Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra, le 24 janvier 2019. Scarlatti : Il primo omicidio. René Jacobs / Romeo Castellucci.

primo omicidio tintoret bernd_uhlig_opera_national_de_paris-il-primo-omicidio-18.19-c-bernd-uhlig-onp-7-Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra, le 24 janvier 2019. Scarlatti : Il primo omicidio. RenĂ© Jacobs / Romeo Castellucci. Coup de coeur de Classiquenews en ce dĂ©but d’annĂ©e (voir notre prĂ©sentation ici : http://www.classiquenews.com/paris-il-primo-omicidio-dales-scarlatti-1707), la recrĂ©ation française d’Il primo omicidio (1707), l’un des plus fameux oratorios d’Alessandro Scarlatti (1660-1725),  est un Ă©vĂ©nement Ă  ne pas manquer. Alessandro Scarlatti reste aujourd’hui davantage connu comme le pĂšre de son fils Domenico, cĂ©lĂšbre apĂŽtre du clavier dont on a entendu l’étĂ© dernier l’intĂ©grale des sonates en concert dans toute l’Occitanie (voir ici : http://www.classiquenews.com/montpellier-marathon-scarlatti-festival-radio-france-france-musique-14-au-23-juillet-2018-integrale-des-sonates-de-scarlatti). Pour autant, Alessandro Scarlatti fut l’un des compositeurs les plus reconnus de son temps, en tant qu’hĂ©ritier du grand Monteverdi et annonciateur de la gĂ©nĂ©ration suivante, dont celle de Haendel.

Rene-Jacobs-2013-582RenĂ© Jacobs dĂ©fend son vaste rĂ©pertoire (deux fois plus d’opĂ©ras que Haendel, selon le chef belge) depuis plusieurs annĂ©es : on se souvient notamment de son disque consacrĂ©, dĂ©jĂ , Ă  Il primo omicidio (Harmonia Mundi, 1998) ou encore de sa Griselda donnĂ©e au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es en 2000. InvitĂ© pour la premiĂšre fois Ă  diriger Ă  l’OpĂ©ra de Paris, le chef flamand investit le Palais Garnier avec son attention coutumiĂšre, en cherchant avant tout Ă  rĂ©unir un plateau vocal d’une remarquable homogĂ©nĂ©itĂ©. Pas de stars ici, mais des chanteurs que le Gantois connaĂźt bien (comme Benno Schachtner et Thomas Walker, avec lesquels il s’est produit rĂ©cemment Ă  Ambronay), tous prĂȘts Ă  se plier aux moindres inflexions musicales du maĂźtre. Il s’agit ici en effet de respecter l’esprit de l’ouvrage, un oratorio qui exclut toute virtuositĂ© individuelle, afin de se concentrer sur le sens du texte : les rĂ©citatifs sont ainsi interprĂ©tĂ©s avec une concentration Ă©vidente, autour d’une prosodie qui prend le temps de dĂ©lier chaque syllabe. D’oĂč l’impression d’un RenĂ© Jacobs plus serein que jamais, attentif Ă  l’articulation des moindres inflexions musicales de Scarlatti, tout en prĂȘtant un soin aux couleurs, ici incarnĂ©es par l’ajout bienvenu des cuivres, dont deux trombones. Le dĂ©tail de l’orchestration, manquant, a Ă©tĂ© adaptĂ© Ă  la jauge de Garnier, tout particuliĂšrement le continuo soutenu avec ses deux orgues, deux clavecins, deux luths et une harpe.

De quoi mettre en valeur la musique toujours sĂ©duisante au niveau mĂ©lodique de Scarlatti, plus apaisĂ©e en premiĂšre partie, avant de dĂ©voiler davantage de contrastes ensuite. Les rĂ©citatifs sont courts, tandis que les airs apparaissent assez longs en comparaison. Le plateau vocal ne prend jamais le dessus sur les musiciens, recherchant une fusion des timbres envoĂ»tante sur la durĂ©e : toujours placĂ©s Ă  la proximitĂ© de la fosse (quand ce n’est pas dans la fosse elle-mĂȘme au II), les chanteurs assurent bien leur partie, sans dĂ©faut individuel. Ainsi du remarquable Dieu de Benno Schachtner, petite voix angĂ©lique d’une souplesse idĂ©ale dans ce rĂ©pertoire, tandis que Robert Gleadow montre davantage de caractĂšre dans son rĂŽle de Lucifer. S’il en va logiquement de mĂȘme pour les rĂŽles de CaĂŻn et Abel, trĂšs bien interprĂ©tĂ©s, on mentionnera aussi l’excellence de l’Eve de Birgitte Christensen, aux couleurs admirables malgrĂ© des vocalises un rien heurtĂ©es, tandis que l’Adam de Thomas Walker (Adam / Adamo) dĂ©montre une classe vocale de tout premier plan.

On reste en revanche plus rĂ©servĂ© quant Ă  la mise en scĂšne de Romeo Castellucci, fort timide en premiĂšre partie avec sa proposition visuelle peu signifiante qui rappelle Mark Rothko dans les variations gĂ©omĂ©triques ou Gerhard Richter dans les flous expressifs stylisĂ©s. On se demande en quoi cette scĂ©nographie, splendide mais interchangeable, s’adapte au prĂ©sent ouvrage, avant que la deuxiĂšme partie n’éclaire quelque peu sa proposition scĂ©nique. Comme il l’avait dĂ©jĂ  fait pour ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 2015 (voir MoĂŻse et Aaron : http://www.classiquenews.com/dvd-evenement-annonce-schoenberg-schonberg-moses-und-aron-moise-et-aaron-philippe-jordan-romeo-castellucci-opera-bastille-2015-1-dvd-belair-classiquenews/), Romeo Castellucci s’interroge sur la dualitĂ© prĂ©sente en chacun de nous en convoquant sur scĂšne des enfants chargĂ©s d’interprĂ©ter les rĂŽles des chanteurs – ces derniers restant dans la fosse avec l’orchestre.

L’une des plus belles images de la soirĂ©e est certainement la rĂ©union des doubles personnages, comme deux faces d’une mĂȘme personne enfin rĂ©conciliĂ©es, aprĂšs avoir vĂ©cu l’expĂ©rience, douloureuse mais fondatrice, de la perte de l’innocence du temps de l’enfance.  A cet effet, on ne manquera pas de lire le remarquable texte de Corinne Meyniel, reproduit dans le livret conçu par l’OpĂ©ra national de Paris, qui Ă©voque la richesse des interprĂ©tations de ce mythe universel. Enfin, la mise en scĂšne n’en oublie pas de rappeler les allusions christiques que certains exĂ©gĂšses catholiques ont voulu voir dans le personnage d’Abel, tout en donnant Ă  une Eve voilĂ©e, des allures troublantes de Marie implorant son fils perdu. Curieusement, Castellucci est moins convainquant au niveau visuel en deuxiĂšme partie, notamment dans la gestion imparfaite des dĂ©placements des enfants. Une proposition en demi-teinte plutĂŽt bien accueillie en fin de reprĂ©sentation par le public, et ce malgrĂ© les quelques imperfections mentionnĂ©es ci-avant. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris jusqu’au 23 fĂ©vrier 2019. LIRE notre annonce d’Il Primo Omicidio de Scarlatti
  
 
 
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Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Garnier, le 24 janvier 2019. Scarlatti : Il primo omicidio. Kristina Hammarström (Caino), Olivia Vermeulen (Abele), Birgitte Christensen (Eva), Thomas Walker (Adamo), Benno Schachtner (Voce di dio), Robert Gleadow (Voce di Lucifero). B’Rock Orchestra ; RenĂ© Jacobs direction musicale / mise en scĂšne Romeo Castellucci. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris jusqu’au 23 fĂ©vrier 2019.

 
 
 

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LIRE ici nos autres articles en lien avec le thùme du Premier homicide / Il Primo Omicidio / Cain et Abel, dans l’histoire de la musique

 
 
 

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Illustrations : Le meurtre d’Abel par CaĂŻn (Tintoret / DR) – OpĂ©ra National de Paris 2019, B Uhlig 2019

 
 
 
 
 
 

PERGOLESI / A SCARLATTI : STABAT MATER

stabat mater atelier lyrique de tourcoing annonce concert par classiquenews -1-500x340MARCQ en BAREUIL : STABAT MATER, le 8 nov 2018. L’Atelier Lyrique de Tourcoing propose une mise en perspective de deux Ă©critures baroques distinctes, celles de Pergolesi, jeune auteur gĂ©nial et fulgurant ; d’Alessandro Scarlatti, dĂ©tenteur avent lui d’une tradition vocale et musicale, de premier plan Ă  Naples… Les deux compositeurs ont mis en musique le mĂȘme texte sacrĂ©. Le Stabat Mater recueille les larmes de Marie au pied de la croix oĂč son Fils a Ă©tĂ© sacrifié  Debout la mĂšre / Stabat mater
 « Debout la mĂšre des douleurs pleurait tout auprĂšs de la croix oĂč son fils agonisait ; et son Ăąme qui gĂ©missait, pleine de deuil et de tristesse, par le glaive fut percĂ©e  »

Plainte dolente et fervente, le texte remonte au XVIĂš, ici mis en musique par deux compositeurs baroques napolitains. Alessandro Scarlatti (en 1724, honorant une commande de la confrĂ©rie des Chevaliers de la Vierge des douleurs), puis le gĂ©nial et mort trop tĂŽt, Pergolesi, qui signe ainsi son testament artistique. L’inspiration est hautement spirituelle voire mystique, inspirĂ© par la souffrance d’une mĂšre, recueillant le corps torturĂ© de son fils

La partition de Scarlatti sera ainsi chantĂ© chaque Vendredi Saint, jusqu’en 1736 Ă  Naples selon le voeu des Chevaliers ; lesquels ensuite, dĂ©sirant un opus plus moderne, passent commande au cadet de Scarlatti, le jeune et dĂ©jĂ  gĂ©nial Pergolesi qui n’a que 26 ans. Avant de mourir, deux mois aprĂšs cette commande, Ă  cause de la Tuberculose, le jeune napolitain livre un chef d’oeuvre pour deux voix solistes et continuo. AprĂšs avoir composĂ© son Stabat, Pergolesi se retire au couvent des Capucines de Puzzuoli.
A Marcq en BarƓul, la soprano MaĂŻlys de Villoutreys (notre photo) et le contre-tĂ©nor Paul Figuier incarnent la chair mystique de ce cycle testament, accompagnĂ© par les instrumentistes de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, fondĂ© par le regrettĂ© Jean-Claude Malgoire.
Programme repris le vendredi 12 avril 2019, 20h (Les Rues des Vignes, Abbaye de Vaucelle ; puis Ă  Paris, TCE, dim 14 avril 2019, 11h).

 

 

 

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STABAT MATER
de Pergolesi et Alessandro Scarlatti

Jeudi 8 novembre 2018, 20h30
MARCQ EN BARƒUL, Ă©glise du SacrĂ© Coeur

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