CD, compte rendu critique : Rufus Wainwright : ” Prima donna ” (Janis Kelly, 2012, Deutsche Grammophon)

rufus_wainwright_prima_donna_deutsche_grammophone_operaCD, compte rendu critique : Rufus Wainwright :  ” Prima donna ” (2012). De quelle diva le compositeur américano-canadien quadragénaire Rufus Wainwright s’est-il réellement inspiré pour écrire son opéra Prima Donna créé en 2009 à Manchester ? Qu’il s’agisse de Régine Crespin ou de Maria Callas, (ici l’héroïne emprunte son prénom à la première et l’ouvrage, le cadre de son action à la seconde… mais pas seulement),- l’oeuvre totalement chantée en français dont l’action se passe sur une seule journée dans un appartement parisien (cocorico!), évoque le retour à la scène d’une ancienne prima donna (“Régine Saint-Laurent”) laquelle a quitté la scène depuis 6 ans… A travers le livret, plusieurs thématiques passionnantes sont traitées ;  entre passé et présent, l’image des artistes âgées et aussi la métamorphose de la femme et la perte de sa voix chantée donc de son identité y sont abordés. C’est plus allusivement l’évocation d’une tragédie intime (et dans la vie du compositeur et dans celle de la diva fictionnelle) qui explique le profil très finement caractérisé de la protagoniste comme l’acuité expressive de certaines scènes dont l’évocation de ses duos lyriques aclamés alors (acte II).

 

 

 

 

 

 

 

Chanté en français, l’opéra Prima Donna de Wainwright est édité par Deutsche Grammophon

Diva sur le retour : un portrait sensible et bouleversant

 

 

 

wainwright rufus portrait prima donnaDeutsche Grammophon édite ce 11 septembre 2015 l’opéra Prima Donna en 2 cd avec dans le rôle titre, la créatrice Janis Kelly : son charisme et sa grande conviction dramatique offre une saisissante performance, éclairant le parcours du rôle, ses vertiges, ses éclairs, ses allers retours permanents entre présent et passé. L’opéra français sur un livret que Wainwright a coécrit avec Bernadette Colombine, imagine le retour à la scène de la diva pourtant âgée dans le Paris des années 1970… (un clin d’oeil évident à Callas) et qui tombe amoureuse d’un jeune journaliste sur le point de se marier, André. Leur rencontre revêt une dimension particulière d’autant plus que la soprano intimement atteinte lui apprend alors sa décision de faire ses adieux.
L’écriture flamboyante de Wainwright, grand amateur d’opéras,  semble recycler les épisodes les plus lyriques et extatiques d’un Puccini, empruntant aussi à la Comédie musicale, sachant très intelligemment varier les climats, et tendre l’arc structurel si essentiel à l’opéra, entre comédie et tragédie ; le chant de la protagoniste et celui de ses partenaires dont le ténor lyrico spinto et de legerezza (André) lancent autant de défis aux interprètes : les deux rôles (Régine / André) sont redoutables pour la voix et offrent deux personnages d’une grande finesse psychologique. Peu d’ouvrage ont offert à une soprano âgée et mûre un rôle aussi nuancé, traversant toutes les nuances de la palette émotionnelle (tête à tête initial entre Régine et sa nouvelle femme de chambre Marie au I) entre nostalgie, amertume, regret, renoncement et apaisement final (fin du II), cependant que dans l’évocation du duo amoureux quand elle chantait Aliénor d’Aquitaine, la soprano et le ténor plongent en pleine ivresse enchantée (épisode Dans ce jardin au II qui est le prétexte au duo le plus allusif et échevelé de l’ouvrage)…

figueroa antonio tenor prima donna andre journaliste review account of CLASSIQUENEWS PRIMA DONNA rufus wainwrightLe livret est loin d’être conforme et désuet : il permet une succession d’épisodes à la fois contrastés et progressifs, approfondissant et l’évocation sensible d’un passé glorieux et perdu (nombreux flashbacks), et le ressentiment d’une vie dédiée à l’art et au chant qui a sacrifié l’épanouissement individuel (encore un clin d’Å“il à Callas).  L’apparition du jeune journaliste, admirateur de la diva, suscite chez elle, un retour d’effusion, le jaillissement d’une tendresse jusque là ensevelie. L’auteur parle bien d’un long périple qui du début à la fin, présente la diva sous des facettes différentes et conduit aussi le spectateur à la suivre mais sans voyeurisme et avec beaucoup de vérité et de pudeur. Les rôles de sopranos mûres sont rares à l’opéra faut-il y voir un hommage aux grandes cantatrices que la fragilité de l’instrument condamne de facto à une retraite souvent douloureuse ? Dans le répertoire romantique, la Dame de Pique (la comtesse est en réalité chantée souvent par un mezzo) ou Eva Marty dans L’affaire Makropoulos de Janacek sont des exemples précédents, auxquels l’opéra de Wainwright fait écho avec pertinence. Mais le jeune compositeur va plus loin en jouant concrètement sur les couleurs et les accents spécifiques d’une voix mûre.

kelly janis soprano classiquenews janis kelly-2On sent la sincérité d’un musicien (qui dédie son opéra à son compagnon Jörn et à sa mère Kate McGarrigle) avant tout amoureux de son héroïne où se confondent selon ses témoignages à propos de la genèse de son opéra, les souvenirs des entretiens télévisés de Maria Callas à la fin de sa carrière, comme l’hommage à sa propre mère condamnée par un cancer au moment de la composition de l’opéra… L’ouvrage un temps commandé puis rejeté par le Metropolitan Opera de NY ; programmé puis annulé au New York City Opera fut finalement créé en 2009 à Manchester. Il fut ensuite repris à Londres et Toronto en 2010, puis à la Brooklyn Academy de NY en 2012, avant d’être joué en septembre 2015 à Athènes.

CLIC D'OR macaron 200La première fut éclaboussée par un scandale relayé par la presse et soulevant le soupçon sur l’auteur réel de l’opéra. S’en suivit une polémique honteuse sur la paternité de la partition redevable ou non au seul cerveau de Wainwright : depuis, la confession quasi officielle de l’auteur a démontré l’originalité et l’intégrité de sa créativité, seule productrice de l’opéra tel que nous le connaissons aujourd’hui et tel qu’il a été enregistré par Deutsche Grammophon. L’ensemble de la réalisation, les créations successives puis l’enregistrement avec le VVC Symphony Orchestra a été assuré par le soutien privé de nombreux fans appelés à financer l’opération en crossfunding (à travers l’aide de pledgemusic)…  On y découvre les deux superbes chanteurs offrant aux deux profils si bouleversant, soprano et ténor, (remarquable Janis Kelly et Antonio Figueroa)deux incarnations fusionnelles malgré leur différence générationnelle. La personnage fascinant de Régine Saint-Laurent concentre toutes les facettes de la diva qui réalise une sorte d’autocritique : comme si à la façon de La Maréchale du Chevalier à la rose, elle tenait le miroir et observait en en réalisant le commentaire, tendre ou cynique, serein ou amer, toutes les marques d’un temps fait d’épreuves et de sublimations, de dépassement et de frustration. Quand Janis Kelly, créatrice du rôle en 2009 se regarde et chante ce qu’elle voit et ce qu’elle a vécu, c’est Tosca, Traviata, Turandot aussi, La Maréchale donc et Arianne, et  Elektra tout autant qui paraissent sur la scène, sans omettre Brunnhilde en particulier qui surgit, non pas l’héroïne romantique sacrifiée, mais une âme contemplative et nostalgique qui interroge au-delà de son personnage, la force de son incarnation et le sens du chant lui-même.

Rufus_WainwrightDe sorte que nous disposons d’une partition musicalement accessible, aux épisodes réellement envoûtants où perce et saisit le profil d’un personnage qui synthétisant tous les grands rôles romantique à l’opéra, est aussi un remarquable hommage au chant incarné. C’est donc une véritable découverte et par sa construction, son écriture, les thèmes mêlés qu’il suscite en résonance, un ouvrage majeur comme peut l’être dans le registre des hommages aux divas romantiques, Le Château des Carpathes de Philippe Hersant (et le remarquable rôle de la cantatrice La Stilla inspiré par le compositeur français d’après Hugo : voir le reportage vidéo classiquenews, Philipep Hersant : Le Château des Carpathes, mai 2009). Coffret événement, donc CLIC de classiquenews de septembre 2015.

 

Illustrations :  Rufus Wainwright, Antonio Figueroa, Janis Kelly, Rufus Wainwright (DR)

 

 

 


PRIMA DONNA de Rufus Wainwright. Synopsis (en anglais)

Act I

Early morning in Régine Saint Laurent’s Paris apartment

Following a night of endless nightmares, Régine Saint Laurent is awake unusually early, and surprisingly shows interest in talking with her new maid, Marie, when she arrives for work. Marie is only too happy to unload her latest complaints about her drunken and tempestuous husband upon Madame, who in turn starts sharing about her doubts and anxiety-filled terrors of returning to the stage after a six-year hiatus.

Madame tells Marie of the stage role of her life, Aliénor d’Aquitaine, the strong, powerful and culture-loving woman who became queen of both France and England, an opera written for her at the peak of her career. These two women, from opposite walks of life, form a strong bond with each other in the midst of their heart-to-heart exchange.

Philippe, Régine’s butler and confidant, enters with his assistant, François. Philippe is upset to see Madame and Marie in a casual and friendly situation, instead of Madame preparing for the interview with a journalist, André Letourneur, a rendezvous that she has forgotten.

Philippe instructs François to arrange the flowers around the apartment for the journalist’s imminent arrival. Philippe starts ranting about the golden days when Madame was the Queen of Paris until the opening run of Aliénor six years ago, when, after a triumphant premiere, she lost her voice during the duet on the second night, after which Madame never sang again. Lost in his nostalgia and slowly going into a rage-like state, Philippe swears that he and Madame will not make the same mistakes this time.

The doorbell rings and the journalist arrives. Philippe obsequiously welcomes André into the glamorous world of Régine Saint Laurent, who makes her grand entrance.

The interview turns out to be more than Régine or André had imagined. The pressing questions of André about Madame’s last performance of Aliénor trigger an emotional response from Régine, who gets overwhelmed by memories rushing back, showing how traumatizing that evening was for her. André himself seems to remind her of someone involved in the hurtful and disturbing memory. She refuses to answer that line of questioning.

André sees more than the legend he has adored since his days at the conservatory, where he himself studied to be a tenor. He takes advantage of Régine’s state of confusion and prompts her to go to the piano and they end up singing the iconic love duet from Aliénor. As the passionate duet reaches a climax, Régine’s voice breaks down.

Philippe leaps in to save the day, and Madame is put to rest under Marie’s care. Everyone attempts to comfort Régine as she tries to recover her senses. Philippe reschedules the interview with André for later in the evening. André agrees and leaves. Madame is left resting in the darkened room. André comes back to retrieve the score he had brought over and left at the piano. Régine sees him and beckons to him. He goes to her. They kiss. Marie comes in, sees them and leaves.

Act II

Later that same evening

As Marie is setting the table, she gets homesick and tells of the simple life in her home in Picardie. She nostalgically compares it to the love-crazed and materialistic life of Paris.

Marie confronts Philippe about his plans to have the journalist return that evening to continue the interview over dinner and the Bastille Day fireworks. Philippe erupts at Marie and reminds her of her place in his household.

Régine warms her voice and tries to understand why it failed her in front of the journalist. While she can sing the precious high note in isolation, each time she tries to put words and meaning into the music, she is again unable to reach the climactic note. Madame realizes that she must confront the recording of that glorious, tragic evening six years ago, a recording she could never bring herself to listen to, if she is ever to sing Aliénor, or any opera, ever again. She reflects on her fearless youth and on her past and present struggles with confidence and anxiety. Her youth is forever gone and she now has to face a new reality. She finally plays the legendary recording of her opening night, and her mind carries her back in time to her original performance of that very same love duet.

Henry, the King of England, portrayed by André, enters the garden and professes his love to his glorious Aliénor. Régine becomes Aliénor, and flawlessly performs the magical scene.

Régine wakens from her reverie and declares her refusal to return to the stage. Philippe explodes and unleashes his resentment through a violent rage. Marie comes to Madame’s rescue. There is no turning back and Philippe musters every ounce of his remaining pride and makes his final exit from Madame’s life for ever – just as the doorbell rings for the journalist’s return.

The journalist, however, has an unpleasant surprise for Régine: he is engaged to be married and has brought his fiancée. Once again forced to confront her new circumstances, she wishes him and his fiancée well with utter grace and generosity.

André asks Régine for one last gesture before he leaves: would she sign his original album of Aliénor? Régine does so, and she announces the end of her career to the journalist. But, just before he goes, she realizes that she would like the precious souvenir to be for someone closer to her heart – Marie.

La Prima Donna signs her last autograph. Finally, left by herself in her apartment, Régine steps onto the balcony to watch the Bastille Day fireworks.

CD, concert : actualités de ” Prima donna ” l’opéra de Rufus Wainwright (2009)

Rufus_Wainwrightrufus_wainwright_prima_donna_deutsche_grammophone_operaCD, concert : actualités de ” Prima donna ” l’opéra de Rufus Wainwright (2009). Belle année 2015 pour Wainwright : en septembre, son opéra Prima Donna (créé en 2009) sort en disque et est repris à Athènes… De quelle diva le compositeur américano-canadien Rufus Wainwright s’est-il inspiré pour écrire son opéra Prima Donna créé en 2009 à Manchester ? Qu’il s’agisse de Régine Crespin ou de Maria Callas, l’oeuvre totalement chantée en français (cocorico!) évoque le retour à la scène d’une ancienne prima donna (“Régine Saint-Laurent”) à l’âge de 70 ans. A travers le livret, plusieurs thématiques passionnantes sont traitées ; l’image des artistes âgées (quel autre compositeur a conçu un rôle pour une soprano coloratoure mûre ?) et aussi la métamorphose de la femme et la perte de sa voix chantée donc de son identité y sont abordés : confrontée au jaillissement imprévu d’un sentiment amoureux irrépressible pour le journaliste venu l’interroger (incarné par le ténor Antonio Figueroa), la cantatrice comme Violetta Valéry (La Traviata de Verdi) à la fin de sa carrière parisienne, éprouve un désir irrépressible d’autant plus émouvant qu’il est intense et sincère, et vécu au crépuscule de sa vie… cette rencontre ressuscite chez la vieille artiste, toutes les scènes d’amour qu’elle a jouées sans les éprouvées réellement (en particulier quand elle chantait son fameux rôle d’Aliénor : une prise de rôle qui la fait connaître et qui à l’époque avait déjà marqué le jeune journaliste).  Leur rencontre et les épisodes du voyage de la diva dans son passé revivifié par l’apparition du jeune homme, font en particulier toute la valeur de l’acte II qui alterne immersion enchantée dans le passé où elle était jeune et adulée, et séquences plus âpres voire cyniques et désenchantées où l’ex diva évoque ses souvenirs perdus en présence du journaliste…

Deutsche Grammophon édite ce 11 septembre l’opéra Prima Donna en 2 cd avec dans le rôle titre, la créatrice Janis Kelly. Le chef George Petrou propose sa version de l’ouvrage lyrique ce 15 septembre à Athène, Théâtre Odéon Hérode Atticus avec bonus vidéo (signé Francesco Vezzoli) destiné à attirer les geek et jeunes branchés, la photographe Cindy Sherman paraîtrait dans le rôle de la diva et dans des costumes portés par Maria Callas, prêtés par la maison Tirelli (“ PRIMA DONNA, a Symphonic visual concert ” : programmé dans le cadre du Festival Epidaurus d’Athènes 2015, le 15 septembre, 21h30). En seconde partie de soirée, le compositeur Rufus Wainwright participe à la soirée en interprétant une sélection de ses mélodies et songs favorites. Prochaine critique complète de l’opéra PRIMA DONNA de Rufus Wainwright (2 cd Deutsche Grammophon) dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Reprises de Prima Donna de Rufus Wainwright à Lisbonne le 27 novembre 2015, puis à Hong Kong le 1er mars 2016 (Hong Kong cultural centre). + d’infos, voir le site de Rufus Wainwright

CD. Renée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca): la nouvelle diva jazz ?

fleming renee soprano decca renee fleming cd deccaRenée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca). Noël à New York… La nouvelle diva jazz ? Une affiche de partenaires somptueuse. Les chanteurs Kurt Elling, Gregory Porter, Rufus Wainwright, les trompettistes Chris Botti et Wynton Marsalis, le pianiste surdoué et roi de l’impro, Brad Mehldau…. autant dire que pour ce nouveau disque non lyrique, la superdiva américaine Renée Fleming a su s’entourer de pointures particulièrement aguerries et les plus raffinées même comme les plus originales de la planète jazz … Ils sont tous, chacun dans leur registre, des stars de la scène américaine…  Sous la neige à Central Park (Serenade de la plage 10), à la nuit tombée ou reprenant certains standards parmi les plus connus du répertoire de Noël, la diva s’accordent plusieurs duos musicalement sertis et ciselés qui montrent que si la voix lyrique a évolué, la cantatrice n’a rien perdu de sa musicalité. Les fans de la diva américaine seront enchantés de retrouver leur interprète dans des atours glamour, blues, folk, groove d’une nouvelle voix retravaillée en sirène jazzy au service d’un répertoire qu’elle sert avec la finesse,  l’élégance,  le style que nous lui connaissons: la straussienne diseuse enchanteresse n’a rien perdu de son élégance, ni sa prodigieuse musicalité que le micro et le format intimiste du studio soulignent avec une subtilité réellement délectable ; serait-ce une nouvelle carrière vocale pour celle qui après avoir chanté tous les grands rôles de soprano lyrique et même dramatique (vériste), a confirmé prendre se retraite des scènes d’opéra ?  N’écoutez que pour vous en convaincre la totale réussite de Sleigh ride (plage 7) en toute et parfaite complicité avec le trompettiste Wynston Marsalis une évidente oeuvre de complicité collective et si musicale que ne renierons pas les amateurs de jazz: la féminité suave un rien facétieuse de la diva son abattage, son instinct motorique, font mouche accompagnée par des cuivres d’une finesse de ton irrésistible. Même énergie très “comédie musicale” mais avec un sens du verbe qui doit à son passé de cantatrice,  ce relief linguistique fruité très particulier dans l’excellent portrait du Père Noël : The man with the bag (plage 11)… Rares, les cantatrices capable d’une “reconversion” musicale. les hommes ont la faculté de changer de tessiture sans perdre la maîtrise de leur organe lyrique (voyez le ténor Placido Domingo, devenu nouveau baryton vaillant) ; Renée Fleming incarne un autre type de reclassement, plus audacieux car il y faut apprendre de nouveaux codes : et si la diva de l’opéra réussissait son nouveau défi comme chanteuse de jazz ?

 

 

 

Renée Fleming amoureuse enneigée…

La Nouvelle diva jazz

 

CLIC_macaron_2014Le programme s’ouvre par le premier duo avec le trompettiste Wynton Marsalis (Winter Wonderland), où brillent les superbes accents mordants enjoués de son instrument bouché;  Renée Fleming y redouble de sensualité narrative,  un medium fourni et charnel délicieusement léger que sublime la complicité nuancée et ciselée des timbres cuivrés. Puis dans Have yourself a Merry Little Christmas, on aimerait pouvoir bénéficier de chanteurs aussi parfaits dans l’insouciance enchantée pour le temps de Noël que ce deux là : ce sont deux voix instrumentales d’une claire et vive entente : Gregory Porter et Renée Fleming signent le meilleur duo du programme (avec les deux suivants réalisés avec Kurt Elling). Très influencé par la musique soul de Marvin Gaye et le jazz de Nat King Cole, Gregory Porter apporte à lui seul cette couleur fine, elle aussi très rythmique et corsée qui s’accorde idéalement à la musicalité classique de sa complice.
Jazzy, le programme est capable de varier les climats et les associations de timbres comme l’indique clairement le duo féminin qui suit : Silver Bells comme une ballade de deux folk singers associe le grain median de Renée Fleming au clair soprano Kelli Ohara – perfection de deux timbres sur le même mode tendre,  épique,  celui d’une confession sereine, enivrée qui revisite pourant un standard tant de fois repris du temps de Noël. Même reprise et plus nuancée encore, Merry Christmas darling joue la carte d’une berceuse sensualité aux scintillements instrumentaux avec l’excellent Chris Botti (trompette feutrée idéalement crépusculaire murmurée faisant halo pour la voix d’une amoureuse à Noël).

Plutôt marquée “années 1990″, Snowbound réalise le duo amoureux le plus convaincant de l’album : il affirme une sensualité partagée avec la voix du chanteur au timbre incroyable Kurt Elling né en 1967 à Chicago : ballade de deux âmes complices. Dans In the bleak midwinter, saluons tout autant la couleur folk et un nouveau chambrisme feutré avec voix de ténor de Rufus Wainwright : la diva y retrouve presque son legato et le registre aigu de son ancien emploi de chanteuse lyrique.  Une immersion tendre qui touche elle aussi par son sens de la nuance et de la subtilité. .. un modèle de duo millimétré à rebours de la variété qui ne s’encombre plus d’une telle maîtrise et de tant de détails contrôlés…
Nous l’avons déjà cité : “The man with the bag…” est une grande réussite, clin d’oeil à une instrumentation années 1960 où scintillent les grelots du traîneau du Père Noël… (c’est dire le soin des ingénieurs du son dans leur montage) avec les Marimba, dans une mélodie plutôt très chanté : Renée fait valoir son abattage instrumental,  le velouté feutré du timbre d’une voix qui résonne surtout dans le médium et le semi grave.

Plus introverti, comme une prière presque grave, Love and hard times, fait jaillir aux côtés du saxo, le piano en vrai dialogue du complice Brad Mehldau : le claviériste improvisateur, né à Jacksonville sur la côte Est des USA en 1970, a un sens du swing génial, idéalement à l’écoute de sa partenaire… Pour Renée Fleming, la magie de Noël c’est peut-être moins le Père Noël et les sapins décorés qu’un climat d’effusion, une entente née d’une rencontre improbable ; ce que la diva nous rappelle, en guise de conclusion (Still, Still, Still), dernier duo qui fonctionne réellement bien avec Kurt Elling, même complicité que dans leur premier duo, plage centrale du disque (Snowbound, qui est aussi le morceau le plus long de l’album). Pour nous la reconversion de Renée est réussie, gageons que ce disque trouvera son public.

Renée Fleming : Winter in New York. Avec Gregory Porter,  Kurt Elling,  Rufus Wainwright,  Wynton Marsalis,  Brad Melhau. .. 1 cd Decca 478 7905. Parution: 17 novembre 2014.

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