COMPTE-RENDU, concert. BESANCON, le 9 sept 2019. Russian National Orchestra, NikolaĂŻ Lugansky, MikhaĂŻl Pletnev

sergei-rachmaninov-russian-composer1Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, ThĂ©Ăątre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, NikolaĂŻ Lugansky (piano), MikhaĂŻl Pletnev (direction). C’est Ă  une soirĂ©e 100% russe que la 72Ăšme Ă©dition du Festival International de Besançon (couplĂ©e avec la 56Ăšme Ă©dition du fameux Concours International de jeunes chefs d’orchestre) convie un public venu en masse entendre NikolaĂŻ Lugansky dans le cĂ©lĂšbre 3Ăšme Concerto pour piano de SergueĂŻ Rachmaninov (illustration ci-contre). De fait, le grand pianiste russe ne déçoit pas les attentes et dialogue avec brio, dĂšs les premiers accord, avec le Russian National Orchestra, phalange fondĂ©e et dirigĂ©e depuis 1990 par MikhaĂŻl Pletnev, qui s’était fait connaĂźtre en remportant le cĂ©lĂšbre Concours TchaĂŻkovski en 1978.

Le ton est donc donnĂ© dĂšs l’attaque du thĂšme initial, et ce sera magistral, avec un tempo maĂźtrisĂ© et un piano omniprĂ©sent. L’ampleur du souffle semble infinie, le discours est d’une brillance et d’une fluiditĂ© Ă©tonnantes, mĂȘme dans le legato, et toutes les notes sont trĂšs distinctement dĂ©tachĂ©es, ce qui est un rĂ©gal pour l’oreille.

AprĂšs l’entracte, place Ă  la Symphonie n°9 de Dimitri Chostakovitch, une Ɠuvre lĂ©gĂšre et facĂ©tieuse, courte et enjouĂ©e. CrĂ©Ă©e en 1945, elle est la troisiĂšme et derniĂšre symphonie composĂ©e durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, alors que les SeptiĂšme et HuitiĂšme durent plus d’une heure et nĂ©cessitent un effectif imposant, la NeuviĂšme requiert une masse orchestrale classique et dure Ă  peine moitiĂ© moins. Mais surtout, elle dĂ©laisse l’hĂ©roĂŻsme patriotique des deux prĂ©cĂ©dentes pour faire place Ă  des airs enjouĂ©s, inspirĂ©s de danses rustiques. On sait qu’elle provoqua l’ire de Staline – au point que le compositeur dut craindre pour sa vie – qui s’attendait Ă  une Ɠuvre apothĂ©otique, composĂ©e expressĂ©ment pour sa propre gloire ainsi que pour celle des troupes soviĂ©tiques victorieuses du nazisme. Soutenus par les solistes souvent splendides d’un des meilleurs orchestres russes, Pletnev dĂ©veloppe une approche emplie d’un humanisme chaleureux, mais sans gommer l’aspect grinçant et sarcastique de cette superbe partition. Il faut souligner l’extraordinaire prĂ©sence de la petite harmonie, notamment les premiers flĂ»te, clarinette et basson, qui ont prodiguĂ© des sonoritĂ©s prodigieuses. Dans ce trio de solistes, on savoure la spĂ©cificitĂ© sonore de chaque registre ainsi qu’un remarquable sens du legato. On admire enfin leur remarquable cohĂ©rence, qui emmĂšne la symphonie vers sa juste conclusion dans le crescendo final.

diotima-bartok-6-quatuors-a-beziers-theatre-sortieouest-presentation-sur-classiquenews-582La veille (8 sept 2019), nous avons pu assister Ă  une soirĂ©e de musique de chambre, au trĂšs beau Kursaal de la ville, qui rĂ©unissait, pour l’occasion, le Quatuor Arod et le Quatuor Diotima. Le premier interprĂšte le Quatuor N°4 D. 46 en do majeur de Schubert ; il parvient en quelques mesures de pure grĂące Ă  nous emporter : il faut dire que le Quatuor Arod est ici dans son rĂ©pertoire de prĂ©dilection, faisant valoir une pulsation rythmique lĂ©gĂšre et aĂ©rienne, en un Ă©lan stimulant. L’acoustique trĂšs dĂ©taillĂ©e de la salle bisontine sert cette conception qui manque peut-ĂȘtre parfois de puissance au premier violon, mais qui emporte l’adhĂ©sion par son sens des nuances et des couleurs. C’est au cĂ©lĂ©brissime Quatuor de Ravel que s’est ensuite confrontĂ© leurs collĂšgues du Quatuor Diotima :  ils le dĂ©fendent de maniĂšre tout aussi vivante et instinctive, en prĂȘtant attention Ă  la dynamique, parfaitement assurĂ©e, et aux tempi, judicieusement choisis.
Les huit artistes se sont Ă©galement retrouvĂ©s dans deux octuors : d’abord dans les Deux PiĂšces pour octuor Ă  cordes, op. 11 de Dimitri Chostakovitch, une Ɠuvre qui est un tĂ©moignage Ă©loquent d’un temps Ă  la fois marquĂ© par le retour Ă  Bach et par un volontĂ© de provocation aussi sain que rĂ©jouissant, puis Ă  l’occasion d’une crĂ©ation mondiale, commande expresse du festival au compositeur français Eric Tanguy, en rĂ©sidence pour cette 72Ăšme Ă©dition. Le titre de la piĂšce est « The desperate man », en rĂ©fĂ©rence au cĂ©lĂšbre autoportrait (« Le dĂ©sespĂ©ré ») de Gustave Courbet, l’enfant du pays dont on fĂȘte cette annĂ©e le bicentenaire de la naissance. La piĂšce est trĂšs agrĂ©able Ă  Ă©couter, trĂšs bien Ă©crite, et Ă  son Ă©coute, l’on se rend compte qu’au fil des annĂ©es, le propos du compositeur se fait moins Ăąpre et spontanĂ©, plus consonnant et acadĂ©mique, sans que cela ne doive ĂȘtre pris pĂ©jorativement… Illustration : Quatuor Diotima (DR)

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Compte-rendu, concert. Festival de Besançon, Théùtre Ledoux, le 9 septembre 2019. Russian National Orchestra, Nikolaï Lugansky (piano), Mikhaïl Pletnev (direction).