GLUCK : Joyce DiDonato chante Iphigénie en Tauride

GLUCKPARIS, Pal Garnier. GLUCK: Iphigénie en Tauride, 17 sept – 13 oct 2020. Chez les Scythes dont elle doit affronter et négocier la barbarie permanente à travers les exigences du roi Thoas, Iphigénie en Tauride marque en mai 1779 le sommet de la carrière parisienne de Gluck ; 5 ans après son premier triomphe (Iphigénie en Aulide, 1774). Iphigénie en aulide évoque le sacrifice programmé de la princesse de Mycènes : face à l’ordre de Diane outragée, Agamemnon le père s’incline, mais Iphigénie montre sa mesure morale. Dans Iphigénie en Tauride, plus tardive donc, Gluck traite l’exil d’Iphigénie sauvée du sacrifice, sa retraite dans le temple de Diane, surtout ses retrouvailles avec Oreste, lequel est symboliquement l’agent de sa libération. Concernant Iphigénie en Tauride, le succès parisien est immédiat, éclipsant même l’ascension du favori napolitain Piccinni (lequel devra attendre encore avant de créer sa propre Iphigénie, mais en 1781). La reprise de cette production adaptée par Warlikowski reste l’Iphigénie de l’excellente Joyce DiDonato dont l’engagement expressif devrait éclairer davantage les aspérités et tiraillement du rôle titre. La mezzo vient enregistrer sa lecture d’Agrippina de Haendel (coffret cd paru début février 2020 / réalisé en mai 2019).

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PARIS, Palais Garnierboutonreservation
17, 20, 26, 29 sept, 2, 8, 11, 13 oct 2020
RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’Opéra de PARIS
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/opera/iphigenie-en-tauride
Durée : 2h20 avec 1 entracte

 

 

 

Gluck : Iphigénie en Tauride, 1779 – Tragédie lyrique en quatre actes.
Nicolas François Guillard, librettiste

Balthasar-Neumann-Chor
Balthasar Neumann Ensemble
Direction : Thomas Hengelbrock
Mise en scène : Krystof Warlikowski
Iphigénie : Joyce DiDonato
Oreste : Florian Sempey
Pylade : Stanislas de Barbeyrac
Thos : Laurent Naouri
Diane : Marianne Croux
Un Scythe : Christophe Gay
Iphigénie, rôle non chanté, actrice : Renate Jett

 

 

 

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Dès 2008 sur la scène du Palais Garnier, Warlikowski comme à son habitude tire la couverture vers lui et fait de l’opéra de Gluck un objet théâtral quitte à forcer le temps musical : Iphigénie détruite après son sacrifice décidée par son propre père, est exilée en Tauride où elle doit sacrifier chaque visiteur étranger à la déesse dont elle est prêtresse (Diane). Mais le poids de cette nécessité sanglante devient insupportable quand paraît celui qui lui rappelle son frère Oreste… Le passé et ses émotions refoulées s’opposent à la réalisation de la loi édictée par Diane : déchirements et douloureuse impuissance dans le cœur de la jeune femme tiraillée… Voilà ce que met e lumière le travail de Warlikowski qui double la chanteuse d’une comédienne pour signifier sur les planches, le dédoublement qui s’opère dans l’esprit d’Iphigénie.  VIDEO : https://www.youtube.com/watch?v=hikxNruv8-s (En 2008, avec Susan Graham incarne Iphigénie).

 

 

 

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La 2è Iphigénie du Chevalier Gluck à Paris
L’Antiquité inquiète

Les secrets de Gluck : une langue dépouillée, au relief épuré, touchant à un essentiel déclamatoire qui fusionne avec l’enjeu de chaque situation ; un choeur noble et halluciné ; surtout ce continuum orchestral, qui dès l’ouverture, affirme inquiétude et tension qui foudroient souvent par leur intensité fantastique. Un ballet final est ajouté (orchesté par Gossec et chorégraphié par Noverre). Iphigénie II occupe l’affiche de l’Académie royale de musique pendant 90 soirées : un record emblématique de cette fièvre Gluck à Paris (puis plus de 400 en … 1829).

Dans ce second volet de la vie d’Iphigénie, Gluck poursuit son illustration de la légendes des Atrides. Ici Iphigénie croise la route de son frère Oreste, le meurtrier de leur mère Clytemnestre, infidèle de leur père. Gluck exprime les tourments et vertiges dévorants l’esprit du Grec qui endormi, est le proie des attaques psychique des furieuses Euménides… (formidable tableau fantastique de l’acte II). Chez lui pèse le poids de la culpabilité. D’abord, la sœur ne reconnait pas son frère, jusqu’au sacrifice commandé à l’acte IV : alors qu’il avait exhorté son ami / amant Pylade à sa sauver et mourir sur l’autel de Thoas, Oreste, invoquant sa sœur qu’il croit être morte en Aulide, se dévoile alors aux yeux d’Iphigénie : comme plus tard Strauss, dans Electra (qui reconnaît elle aussi son frère Oreste), Gluck orchestre les fabuleuses et déchirantes retrouvailles du frère et de la sœur… Evidémment tout se finit bien et Pylade revenu à la tête de l’armée grecque, sauve Oreste du sacrifice où le condamnait Thoas. Protégé par Diane, Oreste règne à Mycènes, infléchit les scythes qui doivent rendre aux grecs le culte de la déesse.

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Approfondir
Source : dans ses deux tragédies d’Iphigénie, Iphigénie à Aulis et Iphigénie en Tauride, Euripide portraiture la fille préférée d’Agamemnon, roi de Mycènes et d’Argos. Vaniteux, Agamemnonse vante d’être meilleur chasseur que Diane, laquelle retient la flotte grecque qui souhaitait rejoindre Troie : il s’agit de reprendre aux Troyens et à Paris (fils du roi Priam), Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte.
Chalcas le devin précise que s’il veut apaiser la colère de Diane outragée, Agamemnon doit lui sacrifier sa fille Iphigénie. Le père n’hésite pas : il fait venir Iphigénie et sa mère Clytemnestre à Mycènes prétextant de marier sa fille à Achille, roi des Myrmidons.
Iphigénie, consciente du destin collectif des Grecs et mesurant son fragile destin face à l’histoire des Grecs, sa sacrifie volontiers, pourvu que son peuple puisse rejoindre Troie et venger l’honneur de l’époux spatiate, Ménélas.
Eschyle a contrario d’Euripide souligne la résistance d’Iphigénie à l’ordre de son père : elle refuse d’être sacrifier (ce qui est représentée dans la fresque de Pompéi, reproduite ici). Portant la future sacrifiée, Ulysse mal à l’aise, yeux au ciel et son fidèle ami, Diomède ; à leur droite, le devin sacrificateur Calchas, voix de Diane, exigeant le sacrifice de la princesse. Dans le ciel au dessus d’eux (à gauche, Agamemnon drapé, se cachant la face), Artemis Diane paraît et déjà touchée par la grandeur morale d’Iphigénie, entend substituer à la fille du roi, non pas une biche comme il est souvent dit, mais ici un cerf… serait-ce Endymion transformé ?)… La fresque de Pompei s’inspire directement d’un canevas très célèbre au IVè BC, celui du peintre Timanthe de Kitnos actif au IVème siècle av. J-C, loué pour l’expressivité de ses personnages et pour l’intensité émotionnelle qui s’en dégageait.
Au moment de son sacrifice par Agamemnon, Diane change la jeune fille par une biche innocente. Iphigénie doit rejoindre le temple de Diane en Tauride, devant y sacrifier tous les mâles étrangers qui y débarquent.
Dans des versions plus tardives, Iphigénie en Tauride y retrouve son frère Oreste, meurtrier coupable de leur mère Clytemnestre ; bravant l’ordre meurtrier de Diane, le jeune femme fuit avec son frère à Athènes. Morte, elle rejoint ensuite l’île des élus bienheureux où elle épouse Achille ; immortalisée, elle y est assimilée à Hécate, le triple déesse.
Gluck a très bien compris et mesuré les ressources et le potentiel dramatique comme psychologique du drame d’Iphigénie : face à la barbarie apparente de la déesse, son exigence sanguinaire, la mortelle démontre une dignité morale exemplaire ; une tendresse aussi pour son frère Oreste. Tout œuvre à humaniser l’héroïne et la rendre dans l’esprit du spectateur, infiniment touchante, à mesure que son destin sombre dans la tragédie et l’innommable.