KARAJAN dirige Der Rosenkavalier (Salzbourg 1960)

Karajan200Arte : Dimanche 9 aoĂ»t Ă  18h55. Karajan au Festival de Salzbourg 1960  -  A Salzbourg en 1960, le plus cĂ©lèbre maestro de la planète dirige l’opĂ©ra de Richard Strauss : Le Chevalier Ă  la rose / Der Rosenkavalier. C’est l’un des spectacles mythiques qui ont marquĂ© l’histoire du Festival autrichien. En 1960, quatre ans après sa prise de fonction en tant que directeur musical du Festival le plus ancien d’Europe (fondĂ© en 1922, l’annĂ©e oĂą fut dĂ©couverte la tombe miraculeuse de Toutankhamon), le maestro Herbert von Karajan inaugure le grand palais des festivals avec un Chevalier Ă  la rose mĂ©morable. Le choix de cette oeuvre de Richard Strauss, sur un livret du poète Hugo von Hofmannsthal, tombe Ă  point nommĂ© pour cĂ©lĂ©brer les 40 ans de cette grande institution musicale, dont ces deux artistes furent les cofondateurs (avec le metteur en scène Max Reinhardt). La reprĂ©sentation fut filmĂ©e en 35 mm, pour immortaliser la voix de la soprano Elisabeth Schwarzkopf, qui a marquĂ© le rĂ´le de la MarĂ©chale : une femme d’expĂ©rience qui ressent l’oeuvre du temps, la vanitĂ© des choses, l’obligation irrĂ©pressible de lâcher prise et de renoncer, y compris Ă  son amant du moment, le dĂ©licieux « Quinquin » ou Octavian (rĂ´le majeur pour mezzo)… Quand Karajan dirige, la magie Salzbourg opère ! Document incontournable.  LIRE aussi notre dossier spĂ©cial HERBERT VON KARAJAN : le maestro idĂ©al ?

Arte : Dimanche 9 août à 18h55. Karajan au festival de Salzbourg 1960.

ROSENKAVALIER par Rattle depuis le MET

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"FRANCE MUSIQUE. Sam 4 janv 2020. R STRAUSS : Le Chevalier Ă  la Rose. En lĂ©ger diffĂ©rĂ© du Metropolitan Opera de New York. Rosenkavalier, Le Chevalier Ă  la rose, est le sommet lyrique de 1911, conçu par le duo lĂ©gendaire Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, conçu Ă  la veille de la première guerre mondiale qui allait emporter l’empire des Habsourg. “La MarĂ©chale, Ochs, Octavian, le riche Faninal et sa fille, tous les liens vitaux qui se sont tissĂ©s entre eux, ces personnages, on dirait que tout cela s’est trouvĂ© lĂ  ainsi, il y a très longtemps”, ainsi s’exprime le metteur en scène Herbert Wernicke, soucieux de rendre vie Ă  chacun des protagonistes d’un opĂ©ra dont le vrai sujet est le temps, l’oeuvre de la durĂ©e et donc l’empreinte qu’elle impose aux ĂŞtres et aux esprits, la mĂ©tamorphose, le renoncement et l’amour… CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Bastille en 1997 en coproduction avec Salzbourg (avec La MarĂ©chale de RenĂ©e Fleming et le Quiquin/Oktavian de Susan Graham), le spectacle aujourd’hui continue de marquer les esprits.
hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussWernicke (dĂ©cĂ©dĂ© en 2002) avait crĂ©Ă© un dĂ©cor au jeu miroitant, Ă©vocation du temps qui s’évade et coule, et le labyrinthe oĂą se perdent les protagonistes, – théâtre des illusions oĂą de grandioses miroirs, d’une Ă©chelle colossale jamais vue auparavant, absorbent l’action, la transfigurent mĂŞme en intĂ©grant acteurs, orchestre, scène et public. Ce grand théâtre du monde submerge la scène et touche directement le spectateur en une fĂ©erie collective vivante d’un souffle et d’une poĂ©sie irrĂ©sistible. Qu’en sera-t-il sur la scène du MET en ce mois de janvier 2020 dans la mise en scène de Robert Carsen ? Photo ci dessus : Hugo von Hoffmansthal (DR)

FRANCE MUSIQUE. Sam 4 janv 2020, 19h. R STRAUSS : Le Chevalier Ă  la Rose

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

Approfondir : l’Ĺ“uvre du temps…

 

 

Un opéra contemplatif onirique sur l’oeuvre du temps…
« Le temps est une étrange chose.
Il est tout autour de nous, il est aussi en nous.
Il ruisselle dans nos miroirs, il coule sur mes
tempes. Et entre moi et toi,
Il coule Ă  nouveau ; sans bruit, comme un
sablier. »
La Maréchale, ACTE I

 

 

Duo mythique
Avec son librettiste Hugo von Hoffmannsthal, rencontré dès 1900, Richard Strauss réalise un duo légendaire à l’opéra, l’équivalent au début du XXè du binome mythique lui aussi Mozart / Da Ponte. Ainsi naissent sous leurs plumes associées, plusieurs sommets lyriques avant la première guerre : Elektra, Der Rosenkavalier, Ariadne auf Naxos, Die Frau ohne Schatten, Die ägyptische Helena, Arabella.
Ils ont choisi pour Rosenkavalier, le cadre de la Vienne impériale baroque, celle des premières années de règne de Marie-Thérèse d’Autriche, dans la seconde moitié du XVIIIè, ère de raffinement extrême influencé par le style versaillais français. Dans l’esprit du compositeur, il s’agit de créer un nouvel opéra mozartien, dans la suite des Noces de Figaro, après les déflagrations de Salomé (1905, d’après Wilde), d’Elektra (1909) qui lui valent une réputation d’auteur moderne scandaleux mais irrésistible…

strauss richardStrauss et Hoffmannsthal pour créer de la vérité, inventent et jouent avec l’histoire : bien que non historiquement avérée à l’époque de l’impératrice, la valse est omniprésente ici, propre à la sensibilité des deux auteurs. Tous les personnages ont leur valse emblématique de Ochs à Quiquin ou Octavian… La création en février 1911 – à l’Opéra royal de Dresde (dans la mise en scène de Max Reinhardt avec lequel Strauss et Hoffmannsthal fonderont le Festival de Salzbourg en 1922), est un choc et un triomphe : depuis Elektra, toutes les grandes villes d’Europe se mettent à la page Straussienne. New York affiche très vite l’ouvrage mais Paris, à cause de la guerre, ne pourra écouter l’opéra qu’en 1927. En 1925, sans épuiser la riche matière poétique de l’ouvrage, Robert Wiene, précurseur du cinéma expressionniste allemand, adapte l’opéra de Strauss et Hoffmannsthal au cinéma.

On oublie que Richard Strauss fut parallèlement à sa carrière de compositeur flamboyant, un chef d’orchestre précoce (il conduit l’orchestre dès ses 9 ans) avisé et pertinent (mozartien, il est l’un des premiers à faire réhabiliter Cosi fan tutte, jusque là mésestimé en raison de la pseudo « faiblesse » de livret) ; le jeune Strauss répond à l’invitation de Hans von Bulow et dirige l’orchestre de l’opéra de Meiningen, de l’Opéra de Munich et succède à Bulow comme directeur musical du Philharmonique de Berlin… Il dirige Tannhaüser à Bayreuth (1894). Il est nommé directeur artistique de l’Opéra de Vienne (après Gustav Mahler), soit de 1919 à 1925, et y dirige entre autres, les opéras de Mozart et de Wagner.

 

Rappel des personnages :

LA MARÉCHALE
Princesse von Werdenberg, femme dans la
trentaine qui a pour amant le jeune Octavian

OCTAVIAN
Jeune homme de la noblesse viennoise, âgé
de dix-sept ans, amant de la Maréchale

LE BARON OCHS VON LERCHENAU
Cousin de la Maréchale, fiancé à Sophie de
Faninal – la plupart des mises en scènes et des productions grossissent les traits du personnages au point d’en faire un Falstaff mal dégrossi aux manières brusques ; or Strauss et Hoffmannsthal l’avaient conçu en vrai contemporain de La Maréchale, trentenaire, élégant et fin. Bien peu de baryton offrent une juste caractérisation du personnage.

MONSIEUR DE FANINAL
Riche commerçant récemment anobli

SOPHIE
Fille de Monsieur de Faninal

MARIANNE LEITMETZERIN
Duègne de Sophie

VALZACCHI
Valet intrigant

ANNINA
Nièce et complice de Valzacchi

FRANCE MUSIQUE diffuse donc la production du Met permettant le retour de Simon Rattle, chef peu lyrique en réalité. Le grand chef britannique y dirige la première reprise de la brillante production du Chevalier à la Rose de Strauss imaginée par Robert Carsen. Le plateau est superbe, avec entre autres Camilla Nylund dans le rôle de la Maréchale et Magdalena Kozena dans celui d’Octavian.

 

 

Concert donné en direct du Metropolitan Opera de New York.
Richard Strauss : Le chevalier Ă  la rose (“Der Rosenkavalier”)
Opéra en trois actes créé au Königliches Opernhaus de Dresde / 26 01 1911
Hugo von Hofmannsthal, librettiste
Camilla Nylund, soprano, La Maréchale, princesse von Werdenberg
Magdalena Kozena, mezzo-soprano, Octavian, jeune amant de la Maréchale
Markus Eiche, baryton, Herr von Faninal, le riche père parvenu de Sophie
Günther Groissböck, basse, Baron Ochs auf Lerchenau, le cousin de Marschallin
Golda Schultz, soprano, Sophie, la fille de Faninal
Katharine Goeldner, mezzo-soprano, Annina, la nièce et partenaire de Valzacchi
Matthew Polenzani, ténor, Chanteur italien
Thomas Ebenstein, ténor, Valzacchi, un intrigant
Alexandra LoBianco, soprano, La duègne de Sophie, Noble veuve
Scott Corner, basse, Inspecteur de police
Scott Scully, ténor, Premier Majordome
Mark Schowalter, ténor, Second Majordome
Tony Stevenson, tĂ©nor, L’aubergiste
James Courtney, basse, Le notaire
Metropolitan Opera Chorus dirigé par Donald Palumbo
Metropolitan Opera Orchestra
Direction : Simon Rattle

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 9 mai 2016. R. Strauss : Der Rosenkavalier. Herbert Wernicke / Philippe Jordan

Retour du Chevalier Ă  la Rose de Richard Strauss Ă  l’OpĂ©ra Bastille ! Le chef-d’oeuvre incontestable du XXe siècle revient sur les planches de la grande maison parisienne dans l’extraordinaire mise en scène dĂ©sormais lĂ©gendaire du regrettĂ© Herbert Wernicke, avec une distribution solide et dont l’absence notoire d’Anja Harteros programmĂ©e initialement, n’enlève rien Ă  sa substance ni Ă  sa qualité ! Philippe Jordan dirige l’Orchestre de l’OpĂ©ra avec un curieux mĂ©lange de sagesse et de trĂ©pidation.

Reprise de la production mythique du regrettĂ© Herbert Wernicke…

Der Rosenkavalier : l’ambiguïté qui fait mouche

L’opĂ©ra dĂ©testĂ© par les fanatiques so avant-garde du Richard Strauss rĂ©volutionnaire et expressionniste, l’est aussi par les âmes romantiques qui cherchent l’exaltation facile du chromatisme musical interminable du XIXe siècle. Les pseudo-historiens s’agitent devant l’idĂ©e qu’on joue la valse dans une pièce ayant lieu au XVIIIe, les amateurs de voix d’homme s’énervent devant l’absence du beau chant masculin, les puritains encore s’offusquent devant le fait qu’Octavian, comte de Rofrano, soit interprĂ©tĂ© en travesti par une femme (quand c’est le Cherubino de Mozart ça passe!)… Oeuvre trop passĂ©iste et pasticheuse pour les laquais de la modernitĂ©, d’une ambiguĂŻtĂ© inadmissible pour ceux qui s’attachent Ă  un cartĂ©sianisme dĂ©suet, serait-elle une Ĺ“uvre trop exceptionnelle pour un monde (trop) ordinaire ?

 

 

STRAUSS-rosenkavalier-opera-bastille-reprise-wernicke-strauss-richard-582-390

 

 

Si nous devrions dĂ©noncer la frivolitĂ© des visions si Ă©troites sur l’opus, ou encore expliquer la profondeur mĂ©taphysique et complexitĂ© artistique de Richard Strauss avec son librettiste Hugo von Hoffmanntshal, nous n’aurions pas assez de pages ! Der Rosenkavalier, comĂ©die en musique, raconte l’histoire d’une Princesse, Marie-ThĂ©rèse de l’Empire Autrichien, de son jeune amant Octavian, comte de Rofrano, du cousin rustique de la première, le Baron Ochs, cherchant Ă  se marier avec la fille d’un riche bourgeois, Sophie Faninal, en quĂŞte de particule… Marie-ThĂ©rèse propose Octavian Ă  son cousin pour la prĂ©sentation de la rose d’argent, coutume qui scelle une demande en mariage. Elle le fait dans la prĂ©cipitation puisqu’elle se fait interrompre par le Baron après une nuit torride avec son jeune amant qui se dĂ©guise en camĂ©riste pour l’honneur. Les quiproquos s’enchaĂ®nent et le plan tourne au vinaigre parce qu’Octavian tombe amoureux de Sophie Faninal, et rĂ©ciproquement. Mais le vinaigre est loin de faire partie du vocabulaire artistique du couple Strauss / von Hoffmannsthal, et, après d’autres quiproquos et maintes valses, l’opĂ©ra et le personnage de la MarĂ©chale Marie-ThĂ©rèse surtout se rĂ©vèlent d’une grande profondeur, Ă  la fois mĂ©ditation sur le passage du temps et la bienveillance (Marie-ThĂ©rèse cautionne et cause le lieto fine en bĂ©nissant l’union des jeunes, Ă  l’encontre de sa fougue pour Octavian et des plans du Baron Ochs) et commentaire social presque clairvoyant, annonçant la fin de l’Empire.
Der Rosenkavalier est aussi un hommage Ă  la musique, comme Richard Strauss seul peux les faire (et il l’a fait souvent!). C’est aussi un opĂ©ra Mozartien dans son inspiration, explicite et implicitement. Il s’agĂ®t d’un opĂ©ra oĂą le chant exquis cĂ´toie l’humour provocateur voire grossier, Ă  cĂ´tĂ© d’un orchestre immense, associant rococo, impressionnisme, expressionnisme, chromatisme “wagnereux”, valse viennoise de salon, etc. Dans ce sens l’orchestre de l’OpĂ©ra sous la baguette du chef maison Philippe Jordan, paraĂ®t s’accorder magistralement Ă  l’esprit de l’opus, oĂą l’ambiguĂŻtĂ© et les contrastes règnent. Si nous trouvons que le rythme est quelque peu timide parfois, avec quelques lenteurs inattendues pour une comĂ©die avec tant de vivacitĂ©, nous sommes de manière gĂ©nĂ©rale très satisfaits de la performance. La phalange maĂ®trise complètement le langage straussien, et les effets impressionnistes, le coloris, les vents parfois mozartiens, sont interprĂ©tĂ©s de façon impeccable et avec une certaine prestance qui sied bien.

 

 

 


DISTRIBUTION. Si la Marie-ThĂ©rèse de Michaela Kaune prend un peu de temps Ă  se chauffer au soir de cette première, elle campe son personnage avec dignitĂ©. De fait, le trio des voix fĂ©minines qui domine l’œuvre est en vĂ©ritĂ© tout Ă  fait remarquable ! Si la princesse est plus nostalgique qu’espiègle, plus maternelle qu’amoureuse, l’Octavian de Daniela Sindram compense en fougue juvĂ©nile et brio ardent. La Sophie d’Erin Morley a sa part de comique et de piquant, qu’elle incarne très bien, tout en gardant un je ne sais quoi d’immaculĂ© dans son chant. Si le duo de la prĂ©sentation de la rose au IIe acte entre Octavian en Sophie est un moment extrĂŞmement envoĂ»tant Ă  couper le souffle et inspirer des frissons, le trio « Hab mir’s gelobt » Ă  la fin du IIIe acte est LE moment le plus sublime, suprĂŞme absolu, frissons et larmes se fondant dans les voix des femmes, devenues pure Ă©motion et pure lyrisme, Ă  l’effet troublant et irrĂ©sistible, une sensation de beautĂ© Ă©difiante (et pas tragique!).
Si Peter Rose n’est pas mauvais en Baron Ochs, au contraire interprĂ©tant son pianissimo au premier acte de façon plus que rĂ©ussie, tout comme son presque air du catalogue au deuxième, avouons cependant qu’il participe Ă  la lenteur qui s’est installĂ©e par endroits ; il s’agĂ®t lĂ  peut-ĂŞtre d’une interprĂ©tation quelque peu timide d’un personnage qui est Ă  l’antipode de la rĂ©serve et de la timiditĂ©. Un bon effort. Les personnage secondaires sont nombreux mais ils sont de surcroĂ®t investis dans leur jeu ; comme c’est rĂ©jouissant ! Soulignons la performance du chanteur italien, le tĂ©nor Francesco Demuro dont le « Di rigori armato il seno » est le moment belcantiste de la soirĂ©e (très beau chant de tĂ©nor), comme l’excellent Faninal du baryton Martin Gantner, la piquante Marianne d’Irmgard Vilsmaier et surtout la fabuleuse Annina d’Eve-Maud Hubeaux faisant ses dĂ©buts bien plus qu’heureux Ă  l’OpĂ©ra National de Paris, et qui se montre Ă  la fois bonne actrice et maĂ®tresse mĂ©lodiste Ă  la fin du IIe acte. Les choeurs de l’opĂ©ra dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso sont comme d’habitude en bonne forme et leur prestation satisfait.
L’un des chef-d’oeuvre lyriques de toute l’histoire de la musique est ainsi Ă  voir et revoir et revoir sans modĂ©ration,particulièrement recommandĂ© malgrĂ© les inĂ©galitĂ©s et les faits divers qui fondent nos (petites) rĂ©serves ! La mise en scène transcende le temps et l’espace tout en restant Ă©lĂ©gante et ambiguĂ« comme l’opus qu’elle sert… L’orchestre est excellent qui s’accorde aux efforts des chanteurs hyper engagĂ©s pour la plupart… A voir absolument encore Ă  l’OpĂ©ra Bastille, les 12, 15, 18, 22, 25, 28 et 31 mai 2016 !

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 9 mai 2016. R. Strauss : Der Rosenkavalier. Michaela Kaune, Peter Rose, Daniela Sindram, Erin Morley… Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra de Paris. Herbert Wernicke, mise en scène, dĂ©cors, costumes. Philippe Jordan, direction musicale.

 

 

 

Le Rosenkavalier de Wernicke, de retour Ă  Bastille

PARIS, OpĂ©ra Bastille. Strauss : Le Chevalier Ă  la rose par Wernicke, 9-31 mai 2016, reprise Ă©vĂ©nement Ă  Paris. Cette production de Rosenkavalier, Le Chevalier Ă  la rose, sommet lyrique de 1911, conçu par le duo lĂ©gendaire Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal est deloin l’une des rĂ©alisations les plus convaincantes Ă  l’opĂ©ra : par sa justesse poĂ©tique, ses visuels oniriques, son jeu dramatique cohĂ©rent.

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"« La MarĂ©chale, Ochs, Octavian, le riche Faninal et sa fille, tous les liens vitaux qui se sont tissĂ©s entre eux, ces personnages, on dirait que tout cela s’est trouvĂ© lĂ  ainsi, il y a très longtemps”, ainsi s’exprime le metteur en scène Herbert Wernicke, soucieux de rendre vie Ă  chacun des protagonistes d’un opĂ©ra dont le vrai sujet est le temps, l’oeuvre de la durĂ©e et donc l’empreinte qu’elle impose aux ĂŞtres et aux esprits, la mĂ©tamorphose, le renoncement et l’amour… CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Bastille en 1997 en coproduction avec Salzbourg (avec La MarĂ©chale de RenĂ©e Fleming et le Quiquin/Oktavian de Susan Graham), le spectacle aujourdh’ui repris devrait encore marquer les esprits.
Wernicke (dĂ©cĂ©dĂ© en 2002), tout en mettant Ă  nu mais sur le mode d’un suprĂŞme intimiste Ă©lĂ©gant auatnt que pudique, la vĂ©ritĂ© de chacun, rĂ©alise dans cette production historique, devenue Ă  juste titre lĂ©gendaire, de somptueux tableaux spectaculaires ; restituant Ă  l’opĂ©ra, sa vocation Ă  crĂ©er de l’inouĂŻ et de l’onirique, comme une machinerie fantastique. Pour traduire le jeu miroitant du temps, et la labyrinthe oĂą se perdent les protagonistes, le metteur en scène imagine un théâtre des illusions oĂą de grandioses miroirs, d’une Ă©chelle colossale jamais vue auparavant, absorbent l’action, la transfigurent mĂŞme en intĂ©grant acteurs, orchestre, scène et public. Ce grand théâtre du monde submerge la scène et touche directement le spectateur en une fĂ©erie collective vivante d’un souffle et d’une poĂ©sie irrĂ©sistible.
La distribution regroupe plusieurs voix à tempéraments : la soprano Anja Harteros fait son retour à l’Opéra de Paris dans l’un des plus beaux
rĂ´les du rĂ©pertoire, après 11 ans d’absence parisienne, sous la baguette, fine et suggestive de Philippe Jordan.

Paris, Opéra Bastille
Richard Strauss : Le Chevalier Ă  la rose / Der Rosenkavalier
8 représentations, du 9 au 31 mai 2016
lundi 9 mai 2016  - 19h00
jeudi 12 mai 2016  - 19h00
dimanche 15 mai 2016 – 14h30
mercredi 18 mai 2016 – 19h00
dimanche 22 mai 2016 – 14h30
mercredi 25 mai 2016 – 19h00
samedi 28 mai 2016 – 19h00
mardi 31 mai 2016 – 19h00

Le Chevalier Ă  la rose / Der Rosenkavalier
Comédie en musique en 3 actes, 1911
Livret de Hugo von Hofmannsthal
Musique de Richard Strauss (1864-1949) / durée : 4h avec entracte

avec :
La Maréchale : Anja Harteros
DER BARON OCHS:   Peter Rose
OCTAVIAN:   Daniela Sindram
HERR VON FANINAL:   Martin Gantner
SOPHIE:   Erin Morley
MARIANNE LEITMETZERIN:   Irmgard Vilsmaier
VALZACCHI:   Dietmar Kerschbaum
ANNINA:   Eve-Maud Hubeaux
EIN SÄNGER:   Francesco Demuro
EIN POLIZEIKOMMISSAR:   Jan Štáva

Un opĂ©ra contemplatif onirique sur l’oeuvre du temps…
« Le temps est une étrange chose.
Il est tout autour de nous, il est aussi en nous.
Il ruisselle dans nos miroirs, il coule sur mes
tempes. Et entre moi et toi,
Il coule Ă  nouveau ; sans bruit, comme un
sablier. »

La Maréchale, ACTE I

Duo mythique
Avec son librettiste Hugo von Hoffmannsthal, rencontrĂ© dès 1900, Richard Strauss rĂ©alise un duo lĂ©gendaire Ă  l’opĂ©ra, l’Ă©quivalent au dĂ©but du XXè du binome mythique lui aussi Mozart / Da Ponte. Ainsi naissent sous leurs plumes associĂ©es, plusieurs sommets lyriques avant la première guerre : Elektra, Der Rosenkavalier, Ariadne auf Naxos, Die Frau ohne Schatten, Die ägyptische Helena, Arabella.

hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussIls ont choisi pour Rosenkavalier, le cadre de la Vienne impĂ©riale baroque, celle des premières annĂ©es de règne de Marie-ThĂ©rèse d’Autriche, dans la seconde moitiĂ© du XVIIIè, ère de raffinement extrĂŞme influencĂ© par le style versaillais français. Dans l’esprit du compositeur, il s’agit de crĂ©er un nouvel opĂ©ra mozartien, dans la suite des Noces de Figaro, après les dĂ©flagrations de SalomĂ© (1905, d’après Wilde), d’Elektra (1909) qui lui valent une rĂ©putation d’auteur moderne scandaleux mais irrĂ©sistible… Strauss et Hoffmannsthal pour crĂ©er de la vĂ©ritĂ©, inventent et jouent avec l’histoire : bien que non historiquement avĂ©rĂ©e Ă  l’Ă©poque de l’impĂ©ratrice, la valse est omniprĂ©sente ici, propre Ă  la sensibilitĂ© des deux auteurs. Tous les personnages ont leur valse emblĂ©matique de Ochs Ă  Quiquin ou Octavian… La crĂ©ation en fĂ©vrier 1911 – Ă  l’OpĂ©ra
Royal de Dresde (dans la mise en scène de Max Reinhardt avec lequel Strauss et Hoffmannsthal fonderont le Festival de Salzbourg en 1922), est un choc et un triomphe : depuis Elektra, toutes les grandes villes d’Europe se mettent Ă  la page Straussienne. New York affiche très vite l’ouvrage mais Paris, Ă  cause de la guerre, ne pourra Ă©couter l’opĂ©ra qu’en 1927. En 1925, sans Ă©puiser la riche matière poĂ©tique de l’ouvrage, Robert Wiene, prĂ©curseur du cinĂ©ma expressionniste allemand, adapte l’opĂ©ra de Strauss et Hoffmannsthal au cinĂ©ma.

On oublie que Richard Strauss fut parallèlement Ă  sa carrière de compositeur flamboyant, un chef d’orchestre prĂ©coce (il conduit l’orchestre dès ses 9 ans) avisĂ© et pertinent (mozartien, il est l’un des premiers Ă  faire rĂ©habiliter Cosi fan tutte, jusque lĂ  mĂ©sestimĂ© en raison de la faiblesse de livret) ;le jeune Strauss rĂ©pond Ă  l’invitation de Hans von Bulow et dirige l’orchestre de l’opĂ©ra de Meiningen, de l’opĂ©ra de Munich et succède Ă  Bulow comme directeur musical du Philharmonique de Berlin… Il dirige TannhaĂĽser Ă  Bayreuth (1894). Il est nommĂ© directeur artistique de l’OpĂ©ra de Vienne (après Gustav Mahler), soit de 1919 Ă  1925, et y dirige entre autres, les opĂ©ras de Mozart et de Wagner.

Rappel des personnages :

LA MARÉCHALE
Princesse von Werdenberg, femme dans la
trentaine qui a pour amant le jeune Octavian

OCTAVIAN
Jeune homme de la noblesse viennoise, âgé
de dix-sept ans, amant de la Maréchale

LE BARON OCHS VON LERCHENAU
Cousin de la Maréchale, fiancé à Sophie de
Faninal – la plupart des mises en scènes et des productions grossissent les traits du personnages au point d’en faire un Falstaff mal dĂ©grossi aux manières brusques ; or Strauss et Hoffmannsthal l’avaient conçu en vrai contemporain de La MarĂ©chale, trentenaire, Ă©lĂ©gant et fin. Bien peu de baryton offrent une juste caractĂ©risation du personnage.

MONSIEUR DE FANINAL
Riche commerçant récemment anobli

SOPHIE
Fille de Monsieur de Faninal

MARIANNE LEITMETZERIN
Duègne de Sophie

VALZACCHI
Valet intrigant

ANNINA
Nièce et complice de Valzacchi

INFORMATIONS / RÉSERVATIONS :
par Internet : www.operadeparis.fr
par téléphone : 08 92 89 90 90 (0,34€ la minute)
téléphone depuis l’étranger : +33 1 72 29 35 35
aux guichets : au Palais Garnier et à l’Opéra
Bastille tous les jours de 11h30 Ă  18h30 sauf
dimanches et jours fériés