CRITIQUE, CD. A ROOM OF MIRRORS (1 cd Gemelli factory, enregistré en janv 2021)

room of mirrors wilder gonzalez toro bel canto cd gemelli factory classiquenews critique reviewCRITIQUE, CD. A ROOM OF MIRRORS (1 cd Gemelli factory, enregistrĂ© en janv 2021) – Avec son ensemble I Gemelli crĂ©Ă© depuis 2018, Emiliano Gonzalez Toro exprime ici les passions et vertiges Ă©motionnels du bel canto italien, ce premier âge d’or du chant monodique, ouvrant l’ère du premier baroque. La collection d’airs rĂ©unis, pour voix seule ou en duo, rĂ©capitule un foisonnement de genres et de formes auxquels puise un genre Ă  venir : l’opĂ©ra. Le thème du miroir apporte un unitĂ© esthĂ©tique et artistique qui fait la cohĂ©rence : la surface rĂ©flĂ©chissante est l’eau des illusions oĂą l’âme se perd ; c’est l’image Ă©loquente d’une inquiĂ©tude et d’une intranquillitĂ© propre Ă  la fin du XVIè (« Dove ten’vai » de Turini regrette le dĂ©part de l’aimĂ©(e) ; la prière amoureuse, exhorte, insinue une interrogation presque panique voire hallucinĂ©e dont les 2 voix dramatiques, extatiques, expriment une passion exacerbĂ©e, dĂ©terminĂ©e, très proche de Monteverdi. C’est l’un des sommets irrĂ©sistibles du programme avec l’autre duo de voix imbriquĂ©es, graves, murmurĂ©es : « Intenerite voi » d’Angelo Notari.

Premier âge d’or du Bel canto italien
l’opéra avant l’opéra…

Les interprètes n’ont pas raté la sélection des ariettes choisies. La palette des sentiments y égale la scène lyrique : la langueur insatisfaite voisine l’élan moqueur et satirique, comme le montre « La vecchia innamorata » de Biagio Marini où le galant préfère mourir dans la douleur que lui inflige une belle adorée mais dédaigneuse, plutôt que vivre pour une vieille peinturlurée et méprisable ; la charge pleine de vérité aigre est idéalement articulée, vécue par le ténor Zachary Wilder qui n’hésite pas à travestir sa voix pour suggérer les divers registres du texte. L’emprise des amants comme prisonniers ou possédés par qui les subjugue, s’exprime en un duo à 2 voix enlacées chez Gregori (« Mai non disciolgasi ») qui semble se délecter d’être ainsi enchaînées… tandis que la douleur du solitaire inconsolable fait toute la valeur de « Piangono al pianger mio », paysage lacrymal qui accompagne la prière de l’amant perdu, envoûté, démuni : ainsi s’affirme l’écriture doloriste, sombre, extatique du dolent Sigismondo d’India dont sont aussi révélées deux autres pièces (« Langue al vostro languir », « Giunto ala tomba », ce dernier inspiré ainsi par les plus grands poètes, respectivement Rinuccini, Garini, Torquato Tasso… un labyrinthe de l’amour blessé, défait, en sa grandeur solitaire et vaincue ; dans le dernier air, Emiliano Gonzalez Toro retrouve la couleur de son Orfeo montéverdien : justesse, articulation, précision des mélismes, sincérité dépouillée du verbe agissant.
Cette possession qui envoûte littéralement les cœurs se manifeste aussi en superbes interludes purement instrumentaux : fascination hypnotique de La Folia de Falconieri ; sérénité tendre de la Sonata Quarta de Dario Castello…
L’engagement des deux chanteurs comme des instrumentistes est totale. Dans cette chambre des miroirs, les illusions de l’insondable amour emportent les cœurs, et l’auditeur dans le même temps. Irrésistible.

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CLIC D'OR macaron 200CRITIQUE, CD. A ROOM OF MIRRORS (1 cd Gemelli factory, enregistrĂ© en janv 2021) : Calestani, Sigismondo d’India, Turini, Marini, Frescobaldi, Gregori, Notari, Castaldi, Sabbatini. Ensemble I Gemelli – 1 cd gemelli FACTORY) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022. VOIR le TEASER vidĂ©o sur la chaĂ®ne youtube d’I Gemelli : https://www.youtube.com/user/boblepongesuperman/featured

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AGENDA

I Gemelli en concert : programme «  A room of mirrors » / I Gemelli, PARIS, salle GAVEAU, jeudi 24 mars 2022, 20h.
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de la salle GAVEAU :
https://www.sallegaveau.com/spectacles/a-room-of-mirrors