CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatriĂšme opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂŽte 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂŽt et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine
.). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grĂące et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante priĂšre d’une Ăąme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consƓurs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et
 surtout le caractĂšre et l’ñge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂȘme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses cĂŽtĂ©s, deux autres chanteuses sont du mĂȘme niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mĂ»re) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilitĂ© de son ultime air avec rĂ©citatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella  »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempĂ©rament de feu dans le rĂŽle travesti de ChĂ©rubin. Les 3 artistes Ă©blouissent Ă  chacune de leur intervention et dans les ensembles. MĂȘme Regula MĂŒhlemann fait une Barberine touchante (cherchant son Ă©pingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semĂ©s tout au long de l’action) au dĂ©but du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick NĂ©zet SĂ©guin respecte l’ordre originel des airs et sĂ©quences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : Ă©patante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grĂące) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂȘme si l’orchestre est placĂ©e derriĂšre les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂȘtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la premiĂšre coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grĂące Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4Ăš Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula MĂŒhlemann, Jean-Paul FauchĂ©court, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon
 Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet SĂ©guin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiĂšgle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achĂšve la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. AprĂšs Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains
 une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derriĂšre les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’EnlĂšvement au sĂ©rail (qui a rĂ©vĂ©lĂ© le chant millimĂ©trĂ© du jeune tĂ©nor Paul Schweinestet dans le rĂŽle clĂ© de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intĂ©rieur et suave portĂ© par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clĂŽt ainsi la trilogie des opĂ©ras que Mozart a composĂ© avec l’écrivain poĂšte ?
La distribution regroupe des tempĂ©raments prĂȘts Ă  exprimer l’esprit de comĂ©die et ce rĂ©alisme juste et sincĂšre qui font aussi des Nozze, l’opĂ©ra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rĂŽle clĂ© de Susanna
 les rĂŽles masculins promettent d’autres prises de rĂŽles passionnants Ă  suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maĂźtre de musique, et Jean-Paul FouchĂ©court, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilitĂ©s invitĂ©es Ă  sublimer l’expressivitĂ© de deux rĂŽles moins secondaires qu’on l’a dit
).
Quelle cohĂ©rence vocale ? Quelle rĂ©alisation des situations psychologiques Ă  travers les 4 actes ? Quelle conception Ă  l’orchestre ? On sait combien l’opĂ©ra de Mozart et da Ponte a transfigurĂ© la piĂšce de Beaumarchais dans le sens d’une libĂ©ration des individualitĂ©s, dans l’esprit d’une comĂ©die rĂ©aliste parfois dĂ©lirante oĂč perce la vĂ©ritĂ© des caractĂšres. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces dĂ©fis ? RĂ©ponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon, Ă  paraĂźtre dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncĂ©e le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complÚtes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement. ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile
 Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso 
 D’abord il y a l’élĂ©gance mordante souvent trĂšs engageante de l’orchestre auquel Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, coordonnateur de cette intĂ©grale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrĂ©sistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frĂ©tille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout fĂ©minins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble dĂ©velopper une sensibilitĂ© proche du coeur fĂ©minin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une prĂ©sence absolue ici, qui dĂ©mentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfhĂŒrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). AprĂšs Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des LumiĂšres dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂŽle de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂŽle.

 

 

(1) Sony classical a publiĂ© Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncĂ© courant dernier quadrimestre 2016

CD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto (2014, 1 cd Deutsche Grammophon)

villazon rolando treasures of bel canto, rolando villazon cd CLIC de classiquenews octobre 2015 cd review compte rendu account of critique cdCD, compte rendu critique. Rolando Villazon, tĂ©nor : Treasures Of Bel Canto (2014, 1 cd Deutsche Grammophon). Rolando retour au bel canto… prolongeant ou approfondissant son exploration rĂ©cente dans Mozart, qui est, tous les grands chanteurs le savent, un baume pour les voix, Rolando Villazon Ă©prouve les dĂ©fis du bel canto : bellinien, verdien, donizettien, s’accordant aussi la lĂ©gĂšretĂ© Ă©rudite du dernier Rossini. Plus qu’une Ă©preuve, ce rĂ©cital libĂšre un chant maĂźtre de ses effets : plus Ă©conomes, plus prĂ©cis aussi dont plus touchant. Timbre flexible, aigus couverts et timbrĂ©s, parfois serrĂ©s, mais l’intonation cherchant Ă  servir le texte rien que le texte et pas l’expressivitĂ©… font ici la rĂ©ussite totale de ce rĂ©cital qui signe le grand retour du tĂ©nor mexicain. Nous l’avions quittĂ© chez Mozart, dans L’EnlĂšvement au sĂ©rail oĂč nouveau jalon de l’intĂ©grale en cours avec son complice Ă  Baden Baden, le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, il chantait la partie de Pedrillo, plutĂŽt fort bien : les mĂȘmes qualitĂ©s se retrouvent ici dans le sens (mĂ©ritant) de la mesure, de l’Ă©lĂ©gance, Ă©cartant tout clin d’oeil ou pochade dans un surjeu douteux : les quatre mĂ©lodies d’ouverture de Bellini permettent de chauffer en douceur et en intensitĂ© rĂ©servĂ©e, une voix qui sait se reconstruire dans le respect prĂ©cis et sobre du texte (belle douceur mozartienne du mini drame Torna, vezzosa Filide… y compris dans sa derniĂšre sĂ©quence plus passionnelle et dramatique oĂč le berger trahi, crie et pleure l’absence du cher visage de Phyllis) : le chef et l’orchestre florentin savent se mettre au diapason de cet chant direct, sobre, sincĂšre, sans effets factices.

Le rĂ©cital enregistrĂ© en septembre 2014, il y a donc un an, aprĂšs son Pedrillo prĂ©citĂ©, confirme donc une rĂ©gĂ©nĂ©ration salutaire et mĂȘme prometteuse : que le chanteur reprenne le chemin des grandes prises de rĂŽles, c’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Bellini, Verdi, Rossini, trois mélodistes pour une résurrection vocale

Grand retour de Villazon par le chant romantique

Comme s’il devait se mĂ©nager, le tĂ©nor retrouve une certaine candeur, une fraĂźcheur stylistique qui lui permet de phraser et de colorer avec un tact stimulant. Le pas vers une expressivitĂ© plus franche et sauvage (comparĂ©e Ă  la distinction et la finesse du bel canto bellinien) est Ă©videmment clairement rĂ©alisĂ© dans les 4 Verdi, dont la premiĂšre mĂ©lodie (Deh, pietoso, o Addolorata…) celle d’un coeur amoureux dĂ©sespĂ©rĂ© s’adressant Ă  la Vierge misĂ©ricordieuse et compatissante permet un contrĂŽle tout aussi intelligent des possibilitĂ©s : expressif et proche du texte (d’aprĂšs Goethe), plutĂŽt que dĂ©monstratif et exclamatif. L’expĂ©rience du chanteur se ressent dans ce geste contrĂŽlĂ© en permanence qui Ă©vite les dĂ©bordements du pathos. Le feu ardent, intĂ©rieur, lui aussi mesurĂ© en surface mais dĂ©vorant, et culminant dans l’enfouissement reste l’emblĂšme de ce rĂ©cital trĂšs incarnĂ©, mais habitĂ© dans l’introspection : la derniĂšre mĂ©lodie verdienne est Ă  ce tire emblĂ©matique de cette acuitĂ© vocale, intensitĂ© incandescente qui pourrait se dĂ©verser mais sait grĂące au style du tĂ©nor, mesurer, et canaliser son Ă©locution : la maĂźtrise du nouveau Villazon s’expose avec vĂ©ritĂ© et sincĂ©ritĂ© dans la confession de l’amant qui avoue ainsi son terrible secret (le titre de la sĂ©quence) : un torrent de feu qui le consume de l’intĂ©rieur. Ce Mistero, sur un texte de Felice Romani, le librettiste de Bellini, assurant ainsi le passage de Bellini Ă  Verdi) recueille tous nos suffrages pour son Ă©conomie et son intensitĂ© rentrĂ©e qui dans une projection franche pourtant, reste toujours souple et phrasĂ©e. La classe qui rĂ©vĂšle en Villazon, un grand diseur.

CLIC D'OR macaron 200A mi chemin au sein du rĂ©cital, que donnent ses Donizetti, apĂŽtre d’un rĂ©alisme parfois sauvage ? L’amor funesto conserve un style impeccable : ni ports de voix impĂ©tueux, ni effets de gorge ni appuis surexpressifs… Le tĂ©nor nous gratifie de la MĂšre et l’Enfant chantĂ© en français, une sĂ©quence conçue dans le registre larmoyant mais digne. MĂȘme si l’air semble trop grave pour le chanteur, sa gestion du souffle, la puretĂ© de la ligne, l’expressivitĂ© trĂšs mesurĂ©e, et des aigus nets et perçants (Du pain, du pain pour mon enfant), avec certes un abattage trĂšs accentuĂ© (mais cela fait partie de son charme) font toute l’intensitĂ© de son interprĂ©tation, s’agissant de l’une des rares mĂ©lodies françaises de Donizetti, Ă  Ă©couter en urgence.

Les Rossini permettent de conclure ce rĂ©cital avec toute la subtilitĂ© dont est capable le compositeur romantique Ă©pris de finesse et de subtilitĂ© : le chef et l’orchestre s’accordent et rĂ©servent un tapis instrumentalement raffinĂ© qui porte de toute Ă©vidence le chant toujours sobre du tĂ©nor (L’Ă©xilĂ©) ; jouant de façon trĂšs efficace des registres poĂ©tiques, la noblesse et l’hĂ©roisme de façade n’Ă©tant jamais Ă©loignĂ©s d’une certaine couleur facĂ©tieuse, Rossini excelle dans la mĂ©lange des genres, mine de rien : une Ă©rudition trĂšs inspirĂ©e qui sied idĂ©alement Ă  Villazon.

 

 

Villazon tresures of bel canto cd review critique compte rendu CLASSIQUENEWS  CLIC de classiquenews octobre 2015 Rolando-VillazĂłn-720x400Plus exposĂ© dans La Danza, mais sur un tempo allegro ma non troppo, le tĂ©nor soigne son articulation, Ă©vitant soigneusement les cracs, exprimant ce vertige de la danse la plus fĂ©line, essor d’une voluptueuse extase oĂč la frĂ©nĂ©sie sait garder le cap. Propre aux dĂ©licieux PĂ©chĂ©s de vieillesse, Villazon, empruntant les chausses du mĂ©nestrel enamourĂ© Ă  Elvira, se met au diapason de la verve toute en finesse d’un Rossini souvent imprĂ©visible et toujours d’une sĂ©duction irrĂ©sistible. Villazon sans appuyer, sans forcer, sans dĂ©montrer nous offre ce sentiment d’abandon, d’ivresse, de plĂ©nitude voluptueuse (accordĂ© Ă  la harpe) lĂ  aussi avec un style simple, rĂ©ellement dĂ©lectable. Du grand art.
Presque moqueur pour son duo d’amoureux, pour lequel Villazon est rejoint par Cecilia Bartoli, La Tiranna pour deux voix : Les Amants de SĂ©ville, chantĂ© en français, sonne trĂšs opĂ©ra comique. La finesse millimĂ©trĂ©e des deux solistes qui soignent la fusion des timbres, Ă©clairent cet humour insigne du dernier Rossini. On ne peut imaginer meilleurs diseurs en français dans cet Ă©pisode d’une finesse amusĂ©e, qui semble parfois railler le genre amoureux. La dĂ©licatesse et le souci de simplicitĂ© que prĂ©serve toujours Rolando Villazon font la rĂ©ussite de ce rĂ©cital admirable en tout point, vrai indice de sa nouvelle santĂ© vocale, de son style d’une intelligence recouvrĂ©e. Bravissimo !

 

 

 

villazon rolando treasures of bel canto, rolando villazon cd CLIC de classiquenews octobre 2015 cd review compte rendu account of critique cdCD, compte rendu critique. Rolando Villazon, ténor : Treasures Of Bel Canto. Mélodies avec orchestre de Bellini, Verdi, Donizetti, Rossini. Avec Cecilia Bartoli, mezzo soprano (Rossini). Orchestra del Maggio Musicale Fiorentino. Marco Armiliato, direction. Enregistré à Florence en septembre 2014. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4959.

 

 

 

Compte-rendu : Toulouse. La Halle aux Grains, le 24 juin 2013. Giuseppe Verdi (1843-1901) : Airs, mĂ©lodies et extraits d’opĂ©ra. Rolando Villazon, tĂ©nor ; Orchestre National Symphonique TchĂšque ; Guerassim Voronkov…

rolando villazon portrait faceRolando Villazon, tĂ©nor aurĂ©olĂ© d’un succĂšs planĂ©taire, s’est lancĂ© dans une tournĂ©e europĂ©enne. Il interprĂšte  plusieurs airs d’opĂ©ra verdiens pour rendre hommage au compositeur et lui a consacrĂ© son dernier CD chez DG. Il a rencontrĂ© Ă  Toulouse le mĂȘme succĂšs, tant le charme de l’homme, sa gĂ©nĂ©rositĂ©, son engagement forcent l’admiration.
Le succĂšs public est lĂ , indiscutable. Les moyens employĂ©s ne sont pas toujours musicaux. Certes, la voix reste solaire, homogĂšne sur toute la tessiture avec un vibrato maitrisĂ©. Le souffle est immensĂ©ment long permettant de dessiner de belles lignes. Le tĂ©nor ne rĂ©siste pas aux effets d’alanguissement discutables en fin de phrase. Le texte est parfaitement dit, avec une intelligence inhabituelle dans ces rĂŽles de tĂ©nors du premier Verdi.

 

 

Romance divine de Rolando Villazon

 

Le choix des airs est extrĂȘmement prudent. Jamais aucune sollicitation de la quinte aiguĂ«, des graves mĂ©nagĂ©s par une orchestration encore rudimentaire, Ă©vitent toute mise en danger. Oronte, Corrado, Riccardo (Oberto), Rodolfo (Luisa Miller)  et Macduff (Macbeth) dans les airs choisis ne sont pas, loin s’en faut, des rĂŽles Ă©crasants. Le charme de Rolando Villazon a donc pu opĂ©rer.
Vocalement, le timbre n’a plus les harmoniques fauves qui en dĂ©but de carriĂšre Ă©voquaient le Grand Domingo. OĂč sont passĂ©es les couleurs variĂ©es et les nuances que nous lui connaissions ? Dans ces airs, hĂ©ritage du « bel canto », les vocalises sont un peu savonnĂ©es et les appuis vocaux pas toujours subtiles. Seuls les airs de Luisa Miller et de Macbeth, mieux connus du public, permettent une comparaison ; pas toujours Ă  l’avantage du tĂ©nor franco-Mexicain. Sans parler des enregistrements avec Carreras, Domingo et Bergonzi des opĂ©ras de jeunesse de Verdi
 Du point de vue purement vocal, le bilan est donc assez mitigĂ©.
Les piĂšces d’orchestre ont inĂ©vitablement rempli le temps, comme il est d’usage lors d’un rĂ©cital de petite dimension, permettant au soliste de rĂ©cupĂ©rer. L’agacement ou l’ennui n’ont pu ĂȘtre Ă©vitĂ©s. Le manque de nuances et de couleurs orchestrales ont Ă©tĂ© bien trop assorties au chant du tĂ©nor
. sans sa musicalitĂ© dans les phrasĂ©s.
Une vraie dĂ©couverte inattendue est venue des mĂ©lodies de jeunesse de Verdi orchestrĂ©es avec intelligence et malice par Luciano Berio. Le charme de la romance agit et Rolando Villazon y est exquis. Le texte ainsi dĂ©taillĂ©, l’orchestration surprenante de Berio, relancent toujours l’intĂ©rĂȘt. Berio ira jusqu’à suggĂ©rer l’orchestre de Lohengrin ou d’Otello dans ces modestes mĂ©lodies de salon qui ici atteignent un niveau d’intĂ©rĂȘt insoupçonnable.  Les bis offerts ont complĂ©tĂ© cette dĂ©couverte, car Luciano Berio en a orchestrĂ© huit en 1991. C’est lĂ  que se situe le plus bel hommage Ă  Verdi et la rĂ©ussite de cet Ă©trange rĂ©cital.
Je ne dĂ©taillerai pas le dernier bis, oĂč une choppe de biĂšre Ă  la main, le tĂ©nor vante les joies de la boisson
 avant de la vider d’un trait
!

Toulouse. La Halle aux Grains,  le 24 juin 2013.  Giuseppe Verdi (1843-1901) ; Nabucco : Ouverture ;  I Lombardi : La mia letizia infondere (Oronte) ; I masnadieri : PrĂ©lude ; Il corsaro : Eccomi prigioniero! (Corrado) ; Luisa Miller : Overture ; Quando le sere al placido (Rodolfo) ; Otello : PrĂ©lude ;  Oberto : Ciel, che feci!… Ciel pietoso (Riccardo) ; Macbeth : Baletti ; O figli, o figli miei! ( Macduff)… Ah! la paterna mano (Macduff) ;  I vespri siciliani : Ouverture ; MĂ©lodies orchestrĂ©es par Luciano BĂ©rio en 1991: Il mistero - Deh, piestoso o addolorata - L’esule  ; Rolando Villazon, tĂ©nor ; Orchestre National Symphonique TchĂšque ; Guerassim Voronkov, direction.

TĂ©lĂ©,Arte. Rolando Villazon chante L’Elixir d’Amour de Donizetti, le 24 dĂ©cembre Ă  20h50

Télé, Arte: R. Villazon chante Nemorino,le 24 décembre,20h50

Rolando Villazon chante Nemorino de l'Elixir d'amour de Donizetti, sur Arte

Ce soir: Noël sur Arte

Rolando Villazon chante et met en scĂšne Nemorino

Pour NoĂ«l 2012, Arte joue la carte de la comĂ©die sensible et subtile grĂące Ă  L’Elixir d’amour de Donizetti: ardeur, ferveur, passion amoureuse dont le sommet vocal est l’air cĂ©lĂ©brissime, pathĂ©tique et sincĂšre: Una furtiva lagrima… toute la palette requise par le rĂŽle de Nemorino, le fiancĂ© Ă©conduit, permet Ă  Rolando Villazon de reconquĂ©rir les feux de la rampe. S’il n’en fait pas trop, ne sacrifiant pas la justesse et la finesse sur l’autel de la seule performance Ă  tout craint, l’illustre rescapĂ© du chant lyrique (de retour aprĂšs une retraite vocale obligĂ©e due Ă  l’usure de sa voix en 2009) devrait illuminer le personnage conçu par Donizetti et son libretiste Felice Romani.
Entre gags et citations hollywoodiennes pas toujours mesurĂ©es, la mise en scĂšne est rĂ©alisĂ©e par le tĂ©nor lui-mĂȘme: l’action se dĂ©roule sur le plateau d’un tournage, celui d’un western des annĂ©es 1940, riche en rĂ©fĂ©rence Ă  John Ford. Nemorino aime Adina, diva inacessible qui se joue des sentiments du jeune homme… La force de la partition tient au portrait trĂšs affinĂ© des deux protagonistes: Nemorino/Adina: la tendresse voisine avec le cynisme en un marivaudage oĂč les illusions feintes et les quiproquos Ă©prouvent les cƓurs les plus sensibles… jusqu’au dĂ©nouement oĂč triomphe la vĂ©ritĂ© des sentiments.

arteDonizetti: L’Elixir d’amour. Rolando Villazon, Miah Persson, Roman Trekel; Ildebrando d’Arcangelo… Mise en scĂšne: Rolando Villazon. Balthasar Neumann ensemble. Pablo Heras-Casado, direction. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden, mai 2012.

Arte, ce soir: lundi 24 décembre 2012, 20h50. Soirée lyrique (Baden Baden, mai 2012)

Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon

CD, critique. Mozart: Don Giovanni, NĂ©zet-SĂ©guin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement.ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’Ă©coute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.


Anna, Elvira: deux femmes troublées au bord du gouffre

Don-Giovanni.cd_.01A moins de 40 ans, Yannick Nezet-SĂ©guin fait preuve d’une belle maturitĂ©; son intelligence, son hĂ©donisme entrainant assure le liant gĂ©nĂ©ral d’une distribution assez disparate mais nĂ©anmoins homogĂšne ; si Rolando Villazon dĂ©rape et fait un Ottavio pĂąteux voire plĂ©bĂ©ien (pas trĂšs raccord avec son aimĂ©e Anna), les Leporello, Elvira et Anna justement, soit le trio des nobles, se distinguent trĂšs nettement: Luca Pisaroni est Ă©nergique et plein d’entrain; Joyce DiDonato, Elvira ardente et blessĂ©e (mais digne) est Ă©loquente et d’une chaleur de timbre trĂšs convaincante: la justesse du style et du caractĂšre sont trĂšs percutants: en elle s’Ă©coule la priĂšre sincĂšre de l’amoureuse constamment trahie (“ Mi tradi quell’alma ingrata ” au II; plage 8 du cd 2), la mezzo exhale un pur parfum d’aristocratique contrĂŽle … pour mieux cacher le trouble qui l’assaille peu Ă  peu; tout aussi rĂ©flĂ©chie, offrant un caractĂšre exceptionnellement fouillĂ©, jamais explicite, mais dĂ©vastĂ© et si humain, Diana Damrau (Anna) s’impose aussi dans un rĂŽle taillĂ© pour elle: fervente, Ă©ruptive, en mĂšre la morale, la soprano accorde comme le chef Ă  chaque nuance du texte, une couleur et une attention articulĂ©e, d’une formidable intensitĂ© ; et les tempi du maestro semblent fouiller davantage le dĂ©sarroi et les vertiges silencieux de ces deux Ăąmes fĂ©minines au gouffre abyssal… Les deux caractĂšres sont bien les plus bouleversants de l’opĂ©ra: victimes d’un Don Giovanni parfaitement barbare. Au final: les deux femmes princiĂšres, Anna et Elvira, sont magistralement incarnĂ©es: palpitantes jusqu’au bout des ongles, voici le portrait de deux Ăąmes contraintes par les convenances mais dont le feu intĂ©rieur les pousse Ă  exprimer la force du dĂ©sir qui les aimante Ă  l’infĂąme licencieux: elles sont bel et bien troublĂ©es par Don Giovanni. Le rĂ©cit de son ” viol” par Anna Ă  Ottavio si lĂąche, par exemple, est remarquable de pauses insinuantes, de finesse, de subtilitĂ© partagĂ©e autant par le chant de Diana Damrau que par l’orchestre superbe de suspension allusive… (cd1: plages 18 : rĂ©citatif plein de fine progression expressive et d’accents millimĂ©trĂ©s par une super diva, diseuse et actrice de premier plan, puis 19: “Or sai chi l’onore”…). HĂ©las, la Zerlina de Mojca Erdmann, prometteuse mozartienne sur
le papier (et dans un précédent cd Mozart également chez Deutsche
Grammophon), papillone sans ĂȘtre particuliĂšrement concernĂ©e par la
situation (son Laci darem la mano manque de finesse inquiĂšte, de dĂ©sir conquĂ©rant… mĂȘme distance comme insouciante de son Batti, batti, o bel Masetto Ă  la fin du I).

Reste le Don Giovanni d’Ildebrando D’Arcangelo: l’engagement est constant, le cynisme et la froideur bien prĂ©sents mais on aimerait davantage de naturel et de simplicitĂ© pour un chant finalement carrĂ© et monolithique, plutĂŽt lisse (qu’on est loin de l’arĂȘte carnassiĂšre d’un Bryn Terfel, autrement plus passionnant.
Revenons Ă  l’orchestre: tout passe par ce fini et cette intelligence des climats: les ralentis si finement exprimĂ©s dans l’ouverture et par Ă©clairs dans rĂ©citatifs et airs: tout cela nourrit la faille du trouble et du mystĂšre dans une partition si juste sur le plan psychologique; la prĂ©sence du pianoforte, le chant si suave des cordes et des clarinettes (entre autres) sont littĂ©ralement dĂ©lectables. Du grand art et ici, le triomphe absolu du chef, capable d’obtenir quasiment tout de ses instrumentistes ! Coloriste, alchimiste, atmosphĂ©riste, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin s’affirme magnifiquement et honore le prestige de la marque jaune.
Ce premier essai dĂ©sormais convaincant en appelle d’autres. Ce seront pas moins de 7 opĂ©ras au total que nous promet le chef si imaginatif et rĂ©flĂ©chi: aprĂšs Don Giovanni, c’est probablement Cosi puis Idomeneo, les Noces sans omettre la ClĂ©mence de Titus qui seront de la mĂȘme maniĂšre donnĂ©s en concert non scĂ©nique, chaque Ă©tĂ©, Ă  Baden Baden, enregistrĂ©s sur place et dans la foulĂ©e, publiĂ©s par Deutsche Grammophon: cycle mozatien Ă  suivre donc.

Mozart: Don Giovanni. Ildebrando D’Arcangelo, Luca Pisaroni, Diana Damrau, Joyce DiDonato, Rolando VillazĂłn, Mojca Erdmann. Mahler Chamber Orchestra. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction. 0289 477 9878 1 3 cd Deutsche Grammophon DDD GH3. EnregistrĂ© Ă  Baden Baden en juillet 2007.