Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail. Wajdi Mouawad/ Stefano Montanari

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. W. A. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail. Wajdi Mouawad, mise en scène. Stefano Montanari, direction musicale. L’OpĂ©ra de Lyon a choisi de clore sa saison avec Mozart, en confiant Ă  Wajdi Mouawad – futur directeur du Théâtre de la Colline – le soin de mettre en images une nouvelle production de L’Enlèvement au sĂ©rail (qui est, soit dit en passant, sa première mise en scène d’opĂ©ra). En optant pour une rĂ©Ă©criture de pans entiers du livret, l’homme de théâtre libano-canadien parvient Ă  mettre Ă  distance l’exotisme convenu et les histoires d’amour contrariĂ©. Sa rĂ©gie replace au centre des dĂ©bats l’idĂ©al fĂ©minin comme figure tutĂ©laire des sentiments amoureux. En refusant de rejeter et de se moquer des turcs qui les ont retenu prisonnières, Constance et Blondine affirment haut et fort qu’il n’y a pas de frontière Ă  l’amour, et que leur Ă©pisode carcĂ©ral avait tout d’une belle aventure. La tentative de libĂ©ration de Belmonte et Pedrillo apparaĂ®t paradoxalement comme une initiative maladroite qui contrevient aux amours de leurs fiancĂ©es. Mais ce manichĂ©isme Orient-Occident pèche sur la longueur par son systĂ©matisme appuyĂ©, et Mouawad manie par trop les bons sentiments en agitant des panneaux sĂ©mantiques assez lourds. Le dĂ©cor très abstrait et peu perturbant d’Emmanuel Clolus justifie nĂ©anmoins la lisibilitĂ© des messages, et permet Ă  la direction d’acteurs de se dĂ©ployer sans obstacle.

Longtemps Premier violon au sein de l’ensemble Accademia Bizantina, Stefano Montanari se rĂ©vèle – Ă  la tĂŞte d’un Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon dans une forme superlative – comme l’un des triomphateurs de la soirĂ©e. Le chef italien marie en effet avec un art consommĂ© l’approche symphonique d’une formation traditionnelle, et les impĂ©ratifs d’une relecture Ă  l’ancienne. Magnifique de souplesse, de prĂ©sence, de relief sonore, une telle direction donne Ă  la partition un coup de jeune, car elle en souligne les nombreuses audaces instrumentales qui annoncent clairement des rĂ©ussites postĂ©rieures. (NDLR: l’apport des chefs de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, pour lesquels la pratique historiquement informĂ©e, ne pose aucun problème, ne cesse de dĂ©montrer ses bienfaits, appliquĂ©s aux orchestres traditionnels, sur nutriments modernes : voir ici toute la dĂ©marche d’un jeune maestro comme Bruno Procopio, chef et claveciniste, rĂ©cent chef invitĂ© Ă  l’Orchestre royal Philharmonique de Liège)

mozart-serail-constanze-belmonte-mouawad-montanari-opera-de-lyon-539La distribution rĂ©unie par Serge Dorny tire avec Ă©clat son Ă©pingle du jeu. La soprano colorature candienne Jane Archibald est une Constance dont chaque intervention soulève l’enthousiasme ; la vocalise est aisĂ©e jusque dans les notes interpolĂ©es, alors que les moments introspectifs bĂ©nĂ©ficient d’un traitement tout en rondeur. Il en va de mĂŞme pour le Belmonte ardent du jeune et talentueux tĂ©nor français Cyrille Dubois, qui fait preuve d’un panache indĂ©niable dans ses quatre airs : gĂ©nĂ©reux, pĂ©nĂ©trant, charmeur, son chant frise tout simplement l’idĂ©al. Si l’acteur Peter Lohmeyer ne fait croire Ă  aucun moment aux tourments qu’il menace de faire subir Ă  sa prisonnière (Mouawad en fait au contraire une sorte de philosophe plein de sagesse), la basse bavaroise David Steffens s’avère, lui, très convaincant dans le rĂ´le du gardien du harem (Osmin), dĂ©graissant agrĂ©ablement son chant pour Ă©viter de confĂ©rer des couleurs trop sombres Ă  son sadique personnage. En Blondine, la soprano polonaise Joanna Wydorska fait feu de tout bois, avec sa voix tellement assurĂ©e, tirant mĂŞme un peu la couverture Ă  soi avec une espièglerie presque Ă©hontĂ©e dans son affrontement avec Osmin. Enfin, le tĂ©nor allemand Michael Laurenz est un Pedrillo simplement parfait, en acteur accompli doublĂ© d’une voix d’une Ă©clatante santĂ©.

Compte-rendu, opĂ©ra. Lyon, OpĂ©ra, le 11 juillet 2016. W. A. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail. Konstanze : Jane Archibald, Blonde : Joanna Wydorska, Belmonte : Cyrille Dubois, Pedrillo : Michael Laurenz, Osmin : David Steffens, Selim : Peter Lohmeyer. DĂ©cors : Emmanuel Clolus ; Costumes : Emmanuelle Thomas ; Lumières : Eric Champoux ; Dramaturgie : Charlotte Farcet. Mise en scène : Wajdi Mouawad. Choeur et Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon. Stefano Montanari, direction musicale.

Serail

NDLR : Jane Archibald est d’autant plus familière du rĂ´le de Constanze qu’elle l’a magnifiquement dĂ©fendu lors d’une reprĂ©sentation mĂ©morable Ă  Paris, TCE en septembre 2015, rĂ©cemment Ă©ditĂ© au disque sous la direction de l’excellent JĂ©rĂ©mie Rhorer, version de l’Enlèvement au SĂ©rail, couronnĂ©e par le CLIC de classiquenews de l’Ă©tĂ© 2016).

NDLR : Note de la RĂ©daction.

CD, annonce & avant-première. Le MOZART revitalisé de Jérémie Rhorer

rhorer jeremy direction maestro classiquenews mozart alpha cercle de l harmonie collection cd critique review classiquenewsCD, annonce & avant-première… MOZART RÉGÉNÉRÉ. Ce pourrait ĂŞtre “la” version dont nous rĂŞvions secrètement, ciselĂ©e, … nuancĂ©e, colorĂ©e idĂ©alement sur le plan orchestral : un Enlèvement au SĂ©rail / Die EntfĂĽhrung aus dem Serail de Mozart revitalisĂ© en une lecture gorgĂ©e de frĂ©missements palpitants et d’un format comme d’un Ă©quilibre et d’une dynamique nouveaux, idĂ©al point d’Ă©quilibre entre finesse psychologique voire ivresse individuelle, et continuum dramatique … grâce aux instruments d’Ă©poque. A la fois pointilliste et intĂ©rieure mais aussi capable d’une frĂ©nĂ©sie parfois vertigineuse, la direction musicale rĂ©gĂ©nère notre perception d’un Mozart au carrefour de l’euphorie passionnelle baroque et dĂ©jĂ  Ă©clairĂ©e par cette nouvelle conscience de la profondeur et du sentiment romantiques. Rien de moins. C’est ce que rĂ©alise le chef français (Ă  la mèche sauvage… cf notre photo), JĂ©rĂ©mie Rhorer, pour lequel la vitalitĂ© des instruments en subtile fusion avec les voix, leur accord poĂ©tique, dramatique… restent un souci constant. Sa lecture de L’Enlèvement au sĂ©rail de Mozart, captĂ© sur le vif sur la scène du TCE Ă  Paris en septembre 2015, suscite la pleine adhĂ©sion de la rĂ©daction CD de CLASSIQUENEWS. AnnoncĂ©e dĂ©but juin 2016, la parution discographique est l’Ă©vĂ©nement de ce printemps 2016. Incomparable plĂ©nitude d’une sensibilitĂ© symphonique et lyrique qui rĂ©vèle l’inusable tendresse poĂ©tique d’un Mozart touchĂ© en 1782 Ă  Vienne, par la grâce absolue. La distribution de jeunes chanteurs, tous soucieux d’Ă©nergie comme d’intĂ©rioritĂ© accrĂ©dite une production qui mĂ©rite absolument cet enregistrement majeur.  L’enregistrement obtiendra-t-il le CLIC de CLASSIQUENEWS, rĂ©compense ultime ? RĂ©ponse le … 7 juin 2016, date de parution de ce double coffret Alpha.

 

 

Pleine critique de L’Enlèvement au sĂ©rail de Mozart par JĂ©rĂ©mie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie, Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la parution du coffret ( coffret 2 cd Alpha).

 

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’enlèvement au sĂ©rail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scène.

Nouvel Enlèvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l'OpĂ©ra de ToursCOMPTE-RENDU, OpĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra. Mozart: L’enlèvement au sĂ©rail, les 26, 28 fĂ©vrier puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue Ă  l’orientaliste, il n’est jamais Ă©tranger aux Lumières de la fraternitĂ© et de l’amour… La nouvelle production de l’Enlèvement au sĂ©rail de Mozart prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours (crĂ©e en Allemagne et bientĂ´t reprise Ă  Toulouse) convainc par sa cohĂ©rence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi rĂ©alise la mise en scène. En restituant l’humanitĂ© profonde du musulman, sa blessure secrète, intime dès la première scène d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et rĂ©elle facĂ©tie, rend justice Ă  un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cĹ“ur Ă©pris d’une saisissante humanitĂ©.

Tout d’un coup, la figure de maĂ®tre oriental en son sĂ©rail, s’adoucit et sa relation avec sa belle captive Konstanz, vraie figure de la fidĂ©litĂ© amoureuse, gagne en intensitĂ©. A mesure que la jeune femme confirme son amour pour le seul Ă©lu de son cĹ“ur : Belmonte, le Pacha ne cesse de redoubler son dĂ©sir de possĂ©der Konstanz en laquelle il voit l’incarnation de cette femme idĂ©ale qu’il a perdu ; d’oĂą en ouverture, et sur la musique du lever de rideau, les ombres du Pacha et des jeunes femmes qui dĂ©filent entre ses mains (Ă  la manière du prince en quĂŞte de Cendrillon) : toujours trouver celle qui l’obsède.  L’importance rĂ©servĂ©e au personnage de Selim rĂ©Ă©quilibre la partition et Ă©vite bien des traitements caricaturaux, vus et revus ailleurs, entre Occidentaux et Musulmans.

Le plateau vocal très solide oĂą rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmĂ©e : Cornelia Götz en Konstanze, rĂ©tablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu théâtral, la comĂ©die en musique oĂą le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme mĂŞme de l’opĂ©ra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux Ă  la fois, c’est Ă  dire “singspiel”, associant chant et théâtre pur, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, oĂą le personnage central, moteur est un rĂ´le parlĂ© ; oĂą le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facĂ©tieux, subtils, est remarquablement traitĂ© par le compositeur qui creuse avec bĂ©nĂ©fice son contraste avec le geĂ´lier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habituĂ© du rĂ´le). On assiste enthousiaste aux dĂ©buts de la pĂ©tillante Jeanne Crousaud en Blonde, double apparemment lĂ©ger mais en vĂ©ritĂ© clairvoyant de Konstanz, qui sait manipuler l’odieux Osmin… L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la distribution permet de mieux goĂ»ter encore les Ă©quilibres dramatiquement entraĂ®nant prĂ©servĂ©s par le chef… Tout avance ici avec une attention Ă  la double nature de l’ouvrage, comique et sĂ©rieux Ă  la fois. Un vrai rĂ©gal scĂ©niquement et musicalement rĂ©ussi car en fosse, un orfèvre de la baguette enjouĂ©e et dramatiquement ciselĂ©e opère, Thomas Rösner (dont on avait tant aimĂ© la finesse de son Lucio Silla, opĂ©ra Ă©galement de Mozart, pour Angers Nantes opĂ©ra). L’Enlèvement au sĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Production Ă©vĂ©nement, Ă  ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 fĂ©vrier et 1er mars 2016.

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’enlèvement au sĂ©rail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scène. Encore une date Ă  TOURS, mardi 1er mars 2016. A ne pas manquer.

Opéra de Tours

Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

L’Enlèvement au SĂ©rail de Mozart

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’après Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne

Direction musicale : Thomas Rösner
Mise en scène : Tom Ryser
DĂ©cors : David Belugou
Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne
Lumières : Marc Delamézière

Konstanze : Cornelia Götz
Blonde : Jeanne Crousaud
Belmonte : Tibor Szappanos
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours et Choeurs Supplémentaires

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

L’Enlèvement au SĂ©rail Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Tours, OpĂ©ra. Mozart : L’Enlèvement au SĂ©rail. Les 26,28 fĂ©vrier et 1er mars 2016. Au dĂ©but des annĂ©es 1780, en pleine vogue orientalisante, la turquerie lyrique de Mozart tient l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours en fĂ©vrier et mars 2016. Propre au Siècle des Lumières, et aux idĂ©aux humanistes cultivĂ©s dans les cercles maçonniques que Mozart a frĂ©quentĂ©s, L’Enlèvement au SĂ©rail est un chef d’oeuvre de vertiges amoureux, entre retrouvailles et Ă©preuves (comme en tĂ©moignent les deux couples Constanze et Belmonte et leurs serviteurs, Pedrillo et Blonde) ; c’est aussi sous un prĂ©texte orientaliste (turquerie dans le goĂ»t du XVIIIè : Mozart compose une musique typĂ©e orientale), la dĂ©nonciation de tous les totalitarismes, des pratiques indignes de la torture, tels qu’ils apparaissent sous les figures du Pacha Selim (rĂ´le parlĂ©) et de son serviteur zĂ©lĂ© et d’une perversitĂ© terrifiante s’il n’Ă©tait son caractère loufoque et bouffon, Osmin, gardien du sĂ©rail et ici, dans la galerie des portraits mozartiens, basse comique d’une agilitĂ© redoutable.

La partition est tout Ă  la fois une mĂ©ditation sur la conquĂŞte amoureuse et une charge contre l’oppression et toutes les tyrannies. Mais cet ordre de la barbare violence doit finalement s’incliner devant la force de l’amour (Amor vincit omnia). L’ouvrage offre aussi l’occasion au compositeur de rĂ©former le genre lyrique lui-mĂŞme, mi théâtre, mi opĂ©ra puisque le rĂ´le central du Pacha est parlĂ© et non chantĂ©. Depuis son opĂ©ra seria, Idomeneo, dont le chant de l’orchestre confère Ă  l’ĂŞuvre théâtral un souffle symphonique, L’Enlèvement Ă©blouit par sa parure instrumentale, l’une des plus raffinĂ©es de Mozart, qui aime choisir avec soin, chaque timbre selon la couleur Ă©motionnelle du personnage, dans la situation prĂ©cise concernĂ©e.
L’Empereur Joseph II aurait applaudi lors de la crĂ©ation tout en reprochant au compositeur une surabondance de notes… comme il fut reprocher Ă  Rameau, gĂ©nie de l’opĂ©ra antĂ©rieur, qu’il avait Ă©crit avec son premier ouvrage (Hippolyte et Arice de 1733), suffisamment de musique pour 10 ouvrages. GĂ©nĂ©rositĂ©, verve inspirĂ©e, flux musical jusqu’au dĂ©bordement… seraient)ce lĂ  les symptĂ´mes du gĂ©nie musical ?

boutonreservationL’Enlèvement au SĂ©rail de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Tours
3 dates incontournables
Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

ConfĂ©rence / PrĂ©sentation de l’opĂ©ra L’enlèvement au SĂ©rail de Mozart
Samedi 20 fĂ©vrier 2016 – 14h30
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’après Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne
Editions Bärenreiter-Verlag Kassel . Basel . London . New York . Praha

Direction musicale : Thomas Rösner *
Mise en scène : Tom Ryser *
DĂ©cors : David Belugou *
Costumes : Jean-Michel Angays * et Stéphane Laverne *
Lumières : Marc Delamézière

Konstanze : Cornelia Götz *
Blonde : Jeanne Crousaud *
Belmonte : Tibor Szappanos *
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper *
Pacha SĂ©lim : Tom Ryser *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

Infos et rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon)

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonCD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail, Die EntfhĂĽrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des Lumières dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂ´le de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂ´le.

Mozart_Die_Entfu_hrung_aus_dem_Serail_DG_Nezet_Seguin_Selig_Schweinester_Prohaska classiquenews juillet 2015Plus problĂ©matique est la Contanze de Diana Damrau dont l’agilitĂ© parfois mise Ă  mal et les aigus comme les trilles de son grand air « Martern aller Arten ». … vraie dĂ©claration de guerre de la captive Ă  l’endroit de son geĂ´lier et dans une moindre mesure, expression pour l’Ă©mancipation de la femme, de toutes les femmes, sont tirĂ©s et laissent une impression d’inabouti; la soprano coloratoura que nous avions tant apprĂ©ciĂ©e dans La Traviata d’ouverture de la nouvelle saison de La Scala en novembre 2014, ne maĂ®trise pas le legato ni la puretĂ© du phrasĂ© mozartien : qu’on Ă©coute simplement l’évidence et l’assurance d’une Grubarova pour mesurer l’enjeu dramatique, psychologique, technique de cet air axial .. ici mal emmanchĂ© et qui fait aussi les dĂ©lices des concerts comme air sĂ©parĂ©. L’articulation mozartienne exige l’excellence, c’est ainsi. Son premier air cd 1/11 fait saillir un vibrato mal maĂ®trisĂ©, des vocalises approximatives, des aigus sans tenus proches du larsen. … puis l’air 19 (doloriste et presque dĂ©sespĂ©rĂ©e prĂ©figuration de Pamina dont le caractère convient pourtant mieux Ă  son timbre blessĂ© ) et l’air plus redoutable encore dont nous venons de parler  – d’Ă©mancipation celui lĂ , hĂ©las soulignent les mĂŞmes limites vocales (souffle court, aigus vibrĂ©s  sans soutien, et parfois justesse sacrifiĂ©e). La diva paierait-elle un surcroĂ®t d’activité  rĂ©cente? De toute Ă©vidence,  nous l’avons connue mieux chantante et son personnage souffre de ce manque d’évidence.

 

 

 

Paul Schweinestet et Anna Prohaska,
vrais champions de cet Enlèvement

 

 

schweinester-paul-tenor-mozart-revelation-die-entfurhung-aus-dem-serail-mozart-classiquenews-nezet-seguin-ete-2015Nous confirmons ce qui a Ă©tĂ© dit dans notre article d’annonce de cette production de Baden  Baden 2014 : la jubilation vient des autres chanteurs et aussi de la direction du chef NĂ©zet Seguin : les deux jeunes  tempĂ©raments que sont Pedrillo (le tĂ©nor tyrolien Paul Schweinester) et Blonde (Anna Prohaska) devancent leurs aĂ®nĂ©s par le naturel, la prĂ©cision, la pĂ©tillance, l’amusement facĂ©tieux car ils ne sont pas que les doubles comiques des deux protagonistes : ils sont douĂ©s d’une profondeur et d’une vĂ©ritĂ© inĂ©dite que Mozart a fouillĂ© de façon aussi gĂ©niale qu’inattendue. .. la grâce comique de ce Pedrillo irrĂ©sistible;  l’engagement hyperfeminin et sĂ©ducteur de Blonde font la valeur de cette lecture incarnĂ©e, offrant enfin de vrais instants de théâtre quand les deux sont confrontĂ©s au vieil ours Osmin. La caractĂ©risation antagoniste qui joue du grotesque bouffon de la basse saisit  par sa justesse. Et pourtant ni l’un ni l’autre n’ont des voix rĂ©ellement puissantes. Leur instinct musical compense et se rĂ©vèle payant.

seguin_yannick_nezet_chef_maetroDe son cĂ´tĂ©, le chef dĂ©taille la brillante parure orchestrale que Mozart a conçu pour chaque Ă©pisode ; en jouant constamment l’Ă©coute chambriste, le dĂ©licat  Ă©quilibre entre voix et instruments, le chef relève les dĂ©fis d’une partition raffinĂ©e, subtile, palpitante qui regarde et vers La FlĂ»te enchantĂ©e (ensembles de solistes, Ă©clat privilĂ©giĂ©e des clarinettes, bassons et hautbois) et l’urgence fraternelle de Fidelio. Les ensembles de choeur ou entre les solistes sont ciselĂ©s ; l’ajout du pianoforte dans les rĂ©citatifs ajoute au raffinement sonore qui coule ici comme une onde riche et percutante. Oublions l’air isolĂ© « Martern aller Arten » oĂą le maestro soucieux de prĂ©server l’allure de la soliste Ă©paissit le trait et opte pour des tempi parfois surprenants. Le mouvement gĂ©nĂ©ral, le sens du théâtre, la bouillonnante Ă©nergie de la comĂ©die turque, trop dotĂ©e en notes, oĂą perce la vitalitĂ© des janissaires (entre autres) sont très convaincants.

CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem sérail. 2 CD Deutsche Grammophon 479 4064

Konstanze : Diana Damrau
Belmonte : Rolando VillazĂłn
Osmin : Franz-Josef Selig
Blondchen : Anna Prohaska
Pedrillo : Paul Schweinester
Bassa Selim : Thomas Quasthoff

Vocalensemble Rastatt
Chamber Orchestra of Europe
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction.
Baden-Baden, été 2014.
2 CD Deutsche Grammophon 479 4064

 

LIRE aussi notre compte rendu critique de DON GIOVANNI et de COSI FAN TUTTE par la mĂŞme Ă©quipe Villazon / NĂ©zet-SĂ©guin qui fait actuellement l’affiche de Banden Baden chaque Ă©tĂ© (cycle des opĂ©ras de Mozart Ă  Baden Baden)

 

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroA VENIR… LA SUITE DU CYCLE MOZART PAR NEZET-SEGUIN. PortĂ©s par le succès de leurs prĂ©cĂ©dents Mozart (Cosi fan tutte, Don Giovanni et donc le plus rĂ©cent enregistrĂ© en juillet 2014 : L’Enlèvement au sĂ©rail / Die EntfĂĽhrung aus dem serail), Yannick NĂ©zet SĂ©guin, le tĂ©nor Rolando Villazon et l’équipe rĂ©unie Ă  Baden Baden, annoncent leur prochain projet, prĂ©sentĂ© sur scène et au disque pour Deutsche Grammophon : Les Noces de Figaro. Ce cycle Mozart / Baden Baden / NĂ©zet-SĂ©guin, fruit de prises live corrigĂ©es / complĂ©tĂ©es par des complĂ©ments en studio dans la foulĂ©e, s’achèvera en 2020. A venir en 2016 : Les Noces de Figaro avec un choix de solistes prometteur, tant du point de vu de leur tempĂ©rament vocal que de leur aisance mozartienne : Luca Pisaroni en Figaro, Sonya Yoncheva en Comtesse, Thomas Hampson en Comte, Christiane Karg en Susanna, Anne Sofie von Otter en Marcellina, Jean-Paul FouchĂ©court en Don Curzio… Ă  venir sur classiquenews : annonce, infos et compte rendu du concert puis du coffret programmĂ©s Ă  partir de l’Ă©tĂ© 2016…

LIRE l’entretien avec le producteur exécutif Renaud Loranger de l’Enlèvement au sérail sur le site le club Deutsche Grammophon

 

Aix en Provence : L’Enlèvement au sĂ©rail de Mozart, 2-21 juillet 2015

aix-en-provence-logo-2015Aix en Provence : L’Enlèvement au sĂ©rail de , 2-21 juillet 2015. Dans le théâtre de l’ArchevĂŞchĂ©, Mozart a toujours sa place privilĂ©giĂ©e : rappelons que Cosi fan tutte  est le premier opĂ©ra reprĂ©sentĂ© Ă  Aix en 1948, au sortir de la guerre, alors que le festival n’Ă©tait pas encore celui qu’il est devenu aujourd’hui. Jouer Mozart dans la Cour de l’ArchevĂŞchĂ© rĂ©sonne donc d’une signification particulière pour laquelle les spectateurs attendent grâce et magie. Sera-ce le cas en juillet 2015 ?

Cosi fan tutte par HanekeAvant Fidelio de Beethoven, L’Enlèvement au sĂ©rail est le premier ouvrage important chantĂ© en allemand. Mozart s’Ă©carte de l’opĂ©ra seria italien et de ses conventions ; il prĂ©fère ici pour Joseph II Ă  Vienne, favoriser un genre mixte, entre profondeur et comĂ©die, comme il le fera dans Don Giovanni, drama giocoso. Le gĂ©nie facĂ©tieux du salzbourgeois sait combiner des genres illusoirement opposĂ©s : la vie n’est-elle pas une succession de bonheur et de tragĂ©die? Or en 1782, soit en pleine esthĂ©tique des Lumières, L’Enlèvement au sĂ©rail dĂ©voile Ă  quel point le jeune compositeur peut caractĂ©riser avec une finesse jamais Ă©coutĂ©e auparavant, le profil psychologique des protagonistes comme l’enjeu de chaque situation ; ici l’opĂ©ra mĂŞme s’il est complètement chantĂ©, est aussi du théâtre (nombreux dialogues parlĂ©s, le personnage du Pacha SĂ©lim est un rĂ´le parlĂ© : il est essentiel car, instance dĂ©cisionnaire, c’est lui qui distille les valeurs humanistes et fraternelles des Lumières : pardon et pacification). L’exotisme du sujet (l’action se passe dans le sĂ©rail du Pacha) concerne Vienne. La ville est le dernier rempart europĂ©en contre l’avancĂ©e des musulmans en Europe. L’Empereur  (portrait ci dessous) et la cour voyaient-ils dans ce Pacha pacifiĂ© et civilisateur, leur idĂ©al politique, soucieux d’une interruption rapide et favorable de la guerre contre les Ottomans ? Très probablement.

En 1782, Mozart se taille une solide rĂ©putation d’auteur lyrique avec L’Enlèvement au SĂ©rail, Die EntfĂĽrhung aus dem serail

Partition politique, philosophique et opéra des femmes

joseph_en_piedsPour l’heure les Habsbourg Viennois se rapprochent de leurs homologues russes et pour la venue du Grand Duc de Russie, (futur Paul Ier), Mozart, juste arrivĂ© Ă  Vienne, reçoit la commande de ce singspiel, mi parlĂ© mi chantĂ©, assimilant la subtilitĂ© des comĂ©dies italiennes. Joseph II se montre très curieux de la valeur musicale du gĂ©nie mozartien. Mais Mozart avait un temps d’avance sur ses contemporains : l’Empereur ne regretta-t-il pas après la première : “trop de notes” ? De fait, c’est l’officiel Gluck qui lui vole la prĂ©sĂ©ance avec pas moins de 3 opĂ©ras crĂ©es pour l’occasion. L’Enlèvement au sĂ©rail mĂŞme crĂ©Ă© plus tard connaĂ®t un succès populaire immĂ©diat (Vienne, Burgtheater, le 16 juillet 1782). Le raffinement de la musique, dĂ©licieusement orientaliste, l’intelligence de la dramaturgie associant Ă©panchements lyriques et tendres particulièrement sincères (dĂ©sir et amour de Belmonte pour Constanz), et scènes comiques affrontant occidentaux et orientaux, mais aussi femmes et hommes (Blonde et Osmin), produisent un joyau dramatique saisissant de vĂ©ritĂ©, de justesse, de sincĂ©ritĂ©. Mozart alors amoureux lui-mĂŞme et passionnĂ©ment Ă©pris de sa jeune Ă©pouse… elle aussi prĂ©nommĂ©e Contanz (d’oĂą la justesse des sentiments amoureux qui y sont exprimĂ©s). Mais la veine comique, d’une finesse toute rossinienne, en particulier dans le rĂ´le très linguistique de Pedrillo (le serviteur de Belmonte et le cerveau de l’Ă©quipe, initiateur de l’enlèvement des femmes captives) ne doit pas ĂŞtre minimisĂ©e et l’opĂ©ra mozartien exige des chanteurs qui savent jouer. et vivre un texte. Enfin avant les Noces de Figaro, les deux hĂ©roĂŻnes de l’Enlèvement sont deux maĂ®tresses facĂ©tieuses : dĂ©terminĂ©e et insoumise (Constanz), piquante et insolente (Blonde) : et si l’Enlèvement, ouvrage particulièrement philosophique et politique comme on l’a vu dans son contexte, Ă©tait dĂ©jĂ  l’opĂ©ra des femmes ? Le gĂ©nie de Mozart est Ă  la mesure de cette fertile invention poĂ©tique.

aix-en-provence-logo-2015Aix en Provence 2015 : du 2 au 21 juillet 2015. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail, 1782.
Freiburger BarokorchesterJérémie Rhorer, direction. Martin Kusej, mise en scène.

Pas sĂ»re que la nouvelle production aixoise ne satisfasse totalement : en dĂ©pit de la direction musicale qui devrait ĂŞtre Ă©nergique et nerveuse voire subtile, la rĂ©alisation scĂ©nique et le jeu d’acteur dans l’univers dĂ©jantĂ© souvent rien que provocateur de Kusej, devrait encore et toujours gommer toute poĂ©sie pour un expressionnisme outrancier, dĂ©lire scĂ©nographique bien peu respectueux de la finesse mozartienne. Et Mozart dans cela ? Telle est la question que ne doivent pas omettre les spectateurs aixois cet Ă©tĂ©.