Compte rendu, opéra. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata. Desbordes, Moreau, Uyar, Brécourt.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont … choeur et orchestre Opéra Eclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Patrice Gouron, décors et costumes, Clément Chébli, vidéo. En cette troisième soirée de festival, nous nous retrouvons au château de Castelnau Bretenoux, situé à quelques encablures de Saint Céré. Si le soleil est au rendez-vous, la fraîcheur aussi; néanmoins le temps permet de jouer en plein air ce qui n’avait pas vraiment été le cas en 2015. Pour cette nouvelle production de La Traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901), Olivier Desbordes a sollicité le concours de son jeune collègue Benjamin Moreau avec lequel il cosigne déjà la mise en scène de La Périchole.

 

 

 

Traviata étonnante mais séduisante

Le duo Desbordes/Moreau fait encore des siennes

 
 
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Pour cette production, nous nous retrouvons dans un Paris intemporel, plus vraiment au XIXe siècle, pas non plus complètement au XXe siècle. Le public rentre aisément dans le spectacle, dès le début de la soirée, qui n’a pourtant rien de choquant puisque dès le début de l’oeuvre, Violetta se sait gravement malade. Et d’ailleurs le premier fil rouge de la mise en scène est la maladie et l’agonie de la malheureuse Violetta. Dans cette optique, le placement de la scène entre Violetta mourante et le docteur Grenvil au tout début de l’oeuvre, avant le début de la fête chez la demi mondaine ne surprend pas : «La tisi non le accorda che poche ore» («La phtisie ne lui laisse plus que quelques heures») répond Grenvil à Anina qui le questionne. Le second fil conducteur concerne le «volet» des conventions sociales et le déni de la maladie; pour accentuer ce point de vue, les deux hommes ont invité une comédienne qui incarne Violetta jusqu’à la fête chez Flora. Et pour parachever cette idée de douleur, d’agonie, de société bien pensante (le monde des courtisanes contre la bourgeoisie guindée et pétrie de certitudes), la Violetta de Burcu Uyar est filmée de bout en bout de la représentation, son visage apparaissant sur un grand écran installé en fond de scène. Si l’idée de ce film est bonne, – du moins peut-elle est défendue, nous comprenons nettement moins les références cinématographiques des deux metteurs en scène même si elles semblent être en accord avec les fils rouges définis par les deux hommes. Les images de guerre en revanche, notamment les bombes explosant en pleine campagne, sont de trop dans une production déjà très réussie.

Concernant le plateau vocal, c’est une distribution française de haute volée qui a été invitée à chanter cette nouvelle production de La Traviata. La soprano Burcu Uyar, que nous avions déjà saluée en 2014 pour de Lucia di Lammermoor (rôle titre), campe une Violetta émouvante et très en voix. Dès l’air d’entrée «E strano … A forse lui», l’interprète donne le ton de la soirée : la voix est parfaitement tenue, la ligne de chant impeccable, le médium superbe, les aigus flamboyants; le contre mi bémol final, sorti après que l’aria ait été intégralement interprété, est non seulement juste mais tenu sans la moindre faiblesse. Face à cette superbe Violetta, le jeune Julien Dran incarne un Alfredo qui apparaît, du moins en première partie, plus terne que sa partenaire; si le Brindisi est interprété très honorablement, il manque le petit grain de folie qui en aurait fait un grand moment de chant. Avec l’air et la cabalette du deuxième acte «De miei bollenti spiriti … O rimorso» , le ténor prend plus d’assurance et la voix est plus belle, plus puissante qu’en début de soirée.
C’est Christophe Lacassagne qui chante Germont père; le baryton effectuait, lors de cette production, une prise de rôle qu’il redoutait. Car comme, il nous le confiait peu après la représentation : «C’est un rôle pas forcément très long mais dense et tendu vers l’aigu.». Cependant, Lacassagne prend le personnage de Germont sans sourciller ; il campe un vieil homme de très belle tenue; s’il est pétri de certitudes et d’a prioris négatifs à l’égard de Violetta, il n’en n’est pas moins ému par la grandeur d’âme de la jeune femme : «Ciel ! che veggo ? D’ogni vostro aver, or volete spoliarvi ?» (Ciel ! que vois-je ? Vous voulez vous dépouiller de tous vos biens ?»).

Chez Flora, le Germont de Lacassagne est un homme très en colère; les sentiments contradictoires du vieil homme sont parfaitement visibles chez ce comédien né qui fait de ce personnage si marquant, malgré le peu de scènes que Verdi lui accorde, un homme émouvant, balançant entre les dictats de la morale bourgeoise et ce que lui dicte son cœur. Survoltés par la présence du vétéran Eric Vignau (Gaston inénarrable), infatigable puisqu’il chante tous les soirs en cette fin de festival, les comprimari sont en grande forme à commencer par Flore Boixel (qui chante dans les trois productions du festival) et Laurent Arcaro (Douphol). Pour terminer évoquons la comédienne Fanny Aguado qui incarne cette Violetta muette, prisonnière des conventions sociales qui vont finir par précipiter sa chute pendant presque toute la soirée. La jeune femme fait montre d’une assurance remarquable ; elle s’est parfaitement intégrée à l’équipe et au spectacle donnant le meilleur d’elle même et faisant presque oublier que tout près d’elle, il y a une chanteuse qui lui prête sa voix. Visuellement la trouvaille fonctionne admirablement.

A la tête de l’orchestre d’Opéra Eclaté, placé sur le côté gauche du plateau, le jeune chef Gaspard Brécourt dirige avec vigueur et fermeté. Si nous avions apprécié sa performance dans Lucia di Lammermoor en 2015, Brécourt nous surprend agréablement en 2016; le jeune homme a mûri, la gestuelle est plus sûre ; il est plus attentif à ce qui se passe sur le plateau. Du coup, pendant toute la soirée, la musique de Verdi vibre de vie, éclatant tel le bouquet final d’un feu d’artifices.

Cette nouvelle production de La Traviata ne manque pas de faire réfléchir le public sur les multiples dénis et conventions qui régissent la société du XIXe siècle, -hypocrisie sociale et lâcheté collective qu’a épinglé non sans raison Verdi, et que nous retrouvons de nos jours sous des formes assez peu différentes. Si nous regrettons des images de guerre pas toujours appropriées, l’utilisation de la vidéo, notamment pour focuser sur la Violetta mourante en gros plan s’avère être une excellente idée. Pour défendre cette nouvelle Traviata, les responsables du festival de Saint Céré ont fait confiance à une distribution de très belle tenue à commencer par Burcu Uyar qui était en grande forme. Et même si Christophe Lacassagne en Germont semblait quelque peu sur la défensive, il n’en a pas moins parfaitement rendu justice à Verdi. Saluons également la superbe performance de Fanny Aguado qui incarne la Violetta muette avec beaucoup de panache. Voilà donc une Traviata, nouvelle réussite du Saint-Céré 2016, à voir et à écouter sans modération.

 

 

 

Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont, Sarah Lazerges, Flora, Eric Vignau, Gaston, Matthieu Toulouse, Docteur Grenvil, Laurent Arcaro, Baron Douphol, Yassine Benameur, Marquis d’Obigny, Nathalie Schaaf, Anina, Fanny Agaudo, Violetta muette, choeur et orchestre Opéra Eclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Patrice Gouron, décors et costumes, Clément Chébli, vidéo.

 

 

 

Compte Compte rendu, concert. Cahors. Théâtre, le 9 août 2015. Weill/Brecht; Stravinsky/Ramuz. Éric Perez, récitant; orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction.

Stravinsky portrait faceEn ce quatrième jour de ballade lotoise, nous voici à Cahors. Le mauvais temps ayant décidé de nous accompagner une journée de plus, nouveau repli stratégique au théâtre de Cahors en lieu et place de la cour de l’archidiaconé (dure météo, songez qu’à Saint-Céré, Nicole Croisille et ses musiciens, qui jouaient le même soir qu’Éric Perez, ont dû donner leur concert à la Halle des sports). Pour cette quatrième soirée, c’est un programme très différent des précédents que nous proposent les artistes invités en ce dimanche soir mettant ainsi en avant l’éclectisme qui est la marque de fabrique du festival. Les complices Éric Perez et Dominique Trottein travaillent régulièrement ensemble ; ils ont eu, avec la tournée d’hiver, largement le temps de peaufiner leur vision d’un programme centré sur la musique moderne, avec des compositeurs et des librettistes contemporains les uns des autres, ce qui préfigure déjà ce que sera l’édition 2016 du festival.

Un soldat millimétré, sublimé par Eric Pérez

L’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky (1882-1971) et Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) étant une oeuvre de courte durée (environ quarante cinq minutes), Éric Perez débute la soirée avec des oeuvres de Kurt Weill (1900-1950) conçues avec son complice Bertold Brecht (1898-1956). Après un début en fanfare dans une interprétation remarquable de la Complainte de Mackie, tirée du fameux Opéra de quat’sous (composé et créé en 1928), Perez, comédien et chanteur chevronné, enchaîne avec de charmantes mélodies de Weill dont un extrait de Marie Galante : Les filles de Bordeaux. Si la diction reste perfectible pour Und was bekam des soldaten weib?, la dernière des oeuvres de cette première partie, l’ensemble des mélodies profitent d’un panache et d’une maitrîse indiscutables, dignes de l’artiste accompli qu’est Éric Perez, lequel n’hésite pas à prendre gentiment à parti le chef et le violoniste pour lancer leur solo au piano et au violon.

Après une courte pause, -le temps d’enlever le piano-, l’orchestre, qui adopte une forme très jazzy (souhaitée par le compositeur qui voulait bousculer les codes établis), entame L’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky (1882-1971) et Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947). Conçue pendant la première guerre mondiale, l’oeuvre est née de la rencontre de ces deux grands artistes tous deux installés en Suisse (Stravinsky y était même exilé à l’époque). Éric Perez qui a fait des études de théâtre avant de faire de la musique, alterne les deux disciplines sans efforts, fait ressortir avec talent les sentiments contradictoires du soldat Joseph et des habitants de son village. Stravinsky et Ramuz exploitent le contraste né de la succession des moments martiaux, et donc déclamés alla militaire, de manière carrée, concise avec des moments de “pauses” narrés de façon plus calme. Perez, excellent comédien, prend la voix de chaque personnage (le diable sous ses divers déguisements, Joseph, les gardes du château, le roi …) avec des intonations si justes qu’on se croirait véritablement en face d’un vieillard, d’une vieille femme, de jeunes gens. L’art du conteur diseur est total et captivant. Cette version revisitée du mythe de Faust (le pacte avec le diable, plus ou moins imposé ici) démontre qu’on ne peut pas tout avoir en même temps, fortune et amour par exemple, de même que nul ne saurait prétendre avoir été et être : on devient ce que notre passé fait de nous et nous ne saurions espérer redevenir tel que nous étions dans le passé. Et d’ailleurs Ramuz le dit fort joliment dans la morale finale du conte : “un bonheur est tout le bonheur, deux c’est comme s’ils n’existaient pas”. La direction de Dominique Trottein, aussi bien dans l’oeuvre de Weill que dans celle de Stravinsky, est dynamique, claire, nette, précise. Songeste suit les nuances affinées par l’acteur principal au jeu polymorphe. Le chef connait d’autant mieux le répertoire moderne qu’il le dirige régulièrement (Lost in the stars en 2011 puis en 2012 et pendant les tournées qui on suivi par exemple). La réussite de la soirée tient aussi à la complicité qu’il entretient avec ses musiciens et avec évidemment Éric Perez.

La performance des artistes (comédien, instrumentistes, chefs) est totale : elle sert idéalement le génie de compositeurs aussi hétéroclites et délirants que Kurt Weill et Igor Stravinsky.

Cahors. Théâtre, le 9 août 2015. Kurt Weill (1900-1950)/Bertold Brecht (1898-1956) : Le grand lustukru, Ballade de la bonne vie, Bilbao song, Je ne t’aime pas, la complainte de Mackie (extrait de l’Opéra de quat’sous), Les filles de Bordeaux (extrait de Marie Galante), Und was bekam des soldaten weib?; Igor Stravinsky (1882-1971)/Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) : L’histoire du soldat. Éric Perez, récitant; orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction.

Compte rendu, concert. Saint-Céré, le 8 août 2015. JS Bach : Passion selon Saint Jean. Anass Ismat, direction.

bach_js jean sebastianEn ce troisième jour de notre parcours à Saint-Céré, la pluie s’est invitée à la fête, obligeant ainsi les responsables du festival à replier vers la Halle des sports le concert prévu au château de Castelnau Bretenoux. Au programme de ce samedi soir, la Passion selon Saint Jean de Johann Sebastian Bach (1685-1750); l’oeuvre baroque marque le retour au festival de Saint Céré du grand oratorio. Créée en 1724, la Passion selon Saint-Jean est une oeuvre maintes fois reprise et adaptée par Bach. Pour “compenser” certaines faiblesses du texte de l’évangile selon St Jean, peu développé sur quelques points, notamment sur les pleurs de Pierre après qu’il ait par trois fois renié le Christ (“lorsque le coq chantera par trois fois, tu m’auras renié”) et la description du tremblement de terre, Bach a puisé selon ses besoins dramatiques dans l’Evangile selon Saint-Mathieu. Pour marquer l’occasion le chef Anass Ismat s’est adressé à l’évangéliste par excellence : Christophe Einhorn. Le ténor alsacien, bien qu’il ait un répertoire assez large, est un grand spécialiste de l’oeuvre de Bach et il l’a démontré une nouvelle fois ce samedi soir.

Amateurs encadrés et solistes défendent le drame sacré de Bach

La Passion selon Saint Jean : le retour du grand oratorio à Saint Céré

Anass Ismat maestro chef orchestre saint cere saint jean js bach compte rendu critique classiquenewsDepuis de longues années, le festival de Saint-Céré permet à des amateurs chevronnés de venir se perfectionner lors de sessions intensives de stage. En 2014, ils avaient chanté le Requiem de Mozart avec un certain bonheur ; pour l’édition 2015, ils ont abordé l’un des monuments de la musique baroque, cette Passion selon Saint-Jean de Bach, avec un certain panache. Le début de soirée est d’abord compliqué du côté des sopranos très tendues et parfois à peine audibles, surtout dans les aigus, mais en cours de performance, il nous faut bien admettre qu’ils ont donné de très belles choses à entendre. La diction est excellente, les voix bien préparées et globalement le travail avec le chef Anass Ismat et Jean-Blaise Roch, leur chef de choeur et professeur de chant, a donné un résultat remarquable. Côté solistes, grandes satisfactions et impressions plus mitigées se précisent. Ainsi le jeune ténor Laurent Galabru, que nous avions apprécié en 2014 dans Le voyage sur la lune, déçoit quelque peu; la diction est excellente, mais musicalement sa prestation est trop tendue et il est à la peine dans les aigus dans ses deux arias ayant même parfois du mal à aller au bout de ses phrases. De même la mezzo soprano, Eva Gruber a bien du mal à convaincre; ses deux arias sont assez monocordes et plutôt lisses. En revanche, les voix graves séduisent au delà de toute attente; Marc Labonette (Jésus) et Paul Henri Vila (Ponce Pilate) affirment une belle assurance; les voix sont rondes, chaleureuses, larges; elles couvrent sans peine la tessiture des arias qui leur sont dévolus (même si, malheureusement Vila n’en n’a eu qu’un seul à chanter). La soprano Anaïs Constans séduit également; sa diction est claire nette, précise et ses deux interventions sont sobres. Quant à Christophe Einhorn, il campe un évangéliste remarquable. Le charismatique ténor strasbourgeois impose un rythme dynamique, vif qui ne relâche jamais la tension. Il passe d’un moment de violence intense à un moment de tendresse (de Jésus mourant envers sa mère par exemple) ou de douleur sans que quiconque s’aperçoive de quoi que ce soit tant il y met de subtilité. Samedi soir, c’est le chef d’origine marocaine Anass Ismat qui dirige l’orchestre Opéra Éclaté. Les musiciens qui ont trois chefs différents (Dominique Trottein pour Falstaff et Jérôme Pillement pour La Périchole, complètent le “trio”) s’adaptent avec un professionnalisme rare à la battue du jeune maestro. Anass Ismat dirige d’une main ferme un orchestre curieux et disponible intégrant aussi l’organiste Marcello Gianini.

Le choeur des stagiaires du festival de Saint-Céré ont affronté crânement une partition particulièrement difficile. Dommage qu’aux côtés d’un telle investissement défendu par les « amateurs », certes encadrés, le quintette de solistes ne soit pas aussi cohérent que nous l’attendions, l’évangéliste étant un rôle à part. Malgré tout son talent, Laurent Galabru nous a semblé vraiment trop jeune pour chanter cette Passion vocalement redoutable; et une mezzo plus charismatique aurait également été bienvenue. Néanmoins le travail d’ensemble, artistique et pédagogique, est, globalement, très satisfaisant.

Compte rendu, concert. Saint-Céré. La Halle des sports, le 8 août 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean. Christophe Einhorn, l’évangéliste; Marc Labonette, Jésus; Paul Henri Vila, Ponce Pilate; Benjamin Villain, Pierre; Anaïs Constans, soprano, Eva Gruber, mezzo soprano; Laurent Galabru, ténor; Marcello Gianini, orgue; Orchestre Opéra Éclaté; choeur du stage de chant choral; Anass Ismat, direction.

Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, Jérôme Pillement

offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde étape de notre périple musical, nous nous retrouvons, pour la dernière année (le futur théâtre de l’usine devant être livré début 2016), à la Halle des sports de Saint-Céré pour une représentation de La Périchole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut créé en 1868 puis re-créé en 1874 après que l’oeuvre ait été remise sur le métier et corrigée pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous était présentée en cet étouffant vendredi soir d’été. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint Céré, allié pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scène est réalisée à quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes régale son public avec des mises en scène plutôt convaincantes dont nous avons déjà rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette édition 2015, il remet à l’honneur le fameux opéra bouffe de Jacques Offenbach : La Périchole. L’oeuvre avait déjà été donnée par le passé et revient sur le devant de la scène en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scène dynamique et très cocasse, mais d’une certaine bridée manquant de délire et de glissements déjantés qui auraient pu en faire une production idéale. Si les décors sont dépouillés, les costumes eux sont bien adaptés aux personnages; ainsi le Vice Roi, censé se promener incognito débarque sur scène grimé en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilarité du peuple de Lima, qui a bien compris à qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumés en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les éléments de décors éliminés au profit du reste.

Héloïse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquée séduit dès le début de la soirée. La jeune Héloïse Mas est une Périchole mutine, drôle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don Andrès de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser à son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dès la scène d’entrée, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rôle; les quatre airs dévolus à Périchole sont chantés sans faiblesses. Marc Larcher est aussi déchainé que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, éprouvé par sa compagne dont la forte personnalité le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possède lui aussi une voix prometteuse à la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempée, style beau ténébreux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou. En vieux briscard de la scène, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance déconcertante. Comédien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans être reconnu) avec délice. Cependant, c’est aussi un grand naïf et il tombe, tel un fruit trop mûr, dans le piège tendu par la Périchole qui veut à tout prix s’évader de la prison où il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisée de l’artiste séduit et ensorcelle pendant toute la soirée.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent ténor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’édition 2014, a assuré trois concerts d’affilé (Falstaff le 5 août dernier et dont nous rendrons compte après le représentation du 10, puis un récital de mélodies juives hébraïques le 6 août). L’artiste, familier du rôle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supérieurs; comédien consommé, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et très personnelle. Saluons aussi les très belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constitué de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituée du festival de Saint Céré. Ultime personnage de La Périchole, le choeur d’Opéra Éclaté joue et chante avec gourmandise un oeuvre pétillante. Dans la fosse, ou plutôt sur le côté de la scène, Jérôme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’Opéra Éclaté. Si la différence entre l’orchestre de Montpellier et la formation réduite du festival de Saint Céré peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure Opéra Éclaté, l’orchestre n’a pas à rougir de la prestation qu’il donne à entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, léger et aérien de Jérôme Pillement donne à cette Périchole la touche de folie indispensable pour parachever une production scénique plus mesurée mais globalement réussie.

 

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Halle des sports, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Héloïse Mas, La Périchole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou … choeur et orchestre Opéra Éclaté; Jérôme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scène; Pascale Péladan, chorégraphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa Bélenguier, décors.

 

 

 

Compte rendu, récital vocal. Saint Céré. Eglise Sainte Spérie, le 6 août 2015. Chostakovitch; Aubert; Taube; Honegger; Ravel; Bernstein; Algazi; Ullmann. Valérie Maccarthy, soprano; Sarah Laulan, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor ; Manuel Peskine, piano.

De retour au festival de Saint-Céré, nous entamons notre séjour lotois par un récital assez particulier. Les artistes invités en ce chaud jeudi d’été ont orienté le concert avec accompagnement au piano, autour de Dmitri Chostakovitch (1906-1975) et de mélodies juives hébraïques. Un intéressant voyage qui part de Russie pour s’arrêter en Autriche, en France et aux États Unis, son terme. Pour cette soirée, placée sous le signe du voyage et, aussi, des souffrances endurées par les juifs au XXe siècle, Valérie Maccarthy, Sarah Laulan, Éric Vignau et leur accompagnateur le pianiste Manuel Peskine, défendent avec sincérité un programme mordant et troublant.

Musique juive hébraïque en récital

benjamin_briiten_chostakoviL’église choisie, placée sous le vocable de Sainte Spérie, est certes bien située, en plein centre de Saint-Céré, mais son acoustique, qui s’avère… catastrophique, n’aide pas les chanteurs ni le pianiste. Cependant, et malgré ce handicap sévère, les sons tournent sous les voutes arrivant parfois déformés aux oreilles du public, chacun fait au mieux et c’est d’autant plus appréciable que le défi est de taille. Les trois artistes chantent en quatre ou cinq langues : yiddish, araméen, russe, français et allemand; les deux premières sont plutôt rares, car ne concernant qu’un répertoires limité, et les efforts des chanteurs pour la diction, qu’ils ont particulièrement travaillé en amont, auraient été plus largement récompensés dans un autre lieu. Saluons la judicieuse répartition des différents cycles de mélodies, la beauté des voix, la complicité entre les chanteurs et leur pianiste dont on regrette parfois un jeu intempestif couvrant les voix des chanteurs qu’il accompagne. Dans les deux mélodies de Maurice Ravel (1889-1937), le ténor Éric Vignau fait montre d’une belle musicalité  et même s’il semble parfois peu à l’aise avec un répertoire dont il n’est pas vraiment familier, la solidité du métier, le style de l’artiste, pilier du festival, ne craint pas de se mettre en danger en abordant une musique aussi particulière, très belle, très expressive. Si la soprano Valérie Maccarthy possède une voix ferme et plutôt bien maitrisée, il lui manque le petit brin de folie qui ferait de sa performance une prestation idéale. En revanche la pétillante mezzo soprano Sarah Laulan fait montre d’un humour et d’une présence ébouriffante de bon augure pour Falstaff, production où elle chante Mrs Quickly. Les deux cycles de Viktor Ullmann (1898-1944), 3 Yiddische lieder et 6 sonnets de Louise Labbé (seuls trois d’entre eux ont été programmés) que Maccarthy et Laulan chantent en alternance sont tissés d’une juste émotion. C’est le cycle de poésies populaires juives opus 79 (onze mélodies) composé par Dmitri Chostakovitch (1906-1975) qui, étant le plus long de la soirée, retient l’attention; chantées en duo ou en solo, les pièces racontent chacune une histoire, approfondissant selon le texte, un sentiment particulier (amour, tristesse, désarroi, joie …). Et d’ailleurs les trois artistes se détendent quelque peu et les sentiments apparaissent plus nettement qu’en début de soirée. Le public les accueille d’ailleurs chaleureusement, qui reprennent en bis la dernière mélodie du cycle de Chostakovitch.

Saluons l’effort des responsables du festival et les artistes soucieux de varier les répertoires, d’ouvrir des portes pour entrainer leur public vers des musiques assez étonnantes, riches en mélodies et en tonalités diverses, parfois méconnues. Défi d’autant plus méritant que l’église Sainte Spérie, pour ce récital, offrait une acoustique aussi mauvaise. Malgré tout c’est un bel hommage qui a été rendu à Chostakovitch et, avec lui, aux compositeurs d’origine juive qui ont eu à subir l’antisémitisme et les persécutions sévissant au XXe siècle. Rappelons au passage que Victor Ullmann (1898-1944), d’abord interné au camps de Térézin, est mort gazé au camps d’Auschwitz (Pologne) pour avoir critiqué les nazis et leur régime de terreur dans son opéra L’Empereur d’Atlantis, et que Carlo Taube (1897-1944) est également mort en camps de concentration. Deux génies artistes dont la liberté fut durement éprouvée.

Compte rendu, récital vocal. Saint Céré. Eglise Sainte Spérie, le 6 août 2015. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : poésies populaires juives opus 79 (cycle de 11 mélodies); Louis François Marie Aubert (1877-1968) : trois chansons hébraïques; Carlo Taube (1897-1944) : Ein jüdisches kind; Arthur Honegger (1892-1955) : Mimaamaquim; Maurice Ravel (1889-1937) : deux mélodies hébraïques; Léonard Bernstein (1918-1990) : Silhouette; Léon Algazi (1890-1971) : berceuse en yiddish, Ysmah’hatan (chanson de mariage); Viktor Ullmann (1898-1944) : 3 Yiddische lieder, 6 sonnets de Louise Labbé. Valérie Maccarthy, soprano; Sarah Laulan, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor ; Manuel Peskine, piano.

Illustration : Dmitri Chostakovitch et Benjamin Britten (DR)

Falstaff à Saint-Céré

verdi_582_face_portrait_boldiniSaint-Céré. Falstaff de Verdi : 1er-14 août 2015. Au Château de Castelnau Bretenoux,  Olivier Desbordes reprend une ancienne production conçue en 2006.  De l’unique opéra de Verdi, une comédie délirante où l’auteur dénonce à la façon de Rameau dans Platée, que le monde est une farce, grinçante certes mais universelle, Olivier Desbordes souligne la pirouette finale d’un génie de l’opéra italien romantique ; il démasque chez Verdi, le geste fantastique et sublime du saltimbanque, son rire salvateur, sa bouffonnerie remarquable conçue dans un “élan baudelairien”. De cette énergie qui fait exploser le cadre bourgeois du théâtre, naît une pièce ivre, sauvage, où le Chevalier Falsaff en sa taverne minable/palatiale est le dindon de la farce, un ridicule magnifique qui ici réunit tous les personnages de Verdi, “déguisés dans un carnaval burlesque, une sorte de chahut d’enfant retrouvant de vieux costumes, un grotesque, un irrespect, une folie, une liberté de ton…”. C’est un “bric  brac de souvenirs, un jour de carnaval”.

Pourtant derrière la comédie collective où les Joyeuses commères de Windsor se joue de la naïveté dérisoire du Chevalier vaniteux, Verdi place plusieurs scène d’une vérité irrésistible dont le duo d’amour de Nanetta et Fenton. Comme il immerge à la façon de Shakespeare, toute l’action du village dans une féerie nocturne où le jardin enchanté se fait scène d’illusion et de dévoilement, poétique puis ironique : c’est là que Falstaff apprend à ses dépens qu’il est le dindon d’une farce générale particulièrement cruelle. Depuis 2006, Olivier Desbordes aura certainement fait évoluer sa vision du dernier opéra de Verdi.

Falstaff de Verdi à Saint-Céré
Comédie lyrique en 3 actes. Livret en français d’Arrigo Boito
d’après “Les Joyeuses commères de Windsor” de Shakespeare
Mise en scène : Olivier Desbordes
Direction musicale : Dominique Trottein

Falstaff : Christophe Lacassagne
Ford : Marc Labonette
Fenton : Laurent Galabru
Alice Ford : Valérie Maccarthy
Nanette : Anaïs Constans
Mrs Quickly : Sarah Laulan
Meg Page : Eva Gruber
Bardolfo : Jacques Chardon
Docteur Caïus : Eric Vignau
Pistola : Josselin Michalon
Nouvelle création d’après la production de 2006

5 représentations
Saint-Céré. Falstaff de Verdi : 1er-14 août 2015
Château de Castelnau-Bretenoux

Infos, réservations : 05 65 38 28 08
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Compte rendu, opéra. Saint Céré. Halle des sports, le 10 août 2014. Offenbach : Le Voyage dans la lune sur un livret tiré de “De la terre à la lune” de Jules Vernes. Marlène Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos…. ; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume Hébrard, lumières.

offenbachPour la dernière soirée de notre périple lotois, nous retournons à la Halle des sports de Saint Céré pour assister à la représentation de l’opérette méconnue de Jacques Offenbach (1819-1880) : Le Voyage dans la lune; pour cet opéra-féérie, composé et créé en 1875, Offenbach s’est inspiré du livre “De la terre à la lune” écrit par Jules Verne en 1865. Ce Voyage dans la lune est une co-production d’Opéra Éclaté avec les opéras de Fribourg et  de Lausanne qui est présentée au public venu nombreux au festival de Saint Céré. Olivier Desbordes  en conçoit un spectacle complètement déjanté, totalement hilarant dans la lignée de Lost in the stars présenté en 2013 (et dont nous avions parlé sur classiquenews).

La mise en scène et la direction d’acteur d’Olivier Desbordes sont toniques, vivantes, sans aucune faiblesse. Les décors de David Bélugou et les costumes de Jean Michel Angays aident le spectateur à entrer dans l’univers loufoque de Desbordes qui réussit, avec ses chanteurs-comédiens, une action convaincante en des cimes d’un niveau rarement atteint. En 2013 nous disions au sujet de Lost in the stars que le metteur en scène lotois avait réalisé un travail proche de la perfection, il réitère sa superbe performance en 2014.

Saint-Céré 2014… Quand la fantaisie et le rire s’allient

Le voyage dans la lune envoie son public dans les étoiles

Fidèle à son projet artistique qui offre aux chanteurs invités, une multitude de prise de rôles, la distribution réunie pour ce Voyage dans la lune rassemble plusieurs chanteurs apparaissant dans d’autres productions du festival 2014 (Requiem de Mozart et Lucia di Lammermoor) ainsi qu’une toute jeune artiste invitée juste pour cette oeuvre. Il n’y a pas de rôle principal en particulier … plutôt une kyrielle de rôles aussi décapants les uns que les autres. Christophe Lacassagne (Roi Vlan) et Jean Claude Saragosse (Roi Cosmos) sont hilarants et se laissent aller à épancher leur vis comica sans scrupules; c’est ainsi que Lacassagne nous sert une scène télévisuelle d’anthologie ou il imite tour à tour nombre de présentateurs de télé-achat et Frédéric Mitterand provoquant des cascades de rires dans une salle qui se dilate la rate avec délectation tandis que Saragosse tape sans vergogne sur les pires défauts de notre société de consommation pour le plus grand plaisir du public. Si Marlène Assayag (Prince Caprice) est délicieusement retorse tant avec son père (Vlan) qu’avec le pauvre Microscope  qu’elle force à venir dans la lune elle joue avec plaisir au plus fin avec ses partenaires. C’est Julie Mathevet (Fantasia), découverte lors du requiem de Mozart, qui surprend de nouveau en improvisant dans son air d’entrée, et devant son père (Cosmos) médusé, une vocalise ou l’on retrouve des allusions à Die Zauberflöte et à Lucia di Lammermoor. Éric Vignau, infatigable, car c’est sa troisième apparition sur scène en trois jours, est un Microscope excellent, espèce de savant fou qui préfigure un peu ce que seront le professeur Tournesol dans Tintin ou le professeur Ménard dans Adèle Blanc Sec. Entrainé de force dans l’aventure il tombe des nues devant une société rétrograde et pétrie de certitudes : on achète et on vend les bébés, les femmes et toute sortes d’objets. Il n’y a d’ailleurs que deux sortes de femmes sur la lune : les femmes de luxe et les femmes utiles. Excellents aussi le Cactus de Yassine Benameur et la Reine Popotte d’Hermine Huguenel qui, à l’instar d’Éric Vignau fait sa troisième apparition sur scène en trois jours.

Dans la fosse, c’est Dominique Trottein qui dirige Le voyage dans la lune; habitué du festival de St Céré il avait dirigé magistralement Lost in the stars et Don Giovanni en 2013. Le chef lillois récidive cette année avec le chef d’oeuvre d’Offenbach; plein d’humour Trottein entre volontiers dans le jeu de Christophe Lacassagne lorsque celui ci fait son show télévisuel. Tout comme pour Lucia di Lammermoor vendredi soir et le requiem de Mozart samedi soir, l’orchestre est en effectif réduit ce qui ne l’empêche pas de faire résonner la musique d’Offenbach avec un bel entrain sous la main ferme et dynamique de son chef.

Présenter Le voyage dans la lune est une idée d’autant meilleure que cette opérette de Jacques Offenbach est fort injustement méconnue alors qu’elle est du même acabit que La grande Duchesse de Gerolstein, La Périchole ou La vie parisienne. Olivier Desbordes et ses artistes nous offrent une occasion unique de passer deux heures de rires continus. La production partira en tournée lors de la saison 2014/2015 et nous ne saurions trop vous recommander de bloquer une soirée pour passer un grand moment de théâtre et de musique.

Saint Céré. Halle des sports, le 10 août 2014. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opérette en quatre actes sur un livret tiré de “De la terre à la lune” de Jules Vernes. Marlène Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; Julie Mathevet, Fantasia; Laurent Galabru, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume Hébrard, lumières.

Compte rendu. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Requiem de Mozart; Saint Georges. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.

mozart_portraitPoursuivant notre ballade Saint Céréenne, et le temps étant enfin favorable, nous retrouvons le château de Castelnau Bretenoux situé à quelques encablures de la petite ville lotoise. Pour ce concert, le plus court du festival ce sont deux compositeurs contemporains, l’un de l’autre qui sont à l’honneur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799). Si chacun connaissait les oeuvres de l’autre, ils ne se sont jamais rencontrés ; Mozart qui se trouvait à Paris en même temps que St Georges, ayant absolument refusé, au grand dam de son père qui a pourtant tout tenté, d’aller jouer une oeuvre de son confrère qu’il appelait le “nègre des lumières”.

Mozart et St-Georges, réunis par delà la mort

Le Laudate Dominum de Saint Georges ouvre le concert. Composé pour choeur et orchestre à cordes, le Laudate Dominum est une oeuvre charmante parfaitement introductive pour un tel concert. Nous apprécions d’ailleurs la volonté de sortir ce compositeur de l’oubli tant il a été éclipsé par son génial contemporain malgré une oeuvre attachante et personnelle qui mérite qu’on s’y arrête. Le Mozart noir du XVIIIe siècle est actuellement plus connu pour son oeuvre instrumentale, notamment son oeuvre pour violon (il était lui-même violoniste), et c’est bien dommage car son oeuvre vocale ne manque pas d’intérêt  : le Laudate Dominum est un bel exemple même s’il est un peu court. Le choeur, composé de stagiaires et de professionnels lui rend justice et fait honneur à Saint Georges, lui redonnant, le temps d’une soirée, la place majeure qu’il mérite. Le chef Anass Ismat invité pour diriger le stage et les deux soirées réalise un parcours quasi parfait.

figaro-julieAprès une courte pause, Anass Ismat revient avec le quatuor de solistes invités pour le Requiem de Mozart; l’ultime chef-d’oeuvre du jeune compositeur salzbourgeois était inachevé à son décès et a été complété entre autre par son disciple, Franz Süssmayer. Nous retrouvons sur la scène du château de Castelnau, la mezzo soprano Hermine Huguenel et le ténor Éric Vignau, deux des comprimari de Lucia di Lammermoor auxquels se joignent la jeune soprano Julie Mathevet et la basse Jean Claude Saragosse, un habitué du festival de St Céré (tout comme Éric Vignau d’ailleurs qui chante dans trois des oeuvres de l’édition 2014). Dès les premières notes, le jeune chef marocain annonce la couleur : le tempo ne sera ni trop rapide ni trop lent. Attentive au choeurcomme aux solistes, sa direction scrupuleuse est à la fois ferme et souple sans jamais couvrir ni les uns ni les autres. La révélation de cette seconde soirée St Céréenne reste Julie Mathevet dont la voix large, souple, puissante, résonne entre les murs du château avec une étonnante clarté. Hermine Huguenel donne la pleine mesure de son talent. Il en va de même pour le ténor Éric Vignau (qui dans Lucia est éliminé, alors qu’il vient de paraître sur scène). Ces deux chanteurs ont deux très belles voix, une ligne de chant impeccable, une technique irréprochable. Quand à Jean Claude Saragosse il ne démérite pas et assume la partition avec panache complétant parfaitement un quatuor de très haute volée.

Le cadre majestueux du château de Castelnau Bretenoux a accueilli un très beau concert, certes un peu court mais qui a permis d’assister à l’éclosion d’un jeune talent, Julie Mathevet, auquel répondent trois voix solides. Quant au jeune chef marocain Anass Ismat, il dirige parfaitement : et le Laudate Dominum de St Georges et le Requiem de Mozart. Souhaitons-lui une belle et grande carrière à venir. L’ensemble des artistes, qu’ils soient amateurs ou professionnels ont réalisé une soirée parfaite et nous aurions d’ailleurs apprécié d’écouter un peu plus d’oeuvres de ces deux compositeurs réunis par dela la mort en une même soirée sous les étoiles estivales.

Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : requiem; Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799) : Laudate Dominum. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.