REQUIEM de MOZART par TEODOR CURRENTZIS

CURRENTZIS-TEODOR-chef-maestro-reusiem-mozart-concert-paris-classiquenews-cd-critique-classiquenewsPARIS, Châtelet. MOZART : Requiem, dim 27 oct 2019, 15h. T CURRENTZIS. Chef iconoclaste et iconique de la nouvelle génération des baroqueux audacieux, le grec Teodor Currentzis s’est imposé par une radicalité artistique qui prolonge un Harnoncourt. Sa trilogie des opéras de Mozart / Da Ponte en témoigne. Comme dans un répertoire plus récent, sa 6è de Mahler, détone autant qu’elle convainc. Chez Mozart, saisit la fulgurance de vagues chorales, le quatuor dramatique, opératique des chanteurs solistes et surtout avant l’ère romantique, le voile de la mort. Il y faut une clarté absolue et aussi la gravité du lugubre qui saisit. Cet alliage a fait la réussite des meilleures lectures.

Teodor Currentzis fonde en 2004 l’Orchestre MusicAeterna, collectif sur instruments d’époque, auquel il adjoint le Chœur MusicAeterna, puis en 2018 Chœur MusicAeterna Byzantina ; ce qui permet d’aborder des œuvres ambitieuses pour grand effectif dont évidemment la musique sacrée.
Dans cette version du Requiem de Mozart, sujet d’une tournée de l’automne 2019 qui mène les artistes de Russie en Europe (France, Allemagne, Grèce…), le chef imprévisible cède aux combinaisons ailleurs « douteuses », aux collages hasardeux : spécificité du Chœur MusicAeterna, les hymnes byzantins sont intégrés au massif mozartien… au risque d’en rompre l’élan global, l’unité et la cohérence interne ? On a vu qu’une telle expérience s’est révélée plutôt malheureuse et négative dans le cas du dernier festival d’Aix (Requiem par Raphaël Pichon). Le Maestro intègre ici des chants byzantins traditionnels à la partition de Mozart. Une réinterprétation audacieuse ou déconcertante du Requiem de Mozart. A chacun de juger dimanche prochain.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

PARIS, Châtelet : REQUIEM de MOZARTboutonreservation
Dimanche 27 octobre 2019 à 15h
MusicAeterna
Teodor Currentzis

Sandrine Piau, soprano
Paula Murrihy, mezzo-soprano
Sebastian Kohlhepp, ténor
Evgeny Stavinsky, basse

Orchestre MusicAeterna
Chœur MusicAeterna
Chœur MusicAeterna Bizantina

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Pour justifier cette mise en dialogue des choeurs byzantins et de la musique du dernier Mozart, Teodor Currentzis précise :
Je pense que la musique ancienne d’Orient nous permet de voir la musique en général d’un point de vue différent. La musique orthodoxe grecque prend son origine dans cette musique ancienne, où on ne dit pas «je chante», mais où on utilise le mot « ψαλλω », « un psaume ». Il s’agit d’une façon tout à fait différente de communiquer, avec un but différent. ».

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre critique du cd 6è de MAHLER par Teodor Currentzis
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-mahler-symphonie-n6-musicaeterna-teodor-currentzis-moscou-juillet-2016-1-cd-sony-classical-clic-de-classiquenews-de-decembre-2018/

LIRE aussi notre critique du cd 6è de TCHAIKOVSKI par Teodor Currentzis
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-tchaikovski-symphonie-n6-pathetique-musicaeterna-teodor-currentzis-1-cd-sony-classical-2015/

LIRE aussi notre critique de la Trilogie MOZART par Teodor Currentzis : http://www.classiquenews.com/cd-mozart-cosi-fan-tutte-kassian-currentzis-2013/

COMPTE-RENDU, critique, REQUIEM. Festival d’Aix en Provence le 3 juillet 2019. Requiem (d’après Mozart). Pichon / Castellucci

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, REQUIEM. Festival d’Aix en Provence le 3 juillet 2019. Requiem (d’après Mozart). Pichon / Castellucci. C’est Mozart qu’on dénature… Après réécrire le livret des opéras, quitte à en modifier le sens et l’esthétique originels, voici venu le temps des Å“uvres sacrées, modifiées, intercalées d’éléments étrangers qui en modifient tout autant l’unité, le flux, la tension et la cohérence initiales. On a connu cette année deux marqueurs importants dans notre époque des fakenews et des contrevérités qui rongent un peu plus la frontière entre réalité / vérité et fiction / mensonge. Même porosité entre réalité des partitions autographes et nouvelles versions édictées en opus convenables. Disons à présent que les metteurs en scène n’hésitent plus à changer ce qui les inspire quitte à ne plus respecter les Å“uvres présentées ; que le directeurs sont prêts à les suivre pour créer le buzz…Voyez cette nouvelle production du “Requiem de Mozart”. En réalité il s’agit du Requiem de Romeo Castellucci, inspiré du Requiem de Mozart. Car le spectacle final n’a plus rien à voir avec la Messe des morts conçues en 1791 par Mozart à Vienne.

Aix 2019 : tristes artifices du duo Pichon / Castellucci
MOZART DÉNATURÉ

Sur les planches aixoises, le metteur en scène dépoétise tout élan spirituel, écarte toute ivresse onirique pour un spectacle indigent et statique, où le théâtre devient oratorio d’images et de tableaux d’une banalité agaçante ; où les chanteurs qui sont aussi danseurs (leur chant décousu souffre des mouvements permanents), tout en blanc comme des prêtres néo futuristes, s’ébrouent en gestes pseudo inspirés, en un vaste cirque folklorique venu des Balkans, qui finit pas dénaturer le sens de la dernière partition laissée inachevée par Mozart en 1791. Castellucci insiste sur la fin et la disparition, la grande extinction humaine annoncée, qui donne le sens de nos vies : chaque célébration collective des Morts, chaque messe de Requiem, pour le repos des défunts, célèbre en définitive la vie et nous appelle à un éveil spirituel.
Alors que la musique mozartienne, comme celle des 3 dernières symphonies (récemment sublimées par Savall), n’est qu’élévation, substance poétique et abstraction spirituelle, Castellucci nous assène une représentation lourde et simpliste, d’une laideur incongrue. Il ne s’agit pas d’énoncer de pseudo concepts (très discutables en outre), il faut encore en déduire un théâtre qui serve aussi le sens et la direction de la musique qui est sa source et son point de départ. Tout sonne faux ici ; rien ne fonctionne ; la danse des corps qui se projettent, sautent, s’écrasent, contredit l’élan même de la musique du Requiem.
Castellucci multiplie aussi les sources visuelles quitte à brouiller la vue d’ensemble. Les images projetées en fond de scène énumèrent tout ce qui a déjà disparu : espèces animales, sites et constructions, artistes et leurs œuvres… si l’idée pouvait être intéressante, sa réalisation est indigeste dans la répétition. Qu’en penser alors ? Devons nous indigner de ces disparitions inéluctables et irréversibles ? Ou bien, dans le grand mouvement actuel de déni collectif et de fatalisme passif, nous en rendre les témoins impuissants, comme conditionnés ? Le monde, nos sociétés humaines sont condamnées dans un terme proche : et alors ? Tout est voué à la disparition n’est ce pas ? Tout doit donc disparaître. Le propos de Castellucci laisse interloqué et aussi irrité. tant d’imprécisions, où manque la poésie, tombe à plat.

Sur la musique de Mozart, ces gesticulations, ces tableaux pontifiants imposent un parfait décalage… une équation impossible qui trahit la direction et le progression des séquences musicales.
Dans ce magma visuel d’une naïveté affligeante, les instrumentistes tentent de sauver le spectacle musicalement en défendant une unité et une continuité fragile. Le chef (Raphaël Pichon) quant à lui a décidé d’entrecouper le fil mozartien de partitions étrangères (chant grégorien) ou de Mozart lui-même. La proportion initiale du Requiem mozartien se dilue en un polyptique confus, répétitif, – retable aux accents lissés qui d’une séquence à l’autre, se ressemble, sans contrastes véritables, d’autant que le geste du chef comme la tenue des choristes danseurs manquent singulièrement de finesse, de profondeur, de trouble, de nuance, de phrasés. Sauf les dernières mesures où le chÅ“ur statique (et dénudé à la façon d’un Jugement dernier et ses damnés nus comme les vers) retrouve des respirations plus naturelles. Pourtant la lecture globale agace par sa lourdeur, son arche déplorative trop dilatée… jusqu’au vertige. Mais où sont donc passés le nerf, l’audace, les options vaillamment défendus par les premiers baroqueux ?

Las, tout se révèle artificiel dans une mosaïque dépareillée, invitation agaçante pour un paradis toujours absent. Ce Requiem est à oublier mais c’est sûr, il gagnera un soupçon de buzz dû à sa tentative anecdotique et manquée. C’est Mozart que l’on met en bière ici, et de bien laide façon, entre hystérie, trahison, rupture et syncope. De toute évidence, Aix 2019 déçoit. Rendez-vous est pris pour Tosca et surtout Jacob Lenz (certes reprise mais première en France cet été). A suivre.

——————————————————————————

COMPTE-RENDU, critique, REQUIEM. Festival d’Aix en Provence le 3 juillet 2019. Requiem de Romeo Castellucci d’après le Requiem de Wolfgang Amadeus Mozart. Ens Pygmalion / Raphaël Pichon. Romeo Castellucci, mise en scène. A l’affiche du festival d’Aix-en-Provence (théâtre de l’Archevêché), jusqu’au 19 juillet 2019.

Opéras en direct sur France Musique

logo_francemusiqueFRANCE MUSIQUE. Opéra, directs, les 8, 9, 10 et 11 juillet 2019. OPÉRAS EN DIRECT. Quand Juillet paraît, les nuits lyriques (enchanteresses ?) s déploient, ainsi entre autres sur France Musique, les 8, 9, 10, 11 et 12 juillet 2019. En direct d’Aix 2019, voici 5 transmissions en direct sur les ondes de France Musique. Pour ne rien manquez de ce qui fait l’actualité de l’opéra cet été… Au frais, plateau repas à portée de mains, et dans votre salon, suivez chaque « temps forts » du Festival d’Aix 2019. Requiem de Mozart revisité ou dénaturé ? Tosca sublimé par la présence du ténor maltais Joseph Calleja ? Et que pensez du Mahagony de Kurt Weill comme de l’onirique et troublant Jakob Lenz de Wolfgang Rihm ? Aix 2019 : la magie sera-t-elle au rv ?

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Été 2019 – directs de juillet 2019
sur France Musique

 

 

LUNDI 8 JUILLET | 22h
Requiem - Mozart
Sombre voire grave, parfois onirique, en tout cas toujours très visuel, tout spectacle signé du metteur en scène Romeo Castellucci frappe les esprits. Pourtant son dernier spectacle à Garnier (l’oratorio Il Primo Omicidio de Scarlatti avait été peu convaincant)… A l’affiche du festival aixois 2019, le Requiem de Mozart est ici chorégraphié (dont des danses traditionnelles) avec la participation de la « Compagnie junior du Ballet de Marseille ». Qu’en sera-t-il cet été à Aix pour cette « nouvelle production » ? les effets de danses, le visuel, la surinterprétation théâtrale selon la mode actuelle… sans omettre ici et là, entre les sections originelles conçues par Wolfgang, plusieurs pièces musicales étrangères selon le goût du chef … ne dénatureront-ils pas l’élan spirituel de la partition mozartienne, laissée inachevée (à partir du Lacrymosa) ? La performance annoncée est conçue « non seulement comme un rituel pour le repos des morts, mais aussi comme une célébration des forces de vie ». Avec les instrumentistes de Pygmalion / R. Pichon.

 

 

MARDI 9 JUILLET | 21h30
Tosca - Puccini
Le joker de cette production demeure le ténor maltais Joseph Calleja dans le rôle du peintre libertaire bonapartiste Mario Cavaradosi, amant de la belle et sublime cantatrice Floria Tosca (Angel Blue) : le couple d’artistes nourrit (jusqu’à la haine sanguinaire), la jalousie du préfet de Rome, l’infect et sadique baron Scarpia (Alexey Markov). Pourtant s’il meurt effectivement dans la fameuse scène au Palais Farnèse de l’acte II, Floria et Mario ne sortent pas indemnes dans ce huit clos passionnel et glaçant… Orch de l’Opéra de Lyon / Daniele Rustioni, direction musicale / Christophe Honoré, mise en scène. Nouvelle production 2019.

 

 

MERCREDI 10 JUILLET | 20h
Les mille endormis - Maor

 

 

JEUDI 11 JUILLET | 20h
Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny - Weill
Chef d’œuvre mordant, déjanté de Weil âgé de 30 ans (Leipzig, 1930), Mahagony est une satire de la barbarie humaine, une parodie du cycle de la naissance et de la chute des hommes : un Las Vegas avant l’heure où règne le sexe, le jeu, la drogue, les plaisirs les plus fous et surtout dispendieux qui précipitent mieux le destin d’un peuple condamné : les hommes en société. Avec les Sept Péchés capitaux, Grandeur et Décadence de la ville de Mahagony illustrent la clairvoyance du compositeur génial Kurt Weill (associé au non moins excetionnel Brecht), avant son exil aux USA…

 

 

VENDREDI 12 JUILLET | 20h
Jakob Lenz - Rihm
A l’affiche de seulement 3 soirs à Aix, Jakob Lenz de Rihm s’inspire de la nouvelle “LENZ” de Georg Büchner (1839) et a été créée le 8 mars 1979 à Hambourg. La production proposée ici est une reprise produite à Stuttgart (Staatsoper en 2014), présentée récemment à Bruxelles. Ensemble MODERN / Ing Metzmacher, direction musicale / Andrea Breth, mise en scène. Avec Gerog Nigl (Lenz), Wolfgang Bankl (Oberlin), John Daszak (Kaufmann)… Poète et dramaturge, Jakob Lenz est passionné et inspiré par les passions humaines, le théâtre des sentiments extrêmes, l’ivresse et la démesure supérieures à la raison et à la sagesse. Ambassadeur du courant Sturm und Drang (tempête et passion) qui accompagne et nourrit l’avènement du Romantisme en Europe, Lenz erre ici dans les Vosges en 1776… En proie à la folie, le créateur possédé (ami de Goethe) bascule dans la nuit des vertiges et inspire enfin au jeune Rihm, puis ici à la metteuse en scène allemande Andrea Breth, un spectacle subtil qu’il faut absolument avoir vu et écouté. Le rôle-titre de Lenz, est incarné par le baryton Georg Nigl, épuré, juste, intense… déchirant, de bout en bout. C’est probablement la production, reprise, qui sauve l’édition Aix 2019.

VOIR le TEASER
https://www.youtube.com/watch?v=g3lqDEmTtU8