CD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd)

Terpsichore danses louis xv telemann rebel jordi savall cd critique review cd classiquenewsCD, critique. REBEL, TELEMANN : TERPSICHORE (Jordi Savall, juil 2017, 1 cd). Saluons d’abord, la sonoritĂ© très chaleureuse, opulente mĂŞme du chef catalan qui dessine et rappelle s’agissant de Rebel, le raffinement et la franchise directe d’une Ă©criture très poĂ©tique presque diaphane, Ă©vanescente comme un glacis des paysages recomposĂ©s de Watteau… La caractĂ©risation des danses, au caractère quasi pastorale – et l’on sait que ce vocable est essentiel dans l’esprit du temps, ce dĂ©but XVIIIè encore très nostalgique-, est idĂ©ale, dans l’articulation, la dĂ©termination expressive, le dĂ©tail du discours et des effets rhĂ©toriques, ne serait ce que dans un seul Ă©pisode emblĂ©matique : Gigue, rigaudon, passepied, gavotte… rĂ©sumĂ© et synthèse de l’inclination de Rebel pour les univers poĂ©tiques et tendres, propre Ă  sa suite Terpsichore de 1721.

rebel_watteau_gravure_musiqueLes Plaisirs champêtre de 1724 indiquent une autre sensibilité : plus élégiaque et d’un abandon sensuel qui convoque l’extase des bergers. Tout un monde rêvé par Boucher et bientôt mis en oeuvre par Marie-Antoinette dans son écrin illusoire de Trianon. L’évocation fourmille d’idées et de motifs caressants surtout portés par les hautbois. L’ivresse et ce désir d’oubli comme de réenchantement (sublime Chaconne, plage 33) dans l’esprit de Lully mais plus onctueuse encore et nerveuse aussi ; revivifiée même, comme une surenchère dans les autres Chaconnes, plage 39 et surtout 44 de la Fantaisie de 1729) se réalise grâce au geste souple et très caractérisé de Savall et des instrumentistes réunis autour de lui (les musiciens du Concert des Nations / Manfredo Kraemer, violon solo et leader). L’éloquence et la compréhension qu’apporte Savall, sa curiosité et sa restitution gourmande, gorgée de si délectables couleurs, composent ici le plus bel hommage à l’orchestre de Louis XV, un thème qu’il avait déjà traité dans un cycle tout aussi convaincant.

telemann-vignette-ovale-portrait-telemann-2017L’élégance et la virtuosité nerveuse voire la frénésie graduelle de Teleman s’exprime outrageusement dans la Suite La Bizarre, en particulier dans l’urgence trépidante du Rossignol. Puis la Partie III de Tafelmusik (1733) rappelle combien à l’époque du premier opéra visionnaire et scandaleux de Rameau (Hippolyte et Aricie), l’éclectique Telemann savait aussi, comme Rebel offrir une relecture personnelle et puissante du style versaillais lullyste (ouverture, plage 45). Cette séquence est la plus audacieuse de notre point de vue, fruit d’une pensée musicale qui interroge le sens même d’un cycle musical, à la pulsion débordante, voire frénétique, construite comme un vaste crescendo : de l’ouverture noble, au badinage fugace, contrastant avec des postillons enjoués et délurés; surtout vers la conclusion notée « furioso », comme une apothéose de la danse.
Les phrasés de cette séquence première, entre noblesse, élégance, abandon, détente, tension et réexposition sont tout simplement jubilatoires. Tout l’esprit de Terpsichore, de la danse souveraine, de la musique pure, de sa surenchère et parfois de son exaspération critique, se déploie en liberté. Quel génie, contemporain du déterminant Rameau. Il faut toute l’intelligence de Savall pour nous en révéler les subtilités chorégraphiques, sublimement musicale. Pas un Français dans l’Hexagone, ne serait capable d’une telle finesse d’intonation : là om les chefs gaulois actuels s’entêtent dans la dureté, la sécheresse souvent mécanique du geste, le catalan nous réapprend, à présent que Harnoncourt nous a quitté, toute la caresse d’un galbe interprétatif, entre abandon nostalgique, et vivacité poétique (« bergerie », plage 46). Le maestro sait faire chanter, nuances, accents, phrasés à l’envi, son cher orchestre. Superlatif. CLCI de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

 
   
 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200Cd événement, critique. TERPSICHORE : ballets de Telemann, Rebel, Apothéose de la Danse Baroque. Le Concert des Nations. Jordi Savall (Graz, juil 2017, 1 cd Alia Vox). CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre et décembre 2018).

 
 
 

ALIA VOX
https://www.alia-vox.com/fr/catalogue/terpsichore/

 
 
 

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Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions Symétrie

Concerts de la reine 1725-1768 Marie Leczinska Ă  Versailles editions symetrie compte rendu classiquenews dĂ©cembre 2015 isbn_978-2-36485-030-9Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions SymĂ©trie. De 1725 Ă  1768, les Appartements de la Reine Ă  Versailles, entendez Marie Leczinska reçoivent concerts et extraits d’opĂ©ras, selon une tradition instituĂ©e par Louis XIV et qui fait du prince, un esthète protecteur des musiciens et des compositeurs : Versailles aura de ce fait institutionnaliser le patronage monarchique. Le goĂ»t de la Reine, pourtant personnage effacĂ© et peu versĂ© dans la nouveautĂ©, la modernitĂ©, l’audace, se prĂ©cise ainsi Ă  l’aulne des partitions prĂ©sentĂ©es et jouĂ©es dans ses appartements versaillais.  Si l’on prend pour acquis aujourd’hui que le choix des programmes ainsi dĂ©fendus chez la Reine, relève d’une conception volontaire, alors s’Ă©tablissent les marques d’une esthĂ©tique et d’un goĂ»t  dont la cohĂ©rence est ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e et explicitĂ©e. Au mĂŞme moment que les spectacles des petits cabinets initiĂ©s et dĂ©veloppĂ©s par la favorite en titre, La Pompadour,- simultanĂ©ment aux Concerts de Mesdames (les filles de Louis XV), les Concerts de la Reine illustrent aussi le tempĂ©rament artiste de la souveraine, moins effacĂ©e qu’on l’a dit. A partir du fonds archivistique disponible et accessible, qu’il Ă©tait temps de consulter mĂ©thologiquement (Menus Plaisirs, comptes rendus du Mercure de France, complĂ©tĂ©s par la lecture des MĂ©moires du duc de Luynes, intime de la Reine Marie et dont l’Ă©pouse Ă©tait dame d’honneur de la souveraine). L’intitulĂ© donne une idĂ©e de l’importance des Concerts de la Reine dans l’essor de la vie musicale Ă  Versailles : Ă  partir de 1745, quand Rameau triomphe comme compositeur officiel de Louis XV, les Concerts de la Reine, deviennent les “Concerts de la Cour”.

Tout en dĂ©voilant très prĂ©cisĂ©ment l’ensemble des programmations prĂ©sentĂ©es dans les appartements royaux, le texte ambitionne d’Ă©largir le phĂ©nomène du Concert curial en le rattachant Ă  ses enjeux sociaux, culturels, musicaux et bien sĂ»r politiques : tout concert chez la Reine est liĂ© Ă  un dispositif de reprĂ©sentation du pouvoir qui oblige ses participants Ă  un decorum qui sera de plus en plus amĂ©nagĂ© selon les dispositions de la Souveraine et le lieu oĂą elle organise le concert.

Depuis la naissance des Concerts dans les annĂ©es 1720, c’est l’engagement rĂ©el et concret de la Souveraine qui est ainsi dĂ©voilĂ©, comme le dĂ©roulement des concerts en un rituel codifiĂ© par l’Ă©tiquette… (concert de cour ou concert Ă  la cour ?) et aussi les lieux oĂą s’est dĂ©ployĂ©e la musique de Marie (Versailles, Marly, Compiègne, Fontainebleau…). L’Ă©tude des rĂ©pertoires (sujet du V ème chapitre) est de loin le plus captivant car ici, un goĂ»t se manifeste, emblĂ©matique de l’art curial, avec une Ă©volution parfois très sensible du choix des oeuvres : ainsi au moment de la prĂ©sence Ă  Versailles de l’Infante Marie-ThĂ©rèse d’Espagne, la première Dauphine en 1745, puis la seconde Dauphine Marie-Josèphe de Saxe en 1747… Les Concerts de la Reine sont une rĂ©cente conquĂŞte de notre connaissance de la musique officielle au XVIIIè. Quels sont les musiciens de l’Administration chargĂ©s de proposer Ă  la Reine les musiques de ses Concerts (Destouches, Rebel, Colin de Blamont, FrancĹ“ur) ? Pourquoi l’Institution si florissante dans les annĂ©es 1740 et 1750, se dilue progressivement et finit par se taire ? Pourquoi les concerts sont-ils de façon croissante “contremandĂ©s”, ainsi qu’il est notĂ© dans les archives… ? voilĂ  autant de questions passionnantes auxquelles le texte des 6 chapitres offrent une rĂ©ponse de plus convaincantes et des plus riches.

Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions Symétrie, collection Symétrie Recherche, série Histoire du Concert. ISBN 978-2-36485-030-9. 17 x 24 cm, cousu broché, 352 pages, 668 g. Prix public indicatif  TTC : 30 €

 

 

 

Marie Leczinska : grande mécène musicale ?

 

La Reine Marie Leczinska portraiturĂ© par Natier : et si la Reine Marie, un temps Ă  l’ombre du fringant et mĂ©lancolique Louis XV et ses maĂ®tresses (dont la lumineuse Pompadour) fut une politique artiste et mĂ©lomane ?