CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition, DG)

Schubert the edition 1 orchestral chamber piano review presentation critique cd classiquenews CLIC de classiquenews Cvr-00028947955450CD, coffret Ă©vĂ©nement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition / Ă©dition limitĂ©e). Voici un coffret prĂ©liminaire ou premier volet de l’intĂ©grale DG dĂ©diĂ©e Ă  Franz Schubert, qui comprend donc dans un premier temps, tout l’oeuvre pour orchestre, musique de chambre, piano. Chefs d’oeuvres Ă©ternels servis par des interprĂštes indiscutables que la question schubertienne a particuliĂšrement inspirĂ©s, ou continue d’inspirer avec une justesse et une profondeur d’un inusable crĂ©dit.

 

 

 

39 cd pour mieux comprendre le gĂ©nie rĂ©servĂ© de Schubert Ă  Vienne…

IntĂ©gral du Schubert, symphonique, pianistique, chambriste…

 

 

ABADDO_Claudio_Abbado__6__Credit_Kasskara__highCLAUDIO ABBADO, maĂźtre du symphonisme schubertien. CĂŽtĂ© symphonies et oeuvres symphoniques : Ă©videmment les Symphonies n°1,2,3, 4 “Tragique”, 6, 8 “inachevĂ©e et 9 “La Grande” soit toutes les symphonies sauf la 7, par Claudio Abbado et le Chamber orchestra of Europe (CD1 Ă  4) : lecture d’une intĂ©gritĂ© qui joue plus sur la transparence et l’Ă©quilibre que le souffle dramatique. La clartĂ© et le souci d’articulation dĂ©fendent ici la figure lĂ©gendaire, enfin rĂ©estimĂ©e du Schubert Symphoniste Ă  Vienne, longtemps Ă©cartĂ© par Haydn, Mozart et bien sĂ»r Beethoven. Les 8 et 9 sont des incontournables par la fine Ă©loquence structurelle de l’approche.
Passionnante (re)dĂ©couverte pour tous, la musique symphonique complĂ©mentaire, ainsi regroupĂ©e qui offre une superbe vision gĂ©nĂ©rale de l’Ă©criture schubertienne pour orchestre, dĂ©voilant sa conception du dĂ©veloppement par variations et rĂ©pĂ©titions, sa prenante facilitĂ© mĂ©lodique : ainsi les musiques pour le drame Rosamunde, princesse de Chypre D797 (ouverture, entractes, choeur et ballets… sans omettre la fameuse romance…, Anne Sofie von Otter, Claudio Abbado, 1987 / 1989, cd 5). CuriositĂ©s : le mouvement de concerto pour violon D345 par Gidon Kremer au violon (1991), quelques ouvertures dans le style italien par Sawalich Ă  Dresde, 1967); surtout, miroirs des prĂ©occupations dramatiques et lyriques de Franz, ses Ouvertures, en liaison avec ses diverses tentatives d’opĂ©ras, tels : Le Diable Hydraulicien, Le chevalier au miroir, Le chĂąteau du diable, Les frĂšres Jumeaux, surtout Alfonso et Estrella, – sa plus grande partition lyrique, ou Fierrabras D796 par le Haydn Sonfonietta Wien, sous la direction vive, vivante de Manfred Huss (1997, cd8).

kremer gidon violon schubertAu chapitre de la musique de chambre (cd 9 Ă  21), les plus habiles dans l’intĂ©rioritĂ© partagĂ©e sont portĂ©s / canalisĂ©s par le violoniste Gidon Kremer dont tout un cycle a Ă©tĂ© ainsi enregistrĂ© par DG (Octuor D 803, cd9) ; cependant que les Quatuors sont confiĂ©s au Melos Quartett dans un cycle de rĂ©fĂ©rence rĂ©alisĂ© entre 1971 et 1975(en ut majeur, D 956 – Zurich, 1977 et aussi les Quatuors n°1, 2, 3, en ut mineur D103 — cd12 / n°4, 5, 6, 7, 8, 9 — cd13 et 14 “la jeune fille et la mort” , puis Quatuor 10 et 13 “Rosamunde” D 804 — cd15, ) ; taillĂ© comme un diamant aux arĂȘtes vives (le Quintette pour piano, violon, alto… La truite” D 667, avec Emil Guilels au piano en 1975 – cd11) ; les Trios sont dĂ©fendus avec quel panache et prĂ©cision fruitĂ©e par le Beaux Arts trio dont Menahem Pressler, pianiste Ă  la main leste et preste (1966-1969); Les Sonates pour violon (et aussi les Variations d’aprĂšs Die Schöne MĂŒllerin D 795) occupent ici toutes les ressources personnelles et chambristes de l’excellent violoniste Gidon Kremer, trĂšs engagĂ© sur le sujet schubertien : avec Oleg Maisenberg au piano (cd 20,21 — 1990-1995).

Il faut bien ici 13 cd pour couvrir tout l’Ɠuvre pour piano seul : ce qui rappelle combien le piano fut le confident, le double de Schubert, voyageur Ă  la quĂȘte infinie, porteur de ce spleen typiquement romantique et germanique Ă  Vienne, ou “Sehnsucht”. Avouons notre prĂ©fĂ©rence Ă  Andras Schiff, plutĂŽt que le clavier droit, dur, trop net de Kempff. Nette sĂ©duction pour l’envoĂ»tante Maria Joao Pires (Impromptus, CD 29, 1996 / 1997 cd30) ; mĂȘme enthousiasme pour les Moments musicaux et les 2 Scherzi (Live, 1989 — cd31). Parmi les inĂ©dits (premiĂšre publication au disque), le programme du cd33 : valses, Ă©cossaises, Allemande, LĂ€ndler, Trios, Menuet et Fantaisie… par Paul-Badura Skoda et Jörg Demus (1961-1965).

stokowski leopold maestro goldenski23stokowskifComplĂ©ment Ă  l’exploration symphonique initialement traitĂ©e dans les premiers cd de cette compilation / coffret choc : les 3 derniers cd 37,38 et 39. ComplĂ©ments plus qu’utiles : nĂ©cessaires pour votre culture sonore et musicale ; cd 37 : Symphonie n°8, fragments D708A (complĂ©tĂ©s, rĂ©orchestrĂ©s par Brian Newbould) ; trĂšs rare symphonie n°7,n°10, et fragments D615, par Neville Marriner et son Academy Saint Martin in the fields (Londres 1982-1983). Enfin le cd 39, regroupe 3 interprĂ©tations devenues Ă  juste titre lĂ©gendaires, les trois dans la mĂȘme 8Ăšme Symphonie : Carlos Kleiber et le Wiener Philharmoniker, d’une limpiditĂ© Ă©tonnante aux chants intĂ©rieurs d’une suavitĂ© murmurĂ©e ineffable (1978), Furtwangler et le Berliner en 1952, au souffle chtonien qui semble exprimer toute la morne langueur des tragĂ©dies connues ; enfin Leopold Stokowski (notre photo ci contre) et le London Philharmonic orchestra, d’une vitalitĂ© dĂ©taillĂ©e enivrante, sculptĂ©e comme un chirurgien poĂšte au geste mordant, onctueux, d’une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure superlative(1969). 3 esthĂ©tiques diverses et complĂ©mentaires qui en appellent Ă©videmment d’autres et dont celle de Abbado par comparaison, s’en tire avec tous les honneurs (cd2, 1987). Superbe Ă©dition, accompagnĂ©e prĂ©sentĂ©e par un livret dont un article traduit en français : “Venons-en Ă  nos chĂšres partitions… la musique instrumentale de Franz Schubert” par Michael Kube, tente une claire synthĂšse des derniĂšres recherches sur le gĂ©nie Schubertien.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Compte rendu critique. Schubert : The edition 1 (39 cd Limited edition / édition limitée), Deutsche Grammophon 4795545 GB 39 Deutsche Grammophon. Livret de 100 pages.

 

 

Conférence sur Schubert

schubert portrait 2Paris, confĂ©rence gratuite sur Schubert, le 27 janvier 2016, 19h30. Schubertiens parisiens rĂ©pondez Ă  l’appel du Palais littĂ©raire et musical, Ă  l’auditorium de la Maison du Barreau oĂč les avocats qui sont de grands mĂ©lomanes comme chacun sait, aiment partager leur passion des grands compositeurs dont en mercredi 27 janvier 2016, Franz Schubert. L’association fondĂ©e en 1913 (sous le haut patronage de Raymond PoincarĂ©, PrĂ©sident de la RĂ©publique), Le Palais LittĂ©raire et Musical, rattachĂ© au Barreau de Paris, a pour vocation de valoriser, Ă  travers un cycle annuel de confĂ©rences, les arts, en gĂ©nĂ©ral et plus prĂ©cisĂ©ment la littĂ©rature et la musique. Chaque sĂ©ance cultive en particulier l’échange et le partage d’idĂ©es, le dĂ©bat art noble par excellence et qui se perd de plus en plus, est un hĂ©ritage des LumiĂšres que les citoyens se doivent de prĂ©server. Le Palais LittĂ©raire et Musical Ă  Paris, fait sa part : tout le mĂ©rite revient donc Ă  ce cycle de confĂ©rences ouvertes, et gratuites.

La confĂ©rence autour de l’oeuvre de Franz Schubert est proposĂ©e et tenues par MaĂźtre AgnĂšs Viottolo, avocate au Barreau de Paris et Docteur en droit. PassionnĂ©e de musique classique, pianiste amateur Ă©mĂ©rite, AgnĂšs Viottolo a fait ses Ă©tudes de piano au Conservatoire National de RĂ©gion de Marseille.
AprĂšs le succĂšs de la confĂ©rence sur « La rĂ©volution Beethoven » animĂ©e par MaĂźtre Daniel Paquet en 2015, MaĂźtre AgnĂšs Viottolo propose une confĂ©rence-Ă©change sur l’ƒuvre du compositeur autrichien Franz Schubert. De sa genĂšse Ă  sa maturitĂ©, AgnĂšs Viottolo Ă©voquent les Ă©lĂ©ments qui caractĂ©risent et dĂ©finissent l’ƒuvre de Schubert : du lied, au piano seul en passant par la musique de chambre et la musique sacrĂ©e, sans oublier la figure du Voyageur qui parcourt l’Ɠuvre du compositeur…

Mercredi 27 janvier 2016 Ă  19h30
PALAIS LITTÉRAIRE & MUSICAL
Auditorium de la Maison du Barreau
2, rue de Harlay 75001 Paris
Entrée libre

Infos, réservations sur le site du Palais Littéraire et musical

Schubert – Impromptu n°3, Opus 90 (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_SchubertSchubert – Impromptu n°3, Opus 90 (partition interactive pour PIANO). Les Impromptus pour piano regroupent deux sĂ©ries de quatre courtes piĂšces composĂ©es par Franz Schubert en 1827 : soit les quatre Impromptus D 899 opus 90. Schubert passe alors d’heureuses vacances Ă  Graz en septembre 1827 avec son ami Jenger. Les 4 piĂšces se rĂ©pondent et forment dans la globalitĂ©, une cohĂ©rence unique. Ainsi le 3Ăšme prolonge la mĂ©ditation du 1er. Les 2 et 4 semblent appartenir Ă  la mĂȘme rĂȘverie lointaine.

 

L’Impromptu n°3 est en sol bĂ©mol majeur (Andante). L’éditeur viennois Tobias Haslinger ne publia les Impromptus 3 et 4 qu’en 1855, soit bien aprĂšs la mort de Schubert. Avec le n°2, l’Impromptu n°3 joue un rĂŽle dramatique clĂ© dans le film de Bertrand Blier, Trop belle pour toi (1989). Ce mĂȘme n°3 a Ă©tĂ© rĂ©Ă©crit et adaptĂ© par le compositeur Michael Nyman (devenu Impromptu pour 12 doigts) pour le film de science fiction Bienvenue Ă  Gattaca (1997).  Il est en outre surnommĂ© « Rosamunde » car Schubert y rĂ©utilise le thĂšme de son Quatuor Ă  cordes n°13 en la mineur D 804.

 

D’une pudeur rentrĂ©e, l’Andante dĂ©roule sa cantilĂšne Ă  la fois rĂȘveuse et amoureuse d’une tendresse infinie ; il semble rĂ©activer un souvenir heureux d’une saisissante intensitĂ© parfois d’une violence intacte faisant jaillir la force prĂ©servĂ©e d’une effusion intime trĂšs profonde. DurĂ©e de la partition : 5:06.

 

 

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer l’Impromptu n°3 de Schubert


 

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de
l’Impromptu n°3 de Schubert, Ă©ditĂ©e par Tombooks

 

 

Niveau de difficulté : intermédiaire / difficile (5-6)
Type de partition : sans accompagnement
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play Schubert – Impromptu n° 3, Opus 90, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau.

 

 

 

 

Partitions interactives, PIANO. Schubert : Impromptu n°2 opus 90

IcĂŽne_1024x1024_SchubertPartitions interactives, PIANO. Schubert : Impromptu n°2 opus 90. Avec l’application pour iPad Play Schubert – Impromptu n° 2, Opus 90, l’Ă©diteur Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale en proposant des fonctionnalitĂ©s nouvelles :
- Faites dĂ©filer la partition interactive sur l’Ă©cran au tempo que vous aurez choisi
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

Niveau de difficulté : avancé (7-8)
Prix : 2,99 euros
Partition interactive disponible sur iPad

 

 

Télécharger la partition interactive Schubert : Impromptu n°2 opus 90
(avec la démonstration de la partition interactive : )

http://tom-books.com/app/impromptu-n-2-opus-90/

CD, critique compte rendu. Schubert : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011)

abbado-schubert-the-great-la-grande-symphony-9-cd-critique-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-juin-2015CD, critique compte rendu. Schuebrt : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011). AprĂšs une Symphonie n°9 de Bruckner (Lucerne, 2013) sublime par ses Ă©lans et vertiges spirituels malgrĂ© la massivitĂ© de l’effectif, Ă©galement Ă©ditĂ©e par Deutsche Grammophon (CLIC de classiquenews de juillet 2014), voici une autre gravure de septembre 2011 Ă  Bologne oĂč le maestro avait depuis 2004 fondĂ© l’Orchestre Mozart, famille d’instrumentistes mĂȘlant talents chevronnĂ©s et jeunes apprentis dĂ©jĂ  trĂšs expĂ©rimentĂ©s : de cette Ă©quipe Ă  double profil, si complĂ©mentaire (les vertus de la transmission transgĂ©nĂ©rationnelle), Abbado fait une Ă©quipe lumineuse animĂ©e par une cohĂ©rence exceptionnelle, d’une Ă©nergie mesurĂ©e et nuancĂ©e qui fait littĂ©ralement merveille dans une vision attendrie, palpitante, instrumentalement et architecturalement … totalement superlative : malgrĂ© l’ampleur lĂ  aussi de l’orchestre, Abbado sait distiller une claire Ă©lectricitĂ© des cordes, ce fruitĂ© langoureux et nostalgique, sachant constamment balancer entre Ă©nergie, noblesse, gravitĂ© et dĂ©tachement tendre, voire jaillissement poĂ©tique entre le rĂȘve inespĂ©rĂ© et l’innocence recouvrĂ© (par la voix de la clarinette et du hautbois dans l’Andante con moto.

 

 

 

En septembre 2011 Ă  Bologne, Claudio Ababdo retrouve son Orchestra Mozart

Le Schubert Ă©tincelant du dernier Abbado

 

 

Le chef (qui devait s’Ă©teindre 3 annĂ©es aprĂšs ce concert le 20 janvier 2014 des suites d’un cancer) apporte sa profonde connaissance du massif symphonique composĂ© par Schubert entre 1825, et qui rĂ©alise un chef d’oeuvre dans l’art du romantisme symphonique immĂ©diatement aprĂšs Beethoven. L’urgence qu’il imprime au dernier mouvement, allegro, se fait danse subtilement mesurĂ©e, avec un soin pour les dĂ©tails dans la combinaison des timbres, une intelligence de la clartĂ© et de la transparence entre les pupitres qui s’avĂšrent bĂ©nĂ©fiques. Le feu jamais Ă©pais, son Ă©nergie d’un raffinement inouĂŻ, font les dĂ©lices de cette rĂ©alisation de surcroĂźt un live oĂč c’est le geste complice, amoureux, et si perfectionniste du chef qui rayonne aprĂšs sa mort. L’Ɠuvre est un poncif dans son catalogue : il l’a abordĂ© tĂŽt dans sa carriĂšre, dĂšs 1966 Ă  La Haye, et affinitĂ© secrĂšte et continuelle avec Franz, le jeune Claudio avait remportĂ© le Concours Koussevitsky (le grand chef crĂ©ateur et dĂ©fenseur des Symphonies de Sibelius) en 1958 avec une autre Symphonie schubertienne, la troublante et Ă©nigmatique “InachevĂ©e”. Ici, avec la mĂȘme finesse poĂ©tique, Abbado dĂ©voile dans une version complĂšte comprenant toutes les reprises (soit un peu plus d’une heure en durĂ©e), la versatilitĂ© structurelle de Schubert entre l’allant inextinguible et le recul introspectif, d’une tendresse infinie. L’Ă©cart aurait paru acrobatique ailleurs : ici il est gĂ©nĂ©rateur d’accomplissement et de jaillissement constant. Une fĂȘte savoureuse, des timbres en accord, un chef au sommet de la connivence. Magistral. CLIC de classiquenews.

 

 

CD, critique compte rendu. Schuebrt : Symphonie n°9 “la grande”. Claudio Abbado, Orchestra Mozart (1 cd Deutsche Grammophon, Bologne, 2011 – RĂ©f.: 00289 479 4652).

 

 

 

Impromptus de Schubert (D899)

logo_francemusiqueFrance Musique. Dimanche 22 mars 2015, 20h30. Impromptus D 899 de Franz Schubert. VĂ©ritable hymne Ă  la nuit, appel au songe le plus enivrant,  le livre D899 opus 90 des Impromptus schubertiens (1827) est pure immersion dans le rĂȘve, oĂč dans la rĂ©itĂ©ration du souvenir se mĂȘlent la force des instants vĂ©cus ou supposĂ©s, et l’intensitĂ© toute autant prenante du dĂ©sir qui les convoque. Tel est cette magie particuliĂšre de la Sehnsucht schubertienne (spleen, Ă©lan, dĂ©sir, action, rĂ©trospection
 comme on voudra), qui doit ĂȘtre exprimĂ©e et clarifiĂ©e comme une caresse par le jeu des pianistes enchantĂ©s.

Schubert portraitRĂȘverie et songe schubertiens
 Dans la derniĂšre sĂ©quence de sa vie trop courte (il meurt Ă  Vienne en novembre 1828), Schubert comme libĂ©rĂ© de la figure Ă©crasante du Titan Ă©galement viennois, Beethoven (qui meurt en cette annĂ©e dĂ©cisive), compose avec une nouvelle frĂ©nĂ©sie : il en dĂ©coule les 4 Impromptus pour piano dont le livre D 899, composĂ© en septembre 1827 pendant son sĂ©jour chez son ami Jenger Ă  Graz. La rĂȘverie traverse chaque sĂ©quence comme la rĂ©itĂ©ration d’un souvenir secret dont l’énoncĂ© rappelle aussi les landier ; la rusticitĂ© et la simplicitĂ© y Ă©voquent les soirĂ©es ou Schubertiades oĂč le compositeur aimait jouer ses Ɠuvres entourĂ©s de ses amis. Schubert n’innove pas vĂ©ritablement mais le filtre Ă©motionnel auquel il soumet toutes ses Ɠuvres atteint ici Ă  des climats intĂ©rieurs inexplorĂ©s avant lui : l’alternance mineur / majeur, la rĂ©exposition particuliĂšrement affinĂ©e des thĂšmes, le jeu liquide, mouvant du chant et du contrechant, dessinent autant de paysages d’une infinie suggestion, perspectives oĂč l’ñme errante semble se perdre, mais retrouve en dĂ©finitive les ferments les plus intimes de sa propre identitĂ©.

Quels interprĂštes savent exprimer les chants intĂ©rieurs d’un Schubert rĂȘveur mais aussi lucide voire sarcastique dont le gĂ©nie mĂ©lodique porte la quĂȘte du Voyageur, entre errance, solitude, pleine conscience
 DĂšs le premier Ă©pisode de l’opus 90, le compositeur fait entendre vertiges et dĂ©flagrations, comme il exprime au plus profond des replis de l’ñme, cette notion de Sehnsucht si typique de la sensibilitĂ© romantique allemande


France Musique. Dimanche 22 mars 2015, 20h30. Impromptus D 899 de Franz Schubert. Magazine La tribune des critiques

Paris, Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fĂȘter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprĂ©tation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd rĂ©unissant les cycles Wintereise, Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang est Ă©ditĂ© en dĂ©cembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un rĂ©cital Schubert dĂ©diĂ© aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle Ă©laborĂ©e par Anton Webern et dont les dĂ©fis instrumentaux sont relevĂ©s ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associĂ©e de l’Orchestre : une chance pour elle car Ă©tant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaĂźt de l’intĂ©rieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poĂ©tique comme des images portĂ© par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expĂ©rience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. MĂȘme comme ce soir invitĂ©e en tant que chanteuse, le tempĂ©rament charismatique de l’interprĂšte, ses affinitĂ©s naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur
 l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considĂ©rablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la rĂ©alisation de ce programme Ă  ne manquer sous aucun prĂ©texte. VOIR notre entretien vidĂ©o avec Nathalie Stutzmann Ă  propos du rĂ©cital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, ThĂ©Ăątre des Champs EIlysĂ©es.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle MeuniĂšre, orchestrĂ©s par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Vidéo, entretien. Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

orchestre de chambre de Paris OCP logo 2013Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Le 13 janvier 2015, 20h.  Au moment de fĂȘter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprĂ©tation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd rĂ©unissant les cycles Wintereise, Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang est Ă©ditĂ© en dĂ©cembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un rĂ©cital Schubert dĂ©diĂ© aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle Ă©laborĂ©e par Anton Webern et dont les dĂ©fis instrumentaux sont relevĂ©s ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. En LIRE+

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Schubert

stutzmann nathalie schubert lieder IMG_0389-Nathalie-RT-Warmer_(c)_Simon_Fowler-480Paris, TCE. Lieder de Schubert, OCP, Nathalie Stutzmann. Mardi 13 janvier 2015, 20h. Au moment de fĂȘter les 20 ans de sa collaboration avec la pianiste Inger Södergren dans l’interprĂ©tation des lieder de Schubert (le coffret de 3 cd rĂ©unissant les cycles Wintereise, Die Schöne MĂŒllerin, Schwanengesang est Ă©ditĂ© en dĂ©cembre par Erato), la contralto Nathalie Stutzmann propose un rĂ©cital Schubert dĂ©diĂ© aux lieder mais dans une parure orchestrale, celle Ă©laborĂ©e par Anton Webern et dont les dĂ©fis instrumentaux sont relevĂ©s ce soir par l’Orchestre de chambre de Paris sous la direction de son chef principal Thomas Zehetmair. Nathalie Stutzmann est aussi artiste associĂ©e de l’Orchestre : une chance pour elle car Ă©tant aussi chef (avec son propre orchestre sur instruments d’époque), la cantatrice connaĂźt de l’intĂ©rieur chaque inflexion expressive de chacun des lieder choisis. Pour preuve, soucieuse de la profondeur poĂ©tique comme des images portĂ© par le texte, Nathalie Stutzmann peut partager son expĂ©rience schubertienne avec les instrumentistes et leur chef. MĂȘme comme ce soir invitĂ©e en tant que chanteuse, le tempĂ©rament charismatique de l’interprĂšte, ses affinitĂ©s naturelles avec la sehnsucht Schubertienne (nostalgie, langueur
 l’équivalent germanique du spleen romantique français) enrichissent considĂ©rablement la propre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris pour la rĂ©alisation de ce programme Ă  ne manquer sous aucun prĂ©texte. VOIR notre entretien vidĂ©o avec Nathalie Stutzmann Ă  propos du rĂ©cital Schubert : lieder avec orchestre mardi 13 janvier 2015, 20h, Paris, TCE, ThĂ©Ăątre des Champs EIlysĂ©es.

 

 

 

Nathalie Stutzmann chante les lieder de Franz Schubert avec l’Orchestre de chambre de Paris (Thomas Zehetmair, direction), le mardi 13 janvier 2014, 20h

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Programme

W. A. Mozart : Adagio et Fugue en ut mineur, K 546, pour cordes

Schubert : Lieder, extraits de Rosamunde, Voyage d’hiver, Le Chant du Cygne, La Belle MeuniĂšre, orchestrĂ©s par Webern, Offenbach, etc.
Symphonie n° 9 en ut majeur « La Grande »

 

 

 

Concert, annonce. Guillaume Coppola joue Schubert

CD. Le Schubert oubliĂ© enchantĂ© de Guillaume CoppolaParis, Cons. d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Le 9 dĂ©cembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert Ă©ditĂ© par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un rĂ©cital 100% Schubert composĂ© de valses mĂ©connues du compositeur romantique actif Ă  Vienne dont le tempĂ©rament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola rĂ©investit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversĂ© et portĂ© par la grĂące. Le jeu du pianiste, ancien Ă©lĂšve de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poĂ©tiques d’une absolue fluiditĂ©, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en Ă©tat d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 dĂ©cembre est conçu comme ceux de Schubert Ă  Vienne pendant la terreur instituĂ©e par Maeterlinck, comme une rĂ©union d’amis, une Schubertiade, oĂč l’entente et la comprĂ©hension fĂ©conde scellent l’effusion de moments privilĂ©giĂ©s. Pour son public, Guillaume Coppola fait de mĂȘme : il entend partager avant tout l’expĂ©rience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire. LIRE notre prĂ©sentation du concert Schubert par Guillaume Coppola

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Ɠuvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies
 Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrĂšte intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂȘte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. Lire notre critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

RĂ©cital Guillaume Coppola Ă  Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, MĂ©lodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Ɠuvres enregistrĂ©es sur l’album rĂ©cent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font dĂ©couvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximitĂ© avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert Ă  tous permettant au public d’Ă©changer et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, thĂ©Ăątre Ă  l’italienne avec sa dĂ©coration pompĂ©ienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siĂšcle rarement ouvert au public. Connu Ă  l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siĂšge du premier Conservatoire de musique et de dĂ©clamation entre 1784 et 1911 (avant son dĂ©mĂ©nagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire (ancĂȘtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scĂšne ou dans ses classes : FrĂ©dĂ©ric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
AccĂšs : MĂ©tro Grands Boulevards – Parking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg PoissonniĂšre

Informations / RĂ©servations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprÚs des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

RĂ©cital du pianiste Guillaume Coppola Ă  Paris

CD. Le Schubert oubliĂ© enchantĂ© de Guillaume CoppolaParis, Conservatoire d’Art dramatique. Guillaume Coppola, piano. Mardi 9 dĂ©cembre 2014, 20h. A l’occasion de la sortie de son nouveau disque Schubert Ă©ditĂ© par le label français Eloquentia, le pianiste Guillaume Coppola propose un rĂ©cital 100% Schubert composĂ© de valses mĂ©connues du compositeur romantique actif Ă  Vienne dont le tempĂ©rament introspectif sait recycler les danses populaires avec une tendresse peu commune. Dans son album Valses nobles et sentimentales (D 969 et D 779), Guillaume Coppola rĂ©investit les territoires nostalgiques d’un musicien souvent traversĂ© et portĂ© par la grĂące. Le jeu du pianiste, ancien Ă©lĂšve de Bruno Rigutto, Nicholas Angelich, Christian Ivaldi et Marie-Françoise Bucquet au CNSMD de Paris,  chante en visions poĂ©tiques d’une absolue fluiditĂ©, le grand spleen (Sensucht) d’un Schubert en Ă©tat d’hypnose. Le concert parisien de ce 9 dĂ©cembre est conçu comme ceux de Schubert Ă  Vienne pendant la terreur instituĂ©e par Maeterlinck, comme une rĂ©union d’amis, une Schubertiade, oĂč l’entente et la comprĂ©hension fĂ©conde scellent l’effusion de moments privilĂ©giĂ©s. Pour son public, Guillaume Coppola fait de mĂȘme : il entend partager avant tout l’expĂ©rience intime de la musique dont les territoires schubertiens ouvrent d’immenses perspectives pour l’imaginaire.

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaUn extrait de la critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano, CLIC de classiquenews en septembre 2014 : … “En s’attachant principalement aux Ɠuvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies
 Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrĂšte intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂȘte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit Ă  travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractĂ©risĂ©es, dessine une perspective dont l’interprĂšte sait restituer la secrĂšte unitĂ© organique. … (…)… Des Sentimentales, si bien nommĂ©es mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est lĂ -, on retient la 13Ăšme Ă©videmment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante
 et comme Ă©ternellement tournante comme un perpetuum mobile
 , mais aussi la 18Ăš et sa cadence racĂ©e pleine de fiertĂ© comme d’élĂ©gance.  C’est une sĂ©rie de sĂ©quences qui frappe par leur nervositĂ© comme leur souplesse mĂ©lodique : acuitĂ©, prĂ©cision, versatilitĂ© dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque Ă©pisode comme un mini drame d’une mordante vivacitĂ©. Un appĂ©tit de vivre qui contraste Ă©videmment avec la gravitĂ© des piĂšces complĂ©mentaires : la Sonate D 537 de mars 1817.” Lire notre critique complĂšte du cd Schubert Valses nobles et sentimentales par Guillaume Coppola, piano

 

 

 

 

RĂ©cital Guillaume Coppola Ă  Paris
Mardi 9 décembre 2014, 20h
Paris, 75009 – Conservatoire d’Art dramatique

Franz Schubert
Sonate D 537, Valses, MĂ©lodie Hongroise, et quelques surprises en compagnie d’artistes amis de Guillaume Coppola (Ɠuvres enregistrĂ©es sur l’album rĂ©cent de Guillaume Coppola : Valses nobles et Valses sentimentales

Les concerts Pianissimes font dĂ©couvrir de jeunes talents qui seront les grands de demain, dans une ambiance conviviale et intimiste qui favorise la proximitĂ© avec les artistes. Ils sont sans entracte et se poursuivent par un cocktail ouvert Ă  tous permettant au public d’Ă©changer et de rencontrer les musiciens de façon informelle.

Le Conservatoire d’Art Dramatique, thĂ©Ăątre Ă  l’italienne avec sa dĂ©coration pompĂ©ienne et sa bonne acoustique, est un lieu mythique de la vie musicale parisienne du XIXe siĂšcle rarement ouvert au public. Connu Ă  l’origine sous le nom d’Hotel des Menus-Plaisirs, il fut le siĂšge du premier Conservatoire de musique et de dĂ©clamation entre 1784 et 1911 (avant son dĂ©mĂ©nagement rue de Madrid) et celui de l’Orchestre de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire (ancĂȘtre de l’Orchestre de Paris). Il a accueilli sur sa scĂšne ou dans ses classes : FrĂ©dĂ©ric Chopin, Franz Liszt, Dinu Lipatti, Marguerite Long, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Samson François…

Conservatoire d’Art Dramatique
2 bis rue du Conservatoire – Paris 9e
AccĂšs : MĂ©tro Grands Boulevards – Parking 28 boulevard de Bonne Nouvelle
ou 5/7 rue du Faubourg PoissonniĂšre

Informations / RĂ©servations :

De préférence par Internet : www.lespianissimes.com
ou par téléphone auprÚs des Pianissimes 01 48 87 10 90 (messagerie).
Tarif normal 30€
Tarif jeunes 15€ (moins de 26 ans).

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement Ă  ce qui est indiquĂ©, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques
 A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique
 ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernitĂ© et sa sensibilitĂ© visionnaire ne peuvent selon nous ĂȘtre rangĂ©es dans aucune case
 trĂȘve d’observations de dĂ©tail : car c’est bien de plusieurs textes dĂ©cisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus Ă  propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et mĂȘme Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais cachĂ© qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacrĂ© des discours et prĂ©sentations trĂšs dĂ©taillĂ©s, surtout trĂšs militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois derniĂšres : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur rĂ©sonne comme une dĂ©flagration, par sa sonoritĂ© inĂ©dite et inclassable qui fait imploser la forme elle-mĂȘme et le tissu mĂ©lodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigĂ© les opĂ©ras majeurs Ă  Salzbourg) n’a Ă©tĂ© ici plus argumentĂ©, mieux inspirĂ©, dans un texte rĂ©digĂ© pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions Ă  la pratique le lecteur se reportera Ă  l’excellent double cd Ă©ditĂ© simultanĂ©ment chez Sony classical, dĂ©diĂ© justement au 3 derniĂšres Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delĂ  de l’exercice hommage (lĂ©gitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes Ɠuvres doivent demeurĂ©es accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se prĂ©cisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expĂ©rience humaniste et spirituelle Ă  partager avec les publics. . A travers les textes de confĂ©rence et de prĂ©sentation liĂ©s aux Ă©ditions du festival Styriarte, mais aussi grĂące Ă  l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thĂšmes variĂ©s (De Beethoven Ă  Berg, 1990 ; la rhĂ©torique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redĂ©couverts
 Ainsi se profile aussi une connaissance aiguĂ« de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert Ă  Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une maniĂšre d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie oĂč se mĂȘle musique populaire (danses traditionnelles), Ă©lĂ©gance, nostalgie
 Pour comprendre une Ă©criture, il faut Ă©videmment revenir Ă  ses origines et connaĂźtre absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation rĂ©ductrice et tronquĂ©e, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysĂ©mantique d’une richesse inouĂŻe :la preuve en est donnĂ©e chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen prĂ©sente une palette exceptionnellement dĂ©taillĂ©e de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensitĂ©, durĂ©e, caractĂšre de la note ou de la phrase
).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opĂ©ra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, 
 mĂȘme Brahms y paraĂźt tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessĂ© d’ĂȘtre depuis ses dĂ©buts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en dĂ©fricheur et en rĂ©volutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les Ɠuvres. Un modĂšle et une personnalitĂ© Ă  part
 en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. SĂ©lection de textes, confĂ©rences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

CD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia).

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia). En s’attachant principalement aux Ɠuvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies… Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrĂšte intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂȘte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit Ă  travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractĂ©risĂ©es, dessine une perspective dont l’interprĂšte sait restituer la secrĂšte unitĂ© organique.
Miniatures – la plus longue est la 3Ăšme des Nobles (plus de 2mn), quand la plupart avoisine, 30, 40 ou 50 secondes, – majoritairement sur le rythme syncopĂ© balançant et donc hypnotique dit  ” anapestique ” (2 croches/ 1 noire)-, il s’agit d’esquisses – bambochades dirions nous en contexte pictural-, d’un trait d’humeur rapidement esquissĂ© qui suscite surtout une part de libertĂ© et de fine lĂ©gĂšretĂ© proche de l’esquisse ou de l’improvisation. Le pianiste les aborde moins comme des passades sans enjeu que, de sĂ©quence en sĂ©quence, une mĂȘme course vers des Ă©pisodes d’un seul et unique paysage : aliment de base des fameuses schubertiades, chaque valse enchaĂźnĂ©e avec la suivante compose un miroitement sensible oĂč triomphe toujours sous les doigts agiles et conteurs du pianiste, la vitalitĂ© de l’instant, l’Ă©nergie mais aussi une multitudes de colorations plus tĂ©nues et subtiles : entre la tension d’un galop grande Ă©cole et le geste fugace d’une caresse Ă©chevelĂ©e, libre, fantaisiste. L’ivresse et l’insouciance qui s’en dĂ©gagent,  rĂ©alisent merveilleusement cet abandon dĂ©sirĂ© par les participants proches de Schubert, alors que sĂ©vit dehors dans les rues de la Vienne d’alors, la police rĂ©pressive de Metternich. Nous sommes bien dans le rĂȘve d’une Arcadie humaine, dĂ©sireuse de paix, d’harmonie, du sĂ©rĂ©nitĂ© du songe.

Paysages et mondes oubliĂ©s d’un Schubert enchantĂ©

CLIC_macaron_20dec13Des Sentimentales, si bien nommĂ©es mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est lĂ -, on retient la 13Ăšme Ă©videmment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante… et comme Ă©ternellement tournante comme un perpetuum mobile… , mais aussi la 18Ăš et sa cadence racĂ©e pleine de fiertĂ© comme d’Ă©lĂ©gance.  C’est une sĂ©rie de sĂ©quences qui frappe par leur nervositĂ© comme leur souplesse mĂ©lodique : acuitĂ©, prĂ©cision, versatilitĂ© dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque Ă©pisode comme un mini drame d’une mordante vivacitĂ©. Un appĂ©tit de vivre qui contraste Ă©videmment avec la gravitĂ© des piĂšces complĂ©mentaires : la Sonate D 537 de mars 1817. Le premier mouvement semble habitĂ© par une dĂ©termination parfois vĂ©hĂ©mente (accords premiers d’un marcato beethovĂ©nien), que contrepointent des facettes plus enivrĂ©es elles aussi mais caractĂ©risĂ©es avec une profondeur mystĂ©rieuse : rĂȘverie, abandon ou Ă©lan conquĂ©rant, le clavier balance constamment entre les deux aspirations. Net, franc, nuancĂ©, le jeu de Guillaume Coppola (y compris dans le second mouvement et son allegretto staccato guilleret en forme de marche errance) restitue Ă  la Sonate son questionnement permanent voire son mouvement de course frĂ©nĂ©tique, de volontĂ© Ă©perdue qui colore l’ensemble d’une vĂ©locitĂ© souvent irrĂ©sistible.
coppola guillaumeEnfin, superbe conclusion en forme de miniature elle aussi, la mĂ©lodie hongroise D 817, composĂ©e Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1817 chez les Esterhazy, saisit par sa grĂące nerveuse Ă©lĂ©gantissime, une synthĂšse de style viennois : son allure plus tzigane qu’hongroise, inspirĂ©e directement d’un air chantĂ© par une domestique de la maison, prĂ©cipite tout l’art d’un Schubert, gĂ©nies des enchaĂźnements, passant du mineur au majeur, sans faiblir, et lĂ  aussi avec cet aplomb enchantĂ© qu’ont les interprĂštes les mieux inspirĂ©s. Caressant les notes pointĂ©es d’un chef d’Ɠuvre concis, condensĂ©, de moins de 4mn, – au dĂ©veloppement minimal-, Guillaume Coppola Ă  la fois agile et percutant, sait basculer dans le rĂȘve le plus tendre et le plus intime, arrĂȘter le temps, suspendre la note… ouvrir les mondes invisibles, donner matiĂšre Ă  la pure rĂȘverie, en une marche errance devenue rituel enchantĂ©. RĂ©cital d’un immense Schubertien, poĂšte arpenteur et conteur habitĂ©.

Franz Schubert (1797-1828) : Valses nobles D969, Sonate en la mineur D537, Valses Sentimentales D779, MĂ©lodie hongroises D817. Guillaume Coppola, piano. 1 cd Eloquentia EL 1445.

CD. Philippe Cassard joue Schubert (1 cd Dolce Volta, Ă  paraĂźtre le 23 septembre 2014)

Schubert_Philippe_Cassard_La_Dolce_VoltaCD. Philippe Cassard joue Schubert (1 cd Dolce Volta, Ă  paraĂźtre le 23 septembre 2014). Pianiste mĂ©diatisĂ© entre autres grĂące Ă  son excellente Ă©mission sur France musique dont il est producteur « Notes du traducteur », rare programme pĂ©dagogique, vivant, remarquablement accessible sur les ondes, Philippe Cassard n’est pas qu’un passeur Ă©merveillĂ©, soucieux de transmettre sa passion du piano et des Ɠuvres. Comme immense interprĂšte (et Ă  notre avis pas assez reconnu comme tel en France), l’instrumentiste poursuit son exploration du continent schubertien avec ce souci musical, cette Ă©lĂ©gance trĂšs incarnĂ©e dont il a le secret. Ses Impromptus dĂ©jĂ  parus sous Ă©tiquette Accord (janvier 2008) avaient Ă©tĂ© particuliĂšrement convaincants,  – Ă©lus lĂ©gitimement « coup de coeur » de la RĂ©daction cd de Classique news. Son remarquable essai sur le geste et la pensĂ©e mĂ©lancolique d’un Franz Schubert fin poĂšte, ambassadeur singulier de la sehnsucht ou vertige nostalgique propre aux grands romantiques germaniques du XIXĂšme (Ă©ditĂ© chez Actes Sud) suffit Ă  Ă©clairer la pertinence de l’interprĂšte de Franz Schubert (1797-1828) : il y a de la finesse allusive, une lĂ©gĂšretĂ© profonde et grave, des vertiges et abandons introspectifs dans son toucher enchanteur. Dans ce nouvel album, le pianiste traverse les paysages lunaires, crĂ©pusculaires, immensĂ©ment Ă©vocateurs de la Sonate D959 Ă  laquelle il associe trois partitions antĂ©rieures pour 4 mains, immersion ainsi rĂ©trospective dans l’annĂ©e 1828, la derniĂšre annĂ©e, celle des ultimes accomplissements et de la disparition malheureuse.
Philippe Cassard y joue seul donc (Sonate D959) ; puis s’appuyant sur la complicitĂ© de Cedric Pescia, prĂ©sente les piĂšces pour 4 mains : Fantaisie D940 en fa mineur, “LebensstĂŒrme” D947 en la mineur, Rondo D951 en la majeur.

 

 

cassard philippe B.Martinez

 

 

Nouveau cd annoncĂ© le 23 septembre chez Dolce Volta, sobrement intitulĂ© «  1828 ». DurĂ©e : 1h18mn. EnregistrĂ© Ă  Paris en fĂ©vrier 2014 (Ă©glise du Bon Secours). Piano D Steinway. En outre, pour commĂ©morer la 400Ăšme Ă©mission de Notes du traducteur sur France Musique paraĂźtra en octobre 2014, un coffret de 6 cd rĂ©capitulatif. La 10Ăšme saison de Notes du traducteur sur France Musique commence en septembre 2014. C’est l’un des programmes unanimement plĂ©biscitĂ© par les auditeurs de France Musique et de loin, la meilleure programmation de sensibilisation du paysage radiophonique français.

agenda
Philippe Cassard joue en août 2014 la Sonate D959 (enregistrée dans son nouvel album Dolce Volta) :

Le 23 août 2014
Abbaye de Fontmorigny (Cher)

Le 28 août 2014
Festival de la Chaise Dieu (Haute Loire)

Programme :
Schubert : Sonate en la majeur, D.959
Liszt : “Miserere”, extrait du TrouvĂšre de Verdi
Brahms : 7 Fantaisies, opus 116 / Rhapsodie, opus 79, n°2 en sol mineur

Site officiel du pianiste Philippe Cassard

http://www.philippecassard.com/index.html

CD événement, annonce. Guillaume Coppola joue Valses et Sonate de Franz Schubert (Eloquentia). A paraßtre le 23 septembre 2014

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD Ă©vĂ©nement, annonce. Guillaume Coppola joue Valses et Sonate de Franz Schubert (Eloquentia). A paraĂźtre le 23 septembre 2014. IntensitĂ© fraĂźche, sensibilitĂ© suggestive mais aussi juvĂ©nilitĂ© grave : le jeu du pianiste Guillaume Coppola devrait convaincre dans son prochain disque Ă©ditĂ© par Eloquentia et dĂ©diĂ© Ă  Franz Schubert. Le voile y est levĂ© sur l’insouciance rĂȘveuse et nostalgique des 12 Valses nobles et des 34 Valses sentimentales, 
 autant de miniatures qui sont chacune un creuset d’émotions vives et contrastĂ©es Ă  l’époque oĂč Vienne subissait l’ordre moral Ă©triquĂ© imposĂ© par le chancelier Metternich. Dans ce rĂ©cital attendu, Guillaume Coppola qui joue un Steingraeber minutieusement prĂ©parĂ© pour l’enregistrement, exalte l’ardente espĂ©rance d’un Schubert tournĂ© vers l’introspection du cƓur et les aspirations intimes de l’ñme. Aux Valses enivrantes, le pianiste ajoute la premiĂšre Sonate pleinement aboutie du Viennois : la Sonate n°5 en la mineur D537, et la MĂ©lodie hongroise, d’une dĂ©licatesse de ton absolue, conclusion Ă©perdue et tendre, pleine de panache et de repli-, d’un programme discographique dont la critique complĂšte paraĂźtra dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la parution du cd.

 

Franz Schubert : Valses, Sonate, MĂ©lodie hongroise. Guilluame Coppola, piano – 1 cd Eloquentia. A paraĂźtre le 23 septembre 2014.

CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon).

pires-maria-joao-400CLIC_macaron_2014CD. Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon). NĂ© en 1944 Ă  Lisbonne, – la mĂȘme annĂ©e que son confrĂšre brĂ©silien Nelson Freire-, Maria Joao Pires fĂȘte donc en 2014 ses 70 ans... L’occasion Ă©tait trop forte pour Deutsche Grammophon de cĂ©lĂ©brer cet anniversaire en Ă©ditant un coffret rĂ©unissant ses nombreux rĂ©citals comme solistes, Ă  partir de 1989 quand dĂ©bute ses enregistrements pour le label jaune; l’enfant prodige portugaise qui fit son apprentissage Ă  Lisbonne puis en Allemagne (Munich, Hanovre), s’installant ensuite au BrĂ©sil, aprĂšs s’ĂȘtre fĂąchĂ© avec son Portugal natal, puis se fixant en Suisse, se livre ici en ses champs d’Ă©lection et d’accomplissements : Chopin, Schubert, Schumann. Trilogie sacrĂ©e d’un parcours façonnĂ© comme un questionnement jamais interrompu, une quĂȘte conduisant aux constructions intimes… MalgrĂ© des dispositions limitĂ©es (petites mains), la pianiste d’une simplicitĂ© exemplaire et d’une humanitĂ© profonde, s’est taillĂ©e cette fluiditĂ© qui semble surgir de l’enfance, Ă  force de travail, d’apprentissage, d’assiduitĂ© sur le clavier rĂ©sistant. Autre voie de libĂ©ration pour l’interprĂšte autodisciplinĂ©e : Mozart dont elle exprime la claire urgence de l’enfant foudroyĂ©. La mozartienne traverse et porte les rĂȘveries miroitantes de Wolfgang depuis son enfance : ses premiers concerts sont mozartiens et c’est avec Claudio Abbado qu’elle joue aussi les Concertos pour piano. RĂ©vĂ©lĂ©e par la compĂ©tition du bicentenaire Beethoven de Bruxelles en 1970 (Premier prix), la pianiste n’ a cessĂ© de travailler sa sonoritĂ© personnelle qui est d’abord une Ă©coute intĂ©rieure. Toute sa dĂ©marche rĂ©tablit la relation du jeu pianistique avec le chant du corps et le dĂ©veloppement intime de la personne, c’est pourquoi Maria Joao Pires dĂ©veloppe aussi une pĂ©dagogie originale qui fondĂ©e sur la transmission, apporte aux jeunes musiciens la connaissance croisĂ©e d’autres disciplines que la musique : philosophie, histoire de l’art, danse et thĂ©Ăątre. Son approche se concentre sur le temps mystĂ©rieux, l’Ă©quilibre fondateur de l’ĂȘtre le plus intime. Ecouter ses Schubert (Ă©couter la petite musique du cƓur de l’andante sostenuto de la D 960) permet de mesurer cette quĂȘte au long cours qui fonde une Ă©thique personnelle, tout un chemin de vie. Une vocation.

 

 

Mozart, Schubert, Chopin transfigurés

Maria Joao Pires en majesté

 

Mais croire que cette Ă©conomie du geste reste Ă  la surface : au contraire, la digitalitĂ© experte fait surgir de vertigineux bouillonnements, des aspirations lyriques Ă  l’activitĂ© irrĂ©sistible, toujours d’une articulation Ă  l’Ă©loquence faussement discrĂšte.
L’Ă©lĂ©gance tragique de ses Schubert, la nostalgie tendre de ses Mozart, sans omettre, l’ivresse crĂ©pusculaire de ses Chopin et la versatilitĂ© hallucinante de ses Schumann n’ĂŽtent rien de leurs gouffres amers, de leurs plongĂ©es troubles, ou de leurs divagations funambules. Outrepasser les tĂ©nĂšbres, traverser l’ombre pour faire jaillir la lumiĂšre.
pires maria joao schubert sonates maria joao pires deutsche grammophonL’anthologie rĂ©unie par Deutsche Grammophon fait la part belle aux solos de la Portugaise mais aussi Ă  quelques duos Ă  quatre mains (avec Ricardo Castro dans Schubert). Le connaisseur retrouve ses Bach (1994, 1995) et Beethoven (200,2001), surtout ses Chopin (24 PrĂ©ludes, 1992; les envoĂ»tants Nocturnes, 1995-1996, et les plus rĂ©centes : Sonate n°3 opus 58, Sonate pour violoncelle opus 65 avec Pavel Gomziakov, Mazurkas enregistrĂ©es en 2008). L’intĂ©grale des oeuvres pour piano seul de Mozart occupe les annĂ©es 1989 et 1990, Ă©clairĂ©es toutes par cette clartĂ© intĂ©rieure d’une infinie pudeur.Ses Schubert profonds, jaillissants suspendent le temps, emprunts d’un rituel qui touche par sa couleur murmurĂ©e, sa profonde pudeur lĂ  aussi : Moments musicaux et Scherzi, Sonate D 784 de 1989, surtout les Impromptus D 899 et D 915 enregistrĂ©s en 1996 et 1997 dont la simplicitĂ© d’Ă©locution confinant au dĂ©nuement  le plus sobre atteignent souvent une grĂące noire, une ivresse sombre qui rĂ©vĂšle les capacitĂ©s puissamment originales de l’interprĂšte. MaturitĂ© et approfondissement s’expriment chez Schubert dans le recueil le plus rĂ©cent enregistrĂ© en 2011, avec des accents nets taillĂ©s en diamants : Sonates D 845 et D 960 oĂč la pianiste aiguise une sensibilitĂ© plus contrastĂ©e, riches en nouvelles aspĂ©ritĂ©s, comme un balancement liquide aux brumes dĂ©finitivement enfouies et pourtant toujours pleinement vivaces, de cette activitĂ© qui sous le sommeil et la langueur, rĂ©vĂšle Ă  pas feutrĂ©s Ă  peine perceptible, ce feu primitif, cette vitalitĂ© premiĂšre, celle du temps de l’innocence qui a conservĂ© son or originel : ses rubatos et ses phrasĂ©s y sont d’un ciselĂ© superlatif. La D 960 reste l’offrande la plus aboutie et la plus personnelle. Un sommet. Le temps qui diffuse Pires est celui de la lente reconstruction, une rĂ©gĂ©nĂ©ration de l’intĂ©rieure. Que ce Schubert est salvateur… un baume pour l’Ăąme comme Vermeer nous l’indique dans Leçon de musique. Coffret Ă©vĂ©nement.

Maria Joao Pires : complete solo recordings (20 cd Deutsche Grammophon)

CD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia

schubert-luigi-piovano-eloquentia-schubert-cdCD. Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (Luigi Piovano, 2013) 1 cd Eloquentia. Le prĂ©sent opus met en miroir deux Ɠuvres emblĂ©matiques de Franz Schubert composĂ©es dans la mĂȘme pĂ©riode : une pĂ©riode sombre qui aiguise sa formidable sensibilitĂ© musicale. ÉbranlĂ© voire dĂ©pressif, le Schubert de 1824, celui des deux oeuvres ici abordĂ©es – la Sonate Arpeggione et le Quatuor La jeune fille et la mort-, saisit par ce regard sans concession sur la fragilitĂ© humaine et la dĂ©sespĂ©rante solitude qui est la sienne. Ayant contractĂ© la syphilis, le jeune homme de 28 ans reste alitĂ© condamnĂ© malgrĂ© lui mais sa clairvoyance musicalement gĂ©niale transparaĂźt sans fard, pointant une vivacitĂ© exceptionnellement mĂ»re pour son Ăąge. La mort est prĂ©sente, et la plume d’une rare acuitĂ©. Une irrĂ©pressible aspiration au chant de l’amour y croise des gouffres amers  ; l’emprise de la mort (prĂ©monition troublante) guerroie avec les derniĂšres forces vitales : c’est ce que nous offre Ă  entendre le violoncelliste Luigi Piovano qui rĂ©unit autour de lui les cordes seules de l’orchestre de l’Accademia di Santa Cecilia. Chaque oeuvre est abordĂ©e dans une version non familiĂšre dont les bĂ©nĂ©fices se dĂ©voilent en cours de lecture.

La Sonata en la mineur D. 821 dit l’Arpeggione et le Quatuor en re mineur D. 810 “La Jeune Fille et la Mort”, les deux versions proposĂ©es dans cet album sont des transcriptions ; pour la premiĂšre, Luigi Piovano, par ailleurs violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique de l’Accademia di Santa Cecilia, rĂ©unit les cordes seules de la phalange romaine. Il nous propose une version pour violoncelle piccolo Ă  cinq cordes et orchestre Ă  cordes ; pour le Quatuor D. 810, Luigi Piovano a retenu la version pour orchestre Ă  cordes Ă©crite par Gustav Mahler en 1896.

piovano luigi schubertPour l’Arpeggione D821, Luigi Piovano a pris soin de choisir son instrument dans la connaissance des possibilitĂ©s de l’instrument originel utilisĂ© par Schubert (hybride Ă  6 cordes entre la viole de gambe, le violoncelle et la guitare, conçu par le facteur viennois JG Stauffer en 1823). Le piccolo utilisĂ© par le violoncelliste italien rĂ©alise les octaves originales : il cisĂšle surtout la fluiditĂ© chantante de l’instrument, dĂ©voilant tout ce qui dans l’écriture de Schubert relĂšve du chant pur car le lied est bel et bien primordial ici.

Les solos soulignent l’ñprete mĂ©lancolique de l’air principal qui dialogue avec le second dansant presque populaire et rustique, d’un caractĂšre nettement brillant. De toute Ă©vidence, la transposition fait valoir l’exceptionnelle sensibilitĂ© expressive du violoncelle solo comme l’instinct musical du soliste. Le bĂ©nĂ©fice des cordes comme un tapis sonore apporte de nouvelles couleurs une extension orchestrale Ă©vidente, mĂȘme uniquement aux cordes : la partition gagne de nouvelles respiration, un souffle qui amplifie l’effet de contraste entre nostalgie maladive (dĂ©pressive) du premier motif et Ă©lan chorĂ©graphique (plus insouciant) du second. L’approche de Piovano dans l’Adagio accentue les qualitĂ©s que nous remarquions dans le premier mouvement : langueur et mystĂšre du premier motif oĂč s’affirment la simplicitĂ© et la pudeur trĂšs profonde du violoncelle requis (William Forster III de 1795).

Schubert transcrit : geste allant, clair et fluide

 

Le 3Ăšme Ă©pisode (Allegretto) est sautillant d’une prĂ©cision et d’un grand raffinement agogique (comme son Saint-SaĂ«ns -intĂ©grale pour violoncelle et piano-, Ă©galement Ă©ditĂ©e par Eloquentia, remarquablement expressif et lĂ  aussi d’une belle caractĂ©risation introspective). Le violoncelle affirme une flexibilitĂ© aĂ©rienne, une versatilitĂ© Ă©tonnante assurant l’allĂšgement progressif de la matiĂšre sans perdre l’Ă©locution trĂšs prĂ©cise et volubile du violoncelle, d’une musicalitĂ© virtuose. Si le soliste avait souhaitĂ© faire briller, chanter l’instrument, mais aussi Ă©mouvoir par une sensibilitĂ© pure, il n’aurait pas agi autrement. L’Allegretto atteint un naturel et une complicitĂ© expressive avec les cordes qui l’entourent : toute la fin est Ă©crite en lĂ©gĂšretĂ© et nuances, rĂ©alisant le haut intĂ©rĂȘt de la transposition.

L’idĂ©e de transcrire pour orchestre Ă  cordes l’admirable Quatuor La jeune fille et la mort D.810, peut surprendre… Que peut apporter un effectif plus nombreux, immanquablement plus dense pour ne pas dire davantage, en place d’un quatuor aux Ă©quilibres affinĂ©s,  d’une lisibilitĂ© inatteignable ? Si la question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e,  la dĂ©fense  de la transcription choisie  se rĂ©alise d’elle mĂȘme
 conçue Ă  l’extrĂȘme fin du XIXĂšme par Gustav Mahler.

Les interprĂštes parviennent Ă  maintenir le niveau d’élocution prĂ©alable (D. 821) en soignant la ligne expressive ; ils Ă©vitent surtout lourdeur et Ă©paisseur,  gageure difficile Ă  relever sur le terme. Ils retrouvent en cela la cohĂ©rence de leur album des transcriptions des lieder de Mahler prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ© aussi chez Eloquentia.

L’agilitĂ© se dĂ©tache en particulier dans le premier mouvement  Ă  l’activitĂ© nerveuse, finement Ă©noncĂ©e ; les fins de phrase Ă©tant millimĂ©trĂ©es par le violoncelle toujours fidĂšlement inspirĂ© du chef et leader de l’effectif (Piovano a Ă©tĂ© rĂ©cemment confirmĂ© comme chef soliste de l’ensemble Ă  cordes romain : une entente dont tĂ©moigne et confirme le prĂ©sent enregistrement).

piovano luigiLe souci de clartĂ© s’affirme, y compris dans l’ñpretĂ© qui manque parfois de rudesse tranchante dans les tutti rageurs, mais les cordes savant exprimer ce climat d’instabilitĂ© et de profondeur inĂ©luctable (ajout de la contrebasse par Mahler), celles d’une eau inquiĂ©tante comme un secret qui plonge dans un lac
 TrĂšs engagĂ©s, acteurs d’une force puissante, les interprĂštes abordent le 2Ăšme mouvement (Andante con moto avec variations : l’épisode le plus saisissant de Schubert) dans des qualitĂ©s des pianissimi bĂ©nĂ©fiques, n’empĂȘchant pas qu’une certaine pesanteur (Mahler moins inspirĂ©) s’impose malheureusement lĂ  oĂč la forme quatuor glisse dans la pure magie suspendue. Pourtant malgrĂ© la largeur sonore liĂ©e Ă  l’effectif, l’allant trouve Ă  la fois cette urgence (galop de la mort sĂ©ductrice), la priĂšre de la jeune fille comme l’inquiĂ©tant mystĂšre qui flotte continument au dessus des instruments. Le Scherzo est Ăąpre et intensĂ©ment dramatique. Le violoncelliste leader veille lĂ  encore aux Ă©quilibres associant engagement et lisibilitĂ© y compris dans le trio plus dĂ©tendu et insouciant,  sautillant et gracieux. Le presto final est une course Ă©chevelĂ©e aux secousses finement tressĂ©es. Le nerf et l’engagement des musiciens rĂ©alisent ce dernier mouvement comme l’Ă©lĂ©ment libĂ©rateur de toutes les tensions prĂ©alablement Ă©noncĂ©es.  Sans perdre le fil tragique et lugubre, l’orchestre mĂȘme Ă©pais Ă©vite la pesanteur et le pathos : sa ligne simple et dĂ©pouillĂ©e suit son cours coĂ»te que coĂ»te, offrant une couleur orchestrale au drame qui se joue. Le flux nerveux ne manque pas d’expressivitĂ© comme de caractĂ©risation ; les musiciens misent sur une prĂ©cision lĂ  encore jamais prise en dĂ©faut. La «  chevauchĂ©e / tarentelle » reste l’une des plus passionnantes de Schubert. Le dĂ©nouement spectaculaire et thĂ©Ăątral oĂč la mort reprend ce Ă  quoi elle avait fait mine de renoncer,  est vif, frappant, d’une inĂ©luctable Ă©vidence. Voici un jalon dans la complicitĂ© du violoncelliste et de l’orchestre qu’il dirige. Sans attĂ©nuer ni diluer l’intensitĂ© schubertienne, les interprĂštes savent en Ă©clairer les arĂȘtes vives, souligner les points de force de la dĂ©licate structure. Une gageure scrupuleusement relevĂ©e.

Franz Schubert : Arpeggione, Quatuor La Jeune fille et la mort (transpositions pour soliste et orchestre Ă  cordes). Orchestre Ă  cordes de l’Accademia di Santa Cecilia. Luigi Piovano, violoncelle et direction. 1 cd Eloquentia EL 1446, enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2013.

Compte rendu, concert. Temple Lanterne, Lyon. 21 fĂ©vrier 2014. Schubert : Mathieu GrĂ©goire, ChƓur HypĂ©rion (E.Planel). Et aussi, Saison « Bach et plus », mars Ă  juin 2014

Schubert portraitUn Temple d’architecture nĂ©o-gothique, cela ne semble pas lieu idĂ©al pour cĂ©lĂ©brer Franz Schubert. Pourtant, bien beau concert : le jeune pianiste Mathieu GrĂ©goire est soliste dans la Sonate D.958), et accompagne les trop peu connus chƓurs (ChƓur HypĂ©rion, Etienne Planel), dont deux sublimes Hymnes Ă  la Nuit
 Et un nouveau groupe (Baroque et plus) ouvre sa saison en variations instrumentales sur Bach.

Cent clochers et mille dévotions de Lyon
La musique, ce sont aussi des lieux, on le sait. Les attendus, les traditionnels, les Ă©vidents, et puis les occasionnels, parfois un peu paradoxaux ou intrigants. Souvent aussi Ă©glises, sanctuaires, temples pour les cultes, et on ne s’attendrait pas Ă  ce que Lyon, ville Ă  colline-qui-prie, Ă  cent clochers et mille dĂ©votions, Ă©chappe Ă  cette prĂ©sence musicale, – plus ou moins laĂŻcisĂ©e, selon les Ă©poques -
De plus, cet hiver (qui en est si peu un), deux « verrouillages » de salles favorisent le refuge avec d’autres abris : la Salle MoliĂšre, Ă  lĂ©gendaire acoustique, est en rĂ©fection interne, et la Salle VarĂšse, joyau moderne du CNSMD, brutalement menacĂ©e d’inondation en novembre (au bas d’une colline qui glisse
), est indisponible selon dĂ©lais reportĂ©s : cela oblige le CNSMD Ă  des acrobaties
supĂ©rieures pour cours et concerts. Hommage soit rendu aux organisateurs qui parent au plus urgent et trouvent « ailleurs »(Lyon et pĂ©riphĂ©rie) des solutions de substitution
et d’aimables accueils.

Du Second Empire aux Paroles de RĂ©sistance
Le Temple de la rue Lanterne n’a certes pas attendu ces mois difficiles pour se faire havre sonore. Son cadre continue Ă  intriguer : cet Ă©difice du Second Empire –mais peu Ă  voir avec Badinguet, alias NapolĂ©on le Petit – est enchĂąssĂ© entre de hautes maisons ; sa façade austĂšre franchie, on a la surprise d’un sanctuaire Ă©troit mais trĂšs haut, oĂč le style nĂ©o-gothique n’engendre pourtant pas la froideur, surtout quand le sonore des concerts gĂ©nĂ©reusement accueillis par la communautĂ© protestante y rĂ©vĂšle une acoustique fort acceptable. (On peut aussi y songer Ă  l’un des pasteurs qui parlĂšrent ici : Roland de Pury, dĂ©nonciateur prĂ©coce et public du nazisme puis de la collaboration vichyste, protecteur des rĂ©sistants et des Juifs, arrĂȘtĂ© par la Gestapo en 1943 et internĂ© Ă  Montluc, d’oĂč il pourra ĂȘtre « exfiltré » Ă  cause de sa nationalitĂ© suisse). C’est en ce lieu chargĂ© d’histoire (discrĂšte, et de sens si lourde
) qu’on a aujourd’hui le bonheur d’écouter
du Schubert, ici moins attendu. Non point d’ailleurs le cycle du Voyage d’Hiver (le baryton Jean-Baptiste Dumora, Mathieu GrĂ©goire, reprenant le lendemain leur beau concert de 2012 dans la nĂ©o-gothique – et vaste, et froide – Ă©glise de la RĂ©demption : nous ne doutons pas que l’interprĂ©tation, subtile et forte, en ait Ă©tĂ© encore approfondie), mais, ce 21 fĂ©vrier, un programme original de piano soliste puis accompagnateur d’un chƓur d’hommes
.

La beethovénienne et Schubert
Le pianiste Mathieu GrĂ©goire s’y affronte, en solitude, Ă  la 1Ăšre des trois ultimes Sonates ( D.958) : parfois surnommĂ©e « la beethovĂ©nienne », elle porte certains Ă©chos du Commandeur qui tant fascina le « petit Franz ». Mais le langage de Schubert s’y affranchit de toute subordination au MaĂźtre rĂ©vĂ©rĂ©, pour partir en quĂȘte d’une conception du Temps, irrĂ©ductible aux dĂ©couvertes si autonomes de Beethoven, puis Schumann, Chopin ou Liszt. Il faut y marier le rĂȘve au voyage, comprendre l’importance de ce lointain (die ferne) qui, dans l’espace – paysage mental, est une des clĂ©s du romantisme allemand. En recherche inquiĂšte dans l’allegro initial, M.GrĂ©goire nous emmĂšne, d’une vraie respiration, dans un adagio qui participe vraiment de ce que le poĂšte français Yves Bonnefoy nomme « L’arriĂšre-pays » : bonheur d’un chant- pour -lui-mĂȘme, extrĂȘme prĂ©caution de qui improviserait dans le sans-tumulte, et puis, lors de deux ruĂ©es d’angoisse, une qualitĂ© d’ñme « orphĂ©enne » pour affronter les puissances d’en-bas
 Ensuite butĂ©es sur silence du Minuetto, et continuum Ă©nigmatique aux Ă©clairages pourtant changeants du finale : oui, on entend rarement une telle concentration sur les tensions de ces textes complexes, de surcroĂźt appuyĂ©e sur un pianisme ouvert Ă  l’imagination, tour Ă  tour lyrique et rigoureux.

Hypérion à Bellarmin
Encadrant ce parcours soliste, des raretĂ©s au concert sinon au disque : pourtant ces chƓurs – hommes, femmes, mixitĂ©, accompagnement instrumental – sont dans le premier cercle du romantisme austro-allemand, parfois proches du « populaire », ou traducteurs de ce que David d’Angers nomma chez Friedrich « la tragĂ©die du paysage », et encore tirant l’esprit vers le haut, lĂ  oĂč siĂšge l’ñme religieuse, Ă  tout le moins mystique. La vraie connaissance de Schubert passe par ce chemin aussi , et il faut de prime abord remercier le Choeur Hyperion – gĂ©omĂ©trie variable autour d’une quinzaine de chanteurs – de se vouer Ă  un rĂ©pertoire qui exige savoir, science du groupe, Ă©lan et culture. Gageons que les HypĂ©rion rĂ©citent Ă  chaque retrouvaille la derniĂšre lettre que le hĂ©ros grĂ©co-romantique inventĂ© par Hölderlin envoyait Ă  son ami Bellarmin : « Ô Ăąme, beautĂ© du monde ! Toi l’indestructible, la fascinante, l’éternellement jeune : tu es. Les dissonances du monde sont comme les querelles des amants. La rĂ©conciliation habite la dispute, et tout ce qui a Ă©tĂ© sĂ©parĂ© se rassemble. »

L ’ultime barriùre se brise
PlacĂ© sous un tel « patronage », l’ensemble fort intelligemment dirigĂ© par Etienne Planel dans six de ces Ɠuvres qui relient Schubert aux poĂštes (l’ami Mayrhofer, Seidl, et Son ImmensitĂ© IndiffĂ©rente le Conseiller Goethe
) nous conduit aux bons Poteaux Indicateurs : des eaux miroitantes pour un Gondolier charmeur Ă  la cordialitĂ© en Esprit de l’Amour, et Ă  une Berceuse de la Nature en MĂ©lancolie. Le PassĂ© dans le PrĂ©sent est doux balancement (c’est le Divan Oriental-Occidental de Goethe) comme si on s’immergeait dans la matiĂšre mĂȘme du Temps, et conclut en « hymne radieux de la beautĂ© pure ». Au dessus de tout, deux Nuits dignes de Novalis : la premiĂšre, si recueillie, lance des appels par delĂ  collines et montagnes, comme en quelque « beau monde, tu es bien là ! ». La seconde (Nachthelle) est lumiĂšre palpitante, Ă©chos magiquement Ă©changĂ©s entre soliste, piano « scintillant » et groupe vocal, puis la mĂ©taphysique, mystĂ©rieuse Ă©vocation d’une « ultime barriĂšre qui se brise ». Cette merveille primordiale de la musique romantique rayonne et palpite en son battement perpĂ©tuel, la voix Ă©thĂ©rĂ©e – hors du monde, jurerait-on – du tĂ©nor Julien Drevet-Santique comme y conduisant notre voyage extasiĂ©.Et le piano de M.GrĂ©goire est vrai compagnon rythmique et harmonique.

Une saison de printemps
Tiens, en attendant un 2e programme d’HypĂ©rion (les romantiques français cette fois) et –pourquoi pas ? un disque -, indiquons qu’au cours du printemps, le Temple s’éclairera d’interventions proposĂ©es par des « invitĂ©s permanents », tel le ChƓur EmĂ©lthĂ©e ( dirigĂ© par Marie Laure TeyssĂšdre : musique baroque et XXe) qui donnera le 11 avril des « Histoires SacrĂ©es » de Carissimi et M.A.Charpentier. Et aussi un « petit nouveau », qui honore l’inĂ©puisable Johann Sebastian : « Baroque et plus »alias « le baroque autrement ». AprĂšs une ouverture en quatuor le 28 fĂ©vrier (les Varese, quatre jeunes gens issus du CNSMD qui commencent Ă  briller dans le paysage français : le 3e de Bartok, l’op.18/3 de Beethoven, et, justement, de l’Art de la Fugue en version « à quatre archets »), ce seront des « Variations Bach », souvent avec instruments qu’on n’attendrait pas forcĂ©ment, en Temple, Eglise ou mĂȘme Salle de Concert. JoĂ«l Versavaud confie Ă  son saxophone Suites et Partitas de Dieu le PĂšre Musical, Joachim Expert et Mathilde Malenfant cheminent avec piano, harpe et confĂ©rence, de Bach Ă  Chick Corea. Didier Patel et Samuel Fernandez unissent leurs claviers pour une Leçon de Musique alla Bach. (Et le mĂȘme Samuel Fernandez dialogue Ă  l’Amphi-OpĂ©ra avec le jazzman et enseignant du CRR Mario Stantchev en « une Ă©tonnante variation classique et jazz sur Goldberg or not Goldberg ? »). Quant aux Percussions-Claviers de Lyon, c’est autour du Bien TempĂ©rĂ© qu’elles centrent leurs transpositions rejoignant le Kantor en une gĂ©omĂ©trie dans l’espace au « Point Bak ». Ou comme le dit l’Evangile de Jean : « Il y a plusieurs demeures dans la Maison du PĂšre ». Croyants et incroyants : Ă  mĂ©diter


Lyon, Temple Lanterne. 21 fĂ©vrier 2014 : Mathieu GrĂ©goire (piano), ChƓur HypĂ©rion (E.Planel) : F.Schubert (1797-1828), Sonate D.958, Six chƓurs pour voix d’hommes
ChƓur EmĂ©lthĂ©e, 4 avril 20h30 : Histoires sacrĂ©es. « Baroque et plus », autour de J.S.Bach : JoĂ«l Versavaud, 21 mars ; Percussions-Claviers, 11 avril ; Samuel Fernandez, D.Patel, 23 mai : Temple Lanterne, concerts Ă  20h30
Mario Stantchev,S.Fernandez, 28 mars, 12h30, Amphi Opéra
Renseignements et réservation : Tel. 06 27 30 11 72 ; www.baroqueetplus.com
www.emelthee.fr ; Tel. 06 49 58 16 83

CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013)

winterreise_jonas_kaufmann_sony-classical_helmut-deutsch-cdCLIC D'OR macaron 200CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013). La frontiĂšre entre baryton et tĂ©nor est tĂ©nue ici et dĂ©voile pour le plus grand tĂ©nor actuel , Jonas Kaufmann, des trĂ©sors de nouvelles nuances et d’Ă©clats sertis dans le plus beau mĂ©tal vocal. Le diseur Ă©gale ses aĂźnĂ©s, tĂ©nors et barytons, par le sens du verbe ; un verbe magicien qu’il Ă©claire d’une faille pudique, d’une blessure qui s’exprime sans jamais s’exhiber. Le cri dĂ©chirant surgit tel un glaive magnifiquement acĂ©rĂ© au comble du dĂ©sespoir. Le style, la musicalitĂ©, la richesse du timbre, les teintes fauves et introspectives d’un acteur nĂ© traverse chacune des 24 sĂ©quences. Ici tragĂ©dien embrasĂ©, heldentenor certes, surtout prophĂšte d’une mĂ©lancolie naturellement musicale qui chante l’impuissance, l’extase, l’errance d’un voyage vĂ©cu jusqu’aux trĂ©fonds des viscĂšres. Le chant de Jonas Kaufmann, superbement chambriste, n’est pas seulement musical et hĂ©doniste, il incarne d’autant mieux qu’il sait se mesurer, contrĂŽler. Le piano plutĂŽt que le forte, est son arme la plus efficace.

le dernier cd de Jonas Kaufmann est un sommet schubertien

GrĂące schubertienne

A contrario de bien des confrĂšres qui vocifĂšrent sans phraser, incapable de tenir une ligne, Jonas Kaufmann, ailleurs superbe wagnĂ©rien, et rĂ©cemment pour le disque en un rĂ©cital de toute beautĂ©, verdien inoubliable, illumine Schubert et son mystĂšre indicible qui pourtant ne pourrait ĂȘtre exprimĂ© sans le verbe vocal. Inutile de tourner autour du pot, ce rĂ©cital en studio est un nouvel accomplissement absolu du tĂ©nor allemand. Sa capacitĂ© Ă  rĂ©inventer tout le cycle avec une intensitĂ© liĂ© Ă  l’investissement dans l’instant reste Ă©poustouflant. Le piano complice d’Helmut Deutsch (qui a prĂ©cĂ©demment jouĂ© avec Kaufmann, le cycle du Winterreise en concert), partenaire des plus grands, ajoute Ă  la valeur de l’enregistrement : voici un Schubert qui n’a jamais mieux respirĂ©, ni mieux coulĂ© comme une caresse sombre et tragique, d’un artiste Ă  l’autre. Un Schubert rĂ©inventĂ© tel qu’on n’osait plus en rĂȘver. N’Ă©coutez qu’un seul lied : la plage 5 : Der Lindebaum (Le tilleul) : une invitation palpitante, racĂ©e … un appel Ă  la plus grande paix de l’Ăąme. Du trĂšs grand art. Evidemment l’album Schubert de Jonas Kaufmann est un immense coup de cƓur de Classiquenews.com en fĂ©vrier 2014.

Franz Schubert : Winterreise D911. Joans Kaufmann, tĂ©nor. Helmut Deutsch, piano. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  GrĂŒnwald (Allemagne) en octobre 2013. 1 cd Sony classical 88883795632

CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013)

chamayou_erato_cd_schubert-chamayou-3CD. Schubert par Bertrand Chamayou, piano (Erato, 2013). Le toulousain Bertrand Chamayou, 32 ans, sort un nouvel album consacrĂ© Ă  Schubert chez Erato. Rien n’est comparable Ă  l’univers schubertien au piano : il y faut exprimer cette nostalgie de l’indicible : sensucht (mĂ©lancolie purement germanique propre aux Romantiques), vrai dĂ©fi pour l’interprĂšte. Les amateurs pourront en Ă©valuer la palpitante texture, remarquablement transmise entre transe et finesse Ă  l’opĂ©ra par Jonas Kaufmann qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  intituler ainsi (Sensucht) un rĂ©cent cd en tout point irrĂ©sistible … Pour son 5Ăšme disque, le trentenaire pianiste revient surtout Ă  une partition qui est le cƓur de son nouveau programme : la Wanderer fantaisie de Schubert, un massif qui se dĂ©robe souvent sous les doigts Ă©trangers, et qui parfois se rĂ©vĂšle sous le feu plus suggestif de quelques interprĂštes en affinitĂ©. Car mĂȘme si ses Schubertiades laissent un sentiment de jeunesse joviale et gĂ©nĂ©reuse, rĂ©unie entre musiciens virtuoses, il y a de la profondeur et une gravitĂ© pudique qui se lit partout, dans chaque mesure. Chamayou compose sa propre schubertiade, glanant ici et lĂ  parmi les Ɠuvres de Franz, intercalant aussi des piĂšces a priori hors sujet mais d’esprit proche et fraternel dans une progressive introspection Ă  partager : Lieder transcrits par Liszt, Impromptus, deux LĂ€ndler (inspirĂ©es par des thĂšmes folkloriques), une valse filtrĂ©e par Strauss lui-mĂȘme 
 C’est au final un portrait personnel et un hommage Ă  la figure de Schubert : compositeur viennois errant, sans attaches, qui laisse une ombre tenace mais Ă©vanescente d’une irrĂ©sistible profondeur, associant lĂ©gĂšretĂ© et amertume, blessure et espĂ©rance, renoncement et ivresse tendre, appĂ©tit et dĂ©sir, humilitĂ© et repli.

Schubert un peu lisse et poli 


A force de clarification, le jeu du solaire Bertrand Chamayou s’expose unilatĂ©ralement dans la 
 lumiĂšre. L’éloquence de son contrepoint, l’équilibre parfois trĂšs affirmĂ© (trop) de sa polyphonie contredisent la sensibilitĂ© d’un compositeur qui bascule constamment dans l’oubli, l’anĂ©antissement, l’effacement de soi, le grisĂątre fĂ©cond et milles autres nuances intermĂ©diaires
 le pianiste ferait-il trop de concerts au point de manquer de temps pour approfondir rĂ©ellement chacun de ses disques ? C’est le sentiment qui nous traverse Ă  l’écoute des premiers mouvements de son Schubert initial : Allegro con fuoco (ma non troppo – !) et Adagio de la Wanderer justement.
Dans ce portait aux facettes indirectes qui passent par les transcripteurs, Liszt donc ou le trĂšs intĂ©ressant Richard Strauss de la fin (Kupelwieser-Walzer de 1826 transcrite en 1943), la figure de Schubert reste lointaine ; les doigts agiles et dĂ©liĂ©s, moins prĂ©cis et nuancĂ©s Ă  la main droite en particulier dans les aigus affleurent le mystĂšre Schubert sans atteindre son essence (voilĂ  pourquoi le plus grands n’ont vraiment dĂ©livrer le message schubertien qu’en fin de carriĂšre). C’est pourquoi de notre point de vue, son disque Liszt prĂ©cĂ©dent Ă©tait beaucoup mieux investi, plus naturellement interrogatif. Restent les 3 Impromptus de l’opus D946 : le premier Allegro assai en mi bĂ©mol majeur suffoque Ă  peine (saturation de la sonoritĂ©, prise de son trop ronde ou lisse, il y manque les vertiges nuancĂ©s que d’autres plus inspirĂ©s ont su y apporter : l’ambiguitĂ©, l’ambivalence, les spasmes entre terreur et panique
). La neutralitĂ© du jeu par trop de retenue Ă©chappe Ă  toute intĂ©rioritĂ© dĂ©chirĂ©e (le choix du Steinway superbe Rolls au son plein et lisse Ă©vite ici toute aspĂ©ritĂ©, pourtant si bĂ©nĂ©fique dans le cas du trauma silencieux d’un Schubert Ă  jamais et surtout dans ce programme
 inatteignable). L’Allegretto en mi bĂ©mol mineur manque de cette lĂ©gĂšretĂ© fragile, filigranĂ©e, sur le fil mais l’énoncĂ© de l’innocence recouvrĂ©e, espĂ©rĂ©e, toujours caressĂ©e et lointaine Ă  la fois gagne une prĂ©sence mieux exprimĂ©e ; dans la rĂ©itĂ©ration du motif et dans le changement plus marcato du second thĂšme, le pianiste semble faire surtout de clartĂ© et sobriĂ©tĂ©, son principal  et dĂ©cidĂ©ment systĂ©matique mode expressif, au dĂ©triment d’une douleur plus secrĂšte qui reste malheureusement 
 absente. C’est comme s’il s’interdisait toute effusion sincĂšre, Ă©vacuant l’énoncĂ©, le prĂ©cipitant mĂȘme, sans failles ni doutes. EnchaĂźner aussi rapidement l’Allegro en ut majeur (dernier volet du triptyque) relĂšve pour nous de la faute comme s’il s’agissait d’évacuer toute la charge Ă©motionnelle qui a prĂ©cĂ©dĂ©, sans le temps nĂ©cessaire de la mĂ©ditation, du silence rĂ©parateur
 curieux sens des passages. Evidemment dans cet ultime Schubert, la digitalitĂ© extĂ©rieure voire dĂ©monstrative et percutante du pianiste sert mieux un morceau oĂč priment le nerf des contrastes, la vitalitĂ© comme le caractĂšre des motifs rythmiques. Dommage. La Schubertiade imaginaire de Bertrand Chamayou trop lisse, trop prĂ©cipitĂ©e nous laisse mitigĂ©s. Peut ĂȘtre attendions-nous trop de ce nouvel album
 Aborder Schubert n’est-il pas trop tĂŽt pour le pianiste?

Franz Schubert (1797-1828) : Wanderer Fantasie D760, 1822. 3 KlavierstĂŒcke, Impromptus, D946, 1828. Bertrand Chamayou, piano Steinway. 1 cd Erato. enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris Salle Colonne, en novembre 2013. Si le disque Schubert de Bertrand Chamayou nous laisse rĂ©servĂ©, faĂźtes vous votre propre opinion en Ă©coutant le pianiste lors de ses prochains passages Ă  Bordeaux et La Rochelle 


En concert : le 9 mars Ă  Bordeaux, le 7 avril 2014 Ă  La Rochelle

Compte-rendu : Verbier. 20Ăš Festival de Verbier (Valais, Suisse), mardi 23 juillet 2013 : rĂ©cital Gregory Sokolov, piano. Schubert, Beethoven…

Grigoty Sokolov at the Philharmonie during rehearsal 17NOV2006Le concert d’un pianiste comme Grigory Sokolov est toujours cĂ©rĂ©monie, envoĂ»tante et un rien Ă©trange. Il en a Ă©tĂ© ainsi dans la 20e Ă©dition de Verbier. Un programme oĂč le magnifique pianiste russe fait sentir tout le tragique austĂšre de Schubert, et une monumentalitĂ© sans Ăąge dans l’immense op.106 de Beethoven.

 

 

Un bureaucrate gogolien

 

« Uomo di sasso » (le Commandeur dans Don Giovanni) ? « Je suis une force qui va » (Victor Hugo) ? Un Faust russe ? Les trois identifications sont plausibles en ce pianiste Ă©trange que pourtant on redĂ©couvre Ă  chacune de ses
apparitions, continent mystĂ©rieux, clos de barriĂšres sans passe-droits
De cet O.V.N (ou mal)I (dentifiĂ©)., on connaĂźt aussi le ritualisme : entrĂ©e et sortie de scĂšne mĂ©caniques, le mĂȘme pas pressĂ©, presque Ă©gal, de bureaucrate gogolien se rendant au travail, une absence au public sauf par des saluts sans trace d’empathie, un Ă©cartement de tout ce qui pourrait nuire au message intĂ©rieur, la certitude probable d’une mission qui pousse Ă  accomplir souverainement son Art. Sokolov se sentirait-il investi par quelque D(d)ieu, impĂ©ratif catĂ©gorique abstrait, « daĂŻmon » socratique (mais quel anti-Socrate mutique avec ses frĂšres humains !) ? D’ailleurs, avec qui tient-il constamment un discours dont on devine les fragments non sonorisĂ©s sur des lĂšvres expressives ? Et que signifie cette coda de chaque concert, « ite missa est » Ă  6 versets d’une rigiditĂ© qui contredit aussitĂŽt toute idĂ©e de plaisir et gratitude dispensĂ©s aux spectateurs tĂ©tanisĂ©s d’admiration ?

Sensibilité brutale de la démarche

Le rĂ©cital de Verbier est schubertien en sa 1Ăšre partie, avec du trĂšs connu et aimĂ© depuis toujours (les Impromptus D.899, alias op.90), et du bien moins explorĂ©, dans les KlavierstĂŒcke D.846. C’est une sorte sublimĂ©e d’investigation, objectivement dramaturgique, du corps musical. A nous de suivre ce chercheur incorruptible ! Le 1er Impromptu s’énonce lentement, Ă  notes dĂ©tachĂ©es et quasi-scandĂ©es, ce qui tire le texte vers une marche probablement difficile et douloureuse, mais sans faiblesse. Cela continue parfois en immense crescendo oĂč s’atteint une sauvagerie que viendront trouer deux ou trois Ă©claircies. Le 2nd ne peut ĂȘtre que fluide, mais venu d’un lointain mystĂ©rieux, presque sans grĂące, et la coda prend des airs de toccata pour orgue alla Bach. Le 3e est mĂ©moire, mais fait voir l’ombre portĂ©e d’une fatalitĂ© qui s’infiltre entre les strates du rĂ©cit intĂ©rieur. Et le 4e : tout ampleur qui envahit l’espace, se nourrit d’ardeur qui par moments s’apparente au cri. « C’est, dit ma voisine de concert, une sensibilitĂ© brutale de la dĂ©marche » 

Trois poĂšmes noirs

Les 3 KlavierstĂŒcke, G.Sokolov les explore pour ce qu’ils sont, un impitoyable chantier d’ultimitĂ©, oĂč Schubert traduit en toute libertĂ© ce qui le hante. Le 1er se fait terrifiante course Ă  l’abĂźme, mĂ©moire Ă  l’investigation cruelle, vague de tremblements et de trilles, dissonants arpĂšges qui rappellent les cercles malĂ©fiques d’ondes encerclant la ville (Die Stadt) dans le lied de Heine. Le 2nd s’abandonne d’abord Ă  la mĂ©lancolie (une humeur noire, tout de mĂȘme, selon l’étymologie !), puis se livre au martĂšlement terrible de quelque vision. Le 3e semble pressĂ©, mais de quoi ? Peut-ĂȘtre d’atteindre l’éclaircie tournante au centre de la piĂšce : mais ici encore, l’articulation et la lenteur d’énoncĂ© l’emportent sur la beautĂ© modulante, avant que la coda ne fasse resurgir quelque tourment violemment alliĂ© au Fatum(Destin).Et l’on songe que Sokolov a merveilleusement compris le cĂŽtĂ© poĂšme noir de ces trois piĂšces, dans leur parentĂ© avec les derniers cycles de lieder, et l ’ñme dĂ©semparĂ©e de Schubert pressentant l’adieu au monde.

Je (démiurge) est un autre

Dans l’op.106 beethovĂ©nien, « Je – dĂ©miurge – est un autre ». Sokolov , en cette partition lĂ©gendaire, s’engage avec la dĂ©cision d’en dĂ©coudre avec une seconde prĂ©sence du Destin :le poĂšme minĂ©ral de la Sonate, qui monte des entrailles du monde, n’est-il pas aussi, selon l’expression du poĂšte symboliste, « explication orphique de la Terre » ? Le 1er allegro Ă©nonce d’emblĂ©e son armature : un appel impĂ©rieux – bloc de paroles-, auquel une rĂ©ponse paraĂźt apaisement, mais un Ă©croulement intĂ©rieur s’impose aussitĂŽt. Ainsi va le discours, qui est aventure contrĂŽlĂ©e, et chez Beethoven la structure contrapuntique – dĂ©jĂ  prĂ©-Ă©cho du finale – joue son rĂŽle pour combler les bĂ©ances de l’angoisse. Car l’interprĂ©tation du pianiste russe, en mĂȘme temps qu’elle nous comble de prĂ©sent(s), rend lisible Ă  tout instant l’avenir de la partition. Des pensĂ©es dĂ©tachĂ©es du scherzo, en groupes de deux, s’inscrivent sur grondements d’orage au lointain : cela prĂ©pare Ă  la merveille incantatoire, au Temps suspendu de l’Adagio, priĂšre apportĂ©e par le vent sans fureur d’un horizon Ă©nigmatique, et finissant – si longtemps aprĂšs, toute course horlogĂšre abolie – par y retourner, inĂ©lucidĂ©e, pĂ©nĂ©trante et sans crainte d’ĂȘtre oubliĂ©e.

Son parcours de Wanderer

Son parcours de Wanderer, Ă  lui Ludwig, mais qui n’a pas vraiment ici charge de marche douloureuse, hors Histoire, un Matin du monde. L’inspiration – on dirait la transe, pourtant Sokolov en ces vingt minutes est au ralenti absolu d’une « purgation des passions », comme la nommaient les Anciens – communique une certitude d’extension possible vers l’infini : l’ocĂ©an paraĂźt, ou plutĂŽt pour un pianiste russe, la plaine sans limites, espace mental oĂč il « s’embarque » en songerie. Passant par le comble – ah ! ces trilles
 – du rĂ©citatif Ă©perdu , les presque-cris d’intervalles sans mesure du clavier saisi comme champ d’expĂ©riences sonores, l’admirable phrase finira par s’égrener en allant se dissoudre aux limites de l’audible. Et on s’interrogera : est-ce demande de pitiĂ© des humains, les dieux pardonnent-ils ? Ou ayant trouvĂ© cette mĂ©lodie, OrphĂ©e (c’est lui, encore, bien sĂ»r) pardonne-t-il aux dieux leur cruautĂ© ?

La déraison de la raison

Mais aprĂšs le bref largo dĂ©sorientĂ© doit encore venir un dernier personnage, Ă  la fois combattant et architecte, dont la volontĂ© inscrit dans l’espace de la Sonate une fugue, hommage au gĂ©nie de Bach, dĂ©raison bĂątie sur un excĂšs de raison, beautĂ© qui puise aux aspĂ©ritĂ©s de la laideur, un instant voilĂ©e d’une tendresse inattendue, puis partant avec le Trille vers son assaut ultime. Sokolov aura Ă©tĂ© tour Ă  tour l’un et l’autre, l’orant et le furieux, dans la solitude sans thĂ©ĂątralitĂ© de sa propre grandeur, dĂ©miurge nous quittant stupĂ©fiĂ©s et comblĂ©s, indissolublement.

Des bis par six

Toujours impavide, il revient avec le don de ses bis-par-six. Cinq fois, c’est un XVIIIe français, mĂ©lange d’oiseau chanteur, de danseur Ă  inventions dĂ©licieusement irrĂ©guliĂšres, de paradis recherchĂ© dans le rythme et l’harmonie complexes. Et, en adieu, un Brahms d’Intermezzo pour la fin de vie, berceuse d’ une douleur tenace, rĂȘverie que soulĂšve secrĂštement une exultation de pouvoir et devoir encore se formuler.

20e Ă©dition du Festival de Verbier : rĂ©cital Gregory Sokolov, 23 juillet 2013. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D.899, KlavierstĂŒcke D.946. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op.106.

Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es, le 21 mai 2013. Orchestre de chambre de Paris. Deborah Nemtanu, violon et direction. François Leleux, hautbois et direction.

Schubert portraitLe ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es accueille l’Orchestre de Chambre de Paris pour un concert mettant en avant leur acadĂ©mie bi-annuelle du ” JouĂ©-DirigĂ© “. Le programme de la soirĂ©e est dirigĂ© par le violon solo de l’ensemble DĂ©borah Nemtanu et un soliste invitĂ©, le gĂ©nial hautboĂŻste François Leleux, artiste associĂ© de l’Orchestre.

Nous nous attendions Ă  la crĂ©ation d’un Concertino pour violon, hautbois et orchestre de Thierry Escaich, commandĂ© par l’Orchestre, mais nous constatons qu’il est absent du programme. A sa place, s’est glissĂ©e une composition de circonstance du compositeur Bruno Maderna, ” Music of gaity ” dal “Fitzwilliam Virginal Book” mettant en valeur …  le violon et le hautbois. Cette piĂšce qui ouvre le concert n’est pas particuliĂšrement rĂ©volutionnaire, mais elle est chantante et engageante en ce qui concerne les solistes …  tout Ă  fait brillants. Il s’agĂźt d’un arrangement d’une sĂ©rie de piĂšces anglaises du 17e siĂšcle. Elle n’est pas sans intĂ©rĂȘt, Maderna crĂ©e des beaux timbres comme dans la deuxiĂšme chanson oĂč se trouve le hautbois solo plutĂŽt serein accompagnĂ© uniquement par les cordes basses pour ensuite cĂ©der la place au violon solo larmoyant. Cependant la plupart des morceaux sont, comme le titre l’indique, gais et dansants. La composition n’a malheureusement ni le swing baroque que nous aimons tant, ni une Ă©criture d’une modernitĂ© vraiment saisissante. Sorte d’hommage divertissant et peu mĂ©morable, il est pourtant trĂšs bien jouĂ© par le musiciens.

C’est dans les piĂšces mĂ©dianes du programme oĂč nous trouverons les moments les plus beaux et les plus intĂ©ressants du concert.

D’abord dans le Concerto pour violon et orchestre n°5 en la majeur de Mozart, jouĂ© et dirigĂ© par la violoniste Deborah Nemtanu. À notre connaissance Mozart jouait et dirigeait ses concerti pour piano et orchestre avec un immense succĂšs. La dynamique avec ses 5 concerti pour violon semble plus compliquĂ© pour la pratique, mais nous saluons l’effort de la violoniste dont l’engagement et la musicalitĂ© se reflĂštent aussi dans l’orchestre. Les musiciens sont en parfaite harmonie en particulier dans l’allegro aperto initial jouĂ© Ă  piacere, avec une certaine lĂ©gĂšretĂ©, mais non dĂ©pourvue de caractĂšre, comme dans le rondeau final d’une vĂ©hĂ©mence magistrale et oĂč l’orchestre gĂšre aisĂ©ment le mĂ©lange de grĂące et de naturel propre au mouvement qui est Ă  la fois alla turca et un menuet !  Si la cohĂ©sion est moins Ă©vidente dans l’adagio central d’une simplicitĂ© et d’une innocence Ă©mouvante, Deborah Nemtanu l’interprĂšte de façon impeccable, son jeu Ă©tant d’une beautĂ© paisible.

L’Adagio et Variations pour hautbois et orchestre op. 102 de Hummel, Ă©lĂšve de Mozart et rival de Beethoven, est jouĂ© et dirigĂ© par François Leleux. Il s’agĂźt Ă  la base d’une adaptation d’un Nocturne pour piano Ă  4 mains du compositeur. Aussi, c’est l’occasion pour Leleux de montrer en quoi il est l’un des grands hautboĂŻstes du siĂšcle. Le thĂšme de l’adagio est d’une beautĂ© irrĂ©sistible. L’Orchestre de chambre de Paris est rĂ©actif et dynamique : il passe facilement du tempĂ©rament singspielesque de la premiĂšre variation au nocturne central jusqu’au galop d’une des derniĂšres variations aux cordes pizzicato. Leleux en est pourtant le protagoniste indĂ©niable. La virtuose dextĂ©ritĂ© de son jeu ne compromet en rien la clartĂ© ni la musicalitĂ© exquise de son phrasĂ©.

Nous sommes Ă©blouis par sa prestation et trĂšs contents de dĂ©couvrir l’oeuvre de Hummel, un compositeur Ă  la postĂ©ritĂ© ingrate qui mĂ©rite sans doute qu’on redĂ©couvre ses pages.

Le programme se termine avec la Symphonie n°4 en Ut mineur de Franz Schubert dite “Tragique”, dirigĂ© par François Leleux. D’allure BeethovĂ©nienne et aux accents inspirĂ©s du mouvement Sturm und drang propre Ă  la fin du 18e siĂšcle tardif, il s’agĂźt en effet d’une oeuvre de jeunesse. Leleux fait un excellent travail avec l’orchestre, il privilĂ©gie les contrastes entre les blocs orchestraux et la dynamique est vivace. Comme d’habitude les vents de l’Orchestre de chambre de Paris offrent un spectacle fantastique. Le dialogue entre les cordes prĂ©cises et pleines de brio avec les vents lyriques au 2e mouvement est un moment d’un grande beautĂ©. Le 3e mouvement aux sonoritĂ©s populaires acquiert une certaine sensualitĂ© sous la baguette de Leleux. Le spectacle se termine avec un orchestre Ă©lectrique, plein d’esprit.

Le public conquis a beau inonder la salle par ses chaleureux applaudissements, il n’aura pas droit Ă  un bis. Pour nous,  l’excellente prestation des solistes n’empĂȘche pas cette impression  d’avoir assistĂ© Ă  un concert un rien  dĂ©monstratif … ma non troppo.

Illustration : Franz Schubert (DR)