CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatrième opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’être nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂ´te 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂ´t et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine….). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grâce et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante prière d’une âme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consĹ“urs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et… surtout le caractère et l’âge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂŞme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses côtés, deux autres chanteuses sont du même niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mûre) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilité de son ultime air avec récitatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella… »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempérament de feu dans le rôle travesti de Chérubin. Les 3 artistes éblouissent à chacune de leur intervention et dans les ensembles. Même Regula Mühlemann fait une Barberine touchante (cherchant son épingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semés tout au long de l’action) au début du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick Nézet Séguin respecte l’ordre originel des airs et séquences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : épatante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grâce) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’Enlèvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂŞme si l’orchestre est placĂ©e derrière les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂŞtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la première coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grâce Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4è Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula Mühlemann, Jean-Paul Fauchécourt, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon… Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick Nézet Séguin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains… une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derrière les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’Enlèvement au sĂ©rail (qui a rĂ©vĂ©lĂ© le chant millimĂ©trĂ© du jeune tĂ©nor Paul Schweinestet dans le rĂ´le clĂ© de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intĂ©rieur et suave portĂ© par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clĂ´t ainsi la trilogie des opĂ©ras que Mozart a composĂ© avec l’écrivain poète ?
La distribution regroupe des tempéraments prêts à exprimer l’esprit de comédie et ce réalisme juste et sincère qui font aussi des Nozze, l’opéra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rôle clé de Susanna… les rôles masculins promettent d’autres prises de rôles passionnants à suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maître de musique, et Jean-Paul Fouchécourt, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilités invitées à sublimer l’expressivité de deux rôles moins secondaires qu’on l’a dit…).
Quelle cohérence vocale ? Quelle réalisation des situations psychologiques à travers les 4 actes ? Quelle conception à l’orchestre ? On sait combien l’opéra de Mozart et da Ponte a transfiguré la pièce de Beaumarchais dans le sens d’une libération des individualités, dans l’esprit d’une comédie réaliste parfois délirante où perce la vérité des caractères. Yannick Nézet-Séguin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces défis ? Réponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par Nézet-Séguin et Villazon, à paraître dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncée le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complètes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement. Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle.

 

 

(1) Sony classical a publiĂ© Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncĂ© courant dernier quadrimestre 2016

CD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto (2014, 1 cd Deutsche Grammophon)

villazon rolando treasures of bel canto, rolando villazon cd CLIC de classiquenews octobre 2015 cd review compte rendu account of critique cdCD, compte rendu critique. Rolando Villazon, tĂ©nor : Treasures Of Bel Canto (2014, 1 cd Deutsche Grammophon). Rolando retour au bel canto… prolongeant ou approfondissant son exploration rĂ©cente dans Mozart, qui est, tous les grands chanteurs le savent, un baume pour les voix, Rolando Villazon Ă©prouve les dĂ©fis du bel canto : bellinien, verdien, donizettien, s’accordant aussi la lĂ©gèretĂ© Ă©rudite du dernier Rossini. Plus qu’une Ă©preuve, ce rĂ©cital libère un chant maĂ®tre de ses effets : plus Ă©conomes, plus prĂ©cis aussi dont plus touchant. Timbre flexible, aigus couverts et timbrĂ©s, parfois serrĂ©s, mais l’intonation cherchant Ă  servir le texte rien que le texte et pas l’expressivitĂ©… font ici la rĂ©ussite totale de ce rĂ©cital qui signe le grand retour du tĂ©nor mexicain. Nous l’avions quittĂ© chez Mozart, dans L’Enlèvement au sĂ©rail oĂą nouveau jalon de l’intĂ©grale en cours avec son complice Ă  Baden Baden, le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, il chantait la partie de Pedrillo, plutĂ´t fort bien : les mĂŞmes qualitĂ©s se retrouvent ici dans le sens (mĂ©ritant) de la mesure, de l’Ă©lĂ©gance, Ă©cartant tout clin d’oeil ou pochade dans un surjeu douteux : les quatre mĂ©lodies d’ouverture de Bellini permettent de chauffer en douceur et en intensitĂ© rĂ©servĂ©e, une voix qui sait se reconstruire dans le respect prĂ©cis et sobre du texte (belle douceur mozartienne du mini drame Torna, vezzosa Filide… y compris dans sa dernière sĂ©quence plus passionnelle et dramatique oĂą le berger trahi, crie et pleure l’absence du cher visage de Phyllis) : le chef et l’orchestre florentin savent se mettre au diapason de cet chant direct, sobre, sincère, sans effets factices.

Le rĂ©cital enregistrĂ© en septembre 2014, il y a donc un an, après son Pedrillo prĂ©citĂ©, confirme donc une rĂ©gĂ©nĂ©ration salutaire et mĂŞme prometteuse : que le chanteur reprenne le chemin des grandes prises de rĂ´les, c’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Bellini, Verdi, Rossini, trois mélodistes pour une résurrection vocale

Grand retour de Villazon par le chant romantique

Comme s’il devait se mĂ©nager, le tĂ©nor retrouve une certaine candeur, une fraĂ®cheur stylistique qui lui permet de phraser et de colorer avec un tact stimulant. Le pas vers une expressivitĂ© plus franche et sauvage (comparĂ©e Ă  la distinction et la finesse du bel canto bellinien) est Ă©videmment clairement rĂ©alisĂ© dans les 4 Verdi, dont la première mĂ©lodie (Deh, pietoso, o Addolorata…) celle d’un coeur amoureux dĂ©sespĂ©rĂ© s’adressant Ă  la Vierge misĂ©ricordieuse et compatissante permet un contrĂ´le tout aussi intelligent des possibilitĂ©s : expressif et proche du texte (d’après Goethe), plutĂ´t que dĂ©monstratif et exclamatif. L’expĂ©rience du chanteur se ressent dans ce geste contrĂ´lĂ© en permanence qui Ă©vite les dĂ©bordements du pathos. Le feu ardent, intĂ©rieur, lui aussi mesurĂ© en surface mais dĂ©vorant, et culminant dans l’enfouissement reste l’emblème de ce rĂ©cital très incarnĂ©, mais habitĂ© dans l’introspection : la dernière mĂ©lodie verdienne est Ă  ce tire emblĂ©matique de cette acuitĂ© vocale, intensitĂ© incandescente qui pourrait se dĂ©verser mais sait grâce au style du tĂ©nor, mesurer, et canaliser son Ă©locution : la maĂ®trise du nouveau Villazon s’expose avec vĂ©ritĂ© et sincĂ©ritĂ© dans la confession de l’amant qui avoue ainsi son terrible secret (le titre de la sĂ©quence) : un torrent de feu qui le consume de l’intĂ©rieur. Ce Mistero, sur un texte de Felice Romani, le librettiste de Bellini, assurant ainsi le passage de Bellini Ă  Verdi) recueille tous nos suffrages pour son Ă©conomie et son intensitĂ© rentrĂ©e qui dans une projection franche pourtant, reste toujours souple et phrasĂ©e. La classe qui rĂ©vèle en Villazon, un grand diseur.

CLIC D'OR macaron 200A mi chemin au sein du rĂ©cital, que donnent ses Donizetti, apĂ´tre d’un rĂ©alisme parfois sauvage ? L’amor funesto conserve un style impeccable : ni ports de voix impĂ©tueux, ni effets de gorge ni appuis surexpressifs… Le tĂ©nor nous gratifie de la Mère et l’Enfant chantĂ© en français, une sĂ©quence conçue dans le registre larmoyant mais digne. MĂŞme si l’air semble trop grave pour le chanteur, sa gestion du souffle, la puretĂ© de la ligne, l’expressivitĂ© très mesurĂ©e, et des aigus nets et perçants (Du pain, du pain pour mon enfant), avec certes un abattage très accentuĂ© (mais cela fait partie de son charme) font toute l’intensitĂ© de son interprĂ©tation, s’agissant de l’une des rares mĂ©lodies françaises de Donizetti, Ă  Ă©couter en urgence.

Les Rossini permettent de conclure ce rĂ©cital avec toute la subtilitĂ© dont est capable le compositeur romantique Ă©pris de finesse et de subtilitĂ© : le chef et l’orchestre s’accordent et rĂ©servent un tapis instrumentalement raffinĂ© qui porte de toute Ă©vidence le chant toujours sobre du tĂ©nor (L’Ă©xilĂ©) ; jouant de façon très efficace des registres poĂ©tiques, la noblesse et l’hĂ©roisme de façade n’Ă©tant jamais Ă©loignĂ©s d’une certaine couleur facĂ©tieuse, Rossini excelle dans la mĂ©lange des genres, mine de rien : une Ă©rudition très inspirĂ©e qui sied idĂ©alement Ă  Villazon.

 

 

Villazon tresures of bel canto cd review critique compte rendu CLASSIQUENEWS  CLIC de classiquenews octobre 2015 Rolando-VillazĂłn-720x400Plus exposĂ© dans La Danza, mais sur un tempo allegro ma non troppo, le tĂ©nor soigne son articulation, Ă©vitant soigneusement les cracs, exprimant ce vertige de la danse la plus fĂ©line, essor d’une voluptueuse extase oĂą la frĂ©nĂ©sie sait garder le cap. Propre aux dĂ©licieux PĂ©chĂ©s de vieillesse, Villazon, empruntant les chausses du mĂ©nestrel enamourĂ© Ă  Elvira, se met au diapason de la verve toute en finesse d’un Rossini souvent imprĂ©visible et toujours d’une sĂ©duction irrĂ©sistible. Villazon sans appuyer, sans forcer, sans dĂ©montrer nous offre ce sentiment d’abandon, d’ivresse, de plĂ©nitude voluptueuse (accordĂ© Ă  la harpe) lĂ  aussi avec un style simple, rĂ©ellement dĂ©lectable. Du grand art.
Presque moqueur pour son duo d’amoureux, pour lequel Villazon est rejoint par Cecilia Bartoli, La Tiranna pour deux voix : Les Amants de SĂ©ville, chantĂ© en français, sonne très opĂ©ra comique. La finesse millimĂ©trĂ©e des deux solistes qui soignent la fusion des timbres, Ă©clairent cet humour insigne du dernier Rossini. On ne peut imaginer meilleurs diseurs en français dans cet Ă©pisode d’une finesse amusĂ©e, qui semble parfois railler le genre amoureux. La dĂ©licatesse et le souci de simplicitĂ© que prĂ©serve toujours Rolando Villazon font la rĂ©ussite de ce rĂ©cital admirable en tout point, vrai indice de sa nouvelle santĂ© vocale, de son style d’une intelligence recouvrĂ©e. Bravissimo !

 

 

 

villazon rolando treasures of bel canto, rolando villazon cd CLIC de classiquenews octobre 2015 cd review compte rendu account of critique cdCD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto. Mélodies avec orchestre de Bellini, Verdi, Donizetti, Rossini. Avec Cecilia Bartoli, mezzo soprano (Rossini). Orchestra del Maggio Musicale Fiorentino. Marco Armiliato, direction. Enregistré à Florence en septembre 2014. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4959.

 

 

 

Compte-rendu : Toulouse. La Halle aux Grains, le 24 juin 2013. Giuseppe Verdi (1843-1901) : Airs, mĂ©lodies et extraits d’opĂ©ra. Rolando Villazon, tĂ©nor ; Orchestre National Symphonique Tchèque ; Guerassim Voronkov…

rolando villazon portrait faceRolando Villazon, ténor auréolé d’un succès planétaire, s’est lancé dans une tournée européenne. Il interprète  plusieurs airs d’opéra verdiens pour rendre hommage au compositeur et lui a consacré son dernier CD chez DG. Il a rencontré à Toulouse le même succès, tant le charme de l’homme, sa générosité, son engagement forcent l’admiration.
Le succès public est là, indiscutable. Les moyens employés ne sont pas toujours musicaux. Certes, la voix reste solaire, homogène sur toute la tessiture avec un vibrato maitrisé. Le souffle est immensément long permettant de dessiner de belles lignes. Le ténor ne résiste pas aux effets d’alanguissement discutables en fin de phrase. Le texte est parfaitement dit, avec une intelligence inhabituelle dans ces rôles de ténors du premier Verdi.

 

 

Romance divine de Rolando Villazon

 

Le choix des airs est extrêmement prudent. Jamais aucune sollicitation de la quinte aiguë, des graves ménagés par une orchestration encore rudimentaire, évitent toute mise en danger. Oronte, Corrado, Riccardo (Oberto), Rodolfo (Luisa Miller)  et Macduff (Macbeth) dans les airs choisis ne sont pas, loin s’en faut, des rôles écrasants. Le charme de Rolando Villazon a donc pu opérer.
Vocalement, le timbre n’a plus les harmoniques fauves qui en début de carrière évoquaient le Grand Domingo. Où sont passées les couleurs variées et les nuances que nous lui connaissions ? Dans ces airs, héritage du « bel canto », les vocalises sont un peu savonnées et les appuis vocaux pas toujours subtiles. Seuls les airs de Luisa Miller et de Macbeth, mieux connus du public, permettent une comparaison ; pas toujours à l’avantage du ténor franco-Mexicain. Sans parler des enregistrements avec Carreras, Domingo et Bergonzi des opéras de jeunesse de Verdi… Du point de vue purement vocal, le bilan est donc assez mitigé.
Les pièces d’orchestre ont inévitablement rempli le temps, comme il est d’usage lors d’un récital de petite dimension, permettant au soliste de récupérer. L’agacement ou l’ennui n’ont pu être évités. Le manque de nuances et de couleurs orchestrales ont été bien trop assorties au chant du ténor…. sans sa musicalité dans les phrasés.
Une vraie découverte inattendue est venue des mélodies de jeunesse de Verdi orchestrées avec intelligence et malice par Luciano Berio. Le charme de la romance agit et Rolando Villazon y est exquis. Le texte ainsi détaillé, l’orchestration surprenante de Berio, relancent toujours l’intérêt. Berio ira jusqu’à suggérer l’orchestre de Lohengrin ou d’Otello dans ces modestes mélodies de salon qui ici atteignent un niveau d’intérêt insoupçonnable.  Les bis offerts ont complété cette découverte, car Luciano Berio en a orchestré huit en 1991. C’est là que se situe le plus bel hommage à Verdi et la réussite de cet étrange récital.
Je ne détaillerai pas le dernier bis, où une choppe de bière à la main, le ténor vante les joies de la boisson… avant de la vider d’un trait…!

Toulouse. La Halle aux Grains,  le 24 juin 2013.  Giuseppe Verdi (1843-1901) ; Nabucco : Ouverture ;  I Lombardi : La mia letizia infondere (Oronte) ; I masnadieri : PrĂ©lude ; Il corsaro : Eccomi prigioniero! (Corrado) ; Luisa Miller : Overture ; Quando le sere al placido (Rodolfo) ; Otello : PrĂ©lude ;  Oberto : Ciel, che feci!… Ciel pietoso (Riccardo) ; Macbeth : Baletti ; O figli, o figli miei! ( Macduff)… Ah! la paterna mano (Macduff) ;  I vespri siciliani : Ouverture ; MĂ©lodies orchestrĂ©es par Luciano BĂ©rio en 1991: Il mistero - Deh, piestoso o addolorata - L’esule  ; Rolando Villazon, tĂ©nor ; Orchestre National Symphonique Tchèque ; Guerassim Voronkov, direction.

TĂ©lĂ©,Arte. Rolando Villazon chante L’Elixir d’Amour de Donizetti, le 24 dĂ©cembre Ă  20h50

Télé, Arte: R. Villazon chante Nemorino,le 24 décembre,20h50

Rolando Villazon chante Nemorino de l'Elixir d'amour de Donizetti, sur Arte

Ce soir: Noël sur Arte

Rolando Villazon chante et met en scène Nemorino

Pour NoĂ«l 2012, Arte joue la carte de la comĂ©die sensible et subtile grâce Ă  L’Elixir d’amour de Donizetti: ardeur, ferveur, passion amoureuse dont le sommet vocal est l’air cĂ©lĂ©brissime, pathĂ©tique et sincère: Una furtiva lagrima… toute la palette requise par le rĂ´le de Nemorino, le fiancĂ© Ă©conduit, permet Ă  Rolando Villazon de reconquĂ©rir les feux de la rampe. S’il n’en fait pas trop, ne sacrifiant pas la justesse et la finesse sur l’autel de la seule performance Ă  tout craint, l’illustre rescapĂ© du chant lyrique (de retour après une retraite vocale obligĂ©e due Ă  l’usure de sa voix en 2009) devrait illuminer le personnage conçu par Donizetti et son libretiste Felice Romani.
Entre gags et citations hollywoodiennes pas toujours mesurĂ©es, la mise en scène est rĂ©alisĂ©e par le tĂ©nor lui-mĂŞme: l’action se dĂ©roule sur le plateau d’un tournage, celui d’un western des annĂ©es 1940, riche en rĂ©fĂ©rence Ă  John Ford. Nemorino aime Adina, diva inacessible qui se joue des sentiments du jeune homme… La force de la partition tient au portrait très affinĂ© des deux protagonistes: Nemorino/Adina: la tendresse voisine avec le cynisme en un marivaudage oĂą les illusions feintes et les quiproquos Ă©prouvent les cĹ“urs les plus sensibles… jusqu’au dĂ©nouement oĂą triomphe la vĂ©ritĂ© des sentiments.

arteDonizetti: L’Elixir d’amour. Rolando Villazon, Miah Persson, Roman Trekel; Ildebrando d’Arcangelo… Mise en scène: Rolando Villazon. Balthasar Neumann ensemble. Pablo Heras-Casado, direction. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden, mai 2012.

Arte, ce soir: lundi 24 décembre 2012, 20h50. Soirée lyrique (Baden Baden, mai 2012)

Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon

CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂ´t du cotĂ© de son maĂ®tre, très scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© première, son urgence théâtrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’Ă©coute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.


Anna, Elvira: deux femmes troublées au bord du gouffre

Don-Giovanni.cd_.01A moins de 40 ans, Yannick Nezet-SĂ©guin fait preuve d’une belle maturitĂ©; son intelligence, son hĂ©donisme entrainant assure le liant gĂ©nĂ©ral d’une distribution assez disparate mais nĂ©anmoins homogène ; si Rolando Villazon dĂ©rape et fait un Ottavio pâteux voire plĂ©bĂ©ien (pas très raccord avec son aimĂ©e Anna), les Leporello, Elvira et Anna justement, soit le trio des nobles, se distinguent très nettement: Luca Pisaroni est Ă©nergique et plein d’entrain; Joyce DiDonato, Elvira ardente et blessĂ©e (mais digne) est Ă©loquente et d’une chaleur de timbre très convaincante: la justesse du style et du caractère sont très percutants: en elle s’Ă©coule la prière sincère de l’amoureuse constamment trahie (“ Mi tradi quell’alma ingrata ” au II; plage 8 du cd 2), la mezzo exhale un pur parfum d’aristocratique contrĂ´le … pour mieux cacher le trouble qui l’assaille peu Ă  peu; tout aussi rĂ©flĂ©chie, offrant un caractère exceptionnellement fouillĂ©, jamais explicite, mais dĂ©vastĂ© et si humain, Diana Damrau (Anna) s’impose aussi dans un rĂ´le taillĂ© pour elle: fervente, Ă©ruptive, en mère la morale, la soprano accorde comme le chef Ă  chaque nuance du texte, une couleur et une attention articulĂ©e, d’une formidable intensitĂ© ; et les tempi du maestro semblent fouiller davantage le dĂ©sarroi et les vertiges silencieux de ces deux âmes fĂ©minines au gouffre abyssal… Les deux caractères sont bien les plus bouleversants de l’opĂ©ra: victimes d’un Don Giovanni parfaitement barbare. Au final: les deux femmes princières, Anna et Elvira, sont magistralement incarnĂ©es: palpitantes jusqu’au bout des ongles, voici le portrait de deux âmes contraintes par les convenances mais dont le feu intĂ©rieur les pousse Ă  exprimer la force du dĂ©sir qui les aimante Ă  l’infâme licencieux: elles sont bel et bien troublĂ©es par Don Giovanni. Le rĂ©cit de son ” viol” par Anna Ă  Ottavio si lâche, par exemple, est remarquable de pauses insinuantes, de finesse, de subtilitĂ© partagĂ©e autant par le chant de Diana Damrau que par l’orchestre superbe de suspension allusive… (cd1: plages 18 : rĂ©citatif plein de fine progression expressive et d’accents millimĂ©trĂ©s par une super diva, diseuse et actrice de premier plan, puis 19: “Or sai chi l’onore”…). HĂ©las, la Zerlina de Mojca Erdmann, prometteuse mozartienne sur
le papier (et dans un précédent cd Mozart également chez Deutsche
Grammophon), papillone sans être particulièrement concernée par la
situation (son Laci darem la mano manque de finesse inquiète, de dĂ©sir conquĂ©rant… mĂŞme distance comme insouciante de son Batti, batti, o bel Masetto Ă  la fin du I).

Reste le Don Giovanni d’Ildebrando D’Arcangelo: l’engagement est constant, le cynisme et la froideur bien prĂ©sents mais on aimerait davantage de naturel et de simplicitĂ© pour un chant finalement carrĂ© et monolithique, plutĂ´t lisse (qu’on est loin de l’arĂŞte carnassière d’un Bryn Terfel, autrement plus passionnant.
Revenons Ă  l’orchestre: tout passe par ce fini et cette intelligence des climats: les ralentis si finement exprimĂ©s dans l’ouverture et par Ă©clairs dans rĂ©citatifs et airs: tout cela nourrit la faille du trouble et du mystère dans une partition si juste sur le plan psychologique; la prĂ©sence du pianoforte, le chant si suave des cordes et des clarinettes (entre autres) sont littĂ©ralement dĂ©lectables. Du grand art et ici, le triomphe absolu du chef, capable d’obtenir quasiment tout de ses instrumentistes ! Coloriste, alchimiste, atmosphĂ©riste, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin s’affirme magnifiquement et honore le prestige de la marque jaune.
Ce premier essai dĂ©sormais convaincant en appelle d’autres. Ce seront pas moins de 7 opĂ©ras au total que nous promet le chef si imaginatif et rĂ©flĂ©chi: après Don Giovanni, c’est probablement Cosi puis Idomeneo, les Noces sans omettre la ClĂ©mence de Titus qui seront de la mĂŞme manière donnĂ©s en concert non scĂ©nique, chaque Ă©tĂ©, Ă  Baden Baden, enregistrĂ©s sur place et dans la foulĂ©e, publiĂ©s par Deutsche Grammophon: cycle mozatien Ă  suivre donc.

Mozart: Don Giovanni. Ildebrando D’Arcangelo, Luca Pisaroni, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Rolando VillazĂłn, Mojca Erdmann. Mahler Chamber Orchestra. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. 0289 477 9878 1 3 cd Deutsche Grammophon DDD GH3. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden en juillet 2007.