ARTEconcert : Santtu-Matias ROUVALI joue les 6Ăšme Symphonies de SIBELIUS et TCHAIKOVSKY

Santtu-Matias-Rouvali-maestro-montpellier-concert-evenement-baguette-compte-rendu-critique-concert-par-classiquenewsARTEconcert, lun 8 nov 2021, 1h20. SIBELIUS, TCHAIKOVSKI: 6Ăšme Symphonies. SM Rouvali. Programme rĂ©jouissant qui fait dialoguer la vibration pastorale d’un Sibelius envoutĂ© par les mystĂšres de la Nature et la derniĂšre expĂ©rience d’un Tchaikovski saisi par la mort et la sensation de l’au-delĂ . Chez Sibelius, la n°6 est une Ă©vocation scintillante du souffle naturel, hymne pastoral qui place l’orchestre au cƓur de la forĂȘt, sur les massifs en plein air. La transparence et l’éclat dĂ©taillĂ© des timbres instrumentaux allĂšgent constamment la pĂąte orchestrale, en une priĂšre constamment Ă©mu, touchĂ© par le sujet. Chaque fin de mouvement, surtout les deux premiers, sonne comme une Ă©quation irrĂ©solue, un Ă©noncĂ© dans le mystĂšre. Le 3Ăš mouvement, plus heureux, direct, objectif, danse littĂ©ralement dans le vent et les champs Ă©lysĂ©ens.

 

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Le concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France, filmĂ© en 2020, recueille ainsi la direction fine, claire, Ă©clatante et trĂšs prĂ©cise du jeune (35 ans) Finlandais Santtu-Matias Rouvali. FormĂ©, entre autres, Ă  l’AcadĂ©mie Sibelius d’Helsinki, a succĂ©dĂ© Ă  son compatriote Esa-Pekka Salonen Ă  la tĂȘte du Philharmonia Orchestra de Londres. “La plupart des compositeurs modernes crĂ©ent des cocktails multicolores ; j’offre au public de l’eau transparente”, disait Sibelius Ă  propos de sa “SixiĂšme symphonie”. Santtu-Matias Rouvali semble faire sienne cette dĂ©claration qui vaut note d’intention et feuille de route pour l’interprĂ©tation.
Dans la salle Pierre-Boulez de la Philharmonie de Paris, ce concert ce concert en huis-clos sans public, enchaĂźne sur une seconde et non des moindres, “SixiĂšme” : la “PathĂ©tique” de TchaĂŻkovski, chant du cygne du compositeur russe : la matiĂšre sonore dilate temps et espace ; elle invente une forme inĂ©dite mĂȘlant Ă©lĂ©gie, valse, marche frĂ©nĂ©tique, dĂ©ploration. Piotr Illiytch mourra neuf jours aprĂšs la crĂ©ation de la 6Ăš, en 1893 ; le manuscrit est donc considĂ©rĂ© comme son testament musical.

 

 

arte-concert-arts-de-la-scene-ballets-vod-critiques-classiquenewsEN REPLAY accessible jusqu’au 21 oct 2024 (durĂ©e : 1h21mn)
https://www.arte.tv/fr/videos/097529-000-A/santtu-matias-rouvali-dirige-sibelius-et-tchaikovski/

CD, Ă©vĂ©nement, critique. SIBELIUS : Symphonie n°2. Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias ROUVALI (1 cd Alpha – enregistrĂ© en juin 2019)

UnknownCD, Ă©vĂ©nement, critique. SIBELIUS : Symphonie n°2. Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias ROUVALI (1 cd Alpha – enregistrĂ© en juin 2019)  -  Grave et sombre parfois, souvent inquiĂ©tante, d’une constellation de timbres libĂ©rĂ©s et vibrants comme une frondaison grouillante et chantante, cette lecture de la Symphonie n°2 (finie en 1902) Ă©ditĂ©e par Alpha, confirme l’excellente apprĂ©ciation de sa prĂ©cĂ©dente Symphonie n°1 Ă©galement jouĂ©e ici par le Gothenburg symphony et le chef Ă©lectrisant, pleinement imaginatif Santtu-Matias ROUVALI.

https://www.classiquenews.com/cd-critique-sibelius-symphonie-n1-en-saga-gothenburg-symphony-santtu-matias-rouvali-1-cd-alpha-2018/

S’y dĂ©ploient comme dans la Symphonie n°1, ce sens de l’architecture, le souffle qui transcende, une lisibilitĂ© Ă©gale des pupitres et cette vibration particuliĂšre qui assimile l’orchestre de Sibelius au chant de la nature la plus mystĂ©rieuse et la plus flamboyante. Jamais descriptif, mais expressive et Ăąpre dans ses Ă©lans et changements de rythmes et d’atmosphĂšres, « D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif. » Ă©crivait Ă  propos de la Symphonie n°1, notre rĂ©dacteur Ernst Van Bek.
Au plus proche du vent, des arbres et de la mer, pourrions nous ajouter. C’est aussi sur le plan de la rĂ©alisation orchestrale, une splendide Ă©lectrisation des timbres et des couleurs, magistralement servie par la tension et la suretĂ© du geste qui construit, assĂšne, fait chanter le tissu symphonique sans jamais l’épaissir ni le lisser. Le relief de chaque instrument soliste s’en trouve investi, Ă  la fois intĂ©rieur et chantant. Evidemment ici rĂšgnent l’appel, l’ivresse, un sentiment de plĂ©nitude et d’activation frĂ©nĂ©tique mais jamais confuse (III. Vivacissimo), et d’aspiration vers les hauteurs, de cĂ©lĂ©bration pour la Nature, enfin de jubilation organisĂ©e, telle une formidable machine structurelle qui des Ă©lĂ©ments faussement Ă©pars prĂ©alables, Ă©difie une cathĂ©drale victorieuse. Qu’on y voit propre au contexte de la partition, une claire apothĂ©ose du gĂ©nie finnois, – affirmĂ© Ă  la face du voisin gĂ©ant Russe, y triomphe surtout la pensĂ©e musicale de Sibelius, laquelle en une rare cohĂ©rence organique qui semble jaillissante, s’équilibre peu Ă  peu, met en place une formidable sĂ©quence finale pleine de fougue construite et de panache ascensionnelle (dĂ©but de l’Allegro moderato, final : appel des cuivres y est irrĂ©sistible). Dans ses Ɠuvres suivantes, Sibelius dĂ©cantera peu Ă  peu la forme vers cette Ă©pure orchestrale fulgurante des derniĂšres Ɠuvres. Ce propre cheminement esthĂ©tique est des plus captivant. il fait de Sibelius le symphoniste le plus intĂ©ressant de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš, avec R. Strauss, Mahler, Ravel, Debussy.
CLIC D'OR macaron 200Plus narrative la Suite musicale « Roi Christian II » opus 27 (1899) apporte sur le sujet du Roi scandinave au XVIĂš, pour la piĂšce de Adolf Paul, une rĂ©elle confirmation de la sensibilitĂ© instrumentale du chef, son Ă©tonnante capacitĂ© Ă  structurer dans la mobilitĂ©, Ă  peindre et exprimer dans son activitĂ© fourmillante, une mosaĂŻque de cellules vivantes. AprĂšs l’ivresse Ă©perdue quasi Ă©chevelĂ©e mais d’une exceptionnelle intelligence du premier Ă©pisode “Nocturne” (plus lumineux et scintillant que vraiment sombre), Ă©coutez l’intĂ©rioritĂ©, et la fiĂšvre florale de l’ElĂ©gie, Ă  la fois sombre et implorante, et pourtant gorgĂ©e d’espĂ©rance. Superbe lecture, vive, affĂ»tĂ©e, clairement Ă©laborĂ©e, et la confirmation que Santtu-Matias ROUVALI est un sibĂ©lien captivant. Une intĂ©grale en cours ? A suivre. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. SIBELIUS : Symphonie n°2. Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias ROUVALI (1 cd Alpha – enregistrĂ© Ă  Gothenborg, en juin 2019 – SuĂšde) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2020.

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Approfondir
VISITER le site du Gothenborg Symphony Orchestra
https://www.gso.se/en/gsoplay/

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VIDEO sur YOUTUBE

Sibelius // Symphony No.1 & En Saga by Gothenburg Symphony & Santtu-Matias Rouvali

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CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). VoilĂ  un vrai travail d’orfĂšvre tissant une tapisserie de timbres, Ă  la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’Ɠuvre comme la cĂ©lĂ©bration par Sibelius de sa Finlande chĂ©rie, alors menacĂ©e par l’Empire russe (crĂ©ation en avril 1899), inspirĂ© et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dĂ©passer l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette Ă©nergie premiĂšre, gorgĂ©e d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblĂ©e, grĂące au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des Ă©lĂ©ments. Sur le motif.

Ainsi au dĂ©but de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignitĂ©, chante les souffrances et l’éternitĂ© inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend Ă  cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltĂ©es, bois parfois Ăąpre (bassons),tutti tendus, vitalitĂ© ardente et portĂ©s par une Ă©nergie Ă©perdue
 Rouvali prend Ă  bras le corps l’activitĂ© primitive des Ă©lĂ©ments qui semblent traverser les pupitres en Ă©lans faussement incontrĂŽlĂ©s.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la priÚre sibélienne

L’écriture est une priĂšre exacerbĂ©e face Ă  la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiĂšte, surtout animĂ© par un dĂ©sir supĂ©rieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempĂȘte victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intĂ©rieur l’immensitĂ© de la Nature (cor et harpes, flĂ»te) : son mystĂšre, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et Ă  mesure de l’avancĂ©e du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo
 Ă  Allegro energico.
Ici rĂšgne la gravitĂ© du dernier Tchaikovski (derniĂšre mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mĂ©lancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulĂ© avec une rondeur mordante, une belle sincĂ©ritĂ© qui vient elle aussi des replis du cƓur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantĂ©e
 en une cantilĂšne instrumentalement dĂ©taillĂ©e qui montre tout ce que l’éloquence enivrĂ©e de Sibelius doit aux
 russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragĂ©die en cours, celle d’une nature sacrifiĂ©e et pourtant d’une ineffable beautĂ©. Cette vision, et tragique et Ă©pique, prend corps dans les fabuleux arpĂšges des cordes, bouillonnants, Ă©perdus.

Le Scherzo est abordĂ© pour ce qu’il est : une scansion et une frĂ©nĂ©sie superbement mĂ©canique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement trÚs marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves
)
Il y met une touche d’humanitĂ©, un panthĂ©isme blessĂ© : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non Ă  l’extĂ©rieur, comme en une distanciation assĂ©chante. Au contraire, nous sommes au cƓur des Ă©lĂ©ments. Dans le vortex oĂč se jouent les transformations irrĂ©versibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affĂ»tĂ©e dans le chaos climatique qui est le nĂŽtre, causĂ© par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancĂ©e et trĂšs dĂ©taillĂ©e de Rouvali, Sibelius semble rĂ©ussir lĂ  oĂč Tchaikovski nous avait laissĂ©s ; les lumiĂšres permises par le finnois font espĂ©rer une clartĂ© filigranĂ©e et trĂšs vacillante chez le Russe (PathĂ©tique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais prĂ©sente. Mais dans la difficultĂ© et la souffrance. La fin est une rĂ©mission presque arrachĂ©e ; pas une victoire. Une vraie question laissĂ©e en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutĂŽt de Moussorgski mais mĂątinĂ© d’impressionnisme ravĂ©lien. LĂ  encore Sibelius exprime une activitĂ© invisible secrĂšte, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa prĂ©cision, et un vrai travail d’orfĂšvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalitĂ© des sĂ©quences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-ĂȘtre, Rouvali n’oublie pas aux cĂŽtĂ©s de sa prĂ©cision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, rĂ©vĂ©lant aussi dans cette activitĂ© flamboyante, des accents wagnĂ©riens. Le chef exprime le mystĂšre sauvage et la force de la nature, la beautĂ© grandiose et fragile, c’est Ă  dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le mĂȘme titre par son beau-frĂšre Eero JĂ€rnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore trĂšs narratif, mais dans cette trĂšs fine et scintillante Ă©criture, Ă  partir de 13’, il sait transmettre le cycle Ă©ternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rĂ©demptrice, matricielle. De toute Ă©vidence, dans ce crescendo final, d’une intensitĂ© irrĂ©pressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration premiĂšre. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction Ă©nigmatique. Superbe lecture et belle comprĂ©hension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rĂȘve d’une intĂ©grale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre
 aux qualitĂ©s Ă©videntes. Leur sincĂ©ritĂ© nous touche. VoilĂ  qui prĂ©figure le meilleur ? A suivre


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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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