STRAVINSKY : le Sacre, les Å“uvres néoantiques…

stravinksy lunettesFRANCE MUSIQUE, dim 8 août 2021, 10h : STRAVINSKY : le sacre du Printemps (1913) – focus sur Stravinsky : l’immense scandale suscité à la veille de la première guerre par la création de sa musique pour le ballet du Sacre du printemps… depuis sommet célébré par tous les orchestres du monde. Puis bilan sur les Å“uvres inspirée par l’Antiquité, propre à la décennie suivante celle des années 1920 jusqu’à 1937. D’œdipe à Apollon, quelle est l’Antiquité qui a inspiré Stravinsky ?
A 10h : Le massacre du printemps (10/16). Impossible de faire l’impasse sur l’un des plus célèbres scandales de l’histoire de la musique : Le Sacre du Printemps crée en 1913 au Théâtre des Champs-Elysées. Sous l’impulsion des Ballets russes de Diaghilev, qui a proposé à Nijinski de s’atteler à la chorégraphie, tout en confiant la musique au jeune compositeur russe Igor Stravinsky, cette mythique soirée du 29 mai 1913 reste assurément la claque musicale du siècle. Mais qu’est ce qui a le plus choqué les spectateurs le soir de la première de ce Sacre : la musique ou la danse ? A moins que ce ne soit l’attitude des spectateurs les plus virulents présents dans la salle et la cacophonie devenue légendaire qui y régnait ?
Suivi à 11h puis 23h d’un docu sur les Å“uvres méditerranéennes du même Stravinsky : « Ulysses, 1925-1937 ». A l’été 1924, Stravinsky s’installe à Nice avec sa famille. C’est durant cette période de 6 années que le compositeur écrira ses Å“uvres les plus méditerranéennes, Å’dipus Rex, Apollon Musagète, la Symphonie de Psaumes et Perséphone. Le voici donc en Ulysse moderne, homme de la perpétuelle errance…

FRANCE MUSIQUE, dim 8 août 2021, 10h : STRAVINSKY : le sacre du Printemps (1913) – 11h et 23h : Ulysses, 1923 – 1937

CD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical)

currentzis, stravinsky, sacre du printempsCD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical).  Tout est fait dans ce nouveau cd pour brouiller les cartes et provoquer l’acuité critique de l’auditeur. La couverture dérange en son alignement optique trouble et courbe comme un Vasarely pointilleux critique acide, ou une figure mouvante et géométrique qui dérange l’oeil : Teodor Currentzis, lui dérange l’oreille et au-delà l’écoute/. Une vision plus soutenue décèle cachées sous cette grille, les lettres du titre : “CURRENTZIS STRAVINSKY”. Le chef vedette de l’écurie Sony classical réitère un coup d’éclat, un coup de maître ici, alors qu’il parachève son intégrale de la trilogie Mozart / Da Ponte (et avec le même fabuleux orchestre : Le Nozze di Figaro puis Cosi fan tutte font toujours débat… on attend Don Giovanni courant 2016).

currentzis teodor portrait sacre du printemps stravinsky cd sony review critique compte rendu CLASSIQUENEWSAucune Å“uvre n’a mieux pressenti les secousses telluriques de son époque que Le Sacre du Printemps, entre sauvagerie et gouffres poétique, sensualité instrumentale et abstraction musicale. La partition de Stravinsky que le chef d’origine grecque a choisi est celle de 1947, plus instrumentalement calibrée, plus incisive dans sa portée musicale aux timbres affinés, à l’équilibre des pupitres plus homogènes et plus mordants aussi, est enregistrée à Cologne en octobre 2013. La vitalité caractérisée des instrumentistes de MusicAeterna fait merveille dans la ciselure symphonique avec une acuité gorgée d’énergie, de précision et de souffle dramatique qui font du ballet imaginé par Stravinsky à Paris pour Diaghilev, la partition la plus moderne et la plus visionnaire du XXè. Tout cela fourmille d’idées, d’éclats, d’éclairs sertis au service d’une vision allante et poétique, où enjeu premier de l’ouvrage, l’éloquence orgasmique voire extatique des instruments requis est mise en avant : exposée, optimisée, radicalisée : la Danse des adolescentes est rugueuse et étincelante, habitée par les convulsions primitives que souhaitaient le compositeur en imaginant son ballet inspiré par l’idée d’un paganisme des premiers âges. Les Rondes printanières où convulsent les cordes, rugissent les cuivres, font entendre la grande crispation de la terre matricielle et le jaillissement des énergies primitives : ce Sacre organique dont les palpitations régulières obligent l’orchestre à tout donner (frénésie et aspiration, enfin résonance sauvage des Jeux des cités rivales). Puis c’est l’immersion dans le mystère le plus léthal du sage et de son Cortège, avant la dernière convulsion la plus engageante et ses frottements inouïes aux cordes dans une Danse de la terre qui semble concentrer la vitalité de toutes les forces rassemblées.
La Sacrifice débute comme le décompte d’un champs de ruines, nocturne et dépressif (la séquence la plus longue du ballet) à mesure que s’étend une ombre menaçante et mystérieuse et qui s’achève par une courte phrase de conclusion au violoncelle : l’ivresse éperdue du Cercle mystérieux des adolescentes, entre apaisement (flûte, clarinettes…) et inquiétude fait toute la valeur de la séquence suivante… Avec la Glorification de l’Elue (triste désignation jusqu’à son sacrifice finale), les spasmes de l’orchestre redoublent entre hystérie sanguinaire et derniers cris de la victime consciente de son futur sacrifice.
L’action rituelle des Ancêtres se fait danse sacrificielle aux lueurs secrètes d’une dangereuse séduction à 1’05 : de la flûte au basson, c’est un décompte méticuleux qui cache son intention criminelle… avant le déferlement de la Danse sacrale finale : où Sacre signifie sacrifice et pour l’orchestre,un défi permanent aux équilibres redoutables, à la mise en place rythmique éruptive autant que millimétrée (en deux séquences symétriques avec une courte respiration, brêve pause à 2’57, avant la mise à mort de l’adolescente ainsi désignée).

CLIC D'OR macaron 200currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdIntention. Les mots intentionnels de  Teordor Currentzis pour expliquer son approche sont “sacre” évidemment, subconscient et délire, “steppe de l’art tribal”, où le printemps éternel revient cycliquement par un sacrifice “cruel et vertical”, une révolution, une rupture rédemptrice ; de fait dans la Danse sacrale finale, on ne pense pas barbarie mais bien régénération et ascension vers la lumière. Une rampe de plus en plus éblouissante. Currentzis dans sa préface assez sybilline où curieusement prophétique, il laisse aller son admiration lyrique pour Stravinsky dont l’audace et la vérité ont réinscrit l’esprit rural (celui de la steppe) comme facteur premier de modernité. En mettant le feu, Stravinsky produit la petite étincelle d’un grand brasier rédempteur : celui de la transe collective qui à l’échelle des danseurs ou ici des instrumentistes, se fait énergie primitive d’essence folklorique. Il faut savoir parfois se brûler pour prendre conscience. Et voir et ressentir. Si le texte de Currentzis reste confus et alambiqué (il faut absolument le lire relevant d’une mystique post moderne et bourgeoise), son Å“uvre comme chef reste elle passionnante et infiniment plus vivante. De fait cette lecture du Sacre compte autant que celle des Siècles dirigé par François-Xavier Roth, autre ambassadeur zélé inspiré de Strasvinsky et qui a été comme nul autre avant lui, très très loin dans la restitution criante de vérité des instruments parisiens, utilisés, adaptés, voulus par Stravinsky lui-même au moment de la création, en 1913. Evidemment la posture idéologique et artistique du chef perturbateur provocateur en agacera plus d’un ; mais le geste qui déconstruit pour reconstruire proposant une vision entière cohérente passionnée donc subjective donc discutable de Currentzis nous paraît stimulante, face au politiquement correct de tant de versions et productions que l’on nous sert comme toujours plus faussement neuves et constructives. Sa force de curiosité, son désir de défrichement critique rappelle les meilleurs artisans de la dernière révolution musicale, celle des Baroqueux : Christie, Harnoncourt en tête. Pour nous, l’avenir de la musique et du classique a encore de beaux jours, grâce à des personnalités comme Teodor Currentzis. Lecture événement.

CD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical). Enregistrement réalisé à Cologne en octobre 2013.

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Nijinsky, Waltz, chorégraphes. Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Stravinsky portrait faceCentenaire du Sacre du printemps de Stravinsky au tce, théâtre des champs élysées,  Il y a cent ans, le Théâtre des Champs Élysées était la scène d’une révolte musicale parmi les plus célèbres de l’histoire. La première du Sacre du Printemps le 29 mai 1913 … il y a juste 100 ans. Le tumulte fut tellement troublant que la police dut intervenir, pendant la représentation, pour maîtriser une partie furieuse de l’élégant public surexcité. Quand nous pensons aux huées lamentables des groupuscules lors des premières de Medea de Cherubini et de Don Giovanni cette année, constatons que le Théâtre des Champs Élysées est toujours bastion d’une modernité contestée. Et le tremplin des parisiens toujours aptes à fomenter un scandale pas toujours légitime…

 

 

Centenaire d’une modernité intacte

 

Pour fêter le centenaire dans l’esprit le plus brillant et le plus fabuleux, le ballet et l’orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint Petersburg vient avec son maestro Valery Gergiev pour un programme ” sacré ” : la reconstitution de la chorégraphie originale de Nijinsky du Sacre du Printemps, avec costumes et décors également reconstitués, et la création française d’un nouveau Sacre par la célèbre chorégraphe contemporaine allemande Sasha Waltz.

Le sujet brûlant de la soirée du centenaire est sans doute la composition de Stravinsky. Mais elle n’aurait jamais vu le jour sans la commande des Ballets Russes. La chorégraphie de Nijinsky reconstituée par Millicent Hodson et Kenneth Archer présentée d’abord, étonne toujours à cause de sa modernité. Les danseurs classiques du ballet Mariinsky sont peu habitués aux pieds tordus de la chorégraphie, mais ils sont au même temps très impliqués dans cette résurrection minutieuse. L’ambiance est celle d’un primitivisme païen dramatique et coloré. Le mélange d’ingénuité folklorique avec une certain mysticisme est très saisissant. Nous avons l’impression d’être réellement transportés dans une Russie ancestrale, passionnante / passionnée mais surtout pas romantique. Mention spéciale pour la danseuse qui interprète l’élue, très convaincante dans ses mouvements extatiques avant son sacrifice. Elle paraît certainement habitée par des forces supérieures. Si l’oeuvre chorégraphique de Nijinsky n’est pas pour tous les goûts, surtout pas pour ceux qui n’aiment que les cygnes mourants, son Sacre de Printemps conserve tout l’attrait et l’intérêt d’une oeuvre clé, révolutionnaire ; saluons cette reconstitution et souhaitons la revoir dans nos salles françaises.

Le Sacre de Sasha Waltz
, quoi que moins descriptif et coloré, maintient l’ambiance tribale, ajoutant davantage de tension au livret. Plutôt abstraite, la chorégraphie contemporaine présente la femme comme une figure forte prête à se battre, comme un véritable sujet. L’entrain endiablé de la danse impressionne, souvent expressionniste, toujours très physique. Ici il s’agît d’un rituel plus conflictuel et chaotique que solennel et mystique comme chez Nijinsky. L’abondance et la diversité des mouvements, des curves insolentes, des sauts insolites, mais aussi des très belles lignes et des tableaux frappants rehaussent l’aspect chaotique, presque apocalyptique de la chorégraphie. Si la danse semble d’une grande difficulté physique exigeant un sens permanent des attaques et de l’endurance, elle est plus vertigineuse et osée qu’acrobatique. L’appropriation et la reinterprétation de Waltz pose des questions à la fois vagues et profondes. Comme c’est souvent le cas, son style a un effet confondant sur l’audience, plutôt perplexe, jamais insensible.

Après chaque chorégraphie, la salle est inondée d’applaudissements, les plus chaleureux étaient pour l’orchestre du Théâtre Mariinsky dirigé par Valery Gergiev. Leur seule prestation, d’une force rythmique et d’un brio capable de déclencher une émeute, rappelle l’atmosphère scandaleuse lié à la création. La puissance de l’orchestre, la direction bouleversante et électrisante de Gergiev, spectaculaire dans les dissonances, avec ses timbres ensorcelants… sont les véritables vedettes de la soirée. Le primitivisme intellectualisé de la musique jouée avec tempérament et caractère est contagieux. Il paraît se transmettre dans les corps du public et stimuler davantage les danseurs. Concert du centenaire épatant : le sentiment de mysticisme et de transcendance porté par les deux chorégraphies n’est pas près de nous quitter.

Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Vaslav Nijinsky, Sasha Waltz, chorégraphes. Ballet du Théâtre Mariinsky. Orchestre du Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Le Sacre du printemps, version Nijinsky (1913)

Télé, Mezzo : Le Sacre du printemps version Nijinsky, le 3 mai 2013, 20h30

En mai, Mezzo souffle les 100 ans du ballet le plus scandaleux de l’histoire de la danse : le Sacre du Printemps de Stravinsky créé à Paris …le 29 mai 1913 : création au Théâtre des Champs-Elysées du Sacre du printemps par les Ballets Russes, musique de Stravinsky, chorégraphie de Nijinski, direction Pierre Monteux – l’histoire de la musique et de la danse accomplissait un saut sans précédent.
Le lendemain, Emile Vuillermoz écrira : “On n’analyse pas Le Sacre du Printemps : on le subit, avec horreur ou volupté, selon son tempérament. Toutes les femmes n’accueillent pas de la même façon les derniers outrages. La musique, généralement, les accepte sans déplaisir.” Mais le soir même, la salle a montré, et bruyamment, toute sa désapprobation, érigeant la création en scandale historique. L’œuvre, aujourd’hui considérée comme l’une des plus importantes du 20ème siècle, utilisée même par Walt Disney dans Fantasia, est une source d’inspiration infinie pour les plus grands chorégraphes. Nijinski, Gallotta, Béjart, Scholz, Delente… entre spectacles et documentaires Mezzo dédie le mois de mai à leurs chorégraphies inspirées par Le Sacre du Printemps, parallèlement aux célébrations au Théâtre des Champs-Elysées.

Vendredi 3 mai 2013, 20h30

Le Sacre du printemps

Chorégraphie de Nijinsky (mai 1913)

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En mai 2013, Mezzo fête le centenaire du Sacre du Printemps de Stravinsky. Du 3 au 31 mai, 5 soirées spéciales dévoilent et le ballet originel et l’écriture moderniste visionnaire de Nijinsky pour la création parisienne de mai 1913, et les chorégraphes du XXè qui après lui, ont renouvelé le ballet du Sacre en apportant à chaque fois, un style résolument novateur. Serait ce que la musique de Stravinsky soit bien le creuset d’une modernité atemporelle, et comme un défi toujours à relever, la source d’inspiration majeure des grands chorégraphes de notre temps ?

Vaslav Nijinsky est« celui par qui le scandale arrive ». Chorégraphe du Sacre, il a ici ouvert la voie à la danse contemporaine. Oubliée, la chorégraphie originale de Nijinsky a pu être reconstituée grâce au travail acharné de Millicent Hodson. Après quinze années de recherches, elle est parvenue, avec l’aide notamment de Marie Rambert, qui avait été l’assistante de Nijinski, à recomposer le Sacre des origines dans la gestuelle originelle. La re-création de cette chorégraphie est ici menée jusque dans les costumes par la compagnie-même qui lui avait donné naissance (« Les Ballets Russes» était l’autre nom des danseurs du Mariinsky lors de leurs tournées en France) et dirigée par Valery Gergiev.

Notre avis. Gergiev s’est attaché avec ses équipes du Mariinsky à retrouver la force originelle su Sacre du printemps dans son dispositif visuel et chorégraphique de 1913 : la reconstitution réalise les costumes, les décors et surtout les gestuelles d’époque, alors inspirées pas la statuaire antique du Louvre et aussi le décor des vases grecs, rouges et noirs. Paumes des mains tendues et tournées vers la salle, poings levés, pieds en dedans, figures saccadées, sauts hystériques… la chorégraphie sert étroitement les convulsions barbares de la musique jusqu’au sacrifice final, exprimé par la danseuse solo, en une série de transes exigeant sauts et tremblements. Avouons notre préférence pour la seconde partie (Le Sacrifice): l’atmosphère crépusculaire permise par le décor nocturne, la ronde mystérieuse des adolescentes, toutes tétanisées par une terreur sourde et silencieuse, mais très présente dans leurs corps trépidants d’impuissance, ajoutent indiscutablement à la magie du spectacle. Reste que la direction de Gergiev manque de finesse, plus féline et éruptive que vraiment ciselée, a contrario de celle magnifiquement instrumentale de l’orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth, défenseur en 2013 d’une version historique, avec les instruments parisiens de 1913… On rêve demain de voir ce ballet Nijinksy avec un tel orchestre ! Après tout, il faut aujourd’hui aller jusqu’au bout du retour à la source avec costumes, ballets et orchestre de 1913.

Mezzo
Centenaire du Sacre du printemps
Les écritures chorégraphiques qui ont compté
Les 3, 9, 17, 24 et 31 mai 2013
5 soirées spéciales ” Sacre du printemps de Stravinsky “

concert

Ce programme est repris pour le jour anniversaire du Centenaire du Sacre du printemps de Stravinsky, le mercredi 29 mai 2013, 20h, au TCE Théâtre des Champs Elysées à Paris

Centenaire du Sacre du printemps sur Mezzo

Télé. Mai 2013 : centenaire du Sacre de Stravinsky. Mezzo  lui dédie 5 soirées exceptionnelles …

En mai 2013, Mezzo fête très honorablement le centenaire du Sacre du Printemps de Stravinsky/. Du 3 au 31 mai, 5 soirées spéciales dévoilent et le ballet originel et l’écriture moderniste visionnaire de Nijinsky pour la création parisienne de mai 1913, et les chorégraphes du XXè qui après lui, ont renouvelé le ballet du Sacre en apportant à chaque fois, un style résolument novateur. Serait ce que la musique de Stravinsky soit bien le creuset d’une modernité atemporelle, et la source d’inspiration majeure des grands chorégraphes de notre temps ?

Mezzo

Centenaire du Sacre du printemps

Les écritures chorégraphiques qui ont compté
Les 3, 9, 17, 24 et 31 mai 2013
5 soirées spéciales ” Sacre du printemps de Stravinsky “

 

Vendredi 3 mai 2013, 20h30

Vaslav Nijinsky est« celui par qui le scandale arrive »

sacre_nijinsky_448Chorégraphe du Sacre, il a ici ouvert la voie à la danse contemporaine. Oubliée, la chorégraphie originale de Nijinsky a pu être reconstituée grâce au travailacharné de Millicent Hodson. Après quinze années de recherches, elle est parvenue, avec l’aide notamment de Marie Rambert, qui avait été l’assistante de Nijinski, à recomposer le Sacre des origines dans la gestuelle originelle. La re-création de cette chorégraphie est ici menée jusque dans les costumes par la compagnie-même qui lui avait donné naissance (« Les Ballets Russes» était l’autre nom des danseurs du Mariinsky lors de leurs tournées en France) et dirigée par Valery Gergiev.

Le Sacre est complété par une autre chorégraphie légendaire de Nijinsky, Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, aussi abouti que le Sacre (a contrario de jeux du même Debussy que Nijinsky avait semble t il en partie négligé faute de temps : la transposition de l’action sur un terrain de tennis restait trop légère… ). Mezzo ajoute aussi deux autres ballets : un autre révolutionnaire de Stravinsky confié aux Ballets Russes (encore dans sa chorégraphie originale), L’Oiseau de Feu, et Shéhérazade de Rimski-Korsakov, chorégraphiée en 1910 par Michel Fokine pour les Ballets Russes avec Nijinski dans l’un des rôles principaux.



sacre_nijinsky_448à 20h30 : Le Sacre du Printemps, version Nijinsky 1913
reconstitution de la chorégraphie de Nijinsky par Millicent Hodson
Ballet du Théâtre Mariinsky de SaintPetersbourg Orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev
Enregistré au Théâtre Mariinsky en 2008.
Réalisé par Denis Caïozzi– Durée : 43mn

à 21h25
Prélude à l’après midi d’un faune
Ballet« Les Saisons Russes » (ballet du Théâtre du Kremlin), Nikolaï Tsiskaridzé. Enregistré en 2009.
Réalisé par Laurent Gentot– Durée : 20mn

à 21h50
L’Oiseau de feu
Ilya Kuznetsov (Ivan Tsarevich), Marianna Pavlova (la princesse), Vladimir Ponomarev (Kachtchei), Ekaterina Kondaurova (l’Oiseau), Ballet du Mariinsky Orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev.
Enregistré au Théâtre Mariinsky en 2008. Réalisé par Denis Caïozzi. Durée :51mn

à 22h45
Sheherazade
Chorégraphie de Michel Fokine
Farukh Ruzimatov, Corps de ballet du Théâtre Mikhaïlovsky. Enregistré au Théâtre Mikhaïlovsky en 2009. Réalisé par Laurent Gentot– Durée : 26mn

Jeudi 9 mai 2013, 20h30

Soirée Béjart : le ” Sacre du sexe “

Après le choc de la création, il faudra attendre de nom breuses années avant de voir une nouvelle chorégraphie marquante conçue à partir du chef d’oeuvre de Stravninsky et Nijinsky. C’est sans doute Béjart qui, en 1959, est le premier à proposer une relecture mémorable (en dépit des critiques de Stravinsky toujours aiguisé et sceptique vis à vis du ballet associé à sa souveraine musique), en déplaçant le discours vers une rencontre du masculin et du féminin. La soirée, présentée par Gil Roman, directeur du Béjart Ballet, culmine dans un Sacre donné l’année dernière par le Béjart Ballet et complétée par d’autres chorégraphies du maître et de son fils spirituel. Introduction par Gil Roman à 20h30 (durée : 10mn)



à 20h40

SACRE_bejart_582Le Sacre du printemps version Béjart
Chorégraphie de Maurice Béjart
Ballet de Lausanne, Gil Roman Enregistré au Théâtre Stadsschouwburg d’Anvers en 2012. Réalisé par Arantxa Aguirre. Durée:45mn

à 21h35
Cantate 51
chorégraphie de Maurice Béjart
Béjart Ballet de Lausanne – Musique : Jean-Sébastien Bach (enregistrée par Maurice André, trompette), Teresa Stich Randall (soprano), Orchestre de Chambre de la Sarre, Karl Ristenpart) Enregistré au Théâtre Stadsschouwburg d’Anvers en 2012. Réalisé par Arantxa Aguirre. Durée : 20mn

à 22h
Aria
Béjart Ballet de Lausanne. Musiques: Jean-Sébastien Bach, Nine Inch Nails, Melponem, chants inuits… Enregistré au Théâtre de Beaulieu en 2009. Réalisé par Sonia Paramo. Durée : 46mn.

à 22h50
Syncope
Chorégraphie de Gil Roman
Béjart Ballet de Lausanne Enregistré au Théâtre Stadsschouwburg d’Anvers en 2012. Réalisé par Arantxa Aguirre. Durée : 29mn

Vendredi 17 mai, 20h30
Soirée Maryse Delente: Sacre au féminin

Laissons la parole à la chorégraphe : “Danser le Sacre reste un des moments extraordinaires de ma carrière d’interprète. Le désir de faire ressentir ces frissons aux danseuses de ma compagnie a été plus fort que la crainte de montrer au public une nouvelle version, après celles de Nijinski, Mary Wigman, Béjart, Pina Bauch, Mats Ek… Laisser aller la musique et simplement s’imprégner de ces rythmes qui font écho aux pulsions de la vie, de ses passages, de ses rites, de ses « petites morts »…” La soirée est présentée par Maryse Delente et complétée par une autre de ses chorégraphies, Giselle ou le mensonge romantique, par ailleurs donnée au Théâtre national de Grenoble en mai. Introduction par Maryse Delente à 20h30(durée:10mn).

à 20h40
Le Sacre du printemps
Chorégraphie de Maryse Delente.
Inédit. Compagnie Maryse Delente
Enregistré en 1993. Réalisé par Charles Picq. Durée:40 mn

à 21h35
Giselle ou le mensonge romantique
Chorégraphie de Maryse Delente.
Inédit. Compagnie Maryse Delente
Enregistréen1995. Réalisé par Charles Picq. Durée:1h

Vendredi 24 mai, 20h30

 Soirée Uwe Scholz : Sacre de mort

Uwe Scholz attendra longtemps (pour lui qui parvint si vite aux sommets de la danse) avant de chorégraphier son Sacre. Ce ne sera en fait pas un mais deux Sacres– un Sacre« de chambre » pour un danseur et deux pianos ; et un Sacre« symphonique » pour sa troupe de Leipzig – et surtout, plus que pour aucun autre chorégraphe sans doute, ce sera son Sacre, y incluant des éléments autobiographiques, jusqu’à y prophétiser sa propre mort qui survient un an après avoir achevé le cycle. La soirée est présentée par Rémy Fichet, l’un des danseurs fétiches de Scholz et dévoile aussi en complément, une autre grande chorégraphie « symphonique » (sa ” Great Mass ” d’après les musiques de Mozart, Kurtág et Pärt).
Introduction par Rémy Fichet à 20h30 (durée : 10mn)

à 20h40
Le Sacre du printemps
Chorégraphie de Uwe Scholz
Giovanni di Palma, Kiyoko Kimura, Ballet de Leipzig, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Henrik Schaeffer. Enregistré à Leipzig en 2007. Réalisé par Günter Atteln. Durée:40mn.

à 21h30
Great Mass
Chorégraphie de Uwe Scholz
Christoph Bohm, Mariana Dias, Rémy Fichet, Michael Goldhahn, Kyoko Kimura, Sven Kohler, Oksana Kulchytska, Montserrat Leon, Giovanni di Palma, Gabor Zsitva, Ballet de Leipzig. Eun Yee You, Marie-Claude Chappuis (sopranos), Werner Güra (ténor), Friedemann Röhlig (basse), Orchestre et Chœ ur du Gewandhaus de Leipzig, Enregistré à Leipzig en 2005. Réalisé par Hans Hulscher. Durée:2h10

 

Vendredi 31 mai à 20h30
Soirée Jean-Claude Gallota

Le Sacre du Printemps de Jean-Claude Gallotta est gravé au compas sur un pupitre d’écolier. Le futur chorégraphe entend l’œuvre pour la première fois sur un vieux tourne disque. Assoupi sur son banc en bois, il «s’enrêve» aussitôt, dit-il aujourd’hui. Ces souvenirs ont présidé à un Sacre d’après cette première version de l’œuvre, rude, sans affèteries, sans brillance superflue et décorative, dirigée et enregistrée par Igor Stravinsky lui-même. Pas d’anecdote, pas d’intrigue.

Jean-Claude Gallotta ajoute : pas d’Élue, ou du moins pas d’Élue unique, glorifiée puis sacrifiée. Chaque interprète féminine est « éligible », tour à tour, pour rétorquer à«l’obscur pouvoir discrétionnaire» des dieux. Du rituel défendu par les augures et les Sages, Jean-Claude Gallotta a également retenu le double sens étymologique de « relier» et de « se recueillir». Il s’agit bien pour lui de se recueillir, comme à genoux, sur les marches de l’autel … Introduction par Jean-Claude Gallotta à 20h30 (durée : 10mn)

à 20h40
Le Sacre du Printemps
Chorégraphie Jean-Claude Gallota
Alexane Albert, Matthieu Barbin, Agnès Canova, Ximena Figueroa,Ibrahim Guétissi, Mathieu Heyraud, Georgia Ives, Cécile Renard, Gaetano Vaccaro, Thierry Verger, Stéphane Vitrano, Béatrice Warrand, Thalia Ziliotis. Enregistré au Théâtre national de Chaillot en 2012. Réalisé par Jean-Marc Birraux. Durée : 37mn.

à 21h30
Cher Ulysse
Chorégraphie de Jean-Claude Gallota
Françoise BalGoetz, Xiména Figueroa, Marie Fonte, Mathieu Heyraud, Benjamin Houal, Yannick Hugron, Ibrahim Guétissi, Simon Nemeth, Cécile Renard, Thierry Verger, Loriane Wagner, BéatriceWarrand et Jean-Claude Gallotta. Enregistré en 2007. Réalisé par Jean-Marc Birraux. Durée : 1h10

Le Stravinsky un peu lisse de Simon Rattle (Emi classics)

CD.Stravinsky: Le Sacre du printemps, Apollon Musagète (Rattle, 2012)

Les Berliner et Simon Rattle fêtent eux aussi les 100 ans du Sacre du printemps de Stravinsky, oeuvre scandaleuse créé à Paris en mai 2013. Quoiqu’on en dise, il reste difficile d’obtenir un son plus fusionnel et lisse qu’ici. Les orchestres sur instruments modernes ont depuis longtemps fait la démonstration des qualités de brillance comme d’expressivité que personne aujourd hui ne saurait leur contester ni refuser. Les Berliner soignent en particulier la chaleur puissante et carrée de la sonorité globale. Voici donc une nouvelle version du Sacre, en une superbe ivresse instrumentale et d’une rondeur berlinoise idéale mais peut-être ce trop plein d’élégance hédoniste dans Rondes printanières (cuivres lissés et presque dégoulinants, ralentis des cordes un rien dilués) ou dans Jeux des cités rivales manquent justement de nerf, de cris, de transe, d’aspérités contrastées.

Stravinsky un peu lisse

Stravinksy_sacre_printemps_apollon_musagete_emi_classics_rattle_berliner_cdLes amateurs de rugosités et d’incandescente expressivité sonore regretteront cette unification de l’orchestre, où tout fusionne, tout se gorge d’un équilibre parfois artificiel, d’une motricité mécanique, d’une puissance surdimensionnée au mépris des ciselures dynamiques… Reconnaissons cependant l’allant et la beauté du son… bref, une version à l’opposé de l’approche historiquement plus juste des Siècles et François-Xavier Roth, sur instruments de la création soit de 1913 où brille la facture française… lecture révolutionnaire s’il en est, déjà éprouvée et convaincante au concert (pour le centenaire du Sacre en avril 2013), d’une magistrale électricité. La tournée des Siècles se poursuit en mai et tout au long de l’année 2013.

Dans les mouvements de pur abandon, comme Cercles mystérieux des adolescentes, le Philharmonique est capable de tisser une tendresse à pleurer par ses accents d’une mélancolie languissante (a contrario de ce qu’on peut lire ici et là, le Sacre est bien une partition de compassion, pour l’Elue finalement sacrifiée et Stravinsky, grand conteur et poète, chante ici la désespérante et vaine prière voire la supplication des adolescentes contre le rite barbare qui les afflige… Oui donc pour la justesse, l’extrême musicalité du son et de l’approche, c’est une rolls pour une transe qui tarde réellement à venir…

En revanche, dans Apollon musagète, fresque et tableau d’une pureté voire épure strictement néoclassique, le jeu des équilibre et l’extrême mesure des Berliner manque à l’inverse de lumineuse transparence. Tout cela n”est rien que lisse et presque fade. Curieuse asthénie pour un collectif d’instrumentistes pourtant virtuose et qui aurait gagné à jouer des mécaniques dans une partition de musique pure.

Stravinsky: Le Sacre du printemps (1913, version de 1947), Symphonie d’instruments à vent (1920), Apollon Musagète (version 1947). Berliner Philharmoniker. Sir Simon Rattle, direction. 1 cd Emi classics. Enregistrement live réalisé en 2012.

CD. Stravinsky: Le sacre du printemps (Jordan, 2012)

CD. Philippe Jordan fête avec volupté les 100 ans du Sacre de Stravinsky   …   Enregistré en mai 2012 à l’Opéra Bastille, ce nouvel album (le 2è déjà) de Philippe Jordan avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris confirme les préludes amorcés entre chef et musiciens : une entente évidente, un plaisir supérieur pour vivre la musique ensemble. Depuis leur Symphonie Alpestre de Strauss, montagne philharmonique d’une prodigieuse narration sonore frappée du sceau de l’imagination climatique, les interprètes se retrouvent ici en mai 2012 pour deux autres sommets de la musique symphonique française et spécifiquement parisienne. Dans l’histoire des Ballets Russes, le Prélude comme le Sacre du printemps indiquent clairement un point d’accomplissement pour les deux compositeurs : l’ivresse érotique et l’enchantement semi conscient s’impose à nous dans un Prélude d’une délicatese infinie; quant au Sacre, voilà longtemps que l’on n’avait pas écouté direction aussi parfaite et équilibrée entre précision lumineuse (détachant la tenue caractérisée et fortement individualisée de chaque instrument protagoniste) et expressionnisme symboliste !

Le Sacre enchanté de Philippe Jordan

stravinsky_debussy_prelude_faune_sacre_printemps_naive_cd_philippe_jordan_opera_de_parisLa baguette de Philippe Jordan aime ciseler dans la suggestion mais aussi ici, mordre dans l’ivresse libérée des timbres associés d’une infinie inventivité ; le chef s’appuie sur la manière et le style supraélégant des instrumentistes parisiens dont les prédécesseurs en mai 1913 dans la fosse du TCE avaient fait la réussite révolutionnaire de la partition. Jordan ajoute une précision électrique et incandescente, une vision de poète architecte aussi qui sait unifier, structurer, développer une dramaturgie supérieurement aboutie… et frappante par son relief, sa vivacité, comme des teintes plus délicatement nimbées et voilées.
Fureur et ivresse des timbres associés. Comparée à tant d’autres versions soit rutilantes, soient sèches, soit littéralement narratives, Philippe Jordan apporte aussi le mystère et l’enchantement, toute la poésie libre des instruments sollicités. Quelle maestria ! Quelle conviction dans la tension progressive… La volupté de chaque épisode est nourrie d’un onguent magicien ; l’expérience lyrique du chef, directeur musical de l’Opéra, en est peut-être pour beaucoup et l’on se dit que Nicolas Joel n’aura pas tout rater à Paris: nommer le fils du regretté Armin Jordan, capable de vrais miracles à Paris, Philippe à la tête de l’orchestre maison aura été un acte convaincant qui porte aujourd’hui des fruits éclatants.  Voici du Sacre du printemps et pour le centenaire de l’oeuvre, une nouvelle version de référence sur instruments modernes. Le champion et pionnier dans le domaine s’agissant de la partition de Stravinsky demeurant évidemment le geste du français François-Xavier Roth, d’une maîtrise incomparable sur instruments parisiens d’époque (1913) et révélateur en ce sens des formats sonores et des timbres instrumentaux originels… après la tournée 2013, le disque devrait sortir fin 2013/printemps 2014.

Sur instruments modernes, le chant des instruments fait tout ici, et renforce la réussite magistrale de cet enregistrement dont on ne saurait trop souligner avec admiration le miracle de la volupté instrumentale.

Inscrire enfin le Boléro ravélien après les deux chefs d’oeuvre Debussyste et Stravinskien est de la meilleure inspiration : une claire confirmation que l’orchestre et leur chef se montrent très inspiré par la lyre symphonique française postromantique : Du Prélude au Sacre en passant par le Boléro, soit de Debussy, Stravinsky à Ravel se joue ici tout le délirant apanage, bruyant et millimétré du symphonisme français. Lecture réjouissante.

Debussy: Prélude à l’après-midi d’un faune. Stravinsky: le Sacre du printemps. Ravel : Boléro. Orchestre de l’Opéra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd Naïve, enregistré à Paris, Opéra Bastille en mai 2012. Durée : 57mn. Naïve V 5332.