Festival Contrepoints 62 : L’Allemagne au XVIIè par Raphael Pichon

contrepoints festival 62 10 eme edition presentation compte rendu review CLASSIQUENEWSPas de Calais, Festival Contrepoints, 9 octobre 2015. Raphaël Pichon joue l’Allemagne du XVIIè…  L’appel des orgues.Tout près des terres flamandes, au carrefour des cultures, le festival Contrepoints 62, revisite pour sa dixième année  le patrimoine du Pas de Calais en musique. Pour ce dernier week-end (9 et 10 octobre 2015), c’est la très historique Saint-Omer qui accueillera dans la monumentale Eglise des jésuites, l’ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon. Succombez à la beauté du Pas de Calais, l’appel sublime de ses orgues vous invite à mille surprises! Déjà 10 ans pour le festival Contrepoints qui rayonne actuellement comme chaque automne, sur le territoire du Pas de Calais. Cette année, le festival se concentre sur le territoire de l’Audomarois : d’Aire-sur-la-Lys à Saint-Omer en passant par Tournehem-sur-la-Hem, Houlle et Nielles-lès-Ardres, un vaste périmètre imprégnés des influences flamandes, espagnoles, anglaises et françaises. Outre la qualité des programmes présentés et leur adéquation dans les sites écrins qui les accueillent et dialoguent naturellement avec eux, c’est surtout de la part du Département, la volonté de rendre accessible la musique classique et le spectacle vivant au plus grand nombre (grâce des prix au billet particulièrement attractifs). Les curieux souhaitant en savoir plus sur le patrimoine historique du Pas de Calais ont tout loisir pour suivre lors de leur séjour sur le territoire les ballades « Patrimoine » organisées avec Pays d’Art et d’Histoire et les Offices de tourisme (relais, soutiens, partenaires familiers du Festival). Temps fort du dernier week end musical au Pays de Calais, la jeune compagnie La Tempête occupe l’ancienne chapelle des Jésuites de Saint-Omer dans un spectacle chorégraphique et musical autour de Shakespeare qui a fait l’objet d’une remarquable disque, salué d’un CLIC par la rédaction de classiquenews ; cette traversée en terres shakespeariennes  fait ainsi écho à la récente découverte d’un des rares exemplaires du First folio dans les rayonnages de la bibliothèque de Saint-Omer. “Une découverte qui enrichit le patrimoine d’un territoire bien vivant”, souligne Sébastien Mahieuxe, directeur artistique du festival le plus actif au nord de la France chaque automne. Les 3 concerts ultimes du dernier week end du Festival Contrepoints mettent en avant l’originalité et la jeunesse : Raphaël Pichon, Maude Gratton, les instrumentistes et chanteurs de La Tempête. Soit quelques uns des tempéraments les plus intenses de la nouvelle générations de musiciens.

 

 

 

 

Festival Contrepoints au Pas de Calais
Les 9 et 10 octobre 2015

 

 

 

Vendredi 9 octobre 2015. 20h30
AIRE-SUR-LALYS / COLLEGIALE SAINT PIERRE
Schütz, Bernhard, Buxtehude, Bach

 

ANONYME, O Traurigkeit ! O Herzeleid !
Christoph BERNHARD, Tribularer si nescirem
Johann Christoph BACH, Mit Weinen hebt sich’s an, Herr, wende dich und sei mir
Marco Giuseppe PERANDA / Johann Sebastian BACH, Missa in a ou Kyrie in c
Dietrich BUXTEHUDE, Fürwahr, er trug unsere Krankheit  BuxWV 31
Christoph BERNHARD, Herr, nun lässest du deinen Diener
Heinrich SCHÜTZ, Selig sind die Toten
Johann Sebastian BACH, Christ lag in Todesbanden  BWV 4
 

Ensemble Pygmalion
Raphaël Pichon,, direction
Hana Blazikova, soprano

Lucile Richardot, alto
Thomas Hobbs, ténor
Christian Immler, basse
 
 

Raphael au festival Contrepoints 62L’Allemagne musicale au XVIIè, au temps de la Guerre de Trente Ans… Comprendre le génie de J.S. Bach, c’est remonter jusqu’au siècle qui le précède… jusqu’à la piété luthérienne qui façonne une grande partie de l’Allemagne baroque. Au coeur même du XVIIe siècle, Schütz pose les bases de cette esthétique unique au regard de l’Italie et de la France. Parmi ses élèves à l’honneur dans le programme : Christoph Bernhard, Melchior Franck, Marco Giuseppe Peranda, Franz Tunder ou encore Johann Rosenmüller. Pour tous ces compositeurs, les joies célestes constituèrent les réponses musicales aux souffrances d’ici-bas. Par la spiritualité qu’apporte la réunion du texte et de l’harmonie, les compositeurs qui précèdent Bach réussissent à expier les affres de la guerre de Trente ans par une écriture musicale particulièrement délectable.

 

 

 

 

 

Samedi 10 octobre 2015, 10h
SAINT-OMER / CATHÉDRALE
AVIS DE TEMPÊTE !

Rameau, Franck, Liszt, Alain, Messiaen
Maude Gratton, orgue

Les éléments déchainés ont inspiré les compositeurs baroques mais aussi romantiques. La jeune claviériste Maude Gratton nous propose un programme entre calme et tempête sur l’un des plus beaux instruments construits par Aristide Cavaillé-Coll : l’orgue de la cathédrale de Saint-Omer.

Durée : 50 mn

 

 

 

 

Pas de Calais

Dernier Week end – Festival Contrepoints 2015

WEEK-END 3 : AVIS DE TEMPÊTE !

Vendredi 9 octobre

20H30 / AIRE-SUR-LA-LYS / COLLEGIALE SAINT-PIERRE
Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon / O Traurigkeit ! : oeuvres de Schütz, Bernhard, Bach
Samedi 10 octobre
17H / SAINT-OMER / CATHÉDRALE
Maude Gratton / Avis de tempête !
20H30 / SAINT-OMER / CHAPELLE DES JESUITES
Compagnie La Tempête, Simon-Pierre Bestion / The Tempest : oeuvres de Purcell, Locke, Martin, Hersant, Pécou

Informations pratiques
Festival Contrepoints 62, Pas de Calais
Plein tarif : 5 €
Gratuit pour les – de 18 ans, étudiants – 26 ans, demandeurs d’emploi et bénéficiaires du RSA
Sauf Cathédrale de feu et conférence : entrée libre

 

 

boutonreservationInformations et réservations
03 21 21 47 30
www.contrepoints62.fr

 

 

Rédaction : Alban Deags et Pedro Octavio Diaz

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 15 juillet 2015. Brahms; Schumann; Schubert. Wagner; Isaac. Emmanuel Ceysson, harpe; Anneke Scott, Joe Walters, Olivier Picon, Chris Larkin, cors. Ensemble Pygmalion; Raphaël Pichon, direction.

L’édition 2015 du festival de Saintes étant centrée sur les jeunes talents, de nombreux artistes prometteurs ou déjà reconnus se croisent dans l’église abbatiale de Saintes. Nous avons dit dans une autre chronique tout le bien que nous pensions de Jean Rondeau, claveciniste et pianiste de haut vol, de Bach au Jazz; le 15 juillet au soir, c’est Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion, dont il est le directeur musical et fondateur, qui se sont installés à l’Abbaye aux Dames. Le jeune chef, il n’a que 31 ans, a, dès 2005, centré le répertoire de Pygmalion sur la musique de Johann Sebastian Bach (1685-1750) et Jean Philippe Rameau (1683-1764). Ceci ne l’empêche pas de visiter avec talent d’autres contrées musicales, du XVIIIe siècle à nos jours. Et le concert de ce mercredi soir démontre à quel point Pichon transforme en or tout ce qu’il touche, tant le répertoire visité, est radicalement aussi convaincant que différent de celui qu’il défend habituellement.

Pygmalion explore le canon romantique

raphael_pichonLe programme, consacré aux romantiques allemands, alterne musique instrumentale transcrite pour cors ou pour cors et harpe par le compositeur Vincent Manac’h, et musique vocale, a cappella ou en complicité avec un ou plusieurs des cinq musiciens présents. Le challenge est d’autant plus réussi que nombre d’oeuvres sont totalement méconnues du public : canons pour voix de femmes a cappella de Johannes Brahms (1833-1897), Robert Schumann (1810-1846) ou Franz Schubert (1797-1828). Le pari est risqué mais réussi au delà de toutes nos attentes : précision, rigueur, justesse, diction excellente et direction claire, nette, précise. Il n’y a aucune faiblesse dans les canons a cappella ni dans dans les oeuvres avec accompagnement instrumental comme le chant des filles du Rhin, tiré du Crépuscule des Dieux de Richard Wagner (1813-1883). Quant aux arrangements pour cors ou cors et harpes des oeuvres de Heinrich Isaac (1450-1517), de Schumann ou de Brahms par Vincent Manac’h, ils sont interprétés avec une maîtrise quasi parfaite de leurs instruments par les cinq musiciens invités. Notons également les déplacements du choeur, tant sur la scène que dans le choeur arrière, qui ajoute une petite touche scénographiée, sympathique et attachante à l’ensemble de la soirée. De la première à la dernière note, le public est subjugué au point que les applaudissements, plutôt timides et à rebours en cours de soirée fusent en fin de concert; l’accueil chaleureux qui est réservé aux artistes de ce mercredi soir est grandement mérité au vu de la superbe performance artistique réalisée.

C’est donc un concert quasi parfait que Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion ont présenté mercredi soir à un public plutôt nombreux. D’autant plus idéal que le jeune chef ressort de l’ombre, un certain nombre d’oeuvres vocales, restées méconnues, de grands compositeurs romantiques allemands; et nous tenons à saluer l’audace payante de Pichon qui réussit un coup de maître digne des plus grands. En amont la préparation rigoureuse de l’ensemble vocal contribue aussi pour beaucoup au grand succès de la soirée. Espérons que ce coup de projecteur sera suivi d’une publication au CD.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 15 juillet 2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Ich swing mein horn (pour cor), Göttlicher Morpheus, Wille, wille, will, der mann ist kommen, grausam erweiseit sich amor an mir, Einförmig ist der liebe gram, quatre chants pour voix de femmes, cors et harpe op 17 ; Robert Schumann (1810-1846) : Wiegenlied (arrangement Vincent Manac’h), In meeres Mitten; Meerfay, Die capelle, Sonnerie pour deux cors; Franz Schubert (1797-1828) : Psaume XXIII Gott ist mein hirt, Ständchen, Lacrimosa son io, Coronach; Richard Wagner (1813-1883) : Le crépuscule des Dieux (sonnerie des filles du Rhin, chant des filles du Rhin); Heinrich Isaac (1450-1517) : innsbruck ich muss dich (transcription Vincent Manac’h). Emmanuel Ceysson, harpe; Anneke Scott, Joe Walters, Olivier Picon, Chris Larkin, cors. Ensemble Pygmalion; Raphaël Pichon, direction.

CD, compte rendu critique. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi).

rameau-castor-et-pollux-version-1754-raphael-pichon-pygmalion-cd-harmonia-mundi-2-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015CD. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi). Même si elle ne manque pas d’éloquence instrumentale ni de délicatesse orchestrale (la direction du chef est de ce point de vue, idéalement équilibrée et minutieuse), cette lecture souffre d’un plateau de protagonistes trop disparate.  Le Castor  de Colin Ainsworth déçoit de bout en bout par un manque de soutien, des aigus contournés et un style empoulé et précieux dont les artifices dénaturent le simple récitatif de Rameau. Séjour de l’éternelle paix sans tenue s’effiloche, sans vrai accentuation : le chanteur reste à côté et du personnage et de la situation ; même constat pour la mezzo Clémentine Margaine : Phébé, surexpressive d’un bout à l’autre. Les deux solistes s’enferment dans une lecture linéaire, réductrice et finalement caricaturale de leur personnage respectif : Castor ne cesse de se lamenter, de s’alanguir mollement; Phebé perd toute justesse à force d’exhorter : ses imprécations répétitives s’enlisent; fautive / perfectible, leur conception même du récitatif français qui manque singulièrement de finesse comme de précision : l’art de Rameau est ainsi, il ne souffre aucune imperfection
Meilleurs sont la Telaire d’Emmanuelle de Negri (remarqiable intensité et doloriste contenue, subtilite de l’articulation) ; Pollux du baryton Florian Sempey, même si ce dernier affiche un timbre voilé qui gêne la parfaite clarté de son texte. Son chant semble continûment serré, engorgé.

Ambassadeur d’un Rameau ciselé, Pichon dévoile une remarquable sensibilité instrumentale pour la version de Castor et Pollux 1754

Réussite surtout orchestrale

Parmi les meilleures séquences celle d’Hébé qui ouvre la fin du IV, grâce à l’intervention de la soprano Sabine Devieilhe (rayonnante vocalité) qui diffuse ce parfum de sensualité enivrée dans l’un des tableaux les plus délicats et amoureux de tout le théâtre ramélien : “Voici les dieux. …” Les deux gavottes pour Hebe synthétisent tous les défis de la partition entre respiration et flexibilité comme suspendu et porté par les flûtes qui doivent être incandescentes et d’une subtilité rayonnante. Même français tendre et superbement articulé du ténor Philippe Talbot pour Mercure, et l’air victorieux lumineux de l’athlète. Assurément les piliers vocaux de cette version dont la plus remarquable réussite se situe chez les instruments.

Danses en légèreté volubile et instrumentalement détaillées mais parfois courtes, tous les intermèdes flattent l’oreille par un raffinement instrumental précis et équilibré qui sait nuancer dramatisme et suprême délicatesse. Raphaël Pichon pêche même par un excès de retenue qui s’apparente à de la froideur. Néanmoins parmi les remarquables prouesses de l’orchestre attestant d’une maîtrise des danses entre gracieuse suavité et nerf rythmique l’entrée d’Hébé, surtout, gorgées de saine aération, les gavottes pour la même Hébé décidément inspirante (l’époux de la soprano Devieilhe serait-il porté par l’angélisme suave que lui inspire sa compagne à la ville ?); la précision mordante trépidante des passe pieds pour les Ombres heureuses et la très longue ritournelle affligée pudique de Telaire au début du V restent elles aussi irrésistibles. Comme, pièce maîtresse, la chaconne finale subtil équilibre entre abandon enchanté et inéluctable finalisation le tout articulé et scintillant de milles éclats instrumentaux …
Les choeurs sont diversement convaincants selon les épisodes. A part les hommes (Demons : Brisons les chaines), le choeur manque de précision linguistique d’une façon générale, certes bons exécutants mais en retrait continu : la fête de l’univers qui clôt le drame manque singulièrement d’ampleur et d’aérienne majesté : c’est quand même l’apothéose des deux frères Dioscures à laquelle Rameau dédie son final.

Version essentiellement instrumentale ou la précision reste souveraine et sous le geste du chef affirme une délicatesse d’intonation passionnante; mais il manque le concours de solistes vrais personnalités dramatiques et dans l’enchaînement des tableaux, un sens du théâtre continu.

C’est donc une lecture intéressante du point de vue instrumentale, mais cette version ici et là encensée comme la nouvelle référence, est loin de la maturité des aînés, pionniers chez Rameau et d’une toute autre inspiration : Harnoncourt ou Christie décidément inégalables pour la compréhension profonde de l’opéra le plus joué du vivant de Rameau et après sa mort jusqu’à la chute de l’ancien régime sous le règne de Marie-Antoinette. Si Harmonia Mundi avait opté pour un disque d’extraits comme une Suite de danses, le geste affûté, ciselé et délicat de Pichon aurait mérité un CLIC de classiquenews, assurément.

CD. Rameau : Castor et Pollux (version 1754). Avec Philippe Talbot (Mercure, Un Athlète), Sabine Devieilhe (une Suivante d’Hébé), Emmanuelle de Negri (Télaïre), … Chœur et orchestre Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. 2 cd Harmonia Mundi HMC 902212.13. Enregistré à Montpellier en juillet 2014

CD. Rameau : Dardanus, version 1744 (Pygmalion, 2012)

CD. Rameau : Dardanus, version 1744 (Pygmalion, 2012)     …    Le Château de Versailles inaugure avec ce double cd, sa future collection de témoignages discographiques en liaison avec sa nouvelle programmation musicale et lyrique, réalisée à l’Opéra royal …

Loin de démériter, la lecture que proposent aujourd’hui Raphael Pichon et son équipe ramélienne ” Pygmalion “, manquent indiscutablement … d’épaisseur. Le désir de se dépasser, l’engagement ne sont pas en jeu mais outre les faiblesses d’un plateau de solistes nettement en deçà des joyaux de la partition, la question centrale demeure l’absence criante de ce feu inestimable qui justement fait de Rameau non pas ce musicien savant – qu’a très habilement dénoncé et critiqué Rousseau-,  mais bien le génie de l’opéra baroque français. Il est vrai que seuls les plus grands se sont risqués et ont réussi : au dessus des Minkowski, Herreweghe, et aujourd hui Rousset, se situe en maître absolu, l’inatteignable autant qu’enchanteur, William Christie à la tête de ses Arts Florissants. Souhaitons que pour l’année 2014, celle des 250 ans de la mort du Dijonais, un éditeur pertinent réédite l’ensemble des cd Rameau enregistrés par William Christie… car nous tenons là une somme musicale et lyrique légendaire autant que nécessaire. Le coffret édité par Alpha apporte certes un nouvel éclairage sur une version mésestimée de Dardanus … mais il ne suffit pas de jouer sur instruments anciens, de chanter dans le style historiquement informé, d’étoffer sa démarche d’un aspect documentaire et de recherche pour convaincre absolument. Qui précisait avec raison qu’avant le concert, c’est “ 95% de technique et de recherche ; pendant le concert, c’est 95% de musique ! “…  ? La maxime n’a pas perdu de sa pertinence et démontre qu’ici Rameau, en réalisation finale,  reste trop scolaire. Même s’il est scrupuleusement restitué.

 

 

Un Rameau encore un peu vert

 

DARDANUS_rameau_pygmalion_pichon_cd_alpha
Or qu’avons nous ici ? Parlons d’emblée des faillites vocales … Hélas Bernard Richter fait un Dardanus un peu raide et pointu avec des aigus souvent tendus qui manquent malgré une indiscutable intelligibilité, de souffle et de délire : on ne frémit en rien à l’horreur sensée le/nous saisir dans ces lieux funestes qui ouvrent le IV.
Même l’Ismenor de la basse Joao Fernandes, de loin le timbre le plus savoureux des 3 rôles graves (Ismenor, Teucer et Antenor), reste lui aussi strictement bien chantant si peu impliqué par les enjeux réels du personnage : trop sage, trop prosaïque… dommage car la voix est somptueuse. Et Benoît Arnould que l’on ne cesse de présenter toujours comme la jeune basse prometteuse : son Antenor reste bien sage ; tout aussi tendu et noyauté voire contraint et d’une projection confidentielle là encore. Il n’est que Gaelle Arquez qui exprime d’une certaine façon, dans chacun de ses airs souvent éplorés et plaintifs, (surtout dans le récitatif libre au début du V) les tourments d’une  âme véritablement éprouvée … réussissant à incarner non plus un type mais un être de sang et de langueur, déchiré et tiraillé. .. au comble de la tension et de l’insupportable tragique. De loin, c’est bien la soprano qui campe une Iphise en proie au doute, d’une justesse de ton, fragile et inquiète, jamais convenue ni prévisible (comme peuvent l’être a contrario ses partenaires si convenus).
Reste que dans cette version née de la refonte de 1744 : plus grave et tendue, noire et introspective, si cornélienne au fond, où Rameau concentre son génie sans jamais le diluer-, Pygmalion manque de délire, de vérité ; oserions-nous dire de maturité comme de profondeur ? Le choeur ici réuni peine et pédale trop souvent, sans enclencher une action progressive.
Certes la science agile et fluide des ballets (très beau final dont la fameuse chaconne conclusive si suggestive et aérienne), la nervosité des cordes en résonance avec flûtes et basson, accréditent aujourd’hui ce collectif plutôt jeune dans leur désir de servir Rameau : d’autant que le nom même de l’ensemble serait un hommage au Dijonais…. mais du génie dramatique, de l’art singulier du compositeur philosophe et théoricien, nous n’avons au final qu’un maigre aperçu. Ne s’agirait-il finalement que d’un bon devoir d’école, appliqué, scrupuleux, trop respectueux …. ? Rendez-vous dans quelques années (ou attendons ce 3eme volet déjà annoncé Castor et Pollux… au concert debut 2014 puis comme ici au disque ?). Il n est guère qu’un seul faiseur de rêves et de fulgurance s’agissant de Rameau : William Christie et ses fabuleux Arts Florissants! Autant de science de grâce d’humanité, de passionnante poésie et de magie interprétative née d’une complicité active depuis 30 années ( écoutez ici leur lecture d’Hippolyte et Aricie) … autant de qualités qui nous paraissent hors de portée des interprètes de ce disque.
Remarque : il est dommage que le livret accompagnant et présentant les 2 cd ne développe pas l’approche spécifique des interprètes ; pourquoi défendre aujourd’hui la version 1744 ? Quels apports en découle t il ? Comment défendre surtout une nouvelle lecture, avec quels chanteurs et quel orchestre ? De toutes ces questions passionnantes nous restons tristement orphelins.

 

 

Rameau : Dardanus, version 1744. 2 cd Alpha. Parution : octobre 2013. Solistes, ensemble Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. Enregistrement live réalisé en 2012 à l’Opéra royal de Versailles.