CD, coffret événement, annonce : Evgeny Kissin : The complete RCA & SONY classical Album Collection (25 cd)


evgeny kissin coffret complete rca columbia sony classical album collection 25 cd review critique cd classiquenews 1540-1CD, coffret événement, annonce : Evgeny Kissin, piano. The complete RCA and SONY Classical album collection (25 cd Sony classical)
. Sony classical regroupe dans un coffret événement, tout l’art enregistré sous label RCA (Red seal) et Sony classical, du pianiste russe (moscovite) à la virtuosité précoce, Evgeny Kissin (né en 1971). Soutenu, révélé par Karajan en 1988, pour ses 17 ans (et jouant sous la direction du maestro autrichien au Festival de Berlin en 1988 le Concerto pour piano de Tchaikovsky), le prodige du clavier saisit immédiatement par une candeur articulée, un jaillissement évident qui réalise une digitaline, toujours étonnamment fluide et facile, sans jamais d’esbroufe ni de maniérisme : voilà sa pâte et sa signature, une grâce enfantine, une clarté du jeu, d’une exceptionnelle transparence, cultivée sans calcul ni aucun esprit de démonstration.

Cette retenue naturelle qui va à l’opposé de bien de ses confrères russes plus inspirés par un jeu ampoulé, carré, solide et structuré (trop outrageusement « viril »), touche toujours autant. Au diapason d’une telle mesure enchantée, et même enivrée, même Gergiev pourtant généreux en onctuosité parfois surabondante, garde toute retenue et mesure (sublime Concerto n°2 de Rachmaninov, au formidable allant juvénile : le troisième mouvement allegro scherzando abordé comme un Gershwin facétieux, traversé par une irrésistible ivresse sonore). Or dans la continuité de ce premier cd, les Etudes-Tableaux opus 39 attestent tout autant d’une énergie fabuleusement souple, là encore jamais dure ni épaisse : un bouillonnement d’une élégance jamais aprétée. Un rapide regard transversal sur les 25 cd réunis, témoignant de la maturation d’une tempérament incroyablement doué, de 1987 à 2005, souligne les compositeurs les mieux servis :
Frédéric Chopin bien sûr (cd 3, 9, 10, 16, 25…), Liszt (cd 3, 5, 8, surtout 12, puis presque à égalité Schubert (cd 21, 23, 24) et Schumann (4, 8, 12, 15, 19), enfin Rachma (cd1,3 et 7) et Beethoven (cd 13, 14, 15) ; les perles plus rares et non moins intenses et abouties étant ici le Prélude, Choral et fugue de Franck (cd14) ; Moussorgski (Tableaux d’une exposition, cd 18), Mozart (cd 6 : Concertos pour piano n°12 et surtout 20), ou les Sonates de Schumann et de Brahms… 25 cd incontournables. Coffret événement CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre. Critique complète et compte rendu du coffret Evgeny Kissin : The complete RCA & Sony classical Album collection (25 cd Sony classical) à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

CD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969)

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon amĂ©ricain alors au sommet de sa vibrante sensibilitĂ© orchestrale, comprenant la fin de son engagement Ă  la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, Ă©ditĂ©s dans leurs pochettes et prĂ©sentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 Ă  1973) se dĂ©dier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son hĂ©ritage symphonique. A ceux qui pensent que son activitĂ© Ă  Chicago ne fut qu’un passage, l’Ă©coute des bandes tĂ©moignent d’une finesse d’approche irrĂ©sistible, Martinon opĂ©rant par clartĂ©, mesure, Ă©quilibre, transparence, rĂ©ussissant dès le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son rĂ©pertoire) une plĂ©nitude de son et une profondeur dans l’approche, idĂ©ales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur Ă©lĂ©gantissime, aux rĂ©sonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poĂ©sie qui fouille jusqu’Ă  la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimĂ©e enivrĂ©e….

 

 

 

Eteint en 1976, le Français Jean Martinon réalise une carrière mirifique qui passe par la direction du Chicago Symphony Orchestra

Miroitant symphonisme de Martinon

 

Martinon Jean 4CLIC_macaron_2014Trop courte approche qui prolonge ses excellentes gravures pour Philips de 1954 : fragilitĂ© palpitante, agogique murmurĂ©e, le chef semble Ă©tirer le temps et recrĂ©er l’oeuvre en creusant chaque mesure, lui apportant une rĂ©sonance Ă©nigmatique et spirituelle d’une incroyable puissance suggestive. Que ce chef a Ă  nous dire, laissant contradictoirement, la partition respirer par elle-mĂŞme, dĂ©voilant d’insondables richesses sonores, d’imprĂ©visibles failles mystĂ©rieuses qui alternent avec des frĂ©missements Ă©chevelĂ©s d’insectes conquĂ©rants… De l’ombre Ă  la transe, la traversĂ©e bouleverse par son intelligence, sa sensualitĂ©, sa prĂ©cision et sa dĂ©licatesse rythmique.Ce Roussel est l’enregistrement le plus ancien du legs Sony (il s’agit des archives RCA), remontant Ă  novembre 1964 (mais Martinon connaĂ®t son Roussel depuis au moins 10 ans dĂ©jĂ !). Le Ravel (Daphnis et ChloĂ©) dĂ©ploie une opulence flamboyante, exploitant toutes les ressources de l’orchestre en combinaisons sonores et instrumentales, en nuances millimĂ©trĂ©es. Du grand art.

 

CT  CTH ARTS CSOSymphoniste scintillant et dramatique, Martinon domine très largement aussi l’interprĂ©tation de Varèse (Arcana) et Frank Martin (Concerto pour 7 instruments Ă  vent, Chicago mars 1966) ; de mĂŞme Nielsen (et sa Symphonie n°4 “inextinguible”, octobre 1966), L’ArlĂ©sienne, Suites 1 et 2 (avril 1967) ; l’Ă©blouissant Mandarin merveilleux (Suite de concert, avril 1967) ; très intĂ©ressant, le programme du cd 6 qui regroupe la Symphonie n°4 de Martinon (Le jardin vertical : Adagio misterioso : un Ă©cho du christianisme sincère et hautement spirituel de l’auteur qui fut aussi un alpiniste assidu – la partition lui a Ă©tĂ© commandĂ©e pour les 75 ans de l’Orchestre de Chicago), et la n°7 en un mouvement (mais 8 sĂ©quences caractĂ©risĂ©es) de Peter Mennin (1923-1983), l’un des plus europĂ©ens des compositeurs amĂ©ricains (ses 9 symphonies sont composĂ©es avant 30 ans). Le cd 8 est un enchantement ravĂ©lien (Rapsodie espagnole et surtout, manifeste d’intelligence et de raffinement Ă©quilibrĂ©, Ma Mère l’Oye, Chicago, avril 1968). L’Ă©nergique et lumineuse Symphonie n°1 de Bizet (douĂ©e d’un tension ciselĂ©e aux cordes ce dès le premier mouvement) comme le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Mendelssohn respectivement enregistrĂ©s en avril 1968 et mai 1967, attestent de la maturitĂ© artistique de l’orchestre nĂ©e de sa complicitĂ© avec le chef Français. Ce legs de l’intĂ©grale enregistrĂ© Ă  Chicago montre le degrĂ© d’accomplissement et d’approfondissement artistique auquel un maestro hexagonal a su mener l’un des meilleurs orchestres amĂ©ricains : l’Ă©largissement du rĂ©pertoire, la culture de la musique de son temps, le retour rĂ©gulier tel un ressourcement salutaire, aux impressionnistes français dĂ©notent une claire conscience musicale qui savait jouer et penser la musique : ici se situe sa proximitĂ© avec Furtwängler qu’il apprĂ©cia etpu observer, plus que tout autre… Après Martinon, parfait continuateur de son prĂ©dĂ©cesseur Fritz Reiner, c’est Solti qui recueillera les fruits du Français menant la phalange jusqu’Ă  l’incandescence, au dĂ©but des annĂ©es 1970.

 

 

Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Parution annoncée le 16 mars 2015.

 

 

CD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

abbado claudio rca sony recordings sony classical cdCD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)  … RĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© (le 20 janvier 2014) suite Ă  un long cancer qui l’aura dĂ©truit peu Ă  peu (depuis sa première hospitalisation en 2000), sans affecter sa puissante concentration musicale toujours si palpable en concert, Claudio Abbado – nĂ© en 1933-, mĂ©ritait Ă©videmment ce coffret Ă©ditĂ© par Sony qui rĂ©Ă©dite avec quelle pertinence plusieurs lectures maĂ®tresses avec les orchestres que le chef italien aura marquĂ©, façonnĂ©, «  rencontré » au sens le plus profondĂ©ment humain du terme… Son dernier nĂ©, l’orchestre du Festival de Lucerne fondĂ© en 2003, reste composĂ© par les plus grands instrumentistes des orchestres dĂ©jĂ  professionnels : chacun souhaite partager ce sens musical intègre, philosophe, gĂ©nĂ©reux que Abbado a su instaurer dans chacune de ses sessions de travail. A la diversitĂ© des enregistrements qui nous parviennent, s’ajoute indication mĂ©morielle qui en rappelle le poids Ă  l’époque de leur publication, la rĂ©Ă©dition des pochettes originelles ; elles rĂ©inscrivent ainsi Abbado dans son jus, dans son Ă©poque. Les 39 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Sony (qui puise donc abondamment dans son catalogue RCA) sont absolument incontournables tant l’art du maestro se rĂ©vèle dans toute son Ă©vidente Ă©lĂ©gance sertie de profondeur et de dramatise aigu, puissant, raffinĂ©. A cela s’ajoute un charisme plutĂ´t modeste et si humble, qui fait de Claudio Abbado, un chef courtois et peu demandeur, plutĂ´t soucieux de la qualitĂ© de l’échange et du partage, vers ses musiciens, vers les publics.

Ouvrier humaniste de la musique

 

abaddo claudio cd rca sony album colelction 38 cdLes lectures rĂ©unies dans le coffret RCA et SONY regroupent surtout les meilleures bandes de l’ère berlinoise quand de 1989 Ă  2002, Abbado succède Ă  Karajan Ă  la tĂŞte du Philharmonique de Berlin. Le geste recherche l’écoute, favorise la rĂ©ponse souple et fluide du collectif traitĂ© comme un ensemble chambriste d’instrumentistes Ă©gaux, des pairs rĂ©unis par le premier d’entre eux en une cohĂ©sion fraternelle. Avec Abbado, fini le carcan despotique du Karajan de la fin, tyrannique, obsessionnel, exclusif. Avare en paroles, y compris en rĂ©pĂ©tition, Abbado favorise l’immersion collective, le contact et l’épreuve avec la musique, le dĂ©passement de l’ensemble fondĂ© sur l’interaction multiple. Moins hĂ©doniste et marmorĂ©enne que celle sculptĂ©e par Karajan, la sonoritĂ© du Berliner version Abbado gagne en rondeur, en chaleur, en moelleux : plus habitĂ©e, plus incarnĂ©e, intĂ©rieure sans dĂ©monstration ni grandeur artificielle : Abbado aura rĂ©humanisĂ© en quelque sorte toute l’esthĂ©tique du Berliner. Rajeunissant l’orchestre grâce Ă  une sĂ©rie d’engagements nouveaux, Abbado dès 1991, rĂ©oriente la politique artistique de l’Orchestre ; inventant des cycles thĂ©matiques qui organise autour du noyau musical et du choix des partitions, des Ă©vĂ©nements complĂ©mentaires transdisciplinaires avec d’autres institutions berlinoises : expositions, confĂ©rences… Ainsi naissent des programmations thĂ©matiques autour de PromĂ©thĂ©e, Hölderlin. En plus de cette curiositĂ© Ă  360° qui rĂ©tablit la musique Ă  sa place première, – motrice, fĂ©dĂ©ratrice -, Abbado marque aussi l’interprĂ©tation en intĂ©grant les dernières recherches nĂ©es de la pratique historiquement informĂ©e sur instruments anciens, sans pourtant adopter l’instrumentarium concernĂ© selon les Ĺ“uvres choisies. De fait, ses lectures avec les Berliner gagnent aussi une nouvelle finesse, une articulation renforcĂ©e qui cisèle l’expressivitĂ© du geste et de la sonoritĂ© globale, qui allège le son, fluidifie la richesse de nouvelles dynamiques. EmblĂ©matique de sa curiositĂ© d’esprit, le cycle Schumann en 1994 qui produit ici d’inoubliables Scènes de Faust, absolu incontournable servies par une distribution irrĂ©sistible (dont Karita Mattila) …

Claudio AbbadoContenu du coffret. Les oeuvres enregistrĂ©es tĂ©moignent majoritairement de la politique artistique dĂ©veloppĂ©e par Abbado Ă  Berlin dans les annĂ©es 1990 quand il dirigeait le Berliner Philharmoniker. Ses choix de rĂ©pertoire: les fondamentaux classiques tels Mozart et Beethoven ; les romantiques mĂ©connus ou peu jouĂ©s (ou leurs Ĺ“uvres oubliĂ©es) : Schumann, Mendelsohn, Dvorak,  surtout Tchaikovski dont il dĂ©fend le gĂ©nie symphonique, rĂ©habilitant dĂ©sormais nettement le statut du faiseur de ballets Ă  l’Ă©gal des grands symphonistes du romantisme tardif.

Des annĂ©es berlinoises, voici donc Abbado dĂ©fricheur et classique alliant ancien et moderne : symphonies (Linz, Haffner, Paris…) et oeuvres concertantes de Mozart, avec l’accomplissement dans la lumière et la finesse grave de la Messe en ut (1990) dont la maĂ®trise du collectif (vocal et choral) associĂ©e au dramatisme orchestral lance un pont vers l’autre massif incontestable qui demeure la 9 ème de Beethoven (Salzbourg,  avril 1996) ; ici et lĂ ,  le plateau des chanteurs s’avère extrĂŞmement convaincant.

Le coffret Sony classical n’oublie ce qui reste comme deux grands accomplissements lyriques des annĂ©es 1990 avec le Berliner : le très mĂ©connu et pourtant dĂ©lirant Viaggio a Reims de Rossini de 1992,  suivi en 1993 par Boris Godounov somptueuse et somptuaire production particulièrement complète – c’est Ă  dire en 4 actes, comprenant l’acte III polonais.

CLIC_macaron_2014Mais le coffret apporte aussi un Ă©clairage plus ancien sur la direction prĂ© berlinoise d’Abbado lorsqu’il dirigeait Ă  la fin des annĂ©es 1970 le London symphony orchestra : Concerto n°3 de Rachmaninov avec le pianiste Lazar Bermann (1977), sans omettre de trĂ©pidantes et nerveuses Ouvertures des opĂ©ras de Rossini et de Verdi  (1978) … Autre immense apport ce dès les annĂ©es 1985-1988, les symphonies de Tchaikovsky avec le Symphonique de Chicago, d’un approfondissement lĂ  encore visionnaire qui apporte Ă  l’Ă©criture du compositeur russe, son Ă©coulement organique, sa prodigieuse couleur humaine : mises en regard avec les mĂŞmes symphonies rĂ©alisĂ©es près de 10 ans plus tard avec les Berliner Philharmoniker (Symphonies 1 et 5 prĂ©cisĂ©ment), les premières rĂ©alisations avec Chicago gagnent d’autant plus de profondeur.

Une mĂŞme comparaison peut ĂŞtre d’ailleurs rĂ©alisĂ©e chez Moussorgski (avec les mĂŞmes commentaires positifs) dont Abbado  extrait des fragments passionnants de l’opĂ©ra mĂ©connu mais Ă©blouissant La Khovantchina : rĂ©alisĂ©s Ă  Londres dès 1980, puis repris lors d’un cyclique thĂ©matique Ă  Berlin en 1995/1996.

 

abbado claudioLa boĂ®te miraculeuse recèle bien d’autres joyaux encore comme le live de l’OpĂ©ra de Vienne de mars 1984 pour un Simon Boccanegra de Verdi oĂą perce et captive la gravitĂ© sombre et tragique du drame (avec un plateau somptueux : Bruson,  Ricciarelli,  Raimondi …) ; le concert de la Saint-Sylvestre 1992 oĂą sous la conduite du maestro, les oeuvres concertantes de Richard Strauss dont Burlesque pour piano (avec la complicitĂ© de sa fidèle partenaire Martha Argerich) agrĂ©mentĂ©es du final du Chevalier Ă  la rose valent bien alors le rituel plus mĂ©diatisĂ© du Konzerthaus de Vienne ; enfin l’on ne saurait mettre Ă  l’écart non plus le très beau programme Luigi Nono et Gustave Mahler qui associe Il Canto sospeso du premier aux Kindertotenlieder du second, en un geste dĂ©chirant d’intense et humble vĂ©ritĂ© (cycle thĂ©matique enregistrĂ© Ă  Berlin en 1992)… superbe coffret composant un très bel hommage au regrettĂ© Claude Abbado.

Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)