CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition, DG)

Schubert the edition 1 orchestral chamber piano review presentation critique cd classiquenews CLIC de classiquenews Cvr-00028947955450CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition / Ă©dition limitĂ©e). Voici un coffret prĂ©liminaire ou premier volet de l’intĂ©grale DG dĂ©diĂ©e Ă  Franz Schubert, qui comprend donc dans un premier temps, tout l’oeuvre pour orchestre, musique de chambre, piano. Chefs d’oeuvres Ă©ternels servis par des interprètes indiscutables que la question schubertienne a particulièrement inspirĂ©s, ou continue d’inspirer avec une justesse et une profondeur d’un inusable crĂ©dit.

 

 

 

39 cd pour mieux comprendre le gĂ©nie rĂ©servĂ© de Schubert Ă  Vienne…

IntĂ©gral du Schubert, symphonique, pianistique, chambriste…

 

 

ABADDO_Claudio_Abbado__6__Credit_Kasskara__highCLAUDIO ABBADO, maĂ®tre du symphonisme schubertien. CĂ´tĂ© symphonies et oeuvres symphoniques : Ă©videmment les Symphonies n°1,2,3, 4 “Tragique”, 6, 8 “inachevĂ©e et 9 “La Grande” soit toutes les symphonies sauf la 7, par Claudio Abbado et le Chamber orchestra of Europe (CD1 Ă  4) : lecture d’une intĂ©gritĂ© qui joue plus sur la transparence et l’Ă©quilibre que le souffle dramatique. La clartĂ© et le souci d’articulation dĂ©fendent ici la figure lĂ©gendaire, enfin rĂ©estimĂ©e du Schubert Symphoniste Ă  Vienne, longtemps Ă©cartĂ© par Haydn, Mozart et bien sĂ»r Beethoven. Les 8 et 9 sont des incontournables par la fine Ă©loquence structurelle de l’approche.
Passionnante (re)dĂ©couverte pour tous, la musique symphonique complĂ©mentaire, ainsi regroupĂ©e qui offre une superbe vision gĂ©nĂ©rale de l’Ă©criture schubertienne pour orchestre, dĂ©voilant sa conception du dĂ©veloppement par variations et rĂ©pĂ©titions, sa prenante facilitĂ© mĂ©lodique : ainsi les musiques pour le drame Rosamunde, princesse de Chypre D797 (ouverture, entractes, choeur et ballets… sans omettre la fameuse romance…, Anne Sofie von Otter, Claudio Abbado, 1987 / 1989, cd 5). CuriositĂ©s : le mouvement de concerto pour violon D345 par Gidon Kremer au violon (1991), quelques ouvertures dans le style italien par Sawalich Ă  Dresde, 1967); surtout, miroirs des prĂ©occupations dramatiques et lyriques de Franz, ses Ouvertures, en liaison avec ses diverses tentatives d’opĂ©ras, tels : Le Diable Hydraulicien, Le chevalier au miroir, Le château du diable, Les frères Jumeaux, surtout Alfonso et Estrella, – sa plus grande partition lyrique, ou Fierrabras D796 par le Haydn Sonfonietta Wien, sous la direction vive, vivante de Manfred Huss (1997, cd8).

kremer gidon violon schubertAu chapitre de la musique de chambre (cd 9 Ă  21), les plus habiles dans l’intĂ©rioritĂ© partagĂ©e sont portĂ©s / canalisĂ©s par le violoniste Gidon Kremer dont tout un cycle a Ă©tĂ© ainsi enregistrĂ© par DG (Octuor D 803, cd9) ; cependant que les Quatuors sont confiĂ©s au Melos Quartett dans un cycle de rĂ©fĂ©rence rĂ©alisĂ© entre 1971 et 1975(en ut majeur, D 956 – Zurich, 1977 et aussi les Quatuors n°1, 2, 3, en ut mineur D103 — cd12 / n°4, 5, 6, 7, 8, 9 — cd13 et 14 “la jeune fille et la mort” , puis Quatuor 10 et 13 “Rosamunde” D 804 — cd15, ) ; taillĂ© comme un diamant aux arĂŞtes vives (le Quintette pour piano, violon, alto… La truite” D 667, avec Emil Guilels au piano en 1975 – cd11) ; les Trios sont dĂ©fendus avec quel panache et prĂ©cision fruitĂ©e par le Beaux Arts trio dont Menahem Pressler, pianiste Ă  la main leste et preste (1966-1969); Les Sonates pour violon (et aussi les Variations d’après Die Schöne MĂĽllerin D 795) occupent ici toutes les ressources personnelles et chambristes de l’excellent violoniste Gidon Kremer, très engagĂ© sur le sujet schubertien : avec Oleg Maisenberg au piano (cd 20,21 — 1990-1995).

Il faut bien ici 13 cd pour couvrir tout l’Ĺ“uvre pour piano seul : ce qui rappelle combien le piano fut le confident, le double de Schubert, voyageur Ă  la quĂŞte infinie, porteur de ce spleen typiquement romantique et germanique Ă  Vienne, ou “Sehnsucht”. Avouons notre prĂ©fĂ©rence Ă  Andras Schiff, plutĂ´t que le clavier droit, dur, trop net de Kempff. Nette sĂ©duction pour l’envoĂ»tante Maria Joao Pires (Impromptus, CD 29, 1996 / 1997 cd30) ; mĂŞme enthousiasme pour les Moments musicaux et les 2 Scherzi (Live, 1989 — cd31). Parmi les inĂ©dits (première publication au disque), le programme du cd33 : valses, Ă©cossaises, Allemande, Ländler, Trios, Menuet et Fantaisie… par Paul-Badura Skoda et Jörg Demus (1961-1965).

stokowski leopold maestro goldenski23stokowskifComplĂ©ment Ă  l’exploration symphonique initialement traitĂ©e dans les premiers cd de cette compilation / coffret choc : les 3 derniers cd 37,38 et 39. ComplĂ©ments plus qu’utiles : nĂ©cessaires pour votre culture sonore et musicale ; cd 37 : Symphonie n°8, fragments D708A (complĂ©tĂ©s, rĂ©orchestrĂ©s par Brian Newbould) ; très rare symphonie n°7,n°10, et fragments D615, par Neville Marriner et son Academy Saint Martin in the fields (Londres 1982-1983). Enfin le cd 39, regroupe 3 interprĂ©tations devenues Ă  juste titre lĂ©gendaires, les trois dans la mĂŞme 8ème Symphonie : Carlos Kleiber et le Wiener Philharmoniker, d’une limpiditĂ© Ă©tonnante aux chants intĂ©rieurs d’une suavitĂ© murmurĂ©e ineffable (1978), Furtwangler et le Berliner en 1952, au souffle chtonien qui semble exprimer toute la morne langueur des tragĂ©dies connues ; enfin Leopold Stokowski (notre photo ci contre) et le London Philharmonic orchestra, d’une vitalitĂ© dĂ©taillĂ©e enivrante, sculptĂ©e comme un chirurgien poète au geste mordant, onctueux, d’une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure superlative(1969). 3 esthĂ©tiques diverses et complĂ©mentaires qui en appellent Ă©videmment d’autres et dont celle de Abbado par comparaison, s’en tire avec tous les honneurs (cd2, 1987). Superbe Ă©dition, accompagnĂ©e prĂ©sentĂ©e par un livret dont un article traduit en français : “Venons-en Ă  nos chères partitions… la musique instrumentale de Franz Schubert” par Michael Kube, tente une claire synthèse des dernières recherches sur le gĂ©nie Schubertien.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition / édition limitée), Deutsche Grammophon 4795545 GB 39 Deutsche Grammophon. Livret de 100 pages.

 

 

Conférence sur Schubert

schubert portrait 2Paris, confĂ©rence gratuite sur Schubert, le 27 janvier 2016, 19h30. Schubertiens parisiens rĂ©pondez Ă  l’appel du Palais littĂ©raire et musical, Ă  l’auditorium de la Maison du Barreau oĂą les avocats qui sont de grands mĂ©lomanes comme chacun sait, aiment partager leur passion des grands compositeurs dont en mercredi 27 janvier 2016, Franz Schubert. L’association fondĂ©e en 1913 (sous le haut patronage de Raymond PoincarĂ©, PrĂ©sident de la RĂ©publique), Le Palais LittĂ©raire et Musical, rattachĂ© au Barreau de Paris, a pour vocation de valoriser, Ă  travers un cycle annuel de confĂ©rences, les arts, en gĂ©nĂ©ral et plus prĂ©cisĂ©ment la littĂ©rature et la musique. Chaque sĂ©ance cultive en particulier l’échange et le partage d’idĂ©es, le dĂ©bat art noble par excellence et qui se perd de plus en plus, est un hĂ©ritage des Lumières que les citoyens se doivent de prĂ©server. Le Palais LittĂ©raire et Musical Ă  Paris, fait sa part : tout le mĂ©rite revient donc Ă  ce cycle de confĂ©rences ouvertes, et gratuites.

La confĂ©rence autour de l’oeuvre de Franz Schubert est proposĂ©e et tenues par MaĂ®tre Agnès Viottolo, avocate au Barreau de Paris et Docteur en droit. PassionnĂ©e de musique classique, pianiste amateur Ă©mĂ©rite, Agnès Viottolo a fait ses Ă©tudes de piano au Conservatoire National de RĂ©gion de Marseille.
Après le succès de la confĂ©rence sur « La rĂ©volution Beethoven » animĂ©e par MaĂ®tre Daniel Paquet en 2015, MaĂ®tre Agnès Viottolo propose une confĂ©rence-Ă©change sur l’Œuvre du compositeur autrichien Franz Schubert. De sa genèse Ă  sa maturitĂ©, Agnès Viottolo Ă©voquent les Ă©lĂ©ments qui caractĂ©risent et dĂ©finissent l’Œuvre de Schubert : du lied, au piano seul en passant par la musique de chambre et la musique sacrĂ©e, sans oublier la figure du Voyageur qui parcourt l’œuvre du compositeur…

Mercredi 27 janvier 2016 Ă  19h30
PALAIS LITTÉRAIRE & MUSICAL
Auditorium de la Maison du Barreau
2, rue de Harlay 75001 Paris
Entrée libre

Infos, réservations sur le site du Palais Littéraire et musical

Schubert – Impromptu n°3, Opus 90 (partition interactive pour PIANO)

Icône_1024x1024_SchubertSchubert – Impromptu n°3, Opus 90 (partition interactive pour PIANO). Les Impromptus pour piano regroupent deux séries de quatre courtes pièces composées par Franz Schubert en 1827 : soit les quatre Impromptus D 899 opus 90. Schubert passe alors d’heureuses vacances à Graz en septembre 1827 avec son ami Jenger. Les 4 pièces se répondent et forment dans la globalité, une cohérence unique. Ainsi le 3ème prolonge la méditation du 1er. Les 2 et 4 semblent appartenir à la même rêverie lointaine.

 

L’Impromptu n°3 est en sol bémol majeur (Andante). L’éditeur viennois Tobias Haslinger ne publia les Impromptus 3 et 4 qu’en 1855, soit bien après la mort de Schubert. Avec le n°2, l’Impromptu n°3 joue un rôle dramatique clé dans le film de Bertrand Blier, Trop belle pour toi (1989). Ce même n°3 a été réécrit et adapté par le compositeur Michael Nyman (devenu Impromptu pour 12 doigts) pour le film de science fiction Bienvenue à Gattaca (1997).  Il est en outre surnommé « Rosamunde » car Schubert y réutilise le thème de son Quatuor à cordes n°13 en la mineur D 804.

 

D’une pudeur rentrée, l’Andante déroule sa cantilène à la fois rêveuse et amoureuse d’une tendresse infinie ; il semble réactiver un souvenir heureux d’une saisissante intensité parfois d’une violence intacte faisant jaillir la force préservée d’une effusion intime très profonde. Durée de la partition : 5:06.

 

 

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer l’Impromptu n°3 de Schubert…

 

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de
l’Impromptu n°3 de Schubert, Ă©ditĂ©e par Tombooks

 

 

Niveau de difficulté : intermédiaire / difficile (5-6)
Type de partition : sans accompagnement
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play Schubert – Impromptu n° 3, Opus 90, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau.

 

 

 

 

Partitions interactives, PIANO. Schubert : Impromptu n°2 opus 90

IcĂ´ne_1024x1024_SchubertPartitions interactives, PIANO. Schubert : Impromptu n°2 opus 90. Avec l’application pour iPad Play Schubert – Impromptu n° 2, Opus 90, l’Ă©diteur Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale en proposant des fonctionnalitĂ©s nouvelles :
- Faites dĂ©filer la partition interactive sur l’Ă©cran au tempo que vous aurez choisi
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

Niveau de difficulté : avancé (7-8)
Prix : 2,99 euros
Partition interactive disponible sur iPad

 

 

Télécharger la partition interactive Schubert : Impromptu n°2 opus 90
(avec la démonstration de la partition interactive : )

http://tom-books.com/app/impromptu-n-2-opus-90/

CD, critique compte rendu. Schubert : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011)

abbado-schubert-the-great-la-grande-symphony-9-cd-critique-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-juin-2015CD, critique compte rendu. Schuebrt : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011). Après une Symphonie n°9 de Bruckner (Lucerne, 2013) sublime par ses Ă©lans et vertiges spirituels malgrĂ© la massivitĂ© de l’effectif, Ă©galement Ă©ditĂ©e par Deutsche Grammophon (CLIC de classiquenews de juillet 2014), voici une autre gravure de septembre 2011 Ă  Bologne oĂą le maestro avait depuis 2004 fondĂ© l’Orchestre Mozart, famille d’instrumentistes mĂŞlant talents chevronnĂ©s et jeunes apprentis dĂ©jĂ  très expĂ©rimentĂ©s : de cette Ă©quipe Ă  double profil, si complĂ©mentaire (les vertus de la transmission transgĂ©nĂ©rationnelle), Abbado fait une Ă©quipe lumineuse animĂ©e par une cohĂ©rence exceptionnelle, d’une Ă©nergie mesurĂ©e et nuancĂ©e qui fait littĂ©ralement merveille dans une vision attendrie, palpitante, instrumentalement et architecturalement … totalement superlative : malgrĂ© l’ampleur lĂ  aussi de l’orchestre, Abbado sait distiller une claire Ă©lectricitĂ© des cordes, ce fruitĂ© langoureux et nostalgique, sachant constamment balancer entre Ă©nergie, noblesse, gravitĂ© et dĂ©tachement tendre, voire jaillissement poĂ©tique entre le rĂŞve inespĂ©rĂ© et l’innocence recouvrĂ© (par la voix de la clarinette et du hautbois dans l’Andante con moto.

 

 

 

En septembre 2011 Ă  Bologne, Claudio Ababdo retrouve son Orchestra Mozart

Le Schubert Ă©tincelant du dernier Abbado

 

 

Le chef (qui devait s’Ă©teindre 3 annĂ©es après ce concert le 20 janvier 2014 des suites d’un cancer) apporte sa profonde connaissance du massif symphonique composĂ© par Schubert entre 1825, et qui rĂ©alise un chef d’oeuvre dans l’art du romantisme symphonique immĂ©diatement après Beethoven. L’urgence qu’il imprime au dernier mouvement, allegro, se fait danse subtilement mesurĂ©e, avec un soin pour les dĂ©tails dans la combinaison des timbres, une intelligence de la clartĂ© et de la transparence entre les pupitres qui s’avèrent bĂ©nĂ©fiques. Le feu jamais Ă©pais, son Ă©nergie d’un raffinement inouĂŻ, font les dĂ©lices de cette rĂ©alisation de surcroĂ®t un live oĂą c’est le geste complice, amoureux, et si perfectionniste du chef qui rayonne après sa mort. L’Ĺ“uvre est un poncif dans son catalogue : il l’a abordĂ© tĂ´t dans sa carrière, dès 1966 Ă  La Haye, et affinitĂ© secrète et continuelle avec Franz, le jeune Claudio avait remportĂ© le Concours Koussevitsky (le grand chef crĂ©ateur et dĂ©fenseur des Symphonies de Sibelius) en 1958 avec une autre Symphonie schubertienne, la troublante et Ă©nigmatique “InachevĂ©e”. Ici, avec la mĂŞme finesse poĂ©tique, Abbado dĂ©voile dans une version complète comprenant toutes les reprises (soit un peu plus d’une heure en durĂ©e), la versatilitĂ© structurelle de Schubert entre l’allant inextinguible et le recul introspectif, d’une tendresse infinie. L’Ă©cart aurait paru acrobatique ailleurs : ici il est gĂ©nĂ©rateur d’accomplissement et de jaillissement constant. Une fĂŞte savoureuse, des timbres en accord, un chef au sommet de la connivence. Magistral. CLIC de classiquenews.

 

 

CD, critique compte rendu. Schuebrt : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011 – RĂ©f.: 00289 479 4652).

 

 

 

Impromptus de Schubert (D899)

logo_francemusiqueFrance Musique. Dimanche 22 mars 2015, 20h30. Impromptus D 899 de Franz Schubert. Véritable hymne à la nuit, appel au songe le plus enivrant,  le livre D899 opus 90 des Impromptus schubertiens (1827) est pure immersion dans le rêve, où dans la réitération du souvenir se mêlent la force des instants vécus ou supposés, et l’intensité toute autant prenante du désir qui les convoque. Tel est cette magie particulière de la Sehnsucht schubertienne (spleen, élan, désir, action, rétrospection… comme on voudra), qui doit être exprimée et clarifiée comme une caresse par le jeu des pianistes enchantés.

Schubert portraitRêverie et songe schubertiens… Dans la dernière séquence de sa vie trop courte (il meurt à Vienne en novembre 1828), Schubert comme libéré de la figure écrasante du Titan également viennois, Beethoven (qui meurt en cette année décisive), compose avec une nouvelle frénésie : il en découle les 4 Impromptus pour piano dont le livre D 899, composé en septembre 1827 pendant son séjour chez son ami Jenger à Graz. La rêverie traverse chaque séquence comme la réitération d’un souvenir secret dont l’énoncé rappelle aussi les landier ; la rusticité et la simplicité y évoquent les soirées ou Schubertiades où le compositeur aimait jouer ses œuvres entourés de ses amis. Schubert n’innove pas véritablement mais le filtre émotionnel auquel il soumet toutes ses œuvres atteint ici à des climats intérieurs inexplorés avant lui : l’alternance mineur / majeur, la réexposition particulièrement affinée des thèmes, le jeu liquide, mouvant du chant et du contrechant, dessinent autant de paysages d’une infinie suggestion, perspectives où l’âme errante semble se perdre, mais retrouve en définitive les ferments les plus intimes de sa propre identité.

Quels interprètes savent exprimer les chants intérieurs d’un Schubert rêveur mais aussi lucide voire sarcastique dont le génie mélodique porte la quête du Voyageur, entre errance, solitude, pleine conscience… Dès le premier épisode de l’opus 90, le compositeur fait entendre vertiges et déflagrations, comme il exprime au plus profond des replis de l’âme, cette notion de Sehnsucht si typique de la sensibilité romantique allemande…

France Musique. Dimanche 22 mars 2015, 20h30. Impromptus D 899 de Franz Schubert. Magazine La tribune des critiques

Paris, Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associée de l’Orchestre : une chance pour elle car étant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaît de l’intérieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poétique comme des images porté par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expérience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. Même comme ce soir invitée en tant que chanteuse, le tempérament charismatique de l’interprète, ses affinités naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur… l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considérablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la réalisation de ce programme à ne manquer sous aucun prétexte. VOIR notre entretien vidéo avec Nathalie Stutzmann à propos du récital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, Théâtre des Champs EIlysées.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

boutonreservation

 

 

 

Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle Meunière, orchestrés par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Vidéo, entretien. Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

orchestre de chambre de Paris OCP logo 2013Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Le 13 janvier 2015, 20h.  Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. En LIRE+

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associée de l’Orchestre : une chance pour elle car étant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaît de l’intérieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poétique comme des images porté par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expérience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. Même comme ce soir invitée en tant que chanteuse, le tempérament charismatique de l’interprète, ses affinités naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur… l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considérablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la réalisation de ce programme à ne manquer sous aucun prétexte. VOIR notre entretien vidéo avec Nathalie Stutzmann à propos du récital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, Théâtre des Champs EIlysées.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle Meunière, orchestrés par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Concert, annonce. Guillaume Coppola joue Schubert

CD. Le Schubert oubliĂ© enchantĂ© de Guillaume CoppolaParis, Cons. d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Le 9 dĂ©cembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert Ă©ditĂ© par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un rĂ©cital 100% Schubert composĂ© de valses mĂ©connues du compositeur romantique actif Ă  Vienne dont le tempĂ©rament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola rĂ©investit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversĂ© et portĂ© par la grâce. Le jeu du pianiste, ancien Ă©lève de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poĂ©tiques d’une absolue fluiditĂ©, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en Ă©tat d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 dĂ©cembre est conçu comme ceux de Schubert Ă  Vienne pendant la terreur instituĂ©e par Maeterlinck, comme une rĂ©union d’amis, une Schubertiade, oĂą l’entente et la comprĂ©hension fĂ©conde scellent l’effusion de moments privilĂ©giĂ©s. Pour son public, Guillaume Coppola fait de mĂŞme : il entend partager avant tout l’expĂ©rience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire. LIRE notre prĂ©sentation du concert Schubert par Guillaume Coppola

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Ĺ“uvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrète intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂŞte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. Lire notre critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

RĂ©cital Guillaume Coppola Ă  Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, MĂ©lodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Ĺ“uvres enregistrĂ©es sur l’album rĂ©cent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font dĂ©couvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximitĂ© avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert Ă  tous permettant au public d’Ă©changer et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, théâtre Ă  l’italienne avec sa dĂ©coration pompĂ©ienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siècle rarement ouvert au public. Connu Ă  l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siège du premier Conservatoire de musique et de dĂ©clamation entre 1784 et 1911 (avant son dĂ©mĂ©nagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire (ancĂŞtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scène ou dans ses classes : FrĂ©dĂ©ric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
Accès : MĂ©tro Grands Boulevards – Parking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg Poissonnière

Informations / RĂ©servations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprès des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

RĂ©cital du pianiste Guillaume Coppola Ă  Paris

CD. Le Schubert oubliĂ© enchantĂ© de Guillaume CoppolaParis, Conservatoire d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Mardi 9 dĂ©cembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert Ă©ditĂ© par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un rĂ©cital 100% Schubert composĂ© de valses mĂ©connues du compositeur romantique actif Ă  Vienne dont le tempĂ©rament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola rĂ©investit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversĂ© et portĂ© par la grâce. Le jeu du pianiste, ancien Ă©lève de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poĂ©tiques d’une absolue fluiditĂ©, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en Ă©tat d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 dĂ©cembre est conçu comme ceux de Schubert Ă  Vienne pendant la terreur instituĂ©e par Maeterlinck, comme une rĂ©union d’amis, une Schubertiade, oĂą l’entente et la comprĂ©hension fĂ©conde scellent l’effusion de moments privilĂ©giĂ©s. Pour son public, Guillaume Coppola fait de mĂŞme : il entend partager avant tout l’expĂ©rience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire.

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Ĺ“uvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrète intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂŞte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit Ă  travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractĂ©risĂ©es, dessine une perspective dont l’interprète sait restituer la secrète unitĂ© organique. … (…)… Des Sentimentales, si bien nommĂ©es mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est lĂ -, on retient la 13ème Ă©videmment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante… et comme Ă©ternellement tournante comme un perpetuum mobile… , mais aussi la 18è et sa cadence racĂ©e pleine de fiertĂ© comme d’élĂ©gance.  C’est une sĂ©rie de sĂ©quences qui frappe par leur nervositĂ© comme leur souplesse mĂ©lodique : acuitĂ©, prĂ©cision, versatilitĂ© dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque Ă©pisode comme un mini drame d’une mordante vivacitĂ©. Un appĂ©tit de vivre qui contraste Ă©videmment avec la gravitĂ© des pièces complĂ©mentaires : la Sonate D 537 de mars 1817.” Lire notre critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

RĂ©cital Guillaume Coppola Ă  Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, MĂ©lodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Ĺ“uvres enregistrĂ©es sur l’album rĂ©cent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font dĂ©couvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximitĂ© avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert Ă  tous permettant au public d’Ă©changer et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, théâtre Ă  l’italienne avec sa dĂ©coration pompĂ©ienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siècle rarement ouvert au public. Connu Ă  l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siège du premier Conservatoire de musique et de dĂ©clamation entre 1784 et 1911 (avant son dĂ©mĂ©nagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire (ancĂŞtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scène ou dans ses classes : FrĂ©dĂ©ric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
Accès : MĂ©tro Grands Boulevards – Parking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg Poissonnière

Informations / RĂ©servations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprès des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement à ce qui est indiqué, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques… A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique… ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernité et sa sensibilité visionnaire ne peuvent selon nous être rangées dans aucune case… trêve d’observations de détail : car c’est bien de plusieurs textes décisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus à propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et même Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais caché qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacré des discours et présentations très détaillés, surtout très militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois dernières : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur résonne comme une déflagration, par sa sonorité inédite et inclassable qui fait imploser la forme elle-même et le tissu mélodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigé les opéras majeurs à Salzbourg) n’a été ici plus argumenté, mieux inspiré, dans un texte rédigé pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions à la pratique le lecteur se reportera à l’excellent double cd édité simultanément chez Sony classical, dédié justement au 3 dernières Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delà de l’exercice hommage (légitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes œuvres doivent demeurées accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se précisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expérience humaniste et spirituelle à partager avec les publics. . A travers les textes de conférence et de présentation liés aux éditions du festival Styriarte, mais aussi grâce à l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thèmes variés (De Beethoven à Berg, 1990 ; la rhétorique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redécouverts… Ainsi se profile aussi une connaissance aiguë de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert à Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une manière d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie où se mêle musique populaire (danses traditionnelles), élégance, nostalgie… Pour comprendre une écriture, il faut évidemment revenir à ses origines et connaître absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation réductrice et tronquée, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysémantique d’une richesse inouïe :la preuve en est donnée chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen présente une palette exceptionnellement détaillée de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensité, durée, caractère de la note ou de la phrase…).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opéra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, … même Brahms y paraît tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessé d’être depuis ses débuts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en défricheur et en révolutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les œuvres. Un modèle et une personnalité à part… en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. SĂ©lection de textes, confĂ©rences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

CD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia).

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia). En s’attachant principalement aux Ĺ“uvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrète intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂŞte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit Ă  travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractĂ©risĂ©es, dessine une perspective dont l’interprète sait restituer la secrète unitĂ© organique.
Miniatures – la plus longue est la 3ème des Nobles (plus de 2mn), quand la plupart avoisine, 30, 40 ou 50 secondes, – majoritairement sur le rythme syncopĂ© balançant et donc hypnotique dit  ” anapestique ” (2 croches/ 1 noire)-, il s’agit d’esquisses – bambochades dirions nous en contexte pictural-, d’un trait d’humeur rapidement esquissĂ© qui suscite surtout une part de libertĂ© et de fine lĂ©gèretĂ© proche de l’esquisse ou de l’improvisation. Le pianiste les aborde moins comme des passades sans enjeu que, de sĂ©quence en sĂ©quence, une mĂŞme course vers des Ă©pisodes d’un seul et unique paysage : aliment de base des fameuses schubertiades, chaque valse enchaĂ®nĂ©e avec la suivante compose un miroitement sensible oĂą triomphe toujours sous les doigts agiles et conteurs du pianiste, la vitalitĂ© de l’instant, l’Ă©nergie mais aussi une multitudes de colorations plus tĂ©nues et subtiles : entre la tension d’un galop grande Ă©cole et le geste fugace d’une caresse Ă©chevelĂ©e, libre, fantaisiste. L’ivresse et l’insouciance qui s’en dĂ©gagent,  rĂ©alisent merveilleusement cet abandon dĂ©sirĂ© par les participants proches de Schubert, alors que sĂ©vit dehors dans les rues de la Vienne d’alors, la police rĂ©pressive de Metternich. Nous sommes bien dans le rĂŞve d’une Arcadie humaine, dĂ©sireuse de paix, d’harmonie, du sĂ©rĂ©nitĂ© du songe.

Paysages et mondes oubliĂ©s d’un Schubert enchantĂ©

CLIC_macaron_20dec13Des Sentimentales, si bien nommĂ©es mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est lĂ -, on retient la 13ème Ă©videmment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante… et comme Ă©ternellement tournante comme un perpetuum mobile… , mais aussi la 18è et sa cadence racĂ©e pleine de fiertĂ© comme d’Ă©lĂ©gance.  C’est une sĂ©rie de sĂ©quences qui frappe par leur nervositĂ© comme leur souplesse mĂ©lodique : acuitĂ©, prĂ©cision, versatilitĂ© dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque Ă©pisode comme un mini drame d’une mordante vivacitĂ©. Un appĂ©tit de vivre qui contraste Ă©videmment avec la gravitĂ© des pièces complĂ©mentaires : la Sonate D 537 de mars 1817. Le premier mouvement semble habitĂ© par une dĂ©termination parfois vĂ©hĂ©mente (accords premiers d’un marcato beethovĂ©nien), que contrepointent des facettes plus enivrĂ©es elles aussi mais caractĂ©risĂ©es avec une profondeur mystĂ©rieuse : rĂŞverie, abandon ou Ă©lan conquĂ©rant, le clavier balance constamment entre les deux aspirations. Net, franc, nuancĂ©, le jeu de Guillaume Coppola (y compris dans le second mouvement et son allegretto staccato guilleret en forme de marche errance) restitue Ă  la Sonate son questionnement permanent voire son mouvement de course frĂ©nĂ©tique, de volontĂ© Ă©perdue qui colore l’ensemble d’une vĂ©locitĂ© souvent irrĂ©sistible.
coppola guillaumeEnfin, superbe conclusion en forme de miniature elle aussi, la mĂ©lodie hongroise D 817, composĂ©e Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1817 chez les Esterhazy, saisit par sa grâce nerveuse Ă©lĂ©gantissime, une synthèse de style viennois : son allure plus tzigane qu’hongroise, inspirĂ©e directement d’un air chantĂ© par une domestique de la maison, prĂ©cipite tout l’art d’un Schubert, gĂ©nies des enchaĂ®nements, passant du mineur au majeur, sans faiblir, et lĂ  aussi avec cet aplomb enchantĂ© qu’ont les interprètes les mieux inspirĂ©s. Caressant les notes pointĂ©es d’un chef d’Ĺ“uvre concis, condensĂ©, de moins de 4mn, – au dĂ©veloppement minimal-, Guillaume Coppola Ă  la fois agile et percutant, sait basculer dans le rĂŞve le plus tendre et le plus intime, arrĂŞter le temps, suspendre la note… ouvrir les mondes invisibles, donner matière Ă  la pure rĂŞverie, en une marche errance devenue rituel enchantĂ©. RĂ©cital d’un immense Schubertien, poète arpenteur et conteur habitĂ©.

Franz Schubert (1797-1828) : Valses nobles D969, Sonate en la mineur D537, Valses Sentimentales D779, MĂ©lodie hongroises D817. Guillaume Coppola, piano. 1 cd Eloquentia EL 1445.

CD. Philippe Cassard joue Schubert (1 cd Dolce Volta, à paraître le 23 septembre 2014)

Schubert_Philippe_Cassard_La_Dolce_VoltaCD. Philippe Cassard joue Schubert (1 cd Dolce Volta, Ă  paraĂ®tre le 23 septembre 2014). Pianiste mĂ©diatisĂ© entre autres grâce Ă  son excellente Ă©mission sur France musique dont il est producteur « Notes du traducteur », rare programme pĂ©dagogique, vivant, remarquablement accessible sur les ondes, Philippe Cassard n’est pas qu’un passeur Ă©merveillĂ©, soucieux de transmettre sa passion du piano et des Ĺ“uvres. Comme immense interprète (et Ă  notre avis pas assez reconnu comme tel en France), l’instrumentiste poursuit son exploration du continent schubertien avec ce souci musical, cette Ă©lĂ©gance très incarnĂ©e dont il a le secret. Ses Impromptus dĂ©jĂ  parus sous Ă©tiquette Accord (janvier 2008) avaient Ă©tĂ© particulièrement convaincants,  – Ă©lus lĂ©gitimement « coup de coeur » de la RĂ©daction cd de Classique news. Son remarquable essai sur le geste et la pensĂ©e mĂ©lancolique d’un Franz Schubert fin poète, ambassadeur singulier de la sehnsucht ou vertige nostalgique propre aux grands romantiques germaniques du XIXème (Ă©ditĂ© chez Actes Sud) suffit Ă  Ă©clairer la pertinence de l’interprète de Franz Schubert (1797-1828) : il y a de la finesse allusive, une lĂ©gèretĂ© profonde et grave, des vertiges et abandons introspectifs dans son toucher enchanteur. Dans ce nouvel album, le pianiste traverse les paysages lunaires, crĂ©pusculaires, immensĂ©ment Ă©vocateurs de la Sonate D959 Ă  laquelle il associe trois partitions antĂ©rieures pour 4 mains, immersion ainsi rĂ©trospective dans l’annĂ©e 1828, la dernière annĂ©e, celle des ultimes accomplissements et de la disparition malheureuse.
Philippe Cassard y joue seul donc (Sonate D959) ; puis s’appuyant sur la complicitĂ© de Cedric Pescia, prĂ©sente les pièces pour 4 mains : Fantaisie D940 en fa mineur, “LebensstĂĽrme” D947 en la mineur, Rondo D951 en la majeur.

 

 

cassard philippe B.Martinez

 

 

Nouveau cd annoncé le 23 septembre chez Dolce Volta, sobrement intitulé «  1828 ». Durée : 1h18mn. Enregistré à Paris en février 2014 (église du Bon Secours). Piano D Steinway. En outre, pour commémorer la 400ème émission de Notes du traducteur sur France Musique paraîtra en octobre 2014, un coffret de 6 cd récapitulatif. La 10ème saison de Notes du traducteur sur France Musique commence en septembre 2014. C’est l’un des programmes unanimement plébiscité par les auditeurs de France Musique et de loin, la meilleure programmation de sensibilisation du paysage radiophonique français.

agenda
Philippe Cassard joue en août 2014 la Sonate D959 (enregistrée dans son nouvel album Dolce Volta) :

Le 23 août 2014
Abbaye de Fontmorigny (Cher)

Le 28 août 2014
Festival de la Chaise Dieu (Haute Loire)

Programme :
Schubert : Sonate en la majeur, D.959
Liszt : “Miserere”, extrait du Trouvère de Verdi
Brahms : 7 Fantaisies, opus 116 / Rhapsodie, opus 79, n°2 en sol mineur

Site officiel du pianiste Philippe Cassard

http://www.philippecassard.com/index.html

CD événement, annonce. Guillaume Coppola joue Valses et Sonate de Franz Schubert (Eloquentia). A paraître le 23 septembre 2014

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD Ă©vĂ©nement, annonce. Guillaume Coppola joue Valses et Sonate de Franz Schubert (Eloquentia). A paraĂ®tre le 23 septembre 2014. IntensitĂ© fraĂ®che, sensibilitĂ© suggestive mais aussi juvĂ©nilitĂ© grave : le jeu du pianiste Guillaume Coppola devrait convaincre dans son prochain disque Ă©ditĂ© par Eloquentia et dĂ©diĂ© Ă  Franz Schubert. Le voile y est levĂ© sur l’insouciance rĂŞveuse et nostalgique des 12 Valses nobles et des 34 Valses sentimentales, … autant de miniatures qui sont chacune un creuset d’émotions vives et contrastĂ©es Ă  l’époque oĂą Vienne subissait l’ordre moral Ă©triquĂ© imposĂ© par le chancelier Metternich. Dans ce rĂ©cital attendu, Guillaume Coppola qui joue un Steingraeber minutieusement prĂ©parĂ© pour l’enregistrement, exalte l’ardente espĂ©rance d’un Schubert tournĂ© vers l’introspection du cĹ“ur et les aspirations intimes de l’âme. Aux Valses enivrantes, le pianiste ajoute la première Sonate pleinement aboutie du Viennois : la Sonate n°5 en la mineur D537, et la MĂ©lodie hongroise, d’une dĂ©licatesse de ton absolue, conclusion Ă©perdue et tendre, pleine de panache et de repli-, d’un programme discographique dont la critique complète paraĂ®tra dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la parution du cd.

 

Franz Schubert : Valses, Sonate, MĂ©lodie hongroise. Guilluame Coppola, piano – 1 cd Eloquentia. A paraĂ®tre le 23 septembre 2014.

CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon).

pires-maria-joao-400CLIC_macaron_2014CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon). NĂ© en 1944 Ă  Lisbonne, – la mĂŞme annĂ©e que son confrère brĂ©silien Nelson Freire-, Maria Joao Pires fĂŞte donc en 2014 ses 70 ans... L’occasion Ă©tait trop forte pour Deutsche Grammophon de cĂ©lĂ©brer cet anniversaire en Ă©ditant un coffret rĂ©unissant ses nombreux rĂ©citals comme solistes, Ă  partir de 1989 quand dĂ©bute ses enregistrements pour le label jaune; l’enfant prodige portugaise qui fit son apprentissage Ă  Lisbonne puis en Allemagne (Munich, Hanovre), s’installant ensuite au BrĂ©sil, après s’ĂŞtre fâchĂ© avec son Portugal natal, puis se fixant en Suisse, se livre ici en ses champs d’Ă©lection et d’accomplissements : Chopin, Schubert, Schumann. Trilogie sacrĂ©e d’un parcours façonnĂ© comme un questionnement jamais interrompu, une quĂŞte conduisant aux constructions intimes… MalgrĂ© des dispositions limitĂ©es (petites mains), la pianiste d’une simplicitĂ© exemplaire et d’une humanitĂ© profonde, s’est taillĂ©e cette fluiditĂ© qui semble surgir de l’enfance, Ă  force de travail, d’apprentissage, d’assiduitĂ© sur le clavier rĂ©sistant. Autre voie de libĂ©ration pour l’interprète autodisciplinĂ©e : Mozart dont elle exprime la claire urgence de l’enfant foudroyĂ©. La mozartienne traverse et porte les rĂŞveries miroitantes de Wolfgang depuis son enfance : ses premiers concerts sont mozartiens et c’est avec Claudio Abbado qu’elle joue aussi les Concertos pour piano. RĂ©vĂ©lĂ©e par la compĂ©tition du bicentenaire Beethoven de Bruxelles en 1970 (Premier prix), la pianiste n’ a cessĂ© de travailler sa sonoritĂ© personnelle qui est d’abord une Ă©coute intĂ©rieure. Toute sa dĂ©marche rĂ©tablit la relation du jeu pianistique avec le chant du corps et le dĂ©veloppement intime de la personne, c’est pourquoi Maria Joao Pires dĂ©veloppe aussi une pĂ©dagogie originale qui fondĂ©e sur la transmission, apporte aux jeunes musiciens la connaissance croisĂ©e d’autres disciplines que la musique : philosophie, histoire de l’art, danse et théâtre. Son approche se concentre sur le temps mystĂ©rieux, l’Ă©quilibre fondateur de l’ĂŞtre le plus intime. Ecouter ses Schubert (Ă©couter la petite musique du cĹ“ur de l’andante sostenuto de la D 960) permet de mesurer cette quĂŞte au long cours qui fonde une Ă©thique personnelle, tout un chemin de vie. Une vocation.

 

 

Mozart, Schubert, Chopin transfigurés

Maria Joao Pires en majesté

 

Mais croire que cette Ă©conomie du geste reste Ă  la surface : au contraire, la digitalitĂ© experte fait surgir de vertigineux bouillonnements, des aspirations lyriques Ă  l’activitĂ© irrĂ©sistible, toujours d’une articulation Ă  l’Ă©loquence faussement discrète.
L’Ă©lĂ©gance tragique de ses Schubert, la nostalgie tendre de ses Mozart, sans omettre, l’ivresse crĂ©pusculaire de ses Chopin et la versatilitĂ© hallucinante de ses Schumann n’Ă´tent rien de leurs gouffres amers, de leurs plongĂ©es troubles, ou de leurs divagations funambules. Outrepasser les tĂ©nèbres, traverser l’ombre pour faire jaillir la lumière.
pires maria joao schubert sonates maria joao pires deutsche grammophonL’anthologie rĂ©unie par Deutsche Grammophon fait la part belle aux solos de la Portugaise mais aussi Ă  quelques duos Ă  quatre mains (avec Ricardo Castro dans Schubert). Le connaisseur retrouve ses Bach (1994, 1995) et Beethoven (200,2001), surtout ses Chopin (24 PrĂ©ludes, 1992; les envoĂ»tants Nocturnes, 1995-1996, et les plus rĂ©centes : Sonate n°3 opus 58, Sonate pour violoncelle opus 65 avec Pavel Gomziakov, Mazurkas enregistrĂ©es en 2008). L’intĂ©grale des oeuvres pour piano seul de Mozart occupe les annĂ©es 1989 et 1990, Ă©clairĂ©es toutes par cette clartĂ© intĂ©rieure d’une infinie pudeur.Ses Schubert profonds, jaillissants suspendent le temps, emprunts d’un rituel qui touche par sa couleur murmurĂ©e, sa profonde pudeur lĂ  aussi : Moments musicaux et Scherzi, Sonate D 784 de 1989, surtout les Impromptus D 899 et D 915 enregistrĂ©s en 1996 et 1997 dont la simplicitĂ© d’Ă©locution confinant au dĂ©nuement  le plus sobre atteignent souvent une grâce noire, une ivresse sombre qui rĂ©vèle les capacitĂ©s puissamment originales de l’interprète. MaturitĂ© et approfondissement s’expriment chez Schubert dans le recueil le plus rĂ©cent enregistrĂ© en 2011, avec des accents nets taillĂ©s en diamants : Sonates D 845 et D 960 oĂą la pianiste aiguise une sensibilitĂ© plus contrastĂ©e, riches en nouvelles aspĂ©ritĂ©s, comme un balancement liquide aux brumes dĂ©finitivement enfouies et pourtant toujours pleinement vivaces, de cette activitĂ© qui sous le sommeil et la langueur, rĂ©vèle Ă  pas feutrĂ©s Ă  peine perceptible, ce feu primitif, cette vitalitĂ© première, celle du temps de l’innocence qui a conservĂ© son or originel : ses rubatos et ses phrasĂ©s y sont d’un ciselĂ© superlatif. La D 960 reste l’offrande la plus aboutie et la plus personnelle. Un sommet. Le temps qui diffuse Pires est celui de la lente reconstruction, une rĂ©gĂ©nĂ©ration de l’intĂ©rieure. Que ce Schubert est salvateur… un baume pour l’âme comme Vermeer nous l’indique dans Leçon de musique. Coffret Ă©vĂ©nement.

Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon)

CD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia

schubert-luigi-piovano-eloquentia-schubert-cdCD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia. Le prĂ©sent opus met en miroir deux Ĺ“uvres emblĂ©matiques de Franz Schubert composĂ©es dans la mĂŞme pĂ©riode : une pĂ©riode sombre qui aiguise sa formidable sensibilitĂ© musicale. ÉbranlĂ© voire dĂ©pressif, le Schubert de 1824, celui des deux oeuvres ici abordĂ©es – la Sonate Arpeggione et le Quatuor La jeune fille et la mort-, saisit par ce regard sans concession sur la fragilitĂ© humaine et la dĂ©sespĂ©rante solitude qui est la sienne. Ayant contractĂ© la syphilis, le jeune homme de 28 ans reste alitĂ© condamnĂ© malgrĂ© lui mais sa clairvoyance musicalement gĂ©niale transparaĂ®t sans fard, pointant une vivacitĂ© exceptionnellement mĂ»re pour son âge. La mort est prĂ©sente, et la plume d’une rare acuitĂ©. Une irrĂ©pressible aspiration au chant de l’amour y croise des gouffres amers  ; l’emprise de la mort (prĂ©monition troublante) guerroie avec les dernières forces vitales : c’est ce que nous offre Ă  entendre le violoncelliste Luigi Piovano qui rĂ©unit autour de lui les cordes seules de l’orchestre de l’Accademia di Santa Cecilia. Chaque oeuvre est abordĂ©e dans une version non familière dont les bĂ©nĂ©fices se dĂ©voilent en cours de lecture.

La Sonata en la mineur D. 821 dit l’Arpeggione et le Quatuor en re mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort”, les deux versions proposĂ©es dans cet album sont des transcriptions ; pour la première, Luigi Piovano, par ailleurs violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique de l’Accademia di Santa Cecilia, rĂ©unit les cordes seules de la phalange romaine. Il nous propose une version pour violoncelle piccolo Ă  cinq cordes et orchestre Ă  cordes ; pour le Quatuor D. 810, Luigi Piovano a retenu la version pour orchestre Ă  cordes Ă©crite par Gustav Mahler en 1896.

piovano luigi schubertPour l’Arpeggione D821, Luigi Piovano a pris soin de choisir son instrument dans la connaissance des possibilités de l’instrument originel utilisé par Schubert (hybride à 6 cordes entre la viole de gambe, le violoncelle et la guitare, conçu par le facteur viennois JG Stauffer en 1823). Le piccolo utilisé par le violoncelliste italien réalise les octaves originales : il cisèle surtout la fluidité chantante de l’instrument, dévoilant tout ce qui dans l’écriture de Schubert relève du chant pur car le lied est bel et bien primordial ici.

Les solos soulignent l’âprete mĂ©lancolique de l’air principal qui dialogue avec le second dansant presque populaire et rustique, d’un caractère nettement brillant. De toute Ă©vidence, la transposition fait valoir l’exceptionnelle sensibilitĂ© expressive du violoncelle solo comme l’instinct musical du soliste. Le bĂ©nĂ©fice des cordes comme un tapis sonore apporte de nouvelles couleurs une extension orchestrale Ă©vidente, mĂŞme uniquement aux cordes : la partition gagne de nouvelles respiration, un souffle qui amplifie l’effet de contraste entre nostalgie maladive (dĂ©pressive) du premier motif et Ă©lan chorĂ©graphique (plus insouciant) du second. L’approche de Piovano dans l’Adagio accentue les qualitĂ©s que nous remarquions dans le premier mouvement : langueur et mystère du premier motif oĂą s’affirment la simplicitĂ© et la pudeur très profonde du violoncelle requis (William Forster III de 1795).

Schubert transcrit : geste allant, clair et fluide

 

Le 3ème Ă©pisode (Allegretto) est sautillant d’une prĂ©cision et d’un grand raffinement agogique (comme son Saint-SaĂ«ns -intĂ©grale pour violoncelle et piano-, Ă©galement Ă©ditĂ©e par Eloquentia, remarquablement expressif et lĂ  aussi d’une belle caractĂ©risation introspective). Le violoncelle affirme une flexibilitĂ© aĂ©rienne, une versatilitĂ© Ă©tonnante assurant l’allègement progressif de la matière sans perdre l’Ă©locution très prĂ©cise et volubile du violoncelle, d’une musicalitĂ© virtuose. Si le soliste avait souhaitĂ© faire briller, chanter l’instrument, mais aussi Ă©mouvoir par une sensibilitĂ© pure, il n’aurait pas agi autrement. L’Allegretto atteint un naturel et une complicitĂ© expressive avec les cordes qui l’entourent : toute la fin est Ă©crite en lĂ©gèretĂ© et nuances, rĂ©alisant le haut intĂ©rĂŞt de la transposition.

L’idĂ©e de transcrire pour orchestre Ă  cordes l’admirable Quatuor La jeune fille et la mort D.810, peut surprendre… Que peut apporter un effectif plus nombreux, immanquablement plus dense pour ne pas dire davantage, en place d’un quatuor aux Ă©quilibres affinĂ©s,  d’une lisibilitĂ© inatteignable ? Si la question mĂ©rite d’ĂŞtre posĂ©e,  la dĂ©fense  de la transcription choisie  se rĂ©alise d’elle mĂŞme… conçue Ă  l’extrĂŞme fin du XIXème par Gustav Mahler.

Les interprètes parviennent à maintenir le niveau d’élocution préalable (D. 821) en soignant la ligne expressive ; ils évitent surtout lourdeur et épaisseur,  gageure difficile à relever sur le terme. Ils retrouvent en cela la cohérence de leur album des transcriptions des lieder de Mahler précédemment édité aussi chez Eloquentia.

L’agilitĂ© se dĂ©tache en particulier dans le premier mouvement  Ă  l’activitĂ© nerveuse, finement Ă©noncĂ©e ; les fins de phrase Ă©tant millimĂ©trĂ©es par le violoncelle toujours fidèlement inspirĂ© du chef et leader de l’effectif (Piovano a Ă©tĂ© rĂ©cemment confirmĂ© comme chef soliste de l’ensemble Ă  cordes romain : une entente dont tĂ©moigne et confirme le prĂ©sent enregistrement).

piovano luigiLe souci de clartĂ© s’affirme, y compris dans l’âpretĂ© qui manque parfois de rudesse tranchante dans les tutti rageurs, mais les cordes savant exprimer ce climat d’instabilitĂ© et de profondeur inĂ©luctable (ajout de la contrebasse par Mahler), celles d’une eau inquiĂ©tante comme un secret qui plonge dans un lac… Très engagĂ©s, acteurs d’une force puissante, les interprètes abordent le 2ème mouvement (Andante con moto avec variations : l’épisode le plus saisissant de Schubert) dans des qualitĂ©s des pianissimi bĂ©nĂ©fiques, n’empĂŞchant pas qu’une certaine pesanteur (Mahler moins inspirĂ©) s’impose malheureusement lĂ  oĂą la forme quatuor glisse dans la pure magie suspendue. Pourtant malgrĂ© la largeur sonore liĂ©e Ă  l’effectif, l’allant trouve Ă  la fois cette urgence (galop de la mort sĂ©ductrice), la prière de la jeune fille comme l’inquiĂ©tant mystère qui flotte continument au dessus des instruments. Le Scherzo est âpre et intensĂ©ment dramatique. Le violoncelliste leader veille lĂ  encore aux Ă©quilibres associant engagement et lisibilitĂ© y compris dans le trio plus dĂ©tendu et insouciant,  sautillant et gracieux. Le presto final est une course Ă©chevelĂ©e aux secousses finement tressĂ©es. Le nerf et l’engagement des musiciens rĂ©alisent ce dernier mouvement comme l’Ă©lĂ©ment libĂ©rateur de toutes les tensions prĂ©alablement Ă©noncĂ©es.  Sans perdre le fil tragique et lugubre, l’orchestre mĂŞme Ă©pais Ă©vite la pesanteur et le pathos : sa ligne simple et dĂ©pouillĂ©e suit son cours coĂ»te que coĂ»te, offrant une couleur orchestrale au drame qui se joue. Le flux nerveux ne manque pas d’expressivitĂ© comme de caractĂ©risation ; les musiciens misent sur une prĂ©cision lĂ  encore jamais prise en dĂ©faut. La «  chevauchĂ©e / tarentelle » reste l’une des plus passionnantes de Schubert. Le dĂ©nouement spectaculaire et théâtral oĂą la mort reprend ce Ă  quoi elle avait fait mine de renoncer,  est vif, frappant, d’une inĂ©luctable Ă©vidence. Voici un jalon dans la complicitĂ© du violoncelliste et de l’orchestre qu’il dirige. Sans attĂ©nuer ni diluer l’intensitĂ© schubertienne, les interprètes savent en Ă©clairer les arĂŞtes vives, souligner les points de force de la dĂ©licate structure. Une gageure scrupuleusement relevĂ©e.

Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (transpositions pour soliste et orchestre à cordes). Orchestre à cordes de l’Accademia di Santa Cecilia. Luigi Piovano, violoncelle et direction. 1 cd Eloquentia EL 1446, enregistrement réalisé en mai 2013.

Compte rendu, concert. Temple Lanterne, Lyon. 21 février 2014. Schubert : Mathieu Grégoire, Chœur Hypérion (E.Planel). Et aussi, Saison « Bach et plus », mars à juin 2014

Schubert portraitUn Temple d’architecture néo-gothique, cela ne semble pas lieu idéal pour célébrer Franz Schubert. Pourtant, bien beau concert : le jeune pianiste Mathieu Grégoire est soliste dans la Sonate D.958), et accompagne les trop peu connus chœurs (Chœur Hypérion, Etienne Planel), dont deux sublimes Hymnes à la Nuit… Et un nouveau groupe (Baroque et plus) ouvre sa saison en variations instrumentales sur Bach.

Cent clochers et mille dévotions de Lyon
La musique, ce sont aussi des lieux, on le sait. Les attendus, les traditionnels, les évidents, et puis les occasionnels, parfois un peu paradoxaux ou intrigants. Souvent aussi églises, sanctuaires, temples pour les cultes, et on ne s’attendrait pas à ce que Lyon, ville à colline-qui-prie, à cent clochers et mille dévotions, échappe à cette présence musicale, – plus ou moins laïcisée, selon les époques -…De plus, cet hiver (qui en est si peu un), deux « verrouillages » de salles favorisent le refuge avec d’autres abris : la Salle Molière, à légendaire acoustique, est en réfection interne, et la Salle Varèse, joyau moderne du CNSMD, brutalement menacée d’inondation en novembre (au bas d’une colline qui glisse…), est indisponible selon délais reportés : cela oblige le CNSMD à des acrobaties…supérieures pour cours et concerts. Hommage soit rendu aux organisateurs qui parent au plus urgent et trouvent « ailleurs »(Lyon et périphérie) des solutions de substitution…et d’aimables accueils.

Du Second Empire aux Paroles de RĂ©sistance
Le Temple de la rue Lanterne n’a certes pas attendu ces mois difficiles pour se faire havre sonore. Son cadre continue à intriguer : cet édifice du Second Empire –mais peu à voir avec Badinguet, alias Napoléon le Petit – est enchâssé entre de hautes maisons ; sa façade austère franchie, on a la surprise d’un sanctuaire étroit mais très haut, où le style néo-gothique n’engendre pourtant pas la froideur, surtout quand le sonore des concerts généreusement accueillis par la communauté protestante y révèle une acoustique fort acceptable. (On peut aussi y songer à l’un des pasteurs qui parlèrent ici : Roland de Pury, dénonciateur précoce et public du nazisme puis de la collaboration vichyste, protecteur des résistants et des Juifs, arrêté par la Gestapo en 1943 et interné à Montluc, d’où il pourra être « exfiltré » à cause de sa nationalité suisse). C’est en ce lieu chargé d’histoire (discrète, et de sens si lourde…) qu’on a aujourd’hui le bonheur d’écouter…du Schubert, ici moins attendu. Non point d’ailleurs le cycle du Voyage d’Hiver (le baryton Jean-Baptiste Dumora, Mathieu Grégoire, reprenant le lendemain leur beau concert de 2012 dans la néo-gothique – et vaste, et froide – église de la Rédemption : nous ne doutons pas que l’interprétation, subtile et forte, en ait été encore approfondie), mais, ce 21 février, un programme original de piano soliste puis accompagnateur d’un chœur d’hommes….

La beethovénienne et Schubert
Le pianiste Mathieu Grégoire s’y affronte, en solitude, à la 1ère des trois ultimes Sonates ( D.958) : parfois surnommée « la beethovénienne », elle porte certains échos du Commandeur qui tant fascina le « petit Franz ». Mais le langage de Schubert s’y affranchit de toute subordination au Maître révéré, pour partir en quête d’une conception du Temps, irréductible aux découvertes si autonomes de Beethoven, puis Schumann, Chopin ou Liszt. Il faut y marier le rêve au voyage, comprendre l’importance de ce lointain (die ferne) qui, dans l’espace – paysage mental, est une des clés du romantisme allemand. En recherche inquiète dans l’allegro initial, M.Grégoire nous emmène, d’une vraie respiration, dans un adagio qui participe vraiment de ce que le poète français Yves Bonnefoy nomme « L’arrière-pays » : bonheur d’un chant- pour -lui-même, extrême précaution de qui improviserait dans le sans-tumulte, et puis, lors de deux ruées d’angoisse, une qualité d’âme « orphéenne » pour affronter les puissances d’en-bas… Ensuite butées sur silence du Minuetto, et continuum énigmatique aux éclairages pourtant changeants du finale : oui, on entend rarement une telle concentration sur les tensions de ces textes complexes, de surcroît appuyée sur un pianisme ouvert à l’imagination, tour à tour lyrique et rigoureux.

Hypérion à Bellarmin
Encadrant ce parcours soliste, des raretés au concert sinon au disque : pourtant ces chœurs – hommes, femmes, mixité, accompagnement instrumental – sont dans le premier cercle du romantisme austro-allemand, parfois proches du « populaire », ou traducteurs de ce que David d’Angers nomma chez Friedrich « la tragédie du paysage », et encore tirant l’esprit vers le haut, là où siège l’âme religieuse, à tout le moins mystique. La vraie connaissance de Schubert passe par ce chemin aussi , et il faut de prime abord remercier le Choeur Hyperion – géométrie variable autour d’une quinzaine de chanteurs – de se vouer à un répertoire qui exige savoir, science du groupe, élan et culture. Gageons que les Hypérion récitent à chaque retrouvaille la dernière lettre que le héros gréco-romantique inventé par Hölderlin envoyait à son ami Bellarmin : « Ô âme, beauté du monde ! Toi l’indestructible, la fascinante, l’éternellement jeune : tu es. Les dissonances du monde sont comme les querelles des amants. La réconciliation habite la dispute, et tout ce qui a été séparé se rassemble. »

L ’ultime barrière se brise
Placé sous un tel « patronage », l’ensemble fort intelligemment dirigé par Etienne Planel dans six de ces œuvres qui relient Schubert aux poètes (l’ami Mayrhofer, Seidl, et Son Immensité Indifférente le Conseiller Goethe…) nous conduit aux bons Poteaux Indicateurs : des eaux miroitantes pour un Gondolier charmeur à la cordialité en Esprit de l’Amour, et à une Berceuse de la Nature en Mélancolie. Le Passé dans le Présent est doux balancement (c’est le Divan Oriental-Occidental de Goethe) comme si on s’immergeait dans la matière même du Temps, et conclut en « hymne radieux de la beauté pure ». Au dessus de tout, deux Nuits dignes de Novalis : la première, si recueillie, lance des appels par delà collines et montagnes, comme en quelque « beau monde, tu es bien là ! ». La seconde (Nachthelle) est lumière palpitante, échos magiquement échangés entre soliste, piano « scintillant » et groupe vocal, puis la métaphysique, mystérieuse évocation d’une « ultime barrière qui se brise ». Cette merveille primordiale de la musique romantique rayonne et palpite en son battement perpétuel, la voix éthérée – hors du monde, jurerait-on – du ténor Julien Drevet-Santique comme y conduisant notre voyage extasié.Et le piano de M.Grégoire est vrai compagnon rythmique et harmonique.

Une saison de printemps
Tiens, en attendant un 2e programme d’Hypérion (les romantiques français cette fois) et –pourquoi pas ? un disque -, indiquons qu’au cours du printemps, le Temple s’éclairera d’interventions proposées par des « invités permanents », tel le Chœur Emélthée ( dirigé par Marie Laure Teyssèdre : musique baroque et XXe) qui donnera le 11 avril des « Histoires Sacrées » de Carissimi et M.A.Charpentier. Et aussi un « petit nouveau », qui honore l’inépuisable Johann Sebastian : « Baroque et plus »alias « le baroque autrement ». Après une ouverture en quatuor le 28 février (les Varese, quatre jeunes gens issus du CNSMD qui commencent à briller dans le paysage français : le 3e de Bartok, l’op.18/3 de Beethoven, et, justement, de l’Art de la Fugue en version « à quatre archets »), ce seront des « Variations Bach », souvent avec instruments qu’on n’attendrait pas forcément, en Temple, Eglise ou même Salle de Concert. Joël Versavaud confie à son saxophone Suites et Partitas de Dieu le Père Musical, Joachim Expert et Mathilde Malenfant cheminent avec piano, harpe et conférence, de Bach à Chick Corea. Didier Patel et Samuel Fernandez unissent leurs claviers pour une Leçon de Musique alla Bach. (Et le même Samuel Fernandez dialogue à l’Amphi-Opéra avec le jazzman et enseignant du CRR Mario Stantchev en « une étonnante variation classique et jazz sur Goldberg or not Goldberg ? »). Quant aux Percussions-Claviers de Lyon, c’est autour du Bien Tempéré qu’elles centrent leurs transpositions rejoignant le Kantor en une géométrie dans l’espace au « Point Bak ». Ou comme le dit l’Evangile de Jean : « Il y a plusieurs demeures dans la Maison du Père ». Croyants et incroyants : à méditer…

Lyon, Temple Lanterne. 21 février 2014 : Mathieu Grégoire (piano), Chœur Hypérion (E.Planel) : F.Schubert (1797-1828), Sonate D.958, Six chœurs pour voix d’hommes
Chœur Emélthée, 4 avril 20h30 : Histoires sacrées. « Baroque et plus », autour de J.S.Bach : Joël Versavaud, 21 mars ; Percussions-Claviers, 11 avril ; Samuel Fernandez, D.Patel, 23 mai : Temple Lanterne, concerts à 20h30
Mario Stantchev,S.Fernandez, 28 mars, 12h30, Amphi Opéra
Renseignements et réservation : Tel. 06 27 30 11 72 ; www.baroqueetplus.com
www.emelthee.fr ; Tel. 06 49 58 16 83

CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013)

winterreise_jonas_kaufmann_sony-classical_helmut-deutsch-cdCLIC D'OR macaron 200CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013). La frontière entre baryton et tĂ©nor est tĂ©nue ici et dĂ©voile pour le plus grand tĂ©nor actuel , Jonas Kaufmann, des trĂ©sors de nouvelles nuances et d’Ă©clats sertis dans le plus beau mĂ©tal vocal. Le diseur Ă©gale ses aĂ®nĂ©s, tĂ©nors et barytons, par le sens du verbe ; un verbe magicien qu’il Ă©claire d’une faille pudique, d’une blessure qui s’exprime sans jamais s’exhiber. Le cri dĂ©chirant surgit tel un glaive magnifiquement acĂ©rĂ© au comble du dĂ©sespoir. Le style, la musicalitĂ©, la richesse du timbre, les teintes fauves et introspectives d’un acteur nĂ© traverse chacune des 24 sĂ©quences. Ici tragĂ©dien embrasĂ©, heldentenor certes, surtout prophète d’une mĂ©lancolie naturellement musicale qui chante l’impuissance, l’extase, l’errance d’un voyage vĂ©cu jusqu’aux trĂ©fonds des viscères. Le chant de Jonas Kaufmann, superbement chambriste, n’est pas seulement musical et hĂ©doniste, il incarne d’autant mieux qu’il sait se mesurer, contrĂ´ler. Le piano plutĂ´t que le forte, est son arme la plus efficace.

le dernier cd de Jonas Kaufmann est un sommet schubertien

Grâce schubertienne

A contrario de bien des confrères qui vocifèrent sans phraser, incapable de tenir une ligne, Jonas Kaufmann, ailleurs superbe wagnĂ©rien, et rĂ©cemment pour le disque en un rĂ©cital de toute beautĂ©, verdien inoubliable, illumine Schubert et son mystère indicible qui pourtant ne pourrait ĂŞtre exprimĂ© sans le verbe vocal. Inutile de tourner autour du pot, ce rĂ©cital en studio est un nouvel accomplissement absolu du tĂ©nor allemand. Sa capacitĂ© Ă  rĂ©inventer tout le cycle avec une intensitĂ© liĂ© Ă  l’investissement dans l’instant reste Ă©poustouflant. Le piano complice d’Helmut Deutsch (qui a prĂ©cĂ©demment jouĂ© avec Kaufmann, le cycle du Winterreise en concert), partenaire des plus grands, ajoute Ă  la valeur de l’enregistrement : voici un Schubert qui n’a jamais mieux respirĂ©, ni mieux coulĂ© comme une caresse sombre et tragique, d’un artiste Ă  l’autre. Un Schubert rĂ©inventĂ© tel qu’on n’osait plus en rĂŞver. N’Ă©coutez qu’un seul lied : la plage 5 : Der Lindebaum (Le tilleul) : une invitation palpitante, racĂ©e … un appel Ă  la plus grande paix de l’âme. Du très grand art. Evidemment l’album Schubert de Jonas Kaufmann est un immense coup de cĹ“ur de Classiquenews.com en fĂ©vrier 2014.

Franz Schubert : Winterreise D911. Joans Kaufmann, ténor. Helmut Deutsch, piano. Enregistrement réalisé à Grünwald (Allemagne) en octobre 2013. 1 cd Sony classical 88883795632

CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013)

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013). Le toulousain Bertrand Chamayou, 32 ans, sort un nouvel album consacrĂ© Ă  Schubert chez Erato. Rien n’est comparable Ă  l’univers schubertien au piano : il y faut exprimer cette nostalgie de l’indicible : sensucht (mĂ©lancolie purement germanique propre aux Romantiques), vrai dĂ©fi pour l’interprète. Les amateurs pourront en Ă©valuer la palpitante texture, remarquablement transmise entre transe et finesse Ă  l’opĂ©ra par Jonas Kaufmann qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  intituler ainsi (Sensucht) un rĂ©cent cd en tout point irrĂ©sistible … Pour son 5ème disque, le trentenaire pianiste revient surtout Ă  une partition qui est le cĹ“ur de son nouveau programme : la Wanderer fantaisie de Schubert, un massif qui se dĂ©robe souvent sous les doigts Ă©trangers, et qui parfois se rĂ©vèle sous le feu plus suggestif de quelques interprètes en affinitĂ©. Car mĂŞme si ses Schubertiades laissent un sentiment de jeunesse joviale et gĂ©nĂ©reuse, rĂ©unie entre musiciens virtuoses, il y a de la profondeur et une gravitĂ© pudique qui se lit partout, dans chaque mesure. Chamayou compose sa propre schubertiade, glanant ici et lĂ  parmi les Ĺ“uvres de Franz, intercalant aussi des pièces a priori hors sujet mais d’esprit proche et fraternel dans une progressive introspection Ă  partager : Lieder transcrits par Liszt, Impromptus, deux Ländler (inspirĂ©es par des thèmes folkloriques), une valse filtrĂ©e par Strauss lui-mĂŞme … C’est au final un portrait personnel et un hommage Ă  la figure de Schubert : compositeur viennois errant, sans attaches, qui laisse une ombre tenace mais Ă©vanescente d’une irrĂ©sistible profondeur, associant lĂ©gèretĂ© et amertume, blessure et espĂ©rance, renoncement et ivresse tendre, appĂ©tit et dĂ©sir, humilitĂ© et repli.

Schubert un peu lisse et poli …

A force de clarification, le jeu du solaire Bertrand Chamayou s’expose unilatĂ©ralement dans la … lumière. L’éloquence de son contrepoint, l’équilibre parfois très affirmĂ© (trop) de sa polyphonie contredisent la sensibilitĂ© d’un compositeur qui bascule constamment dans l’oubli, l’anĂ©antissement, l’effacement de soi, le grisâtre fĂ©cond et milles autres nuances intermĂ©diaires… le pianiste ferait-il trop de concerts au point de manquer de temps pour approfondir rĂ©ellement chacun de ses disques ? C’est le sentiment qui nous traverse Ă  l’écoute des premiers mouvements de son Schubert initial : Allegro con fuoco (ma non troppo – !) et Adagio de la Wanderer justement.
Dans ce portait aux facettes indirectes qui passent par les transcripteurs, Liszt donc ou le très intéressant Richard Strauss de la fin (Kupelwieser-Walzer de 1826 transcrite en 1943), la figure de Schubert reste lointaine ; les doigts agiles et déliés, moins précis et nuancés à la main droite en particulier dans les aigus affleurent le mystère Schubert sans atteindre son essence (voilà pourquoi le plus grands n’ont vraiment délivrer le message schubertien qu’en fin de carrière). C’est pourquoi de notre point de vue, son disque Liszt précédent était beaucoup mieux investi, plus naturellement interrogatif. Restent les 3 Impromptus de l’opus D946 : le premier Allegro assai en mi bémol majeur suffoque à peine (saturation de la sonorité, prise de son trop ronde ou lisse, il y manque les vertiges nuancés que d’autres plus inspirés ont su y apporter : l’ambiguité, l’ambivalence, les spasmes entre terreur et panique…). La neutralité du jeu par trop de retenue échappe à toute intériorité déchirée (le choix du Steinway superbe Rolls au son plein et lisse évite ici toute aspérité, pourtant si bénéfique dans le cas du trauma silencieux d’un Schubert à jamais et surtout dans ce programme… inatteignable). L’Allegretto en mi bémol mineur manque de cette légèreté fragile, filigranée, sur le fil mais l’énoncé de l’innocence recouvrée, espérée, toujours caressée et lointaine à la fois gagne une présence mieux exprimée ; dans la réitération du motif et dans le changement plus marcato du second thème, le pianiste semble faire surtout de clarté et sobriété, son principal  et décidément systématique mode expressif, au détriment d’une douleur plus secrète qui reste malheureusement … absente. C’est comme s’il s’interdisait toute effusion sincère, évacuant l’énoncé, le précipitant même, sans failles ni doutes. Enchaîner aussi rapidement l’Allegro en ut majeur (dernier volet du triptyque) relève pour nous de la faute comme s’il s’agissait d’évacuer toute la charge émotionnelle qui a précédé, sans le temps nécessaire de la méditation, du silence réparateur… curieux sens des passages. Evidemment dans cet ultime Schubert, la digitalité extérieure voire démonstrative et percutante du pianiste sert mieux un morceau où priment le nerf des contrastes, la vitalité comme le caractère des motifs rythmiques. Dommage. La Schubertiade imaginaire de Bertrand Chamayou trop lisse, trop précipitée nous laisse mitigés. Peut être attendions-nous trop de ce nouvel album… Aborder Schubert n’est-il pas trop tôt pour le pianiste?

Franz Schubert (1797-1828) : Wanderer Fantasie D760, 1822. 3 Klavierstücke, Impromptus, D946, 1828. Bertrand Chamayou, piano Steinway. 1 cd Erato. enregistrement réalisé à Paris Salle Colonne, en novembre 2013. Si le disque Schubert de Bertrand Chamayou nous laisse réservé, faîtes vous votre propre opinion en écoutant le pianiste lors de ses prochains passages à Bordeaux et La Rochelle …

En concert : le 9 mars Ă  Bordeaux, le 7 avril 2014 Ă  La Rochelle

Compte-rendu : Verbier. 20è Festival de Verbier (Valais, Suisse), mardi 23 juillet 2013 : rĂ©cital Gregory Sokolov, piano. Schubert, Beethoven…

Grigoty Sokolov at the Philharmonie during rehearsal 17NOV2006Le concert d’un pianiste comme Grigory Sokolov est toujours cérémonie, envoûtante et un rien étrange. Il en a été ainsi dans la 20e édition de Verbier. Un programme où le magnifique pianiste russe fait sentir tout le tragique austère de Schubert, et une monumentalité sans âge dans l’immense op.106 de Beethoven.

 

 

Un bureaucrate gogolien

 

« Uomo di sasso » (le Commandeur dans Don Giovanni) ? « Je suis une force qui va » (Victor Hugo) ? Un Faust russe ? Les trois identifications sont plausibles en ce pianiste étrange que pourtant on redécouvre à chacune de ses…apparitions, continent mystérieux, clos de barrières sans passe-droits…De cet O.V.N (ou mal)I (dentifié)., on connaît aussi le ritualisme : entrée et sortie de scène mécaniques, le même pas pressé, presque égal, de bureaucrate gogolien se rendant au travail, une absence au public sauf par des saluts sans trace d’empathie, un écartement de tout ce qui pourrait nuire au message intérieur, la certitude probable d’une mission qui pousse à accomplir souverainement son Art. Sokolov se sentirait-il investi par quelque D(d)ieu, impératif catégorique abstrait, « daïmon » socratique (mais quel anti-Socrate mutique avec ses frères humains !) ? D’ailleurs, avec qui tient-il constamment un discours dont on devine les fragments non sonorisés sur des lèvres expressives ? Et que signifie cette coda de chaque concert, « ite missa est » à 6 versets d’une rigidité qui contredit aussitôt toute idée de plaisir et gratitude dispensés aux spectateurs tétanisés d’admiration ?

Sensibilité brutale de la démarche

Le récital de Verbier est schubertien en sa 1ère partie, avec du très connu et aimé depuis toujours (les Impromptus D.899, alias op.90), et du bien moins exploré, dans les Klavierstücke D.846. C’est une sorte sublimée d’investigation, objectivement dramaturgique, du corps musical. A nous de suivre ce chercheur incorruptible ! Le 1er Impromptu s’énonce lentement, à notes détachées et quasi-scandées, ce qui tire le texte vers une marche probablement difficile et douloureuse, mais sans faiblesse. Cela continue parfois en immense crescendo où s’atteint une sauvagerie que viendront trouer deux ou trois éclaircies. Le 2nd ne peut être que fluide, mais venu d’un lointain mystérieux, presque sans grâce, et la coda prend des airs de toccata pour orgue alla Bach. Le 3e est mémoire, mais fait voir l’ombre portée d’une fatalité qui s’infiltre entre les strates du récit intérieur. Et le 4e : tout ampleur qui envahit l’espace, se nourrit d’ardeur qui par moments s’apparente au cri. « C’est, dit ma voisine de concert, une sensibilité brutale de la démarche »…

Trois poèmes noirs

Les 3 Klavierstücke, G.Sokolov les explore pour ce qu’ils sont, un impitoyable chantier d’ultimité, où Schubert traduit en toute liberté ce qui le hante. Le 1er se fait terrifiante course à l’abîme, mémoire à l’investigation cruelle, vague de tremblements et de trilles, dissonants arpèges qui rappellent les cercles maléfiques d’ondes encerclant la ville (Die Stadt) dans le lied de Heine. Le 2nd s’abandonne d’abord à la mélancolie (une humeur noire, tout de même, selon l’étymologie !), puis se livre au martèlement terrible de quelque vision. Le 3e semble pressé, mais de quoi ? Peut-être d’atteindre l’éclaircie tournante au centre de la pièce : mais ici encore, l’articulation et la lenteur d’énoncé l’emportent sur la beauté modulante, avant que la coda ne fasse resurgir quelque tourment violemment allié au Fatum(Destin).Et l’on songe que Sokolov a merveilleusement compris le côté poème noir de ces trois pièces, dans leur parenté avec les derniers cycles de lieder, et l ’âme désemparée de Schubert pressentant l’adieu au monde.

Je (démiurge) est un autre

Dans l’op.106 beethovĂ©nien, « Je – dĂ©miurge – est un autre ». Sokolov , en cette partition lĂ©gendaire, s’engage avec la dĂ©cision d’en dĂ©coudre avec une seconde prĂ©sence du Destin :le poème minĂ©ral de la Sonate, qui monte des entrailles du monde, n’est-il pas aussi, selon l’expression du poète symboliste, « explication orphique de la Terre » ? Le 1er allegro Ă©nonce d’emblĂ©e son armature : un appel impĂ©rieux – bloc de paroles-, auquel une rĂ©ponse paraĂ®t apaisement, mais un Ă©croulement intĂ©rieur s’impose aussitĂ´t. Ainsi va le discours, qui est aventure contrĂ´lĂ©e, et chez Beethoven la structure contrapuntique – dĂ©jĂ  prĂ©-Ă©cho du finale – joue son rĂ´le pour combler les bĂ©ances de l’angoisse. Car l’interprĂ©tation du pianiste russe, en mĂŞme temps qu’elle nous comble de prĂ©sent(s), rend lisible Ă  tout instant l’avenir de la partition. Des pensĂ©es dĂ©tachĂ©es du scherzo, en groupes de deux, s’inscrivent sur grondements d’orage au lointain : cela prĂ©pare Ă  la merveille incantatoire, au Temps suspendu de l’Adagio, prière apportĂ©e par le vent sans fureur d’un horizon Ă©nigmatique, et finissant – si longtemps après, toute course horlogère abolie – par y retourner, inĂ©lucidĂ©e, pĂ©nĂ©trante et sans crainte d’être oubliĂ©e.

Son parcours de Wanderer

Son parcours de Wanderer, Ă  lui Ludwig, mais qui n’a pas vraiment ici charge de marche douloureuse, hors Histoire, un Matin du monde. L’inspiration – on dirait la transe, pourtant Sokolov en ces vingt minutes est au ralenti absolu d’une « purgation des passions », comme la nommaient les Anciens – communique une certitude d’extension possible vers l’infini : l’ocĂ©an paraĂ®t, ou plutĂ´t pour un pianiste russe, la plaine sans limites, espace mental oĂą il « s’embarque » en songerie. Passant par le comble – ah ! ces trilles… – du rĂ©citatif Ă©perdu , les presque-cris d’intervalles sans mesure du clavier saisi comme champ d’expĂ©riences sonores, l’admirable phrase finira par s’égrener en allant se dissoudre aux limites de l’audible. Et on s’interrogera : est-ce demande de pitiĂ© des humains, les dieux pardonnent-ils ? Ou ayant trouvĂ© cette mĂ©lodie, OrphĂ©e (c’est lui, encore, bien sĂ»r) pardonne-t-il aux dieux leur cruautĂ© ?

La déraison de la raison

Mais après le bref largo désorienté doit encore venir un dernier personnage, à la fois combattant et architecte, dont la volonté inscrit dans l’espace de la Sonate une fugue, hommage au génie de Bach, déraison bâtie sur un excès de raison, beauté qui puise aux aspérités de la laideur, un instant voilée d’une tendresse inattendue, puis partant avec le Trille vers son assaut ultime. Sokolov aura été tour à tour l’un et l’autre, l’orant et le furieux, dans la solitude sans théâtralité de sa propre grandeur, démiurge nous quittant stupéfiés et comblés, indissolublement.

Des bis par six

Toujours impavide, il revient avec le don de ses bis-par-six. Cinq fois, c’est un XVIIIe français, mélange d’oiseau chanteur, de danseur à inventions délicieusement irrégulières, de paradis recherché dans le rythme et l’harmonie complexes. Et, en adieu, un Brahms d’Intermezzo pour la fin de vie, berceuse d’ une douleur tenace, rêverie que soulève secrètement une exultation de pouvoir et devoir encore se formuler.

20e édition du Festival de Verbier : récital Gregory Sokolov, 23 juillet 2013. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D.899, Klavierstücke D.946. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op.106.

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 21 mai 2013. Orchestre de chambre de Paris. Deborah Nemtanu, violon et direction. François Leleux, hautbois et direction.

Schubert portraitLe Théâtre des Champs ÉlysĂ©es accueille l’Orchestre de Chambre de Paris pour un concert mettant en avant leur acadĂ©mie bi-annuelle du ” JouĂ©-DirigĂ© “. Le programme de la soirĂ©e est dirigĂ© par le violon solo de l’ensemble DĂ©borah Nemtanu et un soliste invitĂ©, le gĂ©nial hautboĂŻste François Leleux, artiste associĂ© de l’Orchestre.

Nous nous attendions Ă  la crĂ©ation d’un Concertino pour violon, hautbois et orchestre de Thierry Escaich, commandĂ© par l’Orchestre, mais nous constatons qu’il est absent du programme. A sa place, s’est glissĂ©e une composition de circonstance du compositeur Bruno Maderna, ” Music of gaity ” dal “Fitzwilliam Virginal Book” mettant en valeur …  le violon et le hautbois. Cette pièce qui ouvre le concert n’est pas particulièrement rĂ©volutionnaire, mais elle est chantante et engageante en ce qui concerne les solistes …  tout Ă  fait brillants. Il s’agĂ®t d’un arrangement d’une sĂ©rie de pièces anglaises du 17e siècle. Elle n’est pas sans intĂ©rĂŞt, Maderna crĂ©e des beaux timbres comme dans la deuxième chanson oĂą se trouve le hautbois solo plutĂ´t serein accompagnĂ© uniquement par les cordes basses pour ensuite cĂ©der la place au violon solo larmoyant. Cependant la plupart des morceaux sont, comme le titre l’indique, gais et dansants. La composition n’a malheureusement ni le swing baroque que nous aimons tant, ni une Ă©criture d’une modernitĂ© vraiment saisissante. Sorte d’hommage divertissant et peu mĂ©morable, il est pourtant très bien jouĂ© par le musiciens.

C’est dans les pièces mĂ©dianes du programme oĂą nous trouverons les moments les plus beaux et les plus intĂ©ressants du concert.

D’abord dans le Concerto pour violon et orchestre n°5 en la majeur de Mozart, jouĂ© et dirigĂ© par la violoniste Deborah Nemtanu. Ă€ notre connaissance Mozart jouait et dirigeait ses concerti pour piano et orchestre avec un immense succès. La dynamique avec ses 5 concerti pour violon semble plus compliquĂ© pour la pratique, mais nous saluons l’effort de la violoniste dont l’engagement et la musicalitĂ© se reflètent aussi dans l’orchestre. Les musiciens sont en parfaite harmonie en particulier dans l’allegro aperto initial jouĂ© Ă  piacere, avec une certaine lĂ©gèretĂ©, mais non dĂ©pourvue de caractère, comme dans le rondeau final d’une vĂ©hĂ©mence magistrale et oĂą l’orchestre gère aisĂ©ment le mĂ©lange de grâce et de naturel propre au mouvement qui est Ă  la fois alla turca et un menuet !  Si la cohĂ©sion est moins Ă©vidente dans l’adagio central d’une simplicitĂ© et d’une innocence Ă©mouvante, Deborah Nemtanu l’interprète de façon impeccable, son jeu Ă©tant d’une beautĂ© paisible.

L’Adagio et Variations pour hautbois et orchestre op. 102 de Hummel, Ă©lève de Mozart et rival de Beethoven, est jouĂ© et dirigĂ© par François Leleux. Il s’agĂ®t Ă  la base d’une adaptation d’un Nocturne pour piano Ă  4 mains du compositeur. Aussi, c’est l’occasion pour Leleux de montrer en quoi il est l’un des grands hautboĂŻstes du siècle. Le thème de l’adagio est d’une beautĂ© irrĂ©sistible. L’Orchestre de chambre de Paris est rĂ©actif et dynamique : il passe facilement du tempĂ©rament singspielesque de la première variation au nocturne central jusqu’au galop d’une des dernières variations aux cordes pizzicato. Leleux en est pourtant le protagoniste indĂ©niable. La virtuose dextĂ©ritĂ© de son jeu ne compromet en rien la clartĂ© ni la musicalitĂ© exquise de son phrasĂ©.

Nous sommes Ă©blouis par sa prestation et très contents de dĂ©couvrir l’oeuvre de Hummel, un compositeur Ă  la postĂ©ritĂ© ingrate qui mĂ©rite sans doute qu’on redĂ©couvre ses pages.

Le programme se termine avec la Symphonie n°4 en Ut mineur de Franz Schubert dite “Tragique”, dirigĂ© par François Leleux. D’allure BeethovĂ©nienne et aux accents inspirĂ©s du mouvement Sturm und drang propre Ă  la fin du 18e siècle tardif, il s’agĂ®t en effet d’une oeuvre de jeunesse. Leleux fait un excellent travail avec l’orchestre, il privilĂ©gie les contrastes entre les blocs orchestraux et la dynamique est vivace. Comme d’habitude les vents de l’Orchestre de chambre de Paris offrent un spectacle fantastique. Le dialogue entre les cordes prĂ©cises et pleines de brio avec les vents lyriques au 2e mouvement est un moment d’un grande beautĂ©. Le 3e mouvement aux sonoritĂ©s populaires acquiert une certaine sensualitĂ© sous la baguette de Leleux. Le spectacle se termine avec un orchestre Ă©lectrique, plein d’esprit.

Le public conquis a beau inonder la salle par ses chaleureux applaudissements, il n’aura pas droit Ă  un bis. Pour nous,  l’excellente prestation des solistes n’empĂŞche pas cette impression  d’avoir assistĂ© Ă  un concert un rien  dĂ©monstratif … ma non troppo.

Illustration : Franz Schubert (DR)