Teaser vidéo : Vers l’Ailleurs, le nouveau cd de Gaspard DEHAENE, piano

Vers-lailleurs-Gaspard-Dehaene-Collection-1001-NotesTeaser vidéo : Vers l’Ailleurs, le nouveau cd de Gaspard DEHAENE, piano (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018). ITINERANCES POETIQUES… Le pianiste Gaspard Dehaene confirme une sensibilité à part ; riche de filiations intimes. C’est un geste explorateur, qui ose des passerelles enivrantes entre Schubert, Liszt et la pièce contemporaine de Rodolphe Bruneau-Boulmier. Ce 2è cd est une belle réussite.

LIRE aussi notre critique du cd VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier

CD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018)

Vers-lailleurs-Gaspard-Dehaene-Collection-1001-NotesCD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE, piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – nov 2018). ITINERANCES POETIQUES… Le pianiste Gaspard Dehaene confirme une sensibilité à part ; riche de filiations intimes. C’est un geste explorateur, qui ose des passerelles enivrantes entre Schubert, Liszt et la pièce contemporaine de Rodolphe Bruneau-Boulmier. Ce 2è cd est une belle réussite. Après son premier (Fantaisie – également édité par 1001 Notes), le pianiste français récidive dans la poésie et l’originalité. Il aime prendre son temps ; un temps intérieur pour concevoir chaque programme ; pour mesurer aussi dans quelle mesure chaque pièce choisie signifie autant que les autres, dans une continuité qui fait sens. La cohérence poétique de ce second cd éblouit immédiatement par sa justesse, sa sobre profondeur et dans l’éloquence du clavier maîtrisé, sa souple élégance. Les filiations inspirent son jeu allusif : la première relie ainsi Schubert célébré par Liszt. La seconde engage le pianiste lui-même dans le sillon qui le mène à son grand père, Henri Queffélec, écrivain de la mer, et figure inspirant ce cheminement entre terre et mer, « vers l’Ailleurs ». En somme, c’est le songe mobile de Schubert, – le wanderer / voyageur, dont l’errance est comme régénérée et superbement réinvestis, sous des doigts complices et fraternels.

 

 

 

VERS L’AILLEURS
Les itinérances poétiques de Gaspard Dehaene…
2è cd magistral

 

 

 

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Les escales jalonnent un voyage personnel dont l’aboutissement / accomplissement est la sublime Sonate D 959 en la majeur de Franz Schubert (avant dernier opus daté de sept 1828). Au terme de la traversée, les champs parcourus, éprouvés enrichissent encore l’exquise mélancolie et la tendresse chantante du dernier Schubert.

Les deux premiers épisodes démontrent le soin et l’affinité de Liszt pour son devancier Schubert. Le premier a réalisé les arrangements des morceaux pour piano. Grave et lumineux, « Aufenthalt »ouvre le programme et amorce le voyage. C’est une gravité comme exaltée mais digne dans ses emportements que le pianiste exprime ; avec une respiration idéale, un naturel sobre et même élégant, Gaspard Dehaene exprime la force et la puissance, l’ivresse intérieure d’une partition qui saisit par son tragique intime. D’une carrure presque égale, « Auf dem wasser zu singen » fait surgir au cÅ“ur d’un vortex allant, la langueur et la mélancolie d’un Schubert enivré, au lyrisme éperdu. L’énonciation du piansite se fait fraternelle et tendre ; il transmet un chant éperdu qui est appel au renoncement et déchirante nostalgie. L’acuité du jeu, souligne dans les passages harmoniques, d’un ton à l’autre, la douceur du fluc musical à la fois entêtant et aussi salvateur ; à chaque variation, correspond un éclat distinct, une facette caractérisée que le pianiste sûr, inscrit dans une tempête intérieure de plus en plus rageuse et irrépressible. Détaillée et viscérale, l’engagement de l’interprète convainc de bout en bout.

Puis la Mélodie hongroise s’affirme tout autant en une élocution simple et intimiste. Le pianiste affiche une élégance altière, celle d’un un cavalier au trot, souple et acrobatique auquel le jeu restitue toutes les aspérités et les nuances intérieures. La gestion et le règlages des nuances se révèlent bénéfiques : tous les arrières plans et tous les contrechamps restituent chaque souvenir convoqué. Le rubato est riche de toutes ses connotations en perspective ; le toucher veille au velouté de la nostalgie : chaque nuance fait surgir un souvenir dont le moelleux accompagne dans le murmure l’éloquente fin pianissimo. Quel remarquable ouvrage.

Autant Schubert brille par l’éclat de ses nuances intimes, pudiques et crépusculaires. Autant Liszt crépite aussi mais en contrastes plus déclamés.
Le Liszt recompose le paysage schubertien et s’éloigne quand même, de cette sublimation du souvenir qui devient caresse et renoncement ; ici, la digitalité se fait plus vindicative et vibratile ; le claviern d’organique et dramatique, bascule dans une marche prière qui peu à peu s’électrise dans l’énoncé du motif principal. Evidemment l’écriture rhapsodique revendique clairement une libération de l’écriture et un foisonnement polyphonique dont Gaspard Dehane exprime bien le chant plus martelé et comme conquérant ; il en défend le lyrisme des divagations ; éclairant chez Liszt, ce débordement expressif, sa verve délirante dont la spiritualité aime surprendre, dans la virtuosité de son clavier orchestre.
A 8’14, le chant libre bascule dans une sorte de réflexion critique, douée d’une nouvelle ivresse plus souple et lyrique, exprimant la quête des cimes dans l’aigu jusqu’au vertige extatique. Puis le final se précipite en une course vertigineuse (11’38), jusqu’au bord de la syncope et d’une frénésie panique. Le jeu est d’autant plus percutant qu’il reste dans cet agitato que beaucoup d’autres pianistes exacerbent, clair, précis, nuancé, éclatant.

Après la filiation Schubert / Liszt, Gaspard Dehaere cultive une entente intime avec le texte de son grand père, – Henri Queffélec, « quand la terre fait naufrage ». A cette source, s’abreuve l’inspiration du compositeur Rodolphe Bruneau-Boulmier qui reprend le même intitulé : fluide et séquentiel, et pourtant jamais heurté ni sec, le jeu du pianiste joue des transparences et des scintillements flottants, expression d’une inquiétude sourde qui se diffuse et se rétracte dans un tapis sonore qui croît et se replie. AInsi s’affirme le climat incertain d’intranquillité, propre à beaucoup d’œuvres contemporaines d’aujourd’hui dont la nappe harmonique se répand progressivement en crescendo de plus en plus forte, jusqu’à son milieu où le mystère assène comme un carillon funèbre, son murmure dans le noir et le néant… de la mer. Ainsi se précise comme seule bouée d’un monde en chaos, le glas d’une « cathédrale engloutie », cri bien présent et d’une morne volupté. Les couleurs et les nuances du pianiste se révèlent primordiales ici.

 

 

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A mi chemin de la traversée (au mi temps du cd), nous voici plus riches, d’une écoute mieux affûtée encore pour mesurer les tableaux intérieurs de la D 959  (prise live) : d’autant que l’interprète se montre d’une éloquence intérieure, mobile, explorant sur le motif schubertien lui-même, toutes les nuances du souvenir ou de climats imaginaires. L’intelligence sensible est vive : elle ressuscite mille et un mouvement de l’introspection rêveuse, nostalgique, grave souvent, toujours ardente. Voici les temps forts de cette lecture profonde et riche, concçue / vécue tel un formidable voyage intérieur.

Le portique d’ouverture affirmé, à l’assise parfaite inscrit ce premier mouvement dans une déclaration préliminaire absolument sereine et déjà le pianiste en exprime les fondations qui se dérobent, en un flux ambivalent, à la fois intranquille et comme prêt à vaciller. Ce trouble en arrière plan finit par atteindre le motif principal dont il fait une confession pleine de tendresse.
Le cantabile et le legato feutré captivent dès ce premier mouvement ; le motif principal n’y est jamais clairement énoncé ; toujours voilé, dérobé tel le tremplin au repli et au secret, en une cantilène aux subtiles éclats / éclairs intérieurs. Le compositeur cultive le surgissement de cette ineffable aspiration à l’innocence, la perte de toute gravité. C’est ce qui transpire dans la réitération du motif réexposé avec une douceur sublime inscrite dans l’absolu de la tendresse.

Plus court, l’andantino peint l’infini de la solitude, un accablement sans issue et pourtant conçu comme une berceuse intérieure qui sauve, berce, calme. Le pianiste inscrit son jeu dans l’allusion et le percussif avec une intelligence globale des climats, sachant faire jaillir toute l’impulsion spontanée, plus viscérale de la séquence plus agitée et profonde.
A 5’38, tout étant dit, la réexposition frôle l’hallucination et le rêve flottant. L’économie du jeu restitue la charge émotionnelle et la profondeur ineffable de la conclusion, entre retrait et renoncement, béatitude morne et désespoir absolu
Quel contraste assumé avec le Scherzo, plus insouciant et même frétillant.
L’Allegretto final est enveloppé dans la douceur, dans un moelleux sonore qui dit l’appel à la résolution de tout conflit. La légèreté et l’insouciance clairement affichées, assumées chantent littéralement sous les doigts caressants du pianiste. Il joue comme un frère, la confession d’une espérance coûte que coûte. Voilà qui nous rend Schubert plus bienveillant, d’une humanité reconstruite, restaurée, enfin réconciliée. Dont le chant apaise et guérit. Superbe lecture.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, critique. VERS L’AILLEURS. GASPARD DEHAENE,1001-NOTES-festival-concerts-annonce-critique-sur-classiquenews piano. Schubert, Liszt, Bruneau-Boulmier (1 cd Collection 1001 Notes – programme durée : 1h12 enregistré à Limoges en nov 2018). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2019. Photos et illustrations : © Martin Trillaud – WAM

 

 

 

 

 

 

VIDEOS
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VOIR aussi le teaser du CD Vers l’Ailleurs par Gaspard Dehaene :

 

https://www.youtube.com/watch?v=KoAlipMdBYQ

dehaene-gaspard-cd-vers-l-ailleurs-cd-clic-de-classiquenews-critique-cd-review-cd-annonce-cd-concert

 

 

 

 VOIR le CLIP vidéo ANDANTINO de la Sonate D959 de Franz SCHUBERT par Gaspard Dehaere

 

dehaene-gaspard-schubert-andantino-d959-sonate-film-video-cd-review-critique-cd-par-classiquenews

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Programme VERS L’AILLEURS

 

FRANZ SCHUBERT (Arr. FRANZ LISZT)
« Aufenthalt »
« Auf dem Wasser zu singen »

FRANZ SCHUBERT
Mélodie Hongroise

FRANZ LISZT
Rhapsodie Espagnole

RODOLPHE BRUNEAU-BOULMIER
« Quand la terre fait naufrage »

FRANZ SCHUBERT
Sonate D 959 en la Majeur (Live)
Allegro / Andantino / Scherzo : allegro vivace / Allegretto

 

Prise de son, mixage et mastering : Baptiste Chouquet – B media
Photos : Martin Trillaud – WAM
Création graphique : Gaëlle Delahaye
Production : Collection 1001 Notes
Piano : Gérard Fauvin

CD – Enregistré en novembre 2018 à Limoges

www.gasparddehaene.com

 

 
 
PROCHAINS CONCERTS 2019
de Gaspard DEHAENE

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12 avril : Narbonne – Violoncelle et piano, avec le violoncelliste Damien Ventula
14 avril : Bruxelles, Belgique – Concert en sonate piano / alto, avec l’altiste Adrien Boisseau


3 juin : Les Invalides, Paris – Concert partagé avec Anne Queffélec


5 juin : Maison du Japon, Paris
23 juin : Festival de Nohant


12-14 juillet : Folle Journée à Ekaterinburg, Russie
25 septembre : Carnegie Hall, New York


2 octobre : Tokyo, Japon – Récital au Toyosu civic center hall

PLUS D’INFOS :
https://festival1001notes.com/collection/projet/vers-lailleurs

TOURCOING : Alain Buet chante le Voyage d’hiver de Schubert

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert, le 25 nov 2018, 15h30. Le baryton Alain Buet chante le cycle de lieder Le Voyage d’hiver de Franz Schubert. Immersion superlative dans l’imaginaire tendre, intime, mélancolique aussi du compositeur viennois disparu en 1828.

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Franz Schubert est l’un des plus grands compositeurs romantiques. Son œuvre énorme englobe tous les domaines, le concerto excepté. Avec « Marguerite au rouet » d’après Goethe, qu’il écrit à l’âge de 17 ans, il est le créateur du lied romantique : la voix et un accompagnement expressif au piano reproduisent en une miniature pleine de vie l’état d’âme du poète au moment où il composa. Il utilise les formes symphoniques du clacissisme, mais les amplifie à la fois par le développement et l’expression romantique. Une richesse mélodique inépuisable qui fait souvent penser à Mozart, une technique de composition favorable aux grands développements, une harmonie riche en modulations : telles sont les caractéristiques de son œuvre. Schubert offre l’exemple parfait d’une sensibilité romantique qui s’exprime sans détour.

 

 

Un certain regard — Alain Buet (baryton) / LE POINT DE VUE DE L’INTERPRETE

schubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews« Le « Winterreise » ou « Voyage d’hiver » de Franz Schubert pour voix et piano sur les poèmes de Wilhelm Müller composé en 1827 est un pur chef-d’œuvre musical romantique qui a largement contribué à me donner l’envie de m’engager sur la voie du chant. Il m’a fallu une bonne quinzaine d’années de réflexion avant de m’attaquer à ces 24 lieder comme un alpiniste fasciné, paralysé et attiré par la magie d’une montagne.

Le choix du pianiste est d’une grande importance, selon le compagnon, le voyage sera toujours différent ; il est en quelque sorte un premier de cordée puisque Schubert a fait commencer tous les chants (lieder) du cycle par un prélude pianistique, les mots du chanteur devant suivre la voie ouverte et fusionner avec la musique pure. David Violi est un magnifique pianiste/poète avec lequel j’ai hâte de partager cette aventure pour Jean-Claude Malgoire et le public de Tourcoing.

Les textes de Wilhelm Müller expriment les souffrances causées par la perte de l’être aimé au travers des 24 poèmes qui sont 24 états de l’âme d’un homme en perdition dans le froid de l’hiver. Comment ne pas penser aux sans-abris, aux migrants, aux réfugiés, aux exilés de notre temps auxquels nous dédierons ce concert. » Alain Buet (baryton).

 

 

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Le Voyage d’hiver de Schubert
Dim 25 nov 2018, 15h30
TOURCOING, Conservatoire

Alain Buet, baryton
David Violi, piano
Winterreise, 24 lieder pour piano et voix (1827)

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise / 24 lieder pour piano et voix, composé en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller

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sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert

TOURCOING, Conservatoire : Le Voyage d’hiver de Schubert, le 25 nov 2018, 15h30. Le baryton Alain Buet chante le cycle de lieder Le Voyage d’hiver de Franz Schubert. Immersion superlative dans l’imaginaire tendre, intime, mélancolique aussi du compositeur viennois disparu en 1828.

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Franz Schubert est l’un des plus grands compositeurs romantiques. Son œuvre énorme englobe tous les domaines, le concerto excepté. Avec « Marguerite au rouet » d’après Goethe, qu’il écrit à l’âge de 17 ans, il est le créateur du lied romantique : la voix et un accompagnement expressif au piano reproduisent en une miniature pleine de vie l’état d’âme du poète au moment où il composa. Il utilise les formes symphoniques du clacissisme, mais les amplifie à la fois par le développement et l’expression romantique. Une richesse mélodique inépuisable qui fait souvent penser à Mozart, une technique de composition favorable aux grands développements, une harmonie riche en modulations : telles sont les caractéristiques de son œuvre. Schubert offre l’exemple parfait d’une sensibilité romantique qui s’exprime sans détour.

 

 

Un certain regard — Alain Buet (baryton) / LE POINT DE VUE DE L’INTERPRETE

schubert-franz-schubertiade-concert-annonce-par-classiquenews« Le « Winterreise » ou « Voyage d’hiver » de Franz Schubert pour voix et piano sur les poèmes de Wilhelm Müller composé en 1827 est un pur chef-d’œuvre musical romantique qui a largement contribué à me donner l’envie de m’engager sur la voie du chant. Il m’a fallu une bonne quinzaine d’années de réflexion avant de m’attaquer à ces 24 lieder comme un alpiniste fasciné, paralysé et attiré par la magie d’une montagne.

Le choix du pianiste est d’une grande importance, selon le compagnon, le voyage sera toujours différent ; il est en quelque sorte un premier de cordée puisque Schubert a fait commencer tous les chants (lieder) du cycle par un prélude pianistique, les mots du chanteur devant suivre la voie ouverte et fusionner avec la musique pure. David Violi est un magnifique pianiste/poète avec lequel j’ai hâte de partager cette aventure pour Jean-Claude Malgoire et le public de Tourcoing.

Les textes de Wilhelm Müller expriment les souffrances causées par la perte de l’être aimé au travers des 24 poèmes qui sont 24 états de l’âme d’un homme en perdition dans le froid de l’hiver. Comment ne pas penser aux sans-abris, aux migrants, aux réfugiés, aux exilés de notre temps auxquels nous dédierons ce concert. » Alain Buet (baryton).

 

 

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Le Voyage d’hiver de Schubert
Dim 25 nov 2018, 15h30
TOURCOING, Conservatoire

Alain Buet, baryton
David Violi, piano
Winterreise, 24 lieder pour piano et voix (1827)

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise / 24 lieder pour piano et voix, composé en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller

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sur le site de l’Atelier Lyrique de Tourcoing

CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition, DG)

Schubert the edition 1 orchestral chamber piano review presentation critique cd classiquenews CLIC de classiquenews Cvr-00028947955450CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition / édition limitée). Voici un coffret préliminaire ou premier volet de l’intégrale DG dédiée à Franz Schubert, qui comprend donc dans un premier temps, tout l’oeuvre pour orchestre, musique de chambre, piano. Chefs d’oeuvres éternels servis par des interprètes indiscutables que la question schubertienne a particulièrement inspirés, ou continue d’inspirer avec une justesse et une profondeur d’un inusable crédit.

 

 

 

39 cd pour mieux comprendre le génie réservé de Schubert à Vienne…

Intégral du Schubert, symphonique, pianistique, chambriste…

 

 

ABADDO_Claudio_Abbado__6__Credit_Kasskara__highCLAUDIO ABBADO, maître du symphonisme schubertien. Côté symphonies et oeuvres symphoniques : évidemment les Symphonies n°1,2,3, 4 “Tragique”, 6, 8 “inachevée et 9 “La Grande” soit toutes les symphonies sauf la 7, par Claudio Abbado et le Chamber orchestra of Europe (CD1 à 4) : lecture d’une intégrité qui joue plus sur la transparence et l’équilibre que le souffle dramatique. La clarté et le souci d’articulation défendent ici la figure légendaire, enfin réestimée du Schubert Symphoniste à Vienne, longtemps écarté par Haydn, Mozart et bien sûr Beethoven. Les 8 et 9 sont des incontournables par la fine éloquence structurelle de l’approche.
Passionnante (re)découverte pour tous, la musique symphonique complémentaire, ainsi regroupée qui offre une superbe vision générale de l’écriture schubertienne pour orchestre, dévoilant sa conception du développement par variations et répétitions, sa prenante facilité mélodique : ainsi les musiques pour le drame Rosamunde, princesse de Chypre D797 (ouverture, entractes, choeur et ballets… sans omettre la fameuse romance…, Anne Sofie von Otter, Claudio Abbado, 1987 / 1989, cd 5). Curiosités : le mouvement de concerto pour violon D345 par Gidon Kremer au violon (1991), quelques ouvertures dans le style italien par Sawalich à Dresde, 1967); surtout, miroirs des préoccupations dramatiques et lyriques de Franz, ses Ouvertures, en liaison avec ses diverses tentatives d’opéras, tels : Le Diable Hydraulicien, Le chevalier au miroir, Le château du diable, Les frères Jumeaux, surtout Alfonso et Estrella, – sa plus grande partition lyrique, ou Fierrabras D796 par le Haydn Sonfonietta Wien, sous la direction vive, vivante de Manfred Huss (1997, cd8).

kremer gidon violon schubertAu chapitre de la musique de chambre (cd 9 à 21), les plus habiles dans l’intériorité partagée sont portés / canalisés par le violoniste Gidon Kremer dont tout un cycle a été ainsi enregistré par DG (Octuor D 803, cd9) ; cependant que les Quatuors sont confiés au Melos Quartett dans un cycle de référence réalisé entre 1971 et 1975(en ut majeur, D 956 – Zurich, 1977 et aussi les Quatuors n°1, 2, 3, en ut mineur D103 — cd12 / n°4, 5, 6, 7, 8, 9 — cd13 et 14 “la jeune fille et la mort” , puis Quatuor 10 et 13 “Rosamunde” D 804 — cd15, ) ; taillé comme un diamant aux arêtes vives (le Quintette pour piano, violon, alto… La truite” D 667, avec Emil Guilels au piano en 1975 – cd11) ; les Trios sont défendus avec quel panache et précision fruitée par le Beaux Arts trio dont Menahem Pressler, pianiste à la main leste et preste (1966-1969); Les Sonates pour violon (et aussi les Variations d’après Die Schöne Müllerin D 795) occupent ici toutes les ressources personnelles et chambristes de l’excellent violoniste Gidon Kremer, très engagé sur le sujet schubertien : avec Oleg Maisenberg au piano (cd 20,21 — 1990-1995).

Il faut bien ici 13 cd pour couvrir tout l’Å“uvre pour piano seul : ce qui rappelle combien le piano fut le confident, le double de Schubert, voyageur à la quête infinie, porteur de ce spleen typiquement romantique et germanique à Vienne, ou “Sehnsucht”. Avouons notre préférence à Andras Schiff, plutôt que le clavier droit, dur, trop net de Kempff. Nette séduction pour l’envoûtante Maria Joao Pires (Impromptus, CD 29, 1996 / 1997 cd30) ; même enthousiasme pour les Moments musicaux et les 2 Scherzi (Live, 1989 — cd31). Parmi les inédits (première publication au disque), le programme du cd33 : valses, écossaises, Allemande, Ländler, Trios, Menuet et Fantaisie… par Paul-Badura Skoda et Jörg Demus (1961-1965).

stokowski leopold maestro goldenski23stokowskifComplément à l’exploration symphonique initialement traitée dans les premiers cd de cette compilation / coffret choc : les 3 derniers cd 37,38 et 39. Compléments plus qu’utiles : nécessaires pour votre culture sonore et musicale ; cd 37 : Symphonie n°8, fragments D708A (complétés, réorchestrés par Brian Newbould) ; très rare symphonie n°7,n°10, et fragments D615, par Neville Marriner et son Academy Saint Martin in the fields (Londres 1982-1983). Enfin le cd 39, regroupe 3 interprétations devenues à juste titre légendaires, les trois dans la même 8ème Symphonie : Carlos Kleiber et le Wiener Philharmoniker, d’une limpidité étonnante aux chants intérieurs d’une suavité murmurée ineffable (1978), Furtwangler et le Berliner en 1952, au souffle chtonien qui semble exprimer toute la morne langueur des tragédies connues ; enfin Leopold Stokowski (notre photo ci contre) et le London Philharmonic orchestra, d’une vitalité détaillée enivrante, sculptée comme un chirurgien poète au geste mordant, onctueux, d’une élégance intérieure superlative(1969). 3 esthétiques diverses et complémentaires qui en appellent évidemment d’autres et dont celle de Abbado par comparaison, s’en tire avec tous les honneurs (cd2, 1987). Superbe édition, accompagnée présentée par un livret dont un article traduit en français : “Venons-en à nos chères partitions… la musique instrumentale de Franz Schubert” par Michael Kube, tente une claire synthèse des dernières recherches sur le génie Schubertien.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition / édition limitée), Deutsche Grammophon 4795545 GB 39 Deutsche Grammophon. Livret de 100 pages.

 

 

Conférence sur Schubert

schubert portrait 2Paris, conférence gratuite sur Schubert, le 27 janvier 2016, 19h30. Schubertiens parisiens répondez à l’appel du Palais littéraire et musical, à l’auditorium de la Maison du Barreau où les avocats qui sont de grands mélomanes comme chacun sait, aiment partager leur passion des grands compositeurs dont en mercredi 27 janvier 2016, Franz Schubert. L’association fondée en 1913 (sous le haut patronage de Raymond Poincaré, Président de la République), Le Palais Littéraire et Musical, rattaché au Barreau de Paris, a pour vocation de valoriser, à travers un cycle annuel de conférences, les arts, en général et plus précisément la littérature et la musique. Chaque séance cultive en particulier l’échange et le partage d’idées, le débat art noble par excellence et qui se perd de plus en plus, est un héritage des Lumières que les citoyens se doivent de préserver. Le Palais Littéraire et Musical à Paris, fait sa part : tout le mérite revient donc à ce cycle de conférences ouvertes, et gratuites.

La conférence autour de l’oeuvre de Franz Schubert est proposée et tenues par Maître Agnès Viottolo, avocate au Barreau de Paris et Docteur en droit. Passionnée de musique classique, pianiste amateur émérite, Agnès Viottolo a fait ses études de piano au Conservatoire National de Région de Marseille.
Après le succès de la conférence sur « La révolution Beethoven » animée par Maître Daniel Paquet en 2015, Maître Agnès Viottolo propose une conférence-échange sur l’Œuvre du compositeur autrichien Franz Schubert. De sa genèse à sa maturité, Agnès Viottolo évoquent les éléments qui caractérisent et définissent l’Œuvre de Schubert : du lied, au piano seul en passant par la musique de chambre et la musique sacrée, sans oublier la figure du Voyageur qui parcourt l’œuvre du compositeur…

Mercredi 27 janvier 2016 à 19h30
PALAIS LITTÉRAIRE & MUSICAL
Auditorium de la Maison du Barreau
2, rue de Harlay 75001 Paris
Entrée libre

Infos, réservations sur le site du Palais Littéraire et musical

Schubert – Impromptu n°3, Opus 90 (partition interactive pour PIANO)

Icône_1024x1024_SchubertSchubert – Impromptu n°3, Opus 90 (partition interactive pour PIANO). Les Impromptus pour piano regroupent deux séries de quatre courtes pièces composées par Franz Schubert en 1827 : soit les quatre Impromptus D 899 opus 90. Schubert passe alors d’heureuses vacances à Graz en septembre 1827 avec son ami Jenger. Les 4 pièces se répondent et forment dans la globalité, une cohérence unique. Ainsi le 3ème prolonge la méditation du 1er. Les 2 et 4 semblent appartenir à la même rêverie lointaine.

 

L’Impromptu n°3 est en sol bémol majeur (Andante). L’éditeur viennois Tobias Haslinger ne publia les Impromptus 3 et 4 qu’en 1855, soit bien après la mort de Schubert. Avec le n°2, l’Impromptu n°3 joue un rôle dramatique clé dans le film de Bertrand Blier, Trop belle pour toi (1989). Ce même n°3 a été réécrit et adapté par le compositeur Michael Nyman (devenu Impromptu pour 12 doigts) pour le film de science fiction Bienvenue à Gattaca (1997).  Il est en outre surnommé « Rosamunde » car Schubert y réutilise le thème de son Quatuor à cordes n°13 en la mineur D 804.

 

D’une pudeur rentrée, l’Andante déroule sa cantilène à la fois rêveuse et amoureuse d’une tendresse infinie ; il semble réactiver un souvenir heureux d’une saisissante intensité parfois d’une violence intacte faisant jaillir la force préservée d’une effusion intime très profonde. Durée de la partition : 5:06.

 

 

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer l’Impromptu n°3 de Schubert…

 

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de
l’Impromptu n°3 de Schubert, éditée par Tombooks

 

 

Niveau de difficulté : intermédiaire / difficile (5-6)
Type de partition : sans accompagnement
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play Schubert – Impromptu n° 3, Opus 90, Tombooks révolutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagné par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement à votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

Présentation vidéo de l’application proposée par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition défile sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprétation du morceau.

 

 

 

 

Partitions interactives, PIANO. Schubert : Impromptu n°2 opus 90

Icône_1024x1024_SchubertPartitions interactives, PIANO. Schubert : Impromptu n°2 opus 90. Avec l’application pour iPad Play Schubert – Impromptu n° 2, Opus 90, l’éditeur Tombooks révolutionne la partition musicale en proposant des fonctionnalités nouvelles :
- Faites défiler la partition interactive sur l’écran au tempo que vous aurez choisi
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

Niveau de difficulté : avancé (7-8)
Prix : 2,99 euros
Partition interactive disponible sur iPad

 

 

Télécharger la partition interactive Schubert : Impromptu n°2 opus 90
(avec la démonstration de la partition interactive : )

http://tom-books.com/app/impromptu-n-2-opus-90/

CD, critique compte rendu. Schubert : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011)

abbado-schubert-the-great-la-grande-symphony-9-cd-critique-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-juin-2015CD, critique compte rendu. Schuebrt : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011). Après une Symphonie n°9 de Bruckner (Lucerne, 2013) sublime par ses élans et vertiges spirituels malgré la massivité de l’effectif, également éditée par Deutsche Grammophon (CLIC de classiquenews de juillet 2014), voici une autre gravure de septembre 2011 à Bologne où le maestro avait depuis 2004 fondé l’Orchestre Mozart, famille d’instrumentistes mêlant talents chevronnés et jeunes apprentis déjà très expérimentés : de cette équipe à double profil, si complémentaire (les vertus de la transmission transgénérationnelle), Abbado fait une équipe lumineuse animée par une cohérence exceptionnelle, d’une énergie mesurée et nuancée qui fait littéralement merveille dans une vision attendrie, palpitante, instrumentalement et architecturalement … totalement superlative : malgré l’ampleur là aussi de l’orchestre, Abbado sait distiller une claire électricité des cordes, ce fruité langoureux et nostalgique, sachant constamment balancer entre énergie, noblesse, gravité et détachement tendre, voire jaillissement poétique entre le rêve inespéré et l’innocence recouvré (par la voix de la clarinette et du hautbois dans l’Andante con moto.

 

 

 

En septembre 2011 à Bologne, Claudio Ababdo retrouve son Orchestra Mozart

Le Schubert étincelant du dernier Abbado

 

 

Le chef (qui devait s’éteindre 3 années après ce concert le 20 janvier 2014 des suites d’un cancer) apporte sa profonde connaissance du massif symphonique composé par Schubert entre 1825, et qui réalise un chef d’oeuvre dans l’art du romantisme symphonique immédiatement après Beethoven. L’urgence qu’il imprime au dernier mouvement, allegro, se fait danse subtilement mesurée, avec un soin pour les détails dans la combinaison des timbres, une intelligence de la clarté et de la transparence entre les pupitres qui s’avèrent bénéfiques. Le feu jamais épais, son énergie d’un raffinement inouï, font les délices de cette réalisation de surcroît un live où c’est le geste complice, amoureux, et si perfectionniste du chef qui rayonne après sa mort. L’Å“uvre est un poncif dans son catalogue : il l’a abordé tôt dans sa carrière, dès 1966 à La Haye, et affinité secrète et continuelle avec Franz, le jeune Claudio avait remporté le Concours Koussevitsky (le grand chef créateur et défenseur des Symphonies de Sibelius) en 1958 avec une autre Symphonie schubertienne, la troublante et énigmatique “Inachevée”. Ici, avec la même finesse poétique, Abbado dévoile dans une version complète comprenant toutes les reprises (soit un peu plus d’une heure en durée), la versatilité structurelle de Schubert entre l’allant inextinguible et le recul introspectif, d’une tendresse infinie. L’écart aurait paru acrobatique ailleurs : ici il est générateur d’accomplissement et de jaillissement constant. Une fête savoureuse, des timbres en accord, un chef au sommet de la connivence. Magistral. CLIC de classiquenews.

 

 

CD, critique compte rendu. Schuebrt : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011 – Réf.: 00289 479 4652).

 

 

 

Impromptus de Schubert (D899)

logo_francemusiqueFrance Musique. Dimanche 22 mars 2015, 20h30. Impromptus D 899 de Franz Schubert. Véritable hymne à la nuit, appel au songe le plus enivrant,  le livre D899 opus 90 des Impromptus schubertiens (1827) est pure immersion dans le rêve, où dans la réitération du souvenir se mêlent la force des instants vécus ou supposés, et l’intensité toute autant prenante du désir qui les convoque. Tel est cette magie particulière de la Sehnsucht schubertienne (spleen, élan, désir, action, rétrospection… comme on voudra), qui doit être exprimée et clarifiée comme une caresse par le jeu des pianistes enchantés.

Schubert portraitRêverie et songe schubertiens… Dans la dernière séquence de sa vie trop courte (il meurt à Vienne en novembre 1828), Schubert comme libéré de la figure écrasante du Titan également viennois, Beethoven (qui meurt en cette année décisive), compose avec une nouvelle frénésie : il en découle les 4 Impromptus pour piano dont le livre D 899, composé en septembre 1827 pendant son séjour chez son ami Jenger à Graz. La rêverie traverse chaque séquence comme la réitération d’un souvenir secret dont l’énoncé rappelle aussi les landier ; la rusticité et la simplicité y évoquent les soirées ou Schubertiades où le compositeur aimait jouer ses œuvres entourés de ses amis. Schubert n’innove pas véritablement mais le filtre émotionnel auquel il soumet toutes ses œuvres atteint ici à des climats intérieurs inexplorés avant lui : l’alternance mineur / majeur, la réexposition particulièrement affinée des thèmes, le jeu liquide, mouvant du chant et du contrechant, dessinent autant de paysages d’une infinie suggestion, perspectives où l’âme errante semble se perdre, mais retrouve en définitive les ferments les plus intimes de sa propre identité.

Quels interprètes savent exprimer les chants intérieurs d’un Schubert rêveur mais aussi lucide voire sarcastique dont le génie mélodique porte la quête du Voyageur, entre errance, solitude, pleine conscience… Dès le premier épisode de l’opus 90, le compositeur fait entendre vertiges et déflagrations, comme il exprime au plus profond des replis de l’âme, cette notion de Sehnsucht si typique de la sensibilité romantique allemande…

France Musique. Dimanche 22 mars 2015, 20h30. Impromptus D 899 de Franz Schubert. Magazine La tribune des critiques

Paris, Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associée de l’Orchestre : une chance pour elle car étant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaît de l’intérieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poétique comme des images porté par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expérience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. Même comme ce soir invitée en tant que chanteuse, le tempérament charismatique de l’interprète, ses affinités naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur… l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considérablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la réalisation de ce programme à ne manquer sous aucun prétexte. VOIR notre entretien vidéo avec Nathalie Stutzmann à propos du récital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, Théâtre des Champs EIlysées.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle Meunière, orchestrés par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Vidéo, entretien. Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

orchestre de chambre de Paris OCP logo 2013Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Le 13 janvier 2015, 20h.  Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. En LIRE+

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fêter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprétation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd réunissant les cycles Wintereise, Die Schöne Müllerin, Schwanengesang est édité en décembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un récital Schubert dédié aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle élaborée par Anton Webern et dont les défis instrumentaux sont relevés ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associée de l’Orchestre : une chance pour elle car étant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaît de l’intérieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poétique comme des images porté par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expérience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. Même comme ce soir invitée en tant que chanteuse, le tempérament charismatique de l’interprète, ses affinités naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur… l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considérablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la réalisation de ce programme à ne manquer sous aucun prétexte. VOIR notre entretien vidéo avec Nathalie Stutzmann à propos du récital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, Théâtre des Champs EIlysées.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle Meunière, orchestrés par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Concert, annonce. Guillaume Coppola joue Schubert

CD. Le Schubert oublié enchanté de Guillaume CoppolaParis, Cons. d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Le 9 décembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert édité par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un récital 100% Schubert composé de valses méconnues du compositeur romantique actif à Vienne dont le tempérament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola réinvestit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversé et porté par la grâce. Le jeu du pianiste, ancien élève de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poétiques d’une absolue fluidité, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en état d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 décembre est conçu comme ceux de Schubert à Vienne pendant la terreur instituée par Maeterlinck, comme une réunion d’amis, une Schubertiade, où l’entente et la compréhension féconde scellent l’effusion de moments privilégiés. Pour son public, Guillaume Coppola fait de même : il entend partager avant tout l’expérience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire. LIRE notre présentation du concert Schubert par Guillaume Coppola

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Å“uvres méconnues ou moins jouées de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la séduction irrésistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola délivre le message d’une secrète intériorité d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en réalité une quête intérieure, tissée sur la durée, dans la pudeur et la suggestivité. Lire notre critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

Récital Guillaume Coppola à Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, Mélodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Å“uvres enregistrées sur l’album récent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font découvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximité avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert à tous permettant au public d’échanger et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, théâtre à l’italienne avec sa décoration pompéienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siècle rarement ouvert au public. Connu à l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siège du premier Conservatoire de musique et de déclamation entre 1784 et 1911 (avant son déménagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (ancêtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scène ou dans ses classes : Frédéric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
Acc̬s : M̩tro Grands Boulevards РParking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg Poissonnière

Informations / Réservations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprès des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

Récital du pianiste Guillaume Coppola à Paris

CD. Le Schubert oublié enchanté de Guillaume CoppolaParis, Conservatoire d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Mardi 9 décembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert édité par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un récital 100% Schubert composé de valses méconnues du compositeur romantique actif à Vienne dont le tempérament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola réinvestit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversé et porté par la grâce. Le jeu du pianiste, ancien élève de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poétiques d’une absolue fluidité, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en état d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 décembre est conçu comme ceux de Schubert à Vienne pendant la terreur instituée par Maeterlinck, comme une réunion d’amis, une Schubertiade, où l’entente et la compréhension féconde scellent l’effusion de moments privilégiés. Pour son public, Guillaume Coppola fait de même : il entend partager avant tout l’expérience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire.

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Å“uvres méconnues ou moins jouées de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la séduction irrésistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola délivre le message d’une secrète intériorité d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en réalité une quête intérieure, tissée sur la durée, dans la pudeur et la suggestivité. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit à travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractérisées, dessine une perspective dont l’interprète sait restituer la secrète unité organique. … (…)… Des Sentimentales, si bien nommées mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est là-, on retient la 13ème évidemment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante… et comme éternellement tournante comme un perpetuum mobile… , mais aussi la 18è et sa cadence racée pleine de fierté comme d’élégance.  C’est une série de séquences qui frappe par leur nervosité comme leur souplesse mélodique : acuité, précision, versatilité dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque épisode comme un mini drame d’une mordante vivacité. Un appétit de vivre qui contraste évidemment avec la gravité des pièces complémentaires : la Sonate D 537 de mars 1817.” Lire notre critique complète du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

Récital Guillaume Coppola à Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, Mélodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Å“uvres enregistrées sur l’album récent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font découvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximité avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert à tous permettant au public d’échanger et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, théâtre à l’italienne avec sa décoration pompéienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siècle rarement ouvert au public. Connu à l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siège du premier Conservatoire de musique et de déclamation entre 1784 et 1911 (avant son déménagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (ancêtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scène ou dans ses classes : Frédéric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
Acc̬s : M̩tro Grands Boulevards РParking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg Poissonnière

Informations / Réservations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprès des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement à ce qui est indiqué, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques… A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique… ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernité et sa sensibilité visionnaire ne peuvent selon nous être rangées dans aucune case… trêve d’observations de détail : car c’est bien de plusieurs textes décisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus à propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et même Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais caché qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacré des discours et présentations très détaillés, surtout très militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois dernières : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur résonne comme une déflagration, par sa sonorité inédite et inclassable qui fait imploser la forme elle-même et le tissu mélodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigé les opéras majeurs à Salzbourg) n’a été ici plus argumenté, mieux inspiré, dans un texte rédigé pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions à la pratique le lecteur se reportera à l’excellent double cd édité simultanément chez Sony classical, dédié justement au 3 dernières Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delà de l’exercice hommage (légitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes œuvres doivent demeurées accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se précisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expérience humaniste et spirituelle à partager avec les publics. . A travers les textes de conférence et de présentation liés aux éditions du festival Styriarte, mais aussi grâce à l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thèmes variés (De Beethoven à Berg, 1990 ; la rhétorique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redécouverts… Ainsi se profile aussi une connaissance aiguë de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert à Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une manière d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie où se mêle musique populaire (danses traditionnelles), élégance, nostalgie… Pour comprendre une écriture, il faut évidemment revenir à ses origines et connaître absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation réductrice et tronquée, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysémantique d’une richesse inouïe :la preuve en est donnée chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen présente une palette exceptionnellement détaillée de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensité, durée, caractère de la note ou de la phrase…).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opéra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, … même Brahms y paraît tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessé d’être depuis ses débuts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en défricheur et en révolutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les œuvres. Un modèle et une personnalité à part… en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. Sélection de textes, conférences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

CD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia).

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia). En s’attachant principalement aux Å“uvres méconnues ou moins jouées de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la séduction irrésistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola délivre le message d’une secrète intériorité d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en réalité une quête intérieure, tissée sur la durée, dans la pudeur et la suggestivité. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit à travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractérisées, dessine une perspective dont l’interprète sait restituer la secrète unité organique.
Miniatures – la plus longue est la 3ème des Nobles (plus de 2mn), quand la plupart avoisine, 30, 40 ou 50 secondes, – majoritairement sur le rythme syncopé balançant et donc hypnotique dit  ” anapestique ” (2 croches/ 1 noire)-, il s’agit d’esquisses – bambochades dirions nous en contexte pictural-, d’un trait d’humeur rapidement esquissé qui suscite surtout une part de liberté et de fine légèreté proche de l’esquisse ou de l’improvisation. Le pianiste les aborde moins comme des passades sans enjeu que, de séquence en séquence, une même course vers des épisodes d’un seul et unique paysage : aliment de base des fameuses schubertiades, chaque valse enchaînée avec la suivante compose un miroitement sensible où triomphe toujours sous les doigts agiles et conteurs du pianiste, la vitalité de l’instant, l’énergie mais aussi une multitudes de colorations plus ténues et subtiles : entre la tension d’un galop grande école et le geste fugace d’une caresse échevelée, libre, fantaisiste. L’ivresse et l’insouciance qui s’en dégagent,  réalisent merveilleusement cet abandon désiré par les participants proches de Schubert, alors que sévit dehors dans les rues de la Vienne d’alors, la police répressive de Metternich. Nous sommes bien dans le rêve d’une Arcadie humaine, désireuse de paix, d’harmonie, du sérénité du songe.

Paysages et mondes oubliés d’un Schubert enchanté

CLIC_macaron_20dec13Des Sentimentales, si bien nommées mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est là-, on retient la 13ème évidemment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante… et comme éternellement tournante comme un perpetuum mobile… , mais aussi la 18è et sa cadence racée pleine de fierté comme d’élégance.  C’est une série de séquences qui frappe par leur nervosité comme leur souplesse mélodique : acuité, précision, versatilité dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque épisode comme un mini drame d’une mordante vivacité. Un appétit de vivre qui contraste évidemment avec la gravité des pièces complémentaires : la Sonate D 537 de mars 1817. Le premier mouvement semble habité par une détermination parfois véhémente (accords premiers d’un marcato beethovénien), que contrepointent des facettes plus enivrées elles aussi mais caractérisées avec une profondeur mystérieuse : rêverie, abandon ou élan conquérant, le clavier balance constamment entre les deux aspirations. Net, franc, nuancé, le jeu de Guillaume Coppola (y compris dans le second mouvement et son allegretto staccato guilleret en forme de marche errance) restitue à la Sonate son questionnement permanent voire son mouvement de course frénétique, de volonté éperdue qui colore l’ensemble d’une vélocité souvent irrésistible.
coppola guillaumeEnfin, superbe conclusion en forme de miniature elle aussi, la mélodie hongroise D 817, composée à la fin de l’été 1817 chez les Esterhazy, saisit par sa grâce nerveuse élégantissime, une synthèse de style viennois : son allure plus tzigane qu’hongroise, inspirée directement d’un air chanté par une domestique de la maison, précipite tout l’art d’un Schubert, génies des enchaînements, passant du mineur au majeur, sans faiblir, et là aussi avec cet aplomb enchanté qu’ont les interprètes les mieux inspirés. Caressant les notes pointées d’un chef d’Å“uvre concis, condensé, de moins de 4mn, – au développement minimal-, Guillaume Coppola à la fois agile et percutant, sait basculer dans le rêve le plus tendre et le plus intime, arrêter le temps, suspendre la note… ouvrir les mondes invisibles, donner matière à la pure rêverie, en une marche errance devenue rituel enchanté. Récital d’un immense Schubertien, poète arpenteur et conteur habité.

Franz Schubert (1797-1828) : Valses nobles D969, Sonate en la mineur D537, Valses Sentimentales D779, Mélodie hongroises D817. Guillaume Coppola, piano. 1 cd Eloquentia EL 1445.

CD. Philippe Cassard joue Schubert (1 cd Dolce Volta, à paraître le 23 septembre 2014)

Schubert_Philippe_Cassard_La_Dolce_VoltaCD. Philippe Cassard joue Schubert (1 cd Dolce Volta, à paraître le 23 septembre 2014). Pianiste médiatisé entre autres grâce à son excellente émission sur France musique dont il est producteur « Notes du traducteur », rare programme pédagogique, vivant, remarquablement accessible sur les ondes, Philippe Cassard n’est pas qu’un passeur émerveillé, soucieux de transmettre sa passion du piano et des Å“uvres. Comme immense interprète (et à notre avis pas assez reconnu comme tel en France), l’instrumentiste poursuit son exploration du continent schubertien avec ce souci musical, cette élégance très incarnée dont il a le secret. Ses Impromptus déjà parus sous étiquette Accord (janvier 2008) avaient été particulièrement convaincants,  – élus légitimement « coup de coeur » de la Rédaction cd de Classique news. Son remarquable essai sur le geste et la pensée mélancolique d’un Franz Schubert fin poète, ambassadeur singulier de la sehnsucht ou vertige nostalgique propre aux grands romantiques germaniques du XIXème (édité chez Actes Sud) suffit à éclairer la pertinence de l’interprète de Franz Schubert (1797-1828) : il y a de la finesse allusive, une légèreté profonde et grave, des vertiges et abandons introspectifs dans son toucher enchanteur. Dans ce nouvel album, le pianiste traverse les paysages lunaires, crépusculaires, immensément évocateurs de la Sonate D959 à laquelle il associe trois partitions antérieures pour 4 mains, immersion ainsi rétrospective dans l’année 1828, la dernière année, celle des ultimes accomplissements et de la disparition malheureuse.
Philippe Cassard y joue seul donc (Sonate D959) ; puis s’appuyant sur la complicité de Cedric Pescia, présente les pièces pour 4 mains : Fantaisie D940 en fa mineur, “Lebensstürme” D947 en la mineur, Rondo D951 en la majeur.

 

 

cassard philippe B.Martinez

 

 

Nouveau cd annoncé le 23 septembre chez Dolce Volta, sobrement intitulé «  1828 ». Durée : 1h18mn. Enregistré à Paris en février 2014 (église du Bon Secours). Piano D Steinway. En outre, pour commémorer la 400ème émission de Notes du traducteur sur France Musique paraîtra en octobre 2014, un coffret de 6 cd récapitulatif. La 10ème saison de Notes du traducteur sur France Musique commence en septembre 2014. C’est l’un des programmes unanimement plébiscité par les auditeurs de France Musique et de loin, la meilleure programmation de sensibilisation du paysage radiophonique français.

agenda
Philippe Cassard joue en août 2014 la Sonate D959 (enregistrée dans son nouvel album Dolce Volta) :

Le 23 août 2014
Abbaye de Fontmorigny (Cher)

Le 28 août 2014
Festival de la Chaise Dieu (Haute Loire)

Programme :
Schubert : Sonate en la majeur, D.959
Liszt : “Miserere”, extrait du Trouvère de Verdi
Brahms : 7 Fantaisies, opus 116 / Rhapsodie, opus 79, n°2 en sol mineur

Site officiel du pianiste Philippe Cassard

http://www.philippecassard.com/index.html

CD événement, annonce. Guillaume Coppola joue Valses et Sonate de Franz Schubert (Eloquentia). A paraître le 23 septembre 2014

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD événement, annonce. Guillaume Coppola joue Valses et Sonate de Franz Schubert (Eloquentia). A paraître le 23 septembre 2014. Intensité fraîche, sensibilité suggestive mais aussi juvénilité grave : le jeu du pianiste Guillaume Coppola devrait convaincre dans son prochain disque édité par Eloquentia et dédié à Franz Schubert. Le voile y est levé sur l’insouciance rêveuse et nostalgique des 12 Valses nobles et des 34 Valses sentimentales, … autant de miniatures qui sont chacune un creuset d’émotions vives et contrastées à l’époque où Vienne subissait l’ordre moral étriqué imposé par le chancelier Metternich. Dans ce récital attendu, Guillaume Coppola qui joue un Steingraeber minutieusement préparé pour l’enregistrement, exalte l’ardente espérance d’un Schubert tourné vers l’introspection du cÅ“ur et les aspirations intimes de l’âme. Aux Valses enivrantes, le pianiste ajoute la première Sonate pleinement aboutie du Viennois : la Sonate n°5 en la mineur D537, et la Mélodie hongroise, d’une délicatesse de ton absolue, conclusion éperdue et tendre, pleine de panache et de repli-, d’un programme discographique dont la critique complète paraîtra dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la parution du cd.

 

Franz Schubert : Valses, Sonate, M̩lodie hongroise. Guilluame Coppola, piano Р1 cd Eloquentia. A parątre le 23 septembre 2014.

CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon).

pires-maria-joao-400CLIC_macaron_2014CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon). Né en 1944 à Lisbonne, – la même année que son confrère brésilien Nelson Freire-, Maria Joao Pires fête donc en 2014 ses 70 ans... L’occasion était trop forte pour Deutsche Grammophon de célébrer cet anniversaire en éditant un coffret réunissant ses nombreux récitals comme solistes, à partir de 1989 quand débute ses enregistrements pour le label jaune; l’enfant prodige portugaise qui fit son apprentissage à Lisbonne puis en Allemagne (Munich, Hanovre), s’installant ensuite au Brésil, après s’être fâché avec son Portugal natal, puis se fixant en Suisse, se livre ici en ses champs d’élection et d’accomplissements : Chopin, Schubert, Schumann. Trilogie sacrée d’un parcours façonné comme un questionnement jamais interrompu, une quête conduisant aux constructions intimes… Malgré des dispositions limitées (petites mains), la pianiste d’une simplicité exemplaire et d’une humanité profonde, s’est taillée cette fluidité qui semble surgir de l’enfance, à force de travail, d’apprentissage, d’assiduité sur le clavier résistant. Autre voie de libération pour l’interprète autodisciplinée : Mozart dont elle exprime la claire urgence de l’enfant foudroyé. La mozartienne traverse et porte les rêveries miroitantes de Wolfgang depuis son enfance : ses premiers concerts sont mozartiens et c’est avec Claudio Abbado qu’elle joue aussi les Concertos pour piano. Révélée par la compétition du bicentenaire Beethoven de Bruxelles en 1970 (Premier prix), la pianiste n’ a cessé de travailler sa sonorité personnelle qui est d’abord une écoute intérieure. Toute sa démarche rétablit la relation du jeu pianistique avec le chant du corps et le développement intime de la personne, c’est pourquoi Maria Joao Pires développe aussi une pédagogie originale qui fondée sur la transmission, apporte aux jeunes musiciens la connaissance croisée d’autres disciplines que la musique : philosophie, histoire de l’art, danse et théâtre. Son approche se concentre sur le temps mystérieux, l’équilibre fondateur de l’être le plus intime. Ecouter ses Schubert (écouter la petite musique du cÅ“ur de l’andante sostenuto de la D 960) permet de mesurer cette quête au long cours qui fonde une éthique personnelle, tout un chemin de vie. Une vocation.

 

 

Mozart, Schubert, Chopin transfigurés

Maria Joao Pires en majesté

 

Mais croire que cette économie du geste reste à la surface : au contraire, la digitalité experte fait surgir de vertigineux bouillonnements, des aspirations lyriques à l’activité irrésistible, toujours d’une articulation à l’éloquence faussement discrète.
L’élégance tragique de ses Schubert, la nostalgie tendre de ses Mozart, sans omettre, l’ivresse crépusculaire de ses Chopin et la versatilité hallucinante de ses Schumann n’ôtent rien de leurs gouffres amers, de leurs plongées troubles, ou de leurs divagations funambules. Outrepasser les ténèbres, traverser l’ombre pour faire jaillir la lumière.
pires maria joao schubert sonates maria joao pires deutsche grammophonL’anthologie réunie par Deutsche Grammophon fait la part belle aux solos de la Portugaise mais aussi à quelques duos à quatre mains (avec Ricardo Castro dans Schubert). Le connaisseur retrouve ses Bach (1994, 1995) et Beethoven (200,2001), surtout ses Chopin (24 Préludes, 1992; les envoûtants Nocturnes, 1995-1996, et les plus récentes : Sonate n°3 opus 58, Sonate pour violoncelle opus 65 avec Pavel Gomziakov, Mazurkas enregistrées en 2008). L’intégrale des oeuvres pour piano seul de Mozart occupe les années 1989 et 1990, éclairées toutes par cette clarté intérieure d’une infinie pudeur.Ses Schubert profonds, jaillissants suspendent le temps, emprunts d’un rituel qui touche par sa couleur murmurée, sa profonde pudeur là aussi : Moments musicaux et Scherzi, Sonate D 784 de 1989, surtout les Impromptus D 899 et D 915 enregistrés en 1996 et 1997 dont la simplicité d’élocution confinant au dénuement  le plus sobre atteignent souvent une grâce noire, une ivresse sombre qui révèle les capacités puissamment originales de l’interprète. Maturité et approfondissement s’expriment chez Schubert dans le recueil le plus récent enregistré en 2011, avec des accents nets taillés en diamants : Sonates D 845 et D 960 où la pianiste aiguise une sensibilité plus contrastée, riches en nouvelles aspérités, comme un balancement liquide aux brumes définitivement enfouies et pourtant toujours pleinement vivaces, de cette activité qui sous le sommeil et la langueur, révèle à pas feutrés à peine perceptible, ce feu primitif, cette vitalité première, celle du temps de l’innocence qui a conservé son or originel : ses rubatos et ses phrasés y sont d’un ciselé superlatif. La D 960 reste l’offrande la plus aboutie et la plus personnelle. Un sommet. Le temps qui diffuse Pires est celui de la lente reconstruction, une régénération de l’intérieure. Que ce Schubert est salvateur… un baume pour l’âme comme Vermeer nous l’indique dans Leçon de musique. Coffret événement.

Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon)

CD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia

schubert-luigi-piovano-eloquentia-schubert-cdCD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia. Le présent opus met en miroir deux Å“uvres emblématiques de Franz Schubert composées dans la même période : une période sombre qui aiguise sa formidable sensibilité musicale. Ébranlé voire dépressif, le Schubert de 1824, celui des deux oeuvres ici abordées – la Sonate Arpeggione et le Quatuor La jeune fille et la mort-, saisit par ce regard sans concession sur la fragilité humaine et la désespérante solitude qui est la sienne. Ayant contracté la syphilis, le jeune homme de 28 ans reste alité condamné malgré lui mais sa clairvoyance musicalement géniale transparaît sans fard, pointant une vivacité exceptionnellement mûre pour son âge. La mort est présente, et la plume d’une rare acuité. Une irrépressible aspiration au chant de l’amour y croise des gouffres amers  ; l’emprise de la mort (prémonition troublante) guerroie avec les dernières forces vitales : c’est ce que nous offre à entendre le violoncelliste Luigi Piovano qui réunit autour de lui les cordes seules de l’orchestre de l’Accademia di Santa Cecilia. Chaque oeuvre est abordée dans une version non familière dont les bénéfices se dévoilent en cours de lecture.

La Sonata en la mineur D. 821 dit l’Arpeggione et le Quatuor en re mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort”, les deux versions proposées dans cet album sont des transcriptions ; pour la première, Luigi Piovano, par ailleurs violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique de l’Accademia di Santa Cecilia, réunit les cordes seules de la phalange romaine. Il nous propose une version pour violoncelle piccolo à cinq cordes et orchestre à cordes ; pour le Quatuor D. 810, Luigi Piovano a retenu la version pour orchestre à cordes écrite par Gustav Mahler en 1896.

piovano luigi schubertPour l’Arpeggione D821, Luigi Piovano a pris soin de choisir son instrument dans la connaissance des possibilités de l’instrument originel utilisé par Schubert (hybride à 6 cordes entre la viole de gambe, le violoncelle et la guitare, conçu par le facteur viennois JG Stauffer en 1823). Le piccolo utilisé par le violoncelliste italien réalise les octaves originales : il cisèle surtout la fluidité chantante de l’instrument, dévoilant tout ce qui dans l’écriture de Schubert relève du chant pur car le lied est bel et bien primordial ici.

Les solos soulignent l’âprete mélancolique de l’air principal qui dialogue avec le second dansant presque populaire et rustique, d’un caractère nettement brillant. De toute évidence, la transposition fait valoir l’exceptionnelle sensibilité expressive du violoncelle solo comme l’instinct musical du soliste. Le bénéfice des cordes comme un tapis sonore apporte de nouvelles couleurs une extension orchestrale évidente, même uniquement aux cordes : la partition gagne de nouvelles respiration, un souffle qui amplifie l’effet de contraste entre nostalgie maladive (dépressive) du premier motif et élan chorégraphique (plus insouciant) du second. L’approche de Piovano dans l’Adagio accentue les qualités que nous remarquions dans le premier mouvement : langueur et mystère du premier motif où s’affirment la simplicité et la pudeur très profonde du violoncelle requis (William Forster III de 1795).

Schubert transcrit : geste allant, clair et fluide

 

Le 3ème épisode (Allegretto) est sautillant d’une précision et d’un grand raffinement agogique (comme son Saint-Saëns -intégrale pour violoncelle et piano-, également éditée par Eloquentia, remarquablement expressif et là aussi d’une belle caractérisation introspective). Le violoncelle affirme une flexibilité aérienne, une versatilité étonnante assurant l’allègement progressif de la matière sans perdre l’élocution très précise et volubile du violoncelle, d’une musicalité virtuose. Si le soliste avait souhaité faire briller, chanter l’instrument, mais aussi émouvoir par une sensibilité pure, il n’aurait pas agi autrement. L’Allegretto atteint un naturel et une complicité expressive avec les cordes qui l’entourent : toute la fin est écrite en légèreté et nuances, réalisant le haut intérêt de la transposition.

L’idée de transcrire pour orchestre à cordes l’admirable Quatuor La jeune fille et la mort D.810, peut surprendre… Que peut apporter un effectif plus nombreux, immanquablement plus dense pour ne pas dire davantage, en place d’un quatuor aux équilibres affinés,  d’une lisibilité inatteignable ? Si la question mérite d’être posée,  la défense  de la transcription choisie  se réalise d’elle même… conçue à l’extrême fin du XIXème par Gustav Mahler.

Les interprètes parviennent à maintenir le niveau d’élocution préalable (D. 821) en soignant la ligne expressive ; ils évitent surtout lourdeur et épaisseur,  gageure difficile à relever sur le terme. Ils retrouvent en cela la cohérence de leur album des transcriptions des lieder de Mahler précédemment édité aussi chez Eloquentia.

L’agilité se détache en particulier dans le premier mouvement  à l’activité nerveuse, finement énoncée ; les fins de phrase étant millimétrées par le violoncelle toujours fidèlement inspiré du chef et leader de l’effectif (Piovano a été récemment confirmé comme chef soliste de l’ensemble à cordes romain : une entente dont témoigne et confirme le présent enregistrement).

piovano luigiLe souci de clarté s’affirme, y compris dans l’âpreté qui manque parfois de rudesse tranchante dans les tutti rageurs, mais les cordes savant exprimer ce climat d’instabilité et de profondeur inéluctable (ajout de la contrebasse par Mahler), celles d’une eau inquiétante comme un secret qui plonge dans un lac… Très engagés, acteurs d’une force puissante, les interprètes abordent le 2ème mouvement (Andante con moto avec variations : l’épisode le plus saisissant de Schubert) dans des qualités des pianissimi bénéfiques, n’empêchant pas qu’une certaine pesanteur (Mahler moins inspiré) s’impose malheureusement là où la forme quatuor glisse dans la pure magie suspendue. Pourtant malgré la largeur sonore liée à l’effectif, l’allant trouve à la fois cette urgence (galop de la mort séductrice), la prière de la jeune fille comme l’inquiétant mystère qui flotte continument au dessus des instruments. Le Scherzo est âpre et intensément dramatique. Le violoncelliste leader veille là encore aux équilibres associant engagement et lisibilité y compris dans le trio plus détendu et insouciant,  sautillant et gracieux. Le presto final est une course échevelée aux secousses finement tressées. Le nerf et l’engagement des musiciens réalisent ce dernier mouvement comme l’élément libérateur de toutes les tensions préalablement énoncées.  Sans perdre le fil tragique et lugubre, l’orchestre même épais évite la pesanteur et le pathos : sa ligne simple et dépouillée suit son cours coûte que coûte, offrant une couleur orchestrale au drame qui se joue. Le flux nerveux ne manque pas d’expressivité comme de caractérisation ; les musiciens misent sur une précision là encore jamais prise en défaut. La «  chevauchée / tarentelle » reste l’une des plus passionnantes de Schubert. Le dénouement spectaculaire et théâtral où la mort reprend ce à quoi elle avait fait mine de renoncer,  est vif, frappant, d’une inéluctable évidence. Voici un jalon dans la complicité du violoncelliste et de l’orchestre qu’il dirige. Sans atténuer ni diluer l’intensité schubertienne, les interprètes savent en éclairer les arêtes vives, souligner les points de force de la délicate structure. Une gageure scrupuleusement relevée.

Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (transpositions pour soliste et orchestre à cordes). Orchestre à cordes de l’Accademia di Santa Cecilia. Luigi Piovano, violoncelle et direction. 1 cd Eloquentia EL 1446, enregistrement réalisé en mai 2013.

Compte rendu, concert. Temple Lanterne, Lyon. 21 février 2014. Schubert : Mathieu Grégoire, Chœur Hypérion (E.Planel). Et aussi, Saison « Bach et plus », mars à juin 2014

Schubert portraitUn Temple d’architecture néo-gothique, cela ne semble pas lieu idéal pour célébrer Franz Schubert. Pourtant, bien beau concert : le jeune pianiste Mathieu Grégoire est soliste dans la Sonate D.958), et accompagne les trop peu connus chœurs (Chœur Hypérion, Etienne Planel), dont deux sublimes Hymnes à la Nuit… Et un nouveau groupe (Baroque et plus) ouvre sa saison en variations instrumentales sur Bach.

Cent clochers et mille dévotions de Lyon
La musique, ce sont aussi des lieux, on le sait. Les attendus, les traditionnels, les évidents, et puis les occasionnels, parfois un peu paradoxaux ou intrigants. Souvent aussi églises, sanctuaires, temples pour les cultes, et on ne s’attendrait pas à ce que Lyon, ville à colline-qui-prie, à cent clochers et mille dévotions, échappe à cette présence musicale, – plus ou moins laïcisée, selon les époques -…De plus, cet hiver (qui en est si peu un), deux « verrouillages » de salles favorisent le refuge avec d’autres abris : la Salle Molière, à légendaire acoustique, est en réfection interne, et la Salle Varèse, joyau moderne du CNSMD, brutalement menacée d’inondation en novembre (au bas d’une colline qui glisse…), est indisponible selon délais reportés : cela oblige le CNSMD à des acrobaties…supérieures pour cours et concerts. Hommage soit rendu aux organisateurs qui parent au plus urgent et trouvent « ailleurs »(Lyon et périphérie) des solutions de substitution…et d’aimables accueils.

Du Second Empire aux Paroles de Résistance
Le Temple de la rue Lanterne n’a certes pas attendu ces mois difficiles pour se faire havre sonore. Son cadre continue à intriguer : cet édifice du Second Empire –mais peu à voir avec Badinguet, alias Napoléon le Petit – est enchâssé entre de hautes maisons ; sa façade austère franchie, on a la surprise d’un sanctuaire étroit mais très haut, où le style néo-gothique n’engendre pourtant pas la froideur, surtout quand le sonore des concerts généreusement accueillis par la communauté protestante y révèle une acoustique fort acceptable. (On peut aussi y songer à l’un des pasteurs qui parlèrent ici : Roland de Pury, dénonciateur précoce et public du nazisme puis de la collaboration vichyste, protecteur des résistants et des Juifs, arrêté par la Gestapo en 1943 et interné à Montluc, d’où il pourra être « exfiltré » à cause de sa nationalité suisse). C’est en ce lieu chargé d’histoire (discrète, et de sens si lourde…) qu’on a aujourd’hui le bonheur d’écouter…du Schubert, ici moins attendu. Non point d’ailleurs le cycle du Voyage d’Hiver (le baryton Jean-Baptiste Dumora, Mathieu Grégoire, reprenant le lendemain leur beau concert de 2012 dans la néo-gothique – et vaste, et froide – église de la Rédemption : nous ne doutons pas que l’interprétation, subtile et forte, en ait été encore approfondie), mais, ce 21 février, un programme original de piano soliste puis accompagnateur d’un chœur d’hommes….

La beethovénienne et Schubert
Le pianiste Mathieu Grégoire s’y affronte, en solitude, à la 1ère des trois ultimes Sonates ( D.958) : parfois surnommée « la beethovénienne », elle porte certains échos du Commandeur qui tant fascina le « petit Franz ». Mais le langage de Schubert s’y affranchit de toute subordination au Maître révéré, pour partir en quête d’une conception du Temps, irréductible aux découvertes si autonomes de Beethoven, puis Schumann, Chopin ou Liszt. Il faut y marier le rêve au voyage, comprendre l’importance de ce lointain (die ferne) qui, dans l’espace – paysage mental, est une des clés du romantisme allemand. En recherche inquiète dans l’allegro initial, M.Grégoire nous emmène, d’une vraie respiration, dans un adagio qui participe vraiment de ce que le poète français Yves Bonnefoy nomme « L’arrière-pays » : bonheur d’un chant- pour -lui-même, extrême précaution de qui improviserait dans le sans-tumulte, et puis, lors de deux ruées d’angoisse, une qualité d’âme « orphéenne » pour affronter les puissances d’en-bas… Ensuite butées sur silence du Minuetto, et continuum énigmatique aux éclairages pourtant changeants du finale : oui, on entend rarement une telle concentration sur les tensions de ces textes complexes, de surcroît appuyée sur un pianisme ouvert à l’imagination, tour à tour lyrique et rigoureux.

Hypérion à Bellarmin
Encadrant ce parcours soliste, des raretés au concert sinon au disque : pourtant ces chœurs – hommes, femmes, mixité, accompagnement instrumental – sont dans le premier cercle du romantisme austro-allemand, parfois proches du « populaire », ou traducteurs de ce que David d’Angers nomma chez Friedrich « la tragédie du paysage », et encore tirant l’esprit vers le haut, là où siège l’âme religieuse, à tout le moins mystique. La vraie connaissance de Schubert passe par ce chemin aussi , et il faut de prime abord remercier le Choeur Hyperion – géométrie variable autour d’une quinzaine de chanteurs – de se vouer à un répertoire qui exige savoir, science du groupe, élan et culture. Gageons que les Hypérion récitent à chaque retrouvaille la dernière lettre que le héros gréco-romantique inventé par Hölderlin envoyait à son ami Bellarmin : « Ô âme, beauté du monde ! Toi l’indestructible, la fascinante, l’éternellement jeune : tu es. Les dissonances du monde sont comme les querelles des amants. La réconciliation habite la dispute, et tout ce qui a été séparé se rassemble. »

L ’ultime barrière se brise
Placé sous un tel « patronage », l’ensemble fort intelligemment dirigé par Etienne Planel dans six de ces œuvres qui relient Schubert aux poètes (l’ami Mayrhofer, Seidl, et Son Immensité Indifférente le Conseiller Goethe…) nous conduit aux bons Poteaux Indicateurs : des eaux miroitantes pour un Gondolier charmeur à la cordialité en Esprit de l’Amour, et à une Berceuse de la Nature en Mélancolie. Le Passé dans le Présent est doux balancement (c’est le Divan Oriental-Occidental de Goethe) comme si on s’immergeait dans la matière même du Temps, et conclut en « hymne radieux de la beauté pure ». Au dessus de tout, deux Nuits dignes de Novalis : la première, si recueillie, lance des appels par delà collines et montagnes, comme en quelque « beau monde, tu es bien là ! ». La seconde (Nachthelle) est lumière palpitante, échos magiquement échangés entre soliste, piano « scintillant » et groupe vocal, puis la métaphysique, mystérieuse évocation d’une « ultime barrière qui se brise ». Cette merveille primordiale de la musique romantique rayonne et palpite en son battement perpétuel, la voix éthérée – hors du monde, jurerait-on – du ténor Julien Drevet-Santique comme y conduisant notre voyage extasié.Et le piano de M.Grégoire est vrai compagnon rythmique et harmonique.

Une saison de printemps
Tiens, en attendant un 2e programme d’Hypérion (les romantiques français cette fois) et –pourquoi pas ? un disque -, indiquons qu’au cours du printemps, le Temple s’éclairera d’interventions proposées par des « invités permanents », tel le Chœur Emélthée ( dirigé par Marie Laure Teyssèdre : musique baroque et XXe) qui donnera le 11 avril des « Histoires Sacrées » de Carissimi et M.A.Charpentier. Et aussi un « petit nouveau », qui honore l’inépuisable Johann Sebastian : « Baroque et plus »alias « le baroque autrement ». Après une ouverture en quatuor le 28 février (les Varese, quatre jeunes gens issus du CNSMD qui commencent à briller dans le paysage français : le 3e de Bartok, l’op.18/3 de Beethoven, et, justement, de l’Art de la Fugue en version « à quatre archets »), ce seront des « Variations Bach », souvent avec instruments qu’on n’attendrait pas forcément, en Temple, Eglise ou même Salle de Concert. Joël Versavaud confie à son saxophone Suites et Partitas de Dieu le Père Musical, Joachim Expert et Mathilde Malenfant cheminent avec piano, harpe et conférence, de Bach à Chick Corea. Didier Patel et Samuel Fernandez unissent leurs claviers pour une Leçon de Musique alla Bach. (Et le même Samuel Fernandez dialogue à l’Amphi-Opéra avec le jazzman et enseignant du CRR Mario Stantchev en « une étonnante variation classique et jazz sur Goldberg or not Goldberg ? »). Quant aux Percussions-Claviers de Lyon, c’est autour du Bien Tempéré qu’elles centrent leurs transpositions rejoignant le Kantor en une géométrie dans l’espace au « Point Bak ». Ou comme le dit l’Evangile de Jean : « Il y a plusieurs demeures dans la Maison du Père ». Croyants et incroyants : à méditer…

Lyon, Temple Lanterne. 21 février 2014 : Mathieu Grégoire (piano), Chœur Hypérion (E.Planel) : F.Schubert (1797-1828), Sonate D.958, Six chœurs pour voix d’hommes
Chœur Emélthée, 4 avril 20h30 : Histoires sacrées. « Baroque et plus », autour de J.S.Bach : Joël Versavaud, 21 mars ; Percussions-Claviers, 11 avril ; Samuel Fernandez, D.Patel, 23 mai : Temple Lanterne, concerts à 20h30
Mario Stantchev,S.Fernandez, 28 mars, 12h30, Amphi Opéra
Renseignements et réservation : Tel. 06 27 30 11 72 ; www.baroqueetplus.com
www.emelthee.fr ; Tel. 06 49 58 16 83

CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013)

winterreise_jonas_kaufmann_sony-classical_helmut-deutsch-cdCLIC D'OR macaron 200CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013). La frontière entre baryton et ténor est ténue ici et dévoile pour le plus grand ténor actuel , Jonas Kaufmann, des trésors de nouvelles nuances et d’éclats sertis dans le plus beau métal vocal. Le diseur égale ses aînés, ténors et barytons, par le sens du verbe ; un verbe magicien qu’il éclaire d’une faille pudique, d’une blessure qui s’exprime sans jamais s’exhiber. Le cri déchirant surgit tel un glaive magnifiquement acéré au comble du désespoir. Le style, la musicalité, la richesse du timbre, les teintes fauves et introspectives d’un acteur né traverse chacune des 24 séquences. Ici tragédien embrasé, heldentenor certes, surtout prophète d’une mélancolie naturellement musicale qui chante l’impuissance, l’extase, l’errance d’un voyage vécu jusqu’aux tréfonds des viscères. Le chant de Jonas Kaufmann, superbement chambriste, n’est pas seulement musical et hédoniste, il incarne d’autant mieux qu’il sait se mesurer, contrôler. Le piano plutôt que le forte, est son arme la plus efficace.

le dernier cd de Jonas Kaufmann est un sommet schubertien

Grâce schubertienne

A contrario de bien des confrères qui vocifèrent sans phraser, incapable de tenir une ligne, Jonas Kaufmann, ailleurs superbe wagnérien, et récemment pour le disque en un récital de toute beauté, verdien inoubliable, illumine Schubert et son mystère indicible qui pourtant ne pourrait être exprimé sans le verbe vocal. Inutile de tourner autour du pot, ce récital en studio est un nouvel accomplissement absolu du ténor allemand. Sa capacité à réinventer tout le cycle avec une intensité lié à l’investissement dans l’instant reste époustouflant. Le piano complice d’Helmut Deutsch (qui a précédemment joué avec Kaufmann, le cycle du Winterreise en concert), partenaire des plus grands, ajoute à la valeur de l’enregistrement : voici un Schubert qui n’a jamais mieux respiré, ni mieux coulé comme une caresse sombre et tragique, d’un artiste à l’autre. Un Schubert réinventé tel qu’on n’osait plus en rêver. N’écoutez qu’un seul lied : la plage 5 : Der Lindebaum (Le tilleul) : une invitation palpitante, racée … un appel à la plus grande paix de l’âme. Du très grand art. Evidemment l’album Schubert de Jonas Kaufmann est un immense coup de cÅ“ur de Classiquenews.com en février 2014.

Franz Schubert : Winterreise D911. Joans Kaufmann, ténor. Helmut Deutsch, piano. Enregistrement réalisé à Grünwald (Allemagne) en octobre 2013. 1 cd Sony classical 88883795632

CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013)

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013). Le toulousain Bertrand Chamayou, 32 ans, sort un nouvel album consacré à Schubert chez Erato. Rien n’est comparable à l’univers schubertien au piano : il y faut exprimer cette nostalgie de l’indicible : sensucht (mélancolie purement germanique propre aux Romantiques), vrai défi pour l’interprète. Les amateurs pourront en évaluer la palpitante texture, remarquablement transmise entre transe et finesse à l’opéra par Jonas Kaufmann qui n’a pas hésité à intituler ainsi (Sensucht) un récent cd en tout point irrésistible … Pour son 5ème disque, le trentenaire pianiste revient surtout à une partition qui est le cÅ“ur de son nouveau programme : la Wanderer fantaisie de Schubert, un massif qui se dérobe souvent sous les doigts étrangers, et qui parfois se révèle sous le feu plus suggestif de quelques interprètes en affinité. Car même si ses Schubertiades laissent un sentiment de jeunesse joviale et généreuse, réunie entre musiciens virtuoses, il y a de la profondeur et une gravité pudique qui se lit partout, dans chaque mesure. Chamayou compose sa propre schubertiade, glanant ici et là parmi les Å“uvres de Franz, intercalant aussi des pièces a priori hors sujet mais d’esprit proche et fraternel dans une progressive introspection à partager : Lieder transcrits par Liszt, Impromptus, deux Ländler (inspirées par des thèmes folkloriques), une valse filtrée par Strauss lui-même … C’est au final un portrait personnel et un hommage à la figure de Schubert : compositeur viennois errant, sans attaches, qui laisse une ombre tenace mais évanescente d’une irrésistible profondeur, associant légèreté et amertume, blessure et espérance, renoncement et ivresse tendre, appétit et désir, humilité et repli.

Schubert un peu lisse et poli …

A force de clarification, le jeu du solaire Bertrand Chamayou s’expose unilatéralement dans la … lumière. L’éloquence de son contrepoint, l’équilibre parfois très affirmé (trop) de sa polyphonie contredisent la sensibilité d’un compositeur qui bascule constamment dans l’oubli, l’anéantissement, l’effacement de soi, le grisâtre fécond et milles autres nuances intermédiaires… le pianiste ferait-il trop de concerts au point de manquer de temps pour approfondir réellement chacun de ses disques ? C’est le sentiment qui nous traverse à l’écoute des premiers mouvements de son Schubert initial : Allegro con fuoco (ma non troppo – !) et Adagio de la Wanderer justement.
Dans ce portait aux facettes indirectes qui passent par les transcripteurs, Liszt donc ou le très intéressant Richard Strauss de la fin (Kupelwieser-Walzer de 1826 transcrite en 1943), la figure de Schubert reste lointaine ; les doigts agiles et déliés, moins précis et nuancés à la main droite en particulier dans les aigus affleurent le mystère Schubert sans atteindre son essence (voilà pourquoi le plus grands n’ont vraiment délivrer le message schubertien qu’en fin de carrière). C’est pourquoi de notre point de vue, son disque Liszt précédent était beaucoup mieux investi, plus naturellement interrogatif. Restent les 3 Impromptus de l’opus D946 : le premier Allegro assai en mi bémol majeur suffoque à peine (saturation de la sonorité, prise de son trop ronde ou lisse, il y manque les vertiges nuancés que d’autres plus inspirés ont su y apporter : l’ambiguité, l’ambivalence, les spasmes entre terreur et panique…). La neutralité du jeu par trop de retenue échappe à toute intériorité déchirée (le choix du Steinway superbe Rolls au son plein et lisse évite ici toute aspérité, pourtant si bénéfique dans le cas du trauma silencieux d’un Schubert à jamais et surtout dans ce programme… inatteignable). L’Allegretto en mi bémol mineur manque de cette légèreté fragile, filigranée, sur le fil mais l’énoncé de l’innocence recouvrée, espérée, toujours caressée et lointaine à la fois gagne une présence mieux exprimée ; dans la réitération du motif et dans le changement plus marcato du second thème, le pianiste semble faire surtout de clarté et sobriété, son principal  et décidément systématique mode expressif, au détriment d’une douleur plus secrète qui reste malheureusement … absente. C’est comme s’il s’interdisait toute effusion sincère, évacuant l’énoncé, le précipitant même, sans failles ni doutes. Enchaîner aussi rapidement l’Allegro en ut majeur (dernier volet du triptyque) relève pour nous de la faute comme s’il s’agissait d’évacuer toute la charge émotionnelle qui a précédé, sans le temps nécessaire de la méditation, du silence réparateur… curieux sens des passages. Evidemment dans cet ultime Schubert, la digitalité extérieure voire démonstrative et percutante du pianiste sert mieux un morceau où priment le nerf des contrastes, la vitalité comme le caractère des motifs rythmiques. Dommage. La Schubertiade imaginaire de Bertrand Chamayou trop lisse, trop précipitée nous laisse mitigés. Peut être attendions-nous trop de ce nouvel album… Aborder Schubert n’est-il pas trop tôt pour le pianiste?

Franz Schubert (1797-1828) : Wanderer Fantasie D760, 1822. 3 Klavierstücke, Impromptus, D946, 1828. Bertrand Chamayou, piano Steinway. 1 cd Erato. enregistrement réalisé à Paris Salle Colonne, en novembre 2013. Si le disque Schubert de Bertrand Chamayou nous laisse réservé, faîtes vous votre propre opinion en écoutant le pianiste lors de ses prochains passages à Bordeaux et La Rochelle …

En concert : le 9 mars à Bordeaux, le 7 avril 2014 à La Rochelle

Compte-rendu : Verbier. 20è Festival de Verbier (Valais, Suisse), mardi 23 juillet 2013 : récital Gregory Sokolov, piano. Schubert, Beethoven…

Grigoty Sokolov at the Philharmonie during rehearsal 17NOV2006Le concert d’un pianiste comme Grigory Sokolov est toujours cérémonie, envoûtante et un rien étrange. Il en a été ainsi dans la 20e édition de Verbier. Un programme où le magnifique pianiste russe fait sentir tout le tragique austère de Schubert, et une monumentalité sans âge dans l’immense op.106 de Beethoven.

 

 

Un bureaucrate gogolien

 

« Uomo di sasso » (le Commandeur dans Don Giovanni) ? « Je suis une force qui va » (Victor Hugo) ? Un Faust russe ? Les trois identifications sont plausibles en ce pianiste étrange que pourtant on redécouvre à chacune de ses…apparitions, continent mystérieux, clos de barrières sans passe-droits…De cet O.V.N (ou mal)I (dentifié)., on connaît aussi le ritualisme : entrée et sortie de scène mécaniques, le même pas pressé, presque égal, de bureaucrate gogolien se rendant au travail, une absence au public sauf par des saluts sans trace d’empathie, un écartement de tout ce qui pourrait nuire au message intérieur, la certitude probable d’une mission qui pousse à accomplir souverainement son Art. Sokolov se sentirait-il investi par quelque D(d)ieu, impératif catégorique abstrait, « daïmon » socratique (mais quel anti-Socrate mutique avec ses frères humains !) ? D’ailleurs, avec qui tient-il constamment un discours dont on devine les fragments non sonorisés sur des lèvres expressives ? Et que signifie cette coda de chaque concert, « ite missa est » à 6 versets d’une rigidité qui contredit aussitôt toute idée de plaisir et gratitude dispensés aux spectateurs tétanisés d’admiration ?

Sensibilité brutale de la démarche

Le récital de Verbier est schubertien en sa 1ère partie, avec du très connu et aimé depuis toujours (les Impromptus D.899, alias op.90), et du bien moins exploré, dans les Klavierstücke D.846. C’est une sorte sublimée d’investigation, objectivement dramaturgique, du corps musical. A nous de suivre ce chercheur incorruptible ! Le 1er Impromptu s’énonce lentement, à notes détachées et quasi-scandées, ce qui tire le texte vers une marche probablement difficile et douloureuse, mais sans faiblesse. Cela continue parfois en immense crescendo où s’atteint une sauvagerie que viendront trouer deux ou trois éclaircies. Le 2nd ne peut être que fluide, mais venu d’un lointain mystérieux, presque sans grâce, et la coda prend des airs de toccata pour orgue alla Bach. Le 3e est mémoire, mais fait voir l’ombre portée d’une fatalité qui s’infiltre entre les strates du récit intérieur. Et le 4e : tout ampleur qui envahit l’espace, se nourrit d’ardeur qui par moments s’apparente au cri. « C’est, dit ma voisine de concert, une sensibilité brutale de la démarche »…

Trois poèmes noirs

Les 3 Klavierstücke, G.Sokolov les explore pour ce qu’ils sont, un impitoyable chantier d’ultimité, où Schubert traduit en toute liberté ce qui le hante. Le 1er se fait terrifiante course à l’abîme, mémoire à l’investigation cruelle, vague de tremblements et de trilles, dissonants arpèges qui rappellent les cercles maléfiques d’ondes encerclant la ville (Die Stadt) dans le lied de Heine. Le 2nd s’abandonne d’abord à la mélancolie (une humeur noire, tout de même, selon l’étymologie !), puis se livre au martèlement terrible de quelque vision. Le 3e semble pressé, mais de quoi ? Peut-être d’atteindre l’éclaircie tournante au centre de la pièce : mais ici encore, l’articulation et la lenteur d’énoncé l’emportent sur la beauté modulante, avant que la coda ne fasse resurgir quelque tourment violemment allié au Fatum(Destin).Et l’on songe que Sokolov a merveilleusement compris le côté poème noir de ces trois pièces, dans leur parenté avec les derniers cycles de lieder, et l ’âme désemparée de Schubert pressentant l’adieu au monde.

Je (démiurge) est un autre

Dans l’op.106 beethovénien, « Je – démiurge – est un autre ». Sokolov , en cette partition légendaire, s’engage avec la décision d’en découdre avec une seconde présence du Destin :le poème minéral de la Sonate, qui monte des entrailles du monde, n’est-il pas aussi, selon l’expression du poète symboliste, « explication orphique de la Terre » ? Le 1er allegro énonce d’emblée son armature : un appel impérieux – bloc de paroles-, auquel une réponse paraît apaisement, mais un écroulement intérieur s’impose aussitôt. Ainsi va le discours, qui est aventure contrôlée, et chez Beethoven la structure contrapuntique – déjà pré-écho du finale – joue son rôle pour combler les béances de l’angoisse. Car l’interprétation du pianiste russe, en même temps qu’elle nous comble de présent(s), rend lisible à tout instant l’avenir de la partition. Des pensées détachées du scherzo, en groupes de deux, s’inscrivent sur grondements d’orage au lointain : cela prépare à la merveille incantatoire, au Temps suspendu de l’Adagio, prière apportée par le vent sans fureur d’un horizon énigmatique, et finissant – si longtemps après, toute course horlogère abolie – par y retourner, inélucidée, pénétrante et sans crainte d’être oubliée.

Son parcours de Wanderer

Son parcours de Wanderer, à lui Ludwig, mais qui n’a pas vraiment ici charge de marche douloureuse, hors Histoire, un Matin du monde. L’inspiration – on dirait la transe, pourtant Sokolov en ces vingt minutes est au ralenti absolu d’une « purgation des passions », comme la nommaient les Anciens – communique une certitude d’extension possible vers l’infini : l’océan paraît, ou plutôt pour un pianiste russe, la plaine sans limites, espace mental où il « s’embarque » en songerie. Passant par le comble – ah ! ces trilles… – du récitatif éperdu , les presque-cris d’intervalles sans mesure du clavier saisi comme champ d’expériences sonores, l’admirable phrase finira par s’égrener en allant se dissoudre aux limites de l’audible. Et on s’interrogera : est-ce demande de pitié des humains, les dieux pardonnent-ils ? Ou ayant trouvé cette mélodie, Orphée (c’est lui, encore, bien sûr) pardonne-t-il aux dieux leur cruauté ?

La déraison de la raison

Mais après le bref largo désorienté doit encore venir un dernier personnage, à la fois combattant et architecte, dont la volonté inscrit dans l’espace de la Sonate une fugue, hommage au génie de Bach, déraison bâtie sur un excès de raison, beauté qui puise aux aspérités de la laideur, un instant voilée d’une tendresse inattendue, puis partant avec le Trille vers son assaut ultime. Sokolov aura été tour à tour l’un et l’autre, l’orant et le furieux, dans la solitude sans théâtralité de sa propre grandeur, démiurge nous quittant stupéfiés et comblés, indissolublement.

Des bis par six

Toujours impavide, il revient avec le don de ses bis-par-six. Cinq fois, c’est un XVIIIe français, mélange d’oiseau chanteur, de danseur à inventions délicieusement irrégulières, de paradis recherché dans le rythme et l’harmonie complexes. Et, en adieu, un Brahms d’Intermezzo pour la fin de vie, berceuse d’ une douleur tenace, rêverie que soulève secrètement une exultation de pouvoir et devoir encore se formuler.

20e édition du Festival de Verbier : récital Gregory Sokolov, 23 juillet 2013. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D.899, Klavierstücke D.946. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op.106.

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 21 mai 2013. Orchestre de chambre de Paris. Deborah Nemtanu, violon et direction. François Leleux, hautbois et direction.

Schubert portraitLe Théâtre des Champs Élysées accueille l’Orchestre de Chambre de Paris pour un concert mettant en avant leur académie bi-annuelle du ” Joué-Dirigé “. Le programme de la soirée est dirigé par le violon solo de l’ensemble Déborah Nemtanu et un soliste invité, le génial hautboïste François Leleux, artiste associé de l’Orchestre.

Nous nous attendions à la création d’un Concertino pour violon, hautbois et orchestre de Thierry Escaich, commandé par l’Orchestre, mais nous constatons qu’il est absent du programme. A sa place, s’est glissée une composition de circonstance du compositeur Bruno Maderna, ” Music of gaity ” dal “Fitzwilliam Virginal Book” mettant en valeur …  le violon et le hautbois. Cette pièce qui ouvre le concert n’est pas particulièrement révolutionnaire, mais elle est chantante et engageante en ce qui concerne les solistes …  tout à fait brillants. Il s’agît d’un arrangement d’une série de pièces anglaises du 17e siècle. Elle n’est pas sans intérêt, Maderna crée des beaux timbres comme dans la deuxième chanson où se trouve le hautbois solo plutôt serein accompagné uniquement par les cordes basses pour ensuite céder la place au violon solo larmoyant. Cependant la plupart des morceaux sont, comme le titre l’indique, gais et dansants. La composition n’a malheureusement ni le swing baroque que nous aimons tant, ni une écriture d’une modernité vraiment saisissante. Sorte d’hommage divertissant et peu mémorable, il est pourtant très bien joué par le musiciens.

C’est dans les pièces médianes du programme où nous trouverons les moments les plus beaux et les plus intéressants du concert.

D’abord dans le Concerto pour violon et orchestre n°5 en la majeur de Mozart, joué et dirigé par la violoniste Deborah Nemtanu. À notre connaissance Mozart jouait et dirigeait ses concerti pour piano et orchestre avec un immense succès. La dynamique avec ses 5 concerti pour violon semble plus compliqué pour la pratique, mais nous saluons l’effort de la violoniste dont l’engagement et la musicalité se reflètent aussi dans l’orchestre. Les musiciens sont en parfaite harmonie en particulier dans l’allegro aperto initial joué à piacere, avec une certaine légèreté, mais non dépourvue de caractère, comme dans le rondeau final d’une véhémence magistrale et où l’orchestre gère aisément le mélange de grâce et de naturel propre au mouvement qui est à la fois alla turca et un menuet !  Si la cohésion est moins évidente dans l’adagio central d’une simplicité et d’une innocence émouvante, Deborah Nemtanu l’interprète de façon impeccable, son jeu étant d’une beauté paisible.

L’Adagio et Variations pour hautbois et orchestre op. 102 de Hummel, élève de Mozart et rival de Beethoven, est joué et dirigé par François Leleux. Il s’agît à la base d’une adaptation d’un Nocturne pour piano à 4 mains du compositeur. Aussi, c’est l’occasion pour Leleux de montrer en quoi il est l’un des grands hautboïstes du siècle. Le thème de l’adagio est d’une beauté irrésistible. L’Orchestre de chambre de Paris est réactif et dynamique : il passe facilement du tempérament singspielesque de la première variation au nocturne central jusqu’au galop d’une des dernières variations aux cordes pizzicato. Leleux en est pourtant le protagoniste indéniable. La virtuose dextérité de son jeu ne compromet en rien la clarté ni la musicalité exquise de son phrasé.

Nous sommes éblouis par sa prestation et très contents de découvrir l’oeuvre de Hummel, un compositeur à la postérité ingrate qui mérite sans doute qu’on redécouvre ses pages.

Le programme se termine avec la Symphonie n°4 en Ut mineur de Franz Schubert dite “Tragique”, dirigé par François Leleux. D’allure Beethovénienne et aux accents inspirés du mouvement Sturm und drang propre à la fin du 18e siècle tardif, il s’agît en effet d’une oeuvre de jeunesse. Leleux fait un excellent travail avec l’orchestre, il privilégie les contrastes entre les blocs orchestraux et la dynamique est vivace. Comme d’habitude les vents de l’Orchestre de chambre de Paris offrent un spectacle fantastique. Le dialogue entre les cordes précises et pleines de brio avec les vents lyriques au 2e mouvement est un moment d’un grande beauté. Le 3e mouvement aux sonorités populaires acquiert une certaine sensualité sous la baguette de Leleux. Le spectacle se termine avec un orchestre électrique, plein d’esprit.

Le public conquis a beau inonder la salle par ses chaleureux applaudissements, il n’aura pas droit à un bis. Pour nous,  l’excellente prestation des solistes n’empêche pas cette impression  d’avoir assisté à un concert un rien  démonstratif … ma non troppo.

Illustration : Franz Schubert (DR)