CD. Teodora Gheorghiu chante l’Art Nouveau (1 cd ApartĂ©)

CD.Teodora Gheroghiu: Art Nouveau. 1 cd Aparté
Teodora Gheorghiu chnate l'Art NouveauPassionnĂ©e par la subtilitĂ© caressante des lieder de Strauss, la soprano roumaine Teodora Gheorghiu est-elle pour autant une straussienne accomplie ? Le soprano tĂ©nu, d’une fragilitĂ© arachnĂ©enne de soprano colorature cisèle chaque Ă©pisode du premier recueil Mädchenblumen opus 22, oĂą pourtant la voix dans l’articulation du texte floral, incarne l’extrĂŞme sophistication musicale avec une grâce indiscutable, mais qui parfois paraĂ®t un rien… tendue. L’Ă©trangetĂ© flottante des 3 suivants, OphĂ©liens, lui sied peut-ĂŞtre mieux mĂŞme si l’enchantement purement straussien (Wasserrose), qui clĂ´t le dernier du cycle prĂ©cĂ©dent opus 22, Ă©tait proche du sublime (c’est son lied prĂ©fĂ©rĂ©). Mais la langueur Ă©tale, elle aussi d’une pâle et morne complainte de Sie trugen ihn auf der Bahre bloĂź, s’apparente sans effort ni appui Ă  la petite sĹ“ur de… Zerbinette ? L’Ă©clat sans maniĂ©risme d’aucune sorte, le soin du verbe, l’agilitĂ© sur le souffle, l’abattage d’une fine Ă©lĂ©gance confirment aussi l’art de la diseuse.

Il y a comme une douce et tendre blessure dans le timbre, proche parfois par son grain serrĂ© d’une Anne-Catherine Gillet, elle aussi diseuse hors pair et rĂ©cente Juliette chez Gounod, inoubliable. Parfaite ainsi pour les âmes angĂ©lique et pure de l’opĂ©ra romantique par exemple (candeur enfantine du 12: Blaues Sternlein), Teodora Gheorghiu sait aussi nuancer et colorer avec gravitĂ© et profondeur une voix qui n’aurait Ă©tĂ© rien que… sans saveur. C’est pourquoi la ciselure des connotations si explicites et d’une remarquable finesse dans les 6 Zemlinsky nous paraissent majeures (Fensterlein, nacht bist du zu, puis Ich geh’des Nachts, francs et flexible car plus dans le medium).

Teodora Gheorghiu chante l’Art Nouveau

Classe roumaine d’une nouvelle diseuse

MĂŞme puretĂ© Ă  la fois embrasĂ©e et tragique pour les Cinq mĂ©lodies populaires grecques de Maurice Ravel: très belle entrĂ©e avec Le RĂ©veil de la MariĂ©e, intimitĂ© tragique de “LĂ -bas, vers l’Ă©glise”... Dans les mĂ©lodies  harmonisĂ©es par le compositeur français, la diva capte toute l’activitĂ© intĂ©rieure souvent douloureuse des textes sans affectation, retrouvant l’Ă©pure, la simplicitĂ© du trait d’un Ravel très inspirĂ© par le souffle des mĂ©lodies rurales et populaire. Certes on objectera que la voix est petite, parfois serrĂ©e et le français pas toujours idĂ©alement articulĂ©e ni brillant dans les aigus notamment (Ă©cueil ordinaire des sopranos lĂ©gers), mais l’Ă©nergie et l’intensitĂ© ciselĂ©e font la rĂ©ussite de ce rĂ©cital Art Nouveau aussi riche que techniquement et stylistiquement redoutable. Le timbre est idĂ©al pour le climat de langueur nacrĂ©e et blanche de la ” Ballade de la reine morte d’aimer “… Suggestive, d’une musicalitĂ© rentrĂ©e et introspective, Teodora sculpte de la mĂŞme manière, avec une distinction sincère, sophistication naturelle (divin oxymore et signe d’un accomplissement) les derniers lieder de Respighi, Ă  l’archaĂŻsme lui aussi riche en connotations et images. antiquisantes entre autres… et d’une profondeur picturale (enchantement funambule d’Acqua). Très beau rĂ©cital.

Teodora Gheorghiu, soprano. Art Nouveau: mélodies et lieder de Ricahrd Strauss, Zemlinsky, Ravel, Respighi. Jonathan Aner, piano. 1 cd Aparté AP054. Enregistré en Suisse, décembre 2012.