COMPTE-RENDU, critique CONCERT. PARIS. Eglise St-Sulpice, le 13 nov 2019. VERDI: REQUIEM. Euromusic Symph Orch. H. Reiner

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dépêches

  • MUTI riccardo Muti_120128_041_crop_Todd_Rosenberg-e1365787405319

    COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, le 17 janvier 2020. Wagner : Le Vaisseau fantĂŽme (ouverture), Hindemith : Symphonie “Mathis le Peintre”, Dvoƙák : Symphonie n° 9 “Du Nouveau Monde”. Alors qu’il nous a dĂ©jĂ  gratifiĂ© du privilĂšge de la lecture de ses mĂ©moires https://www.classiquenews.com/livres-riccardo-muti-prima-la-musica-larchipel/, le grand chef napolitain Riccardo Muti (78 ans) n’en finit pas d’assurer une prĂ©sence rĂ©guliĂšre Ă  Paris d’annĂ©e en annĂ©e, le plus souvent avec l’Orchestre national de France en tant que chef invitĂ©, ou plus logiquement avec “son” Orchestre symphonique de Chicago, dont il est le directeur musical depuis 2010. C’est prĂ©cisĂ©ment avec la prestigieuse formation amĂ©ricaine…

  • ariadne-auf-naxos-aix-2018-davidsen-devielhe-cutler-albrecht-critique-opera-classiquenews

    ARTE, dim 19 janv 20, minuit. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos, Aix 2018 (Davidsen, Orch de Paris, Albrecht). En replay sur Arte.tv, jusqu’en dĂ©c 2021; accessible aussi sur YOUTUBE en version intĂ©grale. De toute Ă©vidence Katie Mitchell Ă©vacue ce qui la gĂȘne et dilue l’essentiel dans une mise en scĂšne qui cite visuellement l’art dĂ©co, mais s’agite beaucoup, produisant des dĂ©placements confus qui nuisent terriblement Ă  la lisibilitĂ© des situations ; le profil du jeune compositeur (uniquement prĂ©sent dans la comĂ©die du Prologue et rĂŽle travesti), la gravitĂ© soudaine de la soprano qui deviendra dans l’opĂ©ra proprement dit (Ariadne…

  • edgar-degas-cafe-concert-chanson-chien

    RADIO, TELE, INTERNET : les diffusions de janvier 2020  -  VidĂ©o, audio
 chaque mois le “DIFPLAY” de CLASSIQUENEWS c’est l’essentiel des diffusions de concerts, d’opĂ©ras sur les ondes qu’il s’agisse des chaĂźnes radio, des tĂ©lĂ©s ou des sites internet des maisons d’opĂ©ra (live streaming ou replay
). De quoi suivre l’actualitĂ© des scĂšnes lyriques et symphoniques mois par mois pendant toute l’annĂ©e. Certaines productions ou concerts ont Ă©tĂ© critiquĂ©s par la rĂ©daction de classiquenews
 complĂ©ment utile pour mieux revoir ou rĂ©Ă©couter les partitions concernĂ©es. Voici notre sĂ©lection 2 de JANVIER 2020 (15 – 30 janvier 2020).
     
     
     
     
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  • LIEGE. JĂ©rusalem de Giuseppe Verdi

    FRANCE MUSIQUE, sam 25 janv 2020. VERDI : Don Carlo. Luisi. DON CARLO de VERDI Ă  Bastille. Exit la mise en scĂšne indigente et laide de Warlikowski, digne d’une piĂšce de thĂ©Ăątre sans enjeux ni perspective, uniquement centrĂ©e sur les conflits intĂ©rieurs qui dĂ©chirent chaque protagoniste. La cour d’Espagne n’est pas rĂ©jouissante loin de lĂ  : le Roi Philippe II souffre de n’ĂȘtre pas aimĂ© par Elisabeth de Valois, laquelle lui prĂ©fĂšre toujours son premier fiancĂ©, le propre fils de Philipe II, L’infant Don Carlo. Mais la Princesse Eboli aime quant Ă  elle, vainement, ce Carlo qui apparaĂźt toujours en…

  • sarah-baltzinger-danse-critique-classiquenews

    METZ, Arsenal. Mer 29, jeudi 30 janv 2020 : SARAH BALTZINGER prĂ©sente et crĂ©e le ballet ” Don’t you see it coming ” d’aprĂšs Barbe-Bleue. Un regard qui interroge l’identitĂ© et le destin individuel confrontĂ© Ă  l’imminence de ce qui va venir…  Messine, Sarah Baltzinger a fondĂ© sa propre compagnie de danse MIRAGE. Elle approfondit actuellement un travail spĂ©cifique sur l’appropriation du corps et sur la transmission. Son spectacle prĂ©sentĂ© en janvier 2020, s’intitule « Don’t you see it coming » / Ne le vois tu pas venir ? : en Ă©cho Ă  la fameuse incantation, Anne ma sƓur Anne,…

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  • FRANCE MUSIQUE, sam 25 janv 2020. VERDI : Don Carlo. Luisi. DON CARLO de VERDI Ă  Bastille. Exit la mise en scĂšne indigente et laide de Warlikowski, digne d’une piĂšce de thĂ©Ăątre sans enjeux ni perspective, uniquement centrĂ©e sur les conflits intĂ©rieurs qui dĂ©chirent chaque protagoniste. La cour d’Espagne n’est pas rĂ©jouissante loin de lĂ  : le Roi Philippe II souffre de n’ĂȘtre pas aimĂ© par Elisabeth de Valois, laquelle lui prĂ©fĂšre toujours son premier fiancĂ©, le propre fils de Philipe II, L’infant Don Carlo. Mais la Princesse Eboli aime quant Ă  elle, vainement, ce Carlo qui apparaĂźt toujours en…

  • RADIO CLASSIQUE, mer 15 janvier 2020, 20h. MAHLER : 9Ăš. ONL LILLE, Alexandre BLOCH. En direct depuis le Nouveau SiĂšcle Ă  Lille. Programme prĂ©sentĂ© les 15 et 16 janvier 2020 au Nouveau SiĂšcle. Superbe volet final de l’odyssĂ©e mahlĂ©rienne par l’orchestre lillois et son trĂšs engagĂ© directeur musical, Alexandre Bloch. AprĂšs l’achĂšvement du Chant de la terre, Mahler amorce Ă  l’étĂ© 1908, sa 9Ăš symphonie, qu’il achĂšve l’annĂ©e suivante en 1909. A Bruno Walter, sans que l’on connaisse la raison exacte, Mahler reste rĂ©servĂ© sur la genĂšse de cet opus 9 : qu’il rapproche de la symphonie n°4, sans dire…


    télé

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  • ARTE, dim 19 janv 20, minuit. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos, Aix 2018 (Davidsen, Orch de Paris, Albrecht). En replay sur Arte.tv, jusqu’en dĂ©c 2021; accessible aussi sur YOUTUBE en version intĂ©grale. De toute Ă©vidence Katie Mitchell Ă©vacue ce qui la gĂȘne et dilue l’essentiel dans une mise en scĂšne qui cite visuellement l’art dĂ©co, mais s’agite beaucoup, produisant des dĂ©placements confus qui nuisent terriblement Ă  la lisibilitĂ© des situations ; le profil du jeune compositeur (uniquement prĂ©sent dans la comĂ©die du Prologue et rĂŽle travesti), la gravitĂ© soudaine de la soprano qui deviendra dans l’opĂ©ra proprement dit (Ariadne…

  • ARTE, dim 5 janv 2019, 18h55. Dimanche 5 janvier 2020 Ă  18h50. TUBE interplanĂ©taire, le BolĂ©ro s’impose tel un tourbillon musical Ă©crit par Maurice Ravel en 1928. Conçu comme un crescendo progressif qui expose d’abord sur deux mĂ©lodies, plusieurs instruments solistes, comme une galerie de portraits instrumentaux, la partition demeure rĂ©volutionnaire. Le Bolero est devenu « la bande-son perpĂ©tuelle de notre planĂšte, le refrain du monde », dĂ©clare rien que cela la chaĂźne dans sa prĂ©sentation. De Paris Ă  SĂ©oul, de Johannesburg Ă  Los Angeles, c’est la mĂȘme frĂ©nĂ©sie du public, toutes gĂ©nĂ©rations confondues.
    Le gĂ©nie de Ravel cultive les…


    concerts et opéras

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  • ORLEANS, OSO, les 8, 9 fĂ©vrier 2020. Et la lumiĂšre fut. InspirĂ© par la divine et Ă©loquente lumiĂšre, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans dĂ©die tout un programme orchestral, des Nuits d’étĂ© berliozienne, Ă  l’éclat victorieux et conquĂ©rant de la Symphonie n°5 de Beethoven. Une cĂ©lĂ©bration des 250 ans de Ludwig, mais aussi une immersion dans l’écriture de deux gĂ©nies du romantisme, Berlioz et Beethoven, le premier ayant Ă©tĂ© admiratif du second. Le maestro Marius Stieghorst, directeur musical de l’OSO Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans a conçu un programme passionnant de l’ombre Ă  la lumiĂšre oĂč l’éclat mordorĂ© et intime des Nuits d’étĂ©, Ă  la…

  • PARIS, les 31 janv, 1er fĂ©v 2020. QUATUOR HANSON : Quatuors de Mozart et Haydn. Au Reid Hall (6Ăš ardt), puis Ă  la Fondation des Etats-Unis (14Ăš ardt), l’un des Quatuors rĂ©cents les plus prometteurs donne un programme rĂ©jouissant et subtil, dĂ©diĂ© au classicisme viennois, celui de Mozart et de Haydn, soit avant Beethoven qui les prolonge, les compositeurs les plus inspirĂ©s par le genre du quatuor

     
     
     
    LES HANSON… 4 cordes Ă©blouissantes
     
     
     

     
     
    CrĂ©Ă© seulement il y a 6 ans (2003), le Quatuor HANSON (du nom du premier violon, primarius : le percutant…

  • TOURCOING, 7 – 11 fĂ©v 2020. CHABRIER : L’Étoile. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂȘle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux thĂ©Ăątre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans aprĂšs la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets,…

  • METZ, ARSENAL, 9 janv 2020. VASSILENA SERAFIMOVA, TIME. Dans “ L’ÉCRIN DES MUSICIENNES “ qu’est l’Arsenal de METZ, nous avons sĂ©lectionnĂ© et distinguĂ© plusieurs tempĂ©raments fĂ©minins qui au sein de la saison 2019 – 2020 (celle en cours donc) se distinguent par leur travail spĂ©cifique permis par l’institution messine : ainsi la joueuse virtuose de marimba, VASSILENA SERAFIMOVA, qui artiste associĂ©e, poursuit sa rĂ©sidence Ă  l’Arsenal et prĂ©sente plusieurs programmes Ă  METZ. La jeune musicienne bulgare qui ne cesse de surprendre en fĂ©e inventive et exploratrice, sait enrichir le jeu de son instrument en cultivant les rencontres avec d’autres artistes…

  • TOURCOING, 10, 12 janv 2020. HOMMAGE Ă  Jean-CLAUDE MALGOIRE. Le nouveau directeur musical de l’Atelier Lyrique de Tourcoing rend hommage au fondateur Jean-Claude Malgoire, dĂ©cĂ©dĂ© en avril 2018. Outre la crĂ©ation d’une maison laboratoire, vibrante et touchante par son esprit de famille, Jean-Claude Malgoire a rĂ©inventĂ© le travail d’une maison d’opĂ©ra, dans le plaisir et la complicitĂ©, la confiance et la discipline. François-Xavier Roth, lui-mĂȘme fondateur et directeur musical de l’orchestre sur instruments d’époque, Les SiĂšcles, cĂ©lĂšbre la vision et la conscience artistique de Jean-Claude Malgoire Ă  travers deux concerts hommage oĂč il aborde la Symphonie n°39 de Mozart et…

  • SCEAUX, La Schubertiade, le 18 janv 19, 17h30. ALAIN PLANES. Le rĂ©cital s’intitule « Dix mains pour un piano »  c’est un rĂ©cital en famille qui met en lumiĂšre l’entente et la complicitĂ© artistique entre le pianiste Alain PlanĂšs et ses anciens Ă©lĂšves du CNSM de Paris : Natacha Kudritskaya, Simon Zaoui, François Pinel, Pierre-Kaloyann Atanassov
 Soliste, chambriste, accompagnateur, pĂ©dagogue, amateur de peinture et amoureux de poĂ©sie, Alain PlanĂšs est un artiste Ă  la curiositĂ© et la culture sans limite, qui a marquĂ© et continue d’inspirer le travail de ses Ă©tudiants au Conservatoire national supĂ©rieur de musique de Paris. Quatre…

  • PARIS, INVALIDES. Le 23 janv 2020 : Requiem pour le CongrĂšs de Vienne. Le chef BRUNO PROCOPIO dirige les effectifs de la La Sorbonne sous la voĂ»te spectaculaire de la CathĂ©drale Saint-Louis des Invalides. En Ă©cho au bouleversant Requiem de Sigismund von Neukomm (1778-1858), le ChƓur & Orchestre Sorbonne UniversitĂ© restitue Ă©galement les accents romantiques de la Symphonie HĂ©roĂŻque du mĂȘme auteur. Entre splendeur orchestrale, intĂ©rioritĂ©, surtout Ă©nergie beethovĂ©nienne d’une Ă©criture Ă©clectique et trĂšs inspirĂ©e.
    VIENNE, 1815
    Commande de Talleyrand alors au service de Louis XVIII – au compositeur autrichien Sigismund Ritter von Neukomm, le Requiem, dĂ©diĂ© A la mĂ©moire…

  • NICE, OpĂ©ra. Mozart : COSI FAN TUTTE, 17 – 23 janv 2020. Le dernier opĂ©ra de Mozart conçu avec Da Ponte est un dramma giocoso en deux actes ; le livret reprend le thĂšme d’un ouvrage prĂ©cĂ©dent composĂ© par un Salieri trĂšs en verve et vrai rival de Mozart Ă  Vienne : l’école des jaloux / La Scuola degli Gelosi chez Salieri (Venise, 1779) devient l’école des amants chez Mozart et Da Ponte ; la musique de Wolfgang exprime les vertiges du cƓur humain, la puissance du dĂ©sir et des attractions dangereuses. Ici le cynisme et la sagesse lucide, celle…

  • PARIS, TCE. Le 13 janv 2020. Haendel : ORLANDO. Le chef Francesco Corti dirige un Orlando (Haendel) concertant au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es (TCE). Le contre tĂ©nor dont les vocalises et la coloratoure rappelle ceux de Bartoli, Franco Fagioli devait assurer le rĂŽle-titre, c’est finalement le français Christophe Dumaux, autre leader lyrique qui relĂšve le dĂ©fi du personnage, amoureux et chevaleresque (ayant dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle Ă  Vienne entre autres
) ; aux cĂŽtĂ©s de plusieurs tempĂ©raments vocaux et dramatiques avĂ©rĂ©s : le Medoro de la puissante et suave Delphine Galou, la Dorinda amoureuse de Nuria Rial et Luca Pisaroni (le magicien…

  • LILLE, ONL, A BLOCH, 15, 16 janv 2020. MAHLER : Symph n°9. ONL, Orch national de Lille. Alexandre Bloch. Superbe volet final de l’odyssĂ©e mahlĂ©rienne par l’orchestre lillois et son trĂšs engagĂ© directeur musical, Alexandre Bloch. AprĂšs l’achĂšvement du Chant de la terre, Mahler amorce Ă  l’étĂ© 1908, sa 9Ăš symphonie, qu’il achĂšve l’annĂ©e suivante en 1909. A Bruno Walter, sans que l’on connaisse la raison exacte, Mahler reste rĂ©servĂ© sur la genĂšse de cet opus 9 : qu’il rapproche de la symphonie n°4, sans dire pourquoi explicitement.
    SYMPHONIE DE L’ADIEU
    C’est un compositeur maĂźtre de son langage, lequel s’est…

  • MONTE CARLO : COPPELIA 2020, jusqu’au 5 janvier 2020. Version JC MAILLOT : le plus fantastique des ballets classiques et romantiques refait surface Ă  Monte Carlo et Ă  travers l’imaginaire Ă©rudit poĂ©tique du directeur des Ballets de Monte Carlo, Jean-Christophe Maillot. RebaptisĂ© « CoppĂ©l-i.A. », le nouveau ballet tient l’affiche au Grimaldi Forum de Monaco, jusqu’au 5 janv 2020. CrĂ©Ă© ce 27 dĂ©c 2019, le ballet marque Ă  nouveau l’histoire de la troupe : Ici, CoppĂ©lia est actualisĂ©e selon les derniĂšres avancĂ©es techno : elle est le fruit de l’IA, Intelligence Artificielle et douĂ©e de sentiments, la poupĂ©e mĂ©canique tombe…

  • Paris, ChĂątelet, Haendel : SAUL. B KOSKY, 21-31 janv 2020. Le roi SaĂŒl accueille avec jalousie le retour de David qui vient de terrasser Goliath. Ses deux filles et son fils ne le comprennent pas et le drame se noue autour de la folie meurtriĂšre dans laquelle SaĂŒl s’enferme. L’oratorio de Haendel est un drame biblique basĂ© sur le livre de Samuel, composĂ© en 1739 par Haendel au faĂźte de sa gloire en Angleterre : le Saxon a dĂ©sormais conquis son public tout en inventant un nouveau genre, prolongement rĂ©ussi de ses tentatives d’opĂ©ra italien : l’oratorio anglais. La production…

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  • LIVE, ce soir 20h25, 21 dĂ©c 2019: Arts Flo : Les 40 ANS (Philharmonie de Paris). Au moment oĂč le Karajan du Baroque a doublĂ© son successeur (Paul Agnew), Les Arfts Flo affirment toujours, 40 ans aprĂšs leur fondation, un modĂšle d’excellence. Il mĂȘle baroque anglais et français, revient Ă  l’élĂ©gance racĂ©e royale de Haendel, le compositeur saxon naturalisĂ© anglais, plus britannique que bien des auteurs britanniques ; ici serviteurs de la pompe royale, celle de ses « amis », George III et de sn Ă©pouse la Reine Caroline (le solennel autant que fervent « Zadok the Priest », extraits…

  • ARTE.TV/opera Mardi 15 octobre 2019, 20h, en direct. PUCCINI : TURANDOT en direct du Liceu de Barcelone, mise en scĂšne : Franck ALEU, vidĂ©aste / direction musicale : Josep PONS. 3 énigmes sont rĂ©vĂ©lĂ©es par le prince Calaf pour obtenir la main de la princesse vierge Turandot. 3 personnages sont clĂ©s au centre de ce drame oriental Ă  la fois cruel, barbare et finalement transcendĂ© par l’amour : Calaf donc, le prince Ă©tranger ; Turandot, la vierge hystĂ©rique et frigide ; Liu enfin, celle qui aime en secret Calaf mais se sacrifie volontiers… Elle meurt assassinĂ©e aprĂšs avoir Ă©tĂ© torturĂ©e,…

  • GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019 : LIVESTREAM Ă  15h aujourd’hui : masterclass d’ANDRAS SCHIFF. LIVESTREAM ! Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL dĂ©veloppe ses contenus digitaux et dĂ©voile des sessions inĂ©dites en exclusivitĂ© sur la toile
 Visionnez aujourd’hui en direct la masterclass de Sir Andras Schiff depuis la plateforme Gstaad Digital Festival Ă  partir de 15h. Cette masterclass fait partie des nombreux ateliers pĂ©dagogiques que propose le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL (7 acadĂ©mies au total dont une exceptionnel acadĂ©mie de direction d’orchestre, – session unique en Europe chaque Ă©tĂ©).
     
     

     
     
    CONNECTEZ-VOUS pour la Master class d’Andras Schiff au GSTAAD…

  • Internet en direct. BALANCHINE : JEWELS, le 11 avril 2019, 19h30. STAATSOPER.TV, Munich, Bayerische Staatsoper. L’opĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich crĂ©Ă© l’évĂ©nement avec la retransmission du Ballet JEWELS de George Balanchine (1967) / Music: Gabriel FaurĂ©, Igor Strawinsky, Peter I. Tschaikowsky / Soloists and ensemble of the Bayerisches Staatsballett. Dans l’ordre, Emeraude, Rubis, Diamants
    LIVE STREAM, JEUDI 11 avril 2019 Ă  19h30 (7.30 pm CEST)
    + d’infos : https://www.staatsoper.de/en/staatsopertv.html?no_cache=1&utm_campaign=advertisement&utm_medium=display&utm_source=bachtrack.com
     
     
     
    L’élĂ©gance Balanchine
     
    Joyaux (Jewels), triptyque chorĂ©graphique conçu par le maĂźtre du ballet nĂ©oclassique, Balanchine est crĂ©Ă© en 1967 Ă  New York et devient l’emblĂšme de la compagnie…

  • MUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : JephtĂ©. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrĂ©e JephtĂ©, chef-d’Ɠuvre de Michel Pignolet de MontĂ©clair, unique exemple de tragĂ©die composĂ©e sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de MontĂ©clair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du rĂšgne de Louis XIV et l’esprit de la rĂ©gence. C’est le maillon qui manquait Ă  notre connaissance entre la pompe de Lully et le gĂ©nie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair Ă  partir de son…


    cinéma

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  • CinĂ©ma, ballet. CoppĂ©lia, mardi 10 dĂ©cembre 2019 en direct du ROH, Londres. CoppĂ©lia, grand classique du Royal Ballet Ă  Covent Garden (londres), est ainsi projetĂ© en direct dans les cinĂ©mas partout en France, ce 10 dĂ©cembre 2019 (20h15). Fantastique et poĂ©tique, le ballet CoppĂ©lia bĂ©nĂ©ficie d’une musique raffinĂ©e, conçue par LĂ©o Delibes. A Londres, la partition est devenue un pilier du rĂ©pertoire de la troupe de danseurs britanniques depuis qu’elle a Ă©tĂ© chorĂ©graphiĂ©e par la fondatrice du Royal Ballet, Dame Ninette de Valois. InspirĂ© des Contes d’Hoffmann, l’action fait paraĂźtre une poupĂ©e mĂ©canique plus vraie que la vie, charmant jusqu’à…

  • LILLE, ONL. STAR WARS, 14 et 15 fĂ©v 2019. CinĂ©-concert de rĂȘve Ă  Lille
 La saga Star Wars de George Lucas n’aurait jamais eu son retentissement ni sa puissance dramatique sans le chant de l’orchestre qui sert de rĂ©sonateur, d’amplificateur Ă  sa formidable action interstellaire. John Wiliams a composĂ© l’une des musiques de films les plus envoĂ»tantes, inscrites dans le mystĂšre voire la terreur (quand l’infĂąme Dark Vador paraĂźt), mais aussi dans le drame et l’onirisme des Ă©toiles
 L’Orchestre National de Lille joue la carte du grand Ă©cran et de la magie orchestrale en proposant pendant deux soirs, les 14…

  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…


    expos

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  • PARIS, Louvre. EXPOSITION : LEONARDO DA VINCI et la musique
    Focus spécial CLASSIQUENEWS
    LEONARDO LUTHISTE… Homme de science, Leonard n’a cessĂ© de rechercher les preuves tangibles et visibles de l’harmonie et des rapports harmoniques dans la nature. Ses travaux tĂ©moignent d’une curiositĂ© toujours insatisfaite. Constante, critique et analytique. Des mathĂ©matiques, sa quĂȘte le conduit Ă  l’architecture, Ă  l’anatomie et de fait Ă  la musique. Le rapport des nombres rĂ©vĂšlent des constructions secrĂštes qui produisent le son de l’équilibre et de l’harmonie. La peinture dont il a toujours expĂ©rimentĂ© la technique, jusqu’à redĂ©finir un style spĂ©cifique – suggestif, comme voilĂ©, onirique,…

  • EXPO. PARIS, Palais Garnier, Le grand opĂ©ra 1828-1867 : Le spectacle de l’Histoire, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. A partir du 24 octobre 2019, le Palais Garnier Ă  Paris (BibliothĂšque musĂ©e de l’opĂ©ra), accueille sa nouvelle exposition intitulĂ©e « Le grand opĂ©ra, 1828-1867, le spectacle de l’Histoire ». L’exposition cĂ©lĂšbre les 350 ans de la naissance de l’Institution de l’OpĂ©ra, ex AcadĂ©mie de musique, royale ou impĂ©riale
 selon les rĂ©gimes. C’est une nouvelle initiative de cĂ©lĂ©bration Ă  laquelle participe aussi l’exposition du MusĂ©e d’Orsay : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Le Palais Garnier expose tableaux, maquettes de dĂ©cors, manuscrits musicaux qui composent une…

  • Exposition. PARIS, « Un air d’Italie », Palais Garnier, BibliothĂšque-MusĂ©e de l’OpĂ©ra : L’OpĂ©ra de Paris de Louis XIV Ă  la RĂ©volution : 28 mai – 1er septembre 2019. OrganisĂ©e par la BnF et l’OpĂ©ra national de Paris, l’exposition souligne le 350e anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris ; elle interroge l’histoire, souvent tumultueuse, de la premiĂšre scĂšne lyrique française, sous un angle inĂ©dit : celui du dialogue continu entre les modĂšles français et italien. De 1669 Ă  1791, l’OpĂ©ra de Paris tente d’incarner sa propre continuitĂ© entre rĂ©fĂ©rence Ă  un modĂšle transalpin et affirmation d’une ambition nationale. 130 piĂšces (manuscrits,…

  • PARIS, MusĂ©e d’Orsay, DEGAS Ă  l’OpĂ©ra : 24 sept 2019-19 janv 2020. Quand il peint les danseuses, Edgar Degas invente un nouveau langage pictural et dĂ©nonce la prĂ©dation sexuelle en coulisses dont sont victimes les jeunes danseuses si mal payĂ©es et “chapotĂ©es” par leurs mĂšres maquerelles… RĂ©formateur plasticien et sociologue affĂ»tĂ©, DEGAS peint et analyse.  Degas  aime les plans originaux, dĂ©calĂ©s, hors scĂšne frontale, dans les coulisses et en dehors de la reprĂ©sentation elle-mĂȘme ; c’est pourquoi, ses vues dĂ©voilent ce qui n’est pas connu ni officialisĂ© : l’arriĂšre de la scĂšne, le foyer, les rĂ©pĂ©titions,
 tout un monde non…

  • NANCY, OpĂ©ra. EXPOSITION «  OpĂ©ra ! », 3 siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy : 9 nov 2018 – 24 fev 2019. Avant les cĂ©lĂ©brations du Centenaire de l’OpĂ©ra de Nancy inaugurĂ© le 14 octobre 1919, l’exposition « OpĂ©ra ! » propose de retracer 310 ans d’histoire artistique au coeur de la citĂ© ducale nancĂ©ienne. 3 salles de spectacle se sont succĂ©dĂ©es Ă  Nancy depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. En 1709, un opĂ©ra est inaugurĂ© Ă  proximitĂ© du palais ducal. Construit pour le duc LĂ©opold de Lorraine, il est rĂ©alisĂ© sur des plans de l’architecte italien, spĂ©cialiste des machineries et des dispositifs…


COMPTE-RENDU, critique CONCERT. PARIS. Eglise St-Sulpice, le 13 nov 2019. VERDI: REQUIEM. Euromusic Symph Orch. H. Reiner

Vague verdienne en juin 2014COMPTE-RENDU, CONCERT. PARIS. Eglise Saint Sulpice, le 13 Novembre 2019. G.VERDI. REQUIEM. Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. H.REINER. Il est moments musicaux qui sont inclassables et ce Requiem de Verdi, donnĂ© Ă  Saint-Sulpice le 13 novembre 2019, est l’un de ceux qui resteront dans les mĂ©moires. Ainsi le trĂšs long silence qui a terminĂ© le Requiem reprĂ©sente le plus bel hommage et les plus belles minutes de silence possibles. Et le public incrĂ©dule d’abord, puis silencieux, a finalement applaudi gĂ©nĂ©reusement un tel moment de grĂące. Car comment parler d’un concert si porteur d’émotions sans le dĂ©naturer ? Hugues Reiner a portĂ© ce projet avec toute sa gĂ©nĂ©rositĂ©, invitant l’association Live for Paris Ă  l’évĂ©nement commĂ©moratif des tueries du 13 novembre 2015. Il y a eu beaucoup d’émotions dans la vaste Ă©glise malgrĂ© le froid et l’acoustique difficile. Il faut dire que dĂšs le concerto de trompette de Marcello qui ouvrait le concert, Guy Touvron aprĂšs son vibrant hommage Ă  son collĂšgue et ami avait donnĂ© le ton : la musique vivante console de la mort comme rien d’autre. Le vaste Requiem de Verdi est composĂ© Ă  l’envers.

Un Requiem pour ne pas oublier
et pour que vive la liberté !

Car la fin : le Libera Me de la soprano, est la piĂšce composĂ©e en premier pour un Requiem d’hommage Ă  Rossini qui n’a jamais vu le jour. Verdi chantre de l’opĂ©ra ne pouvait dĂ©cevoir et a composĂ© avec ce Requiem une grande fresque opĂ©ratique donnant un relief particulier Ă  la Doxa chrĂ©tienne ; car s’il suit le texte latin il est peu de dire qu’il lui donne une vigueur incroyable avec des accents terribles ou touchants et de vastes phrases en gestes vocaux quasi surnaturels.
Le quatuor de solistes est utilisĂ© comme dans un opĂ©ra. C’est la soprano qui est la plus exposĂ©e mais personne n’est secondaire. La soprano Blerta Zhegu est remarquable de suretĂ© d’émission et de beautĂ© de ligne vocale. L’homogĂ©nĂ©itĂ© de la voix lui donne de l’autoritĂ© comme une grande tendresse. Elle a remplacĂ© au pied levĂ© Isabelle Ange malade et a appris sa partie en moins de six jours ! Guillemette Laurens faisait lĂ  une prise de rĂŽle attendue. En effet la diva sombre du baroque pour fĂȘter ses 47 ans de carriĂšre osait une entrĂ©e dans le rĂ©pertoire romantique qu’elle affectionne tant. Son timbre prenant, sa diction faite drame et ses phrases ciselĂ©es, avec de grands contrastes, ont fait merveille. Dans toute sa partie, que se soit en solo, en duo, trio ou quatuor, elle apporte une diction vivifiante et un sens de la fusion des timbres dignes de l’extraordinaire madrigaliste qu’elle est. Le tĂ©nor Joachim Bresson avec un engagement trĂšs Ă©mouvant a chantĂ© sa partie avec une grande musicalitĂ© ; quand d’aucuns ne sont que voix large, lui nuance et phrase dĂ©licatement sa partie. La voix au grain noble permet de porter loin une Ă©motion non feinte. Il est bien rare de voir un artiste vivre si intensĂ©ment ce qu’il chante. La basse Robert Jezierski apporte beaucoup de force et de stabilitĂ© avec un art du chant verdien bien maĂźtrisĂ©. L’accord entre les voix des quatre chanteurs a Ă©tĂ© remarquable avec la constante recherche d’un bel Ă©quilibre. Il faut dire que le travail sur les parties solistes avec Hugues Reiner, semble particuliĂšrement abouti.
Bien souvent des choses trĂšs fines ont Ă©tĂ© perceptibles qui sont souvent noyĂ©es dans les dĂ©cibels et qui ce soir ont livrĂ© la quintessence de l’art vocal de Giuseppe Verdi. L’orchestre et le chƓur, tous trĂšs engagĂ©s, ont parfaitement Ă©tĂ© Ă  la hauteur de l’évĂ©nement. Et la direction souple et digne d’Hugues Reiner a magistralement fait avancer le drame sans jamais rien lĂącher. Tempi Ă©lĂ©gants, articulations fines des choeurs, belles couleurs orchestrales, excellent dosage des nuances entre tous, son Requiem de Verdi est un grand opĂ©ra construit dans une dramaturgie assumĂ©e. Le dĂ©but pianissimo fantomatique, les fresques chorales, les trompettes spacialisĂ©es de la terreur du Dies Irae, comme le tendresse du duo de l’Agnus Dei ont emportĂ© le public dans les Ă©motions contrastĂ©es attendues.
Et ces minutes finales de silence, en hommages au morts de novembre 2015 resteront comme un moment de magie de la vie. Voila un magnifique Requiem porté par des musiciens, engagés totalement dans la dramaturgie sublime de Verdi. Cela méritait bien le voyage à Paris !

Compte-rendu Concert. Paris. Eglise Saint-Sulpice, le 13 Novembre 2019. Benedetto Giacomo Marcello ( 1686-1739) : concerto pour trompette en ré mineur ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Blerta Zhegu, soprano ; Guillemette Laurens, mezzo-soprano ; Joachim Bresson, ténor ; Robert Jezierski, basse ; Guy Touvron, trompette ; Euromusic Symphonic Orchestra. Choeur International Hugues Reiner. Hugues Reiner, direction.

CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019)

berlioz-requiem-nelson-hon-londres-saint-paul-philharmonia-orchestra-michael-spyres-requiem-critique-cd-review-cd-classiquenewsCD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). Oeuvre fĂ©tiche pour Berlioz, le Requiem explore mieux qu’aucune autre de ses Ɠuvres la puissance de la spatialisation adaptĂ©e pour un trĂšs grand effectif voix / instruments. Ici dans la dĂ©mesure du chƓur et dans l’orchestre monstrueux, se dresse le peuple des hommes dĂ©semparĂ©s par l’inĂ©luctable mort. RĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles du gĂ©nĂ©ral DamrĂ©mont, mort au combat pendant la prise de Constantine, Ă©pisode majeur de la conqĂȘte de l’AlgĂ©rie par la France, la partition monumentale est crĂ©Ă©e aux Invalides le 5 dĂ©c 1837, sous la direction du chef beethovĂ©nien et berliozien, François-Antoine Habeneck, avec le tĂ©nor Gilbert Duprez (qui crĂ©era ensuite le rĂŽle de Benvenuti Cellini).
EnregistrĂ© Ă  la CathĂ©drale Saint-Paul de Londres le 8 mars 2019 par plus de 300 musiciens et choristes et le tĂ©nor Michael Spyres, la fresque berliozienne si elle tutoie le colossale, comme le Jugement Dernier Ă  saint-Pierre par Michel Ange, n’écarte pas surtout la dĂ©chirante plainte humaine. John Nelson signe ici une lecture nimbĂ©e de spiritualitĂ© dans une sonoritĂ© ample et pourtant claire, qui fouille jusqu’aux limites, la sensation spatiale Ă  laquelle tenait tant le bouillonnant auteur de la Fantastique.

L’excellente prise de son restitue l’ampleur sous la voĂ»te londonienne, avec des effets de rĂ©verbĂ©rations qui obligent les interprĂštes et le chef Ă  nĂ©gocier avec le retour et le son tournoyant, afin de rĂ©gler la prĂ©cision des attaques et des tutti (ce qui n’écarte pas certains dĂ©calages). De ce point de vue, le spectre sonore ajoute Ă©videmment Ă  la noblesse grave, cette langueur d’abandon qui marque le premier mouvement (IntroĂŻt), dans lequel on regrette cependant la dilution des voix chorales (les femmes et les tĂ©nors principalement). MalgrĂ© ces infimes rĂ©serves, le grand Ɠuvre berliozien s’extirpe ici de sa gangue obscure pour atteindre dans des tutti sidĂ©rants, la lumiĂšre d’une priĂšre sincĂšre. D’un coup s’élĂšve et se dresse l’humanitĂ© atteinte, dĂ©sireuse de dĂ©passer sa condition mortelle grĂące Ă  la seule misĂ©ricorde. Le relief de l’orchestre, la prĂ©sence des instruments par pupitres, l’accord des timbres composent un mĂ©lange harmonique, des couleurs irrĂ©elles, oĂč la spiritualitĂ© le dispute au pur fantastique, selon l’esthĂ©tique du grand Hector.

 

 

 

Ampleur et solennité,
drame et fantastique,
John Nelson inscrit le Requiem de Berlioz
dans un nimbe spirituel

 

 

 

HumanitĂ© et fraternitĂ©, Ă©lan imploratif et Ă©clairs surrĂ©els voire surnaturels, inscrits dans les vastes lignes instrumentales, forment peu Ă  peu dans ce fabuleux concert londonien, la grande mystique de Berlioz. On passe d’une sĂ©quence Ă  l’autre, saisis par l’audace des couleurs, les vertiges nĂ©s de cette spatialisation – l’expression et les visions cosmiques, d’un Berlioz visionnaire et prophĂšte. Il n’y a pas dans toute la littĂ©rature musicale au XIXĂš, de Requiem plus Ă©thĂ©rĂ©, plus suspendu, aĂ©rien, prophĂ©tisant la promesse de Paradis que dans celui de Berlioz. John Nelson l’a bien compris qui dessine et brosse la pĂąte de Berlioz avec des accents justes en souplesse et profondeur.

Jusqu’à l’Offertoire  (chƓur des Ăąmes au Purgatoire), tout s’énonce comme un appel, une priĂšre, une requĂȘte (depuis le Kyrie) ; soit la grande question de la mort, interrogeant le pourquoi et le sens de la faucheuse (marche douloureuse du Dies Irae, jusqu’à l’effroi saisissant du Tuba mirum et du Rex Tremendae
). Toujours la question du salut s’impose (« Qui sum », 3 : adressĂ© directement au « doux JĂ©sus / Pie Jesu » ).
Le chƓur murmurĂ© au dĂ©but, se lĂšve, puis martial, exhorte, bataille ; mĂšne un front certes dĂ©risoire, mais oĂč toute les forces mortelles sont engagĂ©es.
Une humanitĂ© bientĂŽt submergĂ©e par la vision du TrĂŽne au moment du jugement dernier : cuivres majestueuses aux effets spectaculaires (« le trompette au son prodigieux  ») : tout l’imaginaire spectral et cosmique de Berlioz prend forme dans cette sĂ©quence Ă  couper le souffle, idĂ©alement amplifiĂ©e et dramatisĂ©e par le lieu qui rassemble les interprĂštes, et qui dans le vacarme et la souple dĂ©flagration exprime le miracle (espĂ©rĂ©, attendu) de la RĂ©surrection. L’intelligence du chef, architecte de cette dĂ©mesure dont il assure la clartĂ© et l’équilibre en gardien, s’affirme dans cet Ă©chelle du colossal et du fantastique.

IMMENSITÉ ET CHAMPS SONORES
 Le Domine Jesu (VII) en serait le sommet oĂč perce la plainte collective d’une humanitĂ© en transit, au salut suspendu, qui espĂšre et est perdue Ă  la fois. Nelson joue sur l’immensitĂ© sonore, l’ample rĂ©verbĂ©ration lĂ  encore de la cathĂ©drale Saint-Paul ; ciselant les ondes d’un vortex proche et lointain, inscrit dans une mĂ©moire ancestrale ; il en sculpte les vagues distanciĂ©es, Ă©loignĂ©es, Ă©tagĂ©es, dans un infini spatial dont Berlioz a le secret (et le gĂ©nie : sur les mots « et sanctus Michael signifer »  ).
Cristallisation de l’imploration, et accomplissement d’un spectaculaire sonore qui signifie le dĂ©sincarnĂ© ultime de la mort.
On reste saisi par le rĂ©alisme sĂ©pulcral de l’Hostias (morsure presque grimaçante des cuivres), chƓur d’hommes implorants lĂ  encore, d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante, auquel rĂ©pond l’ironie cynique des trombones et des tubas.

Puis c’est l’élĂ©vation du Sanctus, pour tĂ©nor solo dont la tendresse du timbre exprime un instant de grĂące et l’humilitĂ© du pĂȘcheur, en son sort dĂ©sespĂ©rĂ© ; vaillant, presque hĂ©roĂŻque mais sans orgueil aucun, et d’une humanitĂ© fraternel qui appelle la 9Ăš de Beethoven, le trĂšs berliozien Michael Spyres rĂ©tablit cette Ă©chelle individuelle dans la fresque qui le dĂ©passe.

 

 

   

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, John Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). La version deluxe (double coffret) comprend en bonus, 1 dvd proposant l’intĂ©gralitĂ© du concert filmĂ© en la cathĂ©drale Saint-Paul de Londres.

 

 

 

Michael Spyres, ténor
Philharmonia Orchestra
Philharmonia Chorus
London Philharmonic Choir
John Nelson, direction

Grande Messe des morts, Op. 5, H. 75 / 1837 :

I. Requiem – Kyrie (IntroĂŻt) (Live)
II. Dies irae – Tuba mirum
III. Quid sum miser
IV. Rex tremendae
V. Quaerens me
VI. Lacrymosa

VII. Offertoire – Domine
VIII. Offertoire – Hostias

IX. Sanctus
X. Agnus Dei

Requiem de Verdi Ă  l’Arsenal de METZ

metz-cite-musicale-6-oct-2019-requeim-de-verdi-annonce-concert-critique-classiquenews-orch-national-de-metzMETZ, Arsenal. VERDI : REQUIEM, dim 6 oct 2019. Messe funĂšbre dramatique, opĂ©ra sacrĂ©, cantate de cĂ©lĂ©bration, de mĂ©moire et de compassion
Le Requiem de Giuseppe Verdi est tout cela Ă  la fois, donnĂ© ici Ă  l’Arsenal de METZ. Distribution, entiĂšrement française, pour ce Requiem de Verdi avec le ChƓur de l’Orchestre de Paris. À sa crĂ©ation, l’aspect thĂ©Ăątral et trop opĂ©ratique de l’ouvrage avait suscitĂ© incomprĂ©hension voire agacement : qu’à faire ce style lyrique dans une messe funĂšbre qui doit accompagner les jusqu’au repos Ă©ternel ? Ému par la disparition du poĂšte Manzoni, Verdi tint Ă  lui rendre hommage, en composant ainsi un sommet de la dĂ©ploration symphonique, chorale, lyrique. Toute la science dramatique du compositeur se met au service d’une ferveur directe et sincĂšre qui rĂ©ussit Ă  peindre l’effroi et les promesses du grand thĂ©Ăątre de la mort.

 

 

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METZ, ARSENALboutonreservation
cité musicale metz, saison 2019 2020
ARSENAL, Grande Salle
Dimanche 6 octobre 2019, 16h

VERDI : REQUIEM
Orchestre national de Metz
ChƓur de l’Orch de Paris

soprano : Teodora Gheorghiu
mezzo-soprano : Valentine Lemercier
ténor : Florian Laconi
basse : JĂ©rĂŽme Varnier
Scott Yoo, direction

INFOS, RESERVATIONS ici :

https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/requiem-de-verdi

 

 

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Déroulé du Requiem : 7 parties

1. Requiem
2. Dies irae
3. Offertorio
4. Sanctus
5. Agnus Dei
6. Lux aeterna
7. Libera me

 

 

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Pour les parents et familles : possibilitĂ© d’une garderie musicale à 16h
de 4 Ă  8 ans. Pendant que les parents assistent au concert, les enfants participent Ă  un atelier musical en lien avec le concert des plus grands, qu’ils rejoignent Ă  la fin du concert. À cette occasion, un musicien intervenant propose des Ă©coutes d’extraits musicaux, des comptines, des jeux d’éveil musical


Et un bon goûter !

Tarif 6 € / enfant
(offre soumise à l’achat d’une place de spectacle pour l’adulte accompagnant)

 

 

 

L’Ɠuvre : REQUIEM OPERATIQUE ET HUMANISTE

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poĂšte italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulĂ©, admirĂ© d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opĂ©ra sacrĂ© : c’est l’acte d’humilitĂ© d’une humanitĂ© atteinte et saisie face Ă  l’effrayante mort ; l’idĂ©e du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve Ă  la fois collective (avec le formidable chƓur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (priĂšre du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer Ă  grand fracas la certitude face Ă  la mort et Ă  l’irrĂ©pressible anĂ©antissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.

D’abord entonnĂ© en duo (soprano et alto), l’Agnus dei tĂ©moigne du sacrifice de JĂ©sus, priĂšre Ă  deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthĂ©rien, toute la foule rassemblĂ©e, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opĂ©ratique contrastĂ©, Verdi enchaĂźne la lumiĂšre du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblĂ©s en armĂ©e), qui s’achĂšve en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rassĂ©rĂ©nĂ© : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos Ă©ternel, et que la lumiĂšre brille Ă  jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prĂ©pare Ă  la mort, frĂšre pour les autres, Ă©gaux et mortels, Ă  la fois vaincus et victorieux de l’expĂ©rience de tous les mourants qui ont prĂ©cĂ©dĂ©s en d’identiques souffrances.

Il faut absolument Ă©couter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’AgnĂšs Baltsa pour mesurer ce rĂ©alisme individuel, – emblĂšme de l’expĂ©rience plutĂŽt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chantĂ© par la contralto d’une dĂ©chirante intensitĂ©, priĂšre en humilitĂ©, le chant ainsi conçu frappe immĂ©diatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume ni la profonde peine ; entonnant avec le chƓur rassemblĂ©, concentrĂ©, Ă©mu, les derniĂšres paroles du Libera me, la soprano exprime le tĂ©moignage de la souffrance qui nous rend Ă©gaux et frĂšres ; en elle, retentit l’expĂ©rience ultime ; son air s’accompagne d’une espĂ©rance plus tendre, emblĂšme de la compassion pour les dĂ©funts, tous les dĂ©funts.
Croyant ou non, l’auditeur ne peut ĂȘtre que frappĂ© par la haute spiritualitĂ© de ce Requiem Ă©laborĂ© Ă  l’échelle du colossal et de l’intime, oĂč les gouffres et les blessures nĂ©s du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscĂ©ral. Dans le format rĂ©ussi de cette fresque qui unit le collectif et l’intime, Verdi nous parle d’humanisme ; l’homme qui doute et dĂ©sespĂšre parfois, n’oublie jamais la mort, notre destin Ă  tous : cette conscience en humilitĂ© façonne les meilleurs d’entre nous.

 

 

CRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis. À la source d’un genre riche en reprĂ©sentants Ă  chaque siĂšcle, et bien avant ceux de Mozart (dĂ©sarmant, sincĂšre … autobiographique ?), Berlioz (spectaculaire et spatial), Verdi (opĂ©ratique mais si fraternel)… Ă©blouit, tel un gemme tombĂ© du ciel, celui lumineux et solaire de l’espagnol TomĂĄs Luis de Victoria (1548 – 1611), maĂźtre de la polyphonie Renaissance. Autant ses successeurs, exprimeront les souffrances des pĂȘcheurs, l’incertitude du croyant, la figure effrayante de la mort inflexible, autant Victoria illuminĂ© lui-mĂȘme par la grĂące de la rĂ©vĂ©lation, peint au cours de ce sommet de la ferveur datĂ© de 1603 (pour les funĂ©railles de l’impĂ©ratrice douairiĂšre Marie de Habsbourg), les champs cĂ©lestes du Paradis
 ceux promis pour les justes, mais aussi l’extase des Ă©lus, la bĂ©atitude bienheureuse qu’offrent et diffusent les sphĂšres divines. L’auditeur est comme aspirĂ© vers des hauteurs de plus en plus vertigineuses Ă  peine concevables.

 

 
 

 

VERTIGES ET SENSATION DES HAUTEURS RÉVÉLÉES

 

 

Mais c’est davantage qu’une reprĂ©sentation abstraite et plus qu’une opĂ©ration de lĂ©vitation, car Vox Luminis par la rondeur de la sonoritĂ© collective, la maĂźtrise des nuances, expriment aussi la tendresse d’un Ă©tat de bien-ĂȘtre inouĂŻ. L’ensemble Ă  l’articulation enveloppante et pourtant aussi dĂ©taillĂ©e, plus intelligible que certains anglais, rĂ©vĂšlent la force poĂ©tique des textes, entre imploration et tendresse, comme l’impressionnante architecture de la partition, de l’ombre et son mystĂšre, Ă  la lumiĂšre des hauteurs rĂ©vĂ©lĂ©es.

victoria tomas luis polyphonie 1603 Officium defunctorum critique dossier concert classiquenewsDu chƓur de l’Ă©glise Saint-Martin encore ancrĂ©s au sol et rĂ©solus en une disposition en miroir, jusqu’Ă  la tribune au dessus du porche occidental : voix des anges plutĂŽt que chƓur implorant, les chanteurs de Vox Luminis expriment l’essence mĂȘme de cette Ă©criture faite splendeur et lumiĂšre. Comme le Livre des morts de l’Egypte ancienne (et clĂ© de voĂ»te de toute la croyance populaire dans l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne), c’est une traversĂ©e d’abord inquiĂšte et intranquille puis immĂ©diatement resplendissante qui nous est rĂ©servĂ©e. Vox Luminis rĂ©alise finalement une promesse exaucĂ©e, celle du dernier voyage dont il font une fabuleuse expĂ©rience : de la nuit Ă  l’aube des bienheureux. Les fabuleux passeurs sont nos guides pour une musique divine (au sens propre du terme). Ils achĂšvent le voyage dans les hauteurs, sur la tribune du porche, enveloppĂ©s dans les ondes cĂ©lestes qui offrent confort et fĂ©licitĂ©.

Au final, Vox Luminis nous fait entendre la richesse d’une partition parfaitement construite, synthĂšse et grand Ɠuvre personnelle, comme le sera la Messe en si de Bach (que l’ensemble a interprĂ©tĂ© l’annĂ©e derniĂšre pour Musique & MĂ©moire : voir notre reportage vidĂ©o Vox Luminis chante JS BACH au 25Ăš festival Musique et MĂ©moire). En un contrepoint sensible, apportant dans cette fresque inspirĂ©e qui tend Ă  l’éther, Jean-Charles Ablitzer fait sonner le somptueux orgue ibĂ©rique de l’église de Grandvillars, ajoutant Ă  la rĂ©alisation, une caractĂ©risation elle aussi bienheureuse. Mais aussi « efficace » car il faut bien accompagner les chanteurs pendant leur pĂ©rĂ©grination, du chƓur terrestre Ă  la tribune occidentale, cĂ©leste. Du grand art, en complicitĂ©.

Debout le public sidĂ©rĂ© applaudit chaleureusement les chanteurs et leur chef (Lionel Meunier) en un nouvel accomplissement qui est aussi une premiĂšre absolue pour les interprĂštes. CrĂ©ation et commande du festival Musique et MĂ©moire, ce concert demeurera mĂ©morable pour les festivaliers. Il est vrai que le directeur Fabrice Creux a ce don rare de choisir les interprĂštes, les oeuvres et les lieux, au bon moment. VoilĂ  qui fait de Musique et MĂ©moire l’Ă©crin d’expĂ©riences musicales aussi dĂ©cisives, autant pour le public que pour les artistes. En 2019, le festival dans les Vosges du Sud nous promet bien d’autres (re) decouvertes prometteuses… A suivre.

 

 
 

 

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CRITIQUE, CONCERT. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint Martin, le 20 juillet 2019. TomĂĄs Luis de VICTORIA (1548-1611) : Requiem, officium defunctorum. Vox Luminis. Prochains concerts Musique & MĂ©moire 2019 : WEEK END II ou “Acte II” : ALIA MENS joue JS BACH, du vendredi 25 juillet au dimanche 28 juillet 2019. Nouveau cycle de concerts incontournables dans les Vosges du sud, cet Ă©tĂ©.

 

 
 

 

REPORTAGE VIDEO. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenementVIDEO, reportage. MUSIQUE & MÉMOIRE, 25Ăš Ă©dition : 13-29 juillet 2018. LABORATOIRE BAROQUE VISIONNAIRE
 Peu Ă  peu, le Festival Musique & MĂ©moire (Vosges du Sud) a rĂ©vĂ©lĂ© des conditions exceptionnelles pour favoriser l’émergence et l’approfondissement de gestes artistiques dĂ©fricheurs, exigeants. C’est le bĂ©nĂ©fice d’une ligne artistique qui fonde son action auprĂšs des artistes dans le sens d’un compagnonnage inĂ©dit
 des rĂ©sidences qui se dĂ©clinent pour chaque ensemble invitĂ© et donc associĂ©, Ă  3 annĂ©es de recherche, d’expĂ©rimentation, de consolidation. L’écriture suprĂȘme de Jean-SĂ©bastien Bach y tient une place en or – phĂ©nomĂšne singulier en France : rares les festivals qui poursuivent sur le long terme, un questionnement continu sur l’Ɠuvre de Jean-SĂ©bastien. VOIR notre reportage vidĂ©o JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 (25Ăš Ă©dition)

 

 

 

 
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LIRE aussi nos autres critiques comptes rendus des concerts FESTIVAL MUSIQUE & MEMOIRE 2019 :

 

COMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26Ăš Festival Musique et MĂ©moire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry. LABORATOIRE VÉNITIEN


 

 

COMPTE-RENDU, concert. GRANDVILLARS, Ă©glise Saint-Martin, le 20 juillet 2019. Francisco CORREA de ARAUXO (1584 – 1654). Tientos. Victoria, Morales
 Jean-Charles Ablitzer, orgue ibĂ©rique de Grandvillars, Vox Luminis.

 

 
 

 

Requiem de Fauré à Poitiers

sargent-faure-gabriel-portrait-1280px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Faure-livres-homepage-magazine-livres-classiquenews-582POITIERS, TAP. Le 20 mars 2019. FAURE : Requiem, PellĂ©as. C’est la concrĂ©tisation attendue d’un projet rĂ©alisĂ© entre l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et le TAP. Depuis sa crĂ©ation en 2014, ChƓur et orchestre des jeunes implique des jeunes du territoire poitevin, issus de divers horizons. Cette annĂ©e les lycĂ©ens d’établissement d’enseignements gĂ©nĂ©ral, technologique, professionnel et agricole, et les Ă©lĂšves des conservatoires sont rejoints par des jeunes en situation de handicap sans pratique musicale rĂ©guliĂšre. Une expĂ©rience de rencontre et de partage, de sensibilisation et de transmission, autour d’une ambition commune. Au programme de cette 6Ăšme Ă©dition, le Requiem de FaurĂ©, Ɠuvre majeure du compositeur qui frappe par sa paradoxale douceur et son appel Ă  l’espĂ©rance, et la crĂ©ation d’un jeune compositeur, auquel l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es a passĂ© commande.

Au cƓur de l’expĂ©rience, associant jeunes chanteurs et musiciens sur instruments d’époque de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, l’Ɠuvre raffinĂ©e, profonde mais si mesurĂ©e voire pudique de Gabriel FaurĂ©, qu’il faut jouer avec clartĂ©, transparence et un art des nuances, consommĂ©. Le Requiem version pour grand orchestre de 1900, est couplĂ© avec la suite PellĂ©as, vĂ©ritable manifeste de musique française propre Ă  l’extrĂȘme fin du XIXĂš (1898) : FaurĂ© Ă©crivant cette musique de scĂšne aprĂšs que Debussy eut dĂ©clinĂ© la commande Ă©noncĂ©e par l’actrice Mrs Patrick Campbell. Dans sa version pour orchestre, – sans mise en scĂšne, FaurĂ© a lui-mĂȘme orchestrĂ© (la partition pour le thĂ©Ăątre ayant Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par son Ă©lĂšve Charles Koechlin) ; la dĂ©licatesse de l’orchestration n’empĂȘche pas une certaine ampleur proche des climats souterrains, marins du poĂšme initial de Maeterlinck.

 

 

 

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POITIERS, TAPboutonreservation
Mercredi 20 mars 2019, 19h30
Gabriel Fauré  : Requiem op. 48 (version pour grand orchestre de 1900), Pélléas et Mélisande
Louis Daval Frerot : The unquestioned answer
ChƓur et orchestre des jeunes
Orchestre des Champs-Elysées
Mathieu Romano, direction

 

 

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/choeur-et-orchestre-des-jeunes-4/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 13 nov 2018. Weill. Mozart. Les Passions, Les Eléments. Suhubiette.

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriCompte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Weill. Mozart.Les Passions. Les ElĂ©ments. Joel Suhubiette. Il est toujours intĂ©ressant d’aller Ă©couter le Requiem de Mozart, tant cette Ɠuvre est Ă  part. La beautĂ© intrinsĂšque de la partition, comme son incomplĂ©tude et sa synthĂšse de toute la musique occidentale, entre hommage et inventions gĂ©niales, ne lassent pas un public toujours renouvelĂ©. L’autre intĂ©rĂȘt rĂ©side dans le choix artistique d’accompagnement de ce chef d’Ɠuvre. Sachant le succĂšs attendu ce concert a Ă©tĂ© donnĂ© deux fois dans la grande salle d’Odyssud et inclus dans la programmation entourant les cĂ©rĂ©monies du centenaire de la si triste Armistice de « la Grande Guerre ». Aussi le choix du Berliner Requiem de Weill Ă©tait trĂšs juste.

 
 
 

Triste humanité en son aveuglement durable

 
 
 
Le contraste entre la partition de Weill et celle de Mozart est immense. Weill en vĂ©ritable apĂŽtre de la paix et comprenant toute la soumission Ă  la pulsion de mort que reprĂ©sente la guerre, a Ă©crit une partition visionnaire dont le message semble toujours aussi opaque aux hommes. Les textes de Brecht sont d’une intelligence et d’une puissance quasi insoutenables. Ils sont : ode Ă  la nuit qui seule permet d’oublier les abominations dont les humains sont capables 
 qui savent si bien tout dĂ©truire en se donnant de bonnes raisons, l’évocation du viol et de la destruction du corps, et peut ĂȘtre de l’ñme et de la puretĂ© des idĂ©aux, en la personne de Rosa de Luxembourg, comme de la dĂ©figuration du soldat inconnu, et le triomphe ignoble des survivants. Tout cela est terrible. Ce miroir sans pitiĂ© tendu Ă  l’Homme n’a pas Ă©tĂ© efficace et ne semble pas l’ĂȘtre d’avantage aujourd’hui. Onze ans aprĂšs ce Requiem commandĂ© pour commĂ©morer les dix ans de l’armistice, l’Europe remettait en marche sa soumission totale Ă  la Mort. Et en dĂ©passant de beaucoup le nombre de morts de «La Grande Guerre» faisant figure d’enfançon avec ses 18 millions de mort, alors que la deuxiĂšme guerre mondiale atteint les 70 millions ! Ce concert aurait pu ĂȘtre nommĂ© : Guerre et paix mais finalement je prĂ©fĂšre triste humanité 

La premiĂšre partie du concert comprenait donc cet Ă©blouissant Berliner Requiem de Kurt Weill en sa noirceur et sa mĂ©chancetĂ© rares. Car la lumiĂšre noire qu’il recĂšle est terrifiante. Le chƓur uniquement masculin doit ĂȘtre invincible de puissance et l’orchestre trĂšs particulier, fĂ©roce et implacable. J’ai dĂ©jĂ  dit l’audace des mots de Brecht. Les interprĂštes de ce soir, dirigĂ©s par JoĂ«l Suhubiette ont semblĂ© trop sages et appliquĂ©s. Certes le texte a Ă©tĂ© parfaitement dĂ©clamĂ© et comprĂ©hensible, avec une traduction simultanĂ©e efficace, mais sans vie et sans 
 mĂ©chancetĂ©. L’orchestre des Passion a su trouver les couleurs exactes au delĂ  de leur rĂ©pertoire habituel. Le ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments qui sait tout chanter n’a pas osĂ© aller vers l’émotion voir l’expressionnisme possible, ni la recherche de couleurs noires ni atteindre jusqu’à l’outre-noir. Dommage car les possibilitĂ©s Ă©taient lĂ , encore que le chƓur ne semble pas comporter de vraies basses abyssales.

En deuxiĂšme partie de concert le chƓur mixte et les instrumentistes baroques des Passions sont rentrĂ©s sur scĂšne pour le Requiem de Mozart. L’orchestre avec deux chalumeaux et cordes baroques a trouvĂ© des couleurs particuliĂšres et trĂšs belles. Il a tout du long Ă©tĂ© exemplaire de prĂ©sence. Les quatre solistes ont Ă©tĂ© excellents et le fait de les voir regagner le chƓur rajoutait un sentiment de fraternitĂ© bienvenu. L’alto, Corinne Bahuaud, dans la partie soliste pourtant la plus modeste a Ă©tĂ© remarquable de prĂ©sence vocale et de lisibilitĂ© du texte.
Le ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments en petit nombre a Ă©tĂ© parfait de prĂ©cision et de tenue. Mais la direction organique et prĂ©cise de JoĂ«l Suhubiette n’a rien cherchĂ© qu’à respecter la partition, avec des tempi sages, des nuances justes esquissĂ©es et des phrasĂ©s naturels sans vĂ©ritables Ă©lans. Ce sont les fugues qui ont Ă©tĂ© les moments les plus rĂ©ussis, mais sans thĂ©Ăątre et sans drame ce Requiem ne dĂ©veloppe pas toutes les Ă©motions qu’il contient, ne serait ce que dans l’Introit ou le Lacrymosa par exemple.
Le contraste attendu entre les deux Ɠuvres a donc Ă©tĂ© Ă©vitĂ©. Dommage car avec plus d’engagement et d‘audace ce programme aurait pu faire trembler et pleurer le public, alors qu’il a poliment applaudi un concert trĂšs (trop ?) sage. Finalement ce concert est au diapason des commĂ©morations plutĂŽt fades du sinistre Armistice de 1918 dont le message, dans un dĂ©ni trĂšs inquiĂ©tant, n’est toujours pas vraiment compris.

 
 
 

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Kurt Weil (1900-1950) : Berliner Requiem (1928) ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem, K.626 ; Julia Wischniewski, soprano ; Corinne Bahuaud, alto ; Nicholas Scott, tĂ©nor ; Geoffroy BuffiĂšre, basse ; Les Passions-Orchestre Baroque de Montauban (Direction Jean-Marc Andrieu) ; ChƓur de Chambre Les ElĂ©ments ; JoĂ«l Suhubiette, direction. Photos : Kurt Weill and Bertolt Brecht / CrĂ©dit : Alamy/Getty

 
 
 

MESSE pour les soldats morts Ă  VERDUN

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriARTE, dim 11 nov 2018, 17h10. 2 REQUIEMS POUR LES SOLDATS MORTS. Pour honorer la mĂ©moire et surtout le sacrifice de prĂšs de 700 000 soldats morts sur le front de Verdun, et dans le cadre du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, ARTE diffuse « VERDUN REQUIEMS », deux messe des morts, deux sĂ©pultures musicales pour les dĂ©funts tombĂ©s pendant la guerre. En direct de la CathĂ©drale de Verdun, avec au programme les Requiem de Mozart et de Saint-SaĂ«ns.
InterprĂštes : Vladimir Spivakov, Orch nat philh de Russie. A notre Ă©poque oĂč les ensembles sur instruments d’époque, baroques ou romantiques ont largement dĂ©montrer leurs apports et bĂ©nĂ©fices musicaux,
 pas sĂ»r que l’effectif choisi pour cette cĂ©lĂ©bration pourtant lĂ©gitime n’échappe pas Ă  une certaine solennitĂ©, Ă©paisse voire dĂ©monstrative (surtout chez Mozart).

CD événement. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).

lionel-meunier_lrCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).D’emblĂ©e voici l’un de meilleurs disques de Vox Luminis, un ensemble dĂ©sormais emblĂ©matique de l’excellence vocale collective, menĂ© par le baryton-basse Lionel Meunier, directeur inspirĂ© qui a trouvĂ© rĂ©cemment Ă  Saintes, – lieu emblĂ©matique des derniĂšres recherches de Philippe Herreweghe (et son orchestre des Champs ElysĂ©es), son modĂšle absolu-, un lieu d’approfondissement et mĂȘme de dĂ©fi (en juillet dernier, Vox Luminis ouvrait le festival estival de Saintes avec King Arthur de Purcell : vraie nouveautĂ© lyrique pour l’ensemble, et certainement une Ă©tape dĂ©cisive pour la maturitĂ© dramatique du collectif belge).

 

CLIC_macaron_2014De Kerl Ă  Fux : joyaux de la tradition sacrĂ©e viennoise. D’abord, louons ici le focus ainsi opĂ©rĂ© sur l’écriture de Johann Caspar Kerl (1627-1693), compositeur raffinĂ© qui doit sa formation Ă  Rome auprĂšs des meilleurs, soit Carissimi et Frescobaldi (excusez du peu!). Figure tutĂ©laire de l’essor de la musique Ă  Munich puis Ă  Vienne (oĂč il est organiste Ă  Saint-Etienne), Kerl laisse une somme incontournable Ă  la fin du XVIIĂš : recueil de Messes intitulĂ© « Missae sex, sum instrumentis concertantibus » de 1689, dĂ©diĂ© Ă  l’empereur trĂšs mĂ©lomane et compositeur lui mĂȘme, Leopold Ier, – c’est Ă  dire Ă  l’époque de la peste Ă  Vienne (1679-1682) et aussi du siĂšge de la citĂ© impĂ©riale par les turcs (1683). Soit l’une des Ă©critures les plus inspirĂ©es en une Ă©poque particuliĂšrement dure et barbare pour la chrĂ©tientĂ© en l’Europe de l’est. D’un bout Ă  l’autre, – et mĂȘme si l’on pense aujourd’hui que la « SĂ©quence / Sequenza » (Ă©crite Ă  quatre voix soliste) serait d’une pĂ©riode autre que le reste de la partition (conçu Ă  5 parties), on reste convaincu par la profonde unitĂ© du cycle et par l’intensitĂ© de sa lecture. C’est essentiellement la plĂ©nitude recueillie et exceptionnellement opulente des chanteurs qui souligne sans dĂ©faut ce sentiment de sĂ©rĂ©nitĂ© angĂ©lique, offrant dans cette Missa pro defunctis, une approche apaisĂ©e et sublimĂ©e de la mort. MĂȘme le Dies ire Dies illa est d’une noble prestance (une section que Kerl – d’aprĂšs ses propres Ă©crits-, destinait pour son office funĂšbre semble-t-il) et les dramatiques Quantus tremor pour basse, Tuba mireur (pour tĂ©nor), Mors stupebit pour alto (ici masculin) demeurent d’une articulation mesurĂ©e, d’une impĂ©riale tenue, d’une constante Ă©lĂ©gance (Vienne dĂšs avant Haydn et Mozart est capitale de l’élĂ©gance). La plainte plus individualisĂ©e et presque en style direct, – implorante, incarnĂ©e du Quid sum miser pour soprano (cantus) complĂšte intelligemment une succession de vagues collectives d’une formidable Ă©pure, d’une permanente pudeur. MĂȘme implication plus personnelle dans le Lacrimosa dies illa, Ă©galement pour soprano (cantus) d’une claire et lĂ  aussi, constante sensibilitĂ© pudique. OrfĂšvre et trĂšs investi dans l’intonation pieuse et pourtant active, Vox Luminis affirme enfin une pleine maĂźtrise dans l’apaisement total et cette fusion des timbres vocaux magnifiquement canalisĂ©e jusqu’à la paix ineffable du dernier Lux aeternam.

Dans la succession de la Missa de Kerl, les premiĂšres notes du Requiem pour l’Empereur / Kaiserrequiem de Fux semblent approfondir et comme accomplir l’expĂ©rience prĂ©cĂ©demment Ă©prouvĂ©e : la continuitĂ©, le sens de la progression dramatique de Vox Luminis est d’une remarquable intelligence sonore. Exprimer la parentĂ© Ă©vidente des deux oeuvres renforce la pertinence du programme d’en composer comme les deux volets distincts mais complĂ©mentaires d’un mĂȘme retable.

 

vox luminis requiem fux kerl cd ricercar clic de classiquenews ete 2016 RIC368Plus tardif que Kerl, Johann Joseph Fux (1660-1741), lĂ©gende vivante Ă  son Ă©poque Ă  Vienne, incarne la noblesse et l’opulence au coeur du XVIIĂš, car il est nĂ© en 1660, soit plus de 30 ans aprĂšs Kerl. ImmĂ©diatement c’est la profonde cohĂ©sion du son d’ensemble qui frappe et saisit Ă  nouveau, portĂ© davantage encore par la ductilitĂ© plastique et caressante des instruments de l’excellent ensemble concertant Scorpio collectief (fusion parfaite entre timbres instrumentaux et vocaux) : Vox Luminis comprend et exprime de l’intĂ©rieur tous les enjeux tragiques et mĂȘme angoissĂ©s d’une cĂ©lĂ©bration de la mort, et bien sĂ»r, fort heureusement, de la rĂ©surrection. La clartĂ© et la transparence inonde d’une lumiĂšre continue, intense, vibrante, la claire articulation du texte, mais aussi la succession trĂšs diversifiĂ©e (quant aux effectifs choisis) des sĂ©quences (en particulier du Dies Irae
 au Pie Jesu
 de la Sequenza fervente, soit le centre mĂȘme de cette fresque palpitante de prĂšs de 15 mn d’une action collective et individuelle vivante et flamboyante. Surprenante rĂ©vĂ©lation, le Dies ire, Dies illa : ferme et expressif semble annoncer directement Mozart. MĂȘme constat pour le dernier Ă©pisode : Lux aeterna, dont la premiĂšre mesure se rĂ©vĂšle trĂšs proche du Requiem de Mozart lĂ  aussi, Ă  tel point que l’on se pose la question : Wolfgang a-t-il pu connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment les partitions de son prĂ©dĂ©cesseur alors qu’il menait des recherches Ă  la CathĂ©drale Saint-Etienne de Vienne ? La justesse du sentiment recueilli, la profonde tendresse qui s’en dĂ©gage aussi, le climat de certitude arienne et angĂ©lique 
 sont en partage chez l’un et l’autre compositeur. Le prĂ©sent enregistrement, d’une idĂ©ale rĂ©alisation, pose cette question de la filiation directe qui dĂ©termine aussi une certaine tradition viennoise dans le domaine sacrĂ©, du XVIIĂš au XVIIIĂš. De Kerl Ă  Fux circule une Ă©lĂ©gance sacrĂ©e fraternelle qui annonce – en connaissance intime de la musique, Mozart lequel serait comme la conclusion d’une boucle marquĂ©e par le sublime. Superbe rĂ©alisation. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2016.

 

 

CD, compte rendu critique. KERL, FUX : Requiem. Vox Luminis. Lionel Meunier 1 cd Ricercar. EnregistrĂ© en novembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS – Ă  paraĂźtre en septembre 2016.

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Approfondir : VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif rĂ©alisĂ© Ă  Saintes pendant le festival estival 2015, oĂč Vox Luminis prĂ©sentait le Requiem impĂ©rial de Fux : Lionel Meunier explique son attachement Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes et prĂ©sente la ligne artistique de son ensemble Vox Luminis

 

 

 

Vox Luminis / Requiems de Kerl et de Fux
Septembre 2016 – 1 cd Ricercar – RIC 368

 

 

Fux
Vox Luminis
Zsuzsi TĂłth, Kristen Wittmer, Sara JĂ€ggi, Stefanie True – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Scorpio Collectief
Jacek KurzydƂo, Jivka Kaltcheva – violin
Manuela Bucher – viola
Matthias MĂŒller – violone
Kris Verhelst – organ
Jeremie Papasergio – dulciane
Simen van Mechelen, Adam Woolf – trombone
Frithjof Smith, JosuĂ© MelĂ©ndez, Lambert Colson – cornet

 

 

 

Kerll
Vox Luminis
Zsuzsi TĂłth, Sara JĂ€ggi – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Dávid Szigetvári, Philippe Froeliger, Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Bart Jacobs – organ
L’AchĂ©ron
François Joubert-Caillet
Marie-Suzanne de Loye
Andreas Linos
Lucile Boulanger

 

 

Requiem de Verdi dirigé par Tugan Sokhiev

logo_france_3_114142_wideFrance 3. Requiem de Verdi, mercredi 27 juillet, 20h50. Focus festif sur les ChorĂ©gies d’Orange, avec un regard rĂ©trospectif sur les grandes heures d’Orange suivi par France TĂ©lĂ©vision depuis 6 annĂ©es dĂ©jĂ  : extraits des rĂ©citals et performances in loco des plus grands solistes lyriques, c’est Ă  dire Joseph Calleja, Ermonela Jaho, Vittorio Grigolo, Christophe Willem, Salvatore Adamo, Julie Fuchs, Alexandre Duhamel, Armando Noguera, Nathalie Manfrino, Florian Sempey,
 airs d’opĂ©ras, grands choeurs, danse, un choix Ă©quilibrĂ© de spectacles dĂ©jĂ  donnĂ©s illustre ce best of made in Orange.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A 22h45, Requiem de Verdi, dans l’interprĂ©tation donnĂ©e en juillet 2016 par l’Orchestre du Capitole de Toulouse et son chef attirĂ©, Tugan Sokhiev. Le Requiem de Verdi Ă  Orange est mis en images par le dessinateur Philippe Druillet, comme Carmina Burana il y a 2 ans, pour un spectacle total qui embrase le ThĂ©Ăątre Antique. Philippe Druillet crĂ©e pour cet Ă©vĂ©nement une quinzaine de peintures originales, travaillĂ©es en infographies et projetĂ©es par mapping vidĂ©o sur le mur monumental. Les crĂ©ations ainsi projetĂ©es accompagne l’oeuvre magistrale de Verdi, un Requiem spectaculaire, au dramatisme, digne d’un opĂ©ra. LĂ  s’élĂšve la voix humaine contre la tragĂ©die de la mort : Verdi y concentre tout son talent de gĂ©nial auteur pour le thĂ©Ăątre lyrique. La derniĂšre plainte, Ă  la fois priĂšre et renoncement de la soprano et du choeur, Ă  l’énoncĂ© des paroles ultimes, Requiem aeternam, donne la chair de poule par sa dĂ©chirante vĂ©ritĂ©.

Avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et le ChƓur de l’Orfeón Donostiarra, sous la direction de Tugan Sokhiev.

Solistes : Krassimira Stoyanova, soprano ;  Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; Joseph Calleja, ténor et Vitalij Kowaljow, basse.

Spectacle enregistrĂ© les 15 et 16 juillet 2016 au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange.

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CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,février 2014, 1 cd Sony classical)

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyCLIC D'OR macaron 200CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,fĂ©vrier 2014, 1 cd Sony classical). L’adage veut que parvenus au soir de leur carriĂšre, les artistes offrent le meilleur d’eux-mĂȘmes, faisant surgir un je ne sais quoi de sublime et de supĂ©rieur sans forcer leur nature. Ce disque comme le dernier Abbado (9Ăšme Symphonie de Bruckner, DG) ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle. Le Maazel de Munich vaut bien l’Ababdo de Lucerne… des prophĂštes qui semblent nous parler depuis l’autre monde. Heureuse fin, bouleversante et d’une gravitĂ© qui suscite l’admiration. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2014 soit quelques mois avant sa disparition (juillet 2014 Ă  84 ans), ce Requiem verdien peut ĂȘtre vĂ©cu comme le chant du cygne du chef Lorin Maazel. De fait Ă  Munich, le maestro exprime avec les qualitĂ©s que nous lui connaissons l’ample ferveur incarnĂ©e si dramatique de la Messe des morts de Giuseppe Verdi. Nous sommes bel et bien Ă  l’opĂ©ra ici, tant la violence juste des chƓurs (superbes vagues chorales des basses surtout), l’engagement des solistes, l’orchestre trĂšs expressif et souple Ă  la fois (cuivres flamboyantes et mordantes) tissent une lecture vive, parfois attendrie donc intĂ©rieure, Ă  mille lieues de bien des approches plus pĂ©remptoires et purement dĂ©monstratives. Le chef n’oublie pas le sens du recueillement, le souffle des tĂ©moignages en particulier dans le Recordare, suite d’interventions pour les quatre solistes : le tĂ©nor corĂ©en seul montre d’abord d’Ă©videntes faiblesses dans la tenue de la ligne, avec une propension malgrĂ© la beautĂ© du timbre Ă  surjouer et en faire trop. Heureusement, il se reprend en cours de flux, s’accordant progressivement Ă  la ligne d’humilitĂ© de ses partenaires. L’unitĂ© de ton entre les solistes est donc Ă  souligner grĂące Ă  la baguette scrupuleuse du chef.

 

 

 

En fĂ©vrier 2014, Lorin Maazel enregistre Ă  Munich le Requiem de Verdi, avant de dĂ©cĂ©der 5 mois plus tard…

Testament spirituel de Maazel

 

 

maazel-lorin-582-594-maestro-verdi-messa-da-requiem-sony-classical-clic-de-classiquenews-avril-2015L’Offertoire qui ouvre le cd 2 saisit par son introspection tendre, presque innocente : Hostias remarquablement tenu et d’une douceur surprenante. La basse (Georg Zeppenfeld) comme l’alto (Daniela Barcellona) sont irrĂ©prochables : exaltĂ©s, vivants, humains avec humilitĂ©. Idem pour Le lux aeternam : autre moment d’effusion dans la communion. Le ton est constamment justes. Le soprano parfois vibrĂ© et instable d’Anja Harteros, malgrĂ© elle aussi la distinction du timbre, faiblit en cours de cycle mais dans le cd 2 rĂ©vĂšle ses qualitĂ©s expressives en particulier dans le Libera me final, vraie confession panique d’une Ăąme pĂȘcheresse en quĂȘte de salut comme de paix : comment ne pas penser ici Ă  la Desdemona d’Otello, et aussi dans sa priĂšre exacerbĂ©e enivrĂ©e Ă  la Tosca de Puccini. De toute Ă©vidence, avec son nez lĂ©gendaire, au dĂ©part, Maazel rĂ©unit de trĂšs solides solistes. L’ultime section Ă  l’Ă©noncĂ© du Requiem par la soprano atteint une puretĂ© d’intention rĂ©ellement jubilatoire, d’autant que les chƓurs sont prĂ©sents, murmurĂ©s, palpitants eux aussi (superbe prise de son spacialisĂ©e).
En maĂźtre lyrique incontestĂ©, Maazel mĂšne ses troupes avec une tension somptueuse, soulignant les arĂȘtes vives d’essence opĂ©ratiques de la partition. Les passages et les transitions sont ciselĂ©es dans le sens de l’intĂ©rioritĂ© suave. Cet hĂ©donisme qui puise ses racines dans l’opĂ©ra ravira les amateurs du Verdi opĂ©ratique, de fait si prĂ©sent dans son Requiem : les puristes pour des voix plus angĂ©liques moins Ă©paisses maintiendront d’Ă©videntes rĂ©serves. Pourtant la cohĂ©rence du style, l’Ă©quilibre de l’intention sans dĂ©bordement composent une lecture prenante, dĂ©veloppe un juste accord entre expressivitĂ© et ferveur. VoilĂ  qui laisse un tĂ©moignage plutĂŽt convaincant s’agissant du dernier Maazel. Par sa sincĂ©ritĂ© rayonnante qui s’affirme peu Ă  peu la Missa da Requiem du dernier Maazel mĂ©rite le meilleur accueil, c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015. In memoriam maestro.

 

 

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyVerdi : Messa da Requiem. Anja Harteros, Daniela Barcellona, Wookyung Kim, Georg Zeppenfeld. MĂŒnchner Philharmoniker. Philharmonischer Chor MĂŒnchen. Lorin Maazel, direction. Enregsitrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en fĂ©vrier 2014. 1 cd Sony classical

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 février 2015 ; Hector Berlioz (1801-1869): Grande Messe des Morts (Requiem), OP.5 ; Bryan Hymel, ténor ; Orfeon Nodostiarra, chef de choeur : José Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

BerliozOeuvre immense et fondamentale, le Requiem de Berlioz provoque toujours une grande attente chez le public tant l’Ɠuvre est ambitieuse. HĂ©ritage de la longue danse, pleine de mĂ©fiance, entre l’état et la religion catholique, cette Grande Messe des Morts a Ă©tĂ© une commande officielle. Certes au plus grand compositeur français du moment, mais athĂ©e affichĂ©. Toutefois en homme plein de spiritualitĂ©, Hector Berlioz Ă©tait sensible Ă  l’histoire de
la musique religieuse dont il a souvent utilisĂ© des thĂšmes comme le Dies Irae dans la Symphonie Fantastique, ou la marche des pĂšlerins dans Harold en Italie. L’ambiguĂŻtĂ© baigne donc cette commande, comme notre histoire de France elle mĂȘme avec, des liens entre le pouvoir et la religion qui ont pourtant toujours trouvĂ© un parfait accord pour envoyer la chair Ă  canon du champ de bataille au paradis sans Ă©tat d‘ñmes. Commande pour cĂ©lĂ©brer la rĂ©volution de 1830, la Grande Messe des Morts,  a ensuite Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©e pour les soldats morts. La crĂ©ation a eu lieu en dĂ©cembre 1837 aux Invalides. Hector Berlioz lui mĂȘme a entretenu des lĂ©gendes autours de la crĂ©ation dĂ©plaçant vers le spectaculaire tout ce que cette oeuvre contient en fait d’intime et de personnel. Jusque dans le choix du texte latin, sans Libera me, ni Pie Jesu, Hector Berlioz a choisi le sombre et le manque d‘espoir que la mort lui Ă©voque. L’oeuvre, est parfois prise dans cet Ă©clairage spectaculaire quand une partie du public et de la critique veulent avant tout du bruit et de la fureur dans l’interprĂ©tation en comptant le nombre de timbales ou mesurant les dĂ©cibels du Dies Irae.

L’interprĂ©tation de ce soir a Ă©tĂ© avant tout d’intelligence, de finesse et de musicalitĂ©. Le thĂ©Ăątre de la mort y est plein de silence et de nuances pianissimo comme Berlioz l’exigea. La beautĂ© de la partition, ses audaces d’orchestration, sa magie des nuances dĂ©veloppĂ©es de l’infime au terrible, la rutilance et le mordorĂ© des couleurs instrumentales, la sublime capacitĂ© du choeur Ă  offrir toutes sortes de nuances et de couleurs ont fait de ce concert un trĂšs bel instant de musique. Les intentions de Berlioz sont respectĂ©es par Tugan Sokhiev qui semble avoir compris le compositeur sans se laisser sĂ©duire par le bruit et la fureur. Loin de ce chef intĂšgre la recherche d‘effets pour l’effet ! Mais au contraire une mise au service de la partition de tout son talent.

Il semble Ă  ce stade de sa carriĂšre que Tugan Sokhiev n’a plus Ă  dĂ©montrer sa science de la direction. Il a posĂ© sa baguette au bout de quelques minutes, semblant totalement confiant dans les forces dirigĂ©es. MalgrĂ© une spatialisation complexe des orchestres de cuivres comme souhaitĂ©e par Berlioz aux quatre points cardinaux de la salle, aucun dĂ©calage n’est venu gĂącher l‘harmonie obtenue par cette direction souple et prĂ©cise Ă  la fois. Un regard dans le dos, un petit geste de la main ont permis aux cuivres de s’insĂ©rer dans le tutti avec la nuance exacte quand le dĂ©but Ă©tait trop fort. L‘hommage Ă  rendre a ces musiciens des cuivres est Ă©mu tant leur concentration et leur engagement ont permis des moments de grĂące infinie. L’association des flutes et des trombones a Ă©tĂ© magique. Direction subtile, permettant Ă  la musique si riche et savante de Berlioz de libĂ©rer une charge Ă©motionnelle faite d’introspection et de retenue, autant que de fureur et de colĂšre, de peur et de terrassement.

Tout l’orchestre a Ă©tĂ© d’une concentration totale et d’une perfection instrumentale qui laisse sans voix. L’Orfeon Nodostiarra, chƓur transpyrĂ©nĂ©en fidĂšle aux Toulousains depuis l‘ùre Michel Plasson, a Ă©tĂ© merveilleusement prĂ©parĂ© par JosĂ© Antonio Sainz Alfaro. Les beaux gestes de Tugan Sokhiev Ă  mains nues, ont sculptĂ© un son d’une beautĂ© confondante. Le pupitre des tĂ©nors souvent mis a lâ€˜Ă©preuve a Ă©tĂ© bouleversant de lumiĂšre et de fines nuances piano comme de force et de brillance dans des fortissimi jamais brutaux. Les soprani ont su garder chaire et Ăąme dans des pianissimi de rĂȘve. Le dialogue avec le tĂ©nor solo a Ă©tĂ© un moment de grĂące. Ce choeur riche a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de cette partition si exigeante avec un moment a capella de pur enchantement. Le tĂ©nor solo a une intervention Ă  froid tardive et d’une difficultĂ© de tessiture non nĂ©gligeable.   Bryan Hymel est non seulement une voix vaillante Ă  la beautĂ© de timbre rare mais c’est surtout un musicien dĂ©licat aux phrasĂ©s de rĂȘve. Il a su nuancer sa partie sans la moindre duretĂ©, gardant une aisance souriante jusque dans les aigus meurtriers. Un  grand moment de chant mais surtout de musique pure.

La Halle-aux Grains a Ă©tĂ© un Ă©crin parfait pour cette version si musicale de la vaste Messe des Morts d‘Hector Berlioz. Tugan Sokhiev particuliĂšrement inspirĂ© et heureux a obtenu des forces rassemblĂ©es toute la musicalitĂ© dont ils sont capables, orchestre, soliste et chƓurs. La subtilitĂ© de la partition a Ă©tĂ© magnifiĂ©e par des geste sculptants et orants. Biens des mouvements ont Ă©tĂ© enchainĂ©s sans relĂącher la tension.
Tugan Sokhiev a permis de rendre limpide la construction parfaite de cette oeuvre immense. Et c’est dans cette construction d‘ensemble  parfaitement comprise que les moments de fureur ont pris leur place sans exagĂ©ration mais sans faiblesse.
Un grand art musical a planĂ© trĂšs haut ce soir Ă  Toulouse. Le lendemain les forces Toulousaines se sont confrontĂ©es Ă  l’acoustique encore inconnue de la Philharmonie de Paris. C’est trĂšs audacieux mais le succĂšs sur place Ă  Toulouse est de bon augure. Le public a chavirĂ© pour cette oeuvre comme rarement tant toutes ses beautĂ©s ont Ă©tĂ© offertes ce soir.

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprùs Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprĂšs Rameau. Et si Castor et Pollux, opĂ©ra funĂšbre et mĂȘme ample et spectaculaire rĂ©flexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thĂšmes et sa couleur particuliĂšre tout un Requiem inĂ©dit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordĂ© par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matiĂšre musicale que l’on Ă©coute, s’inspire ouvertement de mĂ©lodies et compositions rĂ©alisĂ©s par Rameau pour son opĂ©ra Castor et Pollux dont la derniĂšre et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frĂšres spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prĂȘt Ă  le remplacer aux Enfers, Rameau a Ă©crit l’une de ses partitions les plus poignantes, vĂ©ritable succĂšs inĂ©galĂ© pendant tout le XVIIIĂšme siĂšcle. La Messe de Requiem ressuscitĂ©e ainsi affirme la notoriĂ©tĂ© et l’impact des Ɠuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intĂ©rĂȘt de cette rĂ©surrection, d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)


chapelle-concert-gauche« La messe est Ă©crite pour cinq voix rĂ©citantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chƓur Ă  quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flĂ»tes pour les deux premiers), effectif instrumental assez frĂ©quent dans les rĂ©pertoires pratiquĂ©s dans les cathĂ©drales de province, les maĂźtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, Ă  l’ordinaire comme Ă  l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties sĂ©parĂ©es (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flĂ»tes, 2Ăšme violon et flĂ»tes, 3Ăšme violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chƓur seulement), complĂ©tĂ©es par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’IntroĂŻt et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties sĂ©parĂ©es ; l’autre, de la mĂȘme main que les parties, donne une version remaniĂ©e pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). TrĂšs fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état Ă  une exĂ©cution –, les parties sĂ©parĂ©es sont Ă©galement incomplĂštes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet rĂ©vĂ©lĂ© qu’il manquait au moins deux parties sĂ©parĂ©es dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2Ăšme dessus et une partie de basse ou de 2Ăšme basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grĂące au fragment autographe de l’IntroĂŻt (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse rĂ©citante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, trĂšs probablement confiĂ©e Ă  l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux ĂŠterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de dĂ©duire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  prĂ©cise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prĂ©pare au concert de Versailles.

Requiem inĂ©dit d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts Ă  l’opĂ©ra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « ExceptĂ© pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thĂšmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base gĂ©nĂ©ralement sur un seul emprunt musical. Il en rĂ©sulte donc une grande variĂ©tĂ© d’emprunts, dans des sections gĂ©nĂ©ralement assez courtes et assez peu dĂ©veloppĂ©es, ce probablement pour des nĂ©cessitĂ©s liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois mĂȘme qu’une idĂ©e, plus ou moins modifiĂ©e, qu’il adapte aux impĂ©ratifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidĂšle Ă  Rameau, avec des amĂ©nagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiĂ©e ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le rĂ©cit initial du Graduel (Requiem Aeternam
) qui reprend la dĂ©ploration funĂšbre, cĂ©lĂ©brissime (mĂȘme Sofia Coppola en fait une scĂšne fameuse oĂč Marie-Antoinette assiste Ă  l’opĂ©ra dans son film pop psychĂ©dĂ©lique) celui quand TĂ©laĂŻre chante en regrettant la mort de son bien aimĂ© Castor : « Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux  », l’un des airs les plus sublimes de la littĂ©rature ramĂ©lienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidĂšlement retranscrit a Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littĂ©rale de l’air pour baryton de Pollux (« SĂ©jour de l’éternelle paix », IV, scĂšne 4). N’omettons pas non plus l’entrĂ©e solennelle et majestueuse dĂšs l’ouverture du Requiem, si touchante grĂące Ă  la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du mĂȘme Castor (Que tout gĂ©misse)
 De l’opĂ©ra Ă  l’église, la sensibilitĂ© et la qualitĂ© du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode Ă  l’autre, – du lyrique profane au sacrĂ© dĂ©ploratif-, est tout fait lĂ©gitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont Ă©crit et Ă©bloui indistinctement comme auteurs d’opĂ©ras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle : il a mĂȘme imposĂ© son tempĂ©rament unique en son siĂšcle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilitĂ©s illimitĂ©es de la scĂšne lyrique. Du vivant mĂȘme de Rameau, ses opĂ©ras ont livrĂ© une formidable matiĂšre aux Messes donnĂ©es dans les cathĂ©drales de province, messes ainsi Ă©laborĂ©es par Louis GrĂ©non (ca 1734-1769) ou aussi  DenoyĂ© (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont rĂ©alisĂ©s avec une intelligence et une pertinence rares propres Ă  construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohĂ©rence de son architecture global. Le rĂ©sultat est loin de n’ĂȘtre qu’un composite d’airs recyclĂ©s sans unitĂ© ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilitĂ© de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutĂŽt un hommage Ă  la musique d’un compositeur reconnu de son vivant mĂȘme comme l’un des plus grands maĂźtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume cĂ©lĂ©bra unanimement sa mĂ©moire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisĂ© par François Rebel et François FrancƓur, fut donnĂ© en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et rĂ©unit les musiciens de l’OpĂ©ra et de la Musique de la cour. On y donna la cĂ©lĂšbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchĂ©e et agrĂ©mentĂ©e pour la circonstance d’extraits d’Ɠuvres lyriques de Rameau, notamment le chƓur « Que tout gĂ©misse » de Castor & Pollux, adaptĂ© en Kyrie, ou l’air de Pollux « SĂ©jour de l’éternelle paix », arrangĂ© pour le Graduel. De nombreuses cĂ©rĂ©monies furent organisĂ©es en province, notamment Ă  Avignon, OrlĂ©ans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-ĂȘtre la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un tĂ©moin musical de ces trĂšs nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maĂźtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

CĂ©line Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

compte rendu, concert. Lyon, Auditorium. Festival d’Ambronay, le 2 octobre 2014. Mozart : Requiem, Concerto pour clarinette. Leonardo Garcia Alarcon, direction. Benjamin Dieltjens, clarinette

Alarcon_portrait_oblique_250Ambronay sur RhĂŽne ? Le festival baroque s’est dĂ©centralisĂ© en sa 4e semaine pour un concert Mozart -1791 Ă  l’Auditorium Ravel. Le chef Argentin Leonardo Garcia Alarcon fait rayonner son New Century Baroque et le ChƓur de Namur dans une version Ă©purĂ©e du Requiem, et le clarinettiste B.Dieltjens poĂ©tise avec lui le concerto K.622 Bien sĂ»r c’est l’Auditorium en  sa logique de rĂ©fraction sonore – fĂ»t-elle brevetĂ©e AGDG d’IngĂ©nierie Acoustique – , un cadre oĂč  baroque et post-baroque ne sont guĂšre idĂ©alement placĂ©s, et  oĂč de toute façon le mystĂšre tend Ă  s’absenter. Et l’architecture – finalement banale en sa modernité  d’il y a 40 ans –n’évoque en rien la fine complexitĂ© de l’abbatiale d’Ambronay (elle-mĂȘme en  lumiĂšre ogivale, Ă  l’inverse antĂ©rieur  du baroque dont les musiques la parent au temps de chaque Festival).Mais avec le double concert qu’Ambronay a ici « transfĂ©ré » au milieu de sa 4e et derniĂšre semaine, on a le mĂ©rite d’une fusion de publics – Lyon, et un « ailleurs », fĂ»t-il distant de 60 kilomĂštres -, rĂ©unis pour cĂ©lĂ©brer l’une des partitions les plus « mythologisĂ©es » de la culture europĂ©enne, ce  Requiem oĂč Mozart  consigna une part – mais une part seulement – de ses pensĂ©es sur la vie et son issue.

Homme en noir et lĂ©gende de l’empoisonneur

Et pour explorer une fois encore cette Ɠuvre aussi frĂ©quentĂ©e que demeurant Ă©nigmatique, un jeune  chef Ă  la renommĂ©e grandissante,  Leonardo Garcia Alarcon. Cet Argentin est grand redĂ©couvreur de partitions – son Diluvio, de Falvetti, superbe  exemple -, et l’énergie rĂ©inventive dont il fait  preuve n‘est pas la seule marque d’un tempĂ©rament Ă  la fois savant et intuitif. Il y a un son d’orchestre Alarcon, et surtout une  tonalitĂ©, passionnelle, rigoureuse, et plus discrĂštement, poĂ©tique : le croisement en concert de deux partitions ultimes de Mozart met en valeur – dans le concerto pour clarinette K.622,d’octobre 1791 – cette derniĂšre vertu, en face du Requiem si universellement connu que certains croient en avoir sondĂ© tous les secrets. Oui, le Requiem K.626 est-il  « comme d’autres » ? GĂ©nial(e), Ă  l’évidence, et comme tant d’Ɠuvres de Mozart. Mais Symphonie( funĂšbre) InachevĂ©e, entourĂ©e d’une aura Ă©trange – celle de la « chronique d’une  mort annoncĂ©e » – , avec son commanditaire-comte Walsegg, l’homme en noir qui poursuit l’auteur et l’enjoint d’en terminer  au plus vite, en une atmosphĂšre de thriller implicite  donnant mĂȘme lieu post mortem Ă  du dĂ©lire sur ce pauvre Salieri – les rĂ©seaux  tweeter d’époque « inspirant » Pouchkine, Rimsky,Shaffer et Forman – qui eĂ»t empoisonnĂ© Wolfie


Un franc-maçon militant 

Mais relisons une  vĂ©ritĂ© plus  historique : Mozart mourut de maladie (« une Ă©pidĂ©mie virale qui courait Ă  Vienne  » ?), et son « état d’épuisement profond  Ă  l’automne 91 »)(C.Delamarche) Ă©tait plutĂŽt dĂ» Ă  la surcharge de commandes (La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te EnchantĂ©e),accablant un Mozart qui n’était pas « criblĂ© de dettes et dans le plus grand dĂ©nuement ». Ce (trompeur) « tableau tragique pour poĂšte maudit », on comprend aussi que la veuve, Constance, ait voulu le renforcer post mortem, non seulement pour renflouer ses finances, mais surtout parce que son gĂ©nie de mari avait Ă©tĂ© franc-maçon militant, et  dans l’Autriche repassĂ©e sous la fĂ©rule contre-rĂ©volutionnaire des successeurs du libĂ©ral Ă©clairĂ© Joseph II, c’était marque d’infamie posthume.

Autriche-d’en-bas et d’en-haut

 On notera encore que la derniĂšre partition complĂšte et signĂ©e par Mozart Ă©tait une cantate maçonnique (K.623, Eloge de l’amitiĂ©, octobre), et que, selon les tĂ©moins des  derniers moments,  le compositeur  songeait surtout aux reprĂ©sentations de sa FlĂ»te  qui
enchantait non la prĂ©tendue Ă©lite bien-pensante des Viennois mais les spectateurs du faubourg, l’Autriche-d’en-bas contre l’Autriche-d’en-haut.  Bref, l’ultime Mozart  ne devait pas penser qu’ « une mĂ©chante vie amĂšne une mĂ©chante mort », et que selon Sganarelle dans MoliĂšre, « par consĂ©quent vous serez damnĂ© Ă  tous les diables ». Mais qu’à l’inverse une spiritualitĂ© fraternelle, tant soit  peu Ă©galitaire et donc devenue subversive, eĂ»t contribuĂ© Ă  « changer le monde ». IdĂ©es insupportables aux dĂ©vots de l’aprĂšs-1790,qui « reprennent le pouvoir » aprĂšs la mort de Joseph II,   adeptes d’union dĂ©finitive du sceptre et du goupillon


La fiÚvre du récit en continuo

Certes le travail de Garcia Alarcon est surtout d’ordre musicologique, et on dira qu’ « il en vaut un autre », s’appuyant sur la suppression de trop Ă©vidents sĂŒssmayerismes ( le disciple qui continua et termina le Requiem : donc s’en vont Sanctus, Benedictus, Agnus Dei…) et y faisant entrer le jeu compliquĂ© des ajouts d’autres musicologues actuels. Il va mĂȘme jusqu’à copier-coller un Amen conclusif du Lacrymosa, tracĂ© ailleurs par Mozart et ressemblant  plus Ă  du fuguĂ© de Haendel que de J.S.Bach. Mais nous importe surtout l’esprit qui guide en ce labyrinthe d’inspiration sacrĂ©e l’écriture de Mozart et son interprĂ©tation par un chef d’aujourd’hui. Et il y a une fiĂšvre Ă©tonnante – non symptĂŽme  d’une « maladie de la mort » – dans « son » Requiem, devenu kalĂ©idoscope, rĂ©cit en continuo et pourtant trĂšs heurtĂ©. Avec Garcia Alarcon, ce n’est plus « baguette-tradition », en quelque sorte rassurante dans sa mise en perspective des numĂ©ros successifs d’un opĂ©ra du sacrĂ© catholique, mais sorte d’ « Ɠuvre en progrĂšs », qui contient aussi bien la rĂ©miniscence dans le terrible (la Damnation de Don Giovanni) que la menace sournoise (dĂ©but de l’Ɠuvre), une agogique de course Ă  l’abĂźme, une pulsation visible ou souterraine,  des moments suspendus qui appellent de futures mĂ©lodies de timbres (Recordare) et une conception Ă©tale du temps… Tout  est liĂ© par une direction d’énergie inlassable, souvent d’un tempo spectaculairement accĂ©lĂ©rĂ©, et malgrĂ© la rigueur absolue de la mise en place, analogue Ă  une improvisation en recherche d’elle-mĂȘme,  des buts techniques et philosophiques poursuivis.

D’autres liens de conscience

A l’auditeur galvanisĂ© d’établir  d’autres liens de conscience, de croiser lignes, courbes et arriĂšre-plans, en songeant Ă  ce que pourrait ĂȘtre une Messe des Morts sans terreur (ah ! l’encombrant Dies Irae dont plus tard FaurĂ© fit l’économie en inscrivant son Requiem en douceur et consolation…), ou, pourquoi pas, mĂ©langĂ©e  par Mozart Ă  ses Ɠuvres maçonniques (les cantates, et l’Ode FunĂšbre K.477) pour s’épargner, en toutes LumiĂšres, les tribunaux  de la pĂ©nitence et la peur de l’enfer, dans une interrogation lucide sur le mystĂšre.

 Pour cela, le trĂšs subtil orchestre rĂ©uni par le chef (New Century Baroque) et le ChƓur de chambre Namurois, homogĂšne, inventif et ample, font bien saisir un nouveau regard. Les quatre solistes vocaux ne sont plus des « chargĂ©s d’air de concert », mais les protagonistes sans auto-valorisation d’une Ɠuvre en recherche : l’alto Sophia Patsi, le tĂ©nor Valerio Contaldo, la basse Josef Wagner, et la soprano JoĂ«lle Harvey, si dĂ©licieusement humble et intimiste.

Tiepolo et Watteau 

En cette lumiĂšre si contrastĂ©e, parfois violente, du Requiem, on saisit mieux la prĂ©cieuse Ă©claircie du dĂ©but de concert, le concerto pour clarinette K.622, lui aussi Ă©crit en octobre 1791, pour l’instrumentiste Anton Stadler – un bon compagnon de fĂȘtes comme les aimait Mozart, et qui rappelle aussi les relations moqueuses de Wolfgang avec le corniste (et marchand de fromages)  Leitgeb – , mĂ©langeant l’ardeur constructrice ( allegro), le jeu (rondo-finale) et en son centre un adagio qui idĂ©alise l’inspiration, la reliant au maçonnisme (le cor de basset cher au compositeur) et Ă  ce que murmure le sublime. Un clarinettiste d’exception – tĂȘte de Baudelaire, mais convivial ! -, Benjamin Dietljens, fait constamment se demander s’il « chante » ainsi la beautĂ© du monde, l’espace de l’intime, les couleurs en bleu et or de Tiepolo ou Watteau, s’estompant jusqu’à l’imperceptible de ses fins de phrase… Et aussi parfois cite les femmes tant aimĂ©es de Mozart, Aloysia Weber et Nancy Storace, ses cantatrices si dĂ©sirĂ©es mais absentĂ©es, la Comtesse, Pamina ou Fiordiligi, les crĂ©ations de son rĂȘve plus rĂ©elles encore d’ĂȘtre passĂ©es dans l’écriture.

Van Eyck, aussi

En ouvrant le concert, L. Garcia Alarcon rend hommage Ă  deux grands pionniers rĂ©cemment disparus, Christopher Hogwood, et l’admirable Frans BrĂŒggen,  chef si poĂ©tique dans le territoire mozartien… Et la vĂ©ritable, la plus sincĂšre dĂ©dicace qu’on eĂ»t pu souhaiter  vient « en bis », avec un Ave Verum (juin 1791), complĂštement et merveilleusement apaisĂ©, bercement idĂ©al, tendresse et puretĂ© flamandes comme un Agneau Mystique de Van Eyck,  Ă  bouches murmurantes et couleurs extasiĂ©es.

Auditorium Ravel de Lyon (pour le festival d’Ambronay), jeudi 2 octobre 2014. W.A. Mozart (1756-1791), Requiem, Concerto pour clarinette. New Century Baroque , ChƓur de chambre de Namur, J.Harvey (soprano), Sophia Patsi (alto), Valerio Contaldo (tĂ©nor),Josef Wagner (basse), Benjamin Dieltjens (clarinette), direction Leonardo Garcia Alarcon.

Compte rendu. Saint CĂ©rĂ©. ChĂąteau de Castelnau Bretenoux, le 9 aoĂ»t 2014. Requiem de Mozart; Saint Georges. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, tĂ©nor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©; Anass Ismat, direction.

mozart_portraitPoursuivant notre ballade Saint CĂ©rĂ©enne, et le temps Ă©tant enfin favorable, nous retrouvons le chĂąteau de Castelnau Bretenoux situĂ© Ă  quelques encablures de la petite ville lotoise. Pour ce concert, le plus court du festival ce sont deux compositeurs contemporains, l’un de l’autre qui sont Ă  l’honneur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799). Si chacun connaissait les oeuvres de l’autre, ils ne se sont jamais rencontrĂ©s ; Mozart qui se trouvait Ă  Paris en mĂȘme temps que St Georges, ayant absolument refusĂ©, au grand dam de son pĂšre qui a pourtant tout tentĂ©, d’aller jouer une oeuvre de son confrĂšre qu’il appelait le “nĂšgre des lumiĂšres”.

Mozart et St-Georges, réunis par delà la mort

Le Laudate Dominum de Saint Georges ouvre le concert. ComposĂ© pour choeur et orchestre Ă  cordes, le Laudate Dominum est une oeuvre charmante parfaitement introductive pour un tel concert. Nous apprĂ©cions d’ailleurs la volontĂ© de sortir ce compositeur de l’oubli tant il a Ă©tĂ© Ă©clipsĂ© par son gĂ©nial contemporain malgrĂ© une oeuvre attachante et personnelle qui mĂ©rite qu’on s’y arrĂȘte. Le Mozart noir du XVIIIe siĂšcle est actuellement plus connu pour son oeuvre instrumentale, notamment son oeuvre pour violon (il Ă©tait lui-mĂȘme violoniste), et c’est bien dommage car son oeuvre vocale ne manque pas d’intĂ©rĂȘt  : le Laudate Dominum est un bel exemple mĂȘme s’il est un peu court. Le choeur, composĂ© de stagiaires et de professionnels lui rend justice et fait honneur Ă  Saint Georges, lui redonnant, le temps d’une soirĂ©e, la place majeure qu’il mĂ©rite. Le chef Anass Ismat invitĂ© pour diriger le stage et les deux soirĂ©es rĂ©alise un parcours quasi parfait.

figaro-julieAprĂšs une courte pause, Anass Ismat revient avec le quatuor de solistes invitĂ©s pour le Requiem de Mozart; l’ultime chef-d’oeuvre du jeune compositeur salzbourgeois Ă©tait inachevĂ© Ă  son dĂ©cĂšs et a Ă©tĂ© complĂ©tĂ© entre autre par son disciple, Franz SĂŒssmayer. Nous retrouvons sur la scĂšne du chĂąteau de Castelnau, la mezzo soprano Hermine Huguenel et le tĂ©nor Éric Vignau, deux des comprimari de Lucia di Lammermoor auxquels se joignent la jeune soprano Julie Mathevet et la basse Jean Claude Saragosse, un habituĂ© du festival de St CĂ©rĂ© (tout comme Éric Vignau d’ailleurs qui chante dans trois des oeuvres de l’Ă©dition 2014). DĂšs les premiĂšres notes, le jeune chef marocain annonce la couleur : le tempo ne sera ni trop rapide ni trop lent. Attentive au choeurcomme aux solistes, sa direction scrupuleuse est Ă  la fois ferme et souple sans jamais couvrir ni les uns ni les autres. La rĂ©vĂ©lation de cette seconde soirĂ©e St CĂ©rĂ©enne reste Julie Mathevet dont la voix large, souple, puissante, rĂ©sonne entre les murs du chĂąteau avec une Ă©tonnante clartĂ©. Hermine Huguenel donne la pleine mesure de son talent. Il en va de mĂȘme pour le tĂ©nor Éric Vignau (qui dans Lucia est Ă©liminĂ©, alors qu’il vient de paraĂźtre sur scĂšne). Ces deux chanteurs ont deux trĂšs belles voix, une ligne de chant impeccable, une technique irrĂ©prochable. Quand Ă  Jean Claude Saragosse il ne dĂ©mĂ©rite pas et assume la partition avec panache complĂ©tant parfaitement un quatuor de trĂšs haute volĂ©e.

Le cadre majestueux du chĂąteau de Castelnau Bretenoux a accueilli un trĂšs beau concert, certes un peu court mais qui a permis d’assister Ă  l’Ă©closion d’un jeune talent, Julie Mathevet, auquel rĂ©pondent trois voix solides. Quant au jeune chef marocain Anass Ismat, il dirige parfaitement : et le Laudate Dominum de St Georges et le Requiem de Mozart. Souhaitons-lui une belle et grande carriĂšre Ă  venir. L’ensemble des artistes, qu’ils soient amateurs ou professionnels ont rĂ©alisĂ© une soirĂ©e parfaite et nous aurions d’ailleurs apprĂ©ciĂ© d’Ă©couter un peu plus d’oeuvres de ces deux compositeurs rĂ©unis par dela la mort en une mĂȘme soirĂ©e sous les Ă©toiles estivales.

Saint CĂ©rĂ©. ChĂąteau de Castelnau Bretenoux, le 9 aoĂ»t 2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : requiem; Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799) : Laudate Dominum. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, tĂ©nor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre OpĂ©ra ÉclatĂ©; Anass Ismat, direction.

CD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip SempĂ©, mai 2014)

rameau-jean-gilles-skip-sempe-Rameau's-funeral--1-cd-ParadizoCD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip SempĂ©, mai 2014). D’emblĂ©e, le programme nous convainc totalement. Par sa solennitĂ© tendre, grave, Ă©tonnement transparente, Skip SempĂ© inscrit idĂ©alement le Requiem de Gilles dans le contexte liturgique XVIIIĂšme qu’il s’est fixĂ©: celui propre au service funĂšbre de Rameau le magnifique, tel qu’il aurait pu se rĂ©aliser lors des funĂ©railles historiques du Dijonais Ă  sa mort, ce 27 septembre 1764. Jouer Gilles pour honorer la mĂ©moire et saluer le gĂ©nie du plus audacieux des compositeurs français du XVIIIĂšme, rien de surprenant quand on sait que des sources d’Ă©poque confirment que le Requiem ou Messe des morts de Gilles fut rĂ©guliĂšrement apprĂ©ciĂ© et jouĂ© dans des versions renouvelĂ©es tout au long du XVIIIĂšme…. pour les propres funĂ©railles de Gilles, pour celles des compositeur Royer et  donc effectivement, Rameau
 mĂȘme pour celles de Louis XV. C’est dire le renom et la faveur d’une Messe Ă  la fois majestueuse et humaine oĂč la pompe ne s’embarrasse jamais d’un dramatisme noir et inquiĂ©tant comme cela peut ĂȘtre le cas du Requiem de Du Caurroy lequel hĂ©ritĂ© de la Renaissance tout en offrant le spectaculaire et l’effrayant  de la faucheuse, reste aussi l’ordinaire liturgique des dĂ©plorations royales Ă  partir des funĂ©railles d’Henri IV. ComparĂ© Ă  Du Caurroy, Gilles frappe par sa lumineuse espĂ©rance.

S’appuyant sur un usage avĂ©rĂ© qui se montre d’une rare pertinence musicologique et esthĂ©tique, Skip SempĂ© nous offre ici l’un des programmes ramĂ©liens les plus convaincants et opportuns pour l’annĂ©e des 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau.

DĂšs le dĂ©but, timbales roulantes et majestueuses,  cordes recueillies dans une rĂ©sonance rĂ©verbĂ©rante – qui souligne et renforce l’écho de la dĂ©ploration tragique-, indiquent le plus grandiose des portiques : soulignons les superbes couleurs des bassons et du cor auxquelles les cordes des 24 violons rĂ©tablissant les teintes frottĂ©es intermĂ©diaires qui ont fait la rĂ©putation de l’orchestre lullyste versaillais – que l’on ne prĂ©sente plus-, rĂ©pondent avec panache et flexibilitĂ©.

Le chef sait jouer avec l’Ă©cho et la longueur du son, inscrivant le geste musical dans une brume affligĂ©e du plus bel effet. Insistant aussi sur le silence prolongeant la note et creusant la rĂ©sonance. C’est une vraie thĂ©ĂątralitĂ© sonore qui sied Ă  l’essence mĂȘme de ce Requiem, jamais tout Ă  fait Ă©tranger au sens du thĂ©Ăątre et de l’opĂ©ra (comme le sont les Grands Motets de Rameau).

Lumiùre de Gilles, profondeur et dramatisme de Rameau


Les contemporains de Rameau ont vu dans ce Requiem provençal et lumineux un rituel rassurant et serein dont la fraĂźcheur et la simplicitĂ© pastorale revivifient ce « primitivisme » Grand SiĂšcle si vĂ©nĂ©rĂ© par Louis XV et Voltaire. Une sorte de retour aux sources du premier baroque français. Écoutez ici le recueillement tout en nuances et mesure de l’Offertoire : la mise en musique du texte contredit la dĂ©ploration du texte en une priĂšre sereine et apaisĂ©e presque tendre.

Le choeur y semble sourire d’une grĂące sĂ»re et conquĂ©rante qui annihile toute ombre, jusqu’Ă  la moindre tension. Ici le grandiose funĂšbre ne prĂ©sente aucune inquiĂ©tude ni aucune angoisse mais une infaillible certitude d’un passage en sublimation, la cĂ©lĂ©bration d’une mĂ©tamorphose inĂ©luctable en forme d’apothĂ©ose.

Le jeu tout en finesse et précision de Skip Sempé et de son collectif réalise de façon trÚs cohérente et investie (reprise du Kyrie eleison marqué par le sentiment du déchirement le plus sombre, seul court passage en creux du cycle) ce rituel acclimaté aux funérailles de Monsieur Rameau.

EnchĂąssĂ©s tels des gemmes lyriques d’une exquise profondeur, dans cette tapisserie tragique et sombre, quelques extraits des opĂ©ras de Rameau (et avec quel Ă  propos), se rĂ©vĂšlent des plus bĂ©nĂ©fiques et des plus poĂ©tiques…. la dĂ©solation de l’air de Dardanus (originellement d’AntĂ©nor que l’amateur gagnera Ă  Ă©couter dans son intĂ©gralitĂ© dans le rĂ©cent album des Arts Florissants  : « Le jardin de Monsieur Rameau » ou la priĂšre sombre et lugubre y est magistralement chantĂ©e par le jeune laurĂ©at du dernier jardin des voix, le baryton français Victor Sicard) s’intĂšgre idĂ©alement Ă  ce dĂ©chirement dĂ©clarĂ©. Le passage de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise est d’autant plus lĂ©gitime et pertinent que Rameau avant Hippolyte, s’affirme par ses Grands Motets trĂšs probablement lyonnais, comme un laboratoire de toutes ses possibilitĂ©s expressives musicales, chorales, orchestrales et lyriques…. tant chez lui, le gĂ©nie opĂ©ratique prolonge directement l’inspiration sacrĂ©e d’abord dĂ©veloppĂ©e sous la voĂ»te.

Le choeur Collegium Vocale Gent apporte sa brillante et expressive verve apportant entre autres un Ă©loquent mordant au verbe dramatique (Graduel II).

L’enchaĂźnement du Sanctus puis du motif extrait de Castor et Pollux (dĂ©ploration de TelaĂŻre songeant Ă  son aimĂ© Castor aux Enfers) est tout autant naturel : mĂȘme couleurs affĂ»tĂ©es, mĂȘme caractĂšre affligĂ© et sobre d’une simplicitĂ© qui dĂ©voile dans son dĂ©nuement le plus bouleversant et le plus sincĂšre, l’humaine fragilitĂ© humaine. EnchĂąssĂ©es dans le cycle funĂšbre, les lueurs crĂ©pusculaires de Castor y deviennent un jalon de cet accomplissement lacrymal.

Semblable rĂ©ussite pour la lumiĂšre conclusive de la Communion (Lux ĂŠterna….) dont l’Ă©lan et le rebond des apaisement dĂ©clarĂ©s, aĂ©riens, se dĂ©ploient davantage grĂące aux deux extraits d’opĂ©ras qui lui sont enchaĂźnĂ©s : rondeau tendre de Dardanus qui Ă©voque trĂšs justement par sa sereine et noble intimitĂ©, le « sommeil Ă©ternel de Rameau »; enfin, accomplissement spectaculaire, l’air des esprits infernaux, extraits de Zoroastre pour 
 « l’ApothĂ©ose de Rameau ». Inscrit dans ce cycle liturgique funĂšbre, chaque fragment d’opĂ©ra y gagne un Ă©clat renouvelĂ© tout en affirmant l’essence du baroque selon Rameau: sa verve dramatique, sa libertĂ© inventive. La conception est juste, sa rĂ©alisation fine et argumentĂ©e. Superbe hommage pour le plus grand compositeur français du XVIIIĂšme.

Jean Gilles : Messe des morts, Service funÚbre de Rameau. Capriccio Stravagante. Skip Sempe, direction.  1 cd Paradizo. Enregsitrement réalisé à Brugges en mai 2014.

A Notre-Dame, Dudamel dirige le Requiem de Berlioz

FĂ©vrier 2014 Ă  Caracas, VĂ©nĂ©zuela : les 39 ans du SistemaArte. Berlioz: Requiem. Gustavo Dudamel. 15 juin 2014, 17h35. Messe solennelle et funĂšbre… Le Requiem porte la mĂ©moire des cĂ©lĂ©brations collectives de l’époque rĂ©volutionnaire et napolĂ©onienne, ces grandes messes populaires oĂč le symbole cĂŽtoie la dĂ©votion, rĂ©alisĂ©es par exemple par Lesueur. D’ailleurs, l’orchestre de Berlioz n’est pas diffĂ©rent par son ampleur ni par le choix des intruments de celui de son prĂ©dĂ©cesseur. Berlioz citait aussi pour indication de l’exĂ©cution de son Ɠuvre, le decorum des funĂ©railles du MarĂ©chal Lannes sous l’Empire.‹Lorsqu’il entend le Requiem de Cherubini pour les funĂ©railles du GĂ©nĂ©ral Mortier, en 1835, il songe Ă  ce qu’il pourrait Ă©crire sur le mĂȘme thĂšme
 Sa partition ira « frapper Ă  toutes les tombres illustres ». La commande officielle qu’il reçoit le plonge dans un Ă©tat d’excitation intense : « cette poĂ©sie de la Prose des morts m’avait enivrĂ© et exaltĂ© Ă  tel point que rien de lucide ne se prĂ©sentait Ă  mon esprit, ma tĂȘte bouillait, j’avais des vertiges », Ă©crit-il encore.
ConvoquĂ© en images terrifiantes des croyants confrontĂ©s au spectacle de la faucheuse, le thĂšme stimule la pensĂ©e des compositeurs au  tempĂ©rament dramatique, tel Berlioz, comme Verdi plus tard. Aux murmures apeurĂ©s des hommes, correspond l’appel terrifiant des cuivres et des percussions dont le fracas, donne la mesure de ce qui est en jeu : le salut des Ăąmes, la gloire des Ă©lus, le Paradis promis aux ĂȘtres mĂ©ritants, la possibilitĂ© Ă©chue Ă  quelques uns de se hisser au dessus de la fatalitĂ© terrestre, rejoindre les champs de paix Ă©ternelle… FidĂšle Ă  la tradition musicale‹sur un tel sujet, Berlioz insiste sur l’omnipotence d’un Dieu juste et la misĂšre des hommes qui implore sa misĂ©ricorde.‹Or ici les flots apocalyptiques se dĂ©versent pour mieux poser l’ample dĂ©ploration finale, qui fait du Requiem, un Ɠuvre poignante par son appel au pardon, Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ©, Ă  la rĂ©solution ultime de tout conflit.‹HĂ©ritier des compositeurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Gossec, MĂ©hul,  , Berlioz sait cependant se distinguer par « l’élĂ©vation constante et inouĂŻe du style » selon le commentaire de Saint-SaĂ«ns. ComposĂ©e entre mars et juin 1837, le Requiem est jouĂ© aux Invalides le  dĂ©cembre 1837 en l’Ă©glise Saint-Louis des Invalides.

BerliozLe Requiem, une cĂ©lĂ©bration mondaine… ‹Sur le simple plan visuel, la Grande messe des morts est un spectacle impressionnant. Les effectifs de la crĂ©ation sont vertigineux et donneront matiĂšre Ă  l’image dĂ©formĂ©e d’un Berlioz tonitruant, prĂ©fĂ©rant le bruit au murmure, la dĂ©flagration tapageuse Ă  l’expression des passions tĂ©nues de l’Ăąme humaine. Pas moins de trois cents exĂ©cutants, choristes et instrumentistes, avec Ă  chaque extrĂ©mitĂ© de l’espace oĂč campent les exĂ©cutants, un groupe de cuivres. Si l’on reconstitue aux cĂŽtĂ©s du massif des musiciens, les cierges placĂ©s par centaines autour du catafalque, la fumĂ©e des encensoirs, la prĂ©sence des gardes nationaux scrupuleusement alignĂ©s, l’oeuvre Ă©tait surtout l’objet d’un spectacle grandiloquent et d’un ample dĂ©ploiement tragique, un thĂ©Ăątre du sublime lugubre. Car il s’agisait en dĂ©finitive, moins d’une commĂ©moration que d’obsĂšques.
La renommĂ©e de Berlioz gagna beaucoup grĂące Ă  cet Ă©talage visuel et humain qui Ă©tait aussi un Ă©vĂ©nement mondain : « Le Paris de l’OpĂ©ra, des Italiens, des premiĂšres reprĂ©sentations, des courses de chevaux, des bals de M. Dupin, des raouts de M. de Rothschild » s’était pressĂ© lĂ , comme le prĂ©cise les rapporteurs de l’évĂ©nement
 pour voir et ĂȘtre vu, peut-ĂȘtre moins pour Ă©couter.‹Quoiqu’il en soit les mĂ©lomanes touchĂ©s par la grandeur de la musique sont nombreux, de l’abbĂ© Ancelin, curĂ© des Invalides, au Duc d’OrlĂ©ans, dĂ©jĂ  mĂ©cĂšne du compositeur et qui le sera davantage. Berlioz put avoir la fiertĂ© d’écrire Ă  son pĂšre l’importance du succĂšs remportĂ©, « le plus grand et le plus difficile que j’ai encore jamais obtenu ».‹Et l’on sait que Paris, son public gavĂ© de spectacles et de concerts, fut Ă  l’endroit de Berlioz, d’une persistante duretĂ© (que l’on pense justement Ă  l’accueil glacial et dĂ©concertĂ© rĂ©servĂ© Ă  la Damnation de Faust ou encore Ă  Benvenuto Cellini).

Pour exprimer le souffle d’une partition dont l’ampleur et la profondeur atteignent les plus belles fresques jamais conçues, le jeune chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel dirige outre ses musiciens de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar, plusieurs phalanges françaises dont la MaĂźtrise de Notre-Dame, les instrumentistes du Philharmonique de Radio France, le ChƓur de Radio France… Pas sĂ»r que Berlioz de son vivant eĂ»t rĂ©ussi Ă  relever un tel dĂ©fi musical et acoustique sous la voĂ»te impressionnante de Notre-Dame de Paris…

arte_logo_2013Berlioz: Requiem. Gustavo Dudamel. Arte, dimanche 15 juin 2014, 17h35 (Maestro). Le Requiem de Berlioz Ă  Notre-Dame de Paris. Concert enregistrĂ© le 22 janvier 2014. Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela, ChƓur de Radio France, MaĂźtrise de Notre-Dame. Gustavo Dudamel, direction.

 

 

Compte-rendu : Paris. Théùtre des Champs-Elysées, le 16 juin 2013. Giuseppe Verdi : Messa da Requiem. Julianna Di Giacomo, Sonia Ganassi, Fabio Sartori, Matti Salminen. Daniele Gatti, direction musicale.

Giuseppe VerdiAprĂšs l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris, c’est au tour du National de France d’offrir au public son Requiem de Verdi.  Daniele Gatti aime cette musique et le fait sentir, embrasant la partition par sa fougue latine et suivi en cela par des musiciens tout entiers avec leur chef dans cette conception sonore flamboyante.
Le Dies Irae tonne comme rarement, magnifiĂ© par un chƓur de Radio-France impeccable de prĂ©cision et de prĂ©sence vocale.
A leurs cĂŽtĂ©s, un superbe plateau de solistes a Ă©tĂ© rĂ©uni. Sonia Ganassi, un rien lĂ©gĂšre pour cette Ă©criture dramatique, se lance dans la bataille avec conviction, sans forcer ses moyens, et se rĂ©vĂšle convaincante dans ses interventions. Fabio Sartori fait admirer ses beaux moyens de vĂ©ritable tĂ©nor verdien, parfaitement Ă  l’aise dans cette Ă©criture requĂ©rant un mĂ©dium large et un aigu percutant, ainsi qu’un vrai sens du legato. Son Ingemisco reste l’un des plus beaux moments de la soirĂ©e, et on a hĂąte de le rĂ©entendre dans d’autres rĂŽles du cygne de Busseto.

 

 

Un flamboyant Requiem verdien

 

Matti Salminen, quant Ă  lui, ne peut lutter contre les annĂ©es qui rendent son souffle plus court et son legato moins absolu que par le passĂ©, mais les moyens vocaux demeurent impressionnants, de ceux qui ont fait de lui l’une des grandes basses de ces trois derniĂšres dĂ©cennies.
Remplaçant Barbaro Frittoli au pied levĂ©, Julianna Di Giacomo, dĂ©jĂ  entendue voilĂ  quelques mois dans le Roi d’Ys Ă  l’OpĂ©ra Comique, dĂ©montre son aisance tant dans l’écriture de Verdi que dans celle de Lalo. Elle demeure l’exemple de la technique vocale amĂ©ricaine, souple et dĂ©tendue, permettant aussi bien un ample rayonnement vocal que d’aĂ©riens piani, sans effort visible ni audible.
Elle ouvre le concert avec un « Ave Maria » d’Otello de la plus belle eau, en hommage Ă  Henri Dutilleux, prĂ©lude Ă  une Messa da Requiem tout aussi rĂ©ussie. En somme, une superbe soirĂ©e.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 16 juin 2013. Giuseppe Verdi : Messa da Requiem. Avec Julianna Di Giacomo, soprano ; Sonia Ganassi, mezzo-soprano ; Fabio Sartori, tĂ©nor ; Matti Salminen, basse. ChƓur de Radio-France ; Direction : Piero Monti. Orchestre National de France. Daniele Gatti, direction  musicale.