CD événement, annonce. RICHARD STRAUSS : Zarathustra, Till, Tod, Danses de Salomé (Tanz), Lucerne Festival orchestra – R Chailly (1 cd DECCA, août 2017).

chailly richard strauss lucerne orchestra also sprach zarathustra till salome tanz tod und verklarung orchestra cd decca review classiquenewsCD événement, annonce. RICHARD STRAUSS : Zarathustra, Till, Tod, Danses de Salomé (Tanz), Lucerne Festival orchestra – R Chailly (1 cd DECCA, août 2017). Enregistré au Festival de Lucerne 2017 et constituant son grand programme d’ouverture alors (11 août 2017), le récital Richard Strauss dirigé par Riccardo Chailly donne la mesure du travail du chef depuis la disparition in loco de Claudio Abbado qui aura tant œuvré pour l’avenir et le niveau musical du Festival suisse (et de son orchestre associé). Depuis 2016, Chailly a pris les rênes de l’orchestre du festival / Lucerne Festival orchestra / Orchestre du Festival de Lucerne.

Après un excellent premier disque dédié à Stravinsky (Sacre du printemps / Chant Funèbre / Funeral song), ce second opus réunit au total presque 1h30 de musique straussienne, parmi ses partitions les plus délicieusement onctueuses, d’un fini orchestral inouï, et toujours intensément dramatique. Avec Gustav Mahler (chef et compositeur comme lui), Strauss demeure le symphoniste germanique le plus prolixe, d’une égal et flamboyante inspiration : un auteur majeur pour le tout début du XXè.
Le relief des instruments, cuivres, bois, unisson flexible des cordes indiquent le très haut niveau des musiciens de l’Orchestre fondé par Abbado en 2003. Le sens de la ciselure et ce mordant qui tend à tous les pupitres, à caractériser chaque phrase musicale par chaque instrumentiste s’explique car chaque partie est tenue ici par le supersoliste d’un orchestre européen réputé : la crème de la crème, comme le souhaitait Claudio Abbado dans son projet initial : concentrer chaque été des personnalités reconnues (solistes, vedettes des programmes concertants et de musique de chambre comme de récitals en solo) invitée à enrichir encore leur expérience orchestrale.
Un « orchestre d’amis » souhaitant partager leur amour viscéral des grandes pages symphoniques (ce qui s’entend nettement dans « Also sprach Zarathustra » – 1896, en particulier dans sa section finale… incandescente, crépitante, et subtilement murmurée).

En plus de Zarathustra, le disque comprend aussi le poème symphonique Till Eulenspiegels lustige streiche / Till l’espiègle, formidable épopée comique, burlesque et tragique d’un farceur mis au pilori de la bonne morale bourgeoise (1895) ; la traversée suspendue entre deux mondes, celui des vivants et celui des morts, éprouvée, vécue par un moribond, atteint, détruit : Tod un Verklärung (mort et transfiguration), qui finalement se remet après avoir ressenti l’abandon de son corps et la morsure de la faucheuse : spirituelle, et là aussi finement caractérisée, la lecture de Chailly et du Lucerne festival orchestra étonne par sa force et sa candeur d’intonation ; la vitalité des espoirs du mourant.
CLIC D'OR macaron 200Le clou demeure la Danse des Sept voiles de Salomé, musique suractive, voluptueuse, hypnotique comme peut l’être un tableau de l’érotique Klimt. Chailly montre comment Strauss, héritier de l’orchestre opulent, rutilant de Wagner, est un conteur magistral qui dote l’orchestre de couleurs et de parfums supplémentaires, non plus brumeux et nordiques, celtiques (Wagner et après Bruckner), mais plutôt orientaux, colorés et presque saturés d’une volupté nouvelle, gorgée de noblesse et de scintillements intérieurs.
Chailly a le sens de la palette straussienne et aussi, comme porté par la réactivité mûre des instrumentistes, l’instinct du développement et de l’architecture. Opus majeur.

Parution annoncée le 6 septembre 2019. Grande critique développée dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

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AUTRE CD Lucerne Festival Orchestra / Riccardo Chailly critiqué par CLASSIQUENEWS :

stravinsky chailly premiere creation inedit critique review cd par classiquenews annonce riccardo chailly lucerne festival orchestra sacre et chant funebre Chant-funebre-Le-Sacre-du-PrintempsCD, compte rendu critique. STRAVINSKY : Le chant funèbre, Le Sacre (Chailly, 1 cd Decca 2017). Avouons notre plein enthousiasme pour l’élément moteur de cet album : Le Chant Funèbre … sombre et grave, et même lugubre, dès son début, la partition cultive le mystère à la façon d’une marche envoûtée. Puis surgit une mélopée sinueuse à peine éclaircie par la flûte et les violons, comme un dernier râle. La rythmique un rien sèche, abrupte n’a pas encore la souple volupté à la fois incisive et mordante du Stravinsky mûr. C’est une étape qui doit encore beaucoup à l’esprit de malédiction, épais et sirupeux de L’Oiseau de feu, mais la magie aérienne en moins. Et pourtant en un ruban sensuel et comme empoisonné, le jeune Stravinsky a le génie de la couleur et des atmosphères souterraines (montées harmoniques en orgue), … ce pourrait être un poème dramatique, halluciné entre Rachmaninov, le Tchaikovski le plus échevelé, Liszt et Scriabine, entre torpeur, ivresse, féerie mortifère. L’application qu’y développe Chailly est passionnante : le geste rend justice à une partition (opus 5) il est vrai, clé. LIRE notre critique cd complète : Lucerne Festival Orchestra / Riccardo Chailly.

Salomé de STRAUSS par Kiril Petrenko

FRANCE MUSIQUE, dim 18 août 2019. STRAUSS : Salomé. De toutes les femmes conçues sur la scène lyrique par Richard Strauss, Salomé serait le plus « monstrueuse », inspirée par la pièce envoûtante et saisissante d’Oscar Wilde. Le poète et dramaturge anglais y fusionne de façon trouble l’ingénuité et la volupté, une innocence perverse qui séduite par le prophète réclame sa tête, avant de saisir Hérode dans l’hypnose érotique puis l’horreur criminelle. La musique de Strauss exprime exactement la pulsion frénétique, entre amour, désir et mort. Avant LULU de Berg, Strauss aborde la féminité sous l’angle de la sexualité, plus précisément d’un érotisme libéré qui fascine autant qu’il terrifie. Quand Hérode (un rien pédophile) ordonne à ses gardes d’étouffer sous les boucliers l’ardente sirène qui baise la bouche de Jokanaan décapitée, il s’agit de tuer le désir de la femme qui fait peur… La production diffusée par France Musique en ce mois d’août 2019 devrait marqué les esprit car le chef Kirill Petrenko, directeur musical du Berliner Philharmoniker est un superbe maestro lyrique (il l’a entre autres démontré à Bayreuth)…

salome_titien_tiziano_salome_5-Salome-1512-Tiziano-TitianLIRE notre dossier Richard Strauss : portraits de femmes. De Salomé à Capriccio, soit au cours de la première moitié du XXème siècle, Richard Strauss, comme Massenet ou Puccini aura laissé une exceptionnelle galerie de portraits féminins. Lente évolution qui d’ouvrages en partitions, recueille les fruits d’ une écriture musicale en métamorphose, et précise la place et le rôle de la femme vis à vis du héros.  Alors que Wagner n’envisage pour ses héroïnes qu’un aspect certes flamboyant mais unique (et qui le destine souvent à mourir), celui d’un ange salvateur œuvrant pour le salut du maudit (le héros et le compositeur se fondent ici), Strauss, avec son librettiste Hofmannsthal fouillent l’ambivalence contradictoire de la psyché féminine avec une subtilité rarement atteinte au théâtre. Selon les sources empruntées et le sujet central de l’opéra, l’héroïne est ici solitaire égoïste comme emprisonnée définitivement par ses propres obsessions, ou à l’inverse, mobile et généreuse, souvent sujet d’une métamorphose imprévue, capable de sauver le héros dont elle a croisé le destin. L’itinéraire de la femme au cours d’un seul ouvrage traverse bien des épreuves : elle pose clairement le principe de la transformation, du changement qui du début à la fin de l’ouvrage, indique une progression souvent passionnante à suivre.
http://www.classiquenews.com/les-femmes-selon-richard-strauss/ 

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logo_francemusiqueFrance Musique, dim 18 août 2019. 20h
Concert donné le 27 juin 2019 au Prinzregententheater (Théâtre du Prince-Régent) de Munich dans le cadre de l’Opernfestspiele (Festival de l’Opéra de Munich)

Richard Strauss : Salome op.54
Opéra en un acte sur un livret du compositeur
d’après la pièce de théâtre “Salomé” d’Oscar Wilde

Wolfgang Ablinger Sperrhacke, ténor, Herodes
Michaela Schuster, mezzo-soprano, Herodias
Marlis Petersen, soprano, Salome
Wolfgang Koch, baryton, Jochanaan, prophète
Pavol Breslik, ténor, Narraboth, capitaine de la garde
Rachael Wilson, mezzo-soprano, Le page d’Hérodias
Scott MacAllister, ténor, Premier Juif
Roman Payer, ténor, Deuxième Juif
Kristofer Lundin, ténor, Troisième Juif
Kevin Conners, ténor, Quatrième Juif
Peter Lobert, ténor, Cinquième Juif
Callum Thorpe, basse, Premier Nazaréen
Ulrich Ress, ténor, Second Nazaréen
Kristof Klorek, basse, Premier Soldat
Alexandre Milev, basse, Second Soldat
Milan Siljanov, basse, Un Cappadocien
Mirjam Mesak, soprano, Une esclave
Orchestre de l’Etat de Bavière
Direction : Kirill Petrenko

CD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO).

500x500-ELSA-DREISIG-miroirs-cd-critique-clic-de-classiquenews-la-nouvelle-diva-francaise-par-classiquenewsCD, critique. MIROIR(S). ELSA DREISIG, soprano (1 cd ERATO). Déjà la prise de son est un modèle du genre récital lyrique : la voix de la soliste se détache idéalement sur le tapis orchestral, détaillé et enveloppant. Le programme de la soprano Pretty Yende enregistré chez SONY ne bénéficiait pas d’un tel geste orchestral ni d’une telle prise de son. Dans cet espace restitué avec finesse, la voix somptueuse de la jeune mezzo française affirme un beau tempérament, sensuel, épanoui, naturel, et aussi espiègle (sa Rosina qui l’avait révélé au Concours de Clermont Ferrand : voir notre entretien avec la jeune diva, alors non encore distingué par son prix Operalia 2016) : du chien, une finesse enjouée, et donc un talent belcantiste naturel. Sa comtesse, quoiqu’on en dise trouble malgré une couleur qui manque de profondeur, mais la justesse de l’intonation, le souci de la ligne, indique là aussi, aux côtés de la rossinienne, l’excellente mozartienne (plus évidente pour elle et son âge, évidemment Pamina). Pas encore trentenaire, la mezzo éblouit littéralement dans les héroïnes de l’opéra romantique français : Thaïs de Massenet, Marguerite du Faust de Gounod avec cette délicatesse articulée du verbe : la grande classe. Intéressant jeu de miroirs pour reprendre le titre du cd, ses Manons chez Massenet (déchirant et sobre « Adieu notre petite table ») et chez Puccini (couleur idéale du timbre). Nouvel effet d’échos pour sa Juliette : celle académique et ennuyeuse de Daniel Steibelt (mort en 1823), que l’on oubliera vite, quand celle de Gounod (scène du poison) transpire d’émotion tragique, de suavité mortifère, d’une évanescence poétique admirable.

CLIC D'OR macaron 200La pièce de choix ou l’apothéose de ce récital quand même un brin ambitieux, reste la Salomé en français (validée par Strauss) lui-même : la candeur perverse, l’innocente obscène se délecte ici en une danse vocale autour de la tête coupée du Prophète Jokanaan (hallucinée, entre le théâtre et le monologue éperdu : « je la mordrai avec les dents… ») : pour une fois que nous avons là une interprète qui a et l’âge et la couleur et la technique du rôle, on dit : « brava ». Le résultat est sidérant car la juvénilité primitive, irradiante de cette adolescente malade éblouit littéralement dans la monstruosité de sa folie barbare. L’intelligence de la diction, la subtilité de l’émission, tout en sobriété sensuelle suscitent notre admiration. A suivre. LIRE aussi notre présentation du cd MIROIR(S) de la mezzo soprano ELSA DREISIG

Cd, annonce. MIROIRS. Elsa Dreisig, soprano (1 cd Erato)

500x500-ELSA-DREISIG-miroirs-cd-critique-clic-de-classiquenews-la-nouvelle-diva-francaise-par-classiquenewsCd, annonce. MIROIRS. Elsa Dreisig, soprano (1 cd Erato). MIROIRS : voici un premier album pour la « nouvelle diva française » (précisément franco-danoise), Elsa Dreisig, soprano coloratoure au chant flexible, naturel, agile, idéalement intelligible (enfin une chanteuse dont on comprend chaque syllabe, et donc chaque intonation bien nuancée)… Les héroïnes romantiques françaises sont présentes Marguerite dans Faust, Juliette de Roméo et Juliette de Gounod ; Thais de Massenet, … mais l’idée qui renvoie au titre, en un effet de MIROIR pertinent, demeure la confrontation d’un même profl psychologique, traité par deux compositeurs différents : voici donc Manon (version Massenet et Puccini), Juliette (Gounod / Steibelt), surtout Salomé (Massenet, Hérodiade / Richard Strauss : dans la version française originale prosodiée par Romain Rolland : on l’a compris, le joyau de cet album)…

 

 

 

Elsa Dreisig signe son premier cd
La belle voix d’Elsa
Salomé superlative…

 

 

 

Belle amplitude expressive, grand appétit pour la jeune diva, révélée au Concours de Clermont Ferrand à 23 ans en 2015 (VOIR notre entretien alors avec la jeune diva qui chantait déjà Rosina), puis consacrée à Operalia 2016… Celle qui chante aussi Traviata à Berlin, « ose » ici une collection de 10 airs parmi les plus ambitieux et caractérisés du répertoire lyrique. D’emblée l’ampleur de ce timbre tendre, d’une belle agilité, s’impose par sa maturité et son élégance. Un style impeccable d’une intensité continue, qui sait surtout magnifiquement articuler le français. Un régal qui nous rappelle donc Mirella Freni pour le volume et la tension canalisés, et aussi Crespin pour la précision du souci linguistique.

Ainsi voici la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart, en sa prière douloureuse et digne : « Porgi amor » ; Rosina du Barbier de Séville de Rossini et sa détermination juvénile, combattante, réfléchie ; Salomé de Strauss, enivrée, extatique, hallucinée)…. A coup sûr, ce pourrait bien être son incarnation de Salomé, version Strauss qui pourrait être majeure. En français, proférant des aigus languissants, extatiques donc, en concurrence direct avec la frénésie des flûtes simultanés, rivalisant d’amples volutes sombres et chaudes avec les cors, sa personnification de l’héroïne de Oscar Wilde, innocente et perverse, criminelle et aimante, désirante et monstrueuse pourrait bien affirmer définitivement un tempérament d’exception, à suivre évidemment désormais. Il s’agit d’une révélation confirmée et l’avènement d’une nouvelle grande diva française aux côtés d’une autre soprano emblème de l’écurie Erato, Sabine Devielhe. Grande critique du cd MIROIRS / Elsa Dreisig, à venir dans le mag de classiquenews.com

 

 

 

 

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Cd, annonce. MIROIRS. ELsa Dreisig, soprano (1 cd Erato)

Télé. Arte : Richard Strauss, un génie controversé, le 11 juin à 21h

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56Arte : Richard Strauss, un génie controversé, le 11 juin à 21h. Arte diffuse ce portrait docu de Richard Strauss en «  génie controversée »…. pour les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur bavarois, né en 1864. Le regard est forcément sélectif : sont évoqués poèmes symphoniques (Don Juan, Don Quichotte…) : un terreau expérimental et purement instrumental, mené jusqu’aux ultimes années du XIXème finissant… grâce auquel Strauss se forge sa propre identité musicale, bientôt appliquée à l’opéra. En prince de l’instrumentation, le compositeur qui a pu bénéficier d’un foyer familial propice à sa maturation artistique, affirme alors un tempérament unique sur le plan des audaces harmoniques, de la construction dramatique… Evidemment sur le registre lyrique sont mentionnés, le Chevalier à la rose, créé triomphalement à Dresde – foyer des créations straussiennes par excellence, en 1911 : toute l’Europe cultivée se pressa lors pour applaudir à ce miracle musical qui renoue avec la grâce et le raffinement mozartiens (de fait, le rôle d’Octavian est un personnage travesti comme celui de Cherubin dans les Noces de Figaro, principe classique par excellence et avant l’époque des Lumières, tant de fois utilisé à l’âge baroque de Vivaldi à Haendel)…
Aux côtés de la carrière du compositeur d’opéras (Elektra, Salomé également créées à Dresde en 1905 puis 1908 sont évoquées), le parcours du chef d’orchestre est précisément jalonné : Meiningen où Hans van Bulow l’appelle à ses côtés, puis Weimar (1889) où il rencontre Brahms, Wagner et surtout la soprano Pauline de Ahna qui deviendra son épouse… Weimar synthétise alors sa double renommée : compositeur adulé de Don Juan, chef célébré dans Tristan une Isolde de Wagner, compositeur qu’il adore tout en prenant distance avec sa conception messianique de la musique.
Le docu souligne combien Strauss fut au début du siècle, le tenant de la modernité lyrique, auteur d’une musique furieuse, spectaculaire et raffinée à la fois, faisant de Dresde, ce lieu d’expérimentation, véritable laboratoire des avancées et renouvellements lyriques avec Elektra et Salomé… Dommage que les grandes oeuvres orchestrales ne sont pas évoquées ni même citées : La Femme sans ombre, Hélène égyptienne, puis les opéras crépusculaires et nostalgiques Capriccio, Daphné ou l’Amour de Danaé…

strauss mosaique richard straussUn génie empêtré dans la honte… Le chapitre que l’on attend concerne la collusion honteuse de Strauss avec le régime nazi : une complaisance qui dure 12 années et qui n’est pas à son honneur ni à son avantage. Aux jeux Olympiques de Berlin en 1936, Strauss, président de la chambre de musique du Reich compose l’hymne olympique, il est le compositeur le plus célèbre en Allemagne depuis les années 1920… Hitler et Gobbels utilisent et instrumentalisent à des fins de propagande sa célébrité honorable, d’autant que l’humanisme lettré et classique de Strauss n’a jamais été militant ni engagé. Son éducation le conduit à se soumettre et servir le pouvoir : comme il l’a fait auprès de l’Empereur François Joseph, puis Guillaume II, enfin Hitler. Cet aveuglement reste déconcertant, d’autant que dans lettres et conversations rapportées, Strauss exprime clairement sa distance d’un régime dont il annonce très vite la fin attendue. En 1944, il fait une visite au camp de musiciens de Theresienstadt pour y faire libérer la grand mère de sa belle fille : Strauss avait la naïveté de croire que son crédit et son statut suffiraient à obtenir cette libération sans la résistance des tortionnaires… Evidemment, personne n’est libéré. Voilà qui en dit long sur cet aveuglement de la honte. En 1949, le chef hongrois juif Solti soutient sa totale dénazification et l’accueille triomphalement dan la ville de ses anciens succès : Dresde. Tout un symbole. Avec les Quatre derniers lieder (qui sont en vérité 5 à présent), – hymne flamboyant et mélancolique, Strauss semble faire amande honorable, prier pour son rachat et en même temps exprimer un adieu qui est renoncement au monde.
Le témoignages des artistes : Thomas Hampson (qui chante Mandryka dans Arabella à Salzbourg 2014 aux côtés de René Fleming), la mezzo Brigitte Fassbaender (interprète légendaire de Octavian… qui témoigne son harcèlement des fans que sa prise de rôle à suscité à Munich en 1979), le chef Christian Thielemann …

Soirée Richard Strauss sur Arte

première partie de programme

arte_logo_2013Concert à Dresde pour les 150 ans : Christian Thielemann dirige au Semperoper de Dresde, la Staatskapelle de Dresde dans un cycle comprenant des extraits symphoniques et lyriques : Elektra, Le Chevalier à la rose, Feuersnot et surtout perles orchestrales néobaroques : l’ouverture de Hélène l’Égyptienne et en particulier le final de Daphné qui narre musicalement la métamorphose de la nymphe aimée d’Apollon en laurier, selon la légende féerique et fantastique léguée par Ovide entre autres.

seconde partie de programme

arte_logo_2013La Femme sans ombre de Richard StraussDocumentaire de Reinhold Jaretszky : portrait de Richard Strauss en” génie controversé”. Bilan sur sa carrière pendant le régime hitlérien : Strauss compositeur germanique vivant incontournable ne fut-il qu’instrumentalisé par les nazis ou chercha-t-il sciemment à pactiser avec le diable pour recueillir privilèges et statuts officiels? Sa complicité avérée alors avec le chef Clemens Krauss lui aussi complaisant vis à vis du régime hitlérien ajoute au trouble… Nommé président de la Chambre de musique du Reich dès 1933, adoubé par Hitler, auteur d’hymnes de pure obéissance (comme celui pour les Jeux Olympiques de 1936), Strauss même s’il démissionna de sa charge présidentielle, prit parti pour son librettiste juif, Zweig, au moment de la création de La Femme silencieuse en 1935 (sous la direction de Karl Böhm)… Le documentaire offre un large spectre d’analyse, soulignant combien le génie de l’artiste fut grand, mais plus douteuses ses errances politiques et culturelles… A chacun de se faire son propre jugement. L’immense stature du compositeur dans la première moitié du XXè s’affirme elle de façon indiscutable.

 

Arte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. Soirée Richard Strauss : concert et docu.

Les Femmes selon Richard Strauss

Richard Strauss : portraits de femmes. De Salomé à Capriccio, soit au cours de la première moitié du XXème siècle, Richard Strauss, comme Massenet ou Puccini aura laissé une exceptionnelle galerie de portraits féminins. Lente évolution qui d’ouvrages en partitions, recueille les fruits d’ une écriture musicale en métamorphose, et précise la place et le rôle de la femme vis à vis du héros.  Alors que Wagner n’envisage pour ses héroïnes qu’un aspect certes flamboyant mais unique (et qui le destine souvent à mourir), celui d’un ange salvateur œuvrant pour le salut du maudit (le héros et le compositeur se fondent ici), Strauss, avec son librettiste Hofmannsthal fouillent l’ambivalence contradictoire de la psyché féminine avec une subtilité rarement atteinte au théâtre. Selon les sources empruntées et le sujet central de l’opéra, l’héroïne est ici solitaire égoïste comme emprisonnée définitivement par ses propres obsessions, ou à l’inverse, mobile et généreuse, souvent sujet d’une métamorphose imprévue, capable de sauver le héros dont elle a croisé le destin. L’itinéraire de la femme au cours d’un seul ouvrage traverse bien des épreuves : elle pose clairement le principe de la transformation, du changement qui du début à la fin de l’ouvrage, indique une progression souvent passionnante à suivre.

 

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Certaines comme Salomé ou Daphné demeurent étrangères à tout renouvellement de l’esprit : leur carrière suit toujours le même dessein, être seule, sans amour puis mourir ou être pétrifiée. Leur route est fixe et ne cible qu’une inéluctable fin tragique. Elles s’opposent ouvertement au corps social, ne désirant à aucun moment lui appartenir… D’autres éclairent les tumultes et tempêtes d’une vie de couple parfois à la lumière de la propre expérience de Strauss : immersion réaliste dans l’aventure domestique où la querelle et le soupçon, l’incommunicabilité profonde menace un destin qui à une époque s’est envisagé à deux (quel avenir pour le mariage  et le serment de confiance réciproque qui lui est lié?) : ainsi la femme du teinturier dans La femme sans ombre, surtout Christine, l’épouse du chef d’orchestre Robert Storch dans Intermezzo (le livret de Strauss lui-même indique clairement un sens souvent autobiographique dans l’écriture de l’ouvrage). Et puis il y a les généreuses loyales qui par amour accomplissent l’impossible, défient le sort et la loi divine, s’offrent – comme Isolde, sans compter (Hélène égyptienne) ou à l’inverse, renoncent en un geste de détachement ultime qui s’apparente aussi à l’amour (La Maréchale dans Le Chevalier à la rose). De telles figures si humaines et fraternelles accomplissent leur destin grâce au pouvoir évocatoire de la musique, la seule en vérité qui semble capable d’exprimer l’indicible intelligence féminine, le chant et les notes plutôt que tout discours verbal fût-il poétique. N’est ce pas ce qu’aurait pu défendre Strauss lui-même dont Capriccio, son dernier opéra (1942) indique clairement l’opinion comme le tempérament : si à la fin de l’opéra, la question reste en suspend, il semble bien que par la voix de la Comtesse Madeleine, le compositeur défende bien les vertus de son art: quelle autre discipline mieux que la musique peut dévoiler la vie intime des êtres ?

 

 

 

année Strauss 2014 : la femme selon Richard Strauss

Portraits de femmes…

 

 

A l’occasion de l’année Richard Strauss 2014, – 150 ème anniversaire de la naissance, classiquenews dresse le portrait de ses femmes sublimes dont la musique de Strauss éclaire désirs et velléités de la nature profonde.

 

 

Salomé : le désir monstrueux. salome_titien_tiziano_salome_5-Salome-1512-Tiziano-TitianSalomé incarne mieux que toute autre, l’idéal féminin de Strauss qui souhaitait, de son propre aveu, être captivé et saisi par la figure d’une héroïne centrale. C’est assurément le cas de Salomé dont le tempérament oriental et vénéneux préfigure l’érotisme énigmatique de Lulu.
Par les yeux d’Hérode, Strauss semble scruter  la courbe frénétique et provocante du corps adolescent pendant la danse des sept voiles. Jouissive, perverse, Salomé concentre son désir sur la bouche de Jokanaan le Prophète, quand elle demeure insensible au jeune capitaine syrien Narraboth qui terrassé et donc manipulé, se jette à ses pieds avant de se suicider, éconduit… Par elle, s’écoule l’ivresse sensorielle qui envoûte et hypnotise ; puis son obsession suscite la décapitation du Prophète, semant la terreur autour d’elle. Inconsciente à toute raison, la jeune femme encore pubère sème frustration et mort sur son chemin : il n’est d’autre issue que la mort pour rompre le charme fatal de la sirène enjôleuse. A la beauté de sa silhouette, Strauss ajoute par le pouvoir d’une musique névrotique et expressionniste mais flamboyante et terriblement sensuelle, le trouble que produit la jeunesse criminelle : l’innocence de Salomé contredit ses fantasmes qui confinent à la folie barbare. C’est la beauté du diable : une mante religieuse dans le corps d’une lolita.
Sous le masque de la candeur gracile se cache la figure d’un monstre. Ici le désir n’est canalisé par aucun ordre moral : il s’exacerbe et se consume jusqu’à la mort. La jeune fille de 16 ans qui doit chanter comme une Isolde, incarne l’opéra le plus torride jamais écrit avant lui : manifeste éruptif d’un désir unilatéral qui à a sa création à Dresde en décembre 1905, reste le plus grand scandale lyrique d’Europe, et aussi le premier triomphe de son jeune auteur (tout juste quadra). Illustration : Salomé par Titien (DR)

 

electre_pompei_fresque_romaineElektra : venger le père. Elektra (Dresde, 1909) n’est pas une femme comme les autres : en elle, brûle le feu de la vengeance, un brasier pour lequel elle renonce à sa vie propre, écarte tout bonheur et tout amour. A l’injonction structurante : vis ta vie, sois toi-même ! Elektra répond : je ne peux pas : j’aime trop mon père. Rien n’importe plus que venger la mort du père (Agamemnon), donc tuer la mère (Clytemnestre) : l’objet de son obsession. Elketra n’a pas dépassé son complexe œdipien. Tout l’opéra qui découle de la pièce de théâtre de Hofmannsthal (1903) se concentre sur le délire psychique, la quête obsessionnelle d’Elektra. C’est un huit-clos psychologique qui confine à l’étouffement. Certes on ne cesse de souligner la finalité tragique et l’emprisonnement de la jeune femme qui erre comme une bête aux abords du palais de sa mère criminelle. Mais tiraillée par les événements qui l’accablent, comment Elektra aurait-elle pu agir autrement que dans l’esprit de vengeance? Elle ne peut s’en sortir qu’en vengeant son père. A contrario de sa sœur Chrysothémis qui veut vivre sa vie, Elektra ne peut vivre sans se libérer de sa quête. Là encore comme dans Salomé, Strauss trouve une figure féminine centrale, totalement hallucinante. Ne supportant pas l’impunité de l’assassinat, l’héroïne veut faire expier : la mort appelle, exige la mort. Mais elle ne peut le faire seule : cette impuissance fonde la violence déchirée du personnage. Et quand son frère Oreste retrouvé, réalise la punition tant espérée, Elektra s’effondre … morte. En outre leurs retrouvailles restent dans la vie de l’héroïne l’instant le plus humain de l’opéra, un répit dans une arène suffocante.

 Outre la formidable musique que compose Strauss, le livret d’Hofmannsthal s’intéresse au verbe poétique d’Elektra : en elle coule la source d’une connaissance supérieure, celle du mot juste qui dénonce et exhorte. Pour le poète librettiste, Elektra est une figure de l’artiste qui voit tout, mais son existence n’est qu’un exutoire ; le verbe répète toujours et encore la tragédie de l’acte traumatisant. Le verbe d’Elektra, cri et incantation, emprisonne : il est voué à la répétition car il ne résout rien. Elektra est d’abord une victime d’autant plus qu’elle ne surmonte pas le crime de son père. Sa solitude est terrible car même la vengeance qu’elle exige, ne la libérera pas. Elle est condamnée de toute façon dès le début de l’opéra. Pas de lien social pour Elektra ni Salomé. Mais le sort tragique surhumain de deux figures absolues, l’une portée par son seul désir ; la seconde tout autant enchaînée à la vengeance qui la consume. Illustration : jeune romaine, fresques de Pompei (DR).

 

Poussin_la-sacre-d-apollon_strauss-helene-egypteLa quête d’Hélène égyptienne … Dernier opéra conçu par Hofmannsthal et Strauss, Hélène égyptienne créé en 1928 confirme l’Antiquité comme une source régulière et inépuisable : après Elektra, Arianne, voici donc Hélène mais dans un épisode moins connu, celui indirectement légué par Euripide. Homère retrouve Hélène et Ménélas, heureux comme réconciliés, malgré la séquence d’Hélène enlevé par Paris jusqu’à Troie… Or selon Euripide, soucieux d’expliquer les retrouvailles des époux, imagine qu’en réalité, Pâris aurait enlevé le fantôme d’Hélène ; la vraie Hélène se serait enfuie en Egypte à la cour du Protée où l’époux dubitatif et d’abord trompé, la retrouve ; elle lui aurait toujours été loyale.
Hélène égyptienne raconte l’histoire d’une femme en quête de son époux, cherchant à rétablir la confiance dans leur couple en dépit d’une réputation tronquée mais néfaste… en dépit de l’infidélité dont elle s’est rendue coupable. Contre la fatalité et le poison du soupçon, Hélène veut croire au serment du mariage : être fidèle à son époux, c’est enfin accomplir son destin. Il n’est jamais trop tard. Voici encore une fois, la figure d’une femme admirable qui souffrante désire être sauvée. En lire +

 

 

 

 

à suivre …
Prochain épisode : La Maréchale du Chevalier à la rose (1911)