Semyon Bychkov dirige Une Symphonie Alpestre de Strauss

logo_france_musique_DETOURERichard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"France Musique, Strauss: Symphonie alpestre, Le 28 aoĂ»t 2016, 20h30. L’étĂ© au Royal Albert Hall de Londres, place en direct, au symphonisme le plus flamboyant et exceptionnellement raffinĂ©. Il existe deux immenses symphonistes au dĂ©but du XXĂš : Gustav Mahler et
 Richard Strauss. Une Symphonie alpestre dĂ©passe le prĂ©texte narratif et descriptif ; comme pour les symphonies Ă  programme, telle la Symphonie « pastorale », n°6, de Beethoven, le compositeur ne dĂ©crit pas : il exprime le souffle indomptable des Ă©lĂ©ments, la miraculeuse harmonie de la Nature, insondable, mystĂ©rieuse, Ă©nigmatique. C’est sur le plan musical, un formidable dĂ©fi pour le compositeur qui ainsi en 1915, renouvelle totalement l’éventail poĂ©tique et expressif de l’écriture orchestrale. La partition est un monstre fascinant par ses dimensions colossales voire cosmiques et la justesse des Ă©vocations naturelles, comme la cohĂ©rence de son architecture dramatique globale, conçue comme une expĂ©dition en haute montagne, comprenant l’ascension, la dĂ©couverte des cimes Ă©ternelles, le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments, puis la descente Ă©merveillĂ©e


A Londres, ce 28 aoĂ»t 2016, le chef Semyon Bychkov dirige l’excellent BBC Orchestra. CouplĂ© Ă  l’Alpestre de Strauss, l’admirable cycle pour orchestre et voix, Wesendonck lieder de l’autre Richard, Wagner (avec Elisabeth Kulman, mezzo). LIRE aussi notre prĂ©sentation des Wesendonck-lieder de Ricahrd Wagner.

val-d-isere-musique-concerts-festival-a-val-d-isere-decouverte_savoie-val-isere-582-390TerminĂ©e en 1915, « Eine Alpensinfonie / Une symphonie Alpestre » recueille l’expertise du Strauss narratif douĂ© d’un remarquable tempĂ©rament dramatique dans ses nombreux poĂšmes symphoniques. S’y amplifie ce flot impĂ©tueux d’essence philharmonique au trĂšs grand format qui rappelle souvent la dĂ©mesure et le flamboiement spirituel de l’opĂ©ra contemporain La Femme sans ombre (qui sera d’ailleurs crĂ©Ă© aprĂšs la guerre). Le dĂ©luge et les vertigineuses portĂ©es orchestrales dĂ©passent de loin tout ce qui a Ă©tĂ© entendu, soulignant le Strauss bĂątisseur Ă  l’échelle du cosmos.

Opéra orchestral pour les cimes

strauss richardA 51 ans, Richard Strauss possĂšde idĂ©alement la maĂźtrise de l’écriture symphonique et de l’instrumentation en grand format: pas moins de 120 instrumentistes, ceux de l’orchestre de la Hoffkapelle de Dresde, pour mener Ă  bien la crĂ©ation de son oeuvre gigantesque, le 28 octobre 1915. A contrario de l’atonalisme moderniste de Schoenberg et de ses disciples, dans le contexte d’éclatement politique et de guerre qui traverse toute l’Europe, Strauss demeure rĂ©solument tonal dans un cycle d’un foisonnement formel inĂ©dit et sur le plan poĂ©tique et architectural, d’une indiscutable unitĂ©. Les critiques ont, fidĂšles Ă  leur tempĂ©rament pointilleux, attaquer l’oeuvre sur son cĂŽtĂ© monumental, sa verve naĂŻve, plus descriptive que spirituelle. Or rien n’est plus faux: Strauss avait souhaitĂ© dans un premier temps intitulĂ© sa Symphonie alpestre: “l’AntĂ©christ”, par rĂ©fĂ©rence à Nietszche dont il partageait les idĂ©es quant Ă  la religion et Ă  la nĂ©cessitĂ© qui s’impose Ă  l’homme dans le dĂ©passement de sa condition par l’esprit de travail et l’admiration dans la nature miraculeuse

Aux cĂŽtĂ©s de Nietzsche, Strauss ajoute aussi ses lectures de Manfred de Byron (il Ă©voque prĂ©cisĂ©ment fidĂšle au texte du poĂšte romantique anglais, la prĂ©sence d’une fĂ©e dans le tableau impressionnant de la cascade
). Le compositeur aussi bon randonneur, comme Mahler ou Schoenberg, que lettrĂ©, et de surcroĂźt fin connaisseur de poĂ©sie, Ă©difie une symphonie littĂ©raire et personnelle d’une indiscutable cohĂ©rence.

Sur le plan de l’écriture, il repousse trĂšs loin les possibilitĂ©s expressives et formelles du cadre symphonique. Le documentaire outre une courte Ă©vocation de sa vie (nĂ© Ă  Munich, le 11 mai 1864), Ă©voquant les relations personnelles de l’artiste crĂ©ateur avec le motif naturel en particulier la montagne (sa rĂ©sidence de Garmisch donne sur le sommet de la Zugspitze, vĂ©ritable condensĂ© de la grandeur des cimes alpines), s’intĂ©resse aux procĂ©dĂ©s de la plume, tableau par tableau.”Tout programme poĂ©tique, Ă©crit Strauss, est une patĂšre sur laquelle j’accroche le dĂ©veloppement musical de mes sentiments. Toute autre chose serait un pĂ©chĂ© contre l’esprit de la musique“. Il s’agit donc d’une rĂ©itĂ©ration personnelle oĂč le filtre subjectif a toute sa place. VoilĂ  pourquoi les commentateurs en parlant uniquement de musique Ă  programme, descriptive et narrative, se trompent totalement.

Strauss construit le plus bel hommage face Ă  la rĂ©alisation miraculeuse de la nature: il ne cherche pas Dieu, il tĂ©moigne de la grandeur vertigineuse de sa rĂ©alisation.Le commentaire resserrĂ©, analyse les points essentiels de l’écriture straussienne, en suivant Ă©tape par Ă©tape (22 sous-titres sont insĂ©rĂ©s par Strauss pour â€œĂ©clairer” chaque Ă©pisode de la Symphonie), le cheminement de l’alpiniste pendant sa journĂ©e de randonnĂ©e sur le massif alpestre: ascension, excursion, sommet, puis descente. Tout le cycle des 4 mouvements, dĂ©bute par la nuit (Ă©vocation sombre voire lugubre, trĂšs impressionnante d’oĂč jaillit la montagne, grandiose et colossale vision) puis s’achĂšve dans l’évocation de la mĂȘme nuit. Les options expressives de Strauss empruntent beaucoup Ă  l’opĂ©ra: machine Ă  orage, boĂźte Ă  tonnerre, fanfare Ă©loignĂ©e (pour Ă©voquer en une distanciation sonore Ă©tagĂ©e dans l’espace, la forĂȘt ample et profonde qui s’offre au randonneur), caractĂ©risation mĂ©lodique des “personnages” dont le “hĂ©ros”: l’alpiniste.

strauss richard maestro chef d orchestreOeuvre personnelle, dĂ©monstration de ses aptitudes Ă  traiter la grande forme, mais aussi expĂ©rimentation de nouvelles combinaisons sonores pour l’orchestre “classique” (certes adaptĂ© dans un cadre colossal), Une Symphonie Alpestre apporte au moment oĂč l’Europe de 1915 connaĂźt la guerre et l’émergence brutale des modernismes, une illustration Ă©blouissante de l’écriture symphonique portĂ©e Ă  ses extrĂȘmes expressifs. Strauss ne retrouvera guĂšre un tel orchestre qu’avec La Femme sans ombre dont la gravitĂ© des couleurs, et l’expression du gouffre tragique sombrent dans la noirceur Ă  hauteur d’homme (quant Une Symphonie alpestre exalte l’élĂ©vation et la cĂ©leste et transcendante vision depuis les cimes), aprĂšs le choc de la premiĂšre guerre mondiale

 

L’Amour de Danae de R. Strauss Ă  Salzbourg

salzburg salzbourg logo 2016 0104_festspiele_023France Musique. Strauss: L’ Amour de Danae, le 16 aoĂ»t 2016, 20h. C’est l’un des temps forts du Festival de Salzbourg 2016 : L’amour de Danae de Richard Strauss (1940) fait partie des partitions les moins jouĂ©es du compositeur bavarois, or il s’agit d’une oeuvre clĂ© de ses recherches sur la notion de thĂ©Ăątre musical oĂč la projection continue du chant, telle une conversation en musique, reste cruciale selon son esthĂ©tique lyrique. C’est aussi pour Richard, l’occasion de traiter deux thĂ©matiques qui lui sont chĂšres : les resources dramatiques et psychologiques qu’offre la mythologie grecque ; et surtout l’occasion de ciseler un nouveau portait de femme : ainsi aprĂšs les formidables vertiges portĂ©es par ses premiĂšres hĂ©roĂŻnes, Elektra (1909), SalomĂ© (1905) ; puis Ariane aux Naxos (1912-1916), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928), Arabella (1933), Intermezzo (1924 qui relate ses dĂ©boires conjugaux avec son Ă©pouse la cantatrice Pauline de Ahna, surtout DaphnĂ© qui composĂ© en 1938, pendant la barbarie nazie, prĂ©lude directement aux enjeux et clĂ©s de Danae, composĂ© en 1940 et crĂ©Ă© en 1944. Le compositeur devait s’éteindre en 1949, non sans exprimer sa vision crĂ©pusculaire sur la fin de la civilisation provoquĂ© par le crime impardonnable de la guerre et de la haine.

 Le choix de Danae

Midas ou Jupiter ?

 

 

Dossier Richard Strauss 2014Capriccio en 1942 (avec le sublime personnage de la Comtesse Madeleine, arbitre des arts, entre poĂ©sie et musique) nuance encore un travail concentrĂ© sur le raffinement et la profondeur humaniste de l’art musical. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae illustre comme le tableau de Gustav Klimt dont l’opĂ©ra de Strauss approche dans le chant magistral et continu de l’orchestre, le scintillement des couleurs, la lĂ©gende de la fille du roi ruinĂ© Pollux qui amoureuse de Midas, est courtisĂ© (en vain) par Jupiter.

klimt danae 1907 pluie or de jpuiter ob_e76f47_danae-gustav-klimt-1907

 

La lecture du mythe que dĂ©fend Richard Strauss est celle d’un humaniste : Danae est une Ăąme admirable et juste en ce qu’elle prĂ©fĂšre le mortel Midas, – que Jupiter a brutalement amputĂ© de son pouvoir de tout changer en or, au dieu omnipotent qui promet pourtant merveilles et Ă©ternitĂ©. La jeune femme n’a cure des illusions de l’or, mais s’intĂ©resse plutĂŽt Ă  la bontĂ© d’ñme de l’homme qu’elle aime, fĂ»t-il misĂ©rable et dĂ©possĂ©dĂ© de son don de richesse. Dans l’écriture, Strauss soigne les contours et connotations psychologiques du chant de son hĂ©roĂŻne, – orchestre gĂ©nĂ©reux mais clartĂ© du parcours Ă©motionnel qui mĂšne la jeune femme, des illusions troubles, Ă  la lumiĂšre de la vĂ©ritĂ©, celle de son coeur amoureux.

 

 

 

Autour du trio héroico-pathétique de Danae / Midas / Jupiter, se presse une pléiade deseconds rÎles comiques : Pollux le pÚre ruiné désireux de redorer son blason en mariant sa fille au dieu déguisé en 
 Midas ; les quatre reines parentes de Danae, qui anciennes amantes de Jupiter, tentent tout pour reconquérir le divin étalon.


La comĂ©die et la profondeur fondent l’intĂ©rĂȘt d’un opĂ©ra injustement Ă©cartĂ© des thĂ©Ăątres et programmations habituels. Pourtant, le leçon morale et la parabole humaniste qu’offrent Strauss et son librettiste Josef Gregor (qui reprend une idĂ©e et un canevas du poĂšte Hugo von Hofmannsthal), dĂ©passent la simple illustration de l’AntiquitĂ©. Il importe aux interprĂštes de comprendre puis d’exprimer sous la conduite d’un chef articulĂ©, chambriste, la subtilitĂ© d’une Ă©criture qui fait la synthĂšse entre Wagner et Mozart, qui commente en musique le miracle Ă©ternel de l’amour sincĂšre. Si dans DaphnĂ©, Strauss conclut l’opĂ©ra dans l’apothĂ©ose de son hĂ©roĂŻne pĂ©trifiĂ©e qui refuse l’amour (celui d’Apollon, aprĂšs que celui ci a tuĂ© son fiancĂ©), ici, Danae, dans la suite de La Femme sans ombre (opĂ©ra initiatique Ă©crit par Hofmannsthal, au moment de la premiĂšre guerre), dĂ©termine son propre destin, affirme son choix, revendique la vĂ©ritĂ© du seul amour qui l’inspire : celui de Midas. La jeune femme peut donc vivre ce destin qui lui Ă©tait refusĂ© au dĂ©but de l’action. C’est un exemple rare Ă  l’opĂ©ra, d’une relation qui peut ĂȘtre vĂ©cue sur terre, a contrario du poison wagnĂ©rien dont les hĂ©ros, -Tristan, Isolde, Lohengrin, Elsa, 
 sans omettre TannhĂ€user et Elisabeth
, affirment au contraire l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©panoui dans le monde des hommes. Richard Strauss, le plus grand gĂ©nie lyrique avec Puccini au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, tĂ©moin des deux guerres mondiales, en tĂ©moigne ainsi, et jusqu’Ă  la fin de sa vie : l’homme peut ĂȘtre sauvĂ© de lui-mĂȘme, s’il Ă©coute la vĂ©ritĂ© de son cƓur et agit par amour, non par calcul. Humaniste, trĂšs humaniste, Richard.

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique, Mardi 16 aoĂ»t 2016, 20h. EnregistrĂ© au Festival de Salzbourg le 6 aoĂ»t 2016. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae de Richard Strauss et Josef Gregor (sur une idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal).

Illustration : Danae par Gustav Klimt, 1905. Jupiter amoureux s’exprime Ă  dans sous la forme d’une pluie / semence d’or, sujet pour le peintre Ă  un sublime miroitement chromatique de sa palette (DR)

 

 

 

 

DANAE STRAUSS Salzbourg festival 2016 web-Die_Liebe_der_Danae_2016_Krassimira_Stoyanova_c_SF_ForsterRichard Strauss : L’Amour de Danae
RICHARD STRAUSS ‱ DIE LIEBE DER DANAE
Heitere Mythologie in drei Akten op. 83 von Richard Strauss (1864–1949)‹Libretto von Joseph Gregor (1888–1960) unter Benutzung eines Entwurfes von Hugo von Hofmannsthal (1874–1929) / OpĂ©ra mythologique en 3 actes de Richard Strauss / Livret de Joseph Gregor d’aprĂšs Hugo von Hofmannshtal. Nouvelle production.

Franz Welser-Möst, direction
Alvis Hermanis, mise en scĂšne

Distribution
Krassimira Stoyanova, Danae
Tomasz Konieczny, Jupiter
Norbert Ernst, Merkur
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Pollux
Regine Hangler, Xanthe
Gerhard Siegel, Midas alias Chrysopher
Pavel Kolgatin, Andi FrĂŒh, Ryan Speedo Green, Jongmin Park, Vier Könige
Maria Celeng, Semele
Olga Bezsmertna, Europa
Michaela Selinger, Alkmene
Jennifer Johnston, Leda

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker

CONSULTER la page Danae sur le site du Festival de Salzbourg 2016 

 

Compte rendu critique, opéra. Capriccio de R. Strauss. Paris, Palais Garnier, le 18 janvier 2016 (reprise)

strauss_profil_420REPRISE ENCHANTÉE. La production parisienne de Capriccio signĂ©e Carsen revient dans sa maison de crĂ©ation, en cet hiver 2016. La « conversation en musique » de Richard Strauss, -son dernier opĂ©ra crĂ©e en 1942, vient donc caresser les sens du public grĂące Ă  la lecture cohĂ©rente, Ă©lĂ©gante et drĂŽle de Robert Carsen et une performance impeccable de l’orchestre dirigĂ© par le chef Ingo Metzmacher. La distribution quelque peu inĂ©gale est toujours engageante au niveau thĂ©Ăątral ; de belles voix et personnalitĂ©s se rĂ©vĂšlent lĂ  oĂč l’on ne les attendait pas. Une mĂ©ditation sur l’opĂ©ra, une mise en abĂźme fascinante et automnale qui nous touche et qui nous charme complĂštement !

 

 

Reprise de Capriccio de Strauss, version Carsen au Palais Garnier

ExpĂ©rience unique… et sommet esthĂ©tique

 

Richard Strauss a eu du mal Ă  trouver son librettiste pour son tout dernier opĂ©ra. Une nouvelle collaboration avec Stefan Zweig n’a pas pu avoir lieu puisque l’écrivain juif dĂ»t s’enfouir de l’Allemagne nazi. Son deuxiĂšme librettiste recommandĂ© par Zweig est l’auteur autrichien Joseph Gregor. Ils travaillent sans tarder mais l’incomprĂ©hension venant des deux cĂŽtĂ©s, empĂȘche la rĂ©alisation du projet. Strauss dĂ©cide donc d’Ă©crire le livret lui-mĂȘme. Or, il finit par embaucher le chef d’orchestre et impresario Clemens Krauss, qui avait un penchant pour l’Ă©criture, et ils Ă©crivent le livret ensemble. Au niveau social, la crĂ©ation fut aussi tendue et pleine de pĂ©ripĂ©ties… ƒuvre crĂ©Ă©e Ă  Munich avec Hitler au pouvoir, on aime raconter que la nuit de la premiĂšre s’est finie par des bombardements et que le public a dĂ» sortir de l’opĂ©ra en courant et avec des bougies. S’il est difficile d’avoir de la sympathie vis-Ă -vis Ă  ces anecdotes, l’opus de Strauss demeure un vĂ©ritable testament musical, l’un des chefs-d’Ɠuvre de l’histoire de l’opĂ©ra.

 

L’action qui a pris tant de temps et d’effort pour ĂȘtre Ă©crite peut se rĂ©sumer Ă  la question fondamentale, sur ce qui prime, la musique ou la poĂ©sie ? (Mais on questionne aussi la valeur du thĂ©Ăątre et de la danse notamment). Pour caractĂ©riser tout ceci, nous avons le beau prĂ©texte d’une Comtesse cĂ©lĂ©brant son anniversaire ; convoitĂ©e par le poĂšte Olivier et le compositeur Flamand. Son frĂšre le Comte propose au final en tant que cadeau la rĂ©alisation d’un opĂ©ra, fixant ainsi une collaboration entre les rivaux. Si la rĂ©ponse n’est jamais explicitĂ©e, le livret astucieux et la musique fantastique de Strauss, pimentĂ©s de fausses et de vraies citations (Ronsard, Gluck, mais surtout Richard Strauss!) offre une rĂ©ponse pour les cƓurs qui voudront entendre…

 

La Comtesse de la soprano amĂ©ricaine Emily Magee prend du temps Ă  se chauffer, semble-t-il. Cependant, sa diction de la langue allemande est sans dĂ©faut et son jeu d’actrice rĂ©vĂšle les influences de toutes les hĂ©roĂŻnes de Strauss. Si cela fait de son personnage un rĂŽle quelque peu composite, elle l’interprĂšte avec Ă©motion mais sans sentimentalitĂ©.Vocalement, elle arrive au sommet de l’expression Ă  la fin de l’Ɠuvre dans sa grande scĂšne finale « Es ist ein VerhĂ€ngnis ». Si le poĂšte du baryton Lauri Vasar est solide et percutant, tant au niveau scĂ©nique que vocal, nous sommes davantage conquis par le Compositeur du tĂ©nor Benjamin Bernheim. Sa performance est un dĂ©lice auditif, agrĂ©mentĂ©e d’un grand charme juvĂ©nile… Le beau timbre, l’Ă©lĂ©gance dans sa diction, la sincĂ©ritĂ© touchante de sa prestation sont complĂštement en accord avec son rĂŽle. Il s’agĂźt aussi de ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris… Une rĂ©vĂ©lation ! Remarquons la beautĂ© exquise de leurs voix accordĂ©es,s lors du Trio aprĂšs le sonnet chantĂ© par le Compositeur… Un des moments forts de la soirĂ©e, provocant maints frissons.

 

Le personnage du metteur en scĂšne La Roche par la basse Lars Woldt mĂ©rite tout autant de louanges, tellement sa prestation est vivace, pleine d’entrain, d’une justesse musicale sans dĂ©fauts, notamment dans sa gĂ©niale tirade pour la dĂ©fense de la mise en scĂšne ! Le Comte aussi est interprĂ©tĂ© avec maestria par Wolfgang Koch, avec un charme simplet mais franc. Si la Clairon de la mezzo-soprano Michaela Schuster peine Ă  se faire entendre pendant la plupart de l’interprĂ©tation, elle a une prestance scĂ©nique qui sied parfaitement au rĂŽle. Elle se chauffe progressivement et s’évertue Ă  rejoindre le reste de la distribution avec grand effort. Le duo des chanteurs napolitains de Chiara Skerath et Juan JosĂ© de Leon rayonne de brio comique lors de leur participation Ă  la fois virtuose et humoristique. Remarquons Ă©galement la prestation de la danseuse du Ballet de l’OpĂ©ra Camille de Bellefon dans une chorĂ©graphie de Jean-Guillaume Bart tout Ă  fait pertinente.

 

Robert Carsen, quant Ă  lui, signe l’une des ses plus belles productions parisiennes voire crĂ©ations tout court. A la somptueuse beautĂ© des dĂ©cors de Michael Levine qui situe l’action nulle part ailleurs qu’au Palais Garnier lui-mĂȘme, rĂ©pond la mĂ©ticuleuse et sensible lecture dramaturgique, trĂšs inspirĂ©e de Pirandello ; un travail d’acteur raffinĂ© et distinguĂ©, avec des spĂ©cificitĂ©s subtiles pour chaque personnage. Carsen harmonise sa mise en scĂšne trĂšs musicale Ă  la nature de l’Ɠuvre elle-mĂȘme et rĂ©ussit Ă  crĂ©er un heureux mĂ©lange d’humour, de piquant, de nostalgie et de tendresse, pourtant sans pathos ! Un spectacle sans entracte qui dure presque 2h30 oĂč l’on ne voit pas du tout le temps passer, et dont on sort avec l’envie de le revoir, encore et encore.

 

Cette sensation de beautĂ© complĂšte et polyvalente est aussi due en grande partie Ă  l’excellente performance de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris dirigĂ© par Ingo Metzmacher. DĂšs le sextuor qui ouvre l’Ɠuvre, d’une beautĂ© automnale sans Ă©gal, passant par les ensembles trĂšs enjouĂ©s, Ă  l’entrain endiablĂ©, jusqu’Ă  la scĂšne fantastique qui clĂŽt l’opĂ©ra, les instrumentistes se montrent Ă  la fois sensibles et rigoureux, leur prestation rĂ©vĂ©lant une complicitĂ© rare et intelligente avec le chef et le plateau ! Un bijou et une Ɠuvre d’art totale dans une production fabuleuse, inoubliable mĂȘme… A voir et revoir sans modĂ©ration au Palais Garnier Ă  l’affiche les 22, 25, 27, et 31 janvier ainsi que les 3, 6, 10 et 14 fĂ©vrier 2016.

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Palais Garnier, le 19 janvier 2016. R. Strauss : Capriccio. Emily Magee, Benjamin Bernheim, Lars Woldt… Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. Ingo Metzmacher, direction musicale. Robert Carsen, mise en scĂšne.

 

 

Capriccio au Palais Garnier

richard-strauss.jpgParis, Palais Garnier. Capriccio de Richard Strauss : 19 janvier – 14 fĂ©vrier 2016. La reprise de la production du Capriccio mis en scĂšne par Robert Carsen, spĂ©cialement conçue pour l’arriĂšre scĂšne du Palais Garnier Ă  Paris fait l’Ă©vĂ©nement lyrique de la capitale en janvier et fĂ©vrier 2016. A l’intelligence du dispositif scĂ©nique qui exploite en un effet de perspective vertigineux, la scĂšne et les coulisses de Garnier (superbe tableau Ă  la fin du spectacle), avait rĂ©pondu lors de sa crĂ©ation (Paris, 2014), l’Ă©loquence sensuelle irrĂ©sistible de la divina RenĂ©e Fleming pour laquelle le rĂŽle de la Comtesse Madeleine, subtile arbitre de la rivalitĂ© poĂ©sie et musique, Ă©tait une dĂ©fi prodigieux, vĂ©ritable sommet de sa carriĂšre lyrique… En 2014, RenĂ©e Fleming connaissait d’autant mieux les enjeux et la finesse poĂ©tique du rĂŽle de Madeleine qu’elle avait dĂ©jĂ  chantĂ© mais dans une autre mise en scĂšne, l’ouvrage sur la scĂšne du Metropolitan Opera de New York en 2011.  

Pour cette reprise c’est Emily Magee qui reprend le rĂŽle.  Qu’en sera-t-il ? DĂ©jĂ  pour la finesse de la mise en scĂšne, dans l’Ă©crin de Garnier qui est son lieu idĂ©al, la production doit absolument ĂȘtre vue. Il existe le dvd de cette production mythique, enregistrĂ©e avec RenĂ©e Fleming

boutonreservationParis, Palais Garnier
Capriccio de Richard Strauss
Du 19 janvier au 14 février 2016
Robert Carsen, mise en scĂšne
reprise

LIRE aussi notre présentation de Capriccio, opéra de Ricahrd Strauss (1942)

Nouvelle production d’Hansel et Gretel

Hansel et Gretel, l'opĂ©ra fĂ©erique d'HumperdinkAngers Nantes OpĂ©ra. Humperdink : Hansel et Gretel, 11 dĂ©cembre 2015>6 janvier 2015. C’est la nouvelle production Ă©vĂ©nement de cette fin d’annĂ©e, prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra oĂč devrait se confirmer la talent pour la clartĂ© dramatique, d’une metteur en scĂšne particuliĂšrement inspirĂ©e : Emmanuelle Bastet. C’est une partenaire conviĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra et qui a signĂ© auparavant, Lucio Silla (esthĂ©tique, d’une efficacitĂ© tranchĂ©e), un sublime OrphĂ©e et Eurydice, entre rĂ©alisme et onirisme, La Traviata, et plus rĂ©cemment PellĂ©as et MĂ©lisande (transposĂ© avec un sens cinĂ©matographique trĂšs lĂ©chĂ©, dans une rĂ©alisation qui pourrait ĂȘtre un film d’Hitchcok). Qu’en sera-t-il pour Hansel et Gretel, conte fĂ©erique qui ne s’adresse pas qu’aux enfants : la musique y est aussi raffinĂ©e et pensĂ©e que les Ɠuvres de Wagner (le modĂšle d’Humperdink) ou Richard Strauss (qui fut immĂ©diatement fascinĂ© par la musique d’Hansel et Gretel). La nouvelle production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra s’annonce comme l’évĂ©nement lyrique de cette fin d’annĂ©e 2015.

Un conte pour enfants
devenu opéra post wagnérien, féerique et onirique

 

La misĂšre produit dans l’esprit des Ăąmes enfantines, innocentes des prodiges d’imagination pour conjurer la morsure de la faim ou l’enfer des nuits glaciales : ainsi le frĂšre et la soeur Hansel et Gretel Ă©chafaudent en un dĂ©lire onirique et grotesque un conte de sucrerie et de chocolat oĂč se joue leur rapport au monde et leur relation Ă  l’autoritĂ©, incarnĂ©s ici dans la personne de la vorace et terrifiante SorciĂšre Grignote.

Otkrytoe Pismo  Hamperdink Postcard-1910PlutĂŽt que de plonger dans l’adaptation un rien trop terrifiante des frĂšres Grimm, Humperdink prĂ©fĂšre intĂ©grer la vision d’Adelheid Wette, sa sƓur dont la sensibilitĂ© apporte une douceur tendre qui manquait Ă  la lĂ©gende originelle. L’opĂ©ra qui en dĂ©coule par sa musique alliant puissance et raffinement porte la connaissance aiguĂ« et plutĂŽt trĂšs admirative de Richard Wagner, d’autant que Humperdink ne fait pas que renouveler le dramatisme symphonique et hypnotique de Wagner : il sait le renouveler ; il a travaillĂ© avec le maĂźtre de Bayreuth participant Ă  la crĂ©ation de Parsifal en 1882 Ă  26 ans seulement (peut-on se remettre d’une telle expĂ©rience ?). A la mort de son mentor et maĂźtre, le 14 fĂ©vrier 1883, Humperdink reste inconsolable. L’histoire allait montrer que Humperdink pouvait assimiler, transposer, renouveler l’art wagnĂ©rien au thĂ©Ăątre : immense dĂ©fi Ă©prouvĂ© par les plus grands compositeurs germaniques et français
 dont peu surent en effet rĂ©aliser ce projet.

En 1890 quand se prĂ©cise l’idĂ©e d’Hansel et Gretel, Humperdink doit se rĂ©concilier avec un milieu hostile Ă  ses prises de position wagnĂ©riennes: sa soeur Adelheid lui propose de mettre en musique un conte pour les enfants qu’elle a elle mĂȘme Ă©crit, pour l’anniversaire de son mari. D’un pari familial Ă  peine pris au sĂ©rieux, l’opĂ©ra Ă  naĂźtre prend peu Ă  peu forme, devenant mĂȘme pour le jeune compositeur nostalgique de Wagner, voire dĂ©pressif, une sorte de baume salvateur.
PassĂ©iste : oh que non ! La partition s’impose immĂ©diatement sur les scĂšnes d’abord allemandes, devenant  l’opĂ©ra des fĂȘtes par excellence : apportant Ă  son auteur un pactole enviable Ă  une Ă©poque oĂč composer un opĂ©ra pouvait encore faire recettes :  soit deux millions de marks-or, rien qu’entre 1900 et 1910 pour son auteur.

Une voix et non des moindres sut dĂšs 1893 reconnaĂźtre l’incroyable talent du jeune wagnĂ©rien et mesurer dans ses justes proportions, sa fabuleuse originalitĂ©, Richard Strauss :  « Quel humour rafraĂźchissant, quelle exquise naĂŻvetĂ© mĂ©lodique, quel art et quelle finesse dans le traitement de l’orchestre, quelle perfection dans la construction de l’ensemble, quelle invention florissante, quelle merveilleuse polyphonie, et le tout original ; nouveau et si vĂ©ritablement allemand. »

L’on ne saurait ĂȘtre plus pertinent et Ă©logieux : si la valeur des grands chefs d’oeuvre se mesure Ă  leur reconnaissance immĂ©diate et surtout populaire, Humperdink par sa fraĂźcheur musicale renoue avec le Mozart de La FlĂ»te enchantĂ©e, fĂ©erique et pourtant philosophique, s’adressant autant aux enfants qu’Ă  leurs parents. Une qualitĂ© que comporte en tout points le gĂ©nial Humperdink et son inusable, Hansel et Gretel.

 

Hansel  et Gretel d’Humperdink, 1893
Présenté par Angers Nantes Opéra
Conte musical en 3 tableaux
Nouvelle production
7 dates événements,
Du 11 décembre 2015 au 5 janvier 2016

Livret de Adelheid Wette, d’aprĂšs HĂ€nsel und Gretel, conte populaire recueilli par les frĂšres Grimm dans le premier volume des Contes de l’enfance et du foyer [Kinder-und HausmĂ€rchen].
Créé au Théùtre Grand-Ducal de la cour de Weimar, le 23 décembre 1893.

boutonreservationNANTES, Théùtre Graslin
Vendredi 11 décembre, 20h
Dimanche 13 décembre, 14h30
Mardi 15 décembre, 20h
Jeudi 17 décembre, 20h
Vendredi 18 décembre 2015, 20h

ANGERS, Le Quai
Mardi 5 janvier 2016, 20h
Mercredi 6 janvier 2016, 20h

réservez vos places

THOMAS RÖSNER, direction
EMMANUELLE BASTET, mise en scĂšne

Vincent Le Texier, Pierre
Eva Vogel, Gertrude
Marie Lenormand
Norma Nahoun
Jeannette Fischer
Dima Bawab, Le Marchand de sable

MaĂźtrise de la Perverie
Gilles GĂ©rard, direction

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra
Xavier Ribes, direction
Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
[Opéra en allemand avec surtitres français

Richard Strauss et les femmes sur Brava. Docu, 2014

strauss richard et paulineCLIC D'OR macaron 200TĂ©lĂ©, Brava. Richard Strauss et ses hĂ©roĂŻnes, samedi 31 octobre 2015, 21h. Strauss, en mari indigne
 ou les coulisses conjugales… Divorce ! AprĂšs six ans de mariage, Pauline de Ahna, cantatrice plutĂŽt colĂ©rique car exclusive et d’un tempĂ©rament  jaloux, Ă©tait fille d’un gĂ©nĂ©ral, il fallait donc filer droit dans son foyer. Mais elle en eut assez de Richard Strauss. Pauline l’avait toujours su : son mari, Richard, le plus important compositeur allemand de son Ă©poque, la trompe. AmabilitĂ© et droiture ne sont que de façade ! Les poĂšmes symphoniques et les lieder de Strauss seraient-ils inspirĂ©s par ses aventures amoureuses ?

Le film « Richard Strauss et ses hĂ©roĂŻnes » mĂšne l’enquĂȘte sur les femmes dans la vie de Strauss. Le point de mire est sa relation avec Pauline, sa femme pendant plus de 55 ans, jusqu’à la mort du compositeur en 1949. Elle est souvent vue comme une mĂ©gĂšre, qui avait tendance Ă  mettre son mari dans l’embarras. Pourtant, au dĂ©but et Ă  la fin de leur relation, Strauss a composĂ© ses plus belles chansons pour elle : Pauline Ă©tait une soprano compĂ©tente, qui avait abandonnĂ© sa carriĂšre pour Richard et qui a soutenu son mari pendant toute sa vie. Au fond, l’amour du couple fut plus fort et les crises passĂšrent…

 

Pourquoi le vieux Strauss, qui avait vĂ©cu plusieurs des Ă©pisodes les plus mouvementĂ©s de l’histoire allemande – la chute de l’Empire austro-hongrois en 1918, la dictature nationale-socialiste (ses rapports entre allĂ©geance et distance avec Hitler sont restĂ©s troubles), l’aprĂšs-guerre -, a-t-il Ă©crit en 1948, dans l’un de ses derniers lieder, « Im Abendrot » (Au crĂ©puscule), l’une des plus Ă©mouvantes dĂ©clarations d’amour de l’histoire de la musique : « Dans la peine et dans la joie, nous avons marchĂ© main dans la main». Plus q’une priĂšre : une confession Ă©voquant son couple… Ă  la vie, Ă  la mort.

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"Les femmes de Strauss sont celles de Puccini : irrĂ©sistibles. Le docu « Richard Strauss et ses hĂ©roĂŻnes » est le premier film Ă  recomposer la genĂšse voire la trace rĂ©elle des hĂ©roĂŻnes inoubliables crĂ©Ă©es par Strauss. C’est une histoire d’amour mouvementĂ©e et Ă©mouvante, l’histoire de deux amants Ă©perdus en quĂȘte d’absolu. À Garmisch, dans villa bourgeoise du clan Strauss, bĂątie par le compositeur grĂące Ă  la fortune amassĂ©e par son gĂ©nie musical, le dernier petit-enfant survivant de Richard tĂ©moigne. Et les cĂ©lĂšbres interprĂštes de Strauss : Brigitte Fassbaender (inoubliable et palpitante dans le rĂŽle travesti du jeune amant Oktavian du Chevalier Ă  la Rose), RenĂ©e Fleming (La MarĂ©chale du mĂȘme Chevalier Ă  la Rose, Ariadne dans Ariadne auf Naxos, Madeleine de Capriccio
), Dame Gwyneth Jones et Christa Ludwig des rĂŽles qu’elles ont chantĂ©s, et au delĂ , de l’image de la femme selon Strauss. Le chef d’orchestre Franz Welser-Möst analyse le secret de son don extraordinaire pour l’instrumentation. Christoph Wagner-Trenckwitz, spĂ©cialiste de Strauss et membre du conseil d’administration de l’OpĂ©ra populaire de Vienne, est le guide de ce film prenant, vĂ©ritable hommage au compositeur bavarois. Le dernier des Romantiques dont la musique fut Ă  sa fin, un Ă©blouissant crĂ©puscule.

 

 

brava+payoff2-FRTélé, Brava. Richard Strauss et ses héroïnes, samedi 31 octobre 2015, 21h. Producteur : Studio.TV. Film en coproduction avec SRF. Réalisateur : Thomas von Steinaecker (2014).

 

Paris, TCE. Anna Netrebko chante Strauss

netrebko annaParis, TCE. RĂ©cital Anna Netrebko, dimanche 10 mai 2015, 20h. Strauss : les quatre derniers lieder. Certes, Daniele Gatti dirige l’ouverture de BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte de Berlioz et la Suite pour orchestre de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, mais gageons les spectateurs venus dans la salle parisienne, auront Ă  cƓur d’Ă©couter le timbre Ă  la fois cristallin, blessĂ© et si sensuel de la pulpeuse diva austro russe Anna Netrebko, ailleurs, icĂŽne de Salzbourg (avec la non moins glamour Elina Garança). A Paris, Anna Netrebko ose tout et poursuit un choix qui l’a rĂ©cemment exposĂ©e, rĂ©vĂ©lant certes des faiblesses indiscutables, mais passion vocale parfois dĂ©raisonnable, soulignant aussi un sincĂ©ritĂ© Ă©blouissante ; Ă  dĂ©faut de possĂ©der les moyens pour chanter les quatre derniers lieder de Strauss, Anna Netrebko apporte un miel tragique, un Ă©clairage intĂ©rieur que celles qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© n’avaient pas.

Netrebko anna recital strauss concert paris 2015 classiquenewsLeonora du TrouvĂšre, furieuse et battante Lady Macbeth du mĂȘme Verdi au Met en octobre 2014, Anna Netrebko poursuit son amour du risque avec une Norma de Bellini annoncĂ©e pour l’ouverture de la saison 2017-2018 du Metropolitan Opera
 Pas vraiment belcantiste comme ont pu l’ĂȘtre Callas, puis Sutherland ou CaballĂ©, Anna Netrebko n’en partage pas moins le goĂ»t des dĂ©fis de ses ainĂ©es. Elle a su affirmer ainsi une Ă©blouissante Elvira dans I Puritani, il y a dĂ©jĂ  sept ans (dĂ©jĂ  au Met en 2007). Son Bellini comme souvent chez elle, touche par son timbre corsĂ©, ses aigus diamantins et mĂ©tallisĂ©s, surtout en dĂ©pit d’une coloratoure parfois fastidieuse cĂŽtĂ© agilitĂ© et une justesse pas sĂ»re, une sincĂ©ritĂ© de ton qui saisit par son angĂ©lisme hyper fĂ©minin, plutĂŽt trĂšs incarnĂ© (une couleur charnelle qui fait la valeur de sa Manon puccinienne)


boutonreservationParis, TCE. RĂ©cital Anna Netrebko
Dimanche 10 mai 2015, 20h.
Strauss : les Quatre derniers lieder

Voici en dĂ©tail, notre compte rendu critique de l’enregistrement des Quatre derniers lieder (1948) par Anna Netrebko paru chez Deutsche Grammophon en novembre 2014 :

 

 

 

Erreur de parcours ou risque sauvé par sa sincérité ?

 

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acostaLes moins indulgents ayant en mĂ©moire Te Kanawa avec Solti, Jessye Norman avec Haitink, Tomowa-Sintow avec le dernier Karajan (orchestralement ciselĂ©), sans omettre la Schwarzkopf diront de cette embardĂ©e discutable. .. mais que fait Anna Netrebko dans cette galĂšre ? Car vocalement celle qui depuis fin 2013 et tout au long de 2014 jusque lĂ  avait rĂ©ussi toutes ses prises de rĂŽles surtout verdiennes (Leonora du Trouvere Ă  Berlin et Salzbourg, puis Lady Macbeth au MĂ©tropolitain opĂ©ra de New York), prend des risques non prĂ©parĂ©s dont elle paie ici coĂ»tant le manque de rĂ©flexion. .. De toute Ă©vidence, Strauss ne convient pas Ă  sa voix: aigus tendus, legato en dĂ©faut, phrasĂ© improbable…. c’est constamment sur un fil mal assurĂ© que la diva exprime les climats poĂ©tiques de chaque lied avec logiquement des incongruitĂ©s bien peu acceptables, surtout dans le premier lied.

 

 

1 – Le premier des lieder pour voix et orchestre de Strauss, FrĂŒhling (seul “allegretto” quand les trois suivants sont des andante), met en difficultĂ© la ligne des aigus pas toujours trĂšs stable, auxquels s’ajoute une justesse alĂ©atoire. Mais sa fragilitĂ© et ce timbre incandescent, corsĂ©, mĂ©talisant et en mĂȘme temps si charnel, rend son incarnation rĂ©ellement Ă©mouvante, attachante mĂȘme d’une sincĂ©ritĂ© qui ne peut ĂȘtre mise en doute. Les puristes dĂ©nonceront une erreur de la part de la diva : n’est pas Schwarzkopf ou surtout Norman qui veut. Car ici la soprano est certainement et spĂ©cifiquement dans le premier des quatre lieder, la plus exposĂ©e et vraiment en difficultĂ©.

 

2 – Les choses s’arrangent nettement dans le lied suivant September oĂč la voix mieux prĂ©servĂ©e s’affirme naturellement, plus proche du texte ; grĂące Ă  une intĂ©rioritĂ© de ton parfaite d’une humanitĂ© raffinĂ©e et une fragilitĂ© bouleversante. Barenboim feutrĂ© millimĂ©trĂ© s’accorde idĂ©alement au volume sonore de la soliste en un flamboiement nocturne irrĂ©sistible. L’art du chef se rĂ©vĂšle ici dans toute sa riche palette hagogique.

 

3 – Dans “Beim Schlafengehen” (l’heure du sommeil), relevons surtout, -confirmation de cette bonification progressive en cours de programme et donc au moment de l’Ă©coute-, la fragile et dĂ©licate sensibilitĂ© luminescente de la soprano dans le rĂ©citatif d’ouverture auquel succĂšde le violon solo qui mĂšne vers la cristallisation enivrĂ©e… Ă  la ligne vocale contrĂŽlĂ©e de la voix rĂ©pond le souffle d’un Barenboim trĂšs murmurĂ©. LĂ  encore comme une signature, la beautĂ© des aigus corsĂ©s, fins, mieux tenus quand ils sont justes et intenses comme ici, convainquent absolument. Cependant parfois le manque d’ampleur et de souffle, comme l’engagement un peu sage comparĂ© Ă  Jessye Norman ou pas assez fouillĂ© sur le plan des dynamiques et des nuances linguistiques comparĂ© Ă  Fleming ou Schwarzkopf, moderent globalement notre enthousiasme.

 

netrebko anna strauss barenboim staatskapelle berlin deutsche grammophon cd anna netrebko4 – Dans l’ultime lied : Im Abdendrot (Au crĂ©puscule : tout un symbole pour l’auteur arrivĂ© Ă  la fin de sa vie, laissant ici, aprĂšs le choc de la guerre, son testament musical en 1948), l’Ă©trange dĂ©flagration initiale qui ressemble Ă  un pĂ©tard incontrĂŽlĂ© trop lourd au dĂ©but surprend de la part de l’orchestre jusque lĂ  ciselĂ©… ensuite sur le plan vocal, il faut du souffle et une brillance intĂ©rieure Ă  toute Ă©preuve pour rĂ©aliser ce crĂ©pitement crĂ©pusculaire surtout chambriste qui se fait adieu au monde et renoncement gĂ©nĂ©ral ultime dans l’esprit des Metamorphosen. Fort heureusement la diva sait dĂ©ployer une maestria superlative car le tapis instrumental que l’orchestre sait ciseler Ă  ses pieds, offre un soutien et un cadre idĂ©al. La soprano qui trouve ici des couleurs et des intonations calibrĂ©s au diapason du chambrisme visionnaire de l’orchestre rĂ©ellement en Ă©tat de grĂące, est mieux nuancĂ©e et de plus en plus introspective. Voix et instruments s’accordent idĂ©alement dans une fin Ă©nigmatique finalement vraiment sidĂ©rante. Le parcours que la diva rĂ©alise ici malgrĂ© ses imperfections de dĂ©part laisse admiratifs par la sincĂ©ritĂ© du ton et des aigus d’une rĂ©elle beautĂ©. C’est un disque d’abord dĂ©cevant (d’une Ă©coute trop rapide et superficielle) mais en cours d’audition, Netrebko en complicitĂ© avec Barenboim (les deux ont rĂ©alisĂ© sa prise de rĂŽle Ă  Berlin pour sa Leonora du TrouvĂšre) s’impose par sa fragilitĂ© ; c’est d’autant plus mĂ©ritant que la discographie comprends des productions nombreuses et tout aussi lĂ©gendaires.

 

Richard Strauss : Quatre derniers lieder. Une vie de héros. Anna Netrebko, soprano. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. 1 cd Deutsche Grammophon

 

 

France Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 piĂšces orchestrales de Richard Strauss : les poĂšmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklĂ€rung opus 24, Till l’EspiĂšgle et Don Quixote opus 35. Le concert dirigĂ© par Riccardo Chailly (Gewandhaus de Leipzig, juin 2014 pour le centenaire Strauss)… est copieux en soulignant la verve et le lyrisme parfois exubĂ©rant du symphoniste Richard Strauss. C’est bien le plus grand compositeur pour l’orchestre avec Mahler Ă  l’extrĂȘme fin du XIXĂš et au tout dĂ©but XXĂš. D’autant que ses expĂ©rimentations prĂ©parent ici Ă  l’aventure lyrique qui suit, l’une des plus passionnantes de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. En regroupant 3 poĂšmes symphoniques de Strauss, Riccardo Chailly dĂ©voile l’inspiration et la maĂźtrise du compositeur bavarois dans un genre qu’il a servi mieux que personne Ă  son Ă©poque. Au tĂ©nĂ©briste et introspectif Mort et transfiguration rĂ©pondent la verve tendre des deux sommets pour l’orchestre que sont Till l’EspiĂšgle et Don Quichotte dont Strauss fait deux hĂ©ros, le premier Ă  l’inĂ©narrable fureur de vivre, le second d’une humanitĂ© dĂ©risoire puis philosophe.

Mort et transfiguration est nĂ© de la pure imagination d’un Strauss bercĂ© par les rĂȘves et les passions romantiques. Rien donc d’autobiographique dans cette expĂ©rience musicale de la mort, Ă©prouvĂ©e selon le sujet narrĂ© par Romain Rolland par un mourant sur son lit d’agonie : alors qu’expirant, le malade angoisse mais rĂȘve aussi et songe Ă  son enfance, aux exploits de la maturitĂ© comme aux dĂ©sirs non encore exaucĂ©s, la mort surgit enfin en criant “halte”. AprĂšs une lutte inĂ©gale, le mourant succombe et du ciel rĂ©sonne sa rĂ©mission tant attendue sur les mots prononcĂ©s telle une dĂ©livrance : “RĂ©demption, transfiguration”.
Strauss voulait prolonger comme un exercice et un dĂ©fi personnel, les trouvailles rĂ©alisĂ©es par ses poĂšmes prĂ©cĂ©dents : Macbeth (dĂ©but et fin en rĂ© mineur), Don Juan (mi majeur initial mais mi mineur final) auquel rĂ©pond ainsi la performance nouvelle de Mort et RĂ©surrection dĂ©butant en ut mineur mais s’achevant dans la lumiĂšre souveraine et spirituelle de l’ut majeur. ComposĂ©e entre 1887 et 1888, la partition est crĂ©Ă©e le 21 juin 1890 sous la direction de Strauss Ă  Eisenach. Et dĂ©jĂ  le critique Eduard Hansslick pouvait anticiper le succĂšs lyrique de Strauss en avouant son admiration pour cette Ɠuvre qui mĂšne droit sur la voie du drame en musique. DurĂ©e : 25 ou 26 mn selon les versions.

Till Eulenspiegel, Till l’EspiĂšgle, opus 28. Le Till dont s’empare Strauss n’a ni la superbe hĂ©roique du hĂ©ros historique, paysan agitateur au XIVĂš en Allemange du nord et qui meurt de la peste noire. Ce n’est pas non plus ce glorieux rebelle opposĂ© Ă  Charles Quint dans les Flandres soumises aux Habsbourg… Rien de cela, mais la figure archĂ©typale d’un luron facĂ©tieux et provocateur, lutin sĂ©ditieux qui sous les coup d’un orchestre vengeur et moral, meurt sur le gibet.
Le forme du rondeau revendiquĂ© par Strauss, alternant refrain et couplet, structure toute la narration du poĂšme, comme des Ă©pisodes trĂšs identifiĂ©s. ComposĂ© en 1895, la partition est crĂ©Ă©e Ă  Cologne en novembre de la mĂȘme annĂ©e, puis Munich et Vienne (janvier 1896) par Strauss et Richter, suscitant un immense succĂšs : lĂ  encore la verve dramatique du conteur Strauss galvanise les esprits et offre Ă  l’orchestre, l’une de ses partitions romantiques les plus virtuoses. DurĂ©e : 14 ou 15 mn selon les versions : c’est le poĂšme symphonique le plus court du catalogue straussien.

La Femme sans ombre de Richard StraussDon Quichotte / Don Quixote opus 35 est composĂ© d’abord Ă  Florence dĂšs octobre 1896 puis n’est pleinement achevĂ© qu’en dĂ©cembre 1897. Si les crĂ©ations allemandes (Cologne puis Francfort sur le Main par Strauss en mars 1898) sont favorables, la crĂ©ation parisienne aux Concerts Lamoureux en 1900, indigne l’assistance (tĂ©moignage de Romain Rolland), par son caractĂšre bouffon et comique qui renoue avec la vitalitĂ© insolente et si exaltante/tĂ©e de Till l’EspiĂšgle. En 1900, Ă  33 ans, Strauss est au sommet de ses possibilitĂ©s : il obtient tout ce qu’il veut de l’orchestre dont il fait le miroir prĂ©cis et enivrant des moindre nuances de l’Ăąme humaine. Strauss dĂ©veloppe une fantaisie dĂ©bridĂ©e et fantastique sur le sujet chevaleresque : le violoncelle solo incarne l’antihĂ©ros Ă  la triste figure qui semble par sa tendresse Ă©pique et son hĂ©roĂŻsme dĂ©calĂ©, incarner la dĂ©risoire destinĂ©e des hommes. L’alto de Sancho Pancha lui donne la rĂ©plique. En auteur cultivĂ© et raffinĂ©, donc moins provocateur lui-mĂȘme que ce qui a Ă©tĂ© dit et Ă©crit sur la partition, Strauss cite Cervantes Ă  l’entrĂ©e de chaque tableau. En tout 9 variations qui expriment plus qu’elles n’illustrent le souffle de la fable Ă  la fois hilarante et tragique, comique et sentimentale du Chevalier Ă©conduit et vaincu… La belle DulcinĂ©e, l’IdĂ©al, le dernier combat contre le chevalier de la blanche lune,… la partition n’omet aucun des grands combats de la vie d’un idĂ©aliste inspirĂ© voire hallucinĂ©. La fin est troublante et d’une grandeur tragique irrĂ©sistible : aprĂšs sa dĂ©faite, Don Quichotte renonce Ă  tout, devient berger et philosophe, voit sa mort et accepte la dĂ©livrance finale sur l’accord de rĂ© majeur. ApothĂ©ose orchestrale inouĂŻe d’un soldat de la vie qui a gagnĂ© l’Ă©ternitĂ© du salut. Bavard mais sincĂšre, contrastĂ© et pĂ©tillant mĂȘme mais profond, Strauss signe dans Don Quichotte sa meilleure oeuvre symphonique concertante, offrant au genre du poĂšme symphonique, une ampleur de vue, une justesse poĂ©tique rarement aussi bien rĂ©ussies. Attention chef d’oeuvre ! Et pour tout amateur de symphonisme, une expĂ©rience exaltante. DurĂ©e : Entre 38 et 40 mn selon les versions. On sait la passion de Karajan pour cette Ɠuvre qu’il en a enregistrĂ© Ă  plusieurs reprises : c’est dire l’hommage immense du chef au compositeur. Karajan en digne interprĂšte fait de la partition et du mythe chevaleresque, une odyssĂ©e  symphonique existentielle dont les rebonds et ressentiments s’expriment dans le chant de l’orchestre.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 piĂšces orchestrales de Richard Strauss : les poĂšmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklĂ€rung opus 24, Till l’EspiĂšgle et Don Quixote opus 35.

CD, annonce. Anna Netrebko chante les Quatre derniers lieder de Strauss

netrebko anna strauss barenboim staatskapelle berlin deutsche grammophon cd anna netrebkoCD Ă  venir. Le Strauss d’Anna Netrebko
 Leonora du TrouvĂšre (Salzbourg l’étĂ© dernier, aprĂšs l’avoir crĂ©Ă© Ă  Berlin en dĂ©cembre 2013), aujourd’hui furieuse et battante Lady Macbeth du mĂȘme Verdi actuellement au Met, Anna Netrebko poursuit son amour du risque avec une Norma de Bellini annoncĂ©e pour l’ouverture de la saison 2017-2018 du Metropolitan Opera
 Pas vraiment belcantiste comme ont pu l’ĂȘtre Callas, puis Sutherland ou CaballĂ©, Anna Netrebko n’en partage pas moins le goĂ»t des dĂ©fis de ses ainĂ©es. Elle a su affirmer ainsi une Ă©blouissante Elvira dans I Puritani, il y a dĂ©jĂ  sept ans (dĂ©jĂ  au Met en 2007). Son Bellini comme souvent chez elle, touche par son timbre corsĂ©, ses aigus diamantins et mĂ©tallisĂ©s, surtout en dĂ©pit d’une coloratoure parfois fastidieuse cĂŽtĂ© agilitĂ© et une justesse pas sĂ»re, une sincĂ©ritĂ© de ton qui saisit par son angĂ©lisme hyper fĂ©minin, plutĂŽt trĂšs incarnĂ© (une couleur charnelle qui fait la valeur de sa Manon puccinienne)
 De quoi nous rendre dĂ©jĂ  impatients car Norma est le rĂŽle fĂ©minin par excellence : digne et tragique.
Et pour patienter, la diva superstar nous gratifie, en novembre 2014, d’un album Richard Strauss dont les Quatre derniers lieder sont annoncĂ©s chez Deutsche Grammophon sous la direction de son complice Daniel Barenboim. Le chef y dirige la Staatskapelle de Berlin avec en couplage, Une vie de hĂ©ros du mĂȘme Richard Strauss
 critique complĂšte du cd Richard Strauss : les quatre derniers lieder par Anna Netrebko dans le mag cd de classiquenews.

Le timbre diamantin et charnel Ă  la fois de la divina Anna Netrebko saura-t-il s’Ă©panouir chez Richard Strauss en particulier dans ses Quatre derniers lieder ? RĂ©ponse en novembre 2014 chez Deutsche Grammophon… 

netrebko anna-anna_netrebko_dario_acosta

CD. RĂ©miniscences : Wagner, Liszt, Strauss (Schatzman, Engeli, 2013)

reminiscence-claves-lisa-schatzman-violon-wagner,-liszt-straussCD. RĂ©miniscences : Wagner, Liszt, Strauss (Schatzman, Engeli, 2013). Saluons le choix trĂšs subtil de ce programme tout en finesse et intĂ©rioritĂ© complice : de Wagner, deux transcriptions (sur les cinq) enchantent littĂ©ralement prouvant dans une instrumentation diffĂ©rente Ă  l’original, ici pour violon et piano, la filiation Ă©vidente entre Wagner rendu intime, avec Brahms (en Ă©coute aveugle, la plage 5, extraite des MaĂźtres Chanteurs, priĂšre et ravissement, annonce toute la morsure amoureuse, l’Ă©lĂ©gance dĂ©pressive de Johann…). Le jeu du pianiste manque parfois de nuance et de naturel, plaquant les accords sans guĂšre de langueur empoisonnĂ©e qui fait cependant toute la valeur de l’exceptionnelle “Ankunft bei den Schwarzen SchwĂ€nen”: oĂč s’Ă©coulent l’ivresse maudite, l’ĂąpretĂ© du poison tristanesque entre amertume et profond dĂ©sespoir, mais aussi sentiment de rĂ©vĂ©lation et de sombre mystĂšre Ă  l’image des cygnes noirs Ă©voquĂ© dans ce songe wagnĂ©rien d’une infinie et absolue langueur mystique. Pour nous, il n’est pas d’oeuvre de Wagner Ă  la fois plus mĂ©connue ni fascinante.
L’entĂȘtant balancement des Liszt (PremiĂšre Ă©lĂ©gie) surprend par sa proximitĂ© avec… Wagner, mais sur un ton plus exaltĂ© et extĂ©rieur que son gendre. La parentĂ© climatique d’une piĂšce Ă  l’autre est Ă©vidente et scelle la cohĂ©rence de ce programme envoĂ»tant. Am Grabe Richard Wagner (S.135) confirme la couleur introspective et le jeu des hommages entre musiciens.

le violon enchanté de Lisa Schatzman

Les qualitĂ©s musicales des deux interprĂštes ne sont pas Ă  discuter : l’examen critique recherche plutĂŽt les fruits de leur entente. Fusionnels dans Romance oubliĂ©e de Liszt, inquiĂ©tant et rugueux, le drame qui se joue sur la tombe de Wagner laisse un parfum d’Ă©trangetĂ© allusive d’une Ă©tonnante maturitĂ©, d’une Ă©loquente profondeur. C’est dire aussi la modernitĂ© du dernier Liszt surtout lorsqu’il rend hommage Ă  Wagner.
Les deux piĂšces de Strauss, originellement lieder permettent dans ces tableaux au romantisme vĂ©nĂ©neux, embrumĂ© par la langueur et l’ivresse wagnĂ©rienne, de dĂ©tendre la tension d’un programme qui exige concentration et tension.

schatzman-lisa-violon-lyonnaiseDans la Sonate violon et piano (1888), les instruments reprennent leur parties authentiques dans une page inspirĂ©e, conçue par un Strauss qui semble faire la synthĂšse de Schumann, Brahms et Wagner. Ayant dĂ©jĂ  Ă  son actif Aus Italien, le jeune Kapellmeister Ă  Munich est sur le point d’achever son poĂšme Macbeth. La Sonate relĂšve de cet hĂ©roĂŻsme Ă©chevelĂ© ; saluons l’amplitude suspendue des phrases trĂšs lyriques que la violoniste française exprime avec une finesse d’Ă©locution idĂ©ale, parfois encore “gĂąchĂ©e” par le jeu moins calibrĂ© de son partenaire au clavier. L’andante cantabile notĂ© “improvisation” exprime une suprĂȘme Ă©lĂ©gance moins artificielle qu’on l’Ă©crit : sa profondeur se concentre en surface qui n’empĂȘche pas un Ă©pisode central plus espressivo furioso trĂšs dramatique auquel succĂšde l’enchantement enivrĂ© du dernier Ă©pisode ; lĂ  encore quel dommage que le piano ne se hisse pas au niveau de la violoniste.
Jamais en perte d’inspiration, Strauss se montre tout autant gĂ©nĂ©reux dans le troisiĂšme et ultime mouvement : d’une ivresse souvent irrĂ©sistible oĂč le violon brille par ses dĂ©bordements rhapsodiques proche de la forme concerto. Rien ne semble faire reculer la violoniste trentenaire qui sĂ©duit immĂ©diatement par sa franchise et son Ă©lĂ©gance. La lyonnaise aujourd’hui premier violon solo du Symphonique de Lucerne et qui fut la plus jeune Ă©lĂšve Ă  6 ans de Tibor Varga, affirme une sensibilitĂ© rare, sertie comme un gemme prĂ©cieux. Magnifique rĂ©cital. Si le pianiste avait mieux soignĂ© sa finesse agogique, le disque aurait assurĂ©ment Ă©tĂ© un choc de premiĂšre importance. Mais nous livrer les joyaux encore mĂ©connus de la Sonate de Strauss l’annĂ©e de ses 150 ans, reste bĂ©nĂ©fique et opportun.

RĂ©miniscences. ƒuvres de Wagner, Liszt, Richard Strauss (Sonate pour violon et piano opus 18, 1888). Lisa Schatzman, violon. Benjamin Engeli, piano. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2013. 1 cd Claves
 

wagner grand format

Wagner, ici transposĂ© conserve sain envoĂ»tante langueur suspendue ; il n’est pas d’oeuvre du gĂ©nie de Bayreuth, Ă  la fois plus mĂ©connue ni fascinante : “Ankunft bei den Schwarzen SchwĂ€nen”…

 

 

 

 

 

 

Lisa Schatzman, violon (© JĂŒrg Isler)

Daphné de Strauss en direct du Capitole

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"France Musique : DaphnĂ© de Strauss, samedi 28 juin 2014,19h. Temps fort de l’annĂ©e Strauss en France, le Capitole de Toulouse prĂ©sente une nouvelle production de l’opĂ©ra antique mythologique deRichard Strauss, DaphnĂ©. L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  l’aube de la guerre (1938) confirme l’inspiration classique du compositeur bavarois, entre Mozart et Wagner : une maniĂšre inspirĂ©e esthĂ©tiquement atemporelle et pourtant investie d’une conscience morale trĂšs aiguĂ«. La musique orchestrale y est d’une raffinement Ă©blouissant, synthĂšse entre le chambrisme ardent d’Ariane Ă  Naxos et le psychisme flamboyant, crĂ©pusculaire, de Capriccio. Sur le thĂšme lĂ©guĂ© par Ovide (Les MĂ©tamorphoses), Strauss au sommet de sa carriĂšre lyrique aborde le thĂšme de l’identitĂ© profonde des ĂȘtres hors de l’amour : pourtant aimĂ©e par le bouvier Leucipos et Apollon lui-mĂȘme (qui va jusqu’à tuer son rival mortel), la nymphe DaphnĂ© choisit de s’abstraire du monde des hommes et des dieux, de renoncer Ă  l’amour en une forme incarnĂ©e palpitante
 elle choisit d’ĂȘtrepĂ©trifiĂ©e : changĂ©e en laurier (anecdotiquement pour Ă©chapper aux assauts d’Apollon selon la reprĂ©sentation du sculpteur gĂ©nial Bernin).  En rĂ©alitĂ©, culpabilisant aprĂšs avoir tuer Leucippos, Apollon regrette son crime indigne d’un dieu : il concĂšde Ă  l’aimĂ©e d’exaucer son voeu le plus cher : devenir laurier pour Ă©chapper au monde du dĂ©sir. A l’inverse des hĂ©roĂŻnes qui choisissent d’ĂȘtre finalement intĂ©grĂ©es au monde, tel l’ImpĂ©ratrice de La Femme sans ombre, d’Ariane, d’HĂ©lĂšne, DaphnĂ© rĂ©alise le chemin Ă  rebours
 rompre le lien avec l’humanitĂ© et la chair, le dĂ©sir et l’amour. En une page symphonique inouĂŻe, Strauss dĂ©veloppe toutes les ressources de l’orchestre pour exprimer la lente mĂ©tamorphose de DaphnĂ©, d’ĂȘtre dĂ©sirĂ© mais souffrant Ă  celui d’une souche vĂ©gĂ©tale sans Ăąme
. mais dĂ©sormais dĂ©livrĂ© des souffrances du sentiment.

Richard Strauss : Daphné
Toulouse, Capitole
Les 15,19,22,25,29 juin 2014

TragĂ©die bucolique en un acte, op. 82 sur un livret de Joseph Gregor ‹crĂ©Ă©e le 15 octobre 1938 Ă  la Staatsoper de Dresde. Diffusion sur France Musique

Hartmut Haenchen, Direction musicale
Patrick Kinmonth, Mise en scÚne, décors, costumes
Fernando Melo, Chorégraphie
Zerlina Hughes, LumiĂšres

Franz-Josef Selig, Peneios
Anna Larsson, GĂŠa
Claudia Barainsky, Daphne
Maximilian Schmitt, Leukippos
Alfred Kim, Apollo
Patricio Sabaté, Premier Pùtre
Paul Kaufmann, DeuxiĂšme PĂątre
Thomas Stimmel, TroisiĂšme PĂątre
Thomas Dear, QuatriĂšme PĂątre
Marie-Bénédicte Souquet, PremiÚre Servante
HĂ©lĂšne Delalande, DeuxiĂšme Servante

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole ‹Alfonso Caiani Direction

Toutes les modalités de réservation, les informations sur le site du Capitole de Toulouse

logo_francemusiqueDiffusion sur France Musique, soirée lyrique dÚs 19h, samedi 28 juin 2014(représentation enregistrée du 15 juin 2014)

 

CD. Coffret KARAJAN STRAUSS (11 cd Deutsche Grammophon)

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonPour les 25 ans de la mort de Karajan, Deutsche Grammophon Ă©dite un superbe coffret, grand format et rĂ©unit, anniversaire Strauss 2014 oblige, le legs symphonique straussien de Karajan. Y figurent les poĂšmes symphoniques favoris du chef autrichien dont Ainsi Parla Zarathoustra, Don Juan et Don Quichotte, sans omettre, Une Symphonie alpestre et Une vie de hĂ©ros. GĂ©nĂ©reux, le coffret ajoute la cĂ©lĂšbre version de 1960 du Chevalier Ă  la rose pour le festival de Salzbourg (on aurait prĂ©fĂ©rĂ© l’une de ses lectures de La femme sans ombre, joyau flamboyant d’essence orchestrale… mais ne boudons pas notre plaisir avec, en “bonus” trĂšs apprĂ©ciable, l’ensemble des Ɠuvres rĂ©unies, rassemblĂ©es sur une 12Ăšme galette :un blu-ray audio qui rappelle que le son Karajan, c’est aussi un dĂ©fi technologique.

Elektra par cƓur… A l’aube de la 2Ăšme guerre mondiale, en juin 1939, le Staatsoper de Berlin fĂȘte les presque 75 ans de Strauss et produit une nouvelle Elektra : l’intendant du thĂ©Ăątre Heinz Tietjen a choisi le jeune Herbert von Karajan (31 ans). Petit, suractif, Ă©duquĂ© et dĂ©jĂ  d’une prodigieuse intelligence sans compter son Ă©tonnante sensibilitĂ© musicale : flamboyante, dĂ©taillĂ©e, dramatique. IrrĂ©sistible. A cela, s’ajoute des facultĂ©s inouĂŻes qui stupĂ©fient Strauss lui-mĂȘme : Karajan dirige alors Elektra sans partition ! De mĂ©moire. Prodigieuse capacitĂ© qui aurait menĂ© tout chef Ă  la catastrophe tant les difficultĂ©s de l’ouvrage sont multiples et permanentes.
Strauss invite immĂ©diatement le jeune prodige pour le rencontrer et le connaĂźtre. Le lien entre Karajan et Strauss est donc avĂ©rĂ© et s’appuie sur l’estime sincĂšre du compositeur au maestro. Il est donc opportun d’Ă©diter en un coffret superbe sur le plan Ă©ditorial et en sĂ©rie limitĂ©e, la vision de Karajan sur Strauss : commĂ©moration croisĂ©e qui souligne les 25 ans de la mort du chef d’orchestre et donc les 150 ans de la naissance de son compositeur d’Ă©lection.

CLICK_classiquenews_dec13Le coffret Deutsche Grammophone en 11 cd  (et un 12Ăš bonus blu-ray audio) rĂ©capitule ainsi un corpus musical et esthĂ©tique sans Ă©quivalent qui est aussi une odyssĂ©e discographique : le legs Strauss par Karajan est une somme majeure qui affirme la remarquable sensibilitĂ© du chef mais aussi cet esthĂ©tisme superlatif qui rĂ©ussit Ă  concilier dĂ©tail et structure, micro scintillements et lisibilitĂ© de l’architecture, le tout rĂ©conciliĂ© / rĂ©alisĂ© en un flux orchestral souverainement organique. C’est peu dire que ses lectures d’Une Symphonie alpestre (alliant le lyrisme Ă©chevelĂ© et le colossal, le raffinement du dĂ©tail et les mouvements flexibles du drame sous jacent), d’Ainsi parla Zarathoustra, de Don Juan ou de Don Quichotte (auxquels “K” rĂ©tablit la profondeur humaine, la sincĂ©ritĂ© de l’intention Ă  sa source) restent inĂ©galĂ©es.
Mais le chef passionnĂ© de technologies (appliquĂ©es au son et aussi Ă  l’image) a au moment oĂč il enregistre ses versions straussiennes, façonnĂ© de la mĂȘme maniĂšre une esthĂ©tique du son en studio marquĂ©e essentiellement par une sophistication spectaculaire de la restitution du micro dĂ©tail comme de la structure globale de l’Ă©difice orchestral.
Tout est jouĂ© et tout est rĂ©inscrit dans l’Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral pour que s’exprime la vitalitĂ© premiĂšre du flux musical. Aussi noble que Krauss mais plus humain et profond que lui, Karajan restituant au sentiment de grandeur, l’humanitĂ© souterraine et le souffle mĂȘme de la poĂ©sie, s’est d’emblĂ©e imposĂ© comme un straussien de premier plan. C’est ce qui frappe aux oreilles immĂ©diatement : le coffret des 25 ans de sa mort nous rappelle et l’hypersensibilitĂ© du chef, et sa vision experte de la prise de son. Une Symphonie Alpestre Ă©blouit par sa spatialitĂ© et son sens du jaillissement comme de la continuitĂ© organique (il reste dommage que l’autre grande oeuvre aussi colossal que raffinĂ©e : La Femme sans ombre n’ait pas Ă©tĂ© enregistrĂ©e elle aussi en studio par le mĂȘme Karajan Ă©pris de beau son).

Karajan200DĂšs 21 ans, en 1929, Karajan dirigeait Don Juan (Mozarteum) et SalomĂ© (Festspielhaus) de Salzbourg. A Ulm oĂč il Ă©tait kapellmeister de l’OpĂ©ra (1929-1934), le jeune maestro straussien dans l’Ăąme assura crĂąnement en novembre 1933 une nouvelle production du Chevalier Ă  la rose, puis d’Arabella (alors quasiment inconnu, crĂ©Ă© en juillet) ; Ă  Aix la Chapelle (dĂšs avril 1935), Karajan enchaĂźne la mĂȘme annĂ©e Le Chevalier puis La Femme sans ombre, l’une des partitions lyriques les plus orchestrales, nĂ©cessitant lĂ  aussi raffinement et flamboiement.
Les premiers enregistrements ici rĂ©unis remontent Ă  1943 (avec le Concertgebouw pour Don Juan ; repris ensuite avec le Wiener Philharmoniker en 1960, l’annĂ©e du Chevalier Ă  la rose Ă  Salzbourg) jusqu’Ă  Une Symphonie Alpestre (Eine Alpensinfonie, gravĂ©e en 1980 par le chef sexagĂ©naire en une pensĂ©e dĂ©miurgique lĂ  encore stupĂ©fiante : une expĂ©rience auditive que la technologie requise Ă©lectrise : dans cet enregistrement le son Karajan s’y dĂ©ploie dans toute sa perfection avec une intelligence et une finesse soucieuse des Ă©tagements et de la lisibilitĂ© globale).

lisa-della-casa-strauss-rosenkavalierLa version intĂ©grale du Chevalier Ă  la rose est l’autre argument phare de ce coffret anniversaire. En juillet 1960, Karajan avec la troupe de l’OpĂ©ra de Vienne (dont il est directeur depuis 1957) et avec le concours du Wiener Philharmoniker, offre au festival de Salzbourg (et pour l’inauguration de son festspielhaus flambant neuf) l’un de ses Chevaliers Ă  la rose magique, devenu Ă  juste titre lĂ©gendaire : l’orchestre regorge de saine vitalitĂ©, de dĂ©tails flamboyants doublĂ© d’une Ă©nergie thĂ©Ăątrale irrĂ©sistible (cuivres dĂ©lirants et gĂ©nĂ©reux)… pas d’Elisabeth Schwarzkopf (sollicitĂ©e pour son Chevalier londonien et en studio de 1956) mais le soprano moins minaudant, nasillard et sophistiquĂ© de Lisa della Casa qui incarne une MarĂ©chale (Feldmarschallin) tout Ă  tour, princiĂšre et amoureuse, puis sage, prĂȘte Ă  renoncer Ă  la vie, Ă  l’amour, au dĂ©sir laissant son Quinquin (l’Octavian de Sena Jurinac qui distille ici un parfum de Cherubin) dans les bras de la jeune Sophie (Hilde GĂŒden). Avant la MarĂ©chale, Lisa della Casa avait chantĂ© aussi bien que ses Mozart, Madeleine de Capriccio (1950), Arianne (1954), Arabella (1958). A Salzbourg en 1960, la soprano suisse richard_strauss_der_rosenkavalier_karajan_della_casa_jurinac_le_chevalier_a_la_roserayonne par sa vĂ©ritĂ© et sa profondeur. Le trio final est d’une finesse de ton, d’une noblesse mĂȘlant nostalgie et sincĂ©ritĂ© : du trĂšs grand Karajan (52 ans). On reste moins convaincu par le Baron Ochs, assez caricatural et finalement pataud d’Otto Edelmann qui cependant, dommage pour son jeu monolithique, a un vrai sens du texte… aprĂšs tout, Hofmannsthal le librettiste de Strauss avait imaginĂ© un aristocrate trentenaire comme sa cousine, plus fin et racĂ© que cet hobereau provincial mal dĂ©grossi. Heureusement la musique que sait distiller Karajan, en chef soucieux d’exactitude, de drame, prĂ©cis au delĂ  du mot, fiĂšvreux, subtil et pĂ©tillant, rĂ©affirme la suprĂȘme Ă©lĂ©gance du sujet, sa sensualitĂ© filigranĂ©e, la quintessence de l’esprit viennois et autrichien impĂ©rial, tel que crĂ©Ă© en 1911 Ă  Dresde oĂč toute l’Europe s’Ă©tait pressĂ©e pour entendre le chef d’oeuvre de Strauss. Une version de rĂ©fĂ©rence qui a toute sa place ici, mĂȘme si comme nous l’avons signalĂ©, nous aurions tant apprĂ©ciĂ© de redĂ©couvrir La Femme sans ombre de Karajan, de surcroĂźt dans un accompagnement Ă©ditorial aussi soignĂ© (livret intĂ©gral Ă©ditĂ© avec de superbes photographies de 1960).

Le coffret permet aussi de rĂ©tablir l’histoire d’amour et de tension entre Karajan et les musiciens du Berliner Philharmoniker, idem avec ceux du Philharmonique de Vienne : deux phalanges que le chef, aussi tyranique et exigeant fut-il, a hissĂ© Ă  leur meilleur, affirmant Ă  l’Ă©chelle planĂ©taire leur prestige toujours bien vivace.
Coffret événement. CLIC de classiquenews.com

Contenu du coffret KARAJAN STRAUSS : Une vie de hĂ©ros, Don Quixote, Concertos pour hautbois et pour cor, Till Eulenspiegel, danse des voiles de SalomĂ©, Mort et transfiguration, Ainsi parla Zarathoustra, MĂ©tamorphoses, Une symphonie alpestre, Le Chevalier Ă  la rose (intĂ©grale, version live Salzbourg 1960), Don Juan. Quatre dernier lieder (Gundula Janowtiz, soprano). Berliner Philharmoniker, Wiener Philharmoniker, Royal Concertgebouw Orchestra (Don Juan)… 11 cd + 1 blu-ray audio. Edition Deluxe 0289 479 2686 312 Deutsche Grammophon.

karajan vieux 1980 582 380 homepage

 

 

 

Portrait d’Herbert Von Karajan

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonPortrait du chef autrichien Herbert von Karajan, Ă©ditĂ© sur classiquenews Ă  l’occasion de son centenaire en 2008. Le 5 avril 2008 marque le centenaire de la naissance du chef d’orchestre le plus mĂ©diatisĂ© du XXĂšme siĂšcle. Voici donc, un nouveau centenaire Ă  fĂȘter, dans la riche actualitĂ© commĂ©morative de 2008, qui compte aussi le centenaire Olivier Messiaen, et les 150 ans de la naissance de Giacomo Puccini. Karajan qui fut toujours pour Wilhelm FurtwĂ€ngler (autrement plus gĂ©nĂ©reux et humaniste, mais dont le dĂ©faut fut de paraĂźtre trop tĂŽt sur la scĂšne, avant l’essor du disque, vinyle et compact), le “petit k”
 est le sujet d’innombrables cĂ©lĂ©brations et rĂ©Ă©ditions (au cd comme au dvd). Est-il juste dans la perspective de l’histoire d’aduler voire d’idĂŽlatrer ainsi HVK? A torts ou Ă  raisons (pour reprendre le titre de la piĂšce de Ronald Harwood, au sujet du procĂšs en dĂ©nazification de FurtwĂ€ngler). N’en dĂ©plaise Ă  ses dĂ©tracteurs et critiques dont il faut bien l’avouer nous faisons partie, Karajan est un nom qui a inscrit chacune de ses lettres dans l’imaginaire collectif. L’homme reste une lĂ©gende de la baguette, tyrannique mais d’une exigence absolue, boulimique de l’enregistrement, mais pointu et d’un idĂ©al affĂ»tĂ© jusqu’à l’extrĂȘme. Le profil prĂ©sente ses parts d’ombres, de tĂąches
 indĂ©libiles (il adhĂ©ra de son plein grĂ© au parti nazi, comme Elisabeth Schwarzkopf, jouant par opportunisme Fidelio pour l’anniversaire du FĂŒhrer), ses doutes et ses incertitudes en particulier, vis-Ă -vis de FurtwĂ€ngler, un maĂźtre indĂ©passable. Il y a chez lui la conscience du gĂ©nie et forcĂ©ment la dĂ©mesure narcissique parfois, souvent, insupportable. LIRE notre portrait complet d’Herbert von Karajan

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre du Capitole, le 19 juin 2014. Richard Strauss (1864-1949) : Daphné, tragédie bucolique en un acte, op.82 sur un livret de Joseph Grégor. Nouvelle production. Hartmut Haenchen, Direction musicale.

strauss-capitole-toulouse-daphne-575

 

En terminant sa saison d’opĂ©ra sur cette rarissime DaphnĂ© FrĂ©dĂ©ric Chambert a fait un pari audacieux. Les intermittents du spectacle dans leur angoisse des changements Ă  venir ont empĂȘchĂ© le public, – pris injustement en otage-, de voir la premiĂšre le 15 juin. Cette violence contemporaine va en fait assez bien Ă  DaphnĂ©. L’oeuvre si difficile reprĂ©sente tout sauf quelque chose de tendre. La violence est consubstantielle Ă  cet opĂ©ra. Sa crĂ©ation a Ă©tĂ© minĂ©e en ces derniĂšres annĂ©es 1930 par la censure la plus abjecte. Strauss ne pouvait plus travailler avec des librettistes juifs et Stefan Sweig, pourtant consultĂ© en secret, ne sera pas nommĂ©. Strauss toujours dĂ©sireux d’Ă©quilibrer puissance orchestrale moderne, Ă©clat des voix et comprĂ©hension du texte a peut ĂȘtre ici  rĂ©alisĂ© son plus bel Ă©quilibre. DaphnĂ© est bien plus proche de SalomĂ©, voir Elektra, que du Chevalier Ă  la Rose.  C’est lĂ  que se prĂ©sente la plus grande difficultĂ© de l’oeuvre qui n’a rien de simplement bucolique malgrĂ© un dĂ©but fait de tendresse au seuls bois de l’orchestre.
Plus ou moins consciemment, Richard Strauss a tissĂ© dans sa partition orchestrale les Ă©lĂ©ments de violence de son Ă©poque. Un dieu arrogant dĂ©truit beautĂ© et innocence, et une femme Ă©prise d’absolu est aveugle aux autres humains se rĂ©fugiant dans l’Ă©ternelle nature croyant esquiver la mort. On sait comme les Aryens en leur folie et leur croyance en l’existence des races ont conduit Ă  la plus grande perversion des hommes. L’orchestre est plein de cette violence et de cette brutalitĂ©.

Incandescente Daphné au Capitole

Dans un passionnant article du programme, Hartmut Haenchen, explique comment il a repris toutes les corrections de Strauss afin d’Ă©viter la “bouillie informe” que sa partition peut contenir. La patient travail du chef allemand nous offre une interprĂ©tation musicale et dramatique de toute splendeur. L’Orchestre du Capitole a sonnĂ© de maniĂšre incandescente toute la soirĂ©e. Tout Ă©tait parfaitement Ă©quilibrĂ© avec une lisibilitĂ© de tous les plans sonores. Chaque instrumentiste a Ă©tĂ© parfait et l’ensemble permettait Ă  la fois d’entendre chaque passage instrumental solo comme les effrayants tutti  dans une palette de dynamique sonore exaltante.  La prĂ©sence des cordes capables de fournir une matiĂšre onctueuse (de double crĂšme), comme des aciditĂ©s terribles, mĂ©rite une mention particuliĂšre. Les suraigus de la toute fin de l’oeuvre ont Ă©tĂ© un vĂ©ritable instant de magie, crĂ©ant des vapeurs d’or dans l’air. Avec un sens dramatique toujours en Ă©veil Hartmut Haenchen a tenu son orchestre Ă  chaque instant avec une tension parfois insoutenable.
L’Ă©quilibre avec les chanteurs a Ă©tĂ© constamment exact, jamais un Apollon n’a Ă©tĂ© soutenu avec une violence si grande, oui soutenu, jamais Ă©crasĂ© avec pourtant des fortissimi effrayants. L’orchestre a donc Ă©tĂ© splendide amenant le drame Ă  son terme dans la plus folle dĂ©mesure comme la plus grande subtilitĂ© (le froissement de cymbale final) .
La mise en scĂšne de  Patrick Kinmonth est peut ĂȘtre plus picturale que dramatique. La rĂ©fĂ©rence Ă  l’Arcadie est Ă©vidente et peut ĂȘtre un peu trop appuyĂ©e. Les costumes Ă  l’antique en toile Ă©cru ont l’allure de ceux du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle.  Ils manquent curieusement de simplicitĂ© et laissent un peu perplexe. Sauf la somptueuse robe bleu de Gaea.  Le dĂ©cor fonctionne bien mais l’aspect minĂ©ral de la grotte en carton pĂąte n’est sĂ©duisant  qu’avec les trĂšs beaux Ă©clairages de Zerlina Hughes. Pourquoi donc le montrer sans aucune magie, avant le lever du rideau ? La descente des murs de marbre aprĂšs le meurtre commis par Apollon, par le nouvel enfermement produit et la beautĂ© irrĂ©sistible du mur de fond rendent bien compte de la folie qui se rĂ©vĂšle. Faut-il alors passer  par le meurtre de Leukippos pour arriver Ă  tant de beautĂ© ? La “rĂ©vĂ©lation” de l’arbre final n’est pas dans la tempo de la musique, il est frustrant de le voir si peu de temps et trop tard aprĂšs les derniers mĂ©lismes de DaphnĂ©.
Toutes ces rĂ©serves sont minimes car le jeu d’acteurs est trĂšs efficace n’Ă©ludant pas les rapports violents entre les personnages.  Les scĂšnes de groupe sont efficaces et le choeur masculin, participe activement Ă  l’action, mais surtout il est vocalement parfait avec des nuances magiques. la chorĂ©graphie de Fernando Melo crĂ©e des vraies identitĂ©s de personnages et les effets de masse sont trĂšs rĂ©ussis.

La distribution est parfaitement Ă©quilibrĂ©e. Les ancĂȘtre sont somptueux de prĂ©sence tant vocale que scĂ©nique. Franz-Josef Selig est un Peneos charismatique Ă  la voix d’airain. En mĂšre tutĂ©laire, Anna Larsson est d’une beautĂ© stupĂ©fiante. L’allure de cette grande et belle femme est associĂ©e Ă  une voix de contralto d’une profondeur mielleuse. Son timbre rare diffuse des harmoniques d’une grande richesse. Les pĂątres et les servantes sont excellents. Belles voix bien projetĂ©es et belles prĂ©sences scĂ©niques. Une mention particuliĂšre pour le duo fĂ©minin. BĂ©nĂ©dicte Bouquet et HĂ©lĂšne Delalande, qui sont remarquables. Les timbre sont trĂšs assortis et brillants assurant une belle prĂ©sence vocale dans une distribution terriblement efficace. Car les trois rĂŽles principaux sont trĂšs difficiles. DaphnĂ© doit ĂȘtre un grand soprano pour dominer les sublimes lignes de chant de Richard Strauss. La jeunesse du timbre doit ĂȘtre Ă©vidente et la grĂące du personnage doit ĂȘtre plus visible que sa vaillance.

strauss-apollon-daphne-capitole-toulouse-474Claudia Barainsky est une DaphnĂ© exceptionnelle. Le timbre est pur et la projection de la voix extraordinairement efficace. Jamais dominĂ©e par un orchestre trĂšs puissant elle fait face Ă  toutes les exigences du rĂŽle. Elle arrive Ă  rendre son texte presque toujours comprĂ©hensible malgrĂ© la tessiture meurtriĂšre ; et son jeux est trĂšs sensible. L’exhalation du personnage est trĂšs bien rendue et sa difficultĂ© Ă  se contenter des relations avec les humains Ă©galement dans cette recherche d’absolue mortifĂšre. Dans les duos avec ses deux amoureux, elle trouve une prĂ©sence trĂšs diffĂ©rente rendant le personnage trĂšs intĂ©ressant.
Les deux tĂ©nors sont traitĂ©s avec beaucoup d’exigences par Strauss. Lui mĂȘme savait sa difficultĂ© Ă  Ă©crire pour cette tessiture. Les deux rĂŽles sont meurtriers. En Leukippos, le canadien Roger Honeywell est trĂšs touchant. La voix est brillante mais surtout le chanteur est particuliĂšrement sensible, les tourments du jeune berger sont lisibles tant dans son chant que dans son jeu. Sa noblesse provoque  Ă©galement une vive sympathie. Mais le phĂ©nomĂšne vocal le plus incroyable de la soirĂ©e est Andreas Schager. Ce tĂ©nor germanique tout longiligne a une voix de stentor. Il lui faut mĂȘme un peu de temps afin de doser sa projection vocale face Ă  l’orchestre et ses collĂšgues. La puissance de cette longue voix semble sans limites. Le timbre est lumineux et le mĂ©tal trĂšs noble. Cet habituĂ© de Tristan et Siegfried doit ĂȘtre spectaculaire s’il a l’endurance nĂ©cessaire, ce que sa forme en fin de spectacle laisse entendre. Avec des moyens vocaux hors du commun, il campe un personnage altier, suffisant et mĂ©prisant. Apollon n’est pas n’importe qui ; mĂȘme dĂ©guisĂ© en bouvier. La morgue de l’acteur, son allure faussement nonchalante le rendent odieux et son abus de pouvoir en tuant un simple mortel relĂšve de l’insoutenable. Mais en grand artiste Andreas Schager arrive dans son long monologue des remords Ă  gagner la bienveillance du public. Pour une fois un puissant Ă  qui tout rĂ©ussit, arrive Ă  susciter un dĂ©but d’empathie
  AprĂšs ce grand monologue en forme de priĂšre, la derniĂšre scĂšne de transformation de DaphnĂ© devient une apothĂ©ose telle que nous l’attendions. La magie de cette derniĂšre scĂšne est totale avec de tels interprĂštes. L’orchestre est magnifique de couleurs, de nuances et d’impact. La voix de Claudia Barainsky semble sans limites capable d’une puissance terrible comme d’une douceur dĂ©lectable. Le public comme en transe fait un triomphe Ă  cette magnifique production, elle a toutes les qualitĂ©s pour tourner dans les thĂ©Ăątres voulant rendre hommage Ă  Richard Strauss dans un ouvrage fulgurant qui se rĂ©vĂšle ainsi Ă  la scĂšne. Magistral.

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre du Capitole, le 19 juin 2014. Richard Strauss (1864-1949) : Daphné, tragédie bucolique en un acte, op.82 sur un livret de Joseph Grégor. Nouvelle production. Patrick Kinmonth : Mise en scÚne, décors, costumes ; Fernando Melo : Chorégraphie ; Zerlina Hughes, LumiÚres ; Distribution : Franz-Josef Selig, Peneios ; Anna Larsson, GÊa ; Claudia Barainsky, Daphné ; Roger Honeywell, Leukippos ; Andreas Schager, Apollo ; Patricio Sabaté, Premier Pùtre ; Paul Kaufmann, DeuxiÚme Pùtre ; Thomas Stimmel, TroisiÚme Pùtre ; Thomas Dear, QuatriÚme Pùtre ; Marie-Bénédicte Souquet, PremiÚre Servante ; HélÚne Delalande, DeuxiÚme Servante ; Choeurs du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Hartmut Haenchen, Direction musicale.

Illustrations : © P. Nin 2014

CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss

hampson strauss cd notturno richard strauss cd deutsche grammophonCLIC D'OR macaron 200CD. Notturno. Thomas Hampson, baryton chante les lieder de Richard Strauss… Un diseur nĂ© se dĂ©voile ici avec une maĂźtrise Ă©clatante. L’offrande d’un immense chanteur dont l’humilitĂ© sert essentiellement la musique et les intentions du compositeur : une telle probitĂ© esthĂ©tique est dĂ©jĂ  exceptionnel
 DĂšs les premiers lieder de ce rĂ©cital idĂ©alement rĂ©alisĂ©, l’auditeur peut apprĂ©cier le sens du texte, le souci du verbe Ă©vocatoire, une prosodie taillĂ©e pour l’indicible et l’expression des mondes Ă©motionnels tĂ©nus. Dans Die Nacht de 1885 (la couleur nocturne est Ă©videmment favorisĂ©e, titre oblige), le caractĂšre enchantĂ© s’affirme nettement aux cĂŽtĂ©s du travail sur les couleurs et la perfection palpitante du phrasĂ©. Articulation prĂ©cise, timbrĂ©e, souple mettent en lumiĂšre l’expertise du diseur autant soucieux des fins figuralismes poĂ©tiques des textes que de leur tension architecturĂ©e et leurs contrastes dramatiques.

Thomas Hampson, maĂźtre diseur

Travail ciselé sur le poÚme musical. A partir du 3Úme lied (Winternacht de 1886), le style dévoile un autre aspect non moins essentiel du travail de Hampson sur le style straussien : plus dramatique, aussi expressif et communicant que subtilement suggestif.

Proche en cela de style parlĂ©/chantĂ© que Strauss recherchait dans ses opĂ©ras conçus comme des comĂ©dies lĂ©gĂšres y compris ses fresques fĂ©eriques orientales comme La femme sans ombre ou mythologiques, telle HĂ©lĂšne l’Égyptienne. Le modĂšle absolu restant Ariadne auf Naxos (Ariane Ă  Naxos), dans sa version dĂ©finitive qui emprunte autant au thĂ©Ăątre quĂ  l’opĂ©ra puis surtout Le Chevalier Ă  la rose de 1911 : la qualitĂ© de ses rĂ©citatifs de ce style durchkomponist subjugue, rappelant/actualisant la souplesse du rĂ©citatif montĂ©verdien, ou mozartien. CachĂ© l’art par l’art mĂȘme, faire comme s’il Ă©tait naturel de chantĂ© en parlant
 Tel n’est pas le moindre dĂ©fi rĂ©alisĂ© par l’excellent Thomas Hampson.

Ici le divin straussien qui a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂŽle de Mandryka dans Arabella,  que l’on aimerait mieux encore dĂ©couvrir dans le rĂŽle du cousin de la MarĂ©chal du Chevalier Ă  la rose, le Baron Ochs von Larchenau pour lequel il s’engagerait idĂ©alement par sa finesse conçue dĂšs l’origine par Strauss et Hoffmansthal et systĂ©matiquement outrĂ©e dans nombre de productions irrespectueuses,  embrase et cisĂšle chaque lied par une rayonnante vitalitĂ©.

Dossier Richard Strauss 2014De plus 13mn le lied Notturno donne son titre Ă  l’album et sur les vers de Richard Dehmel peint, – comme son autre poĂšme qui fait la substance poĂ©tique dĂ©chirante et suspendue de La nuit transfigurĂ©e de Schoenberg-,  un paysage psychique trĂšs proche des intentions lyriques de l’auteur d’Elektra ou de SalomĂ©. Le lied envoĂ»te par ses climats de saisissante et mordante Ă©trangetĂ©. C’est une valse solitaire enivrĂ©e aux audaces en pertes d’Ă©quilibre oĂč le chant est l’indice d’une hypnose,  d’un envoĂ»tement Ă  la fois tendre et vĂ©nĂ©neux. .. Hampson par sa subtilitĂ© naturelle en fait le sommet central du rĂ©cital 
 avec le languissant concours  ou l’écho fraternel du violon solo, lui aussi enchantĂ© dont la vibration Ăąpre, dĂ©primĂ©e d’une Ăąme consciente de la perte, celle des amis dĂ©funts, se confesse insidieusement.

Raffinement,  subtilitĂ©,  ivresse, extase,  le timbre de Thomas Hampson en rappelle un autre celui de l’inĂ©galable Dietrich Fischer Dieskau. Dans le royaume du lied enchanteur,  le baryton amĂ©ricain affirme son excellence superlative.  En pleine annĂ©e Strauss 2014, l’on ne pouvait espĂ©rer plus bel hommage ; c’est qu’aux cĂŽtĂ©s du symphoniste et compositeur lyrique,  voici Strauss, maĂźtre du lied dĂ©voilant en complĂ©ment Ă  ses Quatre derniers Lieder pour orchestre, cĂ©lĂ©brimissimes, des perles introspectives mĂ©connues qui semblent Ă©pouser les sentiments et aspirations de l’homme mĂ»r et vieillissant comme le suggĂšrent les trois derniers lieder les plus tardifs …. bavardage autobiographiques diront les jaloux. .. facettes subtiles d’un tempĂ©rament infiniment musicien, un Ă©gal de Schubert, Zemlimsky,  Hugo Wolf dans les champs infinis du lied suggestif.

Richard Strauss: Notturno.  Lieder par Richard Strauss. Wolfram Rieger, piano Steinway D. 1 cd Deutsche Grammophon, enregistrement réalisé à Berlin en décembre 2013 et et janvier 2014.

Soirée spéciale Richard Strauss sur Arte

richard-strauss.jpgArte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. SoirĂ©e spĂ©ciale Richard Strauss : concert et docu. Pour les 150 ans de Richard Strauss (ce 11 juin 2014 : il est nĂ© Ă  Munich le 11 juin 1864), Arte dĂ©die une soirĂ©e spĂ©ciale au compositeur bavarois, gĂ©nie du poĂšme symphonique et de l’opĂ©ra au passage des deux siĂšcles, 19Ăš/20Ăš : un crĂ©ateur immense aussi sĂ©duisant que contradictoire voire rĂ©prĂ©hensible car ses agissements pendant le rĂ©gime nazi ne finissent pas de susciter d’inĂ©vitables interrogations, prĂ©fĂ©rant rester dans l’Allemagne barbare plutĂŽt que comme certains s’en Ă©loigner. Le brahmsien osa et avec quelle inventivitĂ© fĂ©conde, combiner Mozart et … Wagner, recherchant dans tous ses opĂ©ras, la fusion idĂ©ale entre drame thĂ©Ăątral et Ă©criture musicale, renouvelant la langue lyrique avec un sens du naturel et de la fluiditĂ© inĂ©galĂ©e Ă  son Ă©poque.

 

 

 

premiĂšre partie de programme

arte_logo_2013strauss richard maestro chef d orchestreConcert Ă  Dresde pour les 150 ans : Christian Thielemann dirige au Semperoper de Dresde, la Staatskapelle de Dresde dans un cycle comprenant des extraits symphoniques et lyriques : Elektra, Le Chevalier Ă  la rose, Feuersnot et surtout perles orchestrales nĂ©obaroques : l’ouverture de HĂ©lĂšne l’Égyptienne et en particulier le final de DaphnĂ© qui narre musicalement la mĂ©tamorphose de la nymphe aimĂ©e d’Apollon en laurier, selon la lĂ©gende fĂ©erique et fantastique lĂ©guĂ©e par Ovide entre autres.

 

 

seconde partie de programme

arte_logo_2013La Femme sans ombre de Richard StraussDocumentaire de Reinhold Jaretszky : portrait de Richard Strauss en” gĂ©nie controversĂ©”. Bilan sur sa carriĂšre pendant le rĂ©gime hitlĂ©rien : Strauss compositeur germanique vivant incontournable ne fut-il qu’instrumentalisĂ© par les nazis ou chercha-t-il sciemment Ă  pactiser avec le diable pour recueillir privilĂšges et statuts officiels? Sa complicitĂ© avĂ©rĂ©e alors avec le chef Clemens Krauss lui aussi complaisant vis Ă  vis du rĂ©gime hitlĂ©rien ajoute au trouble… NommĂ© prĂ©sident de la Chambre de musique du Reich dĂšs 1933, adoubĂ© par Hitler, auteur d’hymnes de pure obĂ©issance (comme celui pour les Jeux Olympiques de 1936), Strauss mĂȘme s’il dĂ©missionna de sa charge prĂ©sidentielle, prit parti pour son librettiste juif, Zweig, au moment de la crĂ©ation de La Femme silencieuse en 1935 (sous la direction de Karl Böhm)… Le documentaire offre un large spectre d’analyse, soulignant combien le gĂ©nie de l’artiste fut grand, mais plus douteuses ses errances politiques et culturelles… A chacun de se faire son propre jugement. L’immense stature du compositeur dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš s’affirme elle de façon indiscutable.

 

Arte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. Soirée Richard Strauss : concert et docu.

 

Télé. Arte : Richard Strauss, un génie controversé, le 11 juin à 21h

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56Arte : Richard Strauss, un gĂ©nie controversĂ©, le 11 juin Ă  21h. Arte diffuse ce portrait docu de Richard Strauss en «  gĂ©nie controversĂ©e » . pour les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur bavarois, nĂ© en 1864. Le regard est forcĂ©ment sĂ©lectif : sont Ă©voquĂ©s poĂšmes symphoniques (Don Juan, Don Quichotte
) : un terreau expĂ©rimental et purement instrumental, menĂ© jusqu’aux ultimes annĂ©es du XIXĂšme finissant
 grĂące auquel Strauss se forge sa propre identitĂ© musicale, bientĂŽt appliquĂ©e Ă  l’opĂ©ra. En prince de l’instrumentation, le compositeur qui a pu bĂ©nĂ©ficier d’un foyer familial propice Ă  sa maturation artistique, affirme alors un tempĂ©rament unique sur le plan des audaces harmoniques, de la construction dramatique
 Evidemment sur le registre lyrique sont mentionnĂ©s, le Chevalier Ă  la rose, crĂ©Ă© triomphalement Ă  Dresde – foyer des crĂ©ations straussiennes par excellence, en 1911 : toute l’Europe cultivĂ©e se pressa lors pour applaudir Ă  ce miracle musical qui renoue avec la grĂące et le raffinement mozartiens (de fait, le rĂŽle d’Octavian est un personnage travesti comme celui de Cherubin dans les Noces de Figaro, principe classique par excellence et avant l’époque des LumiĂšres, tant de fois utilisĂ© Ă  l’ñge baroque de Vivaldi Ă  Haendel)

Aux cĂŽtĂ©s de la carriĂšre du compositeur d’opĂ©ras (Elektra, SalomĂ© Ă©galement crĂ©Ă©es Ă  Dresde en 1905 puis 1908 sont Ă©voquĂ©es), le parcours du chef d’orchestre est prĂ©cisĂ©ment jalonnĂ© : Meiningen oĂč Hans van Bulow l’appelle Ă  ses cĂŽtĂ©s, puis Weimar (1889) oĂč il rencontre Brahms, Wagner et surtout la soprano Pauline de Ahna qui deviendra son Ă©pouse
 Weimar synthĂ©tise alors sa double renommĂ©e : compositeur adulĂ© de Don Juan, chef cĂ©lĂ©brĂ© dans Tristan une Isolde de Wagner, compositeur qu’il adore tout en prenant distance avec sa conception messianique de la musique.
Le docu souligne combien Strauss fut au dĂ©but du siĂšcle, le tenant de la modernitĂ© lyrique, auteur d’une musique furieuse, spectaculaire et raffinĂ©e Ă  la fois, faisant de Dresde, ce lieu d’expĂ©rimentation, vĂ©ritable laboratoire des avancĂ©es et renouvellements lyriques avec Elektra et Salomé  Dommage que les grandes oeuvres orchestrales ne sont pas Ă©voquĂ©es ni mĂȘme citĂ©es : La Femme sans ombre, HĂ©lĂšne Ă©gyptienne, puis les opĂ©ras crĂ©pusculaires et nostalgiques Capriccio, DaphnĂ© ou l’Amour de Danaé 

strauss mosaique richard straussUn gĂ©nie empĂȘtrĂ© dans la honte
 Le chapitre que l’on attend concerne la collusion honteuse de Strauss avec le rĂ©gime nazi : une complaisance qui dure 12 annĂ©es et qui n’est pas Ă  son honneur ni Ă  son avantage. Aux jeux Olympiques de Berlin en 1936, Strauss, prĂ©sident de la chambre de musique du Reich compose l’hymne olympique, il est le compositeur le plus cĂ©lĂšbre en Allemagne depuis les annĂ©es 1920
 Hitler et Gobbels utilisent et instrumentalisent Ă  des fins de propagande sa cĂ©lĂ©britĂ© honorable, d’autant que l’humanisme lettrĂ© et classique de Strauss n’a jamais Ă©tĂ© militant ni engagĂ©. Son Ă©ducation le conduit Ă  se soumettre et servir le pouvoir : comme il l’a fait auprĂšs de l’Empereur François Joseph, puis Guillaume II, enfin Hitler. Cet aveuglement reste dĂ©concertant, d’autant que dans lettres et conversations rapportĂ©es, Strauss exprime clairement sa distance d’un rĂ©gime dont il annonce trĂšs vite la fin attendue. En 1944, il fait une visite au camp de musiciens de Theresienstadt pour y faire libĂ©rer la grand mĂšre de sa belle fille : Strauss avait la naĂŻvetĂ© de croire que son crĂ©dit et son statut suffiraient Ă  obtenir cette libĂ©ration sans la rĂ©sistance des tortionnaires
 Evidemment, personne n’est libĂ©rĂ©. VoilĂ  qui en dit long sur cet aveuglement de la honte. En 1949, le chef hongrois juif Solti soutient sa totale dĂ©nazification et l’accueille triomphalement dan la ville de ses anciens succĂšs : Dresde. Tout un symbole. Avec les Quatre derniers lieder (qui sont en vĂ©ritĂ© 5 Ă  prĂ©sent), – hymne flamboyant et mĂ©lancolique, Strauss semble faire amande honorable, prier pour son rachat et en mĂȘme temps exprimer un adieu qui est renoncement au monde.
Le témoignages des artistes : Thomas Hampson (qui chante Mandryka dans Arabella à Salzbourg 2014 aux cÎtés de René Fleming), la mezzo Brigitte Fassbaender (interprÚte légendaire de Octavian
 qui témoigne son harcÚlement des fans que sa prise de rÎle à suscité à Munich en 1979), le chef Christian Thielemann 


Soirée Richard Strauss sur Arte

premiĂšre partie de programme

arte_logo_2013Concert Ă  Dresde pour les 150 ans : Christian Thielemann dirige au Semperoper de Dresde, la Staatskapelle de Dresde dans un cycle comprenant des extraits symphoniques et lyriques : Elektra, Le Chevalier Ă  la rose, Feuersnot et surtout perles orchestrales nĂ©obaroques : l’ouverture de HĂ©lĂšne l’Égyptienne et en particulier le final de DaphnĂ© qui narre musicalement la mĂ©tamorphose de la nymphe aimĂ©e d’Apollon en laurier, selon la lĂ©gende fĂ©erique et fantastique lĂ©guĂ©e par Ovide entre autres.

seconde partie de programme

arte_logo_2013La Femme sans ombre de Richard StraussDocumentaire de Reinhold Jaretszky : portrait de Richard Strauss en” gĂ©nie controversĂ©”. Bilan sur sa carriĂšre pendant le rĂ©gime hitlĂ©rien : Strauss compositeur germanique vivant incontournable ne fut-il qu’instrumentalisĂ© par les nazis ou chercha-t-il sciemment Ă  pactiser avec le diable pour recueillir privilĂšges et statuts officiels? Sa complicitĂ© avĂ©rĂ©e alors avec le chef Clemens Krauss lui aussi complaisant vis Ă  vis du rĂ©gime hitlĂ©rien ajoute au trouble… NommĂ© prĂ©sident de la Chambre de musique du Reich dĂšs 1933, adoubĂ© par Hitler, auteur d’hymnes de pure obĂ©issance (comme celui pour les Jeux Olympiques de 1936), Strauss mĂȘme s’il dĂ©missionna de sa charge prĂ©sidentielle, prit parti pour son librettiste juif, Zweig, au moment de la crĂ©ation de La Femme silencieuse en 1935 (sous la direction de Karl Böhm)… Le documentaire offre un large spectre d’analyse, soulignant combien le gĂ©nie de l’artiste fut grand, mais plus douteuses ses errances politiques et culturelles… A chacun de se faire son propre jugement. L’immense stature du compositeur dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš s’affirme elle de façon indiscutable.

 

Arte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. Soirée Richard Strauss : concert et docu.

CD. Strauss conducts Strauss (7 cd Deutsche Grammophon)

strauss conducts strauss cd deutsche grammophonCD. Strauss conducts Strauss (7 cd Deutsche Grammophon). Coffret complĂ©mentaire aux opĂ©ras du maĂźtre – somptueusement rĂ©Ă©ditĂ©s en une intĂ©grale lyrique Ă©vĂ©nement chez Deutsche Grammophon, voici l’autre carriĂšre de Strauss, non pas le compositeur mais le chef d’orchestre. Une personnalitĂ© trĂšs cĂ©lĂ©brĂ©e de son vivant Ă©videmment au service de ses propres Ɠuvres dont il assura les nombreuses crĂ©ations avec une nervositĂ© et cette prĂ©cision inouĂŻe qui surgit de tous les enregistrements ici rĂ©unis.

L’Ă©lĂšve de Bulow
Strauss doit Ă  Hans von Bulow sa carriĂšre prĂ©coce de Kapellmeister : le chef wagnĂ©rien, crĂ©ateur de Tristan et des MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg le fait engager comme son assistant : le jeune Strauss ĂągĂ© de 21 ans se taille une place de choix Ă  la Cour de Meiningen. De Bulow, Strauss apprend la discipline, l’exigence, le travail sur les Ɠuvres pour en comprendre donc en exprimer l’intensitĂ© poĂ©tique, la fulgurante vĂ©ritĂ©. Rien de mĂ©canique dans ce regard, sinon le scrupule d’un esthĂšte qui veut comprendre profondĂ©ment les partitions qu’il est amenĂ© Ă  diriger. En cela, Strauss incarne comme Gustav Mahler la double activitĂ© d’une pensĂ©e musicale en action : composer et diriger.
L’acuitĂ© et l’intelligence du Strauss chef d’orchestre ne tardent pas Ă  porter leurs fruits : Ă  Meinengen, puis surtout Munich, enfin Berlin (Orchestre royal de Prusse dĂšs 1898), le chef approfondit son mĂ©tier. Il dirige aussi Ă  Bayreuth (5 reprĂ©sentations de TannhĂ€user en 1894) Ă  l’Ă©poque oĂč le jeune compositeur porte Ă  Munich de 1889 Ă  1896) en une forme inĂ©galĂ©e depuis, l’essor du poĂšme symphonique dans le sillon de Liszt et Berlioz. Un tel gĂ©nie de l’Ă©criture dramatique douĂ© pour l’orchestration, dĂ©voile comme chef une mĂȘme vitalitĂ© irrĂ©sistible. Les deux carriĂšres sont encore plus intimement mĂȘlĂ©es lorsqu’il prend la direction de l’OpĂ©ra de Vienne (avec un autre chef Franck Schalk) en 1919, l’annĂ©e de la crĂ©ation de son opĂ©ra romantique fĂ©erique et oriental, La Femme sans ombre (sur le livret de Hugo von Hofmannsthal). Strauss codirigera ainsi l’OpĂ©ra de Vienne et jusqu’en 1924. Gustav Mahler avait dirigĂ© l’auguste maison avant lui de 1897 Ă  1907.
Contrairement Ă  ce qui a Ă©tĂ© dit et repris sans respect de la rĂ©alitĂ©, la direction de Strauss ne se limite pas au tic tac rĂ©gulier d’un bĂąton portĂ© par un impatient soucieux de faire valoir la montre… image bien rĂ©ductrice d’un immense musicien qui connaissant la musique et le drame musical de l’intĂ©rieur, savait exprimer l’essence poĂ©tique des situations comme personne : tous les tĂ©moignages de l’Ă©poque sont unanimes pour reconnaĂźtre sa valeur comme mozartien, -entre autres- ardent dĂ©fenseur et vibrant interprĂšte de Cosi fan tutte, son opĂ©ra prĂ©fĂ©rĂ© de Wolfgang, alors trĂšs peu connu. En plus d’ĂȘtre un travailleur acharnĂ©, Strauss fut aussi capable d’un rare discernement.
Le legs de ce coffret de 7 cd dĂ©voile en mono, la baguette souple, ardente du chef dans les annĂ©es 1920 et 1930, d’une lĂ©gĂšretĂ© idĂ©ale au service de ses propres Ɠuvres, majoritairement avec l’orchestre de la Staatskappelle de Berlin. Le plus tardif reste Don Quichotte de 1933. ComplĂ©mentaire, le cd 3 Ă©claire l’approche plus efficace encore du maĂźtre mĂ»r en 1941 avec l’orchestre d’Etat de BaviĂšre (Bayerisches Staatsorchester) dans Une vie de hĂ©ros oĂč rĂšgne l’Ă©clat d’une vitalitĂ© prĂ©servĂ©e, intacte.
Autre pépite du coffret, les 3 Symphonies ultimes de Mozart, traversées par une activité trépidante soucieuse de contrastes et de lumiÚre intérieure, et les Symphonies 5 et 7 de Beethoven, conquérantes, structurées, claires et allantes, témoignages précieux du compositeur maestro, enregistrés alors avec la Staatskappelle de Berlin en 1926.
Strauss by Strauss mĂ©ritait bien cet Ă©clairage exhaustif. Il reste aux amateurs Ă  (re)dĂ©couvrir ses derniĂšres captations rĂ©alisĂ©es pour le Reich avec le Philharmonique de Vienne en 1944 : lĂ  aussi un tĂ©moignage Ă  connaĂźtre indiscutablement, rĂ©vĂ©lant le trĂšs grand interprĂšte de ses propres Ɠuvres comme ici le dĂ©fenseur inspirĂ© de Mozart et de Beethoven.

Coffret Strauss conducts Strauss. 7 cd Deutsche Grammophon. Strauss : Don Juan, Till Eulenspiegel, Intermezzo (extraits), Danse des 7 voiles de Salomé (Berliner Philharmoniker), Don Quixote, Suite du Bourgeois Gentilhomme, Ein Heldebleben (Une vie de héros), Valses du Chevalier à la rose, lieder. Mozart, Beethoven. Staatskapelle de Berlin, Bayerisches Statsorchester. Richard Strauss, direction (1926-1941).

Strauss: Eine Alpensinfonie, Symphonie Alpestre

De Taillefer Ă  la Sonate pour violon ... : l'autre StraussFrance Musique, jeudi 12 juin 2014, 20h. Symphonie Alpestre de Strauss. Direct Ă©vĂ©nement sur France Musique. La chaĂźne radiophonique nous offre l’Ă©coute du dernier grand poĂšme symphonique de Richard Strauss, Une Symphonie Alpestre (Eine Alpen Symphonie), achevĂ©e en 1915 alors que dĂ©jĂ  reconnu et cĂ©lĂšbre comme chef et compositeur (photo ci-contre comme chef d’orchestre au moment de la crĂ©ation de la Symphonie alpestre en octobre 1915), le musicien, passionnĂ© de randonnĂ©es et d’excursions en montagne, rĂ©sidait aux pieds du massif alpestre dans sa maison bavaroise de Garmish, non loin de Munich, sa ville natale.

 

 

Un opéra des cimes

 

 

A 51 ans, Richard Strauss possĂšde idĂ©alement la maĂźtrise de l’Ă©criture symphonique et de l’instrumentation en grand format: pas moins de 120 instrumentistes, ceux de l’orchestre de la Hoffkapelle de Dresde, pour mener Ă  bien la crĂ©ation de son oeuvre gigantesque, le 28 octobre 1915. A contrario de l’atonalisme moderniste de Schoenberg et de ses disciples, dans le contexte d’Ă©clatement politique et de guerre qui traverse toute l’Europe, Strauss demeure rĂ©solument tonal dans un cycle d’un foisonnement formel inĂ©dit et sur le plan poĂ©tique et architectural, d’une indiscutable unitĂ©. Les critiques ont, fidĂšles Ă  leur tempĂ©rament pointilleux, attaquer l’oeuvre sur son cĂŽtĂ© monumental, sa verve naĂŻve, plus descriptive que spirituelle. Or rien n’est plus faux: Strauss avait souhaitĂ© dans un premier temps intitulĂ© sa Symphonie alpestre: “l’AntĂ©christ”, par rĂ©fĂ©rence à Nietszche dont il partageait les idĂ©es quant Ă  la religion et Ă  la nĂ©cessitĂ© qui s’impose Ă  l’homme dans le dĂ©passement de sa condition par l’esprit de travail et l’admiration dans la nature miraculeuse

Aux cĂŽtĂ©s de Nietzsche, Strauss ajoute aussi ses lectures de Manfred de Byron (il Ă©voque prĂ©cisĂ©ment fidĂšle au texte du poĂšte romantique anglais, la prĂ©sence d’une fĂ©e dans le tableau impressionnant de la cascade…). Le compositeur aussi bon randonneur, comme Mahler ou Schoenberg, que lettrĂ©, et de surcroĂźt fin connaisseur de poĂ©sie, Ă©difie une symphonie littĂ©raire et personnelle d’une indiscutable cohĂ©rence.
Sur le plan de l’Ă©criture, il repousse trĂšs loin les possibilitĂ©s expressives et formelles du cadre symphonique. Le documentaire outre une courte Ă©vocation de sa vie (nĂ© Ă  Munich, le 11 mai 1864), Ă©voquant les relations personnelles de l’artiste crĂ©ateur avec le motif naturel en particulier la montagne (sa rĂ©sidence de Garmisch donne sur le sommet de la Zugspitze, vĂ©ritable condensĂ© de la grandeur des cimes alpines), s’intĂ©resse aux procĂ©dĂ©s de la plume, tableau par tableau.”Tout programme poĂ©tique, Ă©crit Strauss, est une patĂšre sur laquelle j’accroche le dĂ©veloppement musical de mes sentiments. Toute autre chose serait un pĂ©chĂ© contre l’esprit de la musique“. Il s’agit donc d’une rĂ©itĂ©ration personnelle oĂč le filtre subjectif a toute sa place. VoilĂ  pourquoi les ommentateurs en parlant uniquement de musique Ă  programme, descriptive et narrative, se trompent totalement.
 
 
 

Strauss construit le plus bel hommage face Ă  la rĂ©alisation miraculeuse de la nature: il ne cherche pas Dieu, il tĂ©moigne de la grandeur vertigineuse de sa rĂ©alisation.Le commentaire resserrĂ©, analyse les points essentiels de l’Ă©criture straussienne, en suivant Ă©tape par Ă©tape (22 sous-titres sont insĂ©rĂ©s par Strauss pour “Ă©clairer” chaque Ă©pisode de la Symphonie), le cheminement de l’alpiniste pendant sa journĂ©e de randonnĂ©e sur le massif alpestre: ascension, excursion, sommet, puis descente. Tout le cycle des 4 mouvements, dĂ©bute par la nuit (Ă©vocation sombre voire lugubre, trĂšs impressionnante d’oĂč jaillit la montagne, grandiose et colossale vision) puis s’achĂšve dans l’Ă©vocation de la mĂȘme nuit. Les options expressives de Strauss empruntent beaucoup Ă  l’opĂ©ra: machine Ă  orage, boĂźte Ă  tonnerre, fanfare Ă©loignĂ©e (pour Ă©voquer en une distanciation sonore Ă©tagĂ©e dans l’espace, la forĂȘt ample et profonde qui s’offre au randonneur), caractĂ©risation mĂ©lodique des “personnages” dont le “hĂ©ros”: l’alpiniste.
Oeuvre personnelle, dĂ©monstration de ses aptitudes Ă  traiter la grande forme, mais aussi expĂ©rimentation de nouvelles combinaisons sonores pour l’orchestre “classique” (certes adaptĂ© dans un cadre colossal), Une Symphonie Alpestre apporte au moment oĂč l’Europe de 1915 connaĂźt la guerre et l’Ă©mergence brutale des modernismes, une illustration Ă©blouissante de l’Ă©criture symphonique portĂ©e Ă  ses extrĂȘmes expressifs. Strauss ne retrouvera guĂšre un tel orchestre qu’avec La Femme sans ombre dont la gravitĂ© des couleurs, et l’expression du gouffre tragique sombrent dans la noirceur Ă  hauteur d’homme (quant Une Symphonie alpestre exalte l’Ă©lĂ©vation et la cĂ©leste et transcendante vision depuis les cimes), aprĂšs le choc de la premiĂšre guerre mondiale.France Musique. jeudi 12 juin 2014 Ă  20h. Concert diffusĂ© en direct du TCE Ă  Paris

 

 

Richard Strauss
Extraits d’Intermezzo
Eine Alpensinfonie op 64

Richard Wagner : Wesendonck lieder

Christianne Stotijn, mezzo soprano
Orchestre national de France
Direction : Semyon Bychkov

Illustrations: Richard Strauss (DR)

 

Les 150 ans de Richard Strauss : concert et docu.

strauss richard maestro chef d orchestreArte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. SoirĂ©e Richard Strauss : concert et docu.  Pour les 150 ans de Richard Strauss (ce 11 juin 2014 : il est nĂ© Ă  Munich le 11 juin 1864), Arte dĂ©die une soirĂ©e spĂ©ciale au compositeur bavarois, gĂ©nie du poĂšme symphonique et de l’opĂ©ra au passage des deux siĂšcles, 19Ăš/20Ăš : un crĂ©ateur immense aussi sĂ©duisant que contradictoire voire rĂ©prĂ©hensible car ses agissements pendant le rĂ©gime nazi ne finissent pas de susciter d’inĂ©vitables interrogations, prĂ©fĂ©rant rester dans l’Allemagne barbare plutĂŽt que comme certains s’en Ă©loigner. Le brahmsien osa et avec quelle inventivitĂ© fĂ©conde, combiner Mozart et … Wagner, recherchant dans tous ses opĂ©ras, la fusion idĂ©ale entre drame thĂ©Ăątral et Ă©criture musicale, renouvelant la langue lyrique avec un sens du naturel et de la fluiditĂ© inĂ©galĂ©e Ă  son Ă©poque.

 

 

 

premiĂšre partie de programme

arte_logo_2013Concert Ă  Dresde pour les 150 ans : Christian Thielemann dirige au Semperoper de Dresde, la Staatskapelle de Dresde dans un cycle comprenant des extraits symphoniques et lyriques : Elektra, Le Chevalier Ă  la rose, Feuersnot et surtout perles orchestrales nĂ©obaroques : l’ouverture de HĂ©lĂšne l’Égyptienne et en particulier le final de DaphnĂ© qui narre musicalement la mĂ©tamorphose de la nymphe aimĂ©e d’Apollon en laurier, selon la lĂ©gende fĂ©erique et fantastique lĂ©guĂ©e par Ovide entre autres.

 

 

seconde partie de programme

arte_logo_2013La Femme sans ombre de Richard StraussDocumentaire de Reinhold Jaretszky : portrait de Richard Strauss en” gĂ©nie controversĂ©”. Bilan sur sa carriĂšre pendant le rĂ©gime hitlĂ©rien : Strauss compositeur germanique vivant incontournable ne fut-il qu’instrumentalisĂ© par les nazis ou chercha-t-il sciemment Ă  pactiser avec le diable pour recueillir privilĂšges et statuts officiels? Sa complicitĂ© avĂ©rĂ©e alors avec le chef Clemens Krauss lui aussi complaisant vis Ă  vis du rĂ©gime hitlĂ©rien ajoute au trouble… NommĂ© prĂ©sident de la Chambre de musique du Reich dĂšs 1933, adoubĂ© par Hitler, auteur d’hymnes de pure obĂ©issance (comme celui pour les Jeux Olympiques de 1936), Strauss mĂȘme s’il dĂ©missionna de sa charge prĂ©sidentielle, prit parti pour son librettiste juif, Zweig, au moment de la crĂ©ation de La Femme silencieuse en 1935 (sous la direction de Karl Böhm)… Le documentaire offre un large spectre d’analyse, soulignant combien le gĂ©nie de l’artiste fut grand, mais plus douteuses ses errances politiques et culturelles… A chacun de se faire son propre jugement. L’immense stature du compositeur dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš s’affirme elle de façon indiscutable.

 

Arte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. Soirée Richard Strauss : concert et docu.

CD. Clemens Krauss : Richard Strauss, The complete Decca recordings (5 cd Decca)

krauss-strauss-complete-decca-recordings-cd-coffret-clemens-krauss-richard-straussClemens Krauss : Richard Strauss, The complete Decca recordings (5 cd Decca). Pour cĂ©lĂ©brer le 150Ăšme anniversaire de la naissance de Richard Strauss, Decca rĂ©Ă©dite le legs de l’un de ses plus fervents interprĂštes, unanimement reconnu sur le plan artistique … mais politiquement bien contestable : Clemens Krauss. Le chef viennois profita concrĂštement de l’essor du rĂ©gime nazi pour dĂ©velopper sa carriĂšre, en dehors de toute rigueur morale, se dĂ©fendant (trop facilement) de ne jamais ” mĂȘler art et politique “. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il avait un sens de l’Ă©thique plutĂŽt Ă©lastique. MĂȘme s’il fut dĂ©nazifiĂ© en 1947 (comme Strauss), le dĂ©bat quant Ă  sa participation au sein de l’Allemagne culturelle Ă  l’Ă©poque hitlĂ©rienne est loin d’ĂȘtre clos. C’est pourquoi, avant de critiquer sur le plan musical les 5 cd de ce coffret nouveau,  il nous paraĂźt important de brosser un court portrait de Clemens Krauss qui fut un proche de Richard Strauss.

Contradiction viennoise

NĂ© en 1893, Clemens Krauss appartient Ă  la race des seigneurs, s’affirmant dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme comme un chef d’envergure et de vision captivante, dont la gĂ©nĂ©ration est celle des Victor de Sabata ou Karl Böhm…

Comme Kleiber et Böhm, Krauss incarne l’Ă©lĂ©gance viennoise, ayant  inventĂ© -mĂ©rite non nĂ©gligeable quand on en sait la rĂ©ussite jamais dĂ©mentie jusqu’Ă  nos jours-, le Concert du Nouvel An (et ce dĂšs 1939 soit en pleine apogĂ©e nazie), rite depuis lors cĂ©lĂ©brĂ© avec les Wiener Philharmoniker au Konzerthaus de Vienne…

Clemens est le fils d’une danseuse de 15 ans, elle-mĂȘme niĂšce de Gabriele Krauss, soprano estimĂ©e par Verdi. Le pĂšre de Clemens Ă©tait cavalier virtuose Ă  la Cour de l’Empereur François-Joseph. Le futur chef est l’enfant d’une famille artiste : dans son sang coule le pur esprit viennois, tissĂ© de joyaux et de contradictions parfois effrayantes… La sensibilitĂ©, le goĂ»t, le style du jeune Krauss lui permettent de se faire remarquer par Franz Schalk alors directeur de l’OpĂ©ra de Vienne dont il nomme Krauss, en 1922, premier Kapellmeister. Clemens a 29 ans. Sa sublime et fine direction (d’aprĂšs les tĂ©moignages) du Chevalier Ă  la rose de Richard Strauss lui vaut tous les honneurs dont l’amitiĂ© inĂ©luctable du compositeur soi-mĂȘme dont il devient un proche et un collaborateur dĂ©sormais rĂ©gulier. AprĂšs la direction de l’OpĂ©ra de Frankfort (1924-1929), Krauss devient en 1929, directeur de l’OpĂ©ra de Vienne. Exigeant de ses musiciens, jusqu’Ă  des limites insoutenables en rĂ©pĂ©tition, le chef laisse ses musiciens du Wiener Philharmoniker jouer en libertĂ© au moment des reprĂ©sentations publiques : aprĂšs la sueur, le plaisir partagĂ© et parfois la grĂące de concerts inoubliables.

Un génie de la  baguette proche des nazis

L’essor des nazis lui est profitable (et sa collusion avec les dĂ©cisionnaires nazis lui vaudra une rĂ©putation trĂšs entachĂ©e), qu’on en  juge : Krauss prend la direction de l’OpĂ©ra de Berlin en 1935 aprĂšs la dĂ©mission de l’humaniste Erich Kleiber (le pĂšre de Carlos) ; puis celle de l’OpĂ©ra de Munich en 1937 aprĂšs le dĂ©part de Knappertsbuch… et en 1939, aprĂšs l’Anschluss, la direction du festival de Salzbourg. Opportuniste et vorace, Krauss devient la personnalitĂ© incontournable de l’Allemagne hitlĂ©rienne. Les annĂ©es les plus noires de l’Allemagne et de l’Autriche correspondent Ă  l’Ăąge d’or de la carriĂšre de Krauss dĂ©sormais champion de la cause straussienne : c’est Clemens Krauss qui crĂ©e (avec la complicitĂ© de son Ă©pouse la soprano Viorica Ursuleac) Ă  Dresde Arabella (1933), Jour de Paix Ă  Munich (1938), puis Capriccio Ă©galement Ă  Munich en 1942 dont il a Ă©crit le livret ! Ce palmarĂšs aurait aussi comptĂ© la crĂ©ation de L’Amour de DanaĂ© dont il assure jusqu’Ă  la gĂ©nĂ©rale en 1944 Ă  Salzbourg, crĂ©ation avortĂ©e Ă  cause de la fermeture de tous les thĂ©Ăątres pour cause de guerre gĂ©nĂ©rale. La crĂ©ation n’en sera assurĂ©e qu’en 1952, aprĂšs la guerre et la dĂ©nazification de Strauss.

Le procĂšs en dĂ©nazification de Clemens Krauss est rĂ©alisĂ© de 1945 Ă  1947 : s’il s’est rĂ©vĂ©lĂ© trĂšs entreprenant auprĂšs des instances nazies, Krauss a cependant sauvĂ© des juifs, n’hĂ©sitant pas non plus en moderne provocateur Ă  programmer les ” ennemis ” Debussy et Ravel alors interdits pour cause de guerre. Krauss demeure comme son mentor Richard Strauss, une personnalitĂ© contradictoire, troublante, un artiste d’une incontestable sĂ©duction dont les actes perturbent.  SĂ©parant l’art de la politique, Ă  torts ou Ă  raisons, Krauss poursuit une carriĂšre Ă©clatante, politiquement et moralement contestable, mais artistiquement inattaquable. VoilĂ  le paradoxe du “cas Krauss”, trĂšs proche dans ce sens de celui d’un Karajan : les deux chefs auront d’ailleurs le zĂšle d’obtenir leur carte du parti national-socialiste…

Le retour en grĂące, aprĂšs la guerre et ses accointances avec les nazis, survient quand Wieland Wagner l’appelle en 1953 Ă  Bayreuth pour y diriger Le Ring et Parsifal, provoquant le dĂ©part de Knappertsbush qui ne souhaitait pas partager l’affiche avec un “fieffĂ© nazi”. Quoiqu’il en soit, ses versions du Ring et de Parsifal, allĂ©gĂ©es, vibrantes, dramatiques et fluides Ă  la fois, sont des modĂšles toujours cĂ©lĂ©brĂ©s qui annoncent nombre de lectures plus modernes. En 1954, Krauss allait reprendre la direction de l’OpĂ©ra de Vienne Ă  la demande du ministĂšre de la culture autrichien quand un mĂ©cĂšne rĂ©solument antinazi menaçant de retirer son important soutien financier, empĂȘcha le Viennois de retrouver son statut d’avant la guerre : Krauss meurt Ă  Mexico le 16 mai 1954 d’une crise cardiaque. Il n’avait que 60 ans.

krauss-clemens-krauss-chef-nazi-richard-strauss

Contenu du coffret  Clemens Krauss, Richard Strauss : the complete Decca recordings. De fait les 5 cd Decca regroupent le legs Strauss de Krauss le plus intĂ©ressant… ici majoritairement symphonique dont l’attention au flux dramatique recueille Ă©videmment l’intelligence du chef lyrique.  Ce n’est pas pour rien que Krauss fut nommĂ© directeur des OpĂ©ras de Vienne,  Francfort et Berlin… en dehors du contexte sulfureux qui le concerne,  ses talents interprĂ©tatif sont indiscutables.

Decca capte la direction d’un chef usĂ© et marquĂ© par les Ă©vĂ©nements,  celui des annĂ©es 1950, c’est Ă  dire 4 ans avant sa disparition soit de 1950 Ă  1954. Ainsi dans ce cycle surtout symphonique,  la SalomĂ© Ă©ruptive incandescente,  vocalement caractĂ©risĂ©e de mars 1954 – avec le Wiener Philharmoniker- , fait figure de testament artistique comme son Ring et son Parsifal bayreuthiens de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Christel Goltz (SalomĂ©), Julius Patzak (Herode), Anton Dermota (Narraboth), … entre autres confirment ce travail associant cohĂ©rence vocale et dramatisme nerveux dont tĂ©moigne aussi Ă  la mĂȘme Ă©poque et comme l’emblĂšme de ce “style viennois” d’aprĂšs guerre,  Karl Böhm Ă  la mĂȘme Ă©poque puis surtout aprĂšs la mort de Krauss.

De l’annĂ©e 1953 datent les incontournables Aus Italien,  Don Quichotte,  …. passionnantes Ă©galement ses versions de Zarathoustra (1950), et surtout de la symphonie autobiographique de Strauss ici enregistrĂ©e en 1952: Ein heldenleben opus 40… autant de lectures ardentes toutes rĂ©alisĂ©es avec les instrumentistes du Wiener Philharmoniker.

Clemens Krauss : Richard Strauss, The complete Decca recordings (5 cd Decca)

CD. Richard Strauss : the other Strauss (3 cd Erato).

the other strauss warner erato ri chard strauss cd 3 cdCD. Richard Strauss :  the other Strauss (3 cd Erato). Comme l’Ă©diteur l’avait fait pour la centenaire Wagner (coffret Wagner : The other Wagner), Warner rĂ©cidive, a cherchĂ© dans ses archives plusieurs piĂšces oubliĂ©es : le rĂ©sultat dĂ©passe notre attente. Les rĂ©vĂ©lations sont nombreuses dans ce coffret Ă©vĂ©nement. Symphonique, vocal, chambriste, le programme des 3 cd contribue autrement et superbement Ă  notre connaissance habituelle de Strauss, ajoutant au catalogue des oeuvres lyriques du compositeur bavarois, plusieurs piĂšces peu connues voire inĂ©dites qui pourtant dĂ©fendent l’écriture straussienne avec panache et raffinement. Le CD1 met l’accent sur les Ɠuvres vocales avec l’apport le plus bĂ©nĂ©fique : Taillefer de 1902, fresque mĂ©diĂ©vale (inspirĂ©e par la figure du mĂ©nestrel Taillefer compagnon de l’invasion normande par Guillaume la conquĂ©rant), pour trĂšs grand effectif, premiĂšre incursion de Strauss dans le colossal
 Michel Plasson dĂ©voile en 1997 une partition dramatique et passionnĂ©e qui dĂ©voile sa dĂ©mesure dans la scĂšne de bataille : Ă©crite deux annĂ©es avant SalomĂ©, la piĂšce pour choeur, grand orchestre et trois solistes annonce les accomplissements lyriques Ă  venir. Une vraie rĂ©vĂ©lation. A l’inverse le plus intime Wandrers Sturmlied (chant du voyageur dans la tempĂȘte) de 1884 (Strauss a 19 ans) indique l’ñme romantique et brahmsienne du jeune homme conscient aprĂšs Goethe de son gĂ©nie distinctif.

De Taillefer au Festliches PrĂ€ludium
 l’autre Strauss

CLIC_macaron_2014CD2 : l’ampleur spatiale de Festliches PrĂ€ludium opus 61 pour grand orchestre et orgue montre le colossal straussien Ă  son meilleur dĂ©fendu par Sawalisch (live, 1993) ; le prĂ©lude du premier opĂ©ra Guntram opus 25 souligne combien le jeune Strauss se souvient de Rienzi, wagnĂ©rien encore submergĂ© / envoĂ»tĂ© par le modĂšle de son maĂźtre Wagner ; aussi convaincante la suite symphonique extraite par Strauss lui-mĂȘme de La Femme sans ombre : Jeffrey Tate et le Philharmonique Rotterdam (1991-1992) s’y montrent inspirĂ©s, habiles Ă  exprimer et le lyrisme moral faisant l’apologie de la compassion, et les dĂ©flagrations guerriĂšres souvent chthoniennes en liaison avec la boucherie vocifĂ©rante de la premiĂšre guerre mondiale pendant laquelle l’opĂ©ra fantastique fĂ©erique conçu avec Hofmannsthal a Ă©tĂ© composĂ©.
Le CD3 : dans le registre non plus orchestral mais intimiste et chambriste, le cd3 fait la part belle aux Ɠuvres confidentielles par l’effectif mais tout aussi inspirĂ©es sur le plan musical et poĂ©tique. Comme chez Mahler, l’autobiographie occupe une place essentielle chez Strauss : pour preuve, en filigrane, le climat Ă©rotique (finale) de la fiĂ©vreuse Sonate pour violon et piano de 1887 quand le compositeur s’enflamme pour sa future Ă©pouse, la soprano Pauline de Ahna : leur relation parfois houleuse, rendant compte d’un petit enfer domestique, inspirera encore bien des ouvrages, de la Femme sans ombre (scĂšnes conjugales entre Brak et sa femme) Ă  Intermezzo
 MĂȘme entrain dans la Sonate pour violoncelle (opus 6), plus ancienne encore (1882) et qui pourrait tĂ©moigner de la passion du jeune Strauss pour l’épouse de son ami violoncelliste Hans Wihan
 les versions sont trĂšs correctement dĂ©fendues par d’ardents interprĂštes (Vadim Repin et Boris Berezovsky, en 2001 pour la Sonate violon/piano ; Mstislav Rostropovitch pour l’opus 6 en 1974). Coffret indispensable pour l’annĂ©e 2014, marquant le 150Ăšme anniversaire de la naissance de Strauss.

Richard Strauss: The Other Richard Strauss. Coffret 3 CD Warner classics 0825646349289.

 

Lire aussi notre dossier Richard Strauss 2014

L’incandescente Elektra de ChĂ©reau sur Arte

TĂ©lĂ©,  Arte. Strauss : Elektra par ChĂ©reau. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. Dans une arĂšne dĂ©pouillĂ©e qui laisse tout voir du mouvement des figures sur la scĂšne, l’action tragique aux accents expressionnistes hystĂ©riques se dĂ©voile retrouvant la noblesse Ă©purĂ©e et la grandeur austĂšre des drames d’Eschyle et de Sophocle. Patrice ChĂ©reau nous laisse une vision personnelle et trĂšs engagĂ©e de la mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra. Il reste l’un des plus rĂ©cents rĂ©formateurs du thĂ©Ăątre lyrique. Dans cette production du troisiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss (et son premier ouvrage avec l’immense poĂšte Hugo van Hofmannsthal), ChĂ©reau travaille le corps de ses interprĂštes comme s’il s’agissait d’une facette de l’ñme. Sans a priori le metteur en scĂšne redĂ©finit les enjeux psychologiques de chacun des protagonistes, en fouillant en particulier le livret parvenu, en interrogeant chaque mot du texte d’Hofmannsthal.

 

 

 Télé, Arte. La fulgurante ELEKTRA de Patrice Chéreau

 

 

Patrice ChĂ©reau laisse avec Elektra (crĂ©Ă© en 1909),  son ultime scĂ©nographie Ă  l’opĂ©ra,  l’une de ses rĂ©alisations les plus abouties.  Fille tiraillĂ©e entre le dĂ©sir de vengeance de celui qui lui a donnĂ© l’amour -son pĂšre Agamemnon-, et la volontĂ© de tuer celle qui ne lui a rien donnĂ©,  sa mĂšre Clytemnestre (qui a tuĂ© le pĂšre), la pauvre fille crie son impuissante volontĂ©, elle hurle sa douleur solitaire (car sa sƓur ChrysostĂ©mis elle veut tourner la page et vivre), c’est d’abord une victime blessĂ©e,  une ombre errante en quĂȘte d’identitĂ©;  en s’appuyant sur les intentions de Strauss et de son librettiste, ChĂ©reau brosse un nouveau portrait d’Elektra en Ă©clairant sa relation avec la mĂšre
 InterprĂšte familiĂšre et qui connaĂźt idĂ©alement le rĂŽle de Clytemnestre, la mezzo incandescente Waltraud Meier rĂ©pond magnifiquement au travail de ChĂ©reau. .. c’est aussi aux cĂŽtĂ©s de la fille,  la figure ambiguĂ« et bouleversante de la mĂšre qui frappe immĂ©diatement.
CrĂ©Ă©e Ă  l’étĂ© 2013 (festival d’Aix en Provence juillet 2013), la production d’Elektra que diffuse Arte montre combien Chereau dĂ©cĂ©dĂ© en octobre 2013, plaçait l’humain au centre de son travail avec un sens de l’économie et du rythme sans Ă©quivalent (sauf peut ĂȘtre Pina Baush, celle du Sacre du printemps
.). MĂȘme ivresse fulgurante, mĂȘme fascination pour le chant du corps embrasĂ© dont la danse/transe relaie la vocalitĂ© de la musique quand cette derniĂšre ne suffit plus. Production Ă©vĂ©nement d’autant plus opportune pour l’annĂ©e 2014 du 150 Ăšme anniversaire de Strass et aussi comme hommage Ă  l’apport de Patrice Chereau Ă  la scĂšne lyrique. En lire +, lire notre critique du spectacle Elektra de Strauss par ChĂ©reau (Aix 2013)

 

Télé,  Arte. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. 

 

 

Strauss : l’Elektra de Patrice ChĂ©reau (Aix 2013)

TĂ©lĂ©,  Arte. Strauss : Elektra par ChĂ©reau. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. Patrice ChĂ©reau nous laisse une vision personnelle et trĂšs engagĂ©e de la mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra. Il reste l’un des plus rĂ©cents rĂ©formateurs du thĂ©Ăątre lyrique. Dans cette production du troisiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss (et son premier ouvrage avec l’immense poĂšte Hugo van Hofmannsthal), ChĂ©reau travaille le corps de ses interprĂštes comme s’il s’agissait d’une facette de l’Ăąme.  Dans une arĂšne dĂ©pouillĂ©e qui laisse tout voir du mouvement des figures sur la scĂšne, l’action tragique aux accents expressionnistes hystĂ©riques se dĂ©voile retrouvant la noblesse Ă©purĂ©e et la grandeur austĂšre des drames d’Eschyle et de Sophocle. Sans Ă  priori le metteur en scĂšne redĂ©finit les enjeux psychologiques de chacun des protagonistes, en fouillant en particulier le livret parvenu, en interrogeant chaque mot du texte d’Hofmannsthal.

 

elektra,M116011Patrice ChĂ©reau laisse avec Elektra (crĂ©Ă© en 1909),  son ultime scĂ©nographie Ă  l’opĂ©ra,  l’une de ses rĂ©alisations les plus abouties.  Fille tiraillĂ©e entre le dĂ©sir de vengeance de celui qui lui a donnĂ© l’amour -son pĂšre Agamemnon-, et la volontĂ© de tuer celle qui ne lui a rien donnĂ©,  sa mĂšre Clytemnestre (qui a tuĂ© le pĂšre), la pauvre fille crie son impuissante volontĂ©, elle hurle sa douleur solitaire (car sa sƓur ChrysostĂ©mis elle veut tourner la page et vivre), c’est d’abord une victime blessĂ©e,  une ombre errante en quĂȘte d’identitĂ©;  en s’appuyant sur les intentions de Strauss et de son librettiste, ChĂ©reau brosse un nouveau portrait d’Elektra en Ă©clairant sa relation avec la mĂšre… InterprĂšte familiĂšre et qui connaĂźt idĂ©alement le rĂŽle de Clytemnestre, la mezzo incandescente Waltraud Meier rĂ©pond magnifiquement au travail de ChĂ©reau. .. c’est aussi aux cĂŽtĂ©s de la fille,  la figure ambiguĂ« et bouleversante de la mĂšre qui frappe immĂ©diatement.
CrĂ©Ă©e Ă  l’Ă©tĂ© 2013 (festival d’Aix en Provence juillet 2013), la production d’Elektra que diffuse Arte montre combien Chereau dĂ©cĂ©dĂ© en octobre 2013, plaçait l’humain au centre de son travail avec un sens de l’Ă©conomie et du rythme sans Ă©quivalent (sauf peut ĂȘtre Pina Baush, celle du Sacre du printemps….). MĂȘme ivresse fulgurante, mĂȘme fascination pour le chant du corps embrasĂ© dont la danse/transe relaie la vocalitĂ© de la musique quand cette derniĂšre ne suffit plus. Production Ă©vĂ©nement d’autant plus opportune pour l’annĂ©e 2014 du 150 Ăšme anniversaire de Strass et aussi comme hommage Ă  l’apport de Patrice Chereau Ă  la scĂšne lyrique.

Télé,  Arte. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. 

Avec Clytemnestre (Waltraud Meier), ChrysotĂ©mis (Adrianne Pieczonka), Elektra (Evelyn Herlitzius)… Mise en scĂšne : Patrice ChĂ©reau. Orchestre de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction. EnregistrĂ© en juillet 2013 au festival d’Aix en Provence.

elektra_strauss_hofmannsthal_chereau_aix_2014

  

Ce que nous en pensons …..On sait en voyant un spectacle de ChĂ©reau combien le corps, les gestes millimĂ©trĂ©s, le jeu des mouvements et des regards et la face expressive des chanteurs acteurs seront mis en avant. De fait, cette Elektra aixoise n’échappe Ă  cette rĂšgle. L’homme de thĂ©Ăątre fait de chaque opĂ©ra investi et questionnĂ©s selon sa grille, d’abord une performance thĂ©Ăątrale et
 physique.

Au dĂ©but, ces laveuses, balais et seaux d’eau (pour enlever les traces des crimes ensanglantĂ©s qui y ont Ă©tĂ© commis?), le dialogue hystĂ©rique et exclusivement fĂ©minin entre les partisanes de la princesse Elektra et ses dĂ©nonciatrices
 installent un climat d’abattoir, de terreur, de conspiration Ă  la fois malsaine et animale. Le choix de la grande niche monumentale – vide et nĂ©ant en miroir de la solitude de la princesse -, mais aussi ombre mouvante avec le soleil qui se dĂ©place comme sur un cadran solaire est magnifique dans son Ă©pure austĂšre et antique. Il rappelle aussi que tout se passe ici en une journĂ©e.

C’est d’ailleurs le seul insigne de l’AntiquitĂ© grecque ici abordĂ©e par Strauss et son librettiste Hofmannsthal. C’est peu dire que le travail du scĂ©nographe s’est concentrĂ© surtout sur la relation entre Elektra et sa mĂšre Clytemnestre : une mĂšre dĂ©truite elle aussi, dĂ©vorĂ©e par ses rĂȘves de terreur et ses nuits sans sommeil. ApeurĂ©e, inquiĂšte, mais aussi hallucinĂ©e par la nĂ©cessitĂ© d’un nouveau sacrifice, Waltraud Meier fait une performance saisissante. Plus encore captivante, Elektra elle-mĂȘme dont ChĂ©reau transmet au delĂ  des cris et des hurlements fĂ©lins, la blessure secrĂšte d’une Ăąme jeune sevrĂ©e trop tĂŽt, en manque d’amour et de tendresse, endeuillĂ©e par la mort de son pĂšre assassinĂ© qui lui avait tout donné  bouleversante humanitĂ©.

Lire aussi notre dossier sur le personnage d’Elektra, figure fĂ©minine fascinante de l’opĂ©ra de Richard Strauss, aux cĂŽtĂ©s de SalomĂ©, DaphnĂ©, HĂ©lĂšne …

Illustration : P.Victor Artcomart 2014

 

CD. Richard Strauss : An Alpine Symphony, Ein Alpensinfonie. Daniel Harding, direction

Strauss_alpine symphony Daniel hardingCD. Richard Strauss : An Alpine Symphony Ein Alpensinfonie. Daniel Harding, direction. A la tĂȘte de l’Orchestre Saito Kinen au Japon le chef britannique s’attaque Ă  un monstre symphonique qui Ă  son Ă©poque Ă©gale les fusĂ©es mahlĂ©riennes, aspirĂ©es depuis leurs premiĂšres notes, vers la cime des Ă©toiles. C’est une formidable machine qu’un bon chef habituĂ© des grands effectifs doit faire dĂ©coller… comme un vaisseau spatial. MalgrĂ© son prĂ©texte anecdotique (les Ă©tapes d’une ascension dans les Alpes avec en point culminant la magnificence des sommets enneigĂ©s, la tempĂȘte comme catastrophe, puis la descente dans un climat d’apaisement extatique), l’Ɠuvre comme c’est le cas de la Symphonie pastorale de Beethoven (comptant elle aussi un orage) est moins descriptive que hautement symbolique, son propos exprimant tous les sentiments suscitĂ©s par le miracle de la nature : une admiration non dĂ©pourvue d’inquiĂ©tude voire de surprise.
Hardin comme Jordan et l’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris, dans une version rĂ©cente (2012), se montre Ă  la hauteur d’une partition impressionnante, convaincant par son sens de l’architecture comme de la clartĂ© de la polyphonie. La baguette veille Ă  chaque entrĂ©e, soigne l’Ă©loquence majestueuse des thĂšmes, mesure la brume de la texture orchestrale sans noyer les timbres, avec une Ă©vidente prĂ©occupation de clartĂ© dans les Ă©tagements et la spatialisation (cors lointains, bois, cloches…). Il y manque cependant un vrai souffle capable de tirer le dĂ©veloppement et l’enchaĂźnement des sĂ©quences (parfaitement dĂ©crites) au delĂ  d’un simple catalogue d’effets et d’idĂ©es (certaines gĂ©niales) strictement rĂ©aliste. Harding expose la totalitĂ© des composantes du trĂšs riche flux musical, sans vraiment prendre parti, or il faut cependant une vision mystique et panthĂ©iste voire Ă  dĂ©faut poĂ©tique, pour assurer ce lien organique qui fait l’unitĂ© de la partition. Jordan par exemple savait travailler avec une rĂ©elle sensibilitĂ© chambriste la transparence et la lumineuse activitĂ© de l’Ɠuvre. Cependant l’honnĂȘtetĂ© du chef britannique qui fait effectivement tout entendre, reste louable.
TerminĂ©e en 1915, Une symphonie Alpestre recueille l’expertise du Strauss narratif douĂ© d’un remarquable tempĂ©rament dramatique dans ses nombreux poĂšmes symphoniques. S’y amplifie ce flot impĂ©tueux d’essence philharmonique au trĂšs grand format qui rappelle souvent la dĂ©mesure et le flamboiement spirituel de l’opĂ©ra contemporain La Femme sans ombre (qui sera d’ailleurs crĂ©Ă© aprĂšs la guerre). Le dĂ©luge et les vertigineuses portĂ©es orchestrales dĂ©passent de loin tout ce qui a Ă©tĂ© entendu, soulignant le Strauss bĂątisseur Ă  l’Ă©chelle du cosmos. Sans vraiment s’imposer cette nouvelle lecture, apporte la preuve d’une partition de haute valeur qui exige prĂ©cision et profondeur.

Richard Strauss : Eine Alpensinfonie, An Alpine Symphony. Saito Kinen Orchestra. Daniel Harding, direction. Parution : le 3 mars 2014. 1 cd Deca 0289 478 6422 6 CD DDD DH

Les Femmes selon Richard Strauss

Richard Strauss : portraits de femmes. De SalomĂ© Ă  Capriccio, soit au cours de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle, Richard Strauss, comme Massenet ou Puccini aura laissĂ© une exceptionnelle galerie de portraits fĂ©minins. Lente Ă©volution qui d’ouvrages en partitions, recueille les fruits d’ une Ă©criture musicale en mĂ©tamorphose, et prĂ©cise la place et le rĂŽle de la femme vis Ă  vis du hĂ©ros.  Alors que Wagner n’envisage pour ses hĂ©roĂŻnes qu’un aspect certes flamboyant mais unique (et qui le destine souvent Ă  mourir), celui d’un ange salvateur Ɠuvrant pour le salut du maudit (le hĂ©ros et le compositeur se fondent ici), Strauss, avec son librettiste Hofmannsthal fouillent l’ambivalence contradictoire de la psychĂ© fĂ©minine avec une subtilitĂ© rarement atteinte au thĂ©Ăątre. Selon les sources empruntĂ©es et le sujet central de l’opĂ©ra, l’hĂ©roĂŻne est ici solitaire Ă©goĂŻste comme emprisonnĂ©e dĂ©finitivement par ses propres obsessions, ou Ă  l’inverse, mobile et gĂ©nĂ©reuse, souvent sujet d’une mĂ©tamorphose imprĂ©vue, capable de sauver le hĂ©ros dont elle a croisĂ© le destin. L’itinĂ©raire de la femme au cours d’un seul ouvrage traverse bien des Ă©preuves : elle pose clairement le principe de la transformation, du changement qui du dĂ©but Ă  la fin de l’ouvrage, indique une progression souvent passionnante Ă  suivre.

 

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Certaines comme SalomĂ© ou DaphnĂ© demeurent Ă©trangĂšres Ă  tout renouvellement de l’esprit : leur carriĂšre suit toujours le mĂȘme dessein, ĂȘtre seule, sans amour puis mourir ou ĂȘtre pĂ©trifiĂ©e. Leur route est fixe et ne cible qu’une inĂ©luctable fin tragique. Elles s’opposent ouvertement au corps social, ne dĂ©sirant Ă  aucun moment lui appartenir… D’autres Ă©clairent les tumultes et tempĂȘtes d’une vie de couple parfois Ă  la lumiĂšre de la propre expĂ©rience de Strauss : immersion rĂ©aliste dans l’aventure domestique oĂč la querelle et le soupçon, l’incommunicabilitĂ© profonde menace un destin qui Ă  une Ă©poque s’est envisagĂ© Ă  deux (quel avenir pour le mariage  et le serment de confiance rĂ©ciproque qui lui est liĂ©?) : ainsi la femme du teinturier dans La femme sans ombre, surtout Christine, l’Ă©pouse du chef d’orchestre Robert Storch dans Intermezzo (le livret de Strauss lui-mĂȘme indique clairement un sens souvent autobiographique dans l’Ă©criture de l’ouvrage). Et puis il y a les gĂ©nĂ©reuses loyales qui par amour accomplissent l’impossible, dĂ©fient le sort et la loi divine, s’offrent – comme Isolde, sans compter (HĂ©lĂšne Ă©gyptienne) ou Ă  l’inverse, renoncent en un geste de dĂ©tachement ultime qui s’apparente aussi Ă  l’amour (La MarĂ©chale dans Le Chevalier Ă  la rose). De telles figures si humaines et fraternelles accomplissent leur destin grĂące au pouvoir Ă©vocatoire de la musique, la seule en vĂ©ritĂ© qui semble capable d’exprimer l’indicible intelligence fĂ©minine, le chant et les notes plutĂŽt que tout discours verbal fĂ»t-il poĂ©tique. N’est ce pas ce qu’aurait pu dĂ©fendre Strauss lui-mĂȘme dont Capriccio, son dernier opĂ©ra (1942) indique clairement l’opinion comme le tempĂ©rament : si Ă  la fin de l’opĂ©ra, la question reste en suspend, il semble bien que par la voix de la Comtesse Madeleine, le compositeur dĂ©fende bien les vertus de son art: quelle autre discipline mieux que la musique peut dĂ©voiler la vie intime des ĂȘtres ?

 

 

 

année Strauss 2014 : la femme selon Richard Strauss

Portraits de femmes…

 

 

A l’occasion de l’annĂ©e Richard Strauss 2014, – 150 Ăšme anniversaire de la naissance, classiquenews dresse le portrait de ses femmes sublimes dont la musique de Strauss Ă©claire dĂ©sirs et vellĂ©itĂ©s de la nature profonde.

 

 

SalomĂ© : le dĂ©sir monstrueux. salome_titien_tiziano_salome_5-Salome-1512-Tiziano-TitianSalomĂ© incarne mieux que toute autre, l’idĂ©al fĂ©minin de Strauss qui souhaitait, de son propre aveu, ĂȘtre captivĂ© et saisi par la figure d’une hĂ©roĂŻne centrale. C’est assurĂ©ment le cas de SalomĂ© dont le tempĂ©rament oriental et vĂ©nĂ©neux prĂ©figure l’Ă©rotisme Ă©nigmatique de Lulu.
Par les yeux d’HĂ©rode, Strauss semble scruter  la courbe frĂ©nĂ©tique et provocante du corps adolescent pendant la danse des sept voiles. Jouissive, perverse, SalomĂ© concentre son dĂ©sir sur la bouche de Jokanaan le ProphĂšte, quand elle demeure insensible au jeune capitaine syrien Narraboth qui terrassĂ© et donc manipulĂ©, se jette Ă  ses pieds avant de se suicider, Ă©conduit… Par elle, s’Ă©coule l’ivresse sensorielle qui envoĂ»te et hypnotise ; puis son obsession suscite la dĂ©capitation du ProphĂšte, semant la terreur autour d’elle. Inconsciente Ă  toute raison, la jeune femme encore pubĂšre sĂšme frustration et mort sur son chemin : il n’est d’autre issue que la mort pour rompre le charme fatal de la sirĂšne enjĂŽleuse. A la beautĂ© de sa silhouette, Strauss ajoute par le pouvoir d’une musique nĂ©vrotique et expressionniste mais flamboyante et terriblement sensuelle, le trouble que produit la jeunesse criminelle : l’innocence de SalomĂ© contredit ses fantasmes qui confinent Ă  la folie barbare. C’est la beautĂ© du diable : une mante religieuse dans le corps d’une lolita.
Sous le masque de la candeur gracile se cache la figure d’un monstre. Ici le dĂ©sir n’est canalisĂ© par aucun ordre moral : il s’exacerbe et se consume jusqu’Ă  la mort. La jeune fille de 16 ans qui doit chanter comme une Isolde, incarne l’opĂ©ra le plus torride jamais Ă©crit avant lui : manifeste Ă©ruptif d’un dĂ©sir unilatĂ©ral qui Ă  a sa crĂ©ation Ă  Dresde en dĂ©cembre 1905, reste le plus grand scandale lyrique d’Europe, et aussi le premier triomphe de son jeune auteur (tout juste quadra). Illustration : SalomĂ© par Titien (DR)

 

electre_pompei_fresque_romaineElektra : venger le pĂšre. Elektra (Dresde, 1909) n’est pas une femme comme les autres : en elle, brĂ»le le feu de la vengeance, un brasier pour lequel elle renonce Ă  sa vie propre, Ă©carte tout bonheur et tout amour. A l’injonction structurante : vis ta vie, sois toi-mĂȘme ! Elektra rĂ©pond : je ne peux pas : j’aime trop mon pĂšre. Rien n’importe plus que venger la mort du pĂšre (Agamemnon), donc tuer la mĂšre (Clytemnestre) : l’objet de son obsession. Elketra n’a pas dĂ©passĂ© son complexe Ɠdipien. Tout l’opĂ©ra qui dĂ©coule de la piĂšce de thĂ©Ăątre de Hofmannsthal (1903) se concentre sur le dĂ©lire psychique, la quĂȘte obsessionnelle d’Elektra. C’est un huit-clos psychologique qui confine Ă  l’étouffement. Certes on ne cesse de souligner la finalitĂ© tragique et l’emprisonnement de la jeune femme qui erre comme une bĂȘte aux abords du palais de sa mĂšre criminelle. Mais tiraillĂ©e par les Ă©vĂ©nements qui l’accablent, comment Elektra aurait-elle pu agir autrement que dans l’esprit de vengeance? Elle ne peut s’en sortir qu’en vengeant son pĂšre. A contrario de sa sƓur ChrysothĂ©mis qui veut vivre sa vie, Elektra ne peut vivre sans se libĂ©rer de sa quĂȘte. LĂ  encore comme dans SalomĂ©, Strauss trouve une figure fĂ©minine centrale, totalement hallucinante. Ne supportant pas l’impunitĂ© de l’assassinat, l’hĂ©roĂŻne veut faire expier : la mort appelle, exige la mort. Mais elle ne peut le faire seule : cette impuissance fonde la violence dĂ©chirĂ©e du personnage. Et quand son frĂšre Oreste retrouvĂ©, rĂ©alise la punition tant espĂ©rĂ©e, Elektra s’effondre 
 morte. En outre leurs retrouvailles restent dans la vie de l’hĂ©roĂŻne l’instant le plus humain de l’opĂ©ra, un rĂ©pit dans une arĂšne suffocante.

 Outre la formidable musique que compose Strauss, le livret d’Hofmannsthal s’intĂ©resse au verbe poĂ©tique d’Elektra : en elle coule la source d’une connaissance supĂ©rieure, celle du mot juste qui dĂ©nonce et exhorte. Pour le poĂšte librettiste, Elektra est une figure de l’artiste qui voit tout, mais son existence n’est qu’un exutoire ; le verbe rĂ©pĂšte toujours et encore la tragĂ©die de l’acte traumatisant. Le verbe d’Elektra, cri et incantation, emprisonne : il est vouĂ© Ă  la rĂ©pĂ©tition car il ne rĂ©sout rien. Elektra est d’abord une victime d’autant plus qu’elle ne surmonte pas le crime de son pĂšre. Sa solitude est terrible car mĂȘme la vengeance qu’elle exige, ne la libĂ©rera pas. Elle est condamnĂ©e de toute façon dĂšs le dĂ©but de l’opĂ©ra. Pas de lien social pour Elektra ni SalomĂ©. Mais le sort tragique surhumain de deux figures absolues, l’une portĂ©e par son seul dĂ©sir ; la seconde tout autant enchaĂźnĂ©e Ă  la vengeance qui la consume. Illustration : jeune romaine, fresques de Pompei (DR).

 

Poussin_la-sacre-d-apollon_strauss-helene-egypteLa quĂȘte d’HĂ©lĂšne Ă©gyptienne 
 Dernier opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss, HĂ©lĂšne Ă©gyptienne crĂ©Ă© en 1928 confirme l’AntiquitĂ© comme une source rĂ©guliĂšre et inĂ©puisable : aprĂšs Elektra, Arianne, voici donc HĂ©lĂšne mais dans un Ă©pisode moins connu, celui indirectement lĂ©guĂ© par Euripide. HomĂšre retrouve HĂ©lĂšne et MĂ©nĂ©las, heureux comme rĂ©conciliĂ©s, malgrĂ© la sĂ©quence d’HĂ©lĂšne enlevĂ© par Paris jusqu’à Troie
 Or selon Euripide, soucieux d’expliquer les retrouvailles des Ă©poux, imagine qu’en rĂ©alitĂ©, PĂąris aurait enlevĂ© le fantĂŽme d’HĂ©lĂšne ; la vraie HĂ©lĂšne se serait enfuie en Egypte Ă  la cour du ProtĂ©e oĂč l’époux dubitatif et d’abord trompĂ©, la retrouve ; elle lui aurait toujours Ă©tĂ© loyale.
HĂ©lĂšne Ă©gyptienne raconte l’histoire d’une femme en quĂȘte de son Ă©poux, cherchant Ă  rĂ©tablir la confiance dans leur couple en dĂ©pit d’une rĂ©putation tronquĂ©e mais nĂ©faste
 en dĂ©pit de l’infidĂ©litĂ© dont elle s’est rendue coupable. Contre la fatalitĂ© et le poison du soupçon, HĂ©lĂšne veut croire au serment du mariage : ĂȘtre fidĂšle Ă  son Ă©poux, c’est enfin accomplir son destin. Il n’est jamais trop tard. Voici encore une fois, la figure d’une femme admirable qui souffrante dĂ©sire ĂȘtre sauvĂ©e. En lire +

 

 

 

 

Ă  suivre …
Prochain épisode : La Maréchale du Chevalier à la rose (1911)

Richard Strauss : intégrale lyrique, complete operas. 33 cd Deutsche Grammophon

strauss complete operas deutsche grammophon 33 cd richard straussRichard Strauss : intĂ©grale lyrique, complete operas. 33 cd Deutsche Grammophon. On en rĂȘvait : aprĂšs les coffrets Erato (opĂ©ras et intĂ©grale symphonique) voici enfin la somme straussienne Ă©ditĂ©e par le label en or, Deutsche Grammophon. C’est l’aboutissement d’une politique Ă©ditoriale exhaustive qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  puiser ailleurs pour offrir la plus complĂšte des intĂ©grales opĂ©ratiques, d’autant plus opportune pour l’anniversaire Strauss 2014 (150Ăšme anniversaire de sa naissance). Si les thĂ©Ăątres d’opĂ©ras et les festivals ne battent pas encore le pavĂ© pour cĂ©lĂ©brer le plus grand gĂ©nie lyrique du XXĂšme siĂšcle postromantique, saluons toujours l’initiative des labels de nous offrir de quoi satisfaire notre appĂ©tit
 straussien. Le coffret rĂ©unit donc les 15 opĂ©ras du grand Richard, ici classĂ©s non chronologiquement (ce qui aurait donnĂ© de Guntram en 1893 Ă  Capriccio en 1941), mais alphabĂ©tiquement, soit de Arabella, Aridane auf Naxos, Capriccio Ă  Die Liebe der DanĂ€e (L’Amour de DanaĂ©), Der Rosenkavalier et SalomĂ©. Le coffret comprend aussi les Quatre derniers lieder dans la version inĂ©galĂ©e depuis sa rĂ©alisation : celle de Jessye Norman sous la baguette de Kurt Masur. Les mĂ©lomanes s’en souviennent l’album Ă©tait paru en 1983 (sous Ă©tiquette aujourd’hui Ă©teinte, Philips).  Rares et moins connues que les versions autres souvent excellentes : L’Ariadne de Voigt sous les doigts enivrĂ©s mystiques du regrettĂ© Sinopoli, la DaphnĂ© de GĂŒden (Böhm), L’Amour de DanaĂ© en provenance du festival de Salzbourg 1952 sous la direction de Klemens Kraus (un proche de Strauss lui-mĂȘme et donc se sentant rĂ©ceptacle d’une orthodoxie que l’on jugera sur piĂšce).

Plus prĂ©cieux encore l’Intermezzo de Lucia Popp (from Emi), le court et pacifiste Feuersnot (Leinsdorf en provenance de la Radio allemande).

Avec le recul et d’un premier regard synthĂ©tique, cette somme incontournable met en avant les chefs grands straussien : Karl Böhm (Capriccio, DaphnĂ©, Die Schweigsame frau), Georg Solti (Elektra, Die Frau ohne schatten, Der Rosenkavalier), Sinopoli (SalomĂ©, Der Friedenstag, Ariadne auf Naxos), puis paraissent les chefs d’une partition, mais enlevĂ©e avec quelle fiĂšvre : Leinsdrof pour Feuersnot, Dorati pour HĂ©lĂšne Egyptienne, Krauss pour L’Amour de Danaé  grand absent de tout Strauss : Karajan. Remarquons que Sawallisch si prĂ©sent dans le coffret Erato, ne paraĂźt ici qu’une fois  pour Ă©videmment l’inouĂŻ Intermezzo avec cette mĂȘme Lucia Popp inoubliable.

CLIC_macaron_20dec13Et puis, lire tous les opĂ©ras sur une seule face, laisse dĂ©concertĂ© par le gĂ©nie de Richard Strauss : aprĂšs Guntram, le compositeur s’intĂ©resse surtout aux portraits de femmes, comme Puccini. Que dire de l’Arabella de Lisa della Casa, l’Ariane de Deborah Voigt, la DaphnĂ© de GĂŒden (rivale de Lucia Popp d’ailleurs dans ce rĂŽle Ă©blouissant), l’Elektra de Nilson,  l’ImpĂ©ratrice de Varady, la femme du teinturier de Behrens, l’HĂ©lĂšne de Gwyneth Jones, La MarĂ©chale de Crespin ou la Salome de Cheryl Studer ? Elles sont toutes autant que Jessye Norman dans les lieder, d’inoubliables figures straussiennes. Qui rendent ce coffret Ă©vĂ©nement absolument incontournable. Prochaine grande critique dans le mag cd de classiquenews.com

Richard Strauss : intégrale lyrique, complete operas. 33 cd Deutsche Grammophon.

Dossier spécial Richard Strauss 2014 : 150Úme anniversaire

Dossier spĂ©cial Richard Strauss 2014 (150Ăšme anniversaire). Strauss, symphoniste puis lyrique. L’expĂ©rience lyrique de Richard Strauss nĂ© en 1864 (dĂ©cĂ©dĂ© en 1949) profite au prĂ©alable de l’aventure symphonique du compositeur qui dans le genre du poĂšme pour orchestre seul et de la Symphonie proprement dite marque l’histoire de la musique (et du postromatisme post wagnĂ©rien Ă  l’Ă©poque de Mahler…) dans la derniĂšre quinzaine du XIXĂšme siĂšcle. Pour le 150Ăšme anniversaire de sa naissance (le 11 juin 2014 prĂ©cisĂ©ment), classiquenews dĂ©die ce dossier spĂ©cial qui offre un bilan du legs lyrique du plus grand symphoniste du XXĂšme siĂšcle… Lire notre dossier Richard Strauss 2014 (dont notre sĂ©lection cd 2014)

 

STRAUSS_582_327_dossiers_HOME_UNE

 

 

La Femme sans ombre de Richard Strauss

Strauss richardFrance Musique. En direct du Metropolitan Opera de New York.  Samedi 15 fĂ©vrier 2014, 19h. Richard Strauss : La Femme sans ombre. Anne Schwanewilms (l’ImpĂ©ratrice)… Vladimir Jurowski, direction. Le plus de cette production c’est Ă©videmment les moyens investis pour le plus grand opĂ©ra de Strauss (son ” dernier opĂ©ra romantique “), d’une imagination orchestrale fertile, sauvage et chambriste, c’est Ă  dire wagnĂ©rienne et mozartienne ; un sujet fĂ©Ă©erique et philosophique Ă  l’enseignement plus que compassionnel : humaniste. Dans La Femme sans ombre, le sommet de sa collaboration avec le poĂšte et librettiste Hugo von Hofmannsthal, Strauss qui a dĂ©jĂ  conçu, avec son Ă©crivain fĂ©tiche, Ariadne auf naxos et Le Chevalier Ă  la rose, traite du principe allomatique et fraternel des destins croisĂ©s. Pour sauver l’Empereur son Ă©ternel amant, l’ImpĂ©ratrice, transparente comme une idĂ©e, doit prendre l’ombre d’une mortelle : s’incarner, c’est Ă  dire … souffrir ; mais dans sa quĂȘte Ă©goĂŻste, elle croise la figure du teinturier Barak et de sa femme ; touchĂ©e par la condition mortelle, essentiellement tragique et douloureuse – comment ne pas la dĂ©noncer dans l’Europe Ă  sang de la premiĂšre guerre mondiale-, un miracle se produit : face Ă  l’Ă©preuve de la tentation finale, l’ImpĂ©ratrice refuse de voler l’Ă©pouse, mĂȘme si la vie de l’Empereur en dĂ©pend… elle ne volera pas l’ombre de la misĂ©reuse et causer davantage de souffrance. Formidable symbole d’un humanisme appliquĂ© qui prend tout son sens Ă  l’Ă©poque de la genĂšse de l’opĂ©ra. La Femme sans ombre composĂ©e pendant le conflit mondial, sera crĂ©Ă© aprĂšs la guerre en 1919. De fait, l’orchestre fait entendre les secousses terrifiantes de la barbarie criminelle (lorsque l’ImpĂ©ratrice et sa nourrice descendent parmi les humains), la vaine agitation de la fange humaine embourbĂ©e dans sa trop misĂ©rable existence. A la fois fantastique et fĂ©erique, mais aussi rĂ©aliste et spirituel, La Femme sans ombre est l’un des sommets lyriques du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, et avec Le Chevalier Ă  la rose, l’offrande la plus convaincante Ă©laborĂ©e par le duo Strauss / Hofmannshtal.
A New York, une ImpĂ©ratrice de choc : la straussienne Anne Schwanewilms qui connaĂźt le rĂŽle pour l’avoir dĂ©fendu dĂ©jĂ  Ă  Salzbourg Ă  l’Ă©tĂ© 2011 (festival Ă©minemment straussien sous la direction de Christian Thielemann) et fut aussi Ă  Sazlbourg encore une MarĂ©chale de choc… Pour l’annĂ©e Strauss 2014, la diffusion de cette production Ă©vĂ©nement, sous la direction de l’efficace et prĂ©cis Vladimir Jurowski est incontournable (mise en scĂšne : Herbert Wernicke).

logo_francemusiqueRichard Strauss : La Femme sans ombre, Die Frau ohne schatten, 1919.
France Musique, samedi 15 février 2014 à partir de 19h. En direct

CD. STRAUSS : Complete orchestral works. IntĂ©grale de l’oeuvre orchestrale (9 cd Warner classics)

CLIC_macaron_2014CD. Richard Strauss : Complete orchestral works. IntĂ©grale de l’oeuvre orchestral (9 cd Warner classics). Staatskapelle Dresden. Rudolf Kempe, direction. Le coffret, heureuse exhumation des archives EMI Ă  prĂ©sent sous Ă©tiquette Warner classics, rĂ©tablit le profil d’un maestro d’une idĂ©ale affinitĂ© avec le compositeur bavarois, qu’il sert avec une sensibilitĂ© humble, ciselĂ©e, admirable.
L’intelligence avec laquelle le chef Rudolf Kempe (dĂ©cĂ©dĂ© en 1976) architecture chaque plan d’ensemble, laissant surtout une lisibilitĂ© lĂ©gĂšre et fluide Ă  chaque partie instrumentale dĂ©concerte ; une telle intelligence de conception embrase littĂ©ralement l’intensitĂ© et la progression dramatique des poĂšmes symphoniques proprement dits, mais aussi les massifs orchestraux les plus ambitieux tels Une Symphonie Alpestre, Aus Italien, surtout Une vie de hĂ©ros Ă  laquelle  Kempe sait apporter une exaltation ciselĂ©e Ă©poustouflante, le tout dans une rĂ©alisation studio qui flatte et dĂ©taille chaque Ă©clair instrumental.

Rudolf Kempe, immense straussien

STRAUSS_complete_orchestral_works_kempe_warner_classics_cd_1970L’auditeur suit l’Ă©volution de l’Ă©criture straussienne. Un tempĂ©rament qui sait aprĂšs Wagner, retrouver l’imagination d’un Liszt (autre gĂ©nie du poĂšme symphonique) et des Romantiques français : la verve narrative inspire Ă  l’orchestre une profusion de trouvailles et d’expĂ©rimentations souvent captivantes… Il est vrai qu’argument supplĂ©mentaire les bandes rĂ©Ă©ditĂ©es par Warner classics ont Ă©tĂ© pour ce coffret absolument indispensable, remastĂ©risĂ©es, rĂ©vĂ©lant des trĂ©sors de sensibilitĂ© musicale, d’une finesse et d’une intensitĂ© peu commune. La transparence, la clartĂ©, ce mordant dĂ©taillĂ© dont nous avons parlĂ© assure Ă  chaque lecture, une concentration chambriste superlative. L’amateur comme le nĂ©ophyte pourra suivre ici toute l’Ă©volution de l’Ă©criture de Strauss, l’une des Ă©popĂ©es symphoniques les plus exceptionnelles.

Kempe_rudolf_kempeA la tĂȘte d’un orchestre aux affinitĂ©s straussiennes Ă©videntes (et historiques : la Staatskapelle de Dresde a toujours abondamment jouĂ© Strauss), Rudolf Kempe (portrait ci contre) Ă©tait un grand straussien et lui aussi nĂ© Ă  … Dresde en 1910 : hautboĂŻste talentueux, il garde comme chef cette conscience instrumentale qui Ă©tonne et captive dans chacun de ses enregistrements. Premier hautboĂŻste au Gewandhaus de Leipzig, il sera dirigĂ© par FurtwĂ€ngler et Klemperer sans omettre Strauss lui-mĂȘme : cette expĂ©rience auprĂšs des plus grands lui assure la maturitĂ© et la vision qui nous enthousiasment tant aujourd’hui;  son allant, son style, sa sobriĂ©tĂ© et sa mesure (aucun effet ni astuce de baguette mais le service rendu au flamboiement de l’Ă©criture), une combinaison et un Ă©quilibre subtil entre Ă©lĂ©gance et sauvagerie (Une vie de hĂ©ros est Ă  ce titre dĂ©cidĂ©ment emblĂ©matique) font ici la diffĂ©rence, et le coffret de 9 cd regroupant toute la musique orchestrale (non lyrique) de Strauss, s’impose par son Ă©clat, vĂ©ritable entrĂ©e idĂ©ale pour tous ceux que l’univers straussien symphonique intĂ©resse, d’autant qu’il s’agit du prĂ©lude purement instrumental qui prĂ©pare les grands opĂ©ras avec Hofmannshtal, Zweig, Gregor… Sans les voix, tout l’opĂ©ra de Strauss est dĂ©jĂ  lĂ , avec ce panache lyrique qui fait de l’orchestre de Strauss l’un des plus captivants, avec celui de son contemporain, Gustav Mahler. Coffret hautement recommandable tant l’interprĂšte rĂ©vĂ©lĂ© ici sert admirablement le massif straussien.

Richard Strauss : Complete orchestral works. IntĂ©grale de l’oeuvre pour orchestre. Staatskapelle Dresden. Rudolf Kempe, direction. 9 cd Warner classics.

Compte-rendu : Aix-en-Provence. Grand ThĂ©Ăątre de Provence, le 10 juillet 2013. Strauss, Elektra. Evelyn Herlitzius, Waltraud Meier, Adrianne Pieczonka… Orchestre de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction. Patrice ChĂ©reau, mise en scĂšne.

Elektra Aix ChĂ©reauC’Ă©tait le grand Ă©vĂ©nement de cette saison 2013 du festival d’Aix-en-Provence (derniĂšre reprĂ©sentation le 13 juillet dernier).
Une superproduction (en partenariat avec la Scala, le Met, le Liceu, les opĂ©ras de Berlin et Helsinki) dont laffiche faisait dĂ©jĂ  saliver. Le rĂ©sultat s’est rĂ©vĂ©lĂ© encore supĂ©rieur aux attentes, extraordinaire Ă  tous points de vue et bouleversant de la premiĂšre Ă  la derniĂšre seconde.

 

 

Intelligence et profondeur

 

Tout dans la mise en scĂšne de Patrice ChĂ©reau, depuis la scĂ©nographie jusqu’Ă  la direction d’acteurs, met en valeur le drame implacable qui se dĂ©roule sous nos yeux. Il offre une lecture plus psychologique qu’ « expressionniste », sans diminuer la force du drame, et surtout avec une lintelligence et la sensibilitĂ© qui ont fait sa renommĂ©e. Si le dĂ©cor aux tons gris reste fidĂšle aux descriptions d’une cour intĂ©rieure de palais grec, le fond de la scĂšne est entiĂšrement occupĂ© par une alcĂŽve vide que l’on imagine accueillant autrefois une statue du roi Agamemnon. Cette absence devient aussi omniprĂ©sente pour le public que pour Elektra, qui vit recluse comme une mendiante en attendant que son pĂšre soit vengĂ©.

La chanteuse Evelyn Herlitzius se fond Ă  merveille dans ce rĂŽle de femme blessĂ©e, sans jamais verser dans l’hystĂ©rie caricaturale. Elle possĂšde une rare palette d’expressions qui la rend beaucoup plus cohĂ©rente et fouillĂ©e.
D’un strict point de vue vocal, le timbre n’est pas trĂšs joli, le vibrato envahissant et les attaques parfois fausses. Mais peut-ĂȘtre est-ce le prix Ă  payer pour offrir au public un tel impact en salle et une telle expressivitĂ©. Seule une voix aussi large peut passer l’immense orchestre straussien avec aisance, profitant dune projection proprement hallucinante. Sans doute les retransmissions gommeront-elles cette dimension spectaculaire pour faire ressortir les dĂ©fauts techniques.

L’art de l’Ă©quivoque

La grande inventivitĂ© de cette production est Ă©galement la lecture donnĂ©e par ChĂ©reau du personnage de KlytĂ€mnestra et de sa relation avec sa fille. Traditionnellement, la reine rĂ©gicide Ă  MycĂšnes est interprĂ©tĂ©e de maniĂšre outranciĂšre, si ce n’est expressionniste, se rĂ©fugiant dans une vaine cruautĂ© pour expier son crime. Ici, le metteur en scĂšne exploite l’ambiguĂŻtĂ© de leurs rapports, oscillant entre l’aversion et une complicitĂ© presque tendre : ainsi Elektra enlace affectueusement sa mĂšre avant de l’inviter Ă  se trancher la gorge. Waltraud Meier, une grande habituĂ©e du rĂŽle, achĂšve par ses talents d’actrice de rendre le personnage plus humain et plus sensible, si bien que lon se prend pour elle dune Ă©trange empathie.

Elektra entretient Ă©galement une relation trĂšs ambiguĂ« avec avec sa soeur Chrysothemis, Ă  qui Adrianne Pieczonka prĂȘte sa voix ample et fruitĂ©e. Si son interprĂ©tation est plus discrĂšte, la mise en scĂšne exploite de façon intĂ©ressante le trouble incestueux qui saisit les deux soeurs, notamment dans leur second duo. Mikhail Petrenko incarne avec sa voix sombre et sa haute stature un bel Oreste, mais scĂ©niquement presque maladroit.

Une performance unique

Chez Strauss, le personnage principal est souvent dĂ©tenu par l’orchestre. Esa Pekka-Salonen, Ă  la tĂȘte de lOrchestre de Paris, tient la gageure. Rarement l’on aura entendu la partition servie aussi admirablement : Ă  l’art de la prĂ©cision et des dĂ©tails orchestraux s’ajoute une gestion magistrale du flux orchestral. Les crescendos sont gĂ©rĂ©s Ă  la perfection, et finissent par Ă©clater avec une force implacable qui vous laisse rivĂ© Ă  votre siĂšge. L’Orchestre de Paris, gĂ©nĂ©ralement quelque peu routinier, s’enflamme Ă  Aix sous la baguette du chef finlandais et dĂ©borde littĂ©ralement d’Ă©nergie, transfigurĂ©.
Au-delĂ  de l’incroyable degrĂ© technique, de la qualitĂ© de chacun des Ă©lĂ©ments qui composent ce spectacle, – chanteurs, orchestre, mise en scĂšne -, la vĂ©ritable et rare cohĂ©rence de l’ensemble est Ă  saluer. Une performance qui fera date, Ă  n’en pas douter.

Aix-en-Provence. Grand Théùtre de Provence, le 10 juillet 2013. Richard Strauss, Elektra. Tragédie en un acte dHugo von Hofmannsthal, créée à Dresde en 1909. Avec : Evelyn Herlitzius, Elektra ; Waltraud Meier, KlytÀmnestra ; Adrianne Pieczonka, Chrysothemis ; Mikhail Petrenko, Orest ; Tom Randle, Aegisth. Coro Gulbenkian ; Orchestre de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction. Patrice Chéreau, mise en scÚne.

Année Richard Strauss 2014 : concerts et opéras

Strauss richard face 250AnnĂ©e Richard Strauss 2014 : concerts et opĂ©ras. Richard Strauss (1864-1949) occupe les feux de la rampe en 2014. Le mois de juin (le 11 juin prĂ©cisĂ©ment) marque ses … 150 ans. Un anniversaire fĂȘtĂ© en grande pompe ici et lĂ  dans le monde, de quoi vous rĂ©galer et pourquoi pas prĂ©parez votre prochain sĂ©jour ou voyage pour satisfaire votre passion. Strauss, combine Mozart et Wagner ; nous lui devons d’avoir rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre du poĂšme symphonique, tremplin virtuose et flamboyant prĂ©parant Ă  une Ă©criture dramatique et lyrique sans Ă©quivalent dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Sa facilitĂ© narrative que certains ont Ă©pingler en vain bavardage, se rĂ©alise pleinement dans l’opĂ©ra : il y renouvelle sans cesse une profonde interrogation sur la forme, entre parole et musique (le vrai sujet de Capriccio) mais aussi n’hĂ©sites pas Ă  mĂȘler les genres, les formes, les registres du drame. ProfondĂ©ment marquĂ© par les deux conflits mondiaux, Strauss milite pour un art engagĂ©, fonciĂšrement esthĂ©tique et humaniste. Sa collaboration avec Hugo von Hofmannsthal, jusqu’Ă  la mort de ce dernier en 1929, marque l’apothĂ©ose de son inspiration pour le thĂ©Ăątre – un duo miraculeux qui Ă©gale Mozart et Da Ponte : rĂ©fĂ©rence au baroque et Ă  Mozart, rĂ©flexion sur le sens de l’art et la mĂ©tamorphose Ă  l’Ɠuvre en chacun de nous, les opĂ©ras de Strauss demeurent une source d’approfondissement et de comprĂ©hension inĂ©puisable comme dĂ©lectable. Guntram, Feuersnot, puis Elektra SalomĂ©, Le Chevalier Ă  la rose, Ariane Ă  Naxos, La femme sans ombre puis HĂ©lĂšne d’Egypte, enfin Le femme silencieuse, Intermezzo, Capriccio, L’amour de DanaĂ© et DaphnĂ© jalonnent une oeuvre aussi flamboyante qu’intimiste. La vraie passion de Strauss Ă  part Lohengrin, fut bien de sonder la psychĂ© de ses hĂ©ros, dĂ©voiler toujours ce en quoi chacun pouvait se transformer au contact de l’autre (principe allomatique si lumineux dans la Femme sans ombre). Pas une Ɠuvre aussi fraternelle, profonde, poĂ©tique. Voici les Ă©vĂ©nement Strauss de l’annĂ©e 2014

nos événements Strauss en 2014

150Ăšme anniversaire de Richard Strauss

 

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussOpĂ©ra. Palerme : Feuersnot de Strauss au Teatro Massimo, 18-26 janvier 2014. Nouvelle production. L’annĂ©e Strauss (150Ăš anniversaire en 2014) commence bien avec cette production palermitaine d’un opĂ©ra mĂ©connu de Strauss, Feuersnot (1901). C’est le second opĂ©ra de Strauss aprĂšs Guntram (premiĂšre version 1894), et l’opus qui prĂ©lude directement Ă  SalomĂ© et Elektra, qui impose dĂ©finitivement le compositeur sur la scĂšne lyrique (respectivement (1905 et 1909). C’est un poĂšme Ă  chanter (Singgedicht) en un acte d’aprĂšs les lĂ©gendes flamandes de Wolf (1843).

Lire aussi notre dossier Richard Strauss 2014

 

 

les opĂ©ras de Richard Strauss Ă  l’affiche 2014

 

 

 

OpĂ©ra d’Helsinki
Der Rosenkavalier, Le chevalier Ă  la rose
13,15,17, 21 mai 2014
GĂŒttler, Marelli. Diener, N. Keiel, Rantala, Korhonen, Kortekangas

 

 

 

 

Opéra de Munich
Ariadne auf Naxos, Ariane Ă  Naxos
16,19,22 mai 2014
Fisch, Carsen. Merbeth, Brower, Archibald, R.D. Smith

 

 

 

 

Festival de Glyndebourne
Der Rosenkavalier, Le chevalier Ă  la rose
17,21,24,29 mai, 1er,5,8,12,15,19,22,26 juin 2014
Ticciati, R. Jones. Royal, Erraught, T. Gheorghiu, Woldt, M. Krauss, Keys, Gillet, Schneiderman

 

 

 

 

Scala de Milan
Elektra
18,21,24 mai, 3,6,10 juin 2014
Salonen, Chéreau. Meier, Hertzilius, Pieczonka, Randle, Pape

 

 

 

 

 

Opéra de Tokyo
Arabella
22,25,28,31 mai, 3 juin 2014
De Billy, Arlaud. Gabler, W. Koch, Bahrmann, H. Tsumaya, S. Takemoto

 

 

 

 

 

Opéra de Hambourg
Arabella
30 mai, 4,10,13 juin 2014
Soltesz, Bechtolf. Nylund, Rutherford, Tretyakova, Muff, C. Studer, Sumi Jo

 

 

 

 

Opéra de Dresde
Feuersnot
7,9,10 juin 2014
(Residenzschloss)
Klingele. J. MĂŒller, Eder, Willis-Sorensen, Liebold, Ullrich

 

 

 

 

Opéra de Francfort
Die Liebe der Danae (version de concert)
15,19 juin 2014
Weigle. Marco-Buhrmeister, Marsch, Gibson, Schwanewilms, Vuong, Ryan

 

 

 

 

Opéra du Capitole de Toulouse
Daphne
15,19,22,25,29 juin 2014
Haenchen, Kinmonth. Selig, A. Larsson, Tilling, M. Schmitt

 

 

 

 

Opéra de Dresde
Elektra
22,29 juin 2014
Frey. Hertzilius, Vaughn, Marquardt, Lobert, J. MĂŒller

 

 

 

 

 

Royal Opera Covent Garden, Londres
Ariadne auf Naxos, Ariane Ă  Naxos
25, 30 juin puis 3,10,13 juillet 2014
Pappano, Loy. Mattila, Archobald,Donose, Sacca, Werba, T.M. Allen

 

 

 

 

 

Opéra de Munich
Die Frau ohne Schatten, La Femme sans ombre
29 juin 2014
Weigle, Warlikowski. Pieckzonka, Botha, Polaski, Lundgren, Holecek

 

Feuersnot de Richard Strauss Ă  Palerme

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussOpĂ©ra. Palerme : Feuersnot de Strauss au Teatro Massimo, 18-26 janvier 2014. Nouvelle production. L’annĂ©e Strauss (150Ăš anniversaire en 2014) commence bien avec cette production palermitaine d’un opĂ©ra mĂ©connu de Strauss, Feuersnot (1901). C’est le second opĂ©ra de Strauss aprĂšs Guntram (premiĂšre version 1894), et l’opus qui prĂ©lude directement Ă  SalomĂ© et Elektra, qui impose dĂ©finitivement le compositeur sur la scĂšne lyrique (respectivement (1905 et 1909). C’est un poĂšme Ă  chanter (Singgedicht) en un acte d’aprĂšs les lĂ©gendes flamandes de Wolf (1843).

Palerme, Teatro Massimo
Richard Strauss : Feuersnot
Du 18 au 26 janvier 2014
6 représentations
Les 18, 21, 22, 24, 25, 26 janvier 2014
18h30,20h30

Poema cantato in un atto
Libretto di Ernst von Wolzogen

Gabriele Ferro, direction
Emma Dante, mise en scĂšne
voir distribution sur le site du Teatro Massimo de Palerme

Strauss_richard_404_portraitMunich, Ă  une Ă©poque indĂ©ternimĂ©e. L’histoire pourrait ĂȘtre une anecdote : Kunrad, l’hĂ©ritier du magicien Reichart, profite de la nuit de la Saint-Jean oĂč les enfants recueillent le bois du grand feu, de maison en maison, pour dĂ©clarer sa flamme Ă  la jeune Diemut, qu’il embrasse en public. Pour se venger d’une telle audace, la jeune fille le piĂšge et le fait suspendre depuis le balcon de sa chambre, oĂč le jeune homme espĂ©rer bien la conquĂ©rir.
Usant de ses pouvoirs, Kunrad plonge la ville (Munich) dans l’obscuritĂ©, disposĂ© Ă  rĂ©tablir l’ordre que si Diemut lui ouvre son cƓur … ce qui advient en fin d’action. Strauss poursuit musicalement la leçon de Wagner, exploite toutes les ressources dramatiques du livret pour emflammer son orchestre et profite ici des situations pour Ă©pingler la pensĂ©e Ă©troite des munichois bien conformes (n’avaient-ils pas chassĂ© Wagner et Cosima ? De sorte que l’on voit en gĂ©nĂ©ral une allusion et dĂ©fense de Wagner dans le personnage du maĂźtre de Kunrad, Reichart.

Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e, le 16 mai 2013. Richard Strauss : Ariadne auf Naxos. Julie Fuchs, LĂ©a Trommenschlager, Anna Destrael, Marc Haffner
 Ensemble Le Balcon. Maxime Pascal, direction. Benjamin Laza

Richard Strauss photo portrait profilCertains spectacles, dans de grandes salles, avec des distributions prestigieuses, des dispositifs pharaoniques, des moyens considĂ©rables, parviennent Ă  peine Ă  vous maintenir en Ă©veil et ne vous laissent que peu de souvenirs. D’autres, beaucoup plus modestes, vous bouleversent profondĂ©ment et vous donnent l’impression d’ĂȘtre au plus prĂšs de l’Ɠuvre  …  d’accĂ©der Ă  la pure substance  de la musique. L’Aridane auf Naxos prĂ©sentĂ©e par le ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e-Louis Jouvet appartient indĂ©niablement Ă  cette seconde catĂ©gorie.

 

 

Spontanéité

 

Qui aurait pourtant pu l’attendre d’une version de concert donnĂ©e par des musiciens dont la moyenne d’ñge doit avoisiner les 25-30 ans ? Et pour une Ɠuvre pensĂ©e uniquement pour la scĂšne ? C’était sans compter les talents de Benjamin Lazar. ‹Sa mise en scĂšne, qu’on pourrait davantage qualifier de « mise en espace » en raison de l’absence de dĂ©cors et d’une scĂšne mangĂ©e aux trois quarts par les instrumentistes dĂ©bordant de la fosse – parvient Ă  donner vie Ă  l’action de maniĂšre trĂšs astucieuse. Avec le peu de moyens Ă  sa disposition (un fond noir, les armatures sur lesquelles sont placĂ©s les musiciens, des costumes « de civils ») il rend l’action trĂšs humaine, crĂ©e des ambiances contrastĂ©es ; il profite du sujet pour jouer avec les conventions et casser les codes. Le public est mis Ă  contribution pendant quelques scĂšnes, alors que des personnages sillonnent le parterre, et sera mĂȘme invitĂ© Ă  taper joyeusement dans les mains – sans heureusement tomber dans le vulgaire.
Bref, ce qui pourrait ressembler de loin Ă  un spectacle montĂ© par des Ă©lĂšves de conservatoires dans une maison de quartier, se rĂ©vĂšle ĂȘtre en rĂ©alitĂ© une prestation d’un trĂšs grand professionnalisme, associĂ© Ă  une qualitĂ© musicale et artistique surprenantes.

Quand jeunesse peut – et sait …

La distribution vocale, d’une homogĂ©nĂ©itĂ© rare, participe aussi largement Ă  cette rĂ©ussite.‹Julie Fuchs est une jeune chanteuse dont la carriĂšre est dĂ©jĂ  bien lancĂ©e – elle fut la « RĂ©vĂ©lation lyrique » des Victoires de la musique classique 2012 – et qui aborde des rĂ©pertoires trĂšs variĂ©s avec beaucoup d’enthousiasme et de rĂ©ussite. Zerbinetta lui sied comme un gant, elle sait se faire dĂ©licieusement espiĂšgle et sĂ©ductrice. Et si certains suraigus ne sont pas encore tout Ă  fait assurĂ©s, la virtuositĂ© du rĂŽle ne l’handicape nullement !‹Dans le rĂŽle d’Ariadne, LĂ©a Trommenschlager, 27 ans, surprend par sa maturitĂ©. On pourra arguer que la voix ne « rayonne » pas beaucoup, que les aigus sont lĂ©gĂšrement engorgĂ©s ; mais l’interprĂ©tation est d’une grande finesse, sans emphase ni superflu.‹Le Compositeur d’Anna Destrael – qui remplaçait pour toutes les reprĂ©sentations ClĂ©mentine Margaine, mĂ©rite aussi les palmes. Alors que la mise en scĂšne la borne Ă  un personnage statique, elle parvient avec sa voix chaleureuse et frĂ©missante Ă  se travestir en un jeune homme passionnĂ© et tempĂ©tueux. L’une des performances les plus touchantes du spectacle.
Seul Bacchus, interprĂ©tĂ© par Marc Heffner, fait une ombre au tableau. Le tĂ©nor, certainement en mĂ©forme, rate douloureusement la plupart de ses aigus et finit mĂȘme par octavier les derniers. Le rĂŽle est extrĂȘmement difficile, et il eĂ»t sans doute Ă©tĂ© judicieux d’engager un tĂ©nor un peu plus lĂ©ger ici, dans cette petite salle avec un petit orchestre.‹Parmi tous les seconds rĂŽles excellemment interprĂ©tĂ©s, on retiendra notamment le maĂźtre de ballet de Damien Bigourdan et la Dryade au timbre chaud de Camille Merckx.
L’Ensemble Le Balcon n’est lui aussi composĂ© que de jeunes musiciens, y compris son chef Maxime Pascal, 28 ans. Ils livrent une performance presque irrĂ©prochable d’un point de vue technique, sans doute rendu possible grĂące Ă  un long travail de prĂ©paration et de nombreuses rĂ©pĂ©titions. Le rĂ©sultat est superbe, parfois proche de ce qu’on peut attendre de grands orchestres, mettant parfaitement en valeur une partition claire mais exigeante.‹L’Ensemble est en rĂ©sidence Ă  l’AthĂ©nĂ©e depuis cette saison pour une sĂ©rie d’un an de concerts, qui se clĂŽturera par la reprĂ©sentation de l’opĂ©ra de Peter Eötvös qui lui a donnĂ© son nom : Le Balcon.

Au plus prùs de l’Ɠuvre

Dans cette petite salle richement dĂ©corĂ©e qu’est le ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e, l’Ɠuvre prend tout son sens, l’interactivitĂ© avec le public est plus aisĂ©e et l’impact de la musique, plus fort. Si, d’un point de vue froidement objectif, le niveau gĂ©nĂ©ral n’est tout de mĂȘme pas comparable, on prend infiniment plus de plaisir Ă  voir Ariadne ici que dans la rĂ©cente production Ă  l’opĂ©ra Bastille. ‹L’osmose, la profonde complicitĂ© qui semble s’ĂȘtre nouĂ©e entre les artistes permet la totale rĂ©ussite d’un spectacle d’une grande fraĂźcheur, alliĂ©e Ă  un trĂšs haut niveau technique et une maturitĂ© rare. Sans doute l’un des plus beaux spectacles lyriques de cette saison.

Paris. ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e, le 16 mai 2013. Richard Strauss, Ariadne auf Naxos. Julie Fuchs, Zerbinetta ; LĂ©a Trommenschlager, Ariadne ; Anna Destrael, Le Compositeur ; Marc Haffner, Bacchus ; Thill Mantero, maĂźtre de musique ; Damien Bigourdan, maĂźtre de ballet et Scaramouche ; Vladimir Kapshuk, perruquier et Arlequin ; Virgile Ancely, laquais et Truffaldin ; Cyrille Dubois, officier et Brighella ; Norma Nahoun, NaĂŻade ; Élise Chauvin, Écho ; Camille Merckx, Dryade. Ensemble Le Balcon. Maxime Pascal, direction. Benjamin Lazar, mise en scĂšne.

 

Richard Strauss 2014. Dossier spécial pour le 150 Úme anniversaire

Strauss_404_portraitDossier spĂ©cial Richard Strauss 2014 (150Ăšme anniversaire). Strauss, symphoniste puis lyrique. L’expĂ©rience lyrique de Richard Strauss nĂ© en 1864 (dĂ©cĂ©dĂ© en 1949) profite au prĂ©alable de l’aventure symphonique du compositeur qui dans le genre du poĂšme pour orchestre seul et de la Symphonie proprement dite marque l’histoire de la musique (et du postromatisme post wagnĂ©rien Ă  l’Ă©poque de Mahler…) dans la derniĂšre quinzaine du XIXĂšme siĂšcle. Pour le 150Ăšme anniversaire de sa naissance (le 11 juin 2014 prĂ©cisĂ©ment), classiquenews dĂ©die ce dossier spĂ©cial qui offre un bilan du legs lyrique du plus grand symphoniste du XXĂšme siĂšcle.

 

 

Richard Strauss 2014

150Úme anniversaire de  la naissance

De Aus Italien Ă  Une vie de hĂ©ros…
De 1887 Ă  1899, l’Ă©popĂ©e symphonique avant l’accomplissement lyrique

HĂ©ritier de Liszt et Berlioz, le jeune Strauss ĂągĂ© de 23 ans inaugure un premier cycle orchestral passionnant dĂšs 1887 avec sa Fantaisie symphonique Aus Italien (opus 16), auquel succĂšde le premier chef d’oeuvre marquĂ© par un souffle de l’inspiration, Ă  la fois expressionniste et symboliste, Macbeth, dans sa premiĂšre version de 1888 (rĂ©visĂ©e en 1890), surtout Don Juan, poĂšme symphonique opus 20 crĂ©Ă© en 1889 Ă  Weimar. La forme et l’architecture se libĂšrent dans le sens d’une caractĂ©risation instrumentale de plus en plus fine  de l’action et de son sujet principal. La dramatisation Ă  laquelle parvient Strauss dĂ©passe tout ce que le romantisme germanique avait produit jusque lĂ  ; en souhaitant dĂ©passer Wagner lui-mĂȘme et offrir une alternative musicale et poĂ©tique aprĂšs le maĂźtre de Bayreuth, Strauss parfait son Ă©criture symphonique, repoussant toujours les limites sonores du tissu orchestral (mais en demeurant dans la tonalitĂ© a contrario de Schoenberg qui lui aussi tentĂ© par le flamboyant somptueux rutilant si magistral et convaincant dans les Gurrelieder, abandonne trĂšs vite la sensualitĂ© post wagĂ©rienne pour une modernitĂ© plus conceptuelle et expĂ©rimentale…).

L’Ă©popĂ©e symphonique de Strauss se poursuit ensuite avec Mort et Transfiguration ” Tod und VerklĂ€rung “, opus 24, crĂ©Ă© en juin  1890), dont le sujet semble rĂ©pondre Ă  Wagner sur la question du salut de l’artiste, une quĂȘte et une rĂ©capitulation rĂ©trospective, entre agonie et transfiguration finale, dont les images musicales marquent l’esprit assoiffĂ© de vĂ©ritĂ© et de dĂ©livrance : au terme du combat, aprĂšs moult luttes Ă©prouvantes (comme chez Mahler), Strauss accorde au hĂ©ros le salut cĂ©leste qui lui Ă©tait refusĂ© sur terre (un constat maintes fois exprimĂ© chez Wagner) …

RĂ©solvant l’inĂ©vitable confrontation soliste (clarinette et vents) et orchestre, Strauss aussi espiĂšgle et virtuose que son sujet, ” ose ” l’Ă©criture Ă©poustouflante de Till l’EspiĂšgle (Till Eulenspiegel opus 28, crĂ©Ă© en novembre 1895), nouveau poĂšme symphonique Ă©chevelĂ© et poĂ©tique qui dĂ©montre sa maestrià  Ă  31 ans : contre les coups rĂ©pĂ©tĂ©s du destin (donc l’orchestre prĂȘt Ă  mĂąter de toutes les façons possibles, cet innocent indomptable), Till sait se dĂ©rober et mĂȘme arrĂȘtĂ© puis pendu, l’Ă©nergie et son esprit libertaire soufflent toujours grĂące Ă  l’Ă©criture musicale… le vrai sujet du poĂšme c’est l’Ă©nergie et le souffle vital d’un rĂ©voltĂ© insaisissable.

 

 

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussAu sommet de ses possibilitĂ©s, Strauss produit deux autres poĂšmes symphoniques d’une ampleur tout aussi rĂ©flĂ©chie, impressionnante autant par le raffinement de l’orchestration que la prĂ©cision et la cohĂ©rence du plan dramatique : Ainsi Parlait Zarathoustra ( ” Also sprach Zarathustra “) d’aprĂšs Nietzsche, opus 30, crĂ©Ă© en novembre 1896. Le sujet philosophique offre au compositeur une extension de son inspiration : rĂ©capituler l’odyssĂ©e de l’espĂšce humaine, des origines jusqu’au Surhomme prĂŽnĂ© par Nietszche, ni plus ni moins. Le flexibilitĂ© des transitions assure le passage des 8 sections enchaĂźnĂ©es comme l’accomplissement d’un continuum spirituel oĂč Strauss du fait de sa seule maĂźtrise compositionnelle assure l’Ă©closion d’une idĂ©e Ă  l’autre. AprĂšs Liszt et Berlioz, le Bavarois prolonge l’expĂ©rience de nouvelles formes symphoniques, avec cette libertĂ© flamboyante des premiers romantiques français.

Enfin, c’est Don Quichotte, poĂšme avec violoncelle principal opus 35, crĂ©Ă© en mars 1898 : nouvelle problĂ©matique du hĂ©ros et de son destin, un fil narratif que Strauss aime particuliĂšrement dĂ©velopper et approfondir, n’hĂ©sitant pas comme par la suite Ă  concevoir un sens nettement autobiographique dans ses oeuvres…  AprĂšs les accents hautement mystiques de Zarathoustra, Strauss rĂ©cidive dans l’esprit de Till : son Don Quichotte est une plaisanterie musicale (un dĂ©braillĂ© inconoclaste mal vĂ©cu par le public français lors de la crĂ©ation parisienne …) : oĂč fantaisie, burlesque, humour, permis lĂ  encore par une Ă©criture virtuose et un raffinement instrumental inouĂŻ, rĂšgnent sans limites si ce n’est le plan subtilement respectĂ© exigĂ© par le fil narratif.  Au total 10 variations qui suscitent autant de pĂ©ripĂ©ties acrobatiques dans l’orchestre, tout en offrant Ă  travers les chapitres de CervantĂšs, tous identifiĂ©s, une facette psychologique de l’esprit du Chevalier. Ce jeu de la dĂ©monstration et de l’introspection (le cocasse fantasque cĂŽtoie le spectaculaire fantastique jusqu’au tragique pathĂ©tique) saisit continĂ»ment du dĂ©but Ă  la fin.

 

 

le grand Ɠuvre de 1899 : Une vie de hĂ©ros

 

STRAUSS_R_517_une_Tout cela prĂ©pare au grand oeuvre de 1899, pour l’aube du siĂšcle nouveau, une symphonie en 5 mouvements : Une vie de hĂ©ros ” Ein Heldenleben “, crĂ©Ă©e en le 3 mars 1899, dans laquelle Strauss en une langue personnelle et flamboyante ” ose ” la confession autobiographique et rĂšgle ses comptes avec bon nombre de personnes (le musicien et les critiques). Evidemment l’excĂšs et l’exubĂ©rance jusqu’au bavardage assommant (et un catalogue d’autocitations impressionnant) n’ont pas manquĂ© d’ĂȘtre citĂ©s pour Ă©pingler une oeuvre ennuyeuse et presque obscĂšne dans sa forme outrageusement narcissique (non dĂ©nuĂ©e d’autodĂ©rision en vĂ©ritĂ©) : mais Mahler, -et sa 2Ăšme Symphonie RĂ©surrection, contemporaine d’Une vie de hĂ©ros-, s’accorde lui aussi la grĂące de la confession intime (angoisses et dĂ©livrance de l’homme face Ă  son destin), du reste Strauss symphoniste n’a jamais semblĂ© aussi orfĂšvre et conteur que dans sa Symphonie sur lui-mĂȘme.  De toute Ă©vidence en 1899, il est prĂȘt pour l’opĂ©ra (en vĂ©ritĂ© un genre dĂ©jĂ  approchĂ© depuis 5 ans). Strauss a 35 ans.

 

 

Strauss lyrique
le plus grand compositeur d’opĂ©ra au XXĂšme siĂšcle

De Salomé à Capriccio (1905-1952)

 

strauss_face_fauteuil_448Les relations du jeune Richard Strauss avec le thĂ©Ăątre et la scĂšne se mĂȘlent Ă  son activitĂ© de compositeur symphoniste. Le fils du premier corniste au ThĂ©Ăątre de la Cour Ă  Munich a du frĂ©quenter l’opĂ©ra pour de multiples reprĂ©sentations… Mais sa passion pour le voix et le chant se dĂ©clarent tardivement. Il dĂ©couvre sur le tard les Ă©critures modernes (le pĂšre Ă©tait un conservateur obtus, critique Ă  l’Ă©gard de Wagner en particulier). Strauss a son premier choc wagnĂ©rien en 1882 (Ă  18 ans donc), Ă  Bayreuth quand il dĂ©couvre Parsifal. Il est mĂȘme chef assistant sur la colline verte sur la recommandation de Hans van BĂŒlow.  Compositeur cĂ©lĂ©brĂ© pour sa verve narrative et dramatique, Strauss est aussi – surtout, un chef rĂ©putĂ© et recherchĂ© (OpĂ©ra de Munich et de Berlin, successeur de BĂŒlow au Philharmonique de Berlin, puis surtout directeur musical du Hofoper de Berlin).

 

Guntram et Salomé

 

strauss_profil_420A l’Ă©poque de Mort et Transfiguration, le compositeur Ă©crit son premier drame lyrique Guntram (1894), offrande redevable Ă  Wagner et portrait d’un hĂ©ros sĂ©ditieux en opposition Ă  la sociĂ©tĂ© et au monde. Puis c’est Feuersnot (Feux de la Saint-Jean de 1901) qui confirme une vĂ©ritĂ© cuisante pour l’auteur : le dĂ©savoeu du public munichois. Ni Guntram ni Feuersnott n’ont de succĂšs. A presque 40 ans, Strauss semble avoir ratĂ© son entrĂ©e lyrique.
C’est heureusement SalomĂ© d’aprĂšs la piĂšce d’Oscar Wilde qui scelle le destin lyrique de Strauss en 1905 : troisiĂšme opĂ©ra, et premier ouvrage de l’avenir, s’inscrivant dans une modernitĂ© flamboyante, lascive, symboliste et expressionniste, mais aussi cataclysmique grĂące Ă  un orchestre Ă©ruptif et fulgurant (lĂ  encore d’une rare prĂ©cision expressive) : c’est un triomphe europĂ©en d’une rare intensitĂ©. L’Ă©gal du Sacre de Stravinsky (1913) ou des Demoiselles d’Avignon de 1907, affirmant le gĂ©nie expĂ©rimental et moderniste de Richard Strauss, nouveau gĂ©nie de la scĂšne lyrique.

 

 

 

Duo avec Hofmannsthal

 

Hofmannsthal_portraitPuis, une rencontre va confirmer la justesse de vue de Strauss compositeur d’opĂ©ras, celle du poĂšte autrichien Hugo von Hofmannsthal obsĂ©dĂ© par le concept d’identitĂ© et de mouvement, de mĂ©tamorphose et de salut, les thĂšmes de la rĂ©conciliation et de la compassion Ă©tant au coeur d’une Ă©criture humaniste et poĂ©tique parmi les plus fondamentales du gĂ©nie europĂ©en au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle. Les thĂšmes centraux de la fraternitĂ©, de la reconnaissance, de la compassion Ă©clairent une Ă©criture d’autant plus remarquable et hautement spirituelle Ă  l’Ă©poque de la Grande Guerre, que Hofmannsthal Ă©tait un humaniste de la plus Ă©clatante espĂšce. Avec Strauss, Hofmannsthal conçoit plusieurs ouvrages d’une portĂ©e poĂ©tique et philosophique immense Ă  laquelle rĂ©pondent en Ă©chos allomatiques, la musique incandescente et vive du musicien mais aussi la crĂ©ation du festival de Salzbourg en 1922, Ɠuvre collĂ©giale voulue par Strauss, Hofmannsthal et l’homme de thĂ©Ăątre Max Reinhardt.  Leur collaboration illustre un Ăąge d’or poĂ©tique et artistique exceptionnel dans l’histoire de l’opĂ©ra moderne, comme les duos eux aussi miraculeux de Busenello et Monteverdi, Da Ponte et Mozart… une entente magicienne et constamment critique sur ses formes et ses sujets jusqu’en 1929, date de la mort prĂ©maturĂ©e du poĂšte.

 

 

strauss_dirige_maestro_richard_strauss_actualite_musique_classiqueAu sein du cycle miraculeux des opĂ©ras du duo Strauss/Hofmannsthal (aussi prodigieux que Mozart/Da Ponte, Monteverdi/Busenello…), se distinguent par ordre chronologique : Elektra, autre figure d’une rĂ©bellion et d’une intense contestation Ă  l’ordre (1909), Le Chevalier Ă  la rose (1911) oĂč le trait de gĂ©nie des auteurs est de choisir la valse viennoise comme emblĂšme de toute l’action situĂ©e Ă  l’Ă©poque de Marie-ThĂ©rĂšse, flamboyant anachronisme…, Ariane auf Naxos (1912-1916), hommage Ă  MoliĂšre et aussi apothĂ©ose du thĂšme de la mĂ©tamorphose par l’amour ; surtout La Femme sans ombre, composĂ© pendant la guerre dont l’ouvrage retient les pulsations catastrophiques et les vertiges guerriers …  : c’est un ouvrage majeur,  crĂ©Ă© aprĂšs le conflit et la chute de l’Empire en 1919 et fondĂ© sur le thĂšme central de la compassion (et non de la fidĂ©litĂ© conjugale comme on ne cesse de la dire ici et lĂ  en toute incomprĂ©hension profonde du sujet), un manifeste humaniste d’une brĂ»lante vĂ©ritĂ© contre la barbarie de la guerre … OpĂ©ra magique et fĂ©erique (en cela prolongation de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart), vraie alternative au wagnĂ©risme et au vĂ©risme de l’heure, La Femme sans ombre offre aussi deux portraits sublimes de femmes : l’humaine ImpĂ©ratrice et la TeinturiĂšre au profil psychologique extrĂȘmement fouillĂ© en particulier tout au long de l’acte II … Strauss et Hofmannsthal y dĂ©voile la vie psychique d’un ĂȘtre dĂ©sirant soucieuse de sa propre libertĂ©… Suivent le drame bourgeois autobiographique Intermezzo (1924), inspirĂ© de sa relation avec la cantatrice Pauline de Ahna, devenue son Ă©pouse ; HĂ©lĂšne d’Egypte (1927-1928), enfin Arabella (1933), qui au moment de l’hitlĂ©risme naissant, fait l’apologie d’un sang extĂ©rieur pour rĂ©gĂ©nĂ©rer la sociĂ©tĂ© : un brĂ»lot antiraciste dissimulĂ© lĂ  encore sous une intrigue apparemment bourgeoise et lĂ©gĂšre…

 

 

Strauss_richard_uneAprĂšs la mort de Hofmannsthal, Strauss s’associe avec Stefan Zweig pour La Femme silencieuse (1935), drame comique dans l’esprit italien mais infiniment moins superficiel et lĂ©ger qu’on l’a dit : Strauss, immense gĂ©nie instrumentalisĂ© par le pouvoir et la propagande nazis se voit inquiĂ©tĂ© car il collabore avec un juif (le nom de Zweig est d’ailleurs retirĂ© de l’affiche officielle suscitant la vive rĂ©action du compositeur) … L’Ɠuvre provoque sa rupture officielle avec le rĂ©gime de l’infamie et confrontĂ©e Ă  la fin du monde, ou plutĂŽt de la civilisation comme cela avait Ă©tĂ© le cas pour La Femme sans ombre en 1918 et la chute de l’Empire, la vision de Strauss face Ă  la guerre, est celle d’un traumatisme rĂ©pĂ©tĂ© oĂč les valeurs de la culture sont Ă  jamais Ă©crasĂ©es (c’est aussi le sujet de son remarquable opus MĂ©tamorphoses, au titre si hofmannsthalien, oĂč l’adieu au monde s’exprime explicitement.

 

Avec Josef Gregor. Pour l’heure, le compositeur compose avec Josef Gregor, Jour de Paix (1938). Mourir pour la Paix. CrĂ©Ă© avant DaphnĂ©, en juillet 1938 (pourtant au dĂ©part, selon le voeux de Strauss et son nouveau librettiste aprĂšs Zweig, les deux oeuvres devaient ĂȘtre jouĂ©es ensemble), Jour de Paix fait l’apologie de la paix, un acte musical et donc esthĂ©tique qui montre combien Strauss se range du cĂŽtĂ© d’un humaniste viscĂ©ralement pacifique. Au terme de la Guerre de Trente Ans en 1648, soit 290 ans avant l’annĂ©e de crĂ©ation de l’opĂ©ra, le commandement d’une citadelle assiĂ©gĂ©e dĂ©cide de tout faire sauter plutĂŽt que de se rendre. Mais l’annonce de la paix et le retrait des troupes d’assiĂ©geants impose Ă  tous, in extremis, l’issue heureuse d’une fin salvatrice. Auparavant, Strauss exprime tensions, inquiĂ©tudes, dĂ©pression d’une humanitĂ© terrifiĂ©e, Ă©cartelĂ©e, soumise Ă  l’ordre barbare de la guerre. Climat dĂ©lĂ©tĂšre qui Ă©voque l’Ă©poque dans laquelle Strauss vit et dans laquelle il regrette la perte de toute valeur humaniste. En esthĂšte et en pacifiste, Strauss qui a dĂ©jĂ  vĂ©cu la premiĂšre guerre et la chute de l’Empire, affirme dans Jour de Paix, un attachement viscĂ©ral antimilitariste. Acte fort dans l’Allemagne hitlĂ©rienne, d’autant plus significatif aprĂšs l’Ă©chec et la sabotage de son prĂ©cĂ©dent opĂ©ra, la comĂ©die La Femme silencieuse dont le livret rĂ©digĂ© par le juif Stephan Zweig, Ă©pinglĂ© par les nazis, avait causĂ© au compositeur, sa rupture dĂ©finitive avec le Reich. Orchestre et choeur expriment ici le chant dĂ©pressif quasi suicidaire d’une population acculĂ©e au choix final.

1938 est Ă©galement l’annĂ©e de la crĂ©ation de la lĂ©gende mythologique DaphnĂ©, elle aussi centrĂ©e sur la mĂ©tamorphose finale de l’hĂ©roĂŻne mais dans un sens et une finalitĂ© difffĂ©rente au travail avec Hofmannsthal. Conçue aussi avec Gregor (conseillĂ© alors par Zweig), DaphnĂ© devait ĂȘtre Ă  l’origine representĂ© avec Jour de Paix, comme le volet d’une diptyque. L’Ɠuvre est intimement liĂ©e Ă  la propre destinĂ©e spirituelle de Strauss, ce qui en fait un testament de sa pensĂ©e musicale, d’autant plus capital Ă  l’Ă©poque de la barbarie nazie (crĂ©Ă© Ă  Dresde en octobre 1938) : le compositeur y dĂ©fend un esthĂ©tisme humaniste d’une lumineuse abnĂ©gation : l’art rĂ©concilie l’homme avec la nature et lui rĂ©vĂšle sa nature profonde. Ce message est l’un des plus touchants de l’opĂ©ra straussien. A contrario d’Arianne (Ariadne auf Naxos), Ă©crit avec Hofmannsthal, DaphnĂ© en 1938 Ă©claire une toute autre fin pour l’hĂ©roĂŻne mythologique : son issue n’est pas l’intĂ©gration et la fusion Ă  l’autre, en une extase sensuelle qui la mĂ©tamorphose en la sauvant. C’est l’inverse : DaphnĂ© est une figure qui passe des Ă©treintes sensuelles (l’amour physique qu’Ă©prouvent pour elle et Leucippe et Apollon dans un premier temps) : en aspirant Ă  la Nature, vers une abstraction Ă©thĂ©rĂ©e et sa vraie nature abstraite, DaphnĂ© fait le choix de la solitude finale, une existence vouĂ©e Ă  l’art et l’esthĂ©tique plutĂŽt qu’Ă  la jouissance et la consommation. C’est le principe d’individuation auquel tend aussi simultanĂ©ment le Dieu solaire, autre protagoniste de l’opĂ©ra. Apollon quitte grĂące Ă  DaphnĂ© son tempĂ©rament dyonisiaque (il tue le berger Leucippe qui incarne ses pulsions charnelles pour DaphnĂ©), et renonçant Ă  DaphnĂ©, accepte que la nymphe rĂ©alise sa fusion avec la nature en se changeant en laurier.  On retrouve le principe de la mĂ©tamorphose chĂšre Ă  Hofmannsthal mais elle aboutit ici Ă  la rĂ©vĂ©lation de DaphnĂ© Ă  elle-mĂȘme : seule et sublimĂ©e, dĂ©sormais pĂ©trifiĂ©e. L’inverse de L’Empereur et de l’ImpĂ©ratrice dans La Femme sans ombre oĂč chacun s’humanise totalement par compassion Ă  l’autre. Strauss semble avoir pris acte des croyances de Nietzsche pour lequel si la musique est de nature dyonisiaque, la sculpture est elle idĂ©alement apollinienne : voilĂ  qui donne raison Ă  Bernin, le sculpteur baroque qui a statufiĂ© (pĂ©trifiĂ©) DaphnĂ©, la belle nymphe poursuivie par Apollon et changĂ©e par Jupiter en laurier. A Strauss de prouver dans son opĂ©ra, sur un livret de Gregor (conseillĂ© par Zweig) que la musique peut aussi exprimer l’aspiration spirituelle de DaphnĂ©. La fin de l’ouvrage, la mĂ©tamorphose de DaphnĂ© en laurier, Ă©voque jusqu’au frĂ©missement des arbres, le murmure des frondaisons qui au diapason de la mutation de DaphnĂ©, rend audible la palpitation des Ă©lĂ©ments.

 

 

Capriccio composĂ© sur le livret du chef d’orchestre Clemens Kraus en 1942 renouvelle en quelque sorte le miracle du Chevalier Ă  la rose et d’Arabella, celui d’une conversation musicale au service d’un sujet hautement moral et spirituel, mais aussi artistique : la comtesse Madeleine (personnage d’une subtilitĂ© Ă©vanescente et hypnotique crĂ©Ă© par Viorica Ursuleac, l’Ă©pouse de Kraus) doit dĂ©partager qui d’entre le poĂšte librettiste et le musicien compositeur est le plus important : paroles ou musique, qui prime sur l’autre ? La question Ă©noncĂ©e comme une joute badine, un fait de rivalitĂ© dans un salon princier, rĂ©capitule en fait toute l’histoire de l’opĂ©ra, dans un raccourci formel et esthĂ©tique dont Strauss (sous l’influence de Hofmannsthal) toujours soucieux de la forme et du sujet traitĂ©, a le goĂ»t.

 

Puis, c’est L’Amour de DanaĂ© (composĂ© en 1944) et crĂ©Ă© aprĂšs la mort de l’auteur, en 1952 qui aprĂšs Elektra, HĂ©lĂšne d’Egypte et DaphnĂ©, offre un nouveau regard sur l’AntiquitĂ©…

Mais le dernier chant composĂ© par Strauss demeure ses Quatre derniers lieder, qui semble eux aussi offrir un portrait synthĂ©tique et rĂ©trospectif de toutes les hĂ©roĂŻnes lyriques qu’il a aimĂ© traiter et approfondir dans ses opĂ©ras : Ariane, La MarĂ©chale, l’ImpĂ©ratrice et la TeinturiĂšre, Arabella et DaphnĂ©, Madeleine et HĂ©lĂšne… autant de soprano, voix chĂ©ries et aimĂ©es, si riches et si finement caractĂ©risĂ©e.

 

 

 

discographie sélective

 

 

CLICK_classiquenews_dec13 richard-strauss-r-strauss-the-great-operas-1CD, coffret Richard Strauss : The great operas (22 cd Warner classics). Autant le dire, ce coffret (le premier Ă©ditĂ© pour l’anniversaire Strauss 2014, 150 ans de la naissance, car Universal prĂ©voit aussi le sien au dĂ©but de l’annĂ©e nouvelle), est une malle Ă  trĂ©sors, de surcroĂźt rĂ©unissant des versions lĂ©gendaires, absolument irrĂ©sistibles, en un prix plus qu’abordable, au regard de la qualitĂ© des lectures. Les Straussiens ici rĂ©unis sont demeurĂ©s indiscutables, offrant une quasi intĂ©grale des plus ouvrages les plus recommandables : le coffret comprend les ouvrages majeurs composĂ©s avec le poĂšte librettiste Hugo von Hofmannsthal, puis Stefan Zweig, enfin Joseph Gregor 
 Lire notre critique complĂšte du coffret Richard Strauss : The great operas (22 cd Warner classics)

 

 

 

STRAUSS_complete_orchestral_works_kempe_warner_classics_cd_1970CLICK_classiquenews_dec13CD. STRAUSS : Complete orchestral works. IntĂ©grale de l’oeuvre orchestrale (9 cd Warner classics). Rudolf Kempe, Richard Strauss, Warner classics. CD. Richard Strauss : Complete orchestral works. IntĂ©grale de l’oeuvre orchestral (9 cd Warner classics). Staatskapelle Dresden. Rudolf Kempe, direction. Le coffret, heureuse exhumation des archives EMI Ă  prĂ©sent sous Ă©tiquette Warner classics, rĂ©tablit le profil d’un maestro d’une idĂ©ale affinitĂ© avec le compositeur bavarois, qu’il sert avec une sensibilitĂ© humble, ciselĂ©e, admirable. L’intelligence avec laquelle le chef Rudolf Kempe (dĂ©cĂ©dĂ© en 1976) architecture chaque plan d’ensemble, laissant surtout une lisibilitĂ© lĂ©gĂšre et fluide Ă  chaque partie instrumentale dĂ©concerte ; une telle intelligence de conception embrase littĂ©ralement l’intensitĂ© et la progression dramatique des poĂšmes symphoniques proprement dits, mais aussi les
 En lire +

 

 

strauss complete operas deutsche grammophon 33 cd richard straussCLICK_classiquenews_dec13Richard Strauss : intĂ©grale lyrique, complete operas. 33 cd Deutsche Grammophon. On en rĂȘvait : aprĂšs les coffrets Erato (opĂ©ras et intĂ©grale symphonique) voici enfin la somme straussienne Ă©ditĂ©e par le label en or, Deutsche Grammophon. C’est l’aboutissement d’une politique Ă©ditoriale exhaustive qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  puiser ailleurs pour offrir la plus complĂšte des intĂ©grales opĂ©ratiques, d’autant plus opportune pour l’anniversaire Strauss 2014 (150Ăšme anniversaire de sa naissance). Si les thĂ©Ăątres d’opĂ©ras et les festivals ne battent pas encore le pavĂ© pour cĂ©lĂ©brer le plus grand gĂ©nie lyrique du XXĂšme siĂšcle postromantique, saluons toujours l’initiative des labels de nous offrir de quoi satisfaire notre appĂ©tit
 straussien. Le coffret rĂ©unit donc les 15 opĂ©ras du grand Richard, ici classĂ©s non chronologiquement (ce qui aurait donnĂ© de Guntram en 1893 Ă  Capriccio en 1941), mais alphabĂ©tiquement, soit de Arabella, Aridane auf Naxos, Capriccio Ă  Die Liebe der DanĂ€e (L’Amour de DanaĂ©), Der Rosenkavalier et SalomĂ©. Le coffret comprend aussi les Quatre derniers lieder dans la version inĂ©galĂ©e depuis sa rĂ©alisation : celle de Jessye Norman sous la baguette de Kurt Masur. Les mĂ©lomanes s’en souviennent l’album Ă©tait paru en 1983 (sous Ă©tiquette aujourd’hui Ă©teinte, Philips).  Rares et moins connues que les versions autres souvent excellentes : L’Ariadne de Voigt sous les doigts enivrĂ©s mystiques du regrettĂ© Sinopoli, la DaphnĂ© de GĂŒden (Böhm), L’Amour de DanaĂ© en provenance du festival de Salzbourg 1952 sous la direction de Klemens Kraus (un proche de Strauss lui-mĂȘme et donc se sentant rĂ©ceptacle d’une orthodoxie que l’on jugera sur piĂšce). En lire +

 
 

CLIC_macaron_2014CD. Richard Strauss :  the other strauss warner erato ri chard strauss cd 3 cdthe other Strauss (3 cd Erato). Comme l’Ă©diteur l’avait fait pour la centenaire Wagner (coffret Wagner : The other Wagner), Warner rĂ©cidive, a cherchĂ© dans ses archives plusieurs piĂšces oubliĂ©es : le rĂ©sultat dĂ©passe notre attente. Les rĂ©vĂ©lations sont nombreuses dans ce coffret Ă©vĂ©nement. Symphonique, vocal, chambriste, le programme des 3 cd contribue autrement et superbement Ă  notre connaissance habituelle de Strauss, ajoutant au catalogue des oeuvres lyriques du compositeur bavarois, plusieurs piĂšces peu connues voire inĂ©dites qui pourtant dĂ©fendent l’écriture straussienne avec panache et raffinement. Lire notre critique intĂ©grale du coffret The Other Strauss

 
 

 

Approfondir

 

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Dossier spĂ©cial Richard Strauss 2014 : les femmes dans les opĂ©ras de Richard Strauss, de SalomĂ©, Elektra, La MarĂ©chale Ă  HĂ©lĂšne Ă©gyptienne, Ariadne, l’ImpĂ©ratrice, la femme du teinturier, DaphnĂ©, DanaĂ©, la comtesse Madeleine … De SalomĂ© Ă  Capriccio, soit au cours de la premiĂšre moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle, Richard Strauss, comme Massenet ou Puccini aura laissĂ© une exceptionnelle galerie de portraits fĂ©minins. Lente Ă©volution qui d’ouvrages en partitions, recueille les fruits d’ une Ă©criture musicale en mĂ©tamorphose, et prĂ©cise la place et le rĂŽle de la femme vis Ă  vis du hĂ©ros.  Alors que Wagner n’envisage pour ses hĂ©roĂŻnes qu’un aspect certes flamboyant mais unique (et qui le destine souvent Ă  mourir), celui d’un ange salvateur Ɠuvrant pour le salut du maudit (le hĂ©ros et le compositeur se fondent ici), Strauss, avec son librettiste Hofmannsthal fouillent l’ambivalence contradictoire de la psychĂ© fĂ©minine avec une subtilitĂ© rarement atteinte au thĂ©Ăątre. Selon les sources empruntĂ©es et le sujet central de l’opĂ©ra, l’hĂ©roĂŻne est ici solitaire Ă©goĂŻste comme emprisonnĂ©e dĂ©finitivement par ses propres obsessions, ou Ă  l’inverse, mobile et gĂ©nĂ©reuse, souvent sujet d’une mĂ©tamorphose imprĂ©vue, capable de sauver le hĂ©ros dont elle a croisĂ© le destin. L’itinĂ©raire de la femme au cours d’un seul ouvrage traverse bien des Ă©preuves : elle pose clairement le principe de la transformation, du changement qui du dĂ©but Ă  la fin de l’ouvrage, indique une progression souvent passionnante Ă  suivre.

 

CD. R. STRAUSS: The great operas (22 cd Warner classics)

CLICK_classiquenews_dec13 CD, coffret Richard Strauss : The great operas (22 cd Warner classics). Autant le dire, ce coffret (le premier Ă©ditĂ© pour l’anniversaire Strauss 2014, 150 ans de la naissance, car Universal prĂ©voit aussi le sien au dĂ©but de l’annĂ©e nouvelle), est une malle Ă  trĂ©sors, de surcroĂźt rĂ©unissant des versions lĂ©gendaires, absolument irrĂ©sistibles, en un prix plus qu’abordable, au regard de la qualitĂ© des lectures. Les straussiens ici rĂ©unis sont demeurĂ©s indiscutables, offrant une quasi intĂ©grale des ouvrages les plus recommandables : le coffret comprend les opĂ©ras majeurs composĂ©s avec le poĂšte librettiste Hugo von Hofmannsthal, puis Stefan Zweig, enfin Joseph Gregor …

 

 

Coffret Richard Strauss chez Warner classics :
pépite exceptionnelle !

 

richard-strauss-r-strauss-the-great-operas-1Voici donc Herbert von Karajan Ă©videmment : Der Rosenkavalier de 1956 (la rĂ©fĂ©rence en la matiĂšre, alternative Ă  la nervositĂ© tout aussi Ă©lĂ©gante d’un Solti : ici version anthologique de l’aprĂšs guerre avec Schwarzkopf, Edelman, Ludwig, Stich-Randall, Nicolai Gedda…), SalomĂ© de 1977 et 1978 (lecture lunaire aux Ă©clats tendus et scintillants -, ceux des Wiener Philharmoniker avec Hildegard Behrens, AgnĂšs Baltsa, JosĂ© van Dam dans les rĂŽles de SalomĂ©, Herodias, Jochanaan…). C’est surtout Wolfgang Sawalisch (photo ci-dessous) qui gagne un regain de reconnaissance car son legs straussien s’avĂšre indiscutable ; dĂ©cĂ©dĂ© en fĂ©vrier 2013 (Ă  89 ans), le chef de tradition bavaroise, nĂ© Ă  Munich semble respirer Strauss avec un naturel confondant, le coffret rĂ©vĂšle sa maniĂšre aussi efficace, simple et directe qu’extrĂȘmement ciselĂ©e – n’a-t-il pas rĂ©gnĂ© sur l’OpĂ©ra de Munich, OpĂ©ra d’État de BaviĂšre, de 1971 Ă  1992, y dirigeant tous les ouvrages de Strauss (sauf SalomĂ©); un style et une expĂ©rience aujourd’hui Ă  redĂ©couvrir : ainsi en tĂ©moignent Capriccio de 1957-1958, Intermezzo de 1980, La femme sans ombre (Die Frau ohne schatten) de 1987, Friedenstag de 1988 (l’annĂ©e oĂč il dirige l’intĂ©grale lyrique) et Elektra de 1990 (Ă©ruptive, incandescente, d’une prĂ©cision exemplaire avec des balances voix/instruments remarquablement conçues, grĂące Ă  Eva Marton, Cheryl Studer, Marjana Lipovsek dans les rĂŽles fĂ©minins centraux de Elektra, Chrysothemis, KlytĂ€mnestra …).
sawallisch_wolfgang_strauss_portrait_290Sens de l’architecture, expressivitĂ© affĂ»tĂ©e (dans le sillon de Karajan avec ce souffle ductile propre Ă  Böhm), entre hĂ©donisme, grĂące et prĂ©cision instrumentale, Sawalisch se montre un superbe straussien comme il fut grand wagnĂ©rien (sa TĂ©tralogie est absolument Ă  possĂ©der tout autant). Au sommet de son legs ici concernĂ©, avouons notre prĂ©fĂ©rence pour l’accomplissement de la Femme sans ombre, opĂ©ra de guerre et de sang d’une violence orchestrale inouĂŻe, dernier grand opĂ©ra romantique qui est aussi une rĂ©ponse et une alternative au wagnĂ©risme et au vĂ©risme contemporain : la partition grandiose pĂ©nĂ©trĂ©e par l’esprit des LumiĂšres oĂč souffle un pur imaginaire fantastique et fĂ©erique se rĂ©alise sous la direction superlative du chef d’une hypersensibilitĂ© instrumentale confondante de nuances et de respirations inĂ©dites, comptant sur un quatuor de solistes Ă©patants : RenĂ© Kollo, Cheryl Studer (d’un angĂ©lisme dans lequel s’incarne le chant d’une progressive humanitĂ©), Alfred Muff et Ute Vinzing, dans les rĂŽles de l’Empereur, l’ImpĂ©ratrice, Barak et la teinturiĂšre, sans omettre l’Ă©blouissante et ardente nourrice d’Hanna Schwarz. Si familiĂšrement Sinopoli, Karajan (2 versions) et Böhm sont reconnus comme les champions de ce prodige humaniste composĂ© Ă  l’Ă©poque de la premiĂšre guerre, il faut compter aussi avec la version d’un Sawalisch conteur remarquablement inspirĂ© en 1987. MĂȘme enthousiasme total pour Capriccio enregistrĂ© Ă  Londres en 1957 et 1958 oĂč Ă  la tĂȘte du Philharmonia, le chef dirige un trio exemplaire : Schwarzkopf dans le rĂŽle axial de la comtesse Madeleine, Ă  laquelle le Flamand de Nicolai Gedda et surtout Olivier de Dietrich Fischer Dieskau lui donnent la rĂ©plique  : un trio de rĂȘve confondant de raffinement linguistique et d’une musicalitĂ© rayonnante.

Etrangement la DaphnĂ© de Haitink (1982), pourtant avec le mĂȘme orchestre que dirige Sawalisch (le Symphonique de la Radio Bavaroise : Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks) laisse mitigĂ© (avec effets kitsch amplifiĂ©s par la prise studio : la foudre prĂ©enregistrĂ©e pour les Ă©clats de tonnerre…) : la direction manque parfois de ductilitĂ© flexible, trop raide, droite et brutale, un rien carrĂ©e sans les infimes nuances requises d’une partition qui semble rĂ©capituler et la philharmonie cuivrĂ©e de La Femme sans ombre et les Ă©clairs antiquisants d’Elektra (mais Lucia Popp dans le rĂŽle-titre demeure irrĂ©sistible, subtilement accompagnĂ©e par Ortrun Wenkel et le Leukippos de Peter Schreier).Si la direction de Haitink manque parfois de respiration chambriste Ă©clairant le message esthĂ©tique et humaniste de Strauss et de Gregor, la voix de Lucia Popp fait une excellente DaphnĂ© ; son timbre aspire totalement Ă  cette sublimation abstraite qui la porte peu Ă  peu Ă  sa transformation finale : timbre blessĂ©, d’une hypersensibilitĂ© tendant au basculement souhaitĂ©… LĂ  encore la musique et tout l’orchestre qui puise dans les accents et l’hyperactivitĂ© de La Femme sans ombre, semble ressusciter l’AntiquitĂ© d’Ovide revisitĂ©e par un sentiment de pacification. Un vƓu qui prend d’autant plus son sens dans le contexte hitlĂ©rien de 1938. Auparavant (1935), Strauss, gĂ©nie musicien vivant, avait dĂ©missionner de toutes ses fonctions officielles au sein du Reich, de sorte qui lui aussi porteur d’un message civilisateur Ă  travers un nouvel ouvrage antiquisant semblait suivre l’itinĂ©raire de ses deux protagonistes, DaphnĂ© et Apollon. La lumiĂšre contre les tĂ©nĂšbres.


popp_lucia_strauss_intermezzo_daphneLe coffret met ainsi en lumiĂšre le chant captivant de la soprano Lucia Popp : brĂ»lante diseuse Ă  l’abattage parlĂ© chantĂ© irrĂ©sistible pour le personnage de Christine dans l’opĂ©ra intimiste Intermezzo – si proche du thĂ©Ăątre parlĂ©, vraie drame domestique d’une rare intensitĂ© linguistique, sans omettre son Ă©poux dans la partition, interprĂšte non moins indiscutable Dietrich Fischer Dieskau (il est vrai sous la baguette libre, claire, foisonnante mais surtout toujours chambriste de Sawallisch en 1980 : un modĂšle d’Ă©quilibre et de pĂ©tillance) ; deux annĂ©es plus tard, la mĂȘme Lucia Popp enregistre le rĂŽle si difficile de DaphnĂ©, en 1982 donc, mais sous la baguette un rien tendue, presque muselĂ©e donc de Bernard Haitink : sous la battue moins Ă©vidente et naturelle,- avec pourtant le mĂȘme orchestre bavarois-, la cantatrice paraĂźt parfois Ă  la tĂąche, sans ce dĂ©bridĂ© thĂ©Ăątral et si subtil qui fait encore toute la sĂ©duction de sa Christine chez Intermezzo. LĂ  encore quelle interprĂšte car si elle avait peut-ĂȘtre bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une baguette autrement plus subtile, sa DaphnĂ© aurait Ă©tĂ© Ă  n’en pas douter anthologique.

kempe_rudolf_rkVous ne bouderez pas votre plaisir grĂące Ă  l’Ariadne auf Naxos du Saxon pur jus Rudolf Kempe (photo ci-contre) Ă  la baguette tout aussi vive et claire, sans effets d’aucune sorte (un miracle pour l’orchestre suractif de Strauss, ainsi Kempe comme Sawallisch dĂ©fendent une mĂȘme vision Ă©purĂ©e, assouplie, sobre, indiscutablement intĂšgre, plus raffinĂ©e qu’on s’obstine Ă  le rĂ©pĂ©ter) : cette Ariadne de 1968, magnifiquement enregistrĂ©e au studio bĂ©nĂ©ficie aussi d’une distribution superlative : Gundula Janowitz (Ariadne), Teresa Zylis-Gara (le compositeur) … de surcroĂźt avec un orchestre miraculeux de chambrisme ardent et lui aussi nuancĂ© (rappelons que l’intĂ©grale symphonique du chef fait toujours autoritĂ© Ă  juste titre) : la Staaskapelle de Dresde, Ă  son meilleur Ă  la fin des annĂ©es 1960. Encore un jalon lĂ©gendaire qui accrĂ©dite la trĂšs haute valeur du coffret Warner classics. Superbe rĂ©vĂ©lation en prĂ©ambule aux cĂ©lĂ©brations du 150 Ăšme anniversaire de Richard Strauss en 2014.

Illustrations : le geste ciselė de Wolfgang Sawallisch et de Rudolf Kempe, les deux champions, – immenses straussiens que rĂ©vĂšle le coffret Warner classics.