Compte-rendu, concert. VIENNE, concert du nouvel an, 1er janvier 2021 / Neujahrs Konzert 2021. Wiener Philharmoniker, Riccardo Muti (direction).

MUTI-concert-nouel-an-neujahrs-konzert-new-year-concert-WIEN-vienne-critique-cd-revieww-classiquenewsCompte-rendu, concert. VIENNE, concert du nouvel an, 1er janvier 2021 / Neujahrs Konzert 2021. Wiener Philharmoniker, Riccardo Muti (direction). Le chef milanais Riccardo MUTI revient « chez lui », pour le 6Ăš fois au Musikverein de Vienne, cĂ©lĂ©brant ce 1er janvier 2021 : des retrouvailles qui sont saluĂ©es cette annĂ©e, Ă  chaque fin de partie par les applaudissements enregistrĂ©s des spectateurs prĂ©sents mais derriĂšre l’écran de la mondiovision covid oblige ; la salle est vide mais les instrumentistes sont plus impliquĂ©s que jamais pour une cĂ©lĂ©bration qui fĂȘte l’avĂšnement de 2021 dans un contexte sanitaire des plus moroses, alors que se profile une 3Ăš vague, que plusieurs pays ferment tous les commerces, qu’un prochain confinement se profile de jour en jour. MalgrĂ© l’émergence des premiers vaccins
 DĂ©jĂ  le masque FFP2 devient la norme en Allemagne, en Autriche. L’Autriche justement qui au moment oĂč nous rĂ©digeons notre article, est confinĂ©e jusqu’à fin fĂ©vrier 2021.

AprĂšs une premiĂšre partie de programme assez conforme, – oĂč le chef choisit plusieurs nouveaux standards, inĂ©dits ici, signĂ©s de l’inusable Johann Strauss II (Schallwellen opus 148), comme Grubenlichter de Carl Zeller, ou In Saus und Braus d’un autre Carl 
 Millöcker. A chaque nouveau concert du 1er janvier, ses joyaux jouĂ©s « en premiĂšre » ; les musiciens semblent plus Ă  la fĂȘte dans la seconde partie.

En dĂ©but de cycle, certes l’ouverture de Franz von SuppĂš :“Poet and Peasant” / Dichter und Bauer, arbore noblesse et grandeur, mais le choix s’avĂšre dĂ©cevant car la piĂšce devient chevauchĂ©e qui tourne en rond ; et son cĂŽtĂ© « tagada tsoin tsoin » finit par montrer les limites de la baguette du chef, sa nervositĂ© racĂ©e certes, un rien tendue cependant.

La Polka Marguerite / Margherita-Polka (opus 244, autre inĂ©dit ici) de Josef Strauss, frĂšre de Johann II fait paraĂźtre les danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne : trio amoureux dans le style annĂ©es 1930. On se rĂ©veille grĂące aux claquettes Ă©lectriques du galop vĂ©nitien (opus 74) de Johann I : valse infernale et frĂ©nĂ©tique. Puis rĂ©fĂ©rence Ă  Karajan qui la joua (mais dans sa version avec soprano), la sublime valse « Voix du printemps / FrĂŒhlingsstimmen » (op. 410) affirme la grande classe du roi incontestĂ© de cette fĂȘte, Johann Strauss II le fils ; toujours d’un kitsch surannĂ©e mais parfaits parce que mesurĂ©s et synchronisĂ©s avec l’orchestre, les danseurs (costume de Christian Lacroix)
Ă©voluent autour d’un carrosse, au Palais Lichtenstein ; puis dans les jardins, fleuris, de fait « printaniers » filmĂ©s Ă  la bonne pĂ©riode; sourires, esthĂ©tisme, lĂ©gĂšretĂ© si bienvenue en ses temps de crise sanitaire ; on en oublierait les temps de la covid.
Le programme est depuis longtemps la confirmation du gĂ©nie de Johann Strauss II. Baguette plus souple et badine, Muti enchaĂźne alors quatre piĂšces du gĂ©nie viennois : « In the Krapfenwaldl / Im Krapfenwald’l», Polka française, op. 336 (avec chant du coucou, plein d’humour) ; Nouvelles mĂ©lodies (quadrille opus 254) sur des thĂšmes d’opĂ©ras italiens (dont La Traviata de Verdi) ; la sublime Valse de l’Empereur / Kaiserwalzer, op. 437, avec en bonus tĂ©lĂ©visĂ©s, des images du rĂšgne de François-Joseph, dans le MusĂ©e Sissi, et des vues insistantes sur les cariatides du Musikverein, beautĂ©s dĂ©nudĂ©es de style nĂ©oclassique. Comme une rĂ©miniscence des fastes des derniers Habsbourg, la partition ensorcĂšle et finit par son solo de violoncelle, entonnĂ© comme une berceuse qui s’efface
 beau moment d’intĂ©rioritĂ© chambriste.

Enfin le programme officiel s’achĂšve par la polka rapide (polka schnell, fouettĂ©e, vive « Fougueux en Amour et dans la Danse / StĂŒrmisch in Lieb’und Tanz » opus 393, jouĂ©e avec le triangle scintillant, festival de nuances des plus subtiles.

Il est temps de saluer. Chef et instrumentistes font face camĂ©ra, les applaudissements des spectateurs du monde entier, prĂ©alablement enregistrĂ©s, rĂ©sonnant dans le vaste volume du Musikverein, – les photos des spectateurs sont diffusĂ©s Ă  l’antenne en frises mosaĂŻques- ; Muti fixe les camĂ©ras, un rien hautain sans s’incliner. Toujours cette superbe nerveuse qui apporte Ă  sa direction la tension virile qu’on lui connaĂźt. En bis, une premiĂšre « Surprise » : galop Ă©lectrique, d’une Ă©nergie orgiaque (« Furioso Polka » de Johann fils). Puis l’allocution Ă©tonnamment longue du chef, contexte sanitaire oblige se rĂ©vĂšle finalement plus audacieuse et pertinente que sa direction.
Les mots de Muti sonnent justes et pĂ©nĂ©trants, 
 politiques. Ils Ă©voquent d’abord les mannes des compositeurs qui ont marquĂ© l’histoire du Musikverein, ceux dont les Ɠuvres ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es ou ont rĂ©sonnĂ© de maniĂšre spĂ©cifique ici mĂȘme : Brahms, Bruckner, Mahler (avec justesse car ce dernier est souvent « oublié » alors que sa contribution Ă  l’OpĂ©ra demeure fondamental) ; Muti inspirĂ© poursuit : les armes de la musique sont l’amour et sa mission pour l’humanitĂ© n’en fait pas un divertissement mais une nĂ©cessitĂ© spirituelle : que les politiques partout dans le monde considĂšrent la musique avec plus de respect – dĂ©claration affĂ»tĂ©e, pleine de gravitĂ© fraternelle Ă  la hauteur de la situation que nous vivons tous : oui, bravo maestro Muti, cĂ©lĂ©brons l’an neuf « Happy new year » dans la clairvoyance et l’estimation d’une culture enfin rĂ©Ă©valuĂ©e ; dans la crise sanitaire que nous vivons depuis 1 an dĂ©jĂ , les spectacles Ă©tant tous empĂȘchĂ©s, les salles fermĂ©es depuis le 28 octobre 2019 (en France) : il est temps de se reprendre et reconnaĂźtre dans l’exercice de la culture vivante, une respiration salvatrice. Souhaitons que la culture et la musique, tous genres confondus et pas seulement le classique et l’opĂ©ra, ne soient plus ses variables d’ajustement ; en appliquant la mise Ă  distance, en modulant leur jauge, en organisant les flux d’entrĂ©e et de sortie des publics, 
 etc.. les salles ont dĂ©montrĂ© prĂ©cĂ©demment leur capacitĂ© Ă  appliquer les mesures de sĂ©curitĂ© sanitaire.

On aurait aimĂ© qu’il demande et exhorte les nations de la planĂšte Ă  protĂ©ger les animaux, martyrs de l’extinction qui se rĂ©alise (1 milliard de morts en Australie suite aux incendies jamais vus auparavant), Ă  planter des arbres partout, surtout dans les villes
 pour rendre la planĂšte plus respirable. Mais on ne peut demander tout Ă  un seul artiste. Claudio Abbado n’avait-il pas aidĂ© Ă  la replantation de milliers d’arbres quelques mois avant de mourir ? Que la culture et le spectacle vivant dont la musique puissent retrouver leurs publics, voilĂ  qui serait dĂ©jĂ  un pas salvateur.

Rite obligĂ©, voici en premiĂšre offrande de fin, le Beau Danube Bleu / An der schönen blauen Donau, crĂ©Ă© Ă  Paris pour l’exposition universelle en 1867 (dans une version chorale prĂ©liminaire bien diffĂ©rente de celle orchestrale actuelle). Le jeu collectif s’exĂ©cute mais la direction de Muti a perdu de son panache. Le geste est raide et le son, dĂ©nuĂ© de suspension.
Enfin sans la claque des spectateurs, de Johann Strauss pĂšre : la Marche de Radetzky, opus 228 (pas sĂ»r que ce dernier rituel plaise tant Ă  Muti le milanais car la partition de Johann Strauss Ă©voque la victoire des autrichiens sur les italiens en 1848). Cette Ă©dition du Concert du Nouvel An nous laisse indĂ©cis : le programme est enchanteur ; sa rĂ©alisation peu sensible ; parfois martiale et sĂšche. En revanche le discours trĂšs politique du chef suscite l’adhĂ©sion totale. Que la musique vivante soit une nĂ©cessitĂ© vitale : la dĂ©claration vaut manifeste qui doit ĂȘtre suivi d’effets. A bon entendeur, salut ! Bonne annĂ©e 2021 Ă  tous. Le cd du concert Ă©vĂ©nement est paru chez Sony classical (notre visuel).

LIRE aussi notre annonce du CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE 2021 :
http://www.classiquenews.com/concert-du-nouvel-an-2021/

 

 

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LIRE aussi nos comptes rendus précédents RICCARDO MUTI / Concerts du Nouvel An à VIENNE :

1er janvier 2018 : Riccardo MUTI dirige le concert du NOUVEL AN Ă  VIENNECompte rendu, critique, concert. Vienne, Musikverein, le 1er janvier 2018. CONCERT DU NOUVEL AN 2018. Wiener Philharmoniker / Riccardo Muti, direction. Pour le concert du Nouvel An Ă  Vienne ce 1er janvier 2018, revoici les instrumentistes du Philharmonique de Vienne sous la direction du chef familier pour eux, Riccardo Muti. Nous les avions quittĂ©s ici mĂȘme le 1er janvier 2017 sous la direction de Gustavo Dudamel : jeune et trĂšs prĂ©cis maestro : le plus jeune alors depuis des dĂ©cennies Ă  diriger les prestigieux instrumentistes autrichiens. Les ors et les fleurs en surabondance, selon le goĂ»t spĂ©cifique des Viennois pour l’ultra kitsch (Sissi n’est pas loin, sans omettre les fastes sirupeux de Schönbrun), soulignent l’importance musical, surtout mĂ©diatique de l’évĂ©nement.

 

 

COMPTE-RENDU, critique. CONCERT DU NOUVEL AN 1er janvier 2013 / Franz Welser-Möst, directon. Cette annĂ©e, retour du chef Franz Welser-Möst, dĂ©jĂ  prĂ©sent pour le concert du nouvel an 2011. AprĂšs Mariss Jansons, l’actuel directeur musical de l’OpĂ©ra de Vienne et du Cleveland symphony Orchestra, a d’autant plus de lĂ©gitimitĂ© pour diriger les musiciens du Philharmoniker que ce sont les mĂȘmes instrumentistes qu’il dirige tout au long de l’annĂ©e dans la fosse de l’OpĂ©ra d’état. L’Orchestre assure toutes les reprĂ©sentations lyriques
 un exercice permanent qui suscitant des sĂ©ances de travail rĂ©guliĂšres explique certainement l’excellente musical de la phalange.
Cette annĂ©e au Musikverein de Vienne, dĂ©corĂ© comme Ă  l’habitude de bouquets et de gerbes floraux, le chef autrichien a choisi de rendre hommage en particulier au fils cadet de Strauss pĂšre, Josef, mort prĂ©maturĂ©ment mort Ă  43 ans et qui reste dans l’ombre de son gĂ©nial ainĂ©, Johann II, indiscutablement le maĂźtre compositeur de la famille.

 

 
 

 

Anna Netrebko chante AIDA

anna-netrebko-singt-in-schoenen-bildern-die-aida-41-72144985CINEMA, Anna Netrebko chante AIDA de Verdi, les 25 juin et 2 juillet 2020. Retour de l’opĂ©ra dans les salles obscures. Dans le cadre de l’opĂ©ration Viva l’opĂ©ra !, Ă  19h30 pour les deux dates, revivez la magie d’une production convaincante grĂące au nerf expressif du chef Riccardo Muti, au timbre charnel blessĂ© de la soprano Anna Netrebko dans le rĂŽle d’Aida, esclave Ă  la cour de Pharaon et dont est Ă©pris le gĂ©nĂ©ral victorieux RadamĂšs
 Pour autant, la fille de Pharaon, Amneris (ample contralto sombre) jalouse Aida car elle aime aussi RadamĂšs. Anna Netrebko Ă©tait alors diva verdienne, ayant chantĂ© Leonora du TrouvĂšre, Lady Macbeth, puis cette Aida, ici sur la scĂšne du Festival de Salzbourg, aoĂ»t 2017.
LIRE ici notre compte rendu critique d’AIDA de Verdi par Anna Netrebko
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-salzbourg-le-12-aout-2017-verdi-aida-anna-netrebko-muti/

NOTRE AVIS : extrait. «   Etrange rĂ©alisation visuelle que celle confiĂ©e Ă  la plasticienne iranienne Shirin Neshat, dans cette lecture de l’opĂ©ra Aida de Verdi, plutĂŽt « design et d’une froideur internationale, digne de la dĂ©co d’un palace 5 Ă©toiles Ă  Paris ou Ă  DubaĂŻ »  En transposant l’action Ă©gyptienne conçue par Verdi et l’égyptologue Mariette, dans le conflit israelo-palestinien, la metteure en scĂšne brouille souvent les cartes, rendant confuse une histoire qui ne l’était pas. Les amateurs non connaisseurs de Verdi et de son Aida, crĂ©Ă©e pour l’inauguration de l’opĂ©ra du Caire s’y perdront : dans le grand tableau collectif, celui des trompettes d’Aida, quand Pharaon accueille en hĂ©ros victorieux, le gĂ©nĂ©ral RadamĂšs, ce ne sont pas des notables et soldats de l’Egypte du Nouvel Empire qui siĂšgent dans les tribunes, mais une assemblĂ©e disparate de dignitaires juifs, et d’autres syriens
 Les ballets sont escamotĂ©s et rĂ©duits Ă  l’essentiel par une troupe de danseurs Ă  jupes noires et bucranes fichĂ©s sur la tĂȘte 
 on repĂšre ici la dĂ©nonciation d’un peuple soumis, humiliĂ©s (les Ă©thiopiens dans l’intrigue initiale, 
 devenus sur la scĂšne salzbourgeoise, de graves et sinistres hĂ©breux marquĂ©s d’une ligne blanche qui leur barre le visage). Bon. Soit. Mais qu’est ce que cela apporte Ă  l’explicitation du drame verdien ?   ». Reste l’Aida de braise et de feu de la belle Aida de Netrebko, ardente flamme, loyale et aimante jusque dans la mort


PrĂ©sentation de la production par les salles de cinĂ©ma UGC, partenaires de l’opĂ©ration : « Chef-d’Ɠuvre mĂ©connu, c’est-Ă -dire mal entendu, longtemps assimilĂ© Ă  ces deux scĂšnes de masse, avec leur dĂ©ploiement obligĂ© de chƓurs, figurants et trompettes, Aida est en fait une Ɠuvre toute de tension intĂ©rieure, tournĂ©e vers une intimitĂ© peu Ă  peu dĂ©voilĂ©e, une vĂ©ritĂ© qui ose s’exprimer et qui va jusqu’au bout d’elle-mĂȘme, vĂ©ritĂ© amoureuse pour Aida, vĂ©ritĂ© du dĂ©sir pour Amneris. Verdi resserre l’action en un drame entre trois personnages marquĂ©s par un destin contraire ; il raffine Ă©criture orchestrale et ligne vocale, s’attachant Ă  une pure dĂ©clamation lyrique toute en puissance tragique. La scĂšne finale couronne cet hymne Ă  la mort en donnant son originalitĂ© bouleversante Ă  cet opĂ©ra – car c’est dans un murmure qu’il va s’achever : toute la scĂšne glisse lentement, toute la musique est peu Ă  peu aspirĂ©e dans ce nĂ©ant du silence. Mort d’amour (Tristan et Isolde a Ă©tĂ© crĂ©Ă© six ans auparavant): comment ne pas avoir le cƓur serrĂ© devant une telle scĂšne ? On est loin des trompettes et des chƓurs du Triomphe! À Salzbourg, c’est une cinĂ©aste et photographe iranienne qui a imaginĂ© le rituel de cette Aida sublimĂ©e par Riccardo Muti mais c’est la premiĂšre Aida d’Anna Netrebko qu’on venait entendre : elle est exceptionnelle. »

 

PLUS D’INFOS : visitez le site VIVA L’OPERA / salles UGC : https://www.vivalopera.fr

 

 
AIDA de VERDI – LIVRET d’Antonio Ghislanzoni,
d’aprùs Auguste-Édouard Mariette

Orchestre Philharmonique de Vienne
ChƓurs Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
DISTRIBUTION
Aida : Anna Netrebko
RadamĂšs : Francesco Meli
Le Roi : Roberto Tagliavini
Amneris : Ekaterina Semenchuk
Ramfis : Dmitry Belosselskiy
Amonasro : Luca Salsi

DIRECTION MUSICALE : Riccardo Muti
MISE EN SCÈNE : Shirin Neshat

DÉCORS : Christian Schmidt
COSTUMES : Tatyana van Walsum
LUMIÈRES : Reinhard Traub
CHORÉGRAPHIE : Thomas Wilhel
CHEF DES CHƒURS : Ernst Raffelsberger

DURÉE DU SPECTACLE : 3 H 13, dont 1 entracte de 20 min (durĂ©e indicative) 4 actes
REPRÉSENTATION A 19H30 PRÉCISES.
OUVERTURE DES PORTES A 18H45, FERMETURE DES PORTES A 19H15.

CD critique. CHERUBINI : discoveries (1 cd DECCA – oct 2016)

CHERUBINI discoveries chailly DECCA cd review cd critique classiquenews critique cd concert cherubini 28948315925CD critique. CHERUBINI : discoveries (1 cd DECCA – oct 2016). Riccardo Chailly nous habitue au dĂ©frichement. S’agissant de Stravinksy, le geste exhumateur et le choix des partitions qui en profitent, se sont avĂ©rĂ©s judicieux, et le rĂ©sultant probant (LIRE notre critique du cd STRAVINKSY : Chant funĂšbre, premiĂšre mondiale : http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-stravinsky-le-chant-funebre-le-sacre-chailly-1-cd-decca-2017/ ). Ce corpus CHERUBINI produit les mĂȘmes effets. Et nous enjoint Ă  parler s’agissant du directeur du Conservatoire (en 1822) et du crĂ©ateur naturalisĂ© français en 1794, d’un compositeur moins italien que
 français et surtout parisien. Le sens du drame, le goĂ»t du fantastique voire terrifique, bien dans la veine digĂ©rĂ©e du gluckisme, l’écriture symphonique qui se place aux cĂŽtĂ©s de Beethoven et du premier Mendelssohn, reprĂ©cisent, sous la figure du florentin Luigi Cherubini (1760 – 1842), un compositeur authentiquement romantique.

 

 

 

 

La Symphonie romantique de Cherubini

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CHERUBINI ingres alf6_ingres_001fSa (seule) symphonie ici reconstruite de 1824, est digne des auteurs germaniques Ă©voquĂ©s : on sent mĂȘme poindre dans la vitalitĂ© des contrastes, une excitation qui casse le modĂšle classique basculant plutĂŽt vers une verve prĂ©weberienne, exactement comme c’est le cas des Ɠuvres de Sigismund Neukomm (1778-1858 : cf son oratorio la RĂ©surrection de 1828 : http://www.classiquenews.com/la-resurrection-de-neukomm-le-couronnement-de-mozart/ ). En 1824, quand Cherubini compose sa Symphonie, Ludwig a d’ailleurs composĂ© quasiment l’ensemble de son corpus symphonique. VoilĂ  qui prĂ©cise la situation particuliĂšre de Cherubini, longtemps taxĂ© uniquement de faiseur de cĂ©rĂ©monies pontifiantes pour le pouvoir monarchique (aprĂšs l’Empire) : l’élĂ©gance virile de son Ă©criture a, on le comprend, beaucoup plu Ă  Beethoven lui-mĂȘme, mais aussi (admiration rĂ©vĂ©latrice) Ă  Schumann et Ă  Brahms !
Les Marches, dont la majoritĂ© premiĂšres mondiales, illustrent de fait l’inspiration circonstancielle de Cherubini, son talent pour fixer une plĂ©nitude Ă  la fois solennelle et dĂ©clamatoire, avec ce goĂ»t pour le grave, le lugubre, l’ampleur sombre des TĂ©nĂšbres, comme le rappellent les deux derniĂšres piĂšces, Ă  mettre en relation avec son Requiem en rĂ© mineur.
L’ouverture initiale souligne le faiseur d’opĂ©ras, douĂ© pour les atmosphĂšres contrastĂ©es, comme l’incarnent aujourd’hui, deux de ses ouvrages clĂ©s : Lodoiska (1791) puis surtout MĂ©dĂ©e (1797, puis rĂ©visĂ©e en 2 actes en 1802).

Riccardo Muti a rĂ©vĂ©lĂ© l’ampleur du dĂ©corum façon Cherubini dans ses Messes (Solennelle pour le couronnement de Charles X, pour le sacre de Louis XVIII, Missa Solemnis
). Riccardo Chailly quant Ă  lui s’intĂ©resse Ă  la veine orchestrale, dĂ©voilant la grandeur et la profondeur sans omettre la vitalitĂ© parfois abrupte de la Symphonie en rĂ© de 1824.
PortraiturĂ© par Ingres, Cherubini montre un visage sĂ©rieux, presque austĂšre, Ă  peu prĂšs aussi souriant qu’un magistrat : le peintre acadĂ©mique a fixĂ© les traits d’une institution dont le mĂ©tier s’entend dans cette symphonie rĂ©alisĂ©e pour Londres et qui est comme une synthĂšse Ă  son Ă©poque. ComposĂ©e entre mars et avril 1824, la Symphonie en rĂ© majeur est une commande de la Royal Philharmonic Society et crĂ©Ă©e in loco sous la direction de Cherubini lui-mĂȘme : le plan est classique, dans la tradition de Haydn et Mozart (Largo / Allegro – Larghetto cantabile – inuetto : allegro non tanto – Allegro assai), auquel Cherubini apporte une connaissance de la fureur beethovĂ©nienne, et son goĂ»t pour la caractĂ©risation atmosphĂ©rique, perceptible dans son goĂ»t des alliages et de timbres. Conscient de cette rĂ©serve riche en contrastes, dĂ©veloppements thĂ©matiques, couleurs et accents opĂ©ratiques, Cherubini reprit son ouvrage pour en dĂ©duire son 2Ăšme quatuor en 1829 (rĂ©actualisant tempo et ordre des mouvements).

Les Français ces derniĂšres annĂ©es n’ont pas attendu pour rĂ©vĂ©ler au grand jour l’intelligence architecturale et dramatique de la partition, en particulier les chefs habituĂ©s des instruments d’époque tels David Stern ou Bruno Procopio, prĂȘts Ă  articuler et caractĂ©riser chacun des mouvements.
VoilĂ  qui explique les limites de la prĂ©sente lecture milanaise : dĂ©pourvue de la subtilitĂ© individualisĂ©e des instruments d’époque, l’orchestre dirigĂ© par Chailly manque de dĂ©tails, de finesse, de transparence
 le son est souvent lisse, rond, diluĂ© voire Ă©pais. Quel dommage. Pourtant la lecture ne manque ni de nervositĂ© ni de tension contrastĂ©e. C’est pourquoi la redĂ©couverte est rĂ©alisĂ©e, explicite par moitiĂ©.
Par contre l’ouverture (en sol majeur) – digne d’un lever de rideau pour le meilleur opĂ©ra (1815), abondante en pĂ©ripĂ©tie (au dĂ©triment cependant de l’unitĂ© architectonique), et surtout les Marches ici restituĂ©es sont passionnantes. On y lit sous le decorum de leur contexte et genĂšse, ce goĂ»t pour la terribilitĂ  lugubre, fantastique, voire effrayante : les obsĂšques du gĂ©nĂ©ral Hoche (oct 1797), surtout l’admirable marche funĂšbre (pour les funĂ©railles du Duc de berry, le 14 mars 1820), indiquent clairement l’expĂ©rimentation tonale d’un Cherubini touchĂ© par la grĂące d’une inspiration noire, tĂ©nĂ©briste, au souffle singulier. LĂ  est la grande dĂ©couverte.

 

 

 

 

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LIRE AUSSI notre annonce du CD DECCA : CHERUBINI, Discoveries / Riccardo Chailly / Filarmonica della Scala (1 cd Decca oct 2016).

http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-cherubini-discoveries-filarmonica-delle-scala-riccardo-chailly-1-cd-decca/

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 17 janvier 2020. Wagner : Le Vaisseau fantĂŽme (ouverture), Hindemith : Symphonie “Mathis le Peintre”, Dvoƙák : Symphonie n° 9 “Du Nouveau Monde”

MUTI riccardo Muti_120128_041_crop_Todd_Rosenberg-e1365787405319COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, le 17 janvier 2020. Wagner : Le Vaisseau fantĂŽme (ouverture), Hindemith : Symphonie “Mathis le Peintre”, Dvoƙák : Symphonie n° 9 “Du Nouveau Monde”. Alors qu’il nous a dĂ©jĂ  gratifiĂ© du privilĂšge de la lecture de ses mĂ©moires https://www.classiquenews.com/livres-riccardo-muti-prima-la-musica-larchipel/, le grand chef napolitain Riccardo Muti (78 ans) n’en finit pas d’assurer une prĂ©sence rĂ©guliĂšre Ă  Paris d’annĂ©e en annĂ©e, le plus souvent avec l’Orchestre national de France en tant que chef invitĂ©, ou plus logiquement avec “son” Orchestre symphonique de Chicago, dont il est le directeur musical depuis 2010. C’est prĂ©cisĂ©ment avec la prestigieuse formation amĂ©ricaine qu’on le retrouve Ă  la Philharmonie pour l’un des concerts les plus attendus de la saison – pour preuve la salle remplie Ă  craquer ce vendredi soir.

Riccardo Muti entonne les premiĂšres mesures de l’ouverture du Vaisseau fantĂŽme (1843) de maniĂšre tonitruante, imprimant une tension palpable, entre attaques sĂšches aux cuivres et architecture globale bien dessinĂ©e. Les parties plus apaisĂ©es laissent entrevoir un ralentissement de tempo – une constante pendant toute la soirĂ©e – au service d’une lecture plus analytique qui fouille la partition sans jamais sacrifier au rythme. On se rĂ©gale des infimes nuances que le maestro rĂ©vĂšle avec dĂ©lice, en un art des crescendos et des transitions qui laisse sans voix, Ă©vitant le triomphalisme parfois audible dans cette partition qui donne la part belle aux fanfares de cuivres. Les cuivres, au son clair impressionnant d’aisance, font honneur Ă  la rĂ©putation de l’orchestre, qui n’est plus Ă  faire en ce domaine.

Changement d’atmosphĂšre audible dĂšs le dĂ©but de la superbe Symphonie “Mathis le Peintre” (1934), avec des trombones quasi en sourdine et un premier crescendo trĂšs lent qui refuse tout spectaculaire, au service d’une parfaite mise en place et d’un contrĂŽle Ă©minemment corsetĂ© de l’orchestre. Le refus de l’Ă©lan narratif sera une constante pendant les trois mouvements, Muti cherchant davantage Ă  faire ressortir quelques dĂ©tails inattendus dans les contre-champs, en allĂ©geant grandement la texture d’ensemble. Ce geste sans concession fuit Ă©motion et lyrisme pour privilĂ©gier la musique pure, sans aucun rubato. La discipline impressionnante de la formation, tout comme la somme qualitative des individualitĂ©s ici rĂ©unies, donnent Ă  ce parti-pris intellectuel une tenue particuliĂšrement Ă©loquente. Le dernier mouvement “La Tentation de Saint-Antoine”, plus vertical, fonctionne mieux dans cette optique, tant Muti fait valoir sa science des enchainements entre les diffĂ©rents matĂ©riaux assemblĂ©s par Hindemith, en un ton pĂ©remptoire bien vu. Muti fait lĂ  encore entendre quelques dĂ©tails surprenants, de la mise en valeur de couleurs morbides jusqu’aux silences brucknĂ©riens, sans parler des crissements aux cordes aiguĂ«s qui annoncent Britten. Ceux qui voudront rĂ©entendre cette oeuvre au disque devront dĂ©couvrir la version de Wolfang Sawallisch avec l’Orchestre de Philadelphie (Emi, 1995) – d’une perfection classique intemporelle, aux tempi tout aussi Ă©tirĂ©s que Muti, mais plus gĂ©nĂ©reuse dans l’Ă©panchement mĂ©lodique.

AprĂšs l’entracte, Riccardo Muti retrouve un ton plus direct avec la plus cĂ©lĂšbre symphonie de Dvoƙák, tout en cherchant Ă  faire ressortir quelques dĂ©tails lĂ  encore, notamment d’infimes nuances dans les phrasĂ©s des cordes. Le Largo surprend davantage par son dĂ©pouillement et son cĂŽtĂ© extĂ©rieur, assez froid, qui bĂ©nĂ©ficie pourtant du superbe solo de cor anglais de Scott Hostetler, vivement applaudi en fin de soirĂ©e. Le tutti imprimĂ© par les vents est particuliĂšrement prononcĂ© en contraste, tandis que l’on retrouve Ă  nouveau des sonoritĂ©s morbides aux cordes. Muti impressionne en fin de mouvement en marquant les silences, comme une nouvelle dĂ©monstration de l’absolu maitrise sur sa formation. Quelques bruissements de voix suivent avant que ne dĂ©bute le Scherzo – le public semblant ainsi indiquer sa surprise face Ă  cette interprĂ©tation volontairement peu orthodoxe. C’est prĂ©cisĂ©ment le Scherzo qui montre Muti Ă  son meilleur, accĂ©lĂ©rant le tempo et faisant briller les vents, tandis que le finale voit la bride enfin se desserrer, mais toujours au service d’une leçon de direction d’orchestre dans la lisibilitĂ©, rappelant parfois l’art du regrettĂ© Lorin Maazel (1930-2014). AprĂšs avoir recueilli les applaudissements enthousiastes d’un chaleureux public parisien, le chef se tourne vers la salle pour annoncer, en un italien bien dĂ©liĂ© et comprĂ©hensible, un bis dĂ©diĂ© Ă  l’Intermezzo de Fedora de Giordano, qu’il justifie en ces termes : “puisque Paris aime l’opĂ©ra”. Un dernier moment de grĂące oĂč Muti laisse entrevoir tout son amour pour le rĂ©pertoire italien, qu’il a constamment dĂ©fendu pendant toute sa carriĂšre, y compris par la rĂ©surrection de raretĂ©s dues Ă  Jommelli, Salieri et tant d’autres.

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 17 janvier 2020. Wagner : Le Vaisseau fantĂŽme (ouverture), Hindemith : Symphonie “Mathis le Peintre”, Dvoƙák : Symphonie n° 9 “Du Nouveau Monde”. Orchestre symphonique de Chicago, Riccardo Muti (direction). Illustration : R Muti (DR)

Italie, Rome. Riccardo Muti dĂ©missione de l’OpĂ©ra de Rome

MUTI riccardo Muti_120128_041_crop_Todd_Rosenberg-e1365787405319Riccardo Muti dĂ©missione de l’OpĂ©ra de Rome. A 73 ans, le chef Riccardo Muti, aprĂšs avoir quittĂ© La Scala de Milan en 2005 (qu’il pilotait depuis 1986), claque la porte de l’OpĂ©ra de Rome. Il en Ă©tait le “chef honoraire Ă  vie” depuis 2011 ; la situation financiĂšre de l’institution romaine (presque 29 millions d’euros de dettes Ă  l’étĂ© 2014) menace mĂȘme l’OpĂ©ra de faillite. AprĂšs des grĂšves Ă  rĂ©pĂ©tition (jusqu’à 3 cet Ă©tĂ©), un plan de sauvetage qui n’a pas suscitĂ© l’adhĂ©sion de la majoritĂ© des syndicats (avec Ă  la clĂ© une restructuration interne), Riccardo Muti a estimĂ© qu’il ne disposait plus de la sĂ©rĂ©nitĂ© nĂ©cessaire pour mener Ă  bien sa mission Ă  Rome. Il a confirmĂ© avoir renoncĂ© Ă  diriger les productions Ă  venir des Noces de Figaro et d’AĂŻda
 La situation de l’OpĂ©ra de Rome rappelle celle du San Carlo de Naples (40 millions d’euros de dettes).

Riccardo Muti est toujours directeur de l’Orchestre Symphonique de Chicago et de l’Orchestre Cherubini qu’il a fondĂ© pour les jeunes instrumentistes.

Lire le dernier livre des Mémoires de Riccardo Muti : « Prima la musical! », paru en 2014.

 

Livres. Riccardo Muti : Prima la musica (L’Archipel)

muti riccardo prima la musicaLivres. Riccardo Muti : Prima la musica (L’Archipel). On se souvient qu’en mars 2011, Ă  Rome, alors qu’il dirige Nabucco de Verdi et son choeur des esclaves, le chef septuagĂ©naire Riccardo Muti (nĂ© en 1941) jamais en reste d’une action fracassante propre Ă  dĂ©fendre l’art et la musique, regrettant l’Italie perdue, bissait le choeur fameux avec la complicitĂ© du public debout, explicitement hostile Ă  Berlusconi, Ă  l’instar des rĂ©voltĂ©s rĂ©publicains de 1840. La musique Ă©tait devenu hymne politique contre un pouvoir Ă©tranger Ă  tout essor culturel. L’anecdote souligne les positions d’un chef dĂ©terminĂ© voire sec et despotique qui incarne aprĂšs Toscanini et Nino Votto (son maĂźtre direct, avant que Karajan ne l’appelle Ă  Salzbourg pour y diriger Mozart au dĂ©but des annĂ©es 1980 (Cosi
), le mythe du chef charismatique, guide et visionnaire pour tous. De fait, sa plume, Ă  l’honneur dans ce carnet de commentaires, pensĂ©es, suggestions sur sa carriĂšre ne manque pas de phrases pĂ©nĂ©trantes, souvent superfĂ©tatoires voire autosatisfaites lorsqu’il s’agit d’évoquer telle ou telle production, tel ou tel concert. FĂ©lin mordant et jaloux de sa gloire, Muti semble souvent dresser la liste de ses rĂ©alisations comme s’il s’agissait de dĂ©montrer tous ses mĂ©rites dans un procĂšs imaginaire.

Le titre «  Prima la musical! » donne l’indice d’un musicien qui laisse toute la place Ă  l’orchestre et au chant ; face aux mises en scĂšne dont Muti dĂ©nonce souvent les dĂ©calages, les glissements dangereux, l’incomprĂ©hension, le chef dĂ©fend ses chanteurs et ses instrumentistes. Il n’est guĂšre que quelques scĂ©nographes dignes de son engagement et de son exigence : Ronconi ou Strehler.
Passion Verdi. C’est essentiellement au chapitre verdien que la plume se rĂ©vĂšle la plus passionnante : Muti l’inflexible se montre trĂšs inspirĂ© dans le travail sur les opĂ©ras de Verdi : rajeunir La Traviata (avec Alagna), dĂ©poussiĂ©rer Le TrouvĂšre, retrouver les silences de Macbeth (et ses pianissimos souhaitĂ©s par Verdi), opter pour le diapason 432 pour Otello
 Autant d’options bien argumentĂ©es et expliquĂ©es qui fondent ici une connaissance profonde et intime d’une Ă©criture si proche de sa sanguinitĂ© artistique.
L’affaire de sa dĂ©mission obligĂ©e de La Scala (dont il est directeur de 1986 Ă  2005) aprĂšs la rĂ©sistance d’un personnel de plus en plus rĂ©ticent face Ă  la droiture fiĂšre et souvent supĂ©rieure d’un maestro drapĂ© comme un dieu grec est Ă©videmment Ă©voquĂ©e
 Ă  la faveur du dĂ©missionnaire.
Outre les Ă©vocations positives des Ă©pisodes de la vie musicale, plusieurs figures paraissent ici : Karajan (le pĂšre spirituel), Pavarotti (et ses aigus satinĂ©s dans un Don Carlos mĂ©morable), Strehler, Jessye Norman, Fellini, Toscanini, mais aussi Callas (pressentie espĂ©rĂ©e mais finalement inaccessible) ou Nino Rota et Sviatoslav Richter, duo de solistes pour ses noces
 A l’heure des rĂ©volutions stylistiques permises par le jeu sur instruments d’époque, Muti fait cependant figure de chef d’un monde rĂ©volu. Quel grand metteur en scĂšne voudrait d’ailleurs travailler avec lui ? L’Italien magnifique, comme un lion aguerri, ne semble plus ĂȘtre aussi convaincant Ă  l’opĂ©ra et demeure surtout invitĂ© pour quelques cycles symphoniques et des messes exigeant souffle fervent, solennitĂ© d’un autre Ăąge.

Livres. Riccardo Muti : Prima la musica (L’Archipel). 19,95 €. ISBN : 9782809805390. 236 pages. Parution : 12 mars 2014.