CD, compte rendu critique : Rufus Wainwright : ” Prima donna ” (Janis Kelly, 2012, Deutsche Grammophon)

rufus_wainwright_prima_donna_deutsche_grammophone_operaCD, compte rendu critique : Rufus Wainwright :  ” Prima donna ” (2012). De quelle diva le compositeur amĂ©ricano-canadien quadragĂ©naire Rufus Wainwright s’est-il rĂ©ellement inspirĂ© pour Ă©crire son opĂ©ra Prima Donna crĂ©Ă© en 2009 Ă  Manchester ? Qu’il s’agisse de RĂ©gine Crespin ou de Maria Callas, (ici l’hĂ©roĂŻne emprunte son prĂ©nom Ă  la première et l’ouvrage, le cadre de son action Ă  la seconde… mais pas seulement),- l’oeuvre totalement chantĂ©e en français dont l’action se passe sur une seule journĂ©e dans un appartement parisien (cocorico!), Ă©voque le retour Ă  la scène d’une ancienne prima donna (“RĂ©gine Saint-Laurent”) laquelle a quittĂ© la scène depuis 6 ans… A travers le livret, plusieurs thĂ©matiques passionnantes sont traitĂ©es ;  entre passĂ© et prĂ©sent, l’image des artistes âgĂ©es et aussi la mĂ©tamorphose de la femme et la perte de sa voix chantĂ©e donc de son identitĂ© y sont abordĂ©s. C’est plus allusivement l’Ă©vocation d’une tragĂ©die intime (et dans la vie du compositeur et dans celle de la diva fictionnelle) qui explique le profil très finement caractĂ©risĂ© de la protagoniste comme l’acuitĂ© expressive de certaines scènes dont l’Ă©vocation de ses duos lyriques aclamĂ©s alors (acte II).

 

 

 

 

 

 

 

ChantĂ© en français, l’opĂ©ra Prima Donna de Wainwright est Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon

Diva sur le retour : un portrait sensible et bouleversant

 

 

 

wainwright rufus portrait prima donnaDeutsche Grammophon Ă©dite ce 11 septembre 2015 l’opĂ©ra Prima Donna en 2 cd avec dans le rĂ´le titre, la crĂ©atrice Janis Kelly : son charisme et sa grande conviction dramatique offre une saisissante performance, Ă©clairant le parcours du rĂ´le, ses vertiges, ses Ă©clairs, ses allers retours permanents entre prĂ©sent et passĂ©. L’opĂ©ra français sur un livret que Wainwright a coĂ©crit avec Bernadette Colombine, imagine le retour Ă  la scène de la diva pourtant âgĂ©e dans le Paris des annĂ©es 1970… (un clin d’oeil Ă©vident Ă  Callas) et qui tombe amoureuse d’un jeune journaliste sur le point de se marier, AndrĂ©. Leur rencontre revĂŞt une dimension particulière d’autant plus que la soprano intimement atteinte lui apprend alors sa dĂ©cision de faire ses adieux.
L’Ă©criture flamboyante de Wainwright, grand amateur d’opĂ©ras,  semble recycler les Ă©pisodes les plus lyriques et extatiques d’un Puccini, empruntant aussi Ă  la ComĂ©die musicale, sachant très intelligemment varier les climats, et tendre l’arc structurel si essentiel Ă  l’opĂ©ra, entre comĂ©die et tragĂ©die ; le chant de la protagoniste et celui de ses partenaires dont le tĂ©nor lyrico spinto et de legerezza (AndrĂ©) lancent autant de dĂ©fis aux interprètes : les deux rĂ´les (RĂ©gine / AndrĂ©) sont redoutables pour la voix et offrent deux personnages d’une grande finesse psychologique. Peu d’ouvrage ont offert Ă  une soprano âgĂ©e et mĂ»re un rĂ´le aussi nuancĂ©, traversant toutes les nuances de la palette Ă©motionnelle (tĂŞte Ă  tĂŞte initial entre RĂ©gine et sa nouvelle femme de chambre Marie au I) entre nostalgie, amertume, regret, renoncement et apaisement final (fin du II), cependant que dans l’Ă©vocation du duo amoureux quand elle chantait AliĂ©nor d’Aquitaine, la soprano et le tĂ©nor plongent en pleine ivresse enchantĂ©e (Ă©pisode Dans ce jardin au II qui est le prĂ©texte au duo le plus allusif et Ă©chevelĂ© de l’ouvrage)…

figueroa antonio tenor prima donna andre journaliste review account of CLASSIQUENEWS PRIMA DONNA rufus wainwrightLe livret est loin d’ĂŞtre conforme et dĂ©suet : il permet une succession d’Ă©pisodes Ă  la fois contrastĂ©s et progressifs, approfondissant et l’Ă©vocation sensible d’un passĂ© glorieux et perdu (nombreux flashbacks), et le ressentiment d’une vie dĂ©diĂ©e Ă  l’art et au chant qui a sacrifiĂ© l’Ă©panouissement individuel (encore un clin d’Ĺ“il Ă  Callas).  L’apparition du jeune journaliste, admirateur de la diva, suscite chez elle, un retour d’effusion, le jaillissement d’une tendresse jusque lĂ  ensevelie. L’auteur parle bien d’un long pĂ©riple qui du dĂ©but Ă  la fin, prĂ©sente la diva sous des facettes diffĂ©rentes et conduit aussi le spectateur Ă  la suivre mais sans voyeurisme et avec beaucoup de vĂ©ritĂ© et de pudeur. Les rĂ´les de sopranos mĂ»res sont rares Ă  l’opĂ©ra faut-il y voir un hommage aux grandes cantatrices que la fragilitĂ© de l’instrument condamne de facto Ă  une retraite souvent douloureuse ? Dans le rĂ©pertoire romantique, la Dame de Pique (la comtesse est en rĂ©alitĂ© chantĂ©e souvent par un mezzo) ou Eva Marty dans L’affaire Makropoulos de Janacek sont des exemples prĂ©cĂ©dents, auxquels l’opĂ©ra de Wainwright fait Ă©cho avec pertinence. Mais le jeune compositeur va plus loin en jouant concrètement sur les couleurs et les accents spĂ©cifiques d’une voix mĂ»re.

kelly janis soprano classiquenews janis kelly-2On sent la sincĂ©ritĂ© d’un musicien (qui dĂ©die son opĂ©ra Ă  son compagnon Jörn et Ă  sa mère Kate McGarrigle) avant tout amoureux de son hĂ©roĂŻne oĂą se confondent selon ses tĂ©moignages Ă  propos de la genèse de son opĂ©ra, les souvenirs des entretiens tĂ©lĂ©visĂ©s de Maria Callas Ă  la fin de sa carrière, comme l’hommage Ă  sa propre mère condamnĂ©e par un cancer au moment de la composition de l’opĂ©ra… L’ouvrage un temps commandĂ© puis rejetĂ© par le Metropolitan Opera de NY ; programmĂ© puis annulĂ© au New York City Opera fut finalement crĂ©Ă© en 2009 Ă  Manchester. Il fut ensuite repris Ă  Londres et Toronto en 2010, puis Ă  la Brooklyn Academy de NY en 2012, avant d’ĂŞtre jouĂ© en septembre 2015 Ă  Athènes.

CLIC D'OR macaron 200La première fut Ă©claboussĂ©e par un scandale relayĂ© par la presse et soulevant le soupçon sur l’auteur rĂ©el de l’opĂ©ra. S’en suivit une polĂ©mique honteuse sur la paternitĂ© de la partition redevable ou non au seul cerveau de Wainwright : depuis, la confession quasi officielle de l’auteur a dĂ©montrĂ© l’originalitĂ© et l’intĂ©gritĂ© de sa crĂ©ativitĂ©, seule productrice de l’opĂ©ra tel que nous le connaissons aujourd’hui et tel qu’il a Ă©tĂ© enregistrĂ© par Deutsche Grammophon. L’ensemble de la rĂ©alisation, les crĂ©ations successives puis l’enregistrement avec le VVC Symphony Orchestra a Ă©tĂ© assurĂ© par le soutien privĂ© de nombreux fans appelĂ©s Ă  financer l’opĂ©ration en crossfunding (Ă  travers l’aide de pledgemusic)…  On y dĂ©couvre les deux superbes chanteurs offrant aux deux profils si bouleversant, soprano et tĂ©nor, (remarquable Janis Kelly et Antonio Figueroa)deux incarnations fusionnelles malgrĂ© leur diffĂ©rence gĂ©nĂ©rationnelle. La personnage fascinant de RĂ©gine Saint-Laurent concentre toutes les facettes de la diva qui rĂ©alise une sorte d’autocritique : comme si Ă  la façon de La MarĂ©chale du Chevalier Ă  la rose, elle tenait le miroir et observait en en rĂ©alisant le commentaire, tendre ou cynique, serein ou amer, toutes les marques d’un temps fait d’Ă©preuves et de sublimations, de dĂ©passement et de frustration. Quand Janis Kelly, crĂ©atrice du rĂ´le en 2009 se regarde et chante ce qu’elle voit et ce qu’elle a vĂ©cu, c’est Tosca, Traviata, Turandot aussi, La MarĂ©chale donc et Arianne, et  Elektra tout autant qui paraissent sur la scène, sans omettre Brunnhilde en particulier qui surgit, non pas l’hĂ©roĂŻne romantique sacrifiĂ©e, mais une âme contemplative et nostalgique qui interroge au-delĂ  de son personnage, la force de son incarnation et le sens du chant lui-mĂŞme.

Rufus_WainwrightDe sorte que nous disposons d’une partition musicalement accessible, aux Ă©pisodes rĂ©ellement envoĂ»tants oĂą perce et saisit le profil d’un personnage qui synthĂ©tisant tous les grands rĂ´les romantique Ă  l’opĂ©ra, est aussi un remarquable hommage au chant incarnĂ©. C’est donc une vĂ©ritable dĂ©couverte et par sa construction, son Ă©criture, les thèmes mĂŞlĂ©s qu’il suscite en rĂ©sonance, un ouvrage majeur comme peut l’ĂŞtre dans le registre des hommages aux divas romantiques, Le Château des Carpathes de Philippe Hersant (et le remarquable rĂ´le de la cantatrice La Stilla inspirĂ© par le compositeur français d’après Hugo : voir le reportage vidĂ©o classiquenews, Philipep Hersant : Le Château des Carpathes, mai 2009). Coffret Ă©vĂ©nement, donc CLIC de classiquenews de septembre 2015.

 

Illustrations :  Rufus Wainwright, Antonio Figueroa, Janis Kelly, Rufus Wainwright (DR)

 

 

 


PRIMA DONNA de Rufus Wainwright. Synopsis (en anglais)

Act I

Early morning in Régine Saint Laurent’s Paris apartment

Following a night of endless nightmares, RĂ©gine Saint Laurent is awake unusually early, and surprisingly shows interest in talking with her new maid, Marie, when she arrives for work. Marie is only too happy to unload her latest complaints about her drunken and tempestuous husband upon Madame, who in turn starts sharing about her doubts and anxiety-filled terrors of returning to the stage after a six-year hiatus.

Madame tells Marie of the stage role of her life, Aliénor d’Aquitaine, the strong, powerful and culture-loving woman who became queen of both France and England, an opera written for her at the peak of her career. These two women, from opposite walks of life, form a strong bond with each other in the midst of their heart-to-heart exchange.

Philippe, Régine’s butler and confidant, enters with his assistant, François. Philippe is upset to see Madame and Marie in a casual and friendly situation, instead of Madame preparing for the interview with a journalist, André Letourneur, a rendezvous that she has forgotten.

Philippe instructs François to arrange the flowers around the apartment for the journalist’s imminent arrival. Philippe starts ranting about the golden days when Madame was the Queen of Paris until the opening run of Aliénor six years ago, when, after a triumphant premiere, she lost her voice during the duet on the second night, after which Madame never sang again. Lost in his nostalgia and slowly going into a rage-like state, Philippe swears that he and Madame will not make the same mistakes this time.

The doorbell rings and the journalist arrives. Philippe obsequiously welcomes André into the glamorous world of Régine Saint Laurent, who makes her grand entrance.

The interview turns out to be more than Régine or André had imagined. The pressing questions of André about Madame’s last performance of Aliénor trigger an emotional response from Régine, who gets overwhelmed by memories rushing back, showing how traumatizing that evening was for her. André himself seems to remind her of someone involved in the hurtful and disturbing memory. She refuses to answer that line of questioning.

André sees more than the legend he has adored since his days at the conservatory, where he himself studied to be a tenor. He takes advantage of Régine’s state of confusion and prompts her to go to the piano and they end up singing the iconic love duet from Aliénor. As the passionate duet reaches a climax, Régine’s voice breaks down.

Philippe leaps in to save the day, and Madame is put to rest under Marie’s care. Everyone attempts to comfort Régine as she tries to recover her senses. Philippe reschedules the interview with André for later in the evening. André agrees and leaves. Madame is left resting in the darkened room. André comes back to retrieve the score he had brought over and left at the piano. Régine sees him and beckons to him. He goes to her. They kiss. Marie comes in, sees them and leaves.

Act II

Later that same evening

As Marie is setting the table, she gets homesick and tells of the simple life in her home in Picardie. She nostalgically compares it to the love-crazed and materialistic life of Paris.

Marie confronts Philippe about his plans to have the journalist return that evening to continue the interview over dinner and the Bastille Day fireworks. Philippe erupts at Marie and reminds her of her place in his household.

Régine warms her voice and tries to understand why it failed her in front of the journalist. While she can sing the precious high note in isolation, each time she tries to put words and meaning into the music, she is again unable to reach the climactic note. Madame realizes that she must confront the recording of that glorious, tragic evening six years ago, a recording she could never bring herself to listen to, if she is ever to sing Aliénor, or any opera, ever again. She reflects on her fearless youth and on her past and present struggles with confidence and anxiety. Her youth is forever gone and she now has to face a new reality. She finally plays the legendary recording of her opening night, and her mind carries her back in time to her original performance of that very same love duet.

Henry, the King of England, portrayed by André, enters the garden and professes his love to his glorious Aliénor. Régine becomes Aliénor, and flawlessly performs the magical scene.

Régine wakens from her reverie and declares her refusal to return to the stage. Philippe explodes and unleashes his resentment through a violent rage. Marie comes to Madame’s rescue. There is no turning back and Philippe musters every ounce of his remaining pride and makes his final exit from Madame’s life for ever – just as the doorbell rings for the journalist’s return.

The journalist, however, has an unpleasant surprise for Régine: he is engaged to be married and has brought his fiancée. Once again forced to confront her new circumstances, she wishes him and his fiancée well with utter grace and generosity.

André asks Régine for one last gesture before he leaves: would she sign his original album of Aliénor? Régine does so, and she announces the end of her career to the journalist. But, just before he goes, she realizes that she would like the precious souvenir to be for someone closer to her heart – Marie.

La Prima Donna signs her last autograph. Finally, left by herself in her apartment, RĂ©gine steps onto the balcony to watch the Bastille Day fireworks.

CD, concert : actualitĂ©s de ” Prima donna ” l’opĂ©ra de Rufus Wainwright (2009)

Rufus_Wainwrightrufus_wainwright_prima_donna_deutsche_grammophone_operaCD, concert : actualitĂ©s de ” Prima donna ” l’opĂ©ra de Rufus Wainwright (2009). Belle annĂ©e 2015 pour Wainwright : en septembre, son opĂ©ra Prima Donna (crĂ©Ă© en 2009) sort en disque et est repris Ă  Athènes… De quelle diva le compositeur amĂ©ricano-canadien Rufus Wainwright s’est-il inspirĂ© pour Ă©crire son opĂ©ra Prima Donna crĂ©Ă© en 2009 Ă  Manchester ? Qu’il s’agisse de RĂ©gine Crespin ou de Maria Callas, l’oeuvre totalement chantĂ©e en français (cocorico!) Ă©voque le retour Ă  la scène d’une ancienne prima donna (“RĂ©gine Saint-Laurent”) Ă  l’âge de 70 ans. A travers le livret, plusieurs thĂ©matiques passionnantes sont traitĂ©es ; l’image des artistes âgĂ©es (quel autre compositeur a conçu un rĂ´le pour une soprano coloratoure mĂ»re ?) et aussi la mĂ©tamorphose de la femme et la perte de sa voix chantĂ©e donc de son identitĂ© y sont abordĂ©s : confrontĂ©e au jaillissement imprĂ©vu d’un sentiment amoureux irrĂ©pressible pour le journaliste venu l’interroger (incarnĂ© par le tĂ©nor Antonio Figueroa), la cantatrice comme Violetta ValĂ©ry (La Traviata de Verdi) Ă  la fin de sa carrière parisienne, Ă©prouve un dĂ©sir irrĂ©pressible d’autant plus Ă©mouvant qu’il est intense et sincère, et vĂ©cu au crĂ©puscule de sa vie… cette rencontre ressuscite chez la vieille artiste, toutes les scènes d’amour qu’elle a jouĂ©es sans les Ă©prouvĂ©es rĂ©ellement (en particulier quand elle chantait son fameux rĂ´le d’AliĂ©nor : une prise de rĂ´le qui la fait connaĂ®tre et qui Ă  l’Ă©poque avait dĂ©jĂ  marquĂ© le jeune journaliste).  Leur rencontre et les Ă©pisodes du voyage de la diva dans son passĂ© revivifiĂ© par l’apparition du jeune homme, font en particulier toute la valeur de l’acte II qui alterne immersion enchantĂ©e dans le passĂ© oĂą elle Ă©tait jeune et adulĂ©e, et sĂ©quences plus âpres voire cyniques et dĂ©senchantĂ©es oĂą l’ex diva Ă©voque ses souvenirs perdus en prĂ©sence du journaliste…

Deutsche Grammophon Ă©dite ce 11 septembre l’opĂ©ra Prima Donna en 2 cd avec dans le rĂ´le titre, la crĂ©atrice Janis Kelly. Le chef George Petrou propose sa version de l’ouvrage lyrique ce 15 septembre Ă  Athène, Théâtre OdĂ©on HĂ©rode Atticus avec bonus vidĂ©o (signĂ© Francesco Vezzoli) destinĂ© Ă  attirer les geek et jeunes branchĂ©s, la photographe Cindy Sherman paraĂ®trait dans le rĂ´le de la diva et dans des costumes portĂ©s par Maria Callas, prĂŞtĂ©s par la maison Tirelli (“ PRIMA DONNA, a Symphonic visual concert ” : programmĂ© dans le cadre du Festival Epidaurus d’Athènes 2015, le 15 septembre, 21h30). En seconde partie de soirĂ©e, le compositeur Rufus Wainwright participe Ă  la soirĂ©e en interprĂ©tant une sĂ©lection de ses mĂ©lodies et songs favorites. Prochaine critique complète de l’opĂ©ra PRIMA DONNA de Rufus Wainwright (2 cd Deutsche Grammophon) dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Reprises de Prima Donna de Rufus Wainwright Ă  Lisbonne le 27 novembre 2015, puis Ă  Hong Kong le 1er mars 2016 (Hong Kong cultural centre). + d’infos, voir le site de Rufus Wainwright

CD. Renée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca): la nouvelle diva jazz ?

fleming renee soprano decca renee fleming cd deccaRenĂ©e Fleming : Winter in New York (1 cd Decca). NoĂ«l Ă  New York… La nouvelle diva jazz ? Une affiche de partenaires somptueuse. Les chanteurs Kurt Elling, Gregory Porter, Rufus Wainwright, les trompettistes Chris Botti et Wynton Marsalis, le pianiste surdouĂ© et roi de l’impro, Brad Mehldau…. autant dire que pour ce nouveau disque non lyrique, la superdiva amĂ©ricaine RenĂ©e Fleming a su s’entourer de pointures particulièrement aguerries et les plus raffinĂ©es mĂŞme comme les plus originales de la planète jazz … Ils sont tous, chacun dans leur registre, des stars de la scène amĂ©ricaine…  Sous la neige Ă  Central Park (Serenade de la plage 10), Ă  la nuit tombĂ©e ou reprenant certains standards parmi les plus connus du rĂ©pertoire de NoĂ«l, la diva s’accordent plusieurs duos musicalement sertis et ciselĂ©s qui montrent que si la voix lyrique a Ă©voluĂ©, la cantatrice n’a rien perdu de sa musicalitĂ©. Les fans de la diva amĂ©ricaine seront enchantĂ©s de retrouver leur interprète dans des atours glamour, blues, folk, groove d’une nouvelle voix retravaillĂ©e en sirène jazzy au service d’un rĂ©pertoire qu’elle sert avec la finesse,  l’Ă©lĂ©gance,  le style que nous lui connaissons: la straussienne diseuse enchanteresse n’a rien perdu de son Ă©lĂ©gance, ni sa prodigieuse musicalitĂ© que le micro et le format intimiste du studio soulignent avec une subtilitĂ© rĂ©ellement dĂ©lectable ; serait-ce une nouvelle carrière vocale pour celle qui après avoir chantĂ© tous les grands rĂ´les de soprano lyrique et mĂŞme dramatique (vĂ©riste), a confirmĂ© prendre se retraite des scènes d’opĂ©ra ?  N’Ă©coutez que pour vous en convaincre la totale rĂ©ussite de Sleigh ride (plage 7) en toute et parfaite complicitĂ© avec le trompettiste Wynston Marsalis une Ă©vidente oeuvre de complicitĂ© collective et si musicale que ne renierons pas les amateurs de jazz: la fĂ©minitĂ© suave un rien facĂ©tieuse de la diva son abattage, son instinct motorique, font mouche accompagnĂ©e par des cuivres d’une finesse de ton irrĂ©sistible. MĂŞme Ă©nergie très “comĂ©die musicale” mais avec un sens du verbe qui doit Ă  son passĂ© de cantatrice,  ce relief linguistique fruitĂ© très particulier dans l’excellent portrait du Père NoĂ«l : The man with the bag (plage 11)… Rares, les cantatrices capable d’une “reconversion” musicale. les hommes ont la facultĂ© de changer de tessiture sans perdre la maĂ®trise de leur organe lyrique (voyez le tĂ©nor Placido Domingo, devenu nouveau baryton vaillant) ; RenĂ©e Fleming incarne un autre type de reclassement, plus audacieux car il y faut apprendre de nouveaux codes : et si la diva de l’opĂ©ra rĂ©ussissait son nouveau dĂ©fi comme chanteuse de jazz ?

 

 

 

RenĂ©e Fleming amoureuse enneigĂ©e…

La Nouvelle diva jazz

 

CLIC_macaron_2014Le programme s’ouvre par le premier duo avec le trompettiste Wynton Marsalis (Winter Wonderland), oĂą brillent les superbes accents mordants enjouĂ©s de son instrument bouchĂ©;  RenĂ©e Fleming y redouble de sensualitĂ© narrative,  un medium fourni et charnel dĂ©licieusement lĂ©ger que sublime la complicitĂ© nuancĂ©e et ciselĂ©e des timbres cuivrĂ©s. Puis dans Have yourself a Merry Little Christmas, on aimerait pouvoir bĂ©nĂ©ficier de chanteurs aussi parfaits dans l’insouciance enchantĂ©e pour le temps de NoĂ«l que ce deux lĂ  : ce sont deux voix instrumentales d’une claire et vive entente : Gregory Porter et RenĂ©e Fleming signent le meilleur duo du programme (avec les deux suivants rĂ©alisĂ©s avec Kurt Elling). Très influencĂ© par la musique soul de Marvin Gaye et le jazz de Nat King Cole, Gregory Porter apporte Ă  lui seul cette couleur fine, elle aussi très rythmique et corsĂ©e qui s’accorde idĂ©alement Ă  la musicalitĂ© classique de sa complice.
Jazzy, le programme est capable de varier les climats et les associations de timbres comme l’indique clairement le duo fĂ©minin qui suit : Silver Bells comme une ballade de deux folk singers associe le grain median de RenĂ©e Fleming au clair soprano Kelli Ohara – perfection de deux timbres sur le mĂŞme mode tendre,  Ă©pique,  celui d’une confession sereine, enivrĂ©e qui revisite pourant un standard tant de fois repris du temps de NoĂ«l. MĂŞme reprise et plus nuancĂ©e encore, Merry Christmas darling joue la carte d’une berceuse sensualitĂ© aux scintillements instrumentaux avec l’excellent Chris Botti (trompette feutrĂ©e idĂ©alement crĂ©pusculaire murmurĂ©e faisant halo pour la voix d’une amoureuse Ă  NoĂ«l).

PlutĂ´t marquĂ©e “annĂ©es 1990″, Snowbound rĂ©alise le duo amoureux le plus convaincant de l’album : il affirme une sensualitĂ© partagĂ©e avec la voix du chanteur au timbre incroyable Kurt Elling nĂ© en 1967 Ă  Chicago : ballade de deux âmes complices. Dans In the bleak midwinter, saluons tout autant la couleur folk et un nouveau chambrisme feutrĂ© avec voix de tĂ©nor de Rufus Wainwright : la diva y retrouve presque son legato et le registre aigu de son ancien emploi de chanteuse lyrique.  Une immersion tendre qui touche elle aussi par son sens de la nuance et de la subtilitĂ©. .. un modèle de duo millimĂ©trĂ© Ă  rebours de la variĂ©tĂ© qui ne s’encombre plus d’une telle maĂ®trise et de tant de dĂ©tails contrĂ´lĂ©s…
Nous l’avons dĂ©jĂ  citĂ© : “The man with the bag…” est une grande rĂ©ussite, clin d’oeil Ă  une instrumentation annĂ©es 1960 oĂą scintillent les grelots du traĂ®neau du Père NoĂ«l… (c’est dire le soin des ingĂ©nieurs du son dans leur montage) avec les Marimba, dans une mĂ©lodie plutĂ´t très chantĂ© : RenĂ©e fait valoir son abattage instrumental,  le veloutĂ© feutrĂ© du timbre d’une voix qui rĂ©sonne surtout dans le mĂ©dium et le semi grave.

Plus introverti, comme une prière presque grave, Love and hard times, fait jaillir aux cĂ´tĂ©s du saxo, le piano en vrai dialogue du complice Brad Mehldau : le claviĂ©riste improvisateur, nĂ© Ă  Jacksonville sur la cĂ´te Est des USA en 1970, a un sens du swing gĂ©nial, idĂ©alement Ă  l’Ă©coute de sa partenaire… Pour RenĂ©e Fleming, la magie de NoĂ«l c’est peut-ĂŞtre moins le Père NoĂ«l et les sapins dĂ©corĂ©s qu’un climat d’effusion, une entente nĂ©e d’une rencontre improbable ; ce que la diva nous rappelle, en guise de conclusion (Still, Still, Still), dernier duo qui fonctionne rĂ©ellement bien avec Kurt Elling, mĂŞme complicitĂ© que dans leur premier duo, plage centrale du disque (Snowbound, qui est aussi le morceau le plus long de l’album). Pour nous la reconversion de RenĂ©e est rĂ©ussie, gageons que ce disque trouvera son public.

Renée Fleming : Winter in New York. Avec Gregory Porter,  Kurt Elling,  Rufus Wainwright,  Wynton Marsalis,  Brad Melhau. .. 1 cd Decca 478 7905. Parution: 17 novembre 2014.

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