Compte-rendu, opéra. Liège, Opéra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scène. Francesco Cilluffo, direction musicale.

CrĂ©Ă©e en 2009 Ă  l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, reprise en 2012, cette production de La Traviata de Giuseppe Verdi – signĂ©e par Stefano Mazzonis di Pralafera, Ă©galement directeur artistique et gĂ©nĂ©ral de l’institution liĂ©geoise – est redonnĂ©e in loco avec une distribution entièrement diffĂ©rente.

 

 

Traviata

 

 

La soprano d’origine roumaine Mirella Gradinaru est une Violetta très convaincante, affrontant sans sourciller les coloratures de l’acte I, malgrĂ© quelques notes stridentes. Mais c’est face Ă  Germont que cette Traviata se rĂ©vèle, intelligente et Ă©mouvante, comĂ©dienne et chanteuse accomplie : « Dite alla giovine », attaquĂ© sur le fil de voix, sera un moment d’exception, de mĂŞme que son « Adddio del passato », longuement saluĂ© par la salle.

Dans le rĂ´le d’Alfredo, le jeune tĂ©nor espagnol Javier TomĂ© Fernandez a pour lui un timbre plutĂ´t sĂ©duisant et d’incontestables moyens naturels, mais l’assise technique doit encore ĂŞtre travaillĂ©e car des soucis rĂ©currents de justesse se font jour, ainsi que des problèmes de souffle perceptibles notamment dans le fameux air « De’ miei bollenti spititi ». Le Germont du baryton italien Mario Cassi est plus faible, avec un fâcheuse tendance Ă  chanter « vĂ©riste » et Ă  faire « du son », au mĂ©pris le plus Ă©lĂ©mentaire du style et du phrasĂ© verdiens. Il se montre Ă©galement incapable d’exprimer – que ce soit vocalement ou scĂ©niquement – la moindre empathie ou compassion que son personnage est censĂ© Ă©prouvĂ© Ă  la fin de la scène du duo avec Violetta. Dommage…

Dans la mise en scène de Stefano Mazzonis di Pralafera, la critique sociale est plus fĂ©roce que jamais. Mais, contrairement Ă  d’habitude, le sommet de la cruautĂ© n’est pas atteint par avec la diabolique intervention de Germont père. C’est ici beaucoup plus l’inhumanitĂ© d’une sociĂ©tĂ© tout entière qui est en cause, que les mesquines dĂ©marches d’un bourgeois soucieux de considĂ©ration. Pour le reste, nous renvoyons le lecteur vers les judicieux commentaires de notre confère Adrien de Vries qui avait rendu compte de la reprise du spectacle en 2012. (Compte rendu critique, opĂ©ra : La Traviata de Verdi à l’OpĂ©ra royal de Wallonie, Liège, 2012)

Le jeune chef italien Francesco Cilluffo allie rigueur musicale et sens du théâtre, Ă  la tĂŞte d’un excellent Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, et d’un très bon chĹ“ur. L’enthousiasme de ce dernier Ă  jouer les intermèdes des gitanes et des matadors et la soliditĂ© des rĂ´les de complĂ©ment achèvent de faire de ce spectacle un succès auprès du public liĂ©geois.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Liège, OpĂ©ra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Violetta Valery : Mirela Gradinaru ; Alfredo Germont : Javier TomĂ© Fernández ; Giorgio Germont : Mario Cassi ; Flora Bervoix : Alexise Yerna ; Gastone de Letorières : Papuna Tchuradze ; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Patrick Delcour ; Dottor Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Annina : Laura Balidemaj. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera ; DĂ©cors : Edoardo Sanchi ; Costumes : Kaat Tilley ; Lumières : Franco Marri. Francesco Cilluffo, direction musicale.

 

 

Rossini: nouvelle production de La Gazzetta à Liège

boilly-tetes-expressions-opera-rossini-575Liège, OpĂ©ra royal. Rossini: La Gazzetta, 20>28 juin 2014. Le 20 juin 2014, l’OpĂ©ra royal de Wallonie prĂ©sente un nouveau joyau lyrique de Rossini, totalement mĂ©connu et pourtant redevable de sa meilleure inspiration : La Gazzetta, crĂ©Ă© en 1816, l’annĂ©e du Barbier de SĂ©ville, son chef d’oeuvre comique dĂ©lirant. Liège, grâce au discernement de son directeur Stefano Mazzonis di Pralafera, qui met en scène cette rĂ©surrection attendue, affirme une curiositĂ© enthousiasmante pour les partitions oubliĂ©es… Après L’Equivoco stravagante, L’inimico delle donne de Galuppi, et plus rĂ©cemment l’autre Guillaume Tell, non pas celui de Rossini mais celui jamais jouĂ© de GrĂ©try, la scène liĂ©geoise offre toutes ses Ă©quipes au service de ce nouvel Ă©vĂ©nement lyrique de fin de saison.
La prochaine production est d’autant plus prometteuse qu’elle intègre les dernières trouvailles de la recherche musicologique : le fameux quintette du premier acte, que l’on croyait perdu et qui vient d’ĂŞtre redĂ©couvert Ă  Palerme en 2011. CrĂ©Ă© Ă  Naples le 26 septembre 1816, La Gazzetta impose dès l’ouverture son excellente inspiration : Rossini la reprend in extenso pour La Cenerentola. En deux actes, l’action s’inspire de la pièce de Goldoni, Il matrimonio per concorso. Titre oblige, Rossini cite le monde de la presse: en faisant paraĂ®tre une annonce ciblĂ©e dans un journal de Paris, un riche parvenu (Pomponio) veut marier sa fille (Lisetta) au meilleur parti de la place…  Rien n’est trop grand  pour ses projets matrimoniaux. HĂ©las, la fille est amoureuse du propriĂ©taire de l’hĂ´tel (Filippo) oĂą elle loge avec son père. Brodant sur le thème de l’amour capricieux, Rossini ajoute une intrigue secondaire celle de Doralice (la fille de l’ami de Pomponio : Anselmo, venu lui aussi Ă  Paris) qui aime Alberto, voyageur insatisfait en quĂŞte de l’amour absolu… Pomponio cèdera-t-il aux vĹ“ux de sa fille Lisetta en lui permettant d’Ă©pouser Filippo ?
Dans le rĂ´le de Filippo, Laurent Kubla, jeune tĂ©nor belge Ă  suivre, fait ses premiers pas sur la scène liĂ©geoises aux cĂ´tĂ©s de Cinzia Forte (Lisetta), Monica Minarelli (Madama la Rose), Edgardo Rocha (Alberto)…

Rossini : La Gazzetta, 1816. Nouvelle production
Liège, Opéra royal de Wallonie, les 20,22,24,26,28 juin 2014

Live web, le 26 juin 2014, 20h (dernière représentation de la production)
en direct de l’OpĂ©ra royal de Wallonie

Illustrations : Louis Leopold Boilly (35 tĂŞtes d’expression, vers 1823)