Requiem de Fauré à Poitiers

sargent-faure-gabriel-portrait-1280px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Faure-livres-homepage-magazine-livres-classiquenews-582POITIERS, TAP. Le 20 mars 2019. FAURE : Requiem, Pelléas. C’est la concrétisation attendue d’un projet réalisé entre l’Orchestre des Champs Elysées et le TAP. Depuis sa création en 2014, Chœur et orchestre des jeunes implique des jeunes du territoire poitevin, issus de divers horizons. Cette année les lycéens d’établissement d’enseignements général, technologique, professionnel et agricole, et les élèves des conservatoires sont rejoints par des jeunes en situation de handicap sans pratique musicale régulière. Une expérience de rencontre et de partage, de sensibilisation et de transmission, autour d’une ambition commune. Au programme de cette 6ème édition, le Requiem de Fauré, œuvre majeure du compositeur qui frappe par sa paradoxale douceur et son appel à l’espérance, et la création d’un jeune compositeur, auquel l’Orchestre des Champs-Elysées a passé commande.

Au cÅ“ur de l’expérience, associant jeunes chanteurs et musiciens sur instruments d’époque de l’Orchestre des Champs Elysées, l’œuvre raffinée, profonde mais si mesurée voire pudique de Gabriel Fauré, qu’il faut jouer avec clarté, transparence et un art des nuances, consommé. Le Requiem version pour grand orchestre de 1900, est couplé avec la suite Pelléas, véritable manifeste de musique française propre à l’extrême fin du XIXè (1898) : Fauré écrivant cette musique de scène après que Debussy eut décliné la commande énoncée par l’actrice Mrs Patrick Campbell. Dans sa version pour orchestre, – sans mise en scène, Fauré a lui-même orchestré (la partition pour le théâtre ayant été réalisée par son élève Charles Koechlin) ; la délicatesse de l’orchestration n’empêche pas une certaine ampleur proche des climats souterrains, marins du poème initial de Maeterlinck.

 

 

 

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POITIERS, TAPboutonreservation
Mercredi 20 mars 2019, 19h30
Gabriel Fauré  : Requiem op. 48 (version pour grand orchestre de 1900), Pélléas et Mélisande
Louis Daval Frerot : The unquestioned answer
Chœur et orchestre des jeunes
Orchestre des Champs-Elysées
Mathieu Romano, direction

 

 

 

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https://www.tap-poitiers.com/spectacle/choeur-et-orchestre-des-jeunes-4/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu, concert. Blagnac. Odyssud, le 13 nov 2018. Weill. Mozart. Les Passions, Les Eléments. Suhubiette.

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriCompte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Weill. Mozart.Les Passions. Les Eléments. Joel Suhubiette. Il est toujours intéressant d’aller écouter le Requiem de Mozart, tant cette œuvre est à part. La beauté intrinsèque de la partition, comme son incomplétude et sa synthèse de toute la musique occidentale, entre hommage et inventions géniales, ne lassent pas un public toujours renouvelé. L’autre intérêt réside dans le choix artistique d’accompagnement de ce chef d’œuvre. Sachant le succès attendu ce concert a été donné deux fois dans la grande salle d’Odyssud et inclus dans la programmation entourant les cérémonies du centenaire de la si triste Armistice de « la Grande Guerre ». Aussi le choix du Berliner Requiem de Weill était très juste.

 
 
 

Triste humanité en son aveuglement durable

 
 
 
Le contraste entre la partition de Weill et celle de Mozart est immense. Weill en véritable apôtre de la paix et comprenant toute la soumission à la pulsion de mort que représente la guerre, a écrit une partition visionnaire dont le message semble toujours aussi opaque aux hommes. Les textes de Brecht sont d’une intelligence et d’une puissance quasi insoutenables. Ils sont : ode à la nuit qui seule permet d’oublier les abominations dont les humains sont capables … qui savent si bien tout détruire en se donnant de bonnes raisons, l’évocation du viol et de la destruction du corps, et peut être de l’âme et de la pureté des idéaux, en la personne de Rosa de Luxembourg, comme de la défiguration du soldat inconnu, et le triomphe ignoble des survivants. Tout cela est terrible. Ce miroir sans pitié tendu à l’Homme n’a pas été efficace et ne semble pas l’être d’avantage aujourd’hui. Onze ans après ce Requiem commandé pour commémorer les dix ans de l’armistice, l’Europe remettait en marche sa soumission totale à la Mort. Et en dépassant de beaucoup le nombre de morts de «La Grande Guerre» faisant figure d’enfançon avec ses 18 millions de mort, alors que la deuxième guerre mondiale atteint les 70 millions ! Ce concert aurait pu être nommé : Guerre et paix mais finalement je préfère triste humanité…

La première partie du concert comprenait donc cet éblouissant Berliner Requiem de Kurt Weill en sa noirceur et sa méchanceté rares. Car la lumière noire qu’il recèle est terrifiante. Le chœur uniquement masculin doit être invincible de puissance et l’orchestre très particulier, féroce et implacable. J’ai déjà dit l’audace des mots de Brecht. Les interprètes de ce soir, dirigés par Joël Suhubiette ont semblé trop sages et appliqués. Certes le texte a été parfaitement déclamé et compréhensible, avec une traduction simultanée efficace, mais sans vie et sans … méchanceté. L’orchestre des Passion a su trouver les couleurs exactes au delà de leur répertoire habituel. Le Chœur de Chambre Les Eléments qui sait tout chanter n’a pas osé aller vers l’émotion voir l’expressionnisme possible, ni la recherche de couleurs noires ni atteindre jusqu’à l’outre-noir. Dommage car les possibilités étaient là, encore que le chœur ne semble pas comporter de vraies basses abyssales.

En deuxième partie de concert le chœur mixte et les instrumentistes baroques des Passions sont rentrés sur scène pour le Requiem de Mozart. L’orchestre avec deux chalumeaux et cordes baroques a trouvé des couleurs particulières et très belles. Il a tout du long été exemplaire de présence. Les quatre solistes ont été excellents et le fait de les voir regagner le chœur rajoutait un sentiment de fraternité bienvenu. L’alto, Corinne Bahuaud, dans la partie soliste pourtant la plus modeste a été remarquable de présence vocale et de lisibilité du texte.
Le Chœur de Chambre Les Eléments en petit nombre a été parfait de précision et de tenue. Mais la direction organique et précise de Joël Suhubiette n’a rien cherché qu’à respecter la partition, avec des tempi sages, des nuances justes esquissées et des phrasés naturels sans véritables élans. Ce sont les fugues qui ont été les moments les plus réussis, mais sans théâtre et sans drame ce Requiem ne développe pas toutes les émotions qu’il contient, ne serait ce que dans l’Introit ou le Lacrymosa par exemple.
Le contraste attendu entre les deux œuvres a donc été évité. Dommage car avec plus d’engagement et d‘audace ce programme aurait pu faire trembler et pleurer le public, alors qu’il a poliment applaudi un concert très (trop ?) sage. Finalement ce concert est au diapason des commémorations plutôt fades du sinistre Armistice de 1918 dont le message, dans un déni très inquiétant, n’est toujours pas vraiment compris.

 
 
 

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Compte rendu concert. Blagnac. Odyssud Grande salle, le 13 novembre 2018. Kurt Weil (1900-1950) : Berliner Requiem (1928) ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem, K.626 ; Julia Wischniewski, soprano ; Corinne Bahuaud, alto ; Nicholas Scott, ténor ; Geoffroy Buffière, basse ; Les Passions-Orchestre Baroque de Montauban (Direction Jean-Marc Andrieu) ; Chœur de Chambre Les Eléments ; Joël Suhubiette, direction. Photos : Kurt Weill and Bertolt Brecht / Crédit : Alamy/Getty

 
 
 

MESSE pour les soldats morts à VERDUN

MOZART-portrait-romantique-mozart-genie-xviii-siecle-portrait-opera-compte-rendu-par-classiquenews-critique-comptes-rendus-concerts-par-classiquenews-mozart-et-salieriARTE, dim 11 nov 2018, 17h10. 2 REQUIEMS POUR LES SOLDATS MORTS. Pour honorer la mémoire et surtout le sacrifice de près de 700 000 soldats morts sur le front de Verdun, et dans le cadre du centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, ARTE diffuse « VERDUN REQUIEMS », deux messe des morts, deux sépultures musicales pour les défunts tombés pendant la guerre. En direct de la Cathédrale de Verdun, avec au programme les Requiem de Mozart et de Saint-Saëns.
Interprètes : Vladimir Spivakov, Orch nat philh de Russie. A notre époque où les ensembles sur instruments d’époque, baroques ou romantiques ont largement démontrer leurs apports et bénéfices musicaux,… pas sûr que l’effectif choisi pour cette célébration pourtant légitime n’échappe pas à une certaine solennité, épaisse voire démonstrative (surtout chez Mozart).

CD événement. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).

lionel-meunier_lrCD événement, compte rendu critique. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).D’emblée voici l’un de meilleurs disques de Vox Luminis, un ensemble désormais emblématique de l’excellence vocale collective, mené par le baryton-basse Lionel Meunier, directeur inspiré qui a trouvé récemment à Saintes, – lieu emblématique des dernières recherches de Philippe Herreweghe (et son orchestre des Champs Elysées), son modèle absolu-, un lieu d’approfondissement et même de défi (en juillet dernier, Vox Luminis ouvrait le festival estival de Saintes avec King Arthur de Purcell : vraie nouveauté lyrique pour l’ensemble, et certainement une étape décisive pour la maturité dramatique du collectif belge).

 

CLIC_macaron_2014De Kerl à Fux : joyaux de la tradition sacrée viennoise. D’abord, louons ici le focus ainsi opéré sur l’écriture de Johann Caspar Kerl (1627-1693), compositeur raffiné qui doit sa formation à Rome auprès des meilleurs, soit Carissimi et Frescobaldi (excusez du peu!). Figure tutélaire de l’essor de la musique à Munich puis à Vienne (où il est organiste à Saint-Etienne), Kerl laisse une somme incontournable à la fin du XVIIè : recueil de Messes intitulé « Missae sex, sum instrumentis concertantibus » de 1689, dédié à l’empereur très mélomane et compositeur lui même, Leopold Ier, – c’est à dire à l’époque de la peste à Vienne (1679-1682) et aussi du siège de la cité impériale par les turcs (1683). Soit l’une des écritures les plus inspirées en une époque particulièrement dure et barbare pour la chrétienté en l’Europe de l’est. D’un bout à l’autre, – et même si l’on pense aujourd’hui que la « Séquence / Sequenza » (écrite à quatre voix soliste) serait d’une période autre que le reste de la partition (conçu à 5 parties), on reste convaincu par la profonde unité du cycle et par l’intensité de sa lecture. C’est essentiellement la plénitude recueillie et exceptionnellement opulente des chanteurs qui souligne sans défaut ce sentiment de sérénité angélique, offrant dans cette Missa pro defunctis, une approche apaisée et sublimée de la mort. Même le Dies ire Dies illa est d’une noble prestance (une section que Kerl – d’après ses propres écrits-, destinait pour son office funèbre semble-t-il) et les dramatiques Quantus tremor pour basse, Tuba mireur (pour ténor), Mors stupebit pour alto (ici masculin) demeurent d’une articulation mesurée, d’une impériale tenue, d’une constante élégance (Vienne dès avant Haydn et Mozart est capitale de l’élégance). La plainte plus individualisée et presque en style direct, – implorante, incarnée du Quid sum miser pour soprano (cantus) complète intelligemment une succession de vagues collectives d’une formidable épure, d’une permanente pudeur. Même implication plus personnelle dans le Lacrimosa dies illa, également pour soprano (cantus) d’une claire et là aussi, constante sensibilité pudique. Orfèvre et très investi dans l’intonation pieuse et pourtant active, Vox Luminis affirme enfin une pleine maîtrise dans l’apaisement total et cette fusion des timbres vocaux magnifiquement canalisée jusqu’à la paix ineffable du dernier Lux aeternam.

Dans la succession de la Missa de Kerl, les premières notes du Requiem pour l’Empereur / Kaiserrequiem de Fux semblent approfondir et comme accomplir l’expérience précédemment éprouvée : la continuité, le sens de la progression dramatique de Vox Luminis est d’une remarquable intelligence sonore. Exprimer la parenté évidente des deux oeuvres renforce la pertinence du programme d’en composer comme les deux volets distincts mais complémentaires d’un même retable.

 

vox luminis requiem fux kerl cd ricercar clic de classiquenews ete 2016 RIC368Plus tardif que Kerl, Johann Joseph Fux (1660-1741), légende vivante à son époque à Vienne, incarne la noblesse et l’opulence au coeur du XVIIè, car il est né en 1660, soit plus de 30 ans après Kerl. Immédiatement c’est la profonde cohésion du son d’ensemble qui frappe et saisit à nouveau, porté davantage encore par la ductilité plastique et caressante des instruments de l’excellent ensemble concertant Scorpio collectief (fusion parfaite entre timbres instrumentaux et vocaux) : Vox Luminis comprend et exprime de l’intérieur tous les enjeux tragiques et même angoissés d’une célébration de la mort, et bien sûr, fort heureusement, de la résurrection. La clarté et la transparence inonde d’une lumière continue, intense, vibrante, la claire articulation du texte, mais aussi la succession très diversifiée (quant aux effectifs choisis) des séquences (en particulier du Dies Irae… au Pie Jesu… de la Sequenza fervente, soit le centre même de cette fresque palpitante de près de 15 mn d’une action collective et individuelle vivante et flamboyante. Surprenante révélation, le Dies ire, Dies illa : ferme et expressif semble annoncer directement Mozart. Même constat pour le dernier épisode : Lux aeterna, dont la première mesure se révèle très proche du Requiem de Mozart là aussi, à tel point que l’on se pose la question : Wolfgang a-t-il pu connaître précisément les partitions de son prédécesseur alors qu’il menait des recherches à la Cathédrale Saint-Etienne de Vienne ? La justesse du sentiment recueilli, la profonde tendresse qui s’en dégage aussi, le climat de certitude arienne et angélique … sont en partage chez l’un et l’autre compositeur. Le présent enregistrement, d’une idéale réalisation, pose cette question de la filiation directe qui détermine aussi une certaine tradition viennoise dans le domaine sacré, du XVIIè au XVIIIè. De Kerl à Fux circule une élégance sacrée fraternelle qui annonce – en connaissance intime de la musique, Mozart lequel serait comme la conclusion d’une boucle marquée par le sublime. Superbe réalisation. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2016.

 

 

CD, compte rendu critique. KERL, FUX : Requiem. Vox Luminis. Lionel Meunier 1 cd Ricercar. Enregistré en novembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS – à paraître en septembre 2016.

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Approfondir : VOIR notre reportage vidéo exclusif réalisé à Saintes pendant le festival estival 2015, où Vox Luminis présentait le Requiem impérial de Fux : Lionel Meunier explique son attachement à l’Abbaye aux Dames de Saintes et présente la ligne artistique de son ensemble Vox Luminis

 

 

 

Vox Luminis / Requiems de Kerl et de Fux
Septembre 2016 – 1 cd Ricercar – RIC 368

 

 

Fux
Vox Luminis
Zsuzsi Tóth, Kristen Wittmer, Sara Jäggi, Stefanie True – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Scorpio Collectief
Jacek Kurzydło, Jivka Kaltcheva – violin
Manuela Bucher – viola
Matthias Müller – violone
Kris Verhelst – organ
Jeremie Papasergio – dulciane
Simen van Mechelen, Adam Woolf – trombone
Frithjof Smith, Josué Meléndez, Lambert Colson – cornet

 

 

 

Kerll
Vox Luminis
Zsuzsi Tóth, Sara Jäggi – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Dávid Szigetvári, Philippe Froeliger, Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Bart Jacobs – organ
L’Achéron
François Joubert-Caillet
Marie-Suzanne de Loye
Andreas Linos
Lucile Boulanger

 

 

Requiem de Verdi dirigé par Tugan Sokhiev

logo_france_3_114142_wideFrance 3. Requiem de Verdi, mercredi 27 juillet, 20h50. Focus festif sur les Chorégies d’Orange, avec un regard rétrospectif sur les grandes heures d’Orange suivi par France Télévision depuis 6 années déjà : extraits des récitals et performances in loco des plus grands solistes lyriques, c’est à dire Joseph Calleja, Ermonela Jaho, Vittorio Grigolo, Christophe Willem, Salvatore Adamo, Julie Fuchs, Alexandre Duhamel, Armando Noguera, Nathalie Manfrino, Florian Sempey,… airs d’opéras, grands choeurs, danse, un choix équilibré de spectacles déjà donnés illustre ce best of made in Orange.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A 22h45, Requiem de Verdi, dans l’interprétation donnée en juillet 2016 par l’Orchestre du Capitole de Toulouse et son chef attiré, Tugan Sokhiev. Le Requiem de Verdi à Orange est mis en images par le dessinateur Philippe Druillet, comme Carmina Burana il y a 2 ans, pour un spectacle total qui embrase le Théâtre Antique. Philippe Druillet crée pour cet événement une quinzaine de peintures originales, travaillées en infographies et projetées par mapping vidéo sur le mur monumental. Les créations ainsi projetées accompagne l’oeuvre magistrale de Verdi, un Requiem spectaculaire, au dramatisme, digne d’un opéra. Là s’élève la voix humaine contre la tragédie de la mort : Verdi y concentre tout son talent de génial auteur pour le théâtre lyrique. La dernière plainte, à la fois prière et renoncement de la soprano et du choeur, à l’énoncé des paroles ultimes, Requiem aeternam, donne la chair de poule par sa déchirante vérité.

Avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et le Chœur de l’Orfeón Donostiarra, sous la direction de Tugan Sokhiev.

Solistes : Krassimira Stoyanova, soprano ;  Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; Joseph Calleja, ténor et Vitalij Kowaljow, basse.

Spectacle enregistré les 15 et 16 juillet 2016 au Théâtre Antique d’Orange.

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CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,février 2014, 1 cd Sony classical)

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyCLIC D'OR macaron 200CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,février 2014, 1 cd Sony classical). L’adage veut que parvenus au soir de leur carrière, les artistes offrent le meilleur d’eux-mêmes, faisant surgir un je ne sais quoi de sublime et de supérieur sans forcer leur nature. Ce disque comme le dernier Abbado (9ème Symphonie de Bruckner, DG) ne déroge pas à la règle. Le Maazel de Munich vaut bien l’Ababdo de Lucerne… des prophètes qui semblent nous parler depuis l’autre monde. Heureuse fin, bouleversante et d’une gravité qui suscite l’admiration. Enregistré en février 2014 soit quelques mois avant sa disparition (juillet 2014 à 84 ans), ce Requiem verdien peut être vécu comme le chant du cygne du chef Lorin Maazel. De fait à Munich, le maestro exprime avec les qualités que nous lui connaissons l’ample ferveur incarnée si dramatique de la Messe des morts de Giuseppe Verdi. Nous sommes bel et bien à l’opéra ici, tant la violence juste des chÅ“urs (superbes vagues chorales des basses surtout), l’engagement des solistes, l’orchestre très expressif et souple à la fois (cuivres flamboyantes et mordantes) tissent une lecture vive, parfois attendrie donc intérieure, à mille lieues de bien des approches plus péremptoires et purement démonstratives. Le chef n’oublie pas le sens du recueillement, le souffle des témoignages en particulier dans le Recordare, suite d’interventions pour les quatre solistes : le ténor coréen seul montre d’abord d’évidentes faiblesses dans la tenue de la ligne, avec une propension malgré la beauté du timbre à surjouer et en faire trop. Heureusement, il se reprend en cours de flux, s’accordant progressivement à la ligne d’humilité de ses partenaires. L’unité de ton entre les solistes est donc à souligner grâce à la baguette scrupuleuse du chef.

 

 

 

En février 2014, Lorin Maazel enregistre à Munich le Requiem de Verdi, avant de décéder 5 mois plus tard…

Testament spirituel de Maazel

 

 

maazel-lorin-582-594-maestro-verdi-messa-da-requiem-sony-classical-clic-de-classiquenews-avril-2015L’Offertoire qui ouvre le cd 2 saisit par son introspection tendre, presque innocente : Hostias remarquablement tenu et d’une douceur surprenante. La basse (Georg Zeppenfeld) comme l’alto (Daniela Barcellona) sont irréprochables : exaltés, vivants, humains avec humilité. Idem pour Le lux aeternam : autre moment d’effusion dans la communion. Le ton est constamment justes. Le soprano parfois vibré et instable d’Anja Harteros, malgré elle aussi la distinction du timbre, faiblit en cours de cycle mais dans le cd 2 révèle ses qualités expressives en particulier dans le Libera me final, vraie confession panique d’une âme pêcheresse en quête de salut comme de paix : comment ne pas penser ici à la Desdemona d’Otello, et aussi dans sa prière exacerbée enivrée à la Tosca de Puccini. De toute évidence, avec son nez légendaire, au départ, Maazel réunit de très solides solistes. L’ultime section à l’énoncé du Requiem par la soprano atteint une pureté d’intention réellement jubilatoire, d’autant que les chÅ“urs sont présents, murmurés, palpitants eux aussi (superbe prise de son spacialisée).
En maître lyrique incontesté, Maazel mène ses troupes avec une tension somptueuse, soulignant les arêtes vives d’essence opératiques de la partition. Les passages et les transitions sont ciselées dans le sens de l’intériorité suave. Cet hédonisme qui puise ses racines dans l’opéra ravira les amateurs du Verdi opératique, de fait si présent dans son Requiem : les puristes pour des voix plus angéliques moins épaisses maintiendront d’évidentes réserves. Pourtant la cohérence du style, l’équilibre de l’intention sans débordement composent une lecture prenante, développe un juste accord entre expressivité et ferveur. Voilà qui laisse un témoignage plutôt convaincant s’agissant du dernier Maazel. Par sa sincérité rayonnante qui s’affirme peu à peu la Missa da Requiem du dernier Maazel mérite le meilleur accueil, c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015. In memoriam maestro.

 

 

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyVerdi : Messa da Requiem. Anja Harteros, Daniela Barcellona, Wookyung Kim, Georg Zeppenfeld. Münchner Philharmoniker. Philharmonischer Chor München. Lorin Maazel, direction. Enregsitrement réalisé à Munich en février 2014. 1 cd Sony classical

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 5 février 2015 ; Hector Berlioz (1801-1869): Grande Messe des Morts (Requiem), OP.5 ; Bryan Hymel, ténor ; Orfeon Nodostiarra, chef de choeur : José Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

BerliozOeuvre immense et fondamentale, le Requiem de Berlioz provoque toujours une grande attente chez le public tant l’œuvre est ambitieuse. Héritage de la longue danse, pleine de méfiance, entre l’état et la religion catholique, cette Grande Messe des Morts a été une commande officielle. Certes au plus grand compositeur français du moment, mais athée affiché. Toutefois en homme plein de spiritualité, Hector Berlioz était sensible à l’histoire de
la musique religieuse dont il a souvent utilisé des thèmes comme le Dies Irae dans la Symphonie Fantastique, ou la marche des pèlerins dans Harold en Italie. L’ambiguïté baigne donc cette commande, comme notre histoire de France elle même avec, des liens entre le pouvoir et la religion qui ont pourtant toujours trouvé un parfait accord pour envoyer la chair à canon du champ de bataille au paradis sans état d‘âmes. Commande pour célébrer la révolution de 1830, la Grande Messe des Morts,  a ensuite été récupérée pour les soldats morts. La création a eu lieu en décembre 1837 aux Invalides. Hector Berlioz lui même a entretenu des légendes autours de la création déplaçant vers le spectaculaire tout ce que cette oeuvre contient en fait d’intime et de personnel. Jusque dans le choix du texte latin, sans Libera me, ni Pie Jesu, Hector Berlioz a choisi le sombre et le manque d‘espoir que la mort lui évoque. L’oeuvre, est parfois prise dans cet éclairage spectaculaire quand une partie du public et de la critique veulent avant tout du bruit et de la fureur dans l’interprétation en comptant le nombre de timbales ou mesurant les décibels du Dies Irae.

L’interprétation de ce soir a été avant tout d’intelligence, de finesse et de musicalité. Le théâtre de la mort y est plein de silence et de nuances pianissimo comme Berlioz l’exigea. La beauté de la partition, ses audaces d’orchestration, sa magie des nuances développées de l’infime au terrible, la rutilance et le mordoré des couleurs instrumentales, la sublime capacité du choeur à offrir toutes sortes de nuances et de couleurs ont fait de ce concert un très bel instant de musique. Les intentions de Berlioz sont respectées par Tugan Sokhiev qui semble avoir compris le compositeur sans se laisser séduire par le bruit et la fureur. Loin de ce chef intègre la recherche d‘effets pour l’effet ! Mais au contraire une mise au service de la partition de tout son talent.

Il semble à ce stade de sa carrière que Tugan Sokhiev n’a plus à démontrer sa science de la direction. Il a posé sa baguette au bout de quelques minutes, semblant totalement confiant dans les forces dirigées. Malgré une spatialisation complexe des orchestres de cuivres comme souhaitée par Berlioz aux quatre points cardinaux de la salle, aucun décalage n’est venu gâcher l‘harmonie obtenue par cette direction souple et précise à la fois. Un regard dans le dos, un petit geste de la main ont permis aux cuivres de s’insérer dans le tutti avec la nuance exacte quand le début était trop fort. L‘hommage à rendre a ces musiciens des cuivres est ému tant leur concentration et leur engagement ont permis des moments de grâce infinie. L’association des flutes et des trombones a été magique. Direction subtile, permettant à la musique si riche et savante de Berlioz de libérer une charge émotionnelle faite d’introspection et de retenue, autant que de fureur et de colère, de peur et de terrassement.

Tout l’orchestre a été d’une concentration totale et d’une perfection instrumentale qui laisse sans voix. L’Orfeon Nodostiarra, chœur transpyrénéen fidèle aux Toulousains depuis l‘ère Michel Plasson, a été merveilleusement préparé par José Antonio Sainz Alfaro. Les beaux gestes de Tugan Sokhiev à mains nues, ont sculpté un son d’une beauté confondante. Le pupitre des ténors souvent mis a l‘épreuve a été bouleversant de lumière et de fines nuances piano comme de force et de brillance dans des fortissimi jamais brutaux. Les soprani ont su garder chaire et âme dans des pianissimi de rêve. Le dialogue avec le ténor solo a été un moment de grâce. Ce choeur riche a été à la hauteur de cette partition si exigeante avec un moment a capella de pur enchantement. Le ténor solo a une intervention à froid tardive et d’une difficulté de tessiture non négligeable.   Bryan Hymel est non seulement une voix vaillante à la beauté de timbre rare mais c’est surtout un musicien délicat aux phrasés de rêve. Il a su nuancer sa partie sans la moindre dureté, gardant une aisance souriante jusque dans les aigus meurtriers. Un  grand moment de chant mais surtout de musique pure.

La Halle-aux Grains a été un écrin parfait pour cette version si musicale de la vaste Messe des Morts d‘Hector Berlioz. Tugan Sokhiev particulièrement inspiré et heureux a obtenu des forces rassemblées toute la musicalité dont ils sont capables, orchestre, soliste et chœurs. La subtilité de la partition a été magnifiée par des geste sculptants et orants. Biens des mouvements ont été enchainés sans relâcher la tension.
Tugan Sokhiev a permis de rendre limpide la construction parfaite de cette oeuvre immense. Et c’est dans cette construction d‘ensemble  parfaitement comprise que les moments de fureur ont pris leur place sans exagération mais sans faiblesse.
Un grand art musical a plané très haut ce soir à Toulouse. Le lendemain les forces Toulousaines se sont confrontées à l’acoustique encore inconnue de la Philharmonie de Paris. C’est très audacieux mais le succès sur place à Toulouse est de bon augure. Le public a chaviré pour cette oeuvre comme rarement tant toutes ses beautés ont été offertes ce soir.

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’après Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’après Rameau. Et si Castor et Pollux, opéra funèbre et même ample et spectaculaire réflexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thèmes et sa couleur particulière tout un Requiem inédit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordé par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matière musicale que l’on écoute, s’inspire ouvertement de mélodies et compositions réalisés par Rameau pour son opéra Castor et Pollux dont la dernière et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frères spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prêt à le remplacer aux Enfers, Rameau a écrit l’une de ses partitions les plus poignantes, véritable succès inégalé pendant tout le XVIIIème siècle. La Messe de Requiem ressuscitée ainsi affirme la notoriété et l’impact des œuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intérêt de cette résurrection, d’autant plus opportune pour l’année Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)…

chapelle-concert-gauche« La messe est écrite pour cinq voix récitantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chœur à quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flûtes pour les deux premiers), effectif instrumental assez fréquent dans les répertoires pratiqués dans les cathédrales de province, les maîtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, à l’ordinaire comme à l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties séparées (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flûtes, 2ème violon et flûtes, 3ème violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chœur seulement), complétées par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’Introït et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties séparées ; l’autre, de la même main que les parties, donne une version remaniée pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). Très fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état à une exécution –, les parties séparées sont également incomplètes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet révélé qu’il manquait au moins deux parties séparées dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2ème dessus et une partie de basse ou de 2ème basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grâce au fragment autographe de l’Introït (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse récitante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, très probablement confiée à l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux æterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de déduire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  précise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prépare au concert de Versailles.

Requiem inédit d’après Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts à l’opéra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « Excepté pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thèmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base généralement sur un seul emprunt musical. Il en résulte donc une grande variété d’emprunts, dans des sections généralement assez courtes et assez peu développées, ce probablement pour des nécessités liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois même qu’une idée, plus ou moins modifiée, qu’il adapte aux impératifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidèle à Rameau, avec des aménagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiée ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le récit initial du Graduel (Requiem Aeternam…) qui reprend la déploration funèbre, célébrissime (même Sofia Coppola en fait une scène fameuse où Marie-Antoinette assiste à l’opéra dans son film pop psychédélique) celui quand Télaïre chante en regrettant la mort de son bien aimé Castor : « Tristes apprêts, pâles flambeaux… », l’un des airs les plus sublimes de la littérature ramélienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidèlement retranscrit a été réservé à l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littérale de l’air pour baryton de Pollux (« Séjour de l’éternelle paix », IV, scène 4). N’omettons pas non plus l’entrée solennelle et majestueuse dès l’ouverture du Requiem, si touchante grâce à la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du même Castor (Que tout gémisse)… De l’opéra à l’église, la sensibilité et la qualité du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode à l’autre, – du lyrique profane au sacré déploratif-, est tout fait légitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont écrit et ébloui indistinctement comme auteurs d’opéras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne déroge pas à la règle : il a même imposé son tempérament unique en son siècle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilités illimitées de la scène lyrique. Du vivant même de Rameau, ses opéras ont livré une formidable matière aux Messes données dans les cathédrales de province, messes ainsi élaborées par Louis Grénon (ca 1734-1769) ou aussi  Denoyé (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont réalisés avec une intelligence et une pertinence rares propres à construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohérence de son architecture global. Le résultat est loin de n’être qu’un composite d’airs recyclés sans unité ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilité de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutôt un hommage à la musique d’un compositeur reconnu de son vivant même comme l’un des plus grands maîtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume célébra unanimement sa mémoire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisé par François Rebel et François FrancÅ“ur, fut donné en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et réunit les musiciens de l’Opéra et de la Musique de la cour. On y donna la célèbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchée et agrémentée pour la circonstance d’extraits d’œuvres lyriques de Rameau, notamment le chÅ“ur « Que tout gémisse » de Castor & Pollux, adapté en Kyrie, ou l’air de Pollux « Séjour de l’éternelle paix », arrangé pour le Graduel. De nombreuses cérémonies furent organisées en province, notamment à Avignon, Orléans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-être la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un témoin musical de ces très nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maîtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’après Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

Céline Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

compte rendu, concert. Lyon, Auditorium. Festival d’Ambronay, le 2 octobre 2014. Mozart : Requiem, Concerto pour clarinette. Leonardo Garcia Alarcon, direction. Benjamin Dieltjens, clarinette

Alarcon_portrait_oblique_250Ambronay sur Rhône ? Le festival baroque s’est décentralisé en sa 4e semaine pour un concert Mozart -1791 à l’Auditorium Ravel. Le chef Argentin Leonardo Garcia Alarcon fait rayonner son New Century Baroque et le ChÅ“ur de Namur dans une version épurée du Requiem, et le clarinettiste B.Dieltjens poétise avec lui le concerto K.622 Bien sûr c’est l’Auditorium en  sa logique de réfraction sonore – fût-elle brevetée AGDG d’Ingénierie Acoustique – , un cadre où  baroque et post-baroque ne sont guère idéalement placés, et  où de toute façon le mystère tend à s’absenter. Et l’architecture – finalement banale en sa modernité… d’il y a 40 ans –n’évoque en rien la fine complexité de l’abbatiale d’Ambronay (elle-même en  lumière ogivale, à l’inverse antérieur  du baroque dont les musiques la parent au temps de chaque Festival).Mais avec le double concert qu’Ambronay a ici « transféré » au milieu de sa 4e et dernière semaine, on a le mérite d’une fusion de publics – Lyon, et un « ailleurs », fût-il distant de 60 kilomètres -, réunis pour célébrer l’une des partitions les plus « mythologisées » de la culture européenne, ce  Requiem où Mozart  consigna une part – mais une part seulement – de ses pensées sur la vie et son issue.

Homme en noir et légende de l’empoisonneur

Et pour explorer une fois encore cette Å“uvre aussi fréquentée que demeurant énigmatique, un jeune  chef à la renommée grandissante,  Leonardo Garcia Alarcon. Cet Argentin est grand redécouvreur de partitions – son Diluvio, de Falvetti, superbe  exemple -, et l’énergie réinventive dont il fait  preuve n‘est pas la seule marque d’un tempérament à la fois savant et intuitif. Il y a un son d’orchestre Alarcon, et surtout une  tonalité, passionnelle, rigoureuse, et plus discrètement, poétique : le croisement en concert de deux partitions ultimes de Mozart met en valeur – dans le concerto pour clarinette K.622,d’octobre 1791 – cette dernière vertu, en face du Requiem si universellement connu que certains croient en avoir sondé tous les secrets. Oui, le Requiem K.626 est-il  « comme d’autres » ? Génial(e), à l’évidence, et comme tant d’œuvres de Mozart. Mais Symphonie( funèbre) Inachevée, entourée d’une aura étrange – celle de la « chronique d’une  mort annoncée » – , avec son commanditaire-comte Walsegg, l’homme en noir qui poursuit l’auteur et l’enjoint d’en terminer  au plus vite, en une atmosphère de thriller implicite  donnant même lieu post mortem à du délire sur ce pauvre Salieri – les réseaux  tweeter d’époque « inspirant » Pouchkine, Rimsky,Shaffer et Forman – qui eût empoisonné Wolfie…

Un franc-maçon militant 

Mais relisons une  vérité plus  historique : Mozart mourut de maladie (« une épidémie virale qui courait à Vienne  » ?), et son « état d’épuisement profond  à l’automne 91 »)(C.Delamarche) était plutôt dû à la surcharge de commandes (La Clémence de Titus, La Flûte Enchantée),accablant un Mozart qui n’était pas « criblé de dettes et dans le plus grand dénuement ». Ce (trompeur) « tableau tragique pour poète maudit », on comprend aussi que la veuve, Constance, ait voulu le renforcer post mortem, non seulement pour renflouer ses finances, mais surtout parce que son génie de mari avait été franc-maçon militant, et  dans l’Autriche repassée sous la férule contre-révolutionnaire des successeurs du libéral éclairé Joseph II, c’était marque d’infamie posthume.

Autriche-d’en-bas et d’en-haut

 On notera encore que la dernière partition complète et signée par Mozart était une cantate maçonnique (K.623, Eloge de l’amitié, octobre), et que, selon les témoins des  derniers moments,  le compositeur  songeait surtout aux représentations de sa Flûte  qui…enchantait non la prétendue élite bien-pensante des Viennois mais les spectateurs du faubourg, l’Autriche-d’en-bas contre l’Autriche-d’en-haut.  Bref, l’ultime Mozart  ne devait pas penser qu’ « une méchante vie amène une méchante mort », et que selon Sganarelle dans Molière, « par conséquent vous serez damné à tous les diables ». Mais qu’à l’inverse une spiritualité fraternelle, tant soit  peu égalitaire et donc devenue subversive, eût contribué à « changer le monde ». Idées insupportables aux dévots de l’après-1790,qui « reprennent le pouvoir » après la mort de Joseph II,   adeptes d’union définitive du sceptre et du goupillon…

La fièvre du récit en continuo

Certes le travail de Garcia Alarcon est surtout d’ordre musicologique, et on dira qu’ « il en vaut un autre », s’appuyant sur la suppression de trop évidents süssmayerismes ( le disciple qui continua et termina le Requiem : donc s’en vont Sanctus, Benedictus, Agnus Dei…) et y faisant entrer le jeu compliqué des ajouts d’autres musicologues actuels. Il va même jusqu’à copier-coller un Amen conclusif du Lacrymosa, tracé ailleurs par Mozart et ressemblant  plus à du fugué de Haendel que de J.S.Bach. Mais nous importe surtout l’esprit qui guide en ce labyrinthe d’inspiration sacrée l’écriture de Mozart et son interprétation par un chef d’aujourd’hui. Et il y a une fièvre étonnante – non symptôme  d’une « maladie de la mort » – dans « son » Requiem, devenu kaléidoscope, récit en continuo et pourtant très heurté. Avec Garcia Alarcon, ce n’est plus « baguette-tradition », en quelque sorte rassurante dans sa mise en perspective des numéros successifs d’un opéra du sacré catholique, mais sorte d’ « œuvre en progrès », qui contient aussi bien la réminiscence dans le terrible (la Damnation de Don Giovanni) que la menace sournoise (début de l’œuvre), une agogique de course à l’abîme, une pulsation visible ou souterraine,  des moments suspendus qui appellent de futures mélodies de timbres (Recordare) et une conception étale du temps… Tout  est lié par une direction d’énergie inlassable, souvent d’un tempo spectaculairement accéléré, et malgré la rigueur absolue de la mise en place, analogue à une improvisation en recherche d’elle-même,  des buts techniques et philosophiques poursuivis.

D’autres liens de conscience

A l’auditeur galvanisé d’établir  d’autres liens de conscience, de croiser lignes, courbes et arrière-plans, en songeant à ce que pourrait être une Messe des Morts sans terreur (ah ! l’encombrant Dies Irae dont plus tard Fauré fit l’économie en inscrivant son Requiem en douceur et consolation…), ou, pourquoi pas, mélangée  par Mozart à ses Å“uvres maçonniques (les cantates, et l’Ode Funèbre K.477) pour s’épargner, en toutes Lumières, les tribunaux  de la pénitence et la peur de l’enfer, dans une interrogation lucide sur le mystère.

 Pour cela, le très subtil orchestre réuni par le chef (New Century Baroque) et le Chœur de chambre Namurois, homogène, inventif et ample, font bien saisir un nouveau regard. Les quatre solistes vocaux ne sont plus des « chargés d’air de concert », mais les protagonistes sans auto-valorisation d’une œuvre en recherche : l’alto Sophia Patsi, le ténor Valerio Contaldo, la basse Josef Wagner, et la soprano Joëlle Harvey, si délicieusement humble et intimiste.

Tiepolo et Watteau 

En cette lumière si contrastée, parfois violente, du Requiem, on saisit mieux la précieuse éclaircie du début de concert, le concerto pour clarinette K.622, lui aussi écrit en octobre 1791, pour l’instrumentiste Anton Stadler – un bon compagnon de fêtes comme les aimait Mozart, et qui rappelle aussi les relations moqueuses de Wolfgang avec le corniste (et marchand de fromages)  Leitgeb – , mélangeant l’ardeur constructrice ( allegro), le jeu (rondo-finale) et en son centre un adagio qui idéalise l’inspiration, la reliant au maçonnisme (le cor de basset cher au compositeur) et à ce que murmure le sublime. Un clarinettiste d’exception – tête de Baudelaire, mais convivial ! -, Benjamin Dietljens, fait constamment se demander s’il « chante » ainsi la beauté du monde, l’espace de l’intime, les couleurs en bleu et or de Tiepolo ou Watteau, s’estompant jusqu’à l’imperceptible de ses fins de phrase… Et aussi parfois cite les femmes tant aimées de Mozart, Aloysia Weber et Nancy Storace, ses cantatrices si désirées mais absentées, la Comtesse, Pamina ou Fiordiligi, les créations de son rêve plus réelles encore d’être passées dans l’écriture.

Van Eyck, aussi

En ouvrant le concert, L. Garcia Alarcon rend hommage à deux grands pionniers récemment disparus, Christopher Hogwood, et l’admirable Frans Brüggen,  chef si poétique dans le territoire mozartien… Et la véritable, la plus sincère dédicace qu’on eût pu souhaiter  vient « en bis », avec un Ave Verum (juin 1791), complètement et merveilleusement apaisé, bercement idéal, tendresse et pureté flamandes comme un Agneau Mystique de Van Eyck,  à bouches murmurantes et couleurs extasiées.

Auditorium Ravel de Lyon (pour le festival d’Ambronay), jeudi 2 octobre 2014. W.A. Mozart (1756-1791), Requiem, Concerto pour clarinette. New Century Baroque , Chœur de chambre de Namur, J.Harvey (soprano), Sophia Patsi (alto), Valerio Contaldo (ténor),Josef Wagner (basse), Benjamin Dieltjens (clarinette), direction Leonardo Garcia Alarcon.

Compte rendu. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Requiem de Mozart; Saint Georges. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.

mozart_portraitPoursuivant notre ballade Saint Céréenne, et le temps étant enfin favorable, nous retrouvons le château de Castelnau Bretenoux situé à quelques encablures de la petite ville lotoise. Pour ce concert, le plus court du festival ce sont deux compositeurs contemporains, l’un de l’autre qui sont à l’honneur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799). Si chacun connaissait les oeuvres de l’autre, ils ne se sont jamais rencontrés ; Mozart qui se trouvait à Paris en même temps que St Georges, ayant absolument refusé, au grand dam de son père qui a pourtant tout tenté, d’aller jouer une oeuvre de son confrère qu’il appelait le “nègre des lumières”.

Mozart et St-Georges, réunis par delà la mort

Le Laudate Dominum de Saint Georges ouvre le concert. Composé pour choeur et orchestre à cordes, le Laudate Dominum est une oeuvre charmante parfaitement introductive pour un tel concert. Nous apprécions d’ailleurs la volonté de sortir ce compositeur de l’oubli tant il a été éclipsé par son génial contemporain malgré une oeuvre attachante et personnelle qui mérite qu’on s’y arrête. Le Mozart noir du XVIIIe siècle est actuellement plus connu pour son oeuvre instrumentale, notamment son oeuvre pour violon (il était lui-même violoniste), et c’est bien dommage car son oeuvre vocale ne manque pas d’intérêt  : le Laudate Dominum est un bel exemple même s’il est un peu court. Le choeur, composé de stagiaires et de professionnels lui rend justice et fait honneur à Saint Georges, lui redonnant, le temps d’une soirée, la place majeure qu’il mérite. Le chef Anass Ismat invité pour diriger le stage et les deux soirées réalise un parcours quasi parfait.

figaro-julieAprès une courte pause, Anass Ismat revient avec le quatuor de solistes invités pour le Requiem de Mozart; l’ultime chef-d’oeuvre du jeune compositeur salzbourgeois était inachevé à son décès et a été complété entre autre par son disciple, Franz Süssmayer. Nous retrouvons sur la scène du château de Castelnau, la mezzo soprano Hermine Huguenel et le ténor Éric Vignau, deux des comprimari de Lucia di Lammermoor auxquels se joignent la jeune soprano Julie Mathevet et la basse Jean Claude Saragosse, un habitué du festival de St Céré (tout comme Éric Vignau d’ailleurs qui chante dans trois des oeuvres de l’édition 2014). Dès les premières notes, le jeune chef marocain annonce la couleur : le tempo ne sera ni trop rapide ni trop lent. Attentive au choeurcomme aux solistes, sa direction scrupuleuse est à la fois ferme et souple sans jamais couvrir ni les uns ni les autres. La révélation de cette seconde soirée St Céréenne reste Julie Mathevet dont la voix large, souple, puissante, résonne entre les murs du château avec une étonnante clarté. Hermine Huguenel donne la pleine mesure de son talent. Il en va de même pour le ténor Éric Vignau (qui dans Lucia est éliminé, alors qu’il vient de paraître sur scène). Ces deux chanteurs ont deux très belles voix, une ligne de chant impeccable, une technique irréprochable. Quand à Jean Claude Saragosse il ne démérite pas et assume la partition avec panache complétant parfaitement un quatuor de très haute volée.

Le cadre majestueux du château de Castelnau Bretenoux a accueilli un très beau concert, certes un peu court mais qui a permis d’assister à l’éclosion d’un jeune talent, Julie Mathevet, auquel répondent trois voix solides. Quant au jeune chef marocain Anass Ismat, il dirige parfaitement : et le Laudate Dominum de St Georges et le Requiem de Mozart. Souhaitons-lui une belle et grande carrière à venir. L’ensemble des artistes, qu’ils soient amateurs ou professionnels ont réalisé une soirée parfaite et nous aurions d’ailleurs apprécié d’écouter un peu plus d’oeuvres de ces deux compositeurs réunis par dela la mort en une même soirée sous les étoiles estivales.

Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : requiem; Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799) : Laudate Dominum. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.

CD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip Sempé, mai 2014)

rameau-jean-gilles-skip-sempe-Rameau's-funeral--1-cd-ParadizoCD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip Sempé, mai 2014). D’emblée, le programme nous convainc totalement. Par sa solennité tendre, grave, étonnement transparente, Skip Sempé inscrit idéalement le Requiem de Gilles dans le contexte liturgique XVIIIème qu’il s’est fixé: celui propre au service funèbre de Rameau le magnifique, tel qu’il aurait pu se réaliser lors des funérailles historiques du Dijonais à sa mort, ce 27 septembre 1764. Jouer Gilles pour honorer la mémoire et saluer le génie du plus audacieux des compositeurs français du XVIIIème, rien de surprenant quand on sait que des sources d’époque confirment que le Requiem ou Messe des morts de Gilles fut régulièrement apprécié et joué dans des versions renouvelées tout au long du XVIIIème…. pour les propres funérailles de Gilles, pour celles des compositeur Royer et  donc effectivement, Rameau… même pour celles de Louis XV. C’est dire le renom et la faveur d’une Messe à la fois majestueuse et humaine où la pompe ne s’embarrasse jamais d’un dramatisme noir et inquiétant comme cela peut être le cas du Requiem de Du Caurroy lequel hérité de la Renaissance tout en offrant le spectaculaire et l’effrayant  de la faucheuse, reste aussi l’ordinaire liturgique des déplorations royales à partir des funérailles d’Henri IV. Comparé à Du Caurroy, Gilles frappe par sa lumineuse espérance.

S’appuyant sur un usage avéré qui se montre d’une rare pertinence musicologique et esthétique, Skip Sempé nous offre ici l’un des programmes raméliens les plus convaincants et opportuns pour l’année des 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau.

Dès le début, timbales roulantes et majestueuses,  cordes recueillies dans une résonance réverbérante – qui souligne et renforce l’écho de la déploration tragique-, indiquent le plus grandiose des portiques : soulignons les superbes couleurs des bassons et du cor auxquelles les cordes des 24 violons rétablissant les teintes frottées intermédiaires qui ont fait la réputation de l’orchestre lullyste versaillais – que l’on ne présente plus-, répondent avec panache et flexibilité.

Le chef sait jouer avec l’écho et la longueur du son, inscrivant le geste musical dans une brume affligée du plus bel effet. Insistant aussi sur le silence prolongeant la note et creusant la résonance. C’est une vraie théâtralité sonore qui sied à l’essence même de ce Requiem, jamais tout à fait étranger au sens du théâtre et de l’opéra (comme le sont les Grands Motets de Rameau).

Lumière de Gilles, profondeur et dramatisme de Rameau…

Les contemporains de Rameau ont vu dans ce Requiem provençal et lumineux un rituel rassurant et serein dont la fraîcheur et la simplicité pastorale revivifient ce « primitivisme » Grand Siècle si vénéré par Louis XV et Voltaire. Une sorte de retour aux sources du premier baroque français. Écoutez ici le recueillement tout en nuances et mesure de l’Offertoire : la mise en musique du texte contredit la déploration du texte en une prière sereine et apaisée presque tendre.

Le choeur y semble sourire d’une grâce sûre et conquérante qui annihile toute ombre, jusqu’à la moindre tension. Ici le grandiose funèbre ne présente aucune inquiétude ni aucune angoisse mais une infaillible certitude d’un passage en sublimation, la célébration d’une métamorphose inéluctable en forme d’apothéose.

Le jeu tout en finesse et précision de Skip Sempé et de son collectif réalise de façon très cohérente et investie (reprise du Kyrie eleison marqué par le sentiment du déchirement le plus sombre, seul court passage en creux du cycle) ce rituel acclimaté aux funérailles de Monsieur Rameau.

Enchâssés tels des gemmes lyriques d’une exquise profondeur, dans cette tapisserie tragique et sombre, quelques extraits des opéras de Rameau (et avec quel à propos), se révèlent des plus bénéfiques et des plus poétiques…. la désolation de l’air de Dardanus (originellement d’Anténor que l’amateur gagnera à écouter dans son intégralité dans le récent album des Arts Florissants  : « Le jardin de Monsieur Rameau » ou la prière sombre et lugubre y est magistralement chantée par le jeune lauréat du dernier jardin des voix, le baryton français Victor Sicard) s’intègre idéalement à ce déchirement déclaré. Le passage de l’opéra à l’église est d’autant plus légitime et pertinent que Rameau avant Hippolyte, s’affirme par ses Grands Motets très probablement lyonnais, comme un laboratoire de toutes ses possibilités expressives musicales, chorales, orchestrales et lyriques…. tant chez lui, le génie opératique prolonge directement l’inspiration sacrée d’abord développée sous la voûte.

Le choeur Collegium Vocale Gent apporte sa brillante et expressive verve apportant entre autres un éloquent mordant au verbe dramatique (Graduel II).

L’enchaînement du Sanctus puis du motif extrait de Castor et Pollux (déploration de Telaïre songeant à son aimé Castor aux Enfers) est tout autant naturel : même couleurs affûtées, même caractère affligé et sobre d’une simplicité qui dévoile dans son dénuement le plus bouleversant et le plus sincère, l’humaine fragilité humaine. Enchâssées dans le cycle funèbre, les lueurs crépusculaires de Castor y deviennent un jalon de cet accomplissement lacrymal.

Semblable réussite pour la lumière conclusive de la Communion (Lux æterna….) dont l’élan et le rebond des apaisement déclarés, aériens, se déploient davantage grâce aux deux extraits d’opéras qui lui sont enchaînés : rondeau tendre de Dardanus qui évoque très justement par sa sereine et noble intimité, le « sommeil éternel de Rameau »; enfin, accomplissement spectaculaire, l’air des esprits infernaux, extraits de Zoroastre pour … « l’Apothéose de Rameau ». Inscrit dans ce cycle liturgique funèbre, chaque fragment d’opéra y gagne un éclat renouvelé tout en affirmant l’essence du baroque selon Rameau: sa verve dramatique, sa liberté inventive. La conception est juste, sa réalisation fine et argumentée. Superbe hommage pour le plus grand compositeur français du XVIIIème.

Jean Gilles : Messe des morts, Service funèbre de Rameau. Capriccio Stravagante. Skip Sempe, direction.  1 cd Paradizo. Enregsitrement réalisé à Brugges en mai 2014.

A Notre-Dame, Dudamel dirige le Requiem de Berlioz

Février 2014 à Caracas, Vénézuela : les 39 ans du SistemaArte. Berlioz: Requiem. Gustavo Dudamel. 15 juin 2014, 17h35. Messe solennelle et funèbre… Le Requiem porte la mémoire des célébrations collectives de l’époque révolutionnaire et napoléonienne, ces grandes messes populaires où le symbole côtoie la dévotion, réalisées par exemple par Lesueur. D’ailleurs, l’orchestre de Berlioz n’est pas différent par son ampleur ni par le choix des intruments de celui de son prédécesseur. Berlioz citait aussi pour indication de l’exécution de son Å“uvre, le decorum des funérailles du Maréchal Lannes sous l’Empire.
Lorsqu’il entend le Requiem de Cherubini pour les funérailles du Général Mortier, en 1835, il songe à ce qu’il pourrait écrire sur le même thème… Sa partition ira « frapper à toutes les tombres illustres ». La commande officielle qu’il reçoit le plonge dans un état d’excitation intense : « cette poésie de la Prose des morts m’avait enivré et exalté à tel point que rien de lucide ne se présentait à mon esprit, ma tête bouillait, j’avais des vertiges », écrit-il encore.
Convoqué en images terrifiantes des croyants confrontés au spectacle de la faucheuse, le thème stimule la pensée des compositeurs au  tempérament dramatique, tel Berlioz, comme Verdi plus tard. Aux murmures apeurés des hommes, correspond l’appel terrifiant des cuivres et des percussions dont le fracas, donne la mesure de ce qui est en jeu : le salut des âmes, la gloire des élus, le Paradis promis aux êtres méritants, la possibilité échue à quelques uns de se hisser au dessus de la fatalité terrestre, rejoindre les champs de paix éternelle… Fidèle à la tradition musicale
sur un tel sujet, Berlioz insiste sur l’omnipotence d’un Dieu juste et la misère des hommes qui implore sa miséricorde.
Or ici les flots apocalyptiques se déversent pour mieux poser l’ample déploration finale, qui fait du Requiem, un Å“uvre poignante par son appel au pardon, à la sérénité, à la résolution ultime de tout conflit.
Héritier des compositeurs qui l’ont précédé, Gossec, Méhul,  , Berlioz sait cependant se distinguer par « l’élévation constante et inouïe du style » selon le commentaire de Saint-Saëns. Composée entre mars et juin 1837, le Requiem est joué aux Invalides le  décembre 1837 en l’église Saint-Louis des Invalides.

BerliozLe Requiem, une célébration mondaine… 
Sur le simple plan visuel, la Grande messe des morts est un spectacle impressionnant. Les effectifs de la création sont vertigineux et donneront matière à l’image déformée d’un Berlioz tonitruant, préférant le bruit au murmure, la déflagration tapageuse à l’expression des passions ténues de l’âme humaine. Pas moins de trois cents exécutants, choristes et instrumentistes, avec à chaque extrémité de l’espace où campent les exécutants, un groupe de cuivres. Si l’on reconstitue aux côtés du massif des musiciens, les cierges placés par centaines autour du catafalque, la fumée des encensoirs, la présence des gardes nationaux scrupuleusement alignés, l’oeuvre était surtout l’objet d’un spectacle grandiloquent et d’un ample déploiement tragique, un théâtre du sublime lugubre. Car il s’agisait en définitive, moins d’une commémoration que d’obsèques.
La renommée de Berlioz gagna beaucoup grâce à cet étalage visuel et humain qui était aussi un événement mondain : « Le Paris de l’Opéra, des Italiens, des premières représentations, des courses de chevaux, des bals de M. Dupin, des raouts de M. de Rothschild » s’était pressé là, comme le précise les rapporteurs de l’événement… pour voir et être vu, peut-être moins pour écouter.
Quoiqu’il en soit les mélomanes touchés par la grandeur de la musique sont nombreux, de l’abbé Ancelin, curé des Invalides, au Duc d’Orléans, déjà mécène du compositeur et qui le sera davantage. Berlioz put avoir la fierté d’écrire à son père l’importance du succès remporté, « le plus grand et le plus difficile que j’ai encore jamais obtenu ».
Et l’on sait que Paris, son public gavé de spectacles et de concerts, fut à l’endroit de Berlioz, d’une persistante dureté (que l’on pense justement à l’accueil glacial et déconcerté réservé à la Damnation de Faust ou encore à Benvenuto Cellini).

Pour exprimer le souffle d’une partition dont l’ampleur et la profondeur atteignent les plus belles fresques jamais conçues, le jeune chef vénézuélien Gustavo Dudamel dirige outre ses musiciens de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar, plusieurs phalanges françaises dont la Maîtrise de Notre-Dame, les instrumentistes du Philharmonique de Radio France, le ChÅ“ur de Radio France… Pas sûr que Berlioz de son vivant eût réussi à relever un tel défi musical et acoustique sous la voûte impressionnante de Notre-Dame de Paris…

arte_logo_2013Berlioz: Requiem. Gustavo Dudamel. Arte, dimanche 15 juin 2014, 17h35 (Maestro). Le Requiem de Berlioz à Notre-Dame de Paris. Concert enregistré le 22 janvier 2014. Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela, Chœur de Radio France, Maîtrise de Notre-Dame. Gustavo Dudamel, direction.

 

 

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 16 juin 2013. Giuseppe Verdi : Messa da Requiem. Julianna Di Giacomo, Sonia Ganassi, Fabio Sartori, Matti Salminen. Daniele Gatti, direction musicale.

Giuseppe VerdiAprès l’Orchestre de l’Opéra de Paris, c’est au tour du National de France d’offrir au public son Requiem de Verdi.  Daniele Gatti aime cette musique et le fait sentir, embrasant la partition par sa fougue latine et suivi en cela par des musiciens tout entiers avec leur chef dans cette conception sonore flamboyante.
Le Dies Irae tonne comme rarement, magnifié par un chœur de Radio-France impeccable de précision et de présence vocale.
A leurs côtés, un superbe plateau de solistes a été réuni. Sonia Ganassi, un rien légère pour cette écriture dramatique, se lance dans la bataille avec conviction, sans forcer ses moyens, et se révèle convaincante dans ses interventions. Fabio Sartori fait admirer ses beaux moyens de véritable ténor verdien, parfaitement à l’aise dans cette écriture requérant un médium large et un aigu percutant, ainsi qu’un vrai sens du legato. Son Ingemisco reste l’un des plus beaux moments de la soirée, et on a hâte de le réentendre dans d’autres rôles du cygne de Busseto.

 

 

Un flamboyant Requiem verdien

 

Matti Salminen, quant à lui, ne peut lutter contre les années qui rendent son souffle plus court et son legato moins absolu que par le passé, mais les moyens vocaux demeurent impressionnants, de ceux qui ont fait de lui l’une des grandes basses de ces trois dernières décennies.
Remplaçant Barbaro Frittoli au pied levé, Julianna Di Giacomo, déjà entendue voilà quelques mois dans le Roi d’Ys à l’Opéra Comique, démontre son aisance tant dans l’écriture de Verdi que dans celle de Lalo. Elle demeure l’exemple de la technique vocale américaine, souple et détendue, permettant aussi bien un ample rayonnement vocal que d’aériens piani, sans effort visible ni audible.
Elle ouvre le concert avec un « Ave Maria » d’Otello de la plus belle eau, en hommage à Henri Dutilleux, prélude à une Messa da Requiem tout aussi réussie. En somme, une superbe soirée.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 16 juin 2013. Giuseppe Verdi : Messa da Requiem. Avec Julianna Di Giacomo, soprano ; Sonia Ganassi, mezzo-soprano ; Fabio Sartori, ténor ; Matti Salminen, basse. Chœur de Radio-France ; Direction : Piero Monti. Orchestre National de France. Daniele Gatti, direction  musicale.