier.  HabituĂ© de la scĂšne Strasbourgeoise et du Festival Musica, l’Orchestre de Baden-Baden se distingue par sa mallĂ©abilitĂ© et la palette chromatique incessante dans les partitions qu’il dĂ©fend. Ce soir pas de François-Xavier Roth, mais Pablo Rus Broseta, jeune chef Valencien Ă  la battue prĂ©cise mais parfois avec un lĂ©ger manque d’engagement. Au programme le colossal Kraft de Magnus Lindberg a Ă©tĂ© un moment excitant et splendide. Avec ses amples mesures et une mobilitĂ© constante des pupitres et une diffusion alĂ©atoire des sonoritĂ©s, Kraft nous montre la puissance de la musique dans son sens crĂ©atif premier. Nous assistons Ă  un big bang musical que ce soit par les coups de gong rĂ©pĂ©tĂ©s et parfois l’image rituelle des interprĂštes qui, dans une reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale, ont aussi mobilisĂ© le langage corporel dans un ballet de gestes qui animĂšrent ce concert pour notre plus grande surprise et infinie dĂ©lectation. En deuxiĂšme partie, la crĂ©ation Française de la piĂšce In Situ de Philippe Manoury est une surprise supplĂ©mentaire. En effet, pour l’interprĂ©tation, l’orchestre et l’ensemble Modern sont divisĂ©s en trois dans toute la salle, deux parties sont installĂ©es au fond de la salle Erasme et le reste sur scĂšne. Ce dispositif crĂ©a un voyage au cƓur du son et finalement rĂ©ussit Ă  nous faire entendre la subtilitĂ© du style de Philippe Manoury. A la fois composĂ© de mouvements brutaux et de plus amples plages de notes Ă©grenĂ©es, In Situ interpelle et mobilise la sensibilitĂ© avec la spatialisation, on ne peut pas rester ni dans l’indiffĂ©rence, ni dans l’introspection, on est parti pris. En dĂ©finitive une vĂ©ritable rĂ©ussite, parce que dans les deux piĂšces, l’Orchestre profite largement de l’acoustique trĂšs gĂ©nĂ©reuse de la salle Erasme et de sa disposition en tympan spatial. PremiĂšre soirĂ©e de Musica largement rĂ©ussie, on se sĂ©pare des confluences de l’Ill et du Rhin avec le sentiment qu’on a participĂ© Ă  la crĂ©ation, non seulement en tant qu’auditeur, mais surtout en tant qu’artisan.

 

 
 

 

Samedi 27 septembre 2014

LES MATINALES DE MUSICA

Concert des jeunes compositeurs de la classe de Philippe Manoury

Charles-David Wajnberg – Lithium

Étienne Haan – Vivian
 Connais pas

AurĂ©lien Marion-Gallois – 13M3m2 ou la fille Ă©toile

Ensemble de musique contemporaine du Conservatoire de Strasbourg

Dir. Armand Angster

Salle de la Bourse – 11h

S’engager dans le soutien des jeunes compositeurs est une action courageuse et louable mais trĂšs risquĂ©e.  Le talent bien accompagnĂ© peut s’épanouir dans des bonnes conditions et faire jaillir les plus belles et Ă©tonnantes crĂ©ations.  Le talent malheureusement n’est pas innĂ©. Souvent l’excĂšs d’érudition tue l’inspiration, le bon Ă©lĂšve n’est pas forcĂ©ment un artiste. Ce matin Philippe Manoury nous prĂ©sentait trois jeunes compositeurs de sa classe au Conservatoire de Strasbourg.

Parmi eux, Charles-David Wajnberg qui prĂ©sentait avec force de dĂ©tails scientifico-intellectuels sa piĂšce Lithium. MalgrĂ© son format assez court et quelques trouvailles, la musique est une copie propre et nette, un examen de passage d’un Ă©lĂšve sage et bien notĂ©. On ne trouve pas l’once de prise de risque qui met en danger pour basculer dans le chef d’Ɠuvre. La piĂšce est bavarde et piquĂ©e de sophistication verbeuse. Nous nous demandons quel est l’univers de M. Wajnberg, la lecture du programme est tout aussi sibylline que l’écoute de Lithium.

La deuxiĂšme piĂšce de Étienne Haan est un peu plus originale, avec une forme composite et trĂšs intĂ©ressante dans le concept et le principe. En effet, Vivian
Connais pas est une sorte de musique thĂ©Ăątrale. Le livret de Khadija Ben El Kebir s’inspire de la vie d’une obscure photographe amĂ©ricaine Vivian Maier. Si le jeu de la comĂ©dienne Emma Massaux est Ă©loquent et bien Ă©quilibrĂ©, la musique porte un rĂ©el sens du mouvement et une originalitĂ© subtile, le livret est d’une faiblesse manifeste. Finalement cette belle musique est dĂ©sĂ©quilibrĂ©e par le thĂ©Ăątre, mais le concept demeure intelligent et original.

 

En troisiÚme morceau, la sensualité de la poésie orientale est exploitée avec panache par Aurélien Marion-Gallois. Splendide équilibrage des voix, une véritable exploration des timbres et des possibilités poétiques du texte.

Soutenant efficacement les trois crĂ©ations, Armand Angster, le chef de l’ensemble Accroche note, bat la mesure sur ces trois univers, dont les Ă©toiles parfois restent froides ou au contraire, brĂ»lent de mille feux.

MITSOU

Opéra-film

Film – Jean-Charles Fitoussi

Musique – Claire- MĂ©lanie Sinnhuber

Le mélange des genres est parfois heureux, surtout avec la vocation de raconter une histoire. On a souvent vu des concert-performances, des opéra-rock ou des opéra-ballets par le passé.

Mitsou est un « opĂ©ra-film » due aux talents rĂ©unis de Jean-Charles Fitoussi Ă  la camĂ©ra et de Claire-MĂ©lanie Sinnhuber Ă  la partition. Tout d’abord nous nous demandons si Mitsou est un genre en soi, l’alliance de musique et l’image est une pratique artistique ancrĂ© dans le septiĂšme art. Effectivement le fait qu’un groupe de solistes et l’excellent ensemble MultilatĂ©rale soient dans la fosse et jouent en accord avec les images nous rappellent plus les dĂ©buts du cinĂ©matographe que les innovations spectaculaires du celluloĂŻde.

L’histoire qui se base sur une rencontre fantasmĂ©e entre Rilke et le tout jeune Balthus autour de la perte du chat, Mitsou, du peintre, nous rammene dans une expĂ©rience trĂšs proche de la comĂ©die musicale plus que d’un opĂ©ra expĂ©rimental. Nous pensons tout de suite Ă  un film de Jacques Demy, mais, bien entendu, mieux chanté !

L’enfant Balthus est dĂ©volu Ă  la jeune soprano Raquel Camarinha, au timbre plus acide que diamantin dĂ©volu aux enfants. Elle demeure une voix assez froide finalement. Pour Rilke, Fabien Hyon est correct sans vĂ©ritablement de couleurs. Eva ZaĂŻck, la mĂšre, a une belle voix tout comme Luc Bertin en pĂšre Balthus. La partition vocale ne comporte que des idĂ©es bien conventionnelles.  A l’orchestre, l’ensemble MultilatĂ©rale sert divinement bien l’expĂ©rience et LĂ©o Warynski, Ă  part quelques dĂ©calages, investit sa direction avec puissance.

Mais ce projet est consacrĂ© surtout Ă  tourner dans des salles en partenariat avec les les Ă©tablissements scolaires, parce qu’on se doute bien que le thĂšme a une portĂ©e pĂ©dagogique. NĂ©anmoins, nous trouvons la musique trop lourde pour les enfants, et le film multipliant des allusions intellectuelles pointues, malgrĂ© le jeu correct des acteurs, les scolaires n’y verront que trĂšs peu de ce que peut ĂȘtre la musique contemporaine et trĂšs bien ce que peut ĂȘtre la vision d’une certaine catĂ©gorie socio-intellectuelle qui s’enferme dans ses fantaisies.

QUAI OUEST

Opéra de Régis Campo/Kristian Frédéric et Florence Doublet

D’aprùs Bernard-Marie Koltùs

Création Mondiale

Maurice – Paul Gay

Monique – Mireille Delunsch

CĂ©cile – Marie-Ange Todorovitch

Claire – Hendrickje Van Kerckhove

Rodolfe – Christophe Fel

Charles – Julien Behr

Fak – Fabrice di Falco

Orchestre Symphonique de Mulhouse

Dir. Marcus Bosch

Mise en scĂšne – Kristian FrĂ©dĂ©ric

OpĂ©ra National du Rhin – Strasbourg – 20h

Formidable entrĂ©e de KoltĂšs sur les planches de l’opĂ©ra ! Quelle idĂ©e surprenante et heureuse. S’il est Ă©videmment dangereux parfois de faire appel directement au thĂ©Ăątre pour des livrets d’opĂ©ra, et que cisailler dans une piĂšce est quasiment de l’ordre du sacrilĂšge, c’est avec l’expertise et l’équilibre qu’une crĂ©ation telle que Quai Ouest a recoltĂ© tout son succĂšs. En tout cas la piĂšce de KoltĂšs est d’une force noire impressionnante, faisant appel aux plus basses passions et aux sentiments morbides et glauques, l’argument nous interpelle mĂȘme avec son voyeursime et la brutalitĂ© de ses appels Ă  l’amour pulsion et Ă  la mort au cƓur de la souillure.

MalgrĂ© le sujet sombre,  la production de Quai Ouest est brillante. La mise en scĂšne  de Kristian FrĂ©dĂ©ric a compris finalement, par son parti pris, que le vĂ©ritable protagoniste de Quai Ouest est le dĂ©cor.  En effet, par des effet grandioses, le dĂ©cor immense des docks, des entrepĂŽts et des quais va et vient sur scĂšne, nous opprimant et nous invitant Ă  participer Ă  cette cĂ©rĂ©monie de mƓurs qui ressemblent tant Ă  celles que les mĂ©dias divulguent sur les banlieues. Nous avons Ă©tĂ© conquis par la puissance de cette mise en scĂšne subtile dans la brutalitĂ© de ses couleurs, dĂ©clinant Ă  merveille les nuances de nuit.

La musique est tout aussi splendide, avec des rappels de modernitĂ© Ă©clatante avec mĂȘme une guitare Ă©lectrique dans la fosse et des pages orchestrales d’une rare beautĂ©. RĂ©gis Campo signe une partition riche, forte, avec une sĂ©rie de rappels Ă  diffĂ©rentes inspirations mais avec une homogĂ©nĂ©itĂ© originale et un trĂšs beau traitement du lyrisme et surtout un dessin quasiment au lavis des chƓurs, une trĂšs belle idĂ©e. MalgrĂ© quelques longueurs vers la fin, avec un trio de femmes interminable et un chƓur de fin en filigrane qui casse l’émotion finale, nous sortons avec une apprĂ©ciation trĂšs positive de cette musique riche, Ă©lĂ©gante et Ă  la noirceur voluptueuse.

L’Orchestre Symphonique de Mulhouse et la direction de Marcus Bosch dĂ©ploient efficacement les couleurs de la partition de RĂ©gis Campo, comme des grandes ailes sur les longues pages orchestrales et comme des estocades effilĂ©es et brillantes dans les airs et les rĂ©cits.

CĂŽtĂ© voix, la palme revient incontestablement Ă  Julien Behr. Ce jeune tĂ©nor, un peu palot dans la Ciboulette de Reynaldo Hahn Ă  l’OpĂ©ra Comique, nous Ă©blouit dans le rĂŽle de Charles. Avec une amplitude impressionnante il incarne Ă  la perfection ce rĂŽle torturĂ©.  Face Ă  lui, la dĂ©couverte de la production fut la jeune Hendrickje van Kerckhove en Claire, touchante, un vĂ©ritable rayon de lumiĂšre dans ce monde de brume. En personnage douteux, l’époustouflant Fabrice di Falco en Fak nous dĂ©montre que la voix de contre-tĂ©nor peut ĂȘtre trĂšs inquiĂ©tante dans ses lignes et couleurs interlopes. Et Marie-Ange Todorovitch, splendide en CĂ©cile, personnage torturĂ© et tortueux, en grande forme elle est Ă©patante.  Tout comme Mireille Delunsch qui puise dans tout son registre pour donner une force manifeste Ă  Monique.

Hélas, nous avons été déçus par la mollesse de Paul Gay en Maurice, on ne sent aucune nuance et surtout aucune implication scénique. Décéption partagée par le Rodolfe de Christophe Fel, dont le surjeu nous étonne et handicape lourdement la lecture du personnage.

Quai Ouest a remportĂ© le pari de l’audace. L’OpĂ©ra National du Rhin et son directeur Marc ClĂ©meur, montrent Ă  nouveau l’exemple de l’excellence, de l’originalitĂ©.

 

 
 

 

Dimanche 28 septembre 2014

LES MATINALES DE MUSICA : QUATUOR TANA

Jacques Lenot – Quatuor n°6 (2008) – CrĂ©ation Mondiale

Ondrej Adamek – Lo que no’ contamo’ (2010)

Yves Chauris – Shakkei (2012)

Pascal Dusapin – Quatuor n°4 (1997)

Salle de la Bourse – 11h

Musica est l’occasion pour le spectateur de faire des rencontres musicales et surtout de dĂ©couvrir en crĂ©ation mondiale les fruits de l’émergence du XXIĂšme siĂšcle. Le Quatuor Tana, multiplie les rencontres avec des crĂ©ateurs divers. Que ce soit dans la maĂźtrise de l’art du quatuor Ă  cordes, avec un Ă©quilibre Ă©poustouflant ou l’engagement indiscutable dans la musique contemporaine, le Quatuor Tana est une des formations les plus attendues de cette Ă©dition de Musica.

Ce matin, salle de la Bourse, les espoirs Ă©taient Ă©levĂ©s, mais le programme nous a semblĂ© un peu disparate. Tout d’abord nous nous demandons pourquoi avoir choisi la piĂšce de Jacques Lenot. MĂȘme si certaines idĂ©es sont intĂ©ressantes, la composition de Jacques Lenot demeure trop passive et languissante, voire mĂȘme ennuyeuse. En revanche, l’extraordinaire Lo que no’ contamo’ d’Ondrej Adamek est un vĂ©ritable chef d’Ɠuvre de virtuositĂ©. Le Quatuor Tana s’exĂ©cute avec audace dans cette partition exigeante mais empreinte d’un vĂ©ritable souffle. C’est d’ailleurs la piĂšce la plus intĂ©ressante du concert, le seul moment oĂč les carcans intellectualisants ont Ă©tĂ© brisĂ©s.

Shakkei de Chauris retombe dans la platitude sans pouvoir s’envoler, tout comme la piĂšce convenue et convenable de Pascal Dusapin. HĂ©las pour ce Quatuor Tana qui, on en est sĂ»rs peut nous offrir une Ă©tendue de merveille quand le programme est mieux construit.

BARTABAS – GOLGOTA (2013)

Ballet Ă©questre

Bartabas – Danse, conception, mise en scĂšne, chorĂ©graphie

AndrĂ©s Marin – danse

Musique – Tomas Luis de Victoria

Chevaux et ñne – Horizonte, Le Tintoret, Zurbaran, Soutine, Lautrec

Contre-tĂ©nor – Christophe Baska

Cornet – Adrien Mabire

Luth – Marc Wolff

ComĂ©dien – Pierre Estorges

La Filature  – Mulhouse – 17h

Pour clore ce premier week-end en beautĂ©, Musica, en collaboration avec la ScĂšne Nationale de Mulhouse,  programme Ă©tonnamment Bartabas dans une crĂ©ation Ă©questre Ă©tonnante.  Nous sommes d’abord Ă©tonnĂ©s de voir qu’aucune crĂ©ation musicale n’est prĂ©sente dans le programme mais un programme aux limbes du baroque. Est-ce un rĂȘve ?

RĂȘve Ă©trange en tous cas.  Surtout on a l’impression par moments d’ĂȘtre tombĂ© dans un tableau du magnifique SiĂšcle d’Or, Bartabas et AndrĂ©s Marin ont rĂ©ussi a concevoir sur scĂšne les noirs passionnĂ©s et les ors des lumiĂšres de Zurbaran ou de Ribera.  La musique nous Ă©pate avec des interprĂštes splendides comme le parfait contre-tĂ©nor Christophe Baska et le cornet Ă©mouvant d’Adrien Mabire, un des maĂźtres de l’instrument.

Quitte Ă  Ă©moustiller la critique, nous nous demandons, face Ă  ce spectacle, le vĂ©ritable sens des intentions de Bartabas.  Voulait-il nous introduire dans un fantasme espagnol ou multiplier les poncifs sur le SiĂšcle d’Or ? Parce qu’en effet, malgrĂ© les bonnes idĂ©es musicales et scĂ©nographiques,  nous remarquons surtout une sĂ©rie de clichĂ©s, fraises Ă  l’appui, Ă  la « Folie des Grandeurs ».  Golgota est un spectacle pour faire plaisir aux vacanciers de la Costa Brava qu’imaginent l’Espagne que comme du Flamenco, l’inquisition et la Semaine Sainte. La passion, la subtilitĂ© mĂątinĂ©e de soleil de la musique de Victoria n’est pas mise en valeur, la beautĂ© des chevaux espagnols et l’école Ă©questre ne sont que des petits dĂ©tails dans un spectacle plus obscur que le thĂšme qui l’inspira.

MalgrĂ© une fin en chemin de croix, Musica s’ouvrit comme une fleur de nouveautĂ© Ă  la rentrĂ©e 2014.  Mais le festival se poursuit jusqu’au 10 octobre avec des rĂ©elles dĂ©couvertes et un cƓur qui bat au sein de Strasbourg aussi jeune que nos instants prĂ©sents.

Par notre envoyé spécial, Pedro-Octavio Diaz