CD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd RamĂ©e – nov 2018)

pigmalion rameau cd ramee korneel bernolet apotheosis critique concert cd clic de classiquenews cd critique classiquenewsCD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd RamĂ©e – nov 2018). DĂšs l’ouverture, on demeure saisi par l’élĂ©gance naturelle, la ligne superbe du chant orchestral qui inscrit la partition dans la sensualitĂ© souveraine, gracieuse, – en rien maniĂ©riĂ©e, propre au rĂšgne de Louis XV
 La tenue du ciseau du sculpteur bientĂŽt Ă©prouvĂ© y est magnifiquement Ă©voquĂ©e par les instruments de l’orchestre. Quand il faut ici rĂ©ussir la prĂ©cision et l’onctuositĂ©, le dĂ©tail et l’allant gĂ©nĂ©ral – notions au centre de l’activitĂ© du sculpteur comme du compositeur, Korneel Bernolet enthousiasme par son sens des respirations, une pulsation saisissante de naturel qui aux cĂŽtĂ©s d’un soin mĂ©ticuleux des nuances, produit de facto, le miracle d’une musique aussi frĂ©missante que la vie elle-mĂȘme. Nous voici au cƓur du sujet de Pygmalion : il est bien question d’un art aussi vivant que la vie elle-mĂȘme. Beau parallĂšle qui aurait charmer Rameau pour lequel rien ne compte plus que le chant et la langue de l’orchestre.

 

 

RAMEAU revivifié : le geste nuancé, palpitant de KORNEEL BERNOLET

 

 

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Les instruments savent en particulier exprimer la nature miraculeuse de l’épreuve qui foudroie littĂ©ralement le sculpteur Pigmalion, dans son atelier : coeur touchĂ©, saisi par la grĂące qui se dĂ©tache de sa propre crĂ©ation (tendre Pigmalion, parfois trop droit et lisse de Philippe GagnĂ© ; ses aigus tendus accusent une voix limitĂ©e qui maniĂ©rĂ©e et monotone, est le maillon faible du plateau : dommage qu’il ne partage pas les nuances et accents accomplis par les instruments) ; notons a contrario relief et nuances d’un autre coeur outragĂ©, car Ă©cartĂ© : la CĂ©phise de Lieselot De Wilde, autrement plus vivante. Surgit alors la statue rendue Ă  la vie (Morgane Heyse : claire et palpitante, infiniment plus vivante et engagĂ©e que son partenaire) ; saluons de mĂȘme Caroline Weynants qui fait un Amour ardent et lumineux, Ă  la fois fragile et sensuel (« Venez aimable GrĂąces / Volez, empressez vous d’embellir ce sĂ©jour »), d’une suavitĂ© embrasĂ©e, saisie elle aussi par le miracle de la statue ressuscitĂ©e (qui est son Ɠuvre, avec la complicitĂ© de sa mĂšre VĂ©nus).

 
 

 
 

les 2 Pygmalions de Rameau et Benda rĂ©vĂšlent
 la somptueuse Ă©lĂ©gance de l’Apotheosis Orchestra

 

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Restent l’orchestre et le direction du chef et claveciniste, Korneel Bernolet, Ă  la tĂȘte de son ensemble sur instruments d’époque (fondĂ© en 2013): Apotheosis Orchestra, articulĂ©, fin, nuancĂ©, douĂ© d’une Ă©lĂ©gance filigranĂ©e trĂšs intĂ©ressante
 l’ex assistant de Sigiswald Kuijken, qui a travaillĂ© aussi avec les Talens lyriques et Joos van Immerseel, n’a guĂšre de qualitĂ©s françaises dans ce rĂ©pertoire,- plutĂŽt une candeur rafraĂźchissante qui change totalement de la tension mĂ©canique que les chefs plus connus assĂšnent ordinairement dans l’Hexagone : ici ni arrogance, ni dĂ©monstration, mais une simplicitĂ© et osons dire un naturel qui respire la musique du divin Rameau ; une comprĂ©hension Ă©vidente qui mĂȘme la fait « parler ». La tenue de l’orchestre Apotheosis est superlative, dans ces dĂ©tails instrumentaux, dans ses choix de tempi, ses silences Ă©loquents. Cependant dans sa pulsion articulĂ©e, vivace, profondĂ©ment nerveuse, de l’intĂ©rieur, jouant sur la fragmentation (cependant jamais diluĂ©e), le chef construit un Rameau somptueusement organique et architecturĂ© (Sarabande et Tambourins) ; sensualitĂ© ductile et superbement caractĂ©risĂ©e dans les 2 pantomimes (niaise puis trĂšs vive, dont la motricitĂ© et l’élan roboratif se rapprochent du sommet antĂ©rieur : PlatĂ©e de 1745 ; d’ailleurs le soliste de Rameau pour Pigmalion et PlatĂ©e fut le mĂȘme : le lĂ©gendaire haute-contre Pierre de JĂ©lyotte)
 Le chef maĂźtrise la pĂąte orchestrale ramĂ©lienne, trouve une sonoritĂ© onctueuse sans jamais sacrifier l’éloquence du discours musical : Ă  travers les danses, le gĂ©nie de Rameau, poĂšte Ă  la verve inouĂŻe s’exprime avec un brio jamais clinquant. Dommage que dans le superbe air « RĂšgne Amour », le chanteur dĂ©jĂ  critiquĂ© manque singuliĂšrement d’éclat et de vĂ©locitĂ©. On comprend que l’acte de ballet composĂ© par Rameau en moins d’une semaine ait tenu l’affiche en 200 reprĂ©sentation jusqu’en 1781. Preuve d’un indiscutable succĂšs.

AprĂšs la franchise expressive, la puissance poĂ©tique de Rameau, Pygmalion de Benda, de 34 ans postĂ©rieur (crĂ©ation Ă  Gotha en sept 1779) semble plus anecdotique, malgrĂ© une rĂ©elle sensibilitĂ© instrumentale, plutĂŽt sĂ©duisante et sombre (hautbois / bassons et cors dans l’ouverture) ; Ă  l’opposĂ© de l’Ɠuvre unitaire entre drame, chant et musique de Rameau, Benda conçoit une partition qui cherche toujours son juste Ă©quilibre entre texte parlĂ© et musique, soit un monodrame, une sorte de monologue, thĂ©Ăątral, oĂč le crĂ©ateur se parle Ă  lui-mĂȘme, soulignant l’impasse dans laquelle il est parvenu
 mais sur le plan de l’écriture, cela tourne Ă  vide, dans des formules Ă©lĂ©gantes qui soulignent la sensibilitĂ© Sturm und drang propre Ă  la pĂ©riode (autour de 1780). Le livret et le monologue de Pygmalion dĂšs le dĂ©but interroge la vacuitĂ© de son inspiration qui elle aussi est Ă  vide ! Le sculpteur se demande ce qu’il est devenu, en un gouffre introspectif absent chez le lumineux Rameau ; Pygmalion se parle Ă  lui-mĂȘme, en proie Ă  la crise artistique ; un effet de miroir dont le chef sait aussi ciseler le relief entre Ă©lĂ©gance et acuitĂ© mordante, (trĂšs Empfindsamkeit : coupe nette et tranchĂ©e, d’une articulation orchestrale lĂ  aussi comme Ă©clairĂ©e de l’intĂ©rieur). Le drame tourne sur lui-mĂȘme : pas d’air, mais un rĂ©citatif entrecoupĂ© de phrases orchestrales, subtilement Ă©noncĂ©es. Jusqu’au solo de violon qui semble enfin dĂ©velopper une idĂ©e musicale (aprĂšs plus de 20 mn de pseudo action), voire exprime l’apaisement recouvrĂ© dans le cƓur et l’esprit du sculpteur un rien agitĂ©. MĂȘme GalatĂ©e, enfin vivante, de marbre Ă  chair dĂ©sirable, qui parle en fin de partition, n’offre aucun air dĂ©veloppĂ© ; pas mĂȘme un duo pour couronner l’opus
 L’action souffre de ne pas fusionner chant et orchestre : cela devient frustrant et marque les limites du genre, embryon inabouti entre thĂ©Ăątre parlĂ© et intermĂšdes de musique orchestrale. CLIC D'OR macaron 200Difficile pour des non-germanophones d’écouter la totalitĂ© du texte, sans le soutien d’airs qui aimantent chant et orchestre. Au moins, le gĂ©nie de Rameau si l’on ne comprend pas le français, regorge d’effets dramatiques et de sĂ©quences instrumentales dĂ©veloppĂ©es, flamboyantes, superlatives. VoilĂ  qui rend peu compte de l’activitĂ© de Benda, kappelldirector Ă  Gotha Ă  partir de 1770 (et jusqu’en mars 1778). Son Ă©criture fait une synthĂšse trĂšs raffinĂ©e entre les Italiens (Hasse, Piccinni, Galuppi
) Gluck et l’élĂ©gance du style Mannheim : tout cela s’entend dans la tenue exemplaire de l’orchestre Apotheosis : lĂ  aussi nuancĂ©, expressif, suggestif.

Pour l’articulation et le relief expressif de l’Orchestre, chez Rameau principalement, le prĂ©sent cd remporte le CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2019. De toute Ă©vidence, Korneel Bernolet est notre nouveau champion chez Rameau : talent dĂ©sormais Ă  suivre. Le jeune chef et claveciniste a une imagination saisissante servie par une somptueuse Ă©lĂ©gance du geste : nous n’avions pas remarquĂ© telles qualitĂ©s ni finesse depuis l’intelligence des Kuijken, Bruggen, Christie
 C’est dire. Un opĂ©ra intĂ©gral bientĂŽt ? le jeune maestro assure le continuo des prochains ARIODANTE de Haendel (Vienne Staatsoper : 8 – 15 nov) et ISIS de Lully par les Talens lyriques au TCE, Paris (6 – 10 dĂ©c 2019).

 

 

 

 
 

 

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CD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd RamĂ©e – nov 2018) – En couverture, la GalatĂ©e de Falconet de 1761.

 

 

Approfondir Mieux connaßtre le chef ramélien KORNEEL BERNOLET http://www.bernolet.com

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Vikingur Ólafsson, piano. Rameau, Debussy.

COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ. Grand, mince, allure de gendre idĂ©al, lunettes , costume clair, trĂšs classe, le pianiste trentenaire, originaire de Reykjavik, s’avance vers le public, micro Ă  la main et explique, en anglais, qu’il est un heureux papa depuis quatre mois, ce qui a changĂ© sa vie et l’a amenĂ© aussi Ă  modifier quelque peu le programme. On n’entendra donc pas Les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky, initialement prĂ©vus. Deux seuls compositeurs au programme : Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928). Ólafsson prĂ©cise qu’il adore la Provence, la France et qu’il tient dans une trĂšs haute estime ces deux compositeurs majeurs. Il nous annonce un voyage Ă©tonnant en croisant ces deux gĂ©nies, synthĂšse de la musique française, entre baroque et couleurs impressionnistes, si Ă©loignĂ©s et pourtant si proches ! Ólafsson ose prĂ©senter Rameau comme un musicien de la couleur, « futuriste », proche finalement de l’idĂ©al des peintres impressionnistes, malgrĂ© les trĂšs nombreuses compositions pour le clavecin, instrument offrant peu de nuances et Debussy pas si Ă©loignĂ© de l’univers de la musique baroque, par sa libertĂ© et sa conquĂȘte du timbre, des images et des contours! Dans la premiĂšre partie, qu’il veut sans applaudissements, seize piĂšces des deux compositeurs vont s’enchaĂźner !

 

 

L’islandais Vikingur Ólafsson rapproche Rameau et Debussy
dans un Ă©blouissant voyage sensoriel

 

 

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Il y en aura quatorze dans la deuxiĂšme partie, avec cette mĂȘme Ă©coute transversale et ce mĂȘme rituel de silence. Le PrĂ©lude, extrait de La Demoiselle Ă©lue de Claude Debussy est d’entrĂ©e magnifique : clartĂ©, couleurs, alternance de grands arpĂšges et d’arrĂȘts surprenants, d’une extrĂȘme sensibilitĂ©. L’enchaĂźnement avec des extraits de la Suite en mi mineur de Rameau, sonne comme une adhĂ©sion au parti pris du pianiste ; on passera pendant pratiquement deux heures d’un compositeur Ă  l’autre : Rameau / Debussy / Rameau / Debussy…et on s’habituera Ă  cette cohabitation Ă©trange au dĂ©part mais inouĂŻe Ă  la fin du parcours, comme une initiation Ă©vidente. Rameau a composĂ© Trois Livres de PiĂšces pour clavecin: 1706-1724-1728, regroupĂ©s par tonalitĂ©s. C’est l’un des plus grands musiciens français, synthĂšse de la musique baroque et apogĂ©e du classicisme, organiste, claveciniste, violoniste, chef d’orchestre, thĂ©oricien. Une Ɠuvre pour clavecin trĂšs variĂ©e : piĂšces imitatives : Le Rappel des oiseaux, La Poule…, piĂšces de caractĂšre : Les tendres Plaintes, Les Muses…,piĂšces de pure virtuosité qui rappellent Scarlatti : Les Tourbillons, Les Trois Mains…, piĂšces plus savantes, dans le sens des nouvelles recherches thĂ©oriques : L’Enharmonique, Les Cyclopes…La Suite en mi mineur a Ă©tĂ© rendu cĂ©lĂšbre par Le Rappel des oiseaux et Le Tambourin. Dans le Rappel des oiseaux, on retrouve toute la science du compositeur: ornements, figuralismes, croisements des deux mains… Evocation narrative de 2 oiseaux, leurs gazouillis, agitation, dialogue. Ce n’est pas qu’une piĂšce descriptive; c’est aussi une piĂšce complexe qui permet Ă  Rameau de nous offrir toute sa science compositionnelle, le motif des oiseaux servant de prĂ©texte Ă  une partition rigoureuse et « dramatique », toujours thĂ©Ăątrale. Ces oiseaux, comme le Rigaudon et le Tambourin sont certainement une Ă©vocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il Ă©tait organiste Ă  Avignon. Ólafsson imprime Ă  chaque piĂšce l’atmosphĂšre idĂ©ale, soit enjouĂ©e, soit plaintive, jeu clair d’une grande Ă©lĂ©gance. La Tarentelle syrienne est une Ɠuvre de jeunesse de Debussy Ă©ditĂ©e sous le titre « Danse ». Musique ternaire Ă  6/8, trĂšs vive, avec de nombreux contretemps qui donnent une allure de danse cabotine ; jeu brillant du pianiste islandais qui fait admirablement ressortir tous les motifs.
Le concert sera un feu d’artifice entre Rameau et Debussy, princes des couleurs, avides d’espaces et de libertĂ©, malgrĂ© les codes ! Dans les deux piĂšces des Children’s Corner, (« SĂ©rĂ©nade Ă  la poupĂ©e », « la neige danse »), le pianiste trouve la justesse de ces piĂšces dĂ©diĂ©es Ă  Claude-Emma, la fille de Debussy, surnommĂ©e Chouchou et trop tĂŽt disparue (14 ans!). Le compositeur note sur la partition : « A ma trĂšs chĂšre Chouchou, avec les tendres excuses de son pĂšre pour ce qui va suivre ! ». Des comptines simples, mais aussi des passages de grande difficultĂ© que surmonte aisĂ©ment Olafsson. « Les tendres plaintes », de la Suite en rĂ© majeur de Rameau, est d’une incroyable mĂ©lancolie, thĂšme Ă  la main droite avec cet Ă©lan sur la tierce : fa-la pour retomber sur la fondamentale rĂ© et un accompagnement rĂ©gulier en arpĂšges sur la tonalitĂ© de rĂ© mineur : superbe ! Des pas sur la neige (sixiĂšme piĂšce du Premier Livre des PrĂ©ludes) de Debussy, et cette impression de dĂ©solation, de solitude, est aussi dans la tonalitĂ© de rĂ© mineur, clin d’Ɠil du pianiste Ă  la magie des Tendres plaintes de Rameau ? La Suite en sol mineur de Rameau nous offre une Poule trĂšs sautillante avec des notes piquĂ©es, rĂ©pĂ©tĂ©es, le pianiste est survoltĂ©. Et cette danse des Sauvages, puissante, d’une thĂ©ĂątralitĂ© impressionnante, extraite du TroisiĂšme livre de clavecin, que Rameau rĂ©utilisera dans son OpĂ©ra-Ballets : Les Indes Galantes (1735), procĂ©dĂ© baroque courant. Le pianiste s’amuse de ces piĂšces descriptives, par des attaques franches puis des pasages plus relĂąchĂ©s! La fille aux cheveux de lin et Ondine de Debussy, deux extraits des Ier et IIĂšme livres des PrĂ©ludes, avec ces effets de vagues rappellent La Mer (TroisiĂšme esquisse : le dialogue du vent et de la mer ». L’IndiscrĂšte de Rameau assoit la forme Rondo avec cette alternance refrain/couplets que le pianiste distille avec une science Ă©tonnante, on croit entendre le clavecin, le violon, la viole de gambe, la flĂ»te, car il s’agit Ă  l’origine d’une PiĂšce de clavecin en concert ! L’exquise transcription par Ólafsson de « l’EntrĂ©e de Polymnie », des BorĂ©ades de Rameau, tragĂ©die lyrique, avec ces relais permanents en croches rĂ©guliĂšres main gauche-main droite dans un tempo lent, binaire, est magique ! La Suite Pour le piano de Debussy, composĂ© de trois piĂšces : « PrĂ©lude », « Sarabande », « Toccata » est le rĂ©sumĂ© de tout le compositeur : thĂšme puissant du PrĂ©lude, martelĂ©, ligne chromatiques, ondulations impressionnistes, sonoritĂ©s trĂšs « jazzy » qui annoncent Gershwin, croisements, grandes vagues, succession d’accords de quartes vibrants et surprenants, qui noient la tonalitĂ©. Si Debussy a toujours refusĂ© l’appellation d’impressionniste, son Ɠuvre est baignĂ©e d’impressions, d’images, et nombreux sont les titres de ses Ɠuvres qui font rĂ©fĂ©rence Ă  des tableaux de la nature : La Mer , Jardins sous la pluie, Le vent dans la plaine
.Estampes ou Images, rappellent la peinture.
La performance de Vikingur Ólafsson est gigantesque car il semble donner Ă  Debussy une Ɠuvre trĂšs structurĂ©e, d’une grande cohĂ©sion que certains lui reprochent souvent d’oublier et Ă  Rameau la libertĂ©, hors des systĂšmes d’Ă©criture que le compositeur français codifiera, pourtant lui-mĂȘme, dans son fameux TraitĂ© d’Harmonie rĂ©duite Ă  ses principes naturels de 1722 qui fait rĂ©fĂ©rence encore aujourd’hui.
On sort de ce concert Ă©merveillĂ©s et secouĂ©s par tant d’Ă©vidence, d’intelligence. Circonspects au dĂ©but de ce collage qui paraissait osĂ©, on salue, Ă  la fin, l’audace d’un concert si rare dans ses choix de programmation : Rameau Ă©tait un homme sec, rugueux, assez instable, brillant, musicien et savant. La carrure, la thĂ©ĂątralitĂ©, les ornements codĂ©s, l’agencement des formules semblaient si Ă©loignĂ©s de Debussy, talentueux mais d’un esprit rebelle, novateur, moderne, anticonformiste, refusant de se plier aux rĂšgles de l’harmonie classique, rejetant les acadĂ©mismes esthĂ©tiques, et recherchant sans cesse des harmoniques audacieuses, refusant les formules, les cadences traditionnelles quand son Ă©minent confrĂšre posait en 1722 de nouvelles rĂšgles avec son TraitĂ© d’harmonie ! Mais si ses thĂšmes de prĂ©dilection : la mer, l’eau, les nuages… permettaient Ă  Debussy une grande mobilitĂ© et des ondulations chromatismes noyant l’harmonie avec des nuances, des modes de jeux, d’un extrĂȘme raffinement, rappelant la palette des peintres, thĂšmes flottants, imprĂ©vus, comme insaisissables (Claude Monet (Impression, soleil levant,1872), il s’agissait d’une libertĂ© Ă©tait trĂšs structurĂ©e, ce que tente de prouver Vikingur Ólafsson, l’absence de de formules figĂ©es, n’excluant pas une extrĂȘme cohĂ©rence. L’immense pianiste Sviatoslav Richter, ne disait-il pas de Debussy : «  Dans la musique de Debussy, il n’y a pas d’Ă©motions personnelles, il agit sur vous encore plus fortement que la nature. En regardant la mer, vous n’aurez pas de sensations aussi fortes qu’en Ă©coutant La Mer. Debussy, c’est la perfection mĂȘme ! ». Le public, debout, applaudissait, sans relĂąche, le plus français des islandais ! Un des trĂšs forts moments du Festival.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ

Crédits photos : Christophe Grémiot
Mercredi 14 août 2019.
‱ RĂ©cital de piano : Vikingur Ólafsson
‱ Oeuvres de Jean-Philippe Rameau et de Claude Debussy

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 26 juil 2019. RAMEAU : Les Indes galantes. De Negri
 /Tournet

rameau jean philippe dossier classiquenews 582 822 dossierCOMPTE-RENDU, opĂ©ra, BEAUNE, le 26 juillet 2019, RAMEAU, Les Indes galantes. De Negri, Talbot, De Donato, Andrieux, Quintans, Roset, dir. Valentin Tournet. A la diffĂ©rence des versions habituellement donnĂ©es (1735, avec ses 3 entrĂ©es premiĂšres, auxquelles s’ajoutent Les sauvages en 1743), c’est celle de 1761 qui est jouĂ©e ce soir. Nous Ă©couterons donc, outre le Prologue, Les Incas, Le Turc gĂ©nĂ©reux, enfin Les Sauvages. C’est le baptĂȘme du feu pour Valentin Tournet, benjamin de la direction baroque (23 ans), au cursus prometteur, mais somme toute normal, encore bien vert. L’encensement d’un chroniqueur Ă©pisodique d’un grand quotidien Ă©tait-il justifiĂ©, qui voyait en lui l’étoile montante de la nouvelle gĂ©nĂ©ration ? Oser s’attaquer Ă  une Ɠuvre aussi exigeante que Les Indes galantes, aprĂšs Christophe Rousset, avant Leonardo Garcia Alarcon (dans moins de trois mois, Ă  Bastille) relĂšve d’un singulier dĂ©fi.

 

 

La direction de Valentin Tournet,
un rien scolaire

 

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Les bonnes surprises ne manquent pas. Outre les solistes, tous connus et apprĂ©ciĂ©s – on en reparlera – les chƓurs, comme l’orchestre ont acquis une maturitĂ© rĂ©elle, et leur professionnalisme est confirmĂ©. L’approche du jeune chef n’a d’autre ambition que de donner Ă  l’ouvrage toute sa vigueur, sa vie, dans une lecture oĂč rĂ©cits, ariettes, scĂšnes descriptives, chƓurs s’enchaĂźnent avec bonheur. Evidemment les caractĂ©ristiques stylistiques sont respectĂ©es par chacun, qu’il s’agisse de phrasĂ©s comme d’ornements. Les rythmes des nombreuses danses qui Ă©maillent la partition sont enlevĂ©s, quasi chorĂ©graphiques, tourbillonnant parfois, avec l’oubli que la nef de la Basilique, oĂč le spectacle a dĂ» ĂȘtre rapatriĂ© car l’orage menaçait, ne sonne pas comme le plein air de la Cour des Hospices. Ainsi, la longue rĂ©sonance brouille l’écoute des tutti, et rĂ©duit-elle la perception que le public a des musiciens situĂ©s en fond d’estrade. PĂ©chĂ© de jeunesse

Le PrĂ©lude, Ă©videmment allĂ©gorique, formel, nous vaut d’écouter Ana Quintans, bonne soprano, secondĂ©e de Luigi de Donato, basse et de Julie Roset, soprano lĂ©ger. Les Ă©quilibres sont parfois compromis Ă  l’intĂ©rieur de l’orchestre comme entre ce  dernier et tel ou tel soliste, mais l’ensemble n’en souffre pas trop.

La deuxiĂšme entrĂ©e, devenue premiĂšre – Les Incas – constitue la page la plus dramatique de l’ouvrage, dominĂ©e par la figure de Huascar, le grand-prĂȘtre amoureux de Phani, qui refuse ses avances. Luigi de Donato, que l’on connaĂźt pour ĂȘtre une des plus grandes basses baroques, un Pluton d’exception, reste en-deçà de son personnage : les moyens sont lĂ , mais la vĂ©hĂ©mence constante du chant ne rend pas compte de la gravitĂ© ni de la noblesse du personnage. « Soleil, on a dĂ©truit tes superbes asiles », page cĂ©lĂšbre Ă  juste titre, introduite piano par l’orchestre, relĂšve davantage de la plainte que de l’invocation. L’éruption volcanique provoquĂ©e par ce malĂ©fique Huascar est bien rendue Ă  l’orchestre et la rĂ©union de Phani avec son amant, « Viens, Hymen », est un pur bonheur. Emmanuelle de Negri va camper en outre une Emilie d’anthologie dans le tableau suivant. La voix est accomplie, souple, longue, expressive, sonore, idĂ©ale dans cet emploi.

Le Turc gĂ©nĂ©reux est Guillaume Andrieux, solide baryton, excellent comĂ©dien, qui ne fait qu’une bouchĂ©e de son rĂŽle. ValĂšre, dont le navire fera naufrage aprĂšs une horrible tempĂȘte – obligĂ©e – retrouve Emilie et leur couple sera libĂ©rĂ© par Osman. Philippe Talbot est ValĂšre, auquel il donne son Ă©paisseur humaine, avec les moyens adĂ©quats. Si leur succĂšs ne s’est jamais dĂ©menti depuis la piĂšce pour clavecin dont l’entrĂ©e est la dĂ©clinaison, Les Sauvages, malgrĂ© leur intrigue un peu simple, sont l’occasion pour Rameau d’écrire ses plus belles pages instrumentales. La danse du grand calumet de la Paix, Ă©videmment, mais surtout la chaconne finale, sommet du baroque français. Solistes, chƓurs, orchestre s’unissent pour les combinaisons renouvelĂ©es, assorties des danses enlevĂ©es dont les sĂ©ductions demeurent aussi vives qu’en leur temps.
La direction, si l’on peut appeler ainsi une battue scolaire, appliquĂ©e, du jeune chef, trop souvent impuissante Ă  Ă©quilibrer, Ă  doser, Ă  sculpter le discours n’est pas un rĂ©el handicap, dans la mesure oĂč chaque interprĂšte est pleinement investi et Ă  l’écoute de l’autre. Mais de lĂ  Ă  ambitionner de diriger une Ɠuvre qui serait mise en scĂšne, il y a un monde. Valentin Tournet franchira toutes ces Ă©tapes, n’en doutons point.
Le concert retransmis en direct sur France Musique, sera diffusĂ© par l’Union europĂ©enne de radio-tĂ©lĂ©vision. Et chacun pourra juger sur piĂšces.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra, BEAUNE, le 26 juillet 2019, RAMEAU, Les Indes galantes. De Négri, Talbot, De Donato, Andrieux, Quintans, Roset, dir. Valentin Tournet.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opĂ©ra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pĂšlerinage est plutĂŽt une notion d’ordre liturgique. Faire le pĂšlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse Ă  tout jamais les individus qui l’entament. Au cƓur de la dĂ©marche, il y a un sens mystique, tout pĂšlerin est un tĂ©moin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les gĂ©nies n’ont pas d’ñge. Dans la partition des Paladins, truffĂ©e d’hĂ©donisme et de passages d’une grande virtuositĂ©, Rameau dĂ©ploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirĂ©e du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », mĂȘme si elle est expurgĂ©e de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualitĂ©. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mĂȘmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnĂ©e et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

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S’engager Ă  faire un opĂ©ra si français dans un thĂ©Ăątre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opĂ©ration dĂ©licate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spĂ©cificitĂ©s, semble parfois inaccessible pour les interprĂštes Ă©trangers. Or, grĂące Ă  l’enthousiasme des Ă©quipes artistiques et le courage de la direction du thĂ©Ăątre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne citĂ© ducale dans le giron de la ville HansĂ©atique de BrĂȘme. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime thĂ©Ăątre Ă  la salle lambrissĂ©e du XIXeme siĂšcle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribuĂ© Ă  parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont rĂ©uni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogĂšne et enthousiasmant. Chaque soliste a pris Ă  bras le corps le style et affrontĂ© les obstacles de cette Ɠuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pĂ©tillante de Sooyeon Lee et dans le double rĂŽle d’Atis et de Manto l’inĂ©narrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevĂ© les dĂ©fis du rĂŽle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert Ă  la musique de Rameau, une interprĂ©tation Ă©clatante. On remarque d’ailleurs l’inventivitĂ© chorĂ©graphique d’Antoine Jully. Le chorĂ©graphe Français, rĂ©vĂšle ainsi des bijoux insoupçonnĂ©s dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaĂźt Ă  oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intĂ©gralement sur boyaux. MenĂ©s par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scĂšne ! A la fois simple dans le dĂ©roulĂ© de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scĂšne de François de Carpentries Ă©voque trĂšs poĂ©tiquement, la nĂ©cessitĂ© de fantaisie dans la vie pour la croquer Ă  pleines dents. Le besoin irrĂ©pressible de candeur pour rĂ©vĂ©ler toute l’humanitĂ© qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels Ă  se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scĂšnes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rĂȘve poĂ©tique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opĂ©ra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bĂ©nĂ©fique au calme de la douce lumiĂšre nordique d’Oldenburg.

  

 

opera-paladins-concerts-festival-annonce-critiqueopera-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-news-paladins_11©-Stephan-Walzl
 

  

 
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
NĂ©rine – Sooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en scĂšne – François de Carpentries
ChorĂ©graphie – Antoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE,opĂ©ra. DIJON, le 20 mars 2019. RAMEAU : Les BorĂ©ades. Vidal
  Haim, Kosky

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieCompte rendu, opĂ©ra, Dijon, OpĂ©ra de Dijon, Auditorium, le 22 mars 2019. Rameau : Les BorĂ©ades. Emmanuelle HaĂŻm / Barrie Kosky. Les BorĂ©ades, ultime ouvrage d’un Rameau de 80 ans, jamais reprĂ©sentĂ© de son vivant, est un magistral divertissement, bien davantage que la « tragĂ©die lyrique » que son sous-titre affirme. Rameau Ă©nonce l’histoire par bribes, sĂ©parĂ©es par des danses ou des chƓurs qui suspendent l’action. L’intrigue, quelque peu dĂ©risoire, est un aimable prĂ©texte. Alphise, reine de Bactriane, est sommĂ©e de choisir son Ă©poux. La tradition lui impose un descendant de BorĂ©e, le vent du nord. Elle repousse les deux prĂ©tendants qui se prĂ©valent de cette filiation pour s’éprendre d’un Ă©tranger, d’origine inconnue : Abaris. On apprendra de la bouche d’Apollon que l’étranger est nĂ© de ses amours avec une nymphe de la lignĂ©e de BorĂ©e. Tout finira donc bien.

Les pĂ©ripĂ©ties liĂ©es Ă  la dĂ©convenue des prĂ©tendants – Calisis et BorilĂ©e -comme de BorĂ©e lui-mĂȘme, vont permettre au librettiste et au musicien de composer des tableaux fantastiques, correspondants aux conventions du temps : orage, sĂ©isme, vents furieux qui enlĂšvent l’hĂ©roĂŻne pour la retenir en un lieu obscur oĂč elle vit de multiples supplices. Ces Ă©preuves et celles imposĂ©es Ă  son amant seront surmontĂ©es grĂące Ă  la flĂšche enchantĂ©e qu’Amour lui avait donnĂ©e.

 
 
 
 
 
 

Les Boréades à Dijon


Réussite absolue et souffle du génie

 

 

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Trop souvent, il faut dĂ©plorer des mises en scĂšne qui s’approprient et dĂ©figurent l’ouvrage pour en faire quelque chose de neuf, sans rapport avec les intentions du livret et de la musique.  Barrie Kosky n’est pas de ceux-là : sa modernitĂ©, bien que radicalement novatrice, est une ascĂšse qui nous permet d’accĂ©der au sens profond. On se souvient du cube qui occupait la place centrale de Castor et Pollux. Ici, Barrie Kosky crĂ©e un dispositif scĂ©nique, d’une abstraction trĂšs esthĂ©tique : une immense boĂźte, sorte d’ingĂ©nieux Ă©crin, qui va s’entrouvrir, se fermer, s’ouvrir largement, emprisonner l’hĂ©roĂŻne, pour une happy end, aprĂšs les Ă©preuves auxquelles les amants seront soumis. Sa face avant servira de fond pour des jeux d’ombres, le plateau surĂ©levĂ©, autour duquel Ă©volueront le plus souvent danseurs et choristes, constituera le creuset d’une alchimie fĂ©conde. Un troisiĂšme niveau sera rĂ©vĂ©lĂ© aux finales des deuxiĂšme et cinquiĂšme actes. Le travail se concentre avant tout sur les corps, sur le geste : la chorĂ©graphie est constante et s’étend Ă  tous les acteurs, solistes, choristes comme danseurs, que seule la virtuositĂ© distingue.

Dans cette ascĂšse plastique, tout fait sens. Accessoire, mais essentielle, la flĂšche, vecteur de l’amour, plantĂ©e en terre au proscĂ©nium Ă  l’apparition du dĂ©cor. Les corolles de gigantesques fleurs, variĂ©es et colorĂ©es Ă  souhait, descendent des cintres dans une apparition admirable. Les costumes, l’usage parcimonieux de la couleur, les Ă©clairages appelleraient un commentaire : la rĂ©ussite est absolue.

Au commencement Ă©tait le souffle. BorĂ©e sera le grand ordonnateur, avant que Jupiter ne s’en mĂȘle. C’est par le souffle qu’il fera naĂźtre la musique. Christopher Purves est une des plus grandes basses baroques. Son Ă©mission et son jeu sont un constant rĂ©gal. Emmanuelle de Negri, qui incarne tour Ă  tour SĂ©mire, Polyymnie, Cupidon et une nymphe, en est le parfait contraire : on ne sait qu’admirer le plus, du jeu ou du chant, tant les personnages cocasses, dĂ©lurĂ©s qu’elle incarne et danse autant qu’elle les chante sont plus attachants les uns que les autres. HĂ©lĂšne Guilmette campe une Alphise Ă©mouvante, au chant exemplaire de clartĂ©. L’Abaris de Mathias Vidal, habitĂ© par son personnage, nous empoigne aux derniers actes. Edwin Crossley-Mercer donne toute leur noblesse Ă  Adamas, puis Ă  Apollon, chant lumineux, rayonnant. Le BorilĂ©e de Yoann Dubruque comme le Calixis de SĂ©bastien Droy sont tout aussi rĂ©ussis.

 
 

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Les chorĂ©graphies d’Otto Pichler, captivantes, pleinement abouties, et les danseurs professionnels – admirables – comme les chƓurs, d’une fluiditĂ© corporelle rarissime, nous rĂ©jouissent.
Emmanuelle HaĂŻm et son Concert d’AstrĂ©e rĂ©alisent lĂ  une magistrale interprĂ©tation, d’une vie constante, colorĂ©e Ă  souhait (ah ! ces flĂ»tes si chĂšres Ă  Rameau), qu’on ne peut dissocier de ce travail d’équipe, exemplaire. A quand un enregistrement et une prise vidĂ©o ? Cette rĂ©alisation superlative l’appelle.
 
 

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Compte rendu, opĂ©ra, Dijon, OpĂ©ra de Dijon, Auditorium, le 22 mars 2019. Rameau : Les BorĂ©ades. Emmanuelle HaĂŻm / Barrie Kosky. CrĂ©dit photographique © OpĂ©ra de Dijon – Gilles Abegg

 
  
 

CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa)

rameau-indes-galantes-gyrorgy-vashegyi-cd-glossa-critique-cd-classiquenews-opera-baroqueCD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa). Certes voici une version annoncĂ©e comme d’importance, – de 1761 ; affaire de spĂ©cialistes et de chercheurs (Prologue plus ramassĂ©, inversion dans l’ordre des entrĂ©es). VĂ©tilles de musicologues. Ce qui compte avant tout et qui fait la valeur de la prĂ©sente production (crĂ©Ă© au MUPA de Budapest en fĂ©vrier 2018), c’est assurĂ©ment le geste sobre, souple, Ă©quilibrĂ© du chef requis pour piloter les solistes (plus ou moins convaincants), surtout le chƓur et l’orchestre, – Purcell Choir et Orfeo Orchestra – deux phalanges crĂ©Ă©es in loco par le maestro György Vashegyi. Osons mĂȘme Ă©crire que ce dernier incarne pour nous, le nouvel Ă©talon idĂ©al dans la direction dĂ©diĂ©e aux Ɠuvres françaises du XVIIIĂš, celles fastueuses, souvent liĂ©es au contexte monarchique, mais sous sa main, jamais droite, tendue ni maniĂ©rĂ©e ou dĂ©monstrative. La sobriĂ©tĂ© et l’équilibre sont sa marque. Un maĂźtre en la matiĂšre.

 

 

le chef hongrois György VASHEGYI confirme qu’il est un grand ramiste
Intelligence orchestrale

 

 

 

D’abord, saluons l’intelligence de la direction qui souligne avec justesse et clartĂ© combien l’opĂ©ra-ballet de Rameau est une formidable machinerie poĂ©tique et aussi dans son Prologue avec HĂ©bĂ©, une Ă©vocation tendre et presque languissante de l’amour pastoral ne serait ce que dans les couleurs de l’orchestre souverain, d’une formidable flexibilitĂ© organique grĂące au geste du chef ; Vashegyi est grand ramĂ©lien jusqu’en Hongrie : il nous rappelle tout ce qu’un McGegan poursuit en vivacitĂ© et fraĂźcheur en Californie (Lire notre critique de son rĂ©cent enregistrement du Temple de la Gloire de Rameau, version 1745, enregistrĂ© Ă  Berkeley en avril 2017).
S’agissant de György Vashegyi, sa comprĂ©hension des ressorts de l’écriture symphonique, les coups de thĂ©Ăątre dont le gĂ©nie de Rameau sait cultiver l’effet, entre Ă©lĂ©gance et superbe rondeur, fait merveille ici dĂšs l’entrĂ©e en matiĂšre de ce Prologue donc, qui est un superbe lever de rideau ; on passe de l’amour enivrĂ© Ă  l’appel des trompettes et du front de guerre
 les deux chanteurs HĂ©bĂ© et Bellone, sont dans l’intonation, juste ; fidĂšles Ă  la couleur de leur caractĂšre, MAIS pour la premiĂšre l’articulation est molle et l’on ne comprends pas 70% de son texte (Chantal Santon) ; quand pour le baryton Thomas DolliĂ©, que l’on a connu plus articulĂ© lui aussi, le timbre paraĂźt abimĂ© et usĂ© ; comme Ă©trangement ampoulĂ© et forcĂ©. MĂ©forme passagĂšre ? A suivre.
A l’inverse, le nerf et la vitalitĂ© dramatique de l’orchestre sont eux fabuleux. Il y a dans cette ouverture / Prologue, Ă  la fois majestueuse et grandiose, versaillaise,  pompeuse et d’un raffinement inouĂŻ, cette ivresse et cette revendication furieuse que dĂ©fend et cultive Rameau avec son sens du drame et de la noblesse la plus naturelle : György Vashegyi l’a tout Ă  fait compris.

Chez Les Incas du PĂ©rou (« PremiĂšre entrĂ©e »), la tenue du choeur et de l’orchestre fait toute la valeur d’une partition oĂč souffle l’esprit de la nature (airs centraux, pivots  «Brillant soleil » puis aprĂšs « l’adoration du soleil », air de Huascar et du chƓur justement : « Clair flambeau du monde » , la force des Ă©lĂ©ments (tremblement de terre qui suit)
 indique le Rameau climatique douĂ© d’une sensibilitĂ© Ă  peindre l’univers et la nature de façon saisissante. Heureusement que le chƓur reste articulĂ©, proche du texte. ce qui n’est pas le cas du Huascar de DolliĂ©, lĂ  encore peu convaincant. Et la phani « grand dessus » plutĂŽt que soprano lĂ©ger (version 1761 oblige) ne met guĂšre Ă  l’aise VĂ©ronique Gens.
Jean-François Bou, Osman d’un naturel puissant, associĂ© Ă  l’Emilie bien chantante de Katherine Watson, est le hĂ©ros du Turc gĂ©nĂ©reux (« DeuxiĂšme entrĂ©e ») ; son engagement dramatique, sans forcer, gagne une saine vivacitĂ© grĂące Ă  l’orchestre impĂ©tueux, Ă©lectrisĂ© dans chaque tableau allusif : tempĂȘte, marche pour les matelots de provence, et les esclaves africains, rigaudons et tambourins

Enfin Les Sauvages, troisiĂšme et derniĂšre entrĂ©e, doit Ă  l’orchestre son unitĂ©, sa cohĂ©rence dramatique, une verve jamais mise Ă  mal qui Ă©lectrise lĂ  encore mais avec tact et Ă©lĂ©gance la danse du grand calumet de la paix, puis la danse des Sauvages, avant la sublime Chaconne, dans laquelle Rameau revisite le genre emblĂ©matique de la pompe versaillaise.
Par la cohĂ©sion sonore et expressive de l’orchestre ainsi pilotĂ©, se dĂ©tache ce qui manquait Ă  nombre de lectures prĂ©cĂ©dentes, un lien organique entre les parties capables de rĂ©vĂ©ler comme les volet d’un vaste triptyque (avec Prologue donc) sur le thĂšme de l’amour galant, selon les latitudes terrestres. Au PĂ©rou, en Turquie et aux AmĂ©riques, coule un mĂȘme sentiment Ă©perdu, alliant convoitise, dĂ©sir, effusion finale.

 
 

 
 

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CLIC_macaron_2014La lecture confirme l’excellente comprĂ©hension du chef hongrois, son geste sĂ»r et souple, rythmiquement juste, choralement maĂźtrisĂ©, orchestralement articulĂ© et prĂ©cis. La tenue des voix – volontairement assumĂ©es « puissantes » posent problĂšme pour certaines d’entre elles car outrĂ©es, affectĂ©es ou totalement inintelligibles. Depuis Christie, on avait compris que le baroque français tenait sa spĂ©cificitĂ© de l’articulation de la langue
 Souvent le texte est absent ici. On frĂŽle le contresens, mais cela pointe un mal contemporain : l’absence actuelle d’école française de chant baroque. Ceci est un autre problĂšme. Cette version des Indes Galantes 1761 mĂ©rite absolument d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e, surtout pour le geste gĂ©nĂ©reux du chef. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le choix des voix et la conception esthĂ©tique dont elles relĂšvent, la vision globale elle mĂ©rite un CLIC de classiquenews.

 
 

  

 
 

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CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes, ballet hĂ©roĂŻque (1735) / Version de 1761 

 
Chantal Santon-Jeffery : Hébé, Zima
Katherine Watson : Emilie
Véronique Gens : Phani
Reinoud Van Mechelen : Dom Carlos, ValÚre, Damon
Jean-Sébastien Bou : Osman, Adario
Thomas Dolié, : Bellone, Huascar, Dom Alvar
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction
Glossa / Référence GCD 924005 / durée 2h3mn / parution annoncée le 1err mars 2019

 

 

 

 

 

 

Jephté de Montéclair en direct (MUPA, Budapest)

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetMUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : JephtĂ©. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrĂ©e JephtĂ©, chef-d’Ɠuvre de Michel Pignolet de MontĂ©clair, unique exemple de tragĂ©die composĂ©e sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de MontĂ©clair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du rĂšgne de Louis XIV et l’esprit de la rĂ©gence. C’est le maillon qui manquait Ă  notre connaissance entre la pompe de Lully et le gĂ©nie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair Ă  partir de son installation Ă  Paris (1687) entend s’affirmer dans le milieu musical : il rentre au service de Charles Henri de Lorraine, (Prince de VaudĂ©mont), gouverneur du Milanais qu’il accompagne jusqu’à Milan, assimilant les derniĂšres trouvailles des auteurs italiens Ă  la mode (1690-1699). D’Italie, il rapporte jusque dans l’orchestre de l’AcadĂ©mie royale, la maĂźtrise de la basse de violon (contrebasse). Il assoit sa rĂ©putation de grand pĂ©dagogue, auprĂšs entre autres de la fille de François Couperin (Margerite-Antoinette), Ă©crit une mĂ©thode de violon, surtout attaque Rameau Ă  coup de lettres et de confĂ©rences sur la musique (publiĂ©es dans le Mercure, 1729). SimultanĂ©ment, le gĂ©nie de MontĂ©clair Ă©clate dans sa musique de chambre, contemporaine de celle prisĂ©e par Louis XIV (trios de Marais et de De la Barre) : l’éloquence dans la langueur, qu’affectionne le Souverain, s’épanouit alors. L’époque sera bientĂŽt au saturnisme d’un Watteau, mĂ©lancolique, dĂ©pressif
 mais d’une trĂšs intense vie intĂ©rieure. DouĂ© lui aussi de profondeur et d’un raffinement naturel, MontĂ©clair transpose nombre d’airs lyriques Ă  la mode pour flĂ»te et violon, autant de recueils destinĂ©s au salon. Grand admirateur des Concerts Royaux (1714), Pignolet est comme Couperin, pour la fusion des styles français et italien.
Aux cĂŽtĂ©s de cantates françaises (3 Livres : 1709, 1716, 1728), MontĂ©clair tout en s’opposant Ă  Rameau, le prĂ©figure par sa verve et sa noblesse. AprĂšs l’opĂ©ra-ballet Les FĂȘtes de l’étĂ© (1716), MontĂ©clair livre son chef d’oeuvre, JephtĂ©, opĂ©ra biblique crĂ©Ă© en 1732 (livret de l’abbĂ© Pellegrin), un an avant Hippolyte et Aricie de Rameau (premier opĂ©ra scandaleux de 1733).

monteclair watteau jephte opera review critique opera classiquenewsMĂ©ticuleux jusque dans les moindres dĂ©tails, MontĂ©clair fait paraĂźtre coup sur coup trois Ă©ditions de son ouvrage, abondamment corrigĂ© et considĂ©rablement transformĂ©. A Budapest, le chef passionnĂ© par le Baroque Français György Vashegyi (comme Nicholas McGegan en Californie) dirige une recrĂ©ation  prometteuse, attendue : nouvel accomplissement Ă  mettre au crĂ©dit du chef hongrois, le chef le plus baroque de l’heure. C’est qu’à l’articulation flexible et ronde de sa direction, il ajoute la maĂźtrise dans l’architecture et le souci de l’intelligibilitĂ© des chƓurs, un goĂ»t sĂ»r dans la caractĂ©risation des Ă©pisodes purement instrumentaux. Pour les voix c’est une autre affaire : mais il est vrai, mĂȘme en France, l’école du chant baroque n’existe plus, et l’on prĂ©fĂšre souvent l’ampleur des portes voix Ă  l’articulation intelligible du texte. La leçon de William Christie (qui a signĂ© la premiĂšre mondiale au disque de JephtĂ©) ou de Jean-Claude Malgoire semble perdue : on ne comprend plus aujourd’hui ce que chante les chanteurs
 qui sont en majoritĂ© 
 français. ‹Saluons cependant cette production nouvelle d’un sommet biblique du Baroque Français au dĂ©but des annĂ©es 1730 et avant le Rameau lyrique. Car l’orchestre de MontĂ©clair est de plus passionnants.
vashegyi-gyorgy-indes-galates-rameau-cd-critique-582-594On doit dĂ©jĂ  Ă  György Vashegyi, la recrĂ©ation et l’enregistrement des FĂȘtes de Polymnie (2015), de NaĂŻs (2018) et d’Hypermnestre (Ă  venir en septembre 2019), Grands Motets de Rameau, de d’IsbĂ© de Mondonville (2016 et 2017). Les Indes Galantes du mĂȘme Rameau sont publiĂ©s en mars 2019 : prochaine critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.

 

 

Illustrations : le maestro hongrois, fervent défenseur du Baroque Français, György Vashegyi (DR)

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En direct sur le site du MUPA, BUDAPEST, le 11 mars 2019 à 7:00 pm / 19h
https://www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast

 

 

 

 

György Vashegyi, direction musicale
Tassis Christoyannis, Jephté
Chantal Santon-Jeffery, Iphise
Judith Van Wanroij, la Vérité, Almasie
Thomas Dolié, Phinée
Zachary Wilder, Ammon
Katia Velletaz, Terpsichore, VĂ©nus, une Habitante, une IsraĂ«lite, Élise, une BergĂšre
David Witczak, Apollon, Abner, un Habitant
Clément Debieuvre, Abdon, un Hébreu
AdriĂĄna Kalafszky, Polymnie

Purcell Choir
Orfeo Orchestra

3h15 avec entracte

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplĂ© avec Amour et PsychĂ© de Mondonville. Emmanuelle HaĂŻm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’OpĂ©ra de Lille, le ThĂ©Ăątre de Caen, l’OpĂ©ra de Dijon et les ThĂ©Ăątres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idĂ©e qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et PsychĂ© (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thĂšme de l’amour.

 
 

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La premiĂšre piĂšce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. TirĂ© du dixiĂšme livre des MĂ©tamorphoses d’Ovide, le livret reprend la lĂ©gende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-mĂȘme sculptĂ©e. L’Amour anime la statue et le chƓur chante les louanges du dieu qui rĂšgne sur les cƓurs. La deuxiĂšme piĂšce est la troisiĂšme entrĂ©e du ballet hĂ©roĂŻque intitulĂ© Les FĂȘtes de Paphos qui est formĂ© en fait de trois ballets autonomes (VĂ©nus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et PsychĂ©), composĂ©s entre 1747 et 1758, et reliĂ©s a posteriori sous le titre de FĂȘtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une mĂȘme thĂ©matique amoureuse, ils diffĂšrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche Ă  Ă©mouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques prĂ©cises, clartĂ© des pupitres, osmose avec un plateau quasi idĂ©al
 Emmanuelle HaĂŻm, Ă  le tĂȘte de son Concert d’AstrĂ©e, fait des merveilles !
Las, la mise en scĂšne/chorĂ©graphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procĂ©dĂ© qui est de rĂ©aliser des vidĂ©os en live pour les projeter au mĂȘme moment sur des Ă©crans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variĂ©es parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contĂ©es dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La sĂ©rie de clichĂ©s sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyĂ©s pour ce qui est de la partie visuelle

La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirĂ©e !), avec d’abord un hommage appuyĂ© pour le tĂ©nor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour Ă  tour fine et puissante, Ă©lĂ©gance du style et diction parfaite du français. Statue puis PsychĂ©, la jeune soprano colorature française Magali LĂ©ger vit les Ă©mois du sentiment amoureux sans affĂ©terie, et nous gratifie de son beau timbre dĂ©licat. Avec une voix beaucoup plus corsĂ©e, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempĂ©rament Ă  revendre en CĂ©phise puis VĂ©nus. Dans le rĂŽle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle KhourdoĂŻan fait preuve autant de sĂ©duction que d’autoritĂ©, avec des aigus aisĂ©s et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rĂŽle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en dĂ©esse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulĂ©e.
Grùce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu… Les LumiĂšres

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associĂ©s Ă©troitement Ă  la vie de l’Orchestre Ă  chaque saison) dans un cycle Ă©clectique qui s’intĂ©resse aux Ă©critures concertantes et dĂ©jĂ  symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau
 Pleine immersion dans le bain bouillonnant des LumiĂšres, quand le XVIIIĂš façonne Ă  sa maniĂšre l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (Ă©crit Ă  Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuositĂ© et raffinement), raretĂ© d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance, l’ONL met en lumiĂšre le feu mozartien et la sensibilitĂ© coloriste d’un Rameau dĂ©cidĂ©ment trĂšs moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les rĂ©vĂ©lations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux cĂŽtĂ©s des concerts du rĂ©pertoire, prĂ©sentant les Ɠuvres mieux connues des XIXĂš et XXĂš siĂšcles.

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idĂ©e de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idĂ©es et les couleurs en une Ă©criture qui cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de la musique pure ; dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades (qu’il ne verra jamais reprĂ©sentĂ© car les rĂ©pĂ©titions sont annulĂ©es au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilitĂ© nouvelle au paysage atmosphĂ©rique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les BorĂ©ades, Rameau imagine les saisons (tempĂȘtes, souffle des vents du nord, incarnĂ©s par le dieu aĂ©rien BorĂ©e et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturĂ©s (en une scĂšne de torture d’une violence inouĂŻe, oĂč la reine de Bactriane Alphise est malmenĂ©e par BorĂ©e et ses fils, BorilĂ©e et Calisis, Ă  l’acte V
). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nĂ©cessaire pour Ă©quilibrer l’architecture de l’opĂ©ra, riche en rebondissements et Ă©preuves diverses, Rameau invente vĂ©ritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opĂ©ra : la tempĂȘte de l’acte III, qui exprime alors la colĂšre de BorĂ©e (lequel enlĂšve Alphise), le paysage dĂ©vastĂ© qui s’en suit (dĂ©but de l’acte IV) indique l’essor poĂ©tique de l’orchestre, vĂ©ritable acteur du drame, qui permet aussi un parallĂšle Ă©loquent entre l’état de la nature et l’état intĂ©rieur et psychique du hĂ©ros qui est alors en scĂšne (au dĂ©but du IV, c’est Abaris, aimĂ© d’Alpise qui paraĂźt, dĂ©muni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappĂ© BorĂ©e et sa clique de vents haineux)


En homme des LumiĂšres, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volontĂ© et aussi ce mouvement de la sensibilitĂ© qui s’intĂ©resse aux modulations de la Nature, en son Ă©ternel et cyclique Ă©ternitĂ©. Le dĂ©fi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque dĂ©jĂ  prĂ©classique et prĂ©romantique (rĂ©solution des ornements, tenue d’archet, ligne mĂ©lodique Ă  partir des temps forts et secondaires, 
). L’expĂ©rience du chef est ici primordiale pour rĂ©ussir ce dĂ©fi de la pratique historiquement informĂ©e, qui infĂ©ode la technicitĂ© Ă  la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIĂš, Ă  la (re)dĂ©couverte des compositeurs dont le langage a façonnĂ© aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les Ă©critures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage Ă  cette pĂ©riode souvent boudĂ©e, oĂč s’est construit l’essor symphonique, prĂ©parant aux grandes Ɠuvres du plein XIXĂš. De sorte que l’on comprend comment tout est nĂ©, dans la 2Ăš moitiĂ© du XVIIIĂš, le siĂšcle des LumiĂšres. Le cas de Boieldieu est emblĂ©matique de ces auteurs mĂ©connus, oubliĂ©s, et pourtant majeurs Ă  leur Ă©poque : bravant les alĂ©as politiques de son Ă©poque (nĂ© sous l’Ancien RĂ©gime, vivant sous la Terreur, cĂ©lĂ©brĂ© durant le Consulat et l’Empire, puis estimĂ© des Bourbons, enfin ruinĂ© par la RĂ©volution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opĂ©ra dans les trois premiĂšres dĂ©cennies du XIXĂš, c’es Ă  dire quand perce le gĂ©nie de Rossini (Le Calife de Bagdad crĂ©Ă© en 1800, La Dame blanche de 1825
 les chercheurs et producteurs seraient donc inspirĂ©s de se pencher enfin sur son cas : un pur tempĂ©rament imaginatif, dont le gĂ©nie Ă©clectique, synthĂ©tique mĂȘle premier classicisme, romantisme, hĂ©ritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini Ă©videmment)


 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumiùres
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durĂ©e lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă  
 20 mn, selon les interprĂ©tations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est Ă©crite en juillet 1782, Ă  Vienne, oĂč Wolfgang vient de faire reprĂ©senter l’EnlĂšvement au sĂ©rail, d’une violence et d’une exaltation Ă©motionnelle inouĂŻe. Il s’agissait alors de cĂ©lĂ©brer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandĂ© 6 ans auparavant Ă  Mozart (1776) Ă  Salzbourg, une sĂ©rĂ©nade pour le mariage de sa fille Elisabeth. MalgrĂ© une surcharge de travail, Wolfgang Ă  Vienne livre le 3 aoĂ»t 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacitĂ© d’un nouvel Ă©poux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en rĂ© majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frĂ©nĂ©sie exaspĂ©rĂ©e, tempĂ©rĂ©es ou plutĂŽt canalisĂ©es par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de dĂ©couvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte rĂ©confort et sĂ©rĂ©nitĂ© d’une sĂ©rĂ©nade toute imprĂ©gnĂ©e de calme plĂ©nitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto Ă  3/4 indique une extension nouvelle, d’une soliditĂ© inĂ©dite qui montre le soin de Mozart pour cet Ă©pisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractĂ©risations symphoniques, une dĂ©tente faite Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©.
Enfin, le Finale (presto, Ă  2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire rĂ©fĂ©rence Ă  l’air du chef des esclaves Osmin dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans
). Selon Mozart lui-mĂȘme, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit ĂȘtre aborder avec tout le feu nĂ©cessaire. De toute Ă©vidence, le brio, la lĂ©gĂšretĂ© embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempĂ©rament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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L’Orchestre National de Lille Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associĂ©s Ă©troitement Ă  la vie de l’Orchestre Ă  chaque saison) dans un cycle Ă©clectique qui s’intĂ©resse aux Ă©critures concertantes et dĂ©jĂ  symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau
 Pleine immersion dans le bain bouillonnant des LumiĂšres, quand le XVIIIĂš façonne Ă  sa maniĂšre l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (Ă©crit Ă  Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuositĂ© et raffinement), raretĂ© d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance, l’ONL met en lumiĂšre le feu mozartien et la sensibilitĂ© coloriste d’un Rameau dĂ©cidĂ©ment trĂšs moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les rĂ©vĂ©lations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux cĂŽtĂ©s des concerts du rĂ©pertoire, prĂ©sentant les Ɠuvres mieux connues des XIXĂš et XXĂš siĂšcles.

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idĂ©e de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idĂ©es et les couleurs en une Ă©criture qui cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de la musique pure ; dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades (qu’il ne verra jamais reprĂ©sentĂ© car les rĂ©pĂ©titions sont annulĂ©es au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilitĂ© nouvelle au paysage atmosphĂ©rique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les BorĂ©ades, Rameau imagine les saisons (tempĂȘtes, souffle des vents du nord, incarnĂ©s par le dieu aĂ©rien BorĂ©e et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturĂ©s (en une scĂšne de torture d’une violence inouĂŻe, oĂč la reine de Bactriane Alphise est malmenĂ©e par BorĂ©e et ses fils, BorilĂ©e et Calisis, Ă  l’acte V
). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nĂ©cessaire pour Ă©quilibrer l’architecture de l’opĂ©ra, riche en rebondissements et Ă©preuves diverses, Rameau invente vĂ©ritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opĂ©ra : la tempĂȘte de l’acte III, qui exprime alors la colĂšre de BorĂ©e (lequel enlĂšve Alphise), le paysage dĂ©vastĂ© qui s’en suit (dĂ©but de l’acte IV) indique l’essor poĂ©tique de l’orchestre, vĂ©ritable acteur du drame, qui permet aussi un parallĂšle Ă©loquent entre l’état de la nature et l’état intĂ©rieur et psychique du hĂ©ros qui est alors en scĂšne (au dĂ©but du IV, c’est Abaris, aimĂ© d’Alpise qui paraĂźt, dĂ©muni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappĂ© BorĂ©e et sa clique de vents haineux)


En homme des LumiĂšres, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volontĂ© et aussi ce mouvement de la sensibilitĂ© qui s’intĂ©resse aux modulations de la Nature, en son Ă©ternel et cyclique Ă©ternitĂ©. Le dĂ©fi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque dĂ©jĂ  prĂ©classique et prĂ©romantique (rĂ©solution des ornements, tenue d’archet, ligne mĂ©lodique Ă  partir des temps forts et secondaires, 
). L’expĂ©rience du chef est ici primordiale pour rĂ©ussir ce dĂ©fi de la pratique historiquement informĂ©e, qui infĂ©ode la technicitĂ© Ă  la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIĂš, Ă  la (re)dĂ©couverte des compositeurs dont le langage a façonnĂ© aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les Ă©critures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage Ă  cette pĂ©riode souvent boudĂ©e, oĂč s’est construit l’essor symphonique, prĂ©parant aux grandes Ɠuvres du plein XIXĂš. De sorte que l’on comprend comment tout est nĂ©, dans la 2Ăš moitiĂ© du XVIIIĂš, le siĂšcle des LumiĂšres. Le cas de Boieldieu est emblĂ©matique de ces auteurs mĂ©connus, oubliĂ©s, et pourtant majeurs Ă  leur Ă©poque : bravant les alĂ©as politiques de son Ă©poque (nĂ© sous l’Ancien RĂ©gime, vivant sous la Terreur, cĂ©lĂ©brĂ© durant le Consulat et l’Empire, puis estimĂ© des Bourbons, enfin ruinĂ© par la RĂ©volution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opĂ©ra dans les trois premiĂšres dĂ©cennies du XIXĂš, c’es Ă  dire quand perce le gĂ©nie de Rossini (Le Calife de Bagdad crĂ©Ă© en 1800, La Dame blanche de 1825
 les chercheurs et producteurs seraient donc inspirĂ©s de se pencher enfin sur son cas : un pur tempĂ©rament imaginatif, dont le gĂ©nie Ă©clectique, synthĂ©tique mĂȘle premier classicisme, romantisme, hĂ©ritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini Ă©videmment)


 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumiùres
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durĂ©e lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă  
 20 mn, selon les interprĂ©tations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est Ă©crite en juillet 1782, Ă  Vienne, oĂč Wolfgang vient de faire reprĂ©senter l’EnlĂšvement au sĂ©rail, d’une violence et d’une exaltation Ă©motionnelle inouĂŻe. Il s’agissait alors de cĂ©lĂ©brer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandĂ© 6 ans auparavant Ă  Mozart (1776) Ă  Salzbourg, une sĂ©rĂ©nade pour le mariage de sa fille Elisabeth. MalgrĂ© une surcharge de travail, Wolfgang Ă  Vienne livre le 3 aoĂ»t 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacitĂ© d’un nouvel Ă©poux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en rĂ© majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frĂ©nĂ©sie exaspĂ©rĂ©e, tempĂ©rĂ©es ou plutĂŽt canalisĂ©es par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de dĂ©couvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte rĂ©confort et sĂ©rĂ©nitĂ© d’une sĂ©rĂ©nade toute imprĂ©gnĂ©e de calme plĂ©nitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto Ă  3/4 indique une extension nouvelle, d’une soliditĂ© inĂ©dite qui montre le soin de Mozart pour cet Ă©pisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractĂ©risations symphoniques, une dĂ©tente faite Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©.
Enfin, le Finale (presto, Ă  2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire rĂ©fĂ©rence Ă  l’air du chef des esclaves Osmin dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans
). Selon Mozart lui-mĂȘme, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit ĂȘtre aborder avec tout le feu nĂ©cessaire. De toute Ă©vidence, le brio, la lĂ©gĂšretĂ© embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempĂ©rament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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LILLE. L’ONL joue l’Europe des LumiĂšres, de Rameau Ă  Boieldieu

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associĂ©s Ă©troitement Ă  la vie de l’Orchestre Ă  chaque saison) dans un cycle Ă©clectique qui s’intĂ©resse aux Ă©critures concertantes et dĂ©jĂ  symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau
 Pleine immersion dans le bain bouillonnant des LumiĂšres, quand le XVIIIĂš façonne Ă  sa maniĂšre l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (Ă©crit Ă  Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuositĂ© et raffinement), raretĂ© d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance, l’ONL met en lumiĂšre le feu mozartien et la sensibilitĂ© coloriste d’un Rameau dĂ©cidĂ©ment trĂšs moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les rĂ©vĂ©lations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux cĂŽtĂ©s des concerts du rĂ©pertoire, prĂ©sentant les Ɠuvres mieux connues des XIXĂš et XXĂš siĂšcles.

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idĂ©e de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idĂ©es et les couleurs en une Ă©criture qui cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de la musique pure ; dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades (qu’il ne verra jamais reprĂ©sentĂ© car les rĂ©pĂ©titions sont annulĂ©es au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilitĂ© nouvelle au paysage atmosphĂ©rique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les BorĂ©ades, Rameau imagine les saisons (tempĂȘtes, souffle des vents du nord, incarnĂ©s par le dieu aĂ©rien BorĂ©e et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturĂ©s (en une scĂšne de torture d’une violence inouĂŻe, oĂč la reine de Bactriane Alphise est malmenĂ©e par BorĂ©e et ses fils, BorilĂ©e et Calisis, Ă  l’acte V
). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nĂ©cessaire pour Ă©quilibrer l’architecture de l’opĂ©ra, riche en rebondissements et Ă©preuves diverses, Rameau invente vĂ©ritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opĂ©ra : la tempĂȘte de l’acte III, qui exprime alors la colĂšre de BorĂ©e (lequel enlĂšve Alphise), le paysage dĂ©vastĂ© qui s’en suit (dĂ©but de l’acte IV) indique l’essor poĂ©tique de l’orchestre, vĂ©ritable acteur du drame, qui permet aussi un parallĂšle Ă©loquent entre l’état de la nature et l’état intĂ©rieur et psychique du hĂ©ros qui est alors en scĂšne (au dĂ©but du IV, c’est Abaris, aimĂ© d’Alpise qui paraĂźt, dĂ©muni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappĂ© BorĂ©e et sa clique de vents haineux)


En homme des LumiĂšres, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volontĂ© et aussi ce mouvement de la sensibilitĂ© qui s’intĂ©resse aux modulations de la Nature, en son Ă©ternel et cyclique Ă©ternitĂ©. Le dĂ©fi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque dĂ©jĂ  prĂ©classique et prĂ©romantique (rĂ©solution des ornements, tenue d’archet, ligne mĂ©lodique Ă  partir des temps forts et secondaires, 
). L’expĂ©rience du chef est ici primordiale pour rĂ©ussir ce dĂ©fi de la pratique historiquement informĂ©e, qui infĂ©ode la technicitĂ© Ă  la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIĂš, Ă  la (re)dĂ©couverte des compositeurs dont le langage a façonnĂ© aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les Ă©critures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage Ă  cette pĂ©riode souvent boudĂ©e, oĂč s’est construit l’essor symphonique, prĂ©parant aux grandes Ɠuvres du plein XIXĂš. De sorte que l’on comprend comment tout est nĂ©, dans la 2Ăš moitiĂ© du XVIIIĂš, le siĂšcle des LumiĂšres. Le cas de Boieldieu est emblĂ©matique de ces auteurs mĂ©connus, oubliĂ©s, et pourtant majeurs Ă  leur Ă©poque : bravant les alĂ©as politiques de son Ă©poque (nĂ© sous l’Ancien RĂ©gime, vivant sous la Terreur, cĂ©lĂ©brĂ© durant le Consulat et l’Empire, puis estimĂ© des Bourbons, enfin ruinĂ© par la RĂ©volution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opĂ©ra dans les trois premiĂšres dĂ©cennies du XIXĂš, c’es Ă  dire quand perce le gĂ©nie de Rossini (Le Calife de Bagdad crĂ©Ă© en 1800, La Dame blanche de 1825
 les chercheurs et producteurs seraient donc inspirĂ©s de se pencher enfin sur son cas : un pur tempĂ©rament imaginatif, dont le gĂ©nie Ă©clectique, synthĂ©tique mĂȘle premier classicisme, romantisme, hĂ©ritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini Ă©videmment)


 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumiùres
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durĂ©e lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă  
 20 mn, selon les interprĂ©tations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est Ă©crite en juillet 1782, Ă  Vienne, oĂč Wolfgang vient de faire reprĂ©senter l’EnlĂšvement au sĂ©rail, d’une violence et d’une exaltation Ă©motionnelle inouĂŻe. Il s’agissait alors de cĂ©lĂ©brer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandĂ© 6 ans auparavant Ă  Mozart (1776) Ă  Salzbourg, une sĂ©rĂ©nade pour le mariage de sa fille Elisabeth. MalgrĂ© une surcharge de travail, Wolfgang Ă  Vienne livre le 3 aoĂ»t 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacitĂ© d’un nouvel Ă©poux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en rĂ© majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frĂ©nĂ©sie exaspĂ©rĂ©e, tempĂ©rĂ©es ou plutĂŽt canalisĂ©es par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de dĂ©couvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte rĂ©confort et sĂ©rĂ©nitĂ© d’une sĂ©rĂ©nade toute imprĂ©gnĂ©e de calme plĂ©nitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto Ă  3/4 indique une extension nouvelle, d’une soliditĂ© inĂ©dite qui montre le soin de Mozart pour cet Ă©pisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractĂ©risations symphoniques, une dĂ©tente faite Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©.
Enfin, le Finale (presto, Ă  2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire rĂ©fĂ©rence Ă  l’air du chef des esclaves Osmin dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans
). Selon Mozart lui-mĂȘme, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit ĂȘtre aborder avec tout le feu nĂ©cessaire. De toute Ă©vidence, le brio, la lĂ©gĂšretĂ© embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempĂ©rament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieFrance 2. Vendredi 22 juillet 2016, 1h15. Rameau : FĂȘtes de l’hymen et de l’amour. Dans son cyle Nuits d’Ă©tĂ©, France 2 diffuse un concert lyrique inĂ©dit rĂ©alisĂ© pour l’annĂ©e Rameau 2014 (250 ans de la mort du compositeur Dijonais, le gĂ©nie incontestĂ© de la musique française baroque avant l’essor du nĂ©oclassicisme Ă  la fin du XVIIIĂš. Mort en 1764, sans avoir vĂ©cu la crĂ©ation de son dernier opĂ©ra pourtant achevĂ©, Les Borades, Rameau incarne Ă  l’Ă©gal des peitnres Watteau et surtout Boucher puis Fragonard, cet idĂ©al de poĂ©sie sensuelle et d’un raffinement extrĂȘme sur le plan des couleurs instrumentales. En tĂ©moigne ce spectacle d’un genre mixte, qui renouvelle l’idĂ©al inventĂ© au sicĂšle passĂ© par MoliĂšre et Lully, l’OpĂ©ra-ballet, ici en un prologue et trois actes, crĂ©Ă© en 1747. FidĂšle au gĂŽut de Louis XV, souverain neurastĂ©nique et dĂ©pressif que tente d’Ă©gayer sa maĂźtresse L’astucieuse Pompadour, Rameau Ă©chafaude une intrigue lĂ©gĂšre et sentimentale qui dans un souci de renouvellement des genres, fusionne mythologie et exotisme : L’amour(le Roi) se dĂ©sespĂšre mais est bientĂŽt diverti par un pur drame oriental, nilotique, dont le raffinement et l’invention mĂ©lodique illustre le prĂ©texte exotique de chaque acte ou entrĂ©e…
Ainsi c’est une Egypte arcadienne que convoque l’ouvrage de Rameau : dans le premier acte, la reine OrthĂ©sie, un temps trompĂ©e par les intrigues de l’amazone Mirrine, reste distante vis Ă  vis d’Osiris, avant de succomber totalement au charme du dieu d’Egypte.
Dans le second Ă©pisode, Canope / NilĂ©e aime passionnĂ©ment la belle Memphis, mais il doit avant de s’unir Ă  elle, paraĂźtre sous son vrai visage divin et aussi la protĂ©ger du couteau sacrificiel du Grand PrĂȘtre. A la fois dĂ©monstration de puissance (Ă  l’orchestre : Rameau a toujours cultivĂ© les effets cataclysmique, en vrai amoureux de la nature) et coup de tonnerre qui rompt la continuitĂ© du drame, le dĂ©bordement du Nil est un point spectaculaire qui tĂ©moigne du gĂ©nie dramatique de Rameau.

Le troisiĂšme acte Ă©voque les amours du dieu des arts AruĂ©ris et de la belle Orie prĂȘte Ă  succomber aux charmes divin. C’est pour Rameau l’occasion de briller par une orchestration extrĂȘmement subtile. Ici, seule l’invention dont est capable le compositeur assure la cohĂ©rence entre des tableaux assez disparates, mĂȘme si personnages et cadres d’un acte Ă  l’autre se dĂ©roulent en Egypte. mais c’est une Egypte rĂȘvĂ©e et fantasmĂ©e, particuliĂšrement redessinĂ©e selon les lois de la nĂ©cessitĂ© des sentiments exprimĂ©es, en particulier amoureux. Comme l’Arcadie, accueillant bergers et nymphes Ă©tait le lieu de l’opĂ©ra du XVIIĂš pour reprĂ©senter toutes les composantes du drame amoureux, l’Egypte sous Louis XV et grĂące au gĂ©nie de Rameau, est pour le XVIIIĂš, la nouvelle terre des amours contrariĂ©es puis rĂ©solues.

‹‹SYNOPSIS. Au cƓur de son palais, l’Amour s’inquiĂšte. les GrĂąces, les Jeux, les Ris et les Plaisirs ne parviennent pas Ă  l’Ă©gayer. Il rĂ©vĂšle enfin avoir dĂ©clarĂ© la guerre Ă  l’Hymen. La perspective de se soumettre Ă  la puissance de cet ennemi redoutable lui est insoutenable. Un bruit pompeux annonce l’Hymen qui paraĂźt au milieu des Vertus. Contre toute attente, il affirme vouloir faire triompher l’Amour. Celui-ci s’adoucit, retrouve toute sa vitalitĂ© et s’unit Ă  l’Hymen : leurs cours s’Ă©changent des prĂ©sents. On voit bientĂŽt danser ensemble les GrĂąces, les Plaisirs et les Vertus sous l’Ɠil bienveillant des deux divinitĂ©s.

PremiĂšre entrĂ©e / premier acte‹ : Osiris. Mirrine, amazone belliqueuse, tente de persuader sa reine, OrthĂ©sie, de ne pas souffrir la prĂ©sence d’Osiris et de ses troupes. Tandis que ce dernier s’annonce, quelques Amazones courent se prĂ©parer au combat. Osiris prĂ©tend pourtant n’apporter que l’amour et la paix. Il ordonne un ballet gracieux : les saisons, chargĂ©es de fleurs et de fruits, en font prĂ©sent Ă  OrthĂ©sie. La reine et sa suite commencent Ă  se laisser sĂ©duire ; Mirrine, furieuse, prĂ©tend rĂ©sister malgrĂ© tout et disparaĂźt. La fĂȘte se poursuit : les muses descendent des cieux et prĂ©sentent aux Amazones les arts dans toute leur perfection ; les Égyptiens Ă©lĂšvent des berceaux de fleurs magnifiques. De plus en plus d’Amazones rejoignent le divertissement et s’Ă©merveillent de ce qu’elles dĂ©couvrent. Les derniĂšres rĂ©sistances d’OrthĂ©sie s’Ă©vanouissent. Des bruits guerriers se font soudain entendre : Mirrine paraĂźt Ă  la tĂȘte d’une troupe d’Amazones rebelles. Alors qu’elle s’apprĂȘte Ă  frapper Osiris, OrthĂ©sie s’interpose. La dissidente est dĂ©sarmĂ©e. Le geste de la reine n’a trompĂ© personne : elle avoue ĂȘtre Ă©prise d’Osiris. Celui-ci rend hommage Ă  l’Amour. Son peuple s’unit aux Amazones pour une fĂȘte gĂ©nĂ©rale.

DeuxiĂšme entrĂ©e / acte : ‹Canope. Sur les bords du Nil, Ă  la frontiĂšre entre l’Égypte et l’Éthiopie, une fĂȘte en l’honneur de Canope se prĂ©pare. Celui-ci ne songe qu’Ă  dĂ©voiler Ă  la nymphe Memphis, dont il est Ă©pris, sa vĂ©ritable identitĂ©. C’est sous les traits de NilĂ©e, simple Ă©gyptien qu’il l’a sĂ©duite. Elle est annoncĂ©e. Il l’Ă©coute Ă©pancher son cƓur : un songe funeste lui fait craindre d’ĂȘtre celle que l’on sacrifiera Ă  l’occasion de la fĂȘte. NilĂ©e veut la rassurer mais un chƓur de dĂ©ploration donne raison Ă  Memphis : c’est bien elle qui doit perdre la vie. Son amant prĂ©tend la protĂ©ger du couteau des prĂȘtres. DĂ©jĂ  ceux-ci s’avancent et confirment l’arrĂȘt du sort. Memphis se rĂ©signe ; des Ă©gyptiennes viennent la  parer pour le sacrifice, tandis que des prĂȘtresses Ă©lĂšvent des autels. Toutes se lamentent du sort de la nymphe. Les rituels dĂ©butent ; Memphis monte Ă  l’autel ; le Grand-PrĂȘtre saisit le couteau sacrĂ©. Soudain, le jour s’obscurcit ; les flots se soulĂšvent depuis les cataractes jusqu’aux rives d’ Éthiopie. Le dĂ©bordement du Nil annonce l’arrivĂ©e de Canope. Memphis ne peut croire que NilĂ©e et le dieu ne font qu’un. Elle doit pourtant se rendre Ă  l’Ă©vidence. Tous deux Ă©changent alors des serments d’amour. Memphis demande Ă  Canope d’avoir pitiĂ© de son peuple : celui-ci lui obĂ©it, ordonne de grandes rĂ©jouissances, et baptise la ville de leur amour ” Memphis “.

TroisiĂšme ballet / acte : ‹AruĂ©ris ou les Isies. Le dieu des arts, AruĂ©ris, souhaite s’allier Ă  l’amour pour adoucir la vie des humains. La jeune nymphe Orie lui confie ses troubles : le dieu la console en lui vantant la puissance des arts sur l’Ăąme, et finit par lui avouer son amour. Il ordonne des jeux en l’honneur d’Isis, auxquels il l’invite Ă  se joindre. Des Égyptiens chantant, dansant, et jouant d’instruments divers cĂ©lĂšbrent les Isies, joutes artistiques fondĂ©es par AruĂ©ris. On dispute les prix de la voie, de la musique, de la danse. Orie interrompt les jeux et rend hommage Ă  son amant par un chant de la plus grande beautĂ©. Tous dĂ©cident de lui offrir la couronne de myrte pour sa prestation. Orie dĂ©die cette couronne Ă  l’Amour. AruĂ©ris annonce leur hymen prochain et offre aux vainqueurs des jeux la main de celles qu’ils aiment.

Captation Ă  l’OpĂ©ra Royal du ChĂąteau de Versailles ‹Pour l’ouverture officielle de l’annĂ©e Jean-Philippe Rameau (1683-1764)‹Par le Concert Spirituel‹OpĂ©ra-Ballet en un prologue et trois entrĂ©es (1747)‹ChƓur et orchestre du Concert Spirituel / HervĂ© Niquet, direction. ‹‹‹Avec Chantal Santon Jeffery (OrthĂ©sie, Orie), Carolyn Sampson (L’Amour, Memphis, Une premiĂšre Ă©gyptienne, Une bergĂšre Ă©gyptienne), Blandine Staskiewskicz (L’Hymen, Une Ă©gyptienne, Une seconde Ă©gyptienne), Jennifer Borghi (Mirrine), Reinoud van Mechelen (Osiris, Un berger Ă©gyptien, Un Ă©gyptien), Mathias Vidal (Un plaisir, AgĂ©ris, AruĂ©ris), Tassis Christoyannis (Canope), Alain Buet (Le grand-prĂȘtre, Un Ă©gyptien)

france2-logoRameau : Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour, opĂ©ra ballet. France 2, vendredi 22 juillet 2016, 1h15. DurĂ©e : 2h‹ – AnnĂ©e 2014 – ‹RĂ©alisation Yan Proefrock – ‹Production Step by Step production – ‹UnitĂ© musique et spectacles vivants France TĂ©lĂ©visions :  Nicolas Auboyneau - Sophie Humarau

CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

vertigo jean rondeau cd erato critique review classiquenews fevrier 2016CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opĂ©ratique. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pĂ©rĂ©grination intĂ©rieure et surtout personnelle donne la clĂ© du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est Ă  dire baroques, vers 1746… Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’Ă©garer dans un fond de dĂ©cors d’opĂ©ra dont son clavecin (historique du ChĂąteau d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des mĂ©tamorphoses” (comme le prĂ©cise Paul ValĂ©ry, citĂ© dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rĂȘve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisĂšle une sĂ©rie d’Ă©vocations, au relief dramatique multiple, contrastĂ©, parfois violent, parfois murmurĂ© qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rĂ©tablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sĂ©lectionnĂ©es, le profil des deux gĂ©nies nĂ©s pour l’opĂ©ra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), Ă  la carriĂšre fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son ZaĂŻde en 1739. Deux monstres absolus de la scĂšne dont il concentre et synthĂšse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermĂ©e et le prĂ©texte lĂ©gitimĂ©. Comment se comporte le clavier Ă©prouvĂ© lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathĂ©tique Ă  l’opĂ©ra ? Comme il y aura grĂące Ă  Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opĂ©ra (contrastĂ© et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nĂ©s avant l’OpĂ©ra ballet que l’on connaĂźt, dĂšs les Nouvelles Suites de PiĂšces de Clavecin de 1728. DĂ©jĂ  Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilitĂ©s que le programme exprime avec justesse.

 

 

 

Rameau, Royer, Rondeau…

Récital personnel et hommage aussi aux génies lyriques, Royer et Rameau

Jean Rondeau : “le clavecin opĂ©ra”

 

 

 

CLIC_macaron_2014Au final, la rĂ©vĂ©lation de ce disque demeure la piĂšce Vertigo et en gĂ©nĂ©ral, l’Ă©criture ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e, investie du compositeur Pancrace Royer (gĂ©nie disparu en 1755) superbe par sa verve, son panache, une Ă©lĂ©gance puissamment charpentĂ©e qui convoquant  l’opĂ©ra suscite des torrents de dĂ©lires dramatiques avec des failles dans l’intime murmurĂ© qui sculpte de sublime vertiges dramatiques, dignes des machineries spectaculaires sur la scĂšne.
L’imaginaire de Royer se dĂ©voile : course furieuse, ou tempĂȘte invraisemblable aux vagues et cascades et autres dĂ©ferlantes d’une irrĂ©sistible ampleur … un tempĂ©rament inĂ©dit voire inouĂŻ, comme le Rameau d’Hippolyte en 1733.
D’abord lent puis comme endolori, le jeu de Rondeau s’Ă©vĂ©ille aux Ă©vocations convoquĂ©es ; puis le claviĂ©riste cisĂšle amoureusement son clavier ; et remodĂšle avec un tempĂ©rament expressif, la carrure originellement lyrique des sĂ©ries de piĂšces choisies en un jeu allusif, plutĂŽt rĂ©jouissant.
Massif par sa sĂ»retĂ© d’intonation et tout autant d’une belle finesse et d’une sobre Ă©coute  intĂ©rieure, le talent de Royer subjugue Ă  mesure qu’il s’Ă©coule sous des doigts aussi enivrĂ©s;  l’approche se fait pudique ensuite pour La Zaide ; l’imagination du claveciniste sĂ©duit irrĂ©sistiblement par une sensibilitĂ© qui se fait mĂ©canique de prĂ©cision  (jeu simultanĂ© aux deux mains dans la mĂȘme Zaide, plage 9 qui dĂ©roule ses guirlandes exaltĂ©es, intĂ©rieures… et tendres).

Ainsi, sujet du prĂ©sent programme, comme il y aura grĂące Ă  Liszt Ă  l’Ăąge romantique le piano orchestre qui par le feu synthĂ©tique dramatique de son jeu conteur exprime le gĂ©nie wagnĂ©rien par la transcription mais sans jamais le rĂ©duire, Jean rondeau dans Vertigo entend ouvrir notre conscience Ă  la verve magicienne du “clavecin opĂ©ra” : de Royer Ă  Rameau, c’est tout un univers poĂ©tique et une esthĂ©tique sonore qui se nourrit du seul jeu du clavier des cordes pincĂ©es. De la salle lyrique et des planches, au salon et Ă  l’intimitĂ© des cordes sensibles, malgrĂ© le transfert et le passage d’un media Ă  l’autre, d’une Ă©chelle Ă  l’autre, le feu Ă©vocateur n’a pas Ă©tĂ© sacrifiĂ©.
Formidable conteur, le claveciniste parisien exprime au-delĂ  de la technicitĂ© virtuose du toucher et l’agilitĂ© des mains d’une finesse que bien des pianistes pourraient reprendre pour mieux inspirer leur geste propre, toute l’admirable sensibilitĂ© des consciences musicales capables de dire sans forcer, la destinĂ©e humaine dans l’ambition du seul clavier : l’inoubliable repli tĂ©nu, secret, comme blotti, et le renoncement du dernier Royer (L’Aimable,  1er Livre de 1746) ne cesse de nous l’affirmer avec la grĂące d’une inspiration juste et magicienne. En confrontant (immanquablement) les deux “R” du XVIIIĂš (Rameau / Royer), l’approche sĂ©duit par son originalitĂ© ; convainc par la sĂ»retĂ© du jeu, l’assise de ses convictions artistiques. C’est un trĂšs bon rĂ©cital, l’acte et la dĂ©claration d’amour d’un musicien volontaire Ă  son propre instrument. On ne saurait y demeurer insensible. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS en fĂ©vrier et mars 2016.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

 

 

 

CD, compte rendu critique. Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire (Guy van Waas, 2 cd Ricercar RIC 363)

CD, compte rendu critique. Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire (Guy van Waas, 2 cd Ricercar RIC 363). Voici le Rameau officiel qui colle Ă  son sujet : c’est bien en 1745, le musicien le plus cĂ©lĂ©brĂ©, compositeur atitrĂ© Ă  Versailles (nommĂ© en cette mĂȘme annĂ©e de reconnaissance, “compositeur de la musique du Cabinet”) qui s’affirme ici, Ă  croire que le hĂ©ros finalement glorifiĂ© serait bien Rameau lui-mĂȘme. En tout cas sa musique est l’une des plus fastueuses, flamboyantes, diversifiĂ©es. C’est l’annĂ©e des prodiges pour le compositeur : PlatĂ©e, La Princesse de Navarre et donc Le Temple de la Gloire : universel, gĂ©nie imaginatif, Rameau imagine dans le ballet hĂ©roĂŻque, trois opĂ©ras en un. Bacchanale pour la premiĂšre entrĂ©e (BĂ©lus), bacchanale pour la seconde entrĂ©e (Bacchus), tragĂ©die pour la troisiĂšme entrĂ©e (Trajan). MĂȘme le Prologue est l’un des plus raffinĂ©s et aboutis, suscitant dans le personnage de l’Envie trĂ©pignant aux abords du Temple, l’un des personnages graves et tragiques, accompagnĂ© par les bassons, parmi les plus saisissants conçus par Rameau.

rameau temple de la gloire guy van waas cd critique review classiquenewsEn octobre 2014, Guy van Waas dirige ses AgrĂ©mens ciselĂ©s et articulĂ©s avec une distribution engagĂ©e et vive, capable de drame autant que de sĂ©duction linguistique. Le livre cd est l’un des meilleurs apports discographique de l’annĂ©e Rameau 2014 dĂ©jĂ  riche en dĂ©couvertes et belles rĂ©alisations. Le Ballet hĂ©roĂŻque impose un Rameau Ă©difiant voire pompeux mais toujours inspirĂ© par les grĂąces sentimentales propres au rĂšgne de Louis XV et de La Pompadour : de la dĂ©licatesse, de l’hĂ©roĂŻsme, de la sincĂ©ritĂ© aussi, les 3 entrĂ©es font varier les plaisirs ; oĂč rĂ©sonnent les fabuleux oiseaux qui appellent dans le final “la gloire et le bonheur de l’Univers”. Il y a Ă©videmment du Boucher chez ce Rameau courtois, Ă©duquĂ©, raffinĂ©. L’orchestre est d’une constante tension affĂ»tĂ©e et ciselĂ©e, aux couleurs dĂ©licieuses, aux harmonies jamais convenues voire dĂ©concertantes. C’est dans le flot impĂ©tueux d’une musique exaltĂ©e que Rameau le grand prend sa revanche sur Racine, et tous les thĂ©Ăątraux de faiseurs de drame… qui doutaient de sa musique.

Muse princiĂšre de la dĂ©clamation aristocratique, le soprano de Judith van Wanroij incarne de superbes Lydie et Plautine. Chanton Santon surprend dans son emploi dĂ©lirant, dĂ©jantĂ© : son Érigone est fantasque et burlesque mĂȘme. Et les facĂ©ties mordantes du livret de Voltaire sont surtout magistralement dĂ©voilĂ©es par le Bacchus anthologique de Mathias Vidal dont la langue vive, l’acuitĂ© dramatique, le talent direct, intense, prĂ©cis ensorcĂšlent et captivent littĂ©ralement. Superbe rĂ©alisation. VOIR aussi notre reportage vidĂ©o exclusivitĂ© CLASSIQUENEWS © 2014 : Le temple de la gloire enfin ressuscitĂ©.

CD, compte rendu critique. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire. Judith van Wanroij, soprano (Lydie, Plautine), Katia Velletaz, soprano (Une BergĂšre, une Bacchante, Junie), Chantal Santon-Jeffery, soprano (Arsine, Érigone, la Gloire), Mathias Vidal, tĂ©nor (Apollon, Bacchus, Trajan), Alain Buet , basse (L’Envie, BĂ©lus, le Grand PrĂȘtre de la Gloire), Les AgrĂ©mens. Choeur de Chambre de Namur. Guy van Waas, direction. Livre-disque (2 CD)  Ricercar RIC363. EnregistrĂ© en octobre 2014 Ă  LiĂšge et Ă  Versailles.

Le premier Rameau, claveciniste compositeur

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de Polymnielogo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 14 fĂ©vrier 2016, Ă  14h. Rameau : Suite en la… Tribunes des critiques.France Musique questionne une oeuvre rarement mise en avant : la Suite pour clavier composant le sujet novateur et original de son Premier recueil de piĂšces de clavecin, Ă©ditĂ© Ă  Paris en 1706, Ă  l’occasion de son premier et court sĂ©jour dans la Capitale  française. La Suite en la mineure est une oeuvre de jeunesse, extraite du Premier Livre de piĂšces de clavecin (Ă©dité  Ă  compte d’auteur, fin 1706) lorsque le jeune Rameau alors ĂągĂ© de 23 ans, rĂ©alise son premier sĂ©jour Ă  Paris. Le futur auteur pour l’opĂ©ra signe alors un recueil important voire majeur qui devance celui de Couperin dont le Premier Livre paraĂźt en 1713. Les 10 piĂšces du recueil respectent le cadre classique de la Suite de danses Ă  la française, prĂ©alablement introduites par un PrĂ©lude qui en son dĂ©but, fait clairement rĂ©fĂ©rence aux maĂźtres anciens (de fait Rameau se montre disciple de d’Anglebert, surtout de Marchand). Partition prĂ©coce, la maturitĂ© s’y rĂ©vĂšle pourtant, le tempĂ©rament aussi : une puissance de l’originalitĂ© qui est autant Ă©rudite, savante que sensuelle et naturellement accessible. DĂ©jĂ  se profile le gĂ©nie de l’harmonie (subtiles dissonances du PrĂ©lude…). 

Avant de rejoindre la capitale, Rameau a quittĂ© Clermont, dont il tenait les orgues de la cathĂ©drale. A Paris, il recherche un poste d’organiste et en profite pour aller Ă©couter un modĂšle pour lui : Louis Marchand. Pendant ce court sĂ©jour parisien, Rameau assiste Ă  l’Alcyone de Marais (fĂ©vrier 1706) et aussi aux reprises des opĂ©ras de Lully (dont ThĂ©sĂ©e en 1707).

Plan

1Ăšre et 2e Allemande
La premiĂšre, solennelle et presque grave ; la seconde, plus lĂšgĂšre.

Courante
Clair hommage lĂ  encore Ă  Louis Marchand.

Gigue
Biographe de Rameau, Cuthbert Girdlestone, la trouve sautillante et « contrapuntale ». La puissance de son développement désigne le jeune génie de Rameau.

1Ăšre et 2e Sarabande
Rameau y glisse une tendresse inĂ©dite Ă  l’esprit de cette danse.

VĂ©nitienne
Ce Rondeau est un clair hommage Ă  l’opĂ©ra La VĂ©nitienne de Michel de la Barre (1705).

Gavotte
Energie et vitalité empruntent à Louis Marchand, auquel Rameau ajoute la maßtrise ahurissante de la variation.

Menuet
La sobriĂ©tĂ© et l’Ă©lĂ©gance de la piĂšce finale doivent inspirer Ă  l’amateur praticien des variations Ă  sa volontĂ©. Rameau pense Ă  ses “clients” / Ă©lĂšves : Ă  eux de jouer Ă  prĂ©sent.

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 14 fĂ©vrier 2016, Ă  14h. Rameau : Suite en la… Tribunes des critiques. Voir aussi la fiche de l’Ă©mission sur le site de France Musique.

Compte rendu, concert. La Rochelle. La coursive, le 9 octobre 2015. Gluck, Rameau. Les musiciens du Louvre; Marc Minkowski, direction.

HabituĂ© de la RĂ©gion Poitou Charentes depuis la crĂ©ation en 2011 du festival RĂ© Majeure qui se dĂ©roule sur l’Ăźle de RĂ© pour l’Ascension ou la PentecĂŽte, Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski posent leurs valises Ă  La Coursive le temps d’une soirĂ©e. Au programme de ce concert, Marc Minkowski a programmĂ© un rĂ©pertoire que l’orchestre connait parfaitement : des Ɠuvres de Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et de Jean Philippe Rameau (1683-1764).

 

Les musiciens du Louvre jouent Gluck et Rameau Ă  La Rochelle

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdSi Don Juan ou le festin de pierre de Christoph Willibald Gluck (1714-1787) n’est pas son Ɠuvre la plus connue, en effet le public connait mieux OrphĂ©e et Erurydice ou les deux IphigĂ©nie (en Aulide et en Tauride), elle offre de trĂšs belles pages. DĂšs le dĂ©but de la soirĂ©e, Marc Minkowski, visiblement survoltĂ© par le succĂšs de PlatĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris (la derniĂšre reprĂ©sentation en avait Ă©tĂ© donnĂ©e la veille), prend les rennes du concert. TrĂšs inspirĂ© et thĂ©Ăątral, le public rĂ©agit d’ailleurs bien et des rires se font entendre de temps Ă  autre, il conte Don Juan ou le festin de pierre avec moult dĂ©tails. Par ailleurs, il dirige le chef d’oeuvre de Gluck d’une main ferme; et si la battue peut parfois paraĂźtre iconoclaste aux yeux des puristes, elle est efficace, dynamique ; les musiciens la suivent avec une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e.

AprĂšs une courte pause, Marc Minkowski revient sur scĂšne pour diriger «Une symphonie imaginaire» de Jean Philippe Rameau (1683-1764). Avant d’entamer la seconde partie, le chef prend le temps d’expliquer ce qu’est cette «symphonie imaginaire» Ă  un public attentif et visiblement conquis : Il ne s’agit pas d’une Ɠuvre symphonique en elle mĂȘme mais d’un assemblage des plus belles pages instrumentales des opĂ©ras et Ɠuvres instrumentales de Rameau. Ainsi s’offrent Ă  la (re)dĂ©couverte, plusieurs Ɠuvres telles ZaĂŻs, PlatĂ©e, justement, Dardanus, Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Les BorĂ©ades, Les Indes galantes, Le temple de la gloire ou La naissance d’Osiris 
 ; on y trouve aussi, dans cette symphonie imaginaire, un Concert, Ă©crit Ă  l’origine pour sextuor, mais transcrit ici pour orchestre. Marc Minkowski dirige avec une allĂ©gresse et une joie de vivre si communicatives que ses musiciens font danser la musique avec gourmandise. Et d’ailleurs, emportĂ© par la musique, le chef ne peut s’empĂȘcher de danser sur son podium tout comme le timbalier lorsque l’orchestre entame l’entrĂ©e des Sauvages des Indes galantes.

Ravi, le public rĂ©serve un accueil trĂšs chaleureux aux Musiciens du Louvre et Ă  leur chef qui concĂšdent deux bis en fin de concert : un menuet extrait de PlatĂ©e puis, lancĂ©e par le timbalier, l’entrĂ©e des Sauvages. Minkowski dirige le second bis Ă  demi tournĂ©e vers le public qui joue le jeu et frappe des mains en cadence. Les responsables de La Coursive lancent leur saison musicale sur une excellente note.

Compte rendu, concert. La Rochelle. La coursive, le 9 octobre 2015. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Don Juan ou le festin de pierre; Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Une symphonie imaginaire. Les musiciens du Louvre; Marc Minkowski, direction.

Illustration : Jean-Philippe Rameau (DR)

Compte rendu, opéra. Rameau : Platée. Julie Fuchs, Philippe Talbot. Minkowski / Pelly

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Palais Garnier, le 9 septembre 2015. Rameau : PlatĂ©e. Philippe Talbot, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Julie Fuchs, François Lis
 Orchestre et choeur des Musiciens du Louvre Grenoble. Marc Minkowski, direction. Laurent Pelly, mise en scĂšne.

La grenouille prĂ©fĂ©rĂ©e de la planĂšte musicale française ouvre la saison lyrique 2015 – 2016 au Palais Garnier. L’opĂ©ra-ballet PlatĂ©e de Rameau retourne en sa maison nationale dans l’efficace et colorĂ©e production de Laurent Pelly laquelle remonte Ă  1999. Une distribution pĂ©tillante ma non troppo campe avec humour le langage particulier de Rameau. Elle est dirigĂ©e, ainsi que le choeur et orchestre des Musiciens du Louvre, par le chef et prochain directeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux, Marc Minkowski.

 

 

Platée : le plus brillant concert

La premiĂšre de PlatĂ©e eut lieu en 1745 Ă  Versailles Ă  l’occasion du premier mariage du dauphin Louis Ferdinand de France. AprĂšs la premiĂšre et seule reprĂ©sentation, il n’y eut pas de seconde.

PlatĂ©e, « ballet-bouffon » de Rameau, thĂ©oricien de la musique et hĂ©ritier de Lully, pĂšre du baroque français, raconte l’histoire du mariage d’un Jupiter ridicule avec une vieille nymphe jouĂ©e par un homme. Dans le lieu trĂšs conventionnel de la premiĂšre, ce rĂ©cit a dĂ» surprendre et choquer l’auditoire. L’oeuvre est reprise en 1749 avec un succĂšs tiĂšde, puis en 1754 quand elle reçoit les plus grands Ă©loges. Ce « ballet-bouffon », baptisĂ© opĂ©ra-ballet au XXe siĂšcle, avec un livret d’Adrien Le Valois d’Orville d’aprĂšs Jacques Autreau, est une sorte de pastiche sans l’ĂȘtre, une parodie de l’OpĂ©ra oĂč l’on trouve toutes les formules, les stĂ©rĂ©otypes et les formes du genre. L’histoire de la pauvre PlatĂ©e n’en est qu’un prĂ©texte, un dĂ©licieux, irrĂ©vĂ©rencieux, drĂŽlissime prĂ©texte. De fait, le prĂ©texte heureux est aussi une raison pour Rameau de dĂ©ployer tout son talent et faire preuve d’une Ă©tonnante modernité ! Le style est homogĂšne et audacieux, et la caractĂ©risation physique de la grotesque grenouille paraĂźt habiter toute la partition.

Si ce soir de fausse-premiĂšre Ă  l’OpĂ©ra National de Paris (premiĂšre annulĂ©e Ă  cause d’un mouvement social) les chanteurs-acteurs prennent un peu de temps pour se chauffer, ils demeurent joliment investis tout au long des actes. Le rĂŽle ingrat de PlatĂ©e est interprĂ©tĂ© par Philippe Talbot, jeune tĂ©nor aux dons de comĂ©dien confirmĂ©s. Il y excelle dans sa caractĂ©risation de la nymphe laide et humide, avec un français affectĂ© (parfois approximatif) qui sied fantastiquement au personnage. Le tĂ©nor FrĂ©dĂ©ric Antoun dans le rĂŽle de Thespis au prologue, brille par la beautĂ© du timbre, que nous trouvons Ă©tonnamment charmant et chaleureux dans le langage baroque français. Le Jupiter de François Lis comme la Junon d’AurĂ©lia Legay sont superbement chantĂ©s. La Thalie/Folie de Julie Fuchs est une agrĂ©able surprise. L’archi-cĂ©lĂšbre air de la Folie au IIe acte « Formons les plus brillants concerts » est interprĂ©tĂ© avec un brio comique, quelque peu psychiatrique et dĂ©jantĂ© tout Ă  fait formidable ! LA parodie d’un air virtuose Ă  l’italienne est donc chantĂ© et jouĂ© vertueusement par la jeune soprano. Si l’interprĂ©tation vocale trĂšs solide n’est pas notre prĂ©fĂ©rĂ©e au niveau du style, elle demeure efficace et est vivement rĂ©compensĂ©e par les bravos d’un public enflammĂ© (les seuls de la soirĂ©e, remarquons-le).

Il y a deux autres protagonistes musicaux plus ou moins invisibles dans PlatĂ©e. D’abord les choeurs, omniprĂ©sents, et absolument fantastiques sous la direction de Nicholas Jenkins ! Que ce soir dans la louange, l’apothĂ©ose ou l’effroi, ils sont toujours rĂ©actifs et dynamiques ! Nous remarquons la science si prĂ©cise de Rameau par l’excellence de leur performance ! Ils sont onomatopĂ©iques et contrapuntiques selon le besoin, mais toujours impressionnants (les choeurs des grenouilles ou le quintette avec choeur Ă  la fin du IIe acte, entre plusieurs exemples). L’autre c’est bien la danse. 15 danseurs augmentent ou reprĂ©sentent le texte par le biais de leurs mouvements chorĂ©graphiĂ©s par Laura Scozzi. Si c’est souvent un aspect purement divertissant de la production, ceci s’inscrit dans le tout et c’est d’une grande efficacitĂ©.

Comme la mise en scĂšne de Laurent Pelly d’ailleurs, qui assume complĂštement la nature de l’oeuvre et la met en valeur. Ouvertement kitsch, comme PlatĂ©e est ouvertement laide, la production rĂ©ussit Ă  dĂ©poussiĂ©rer cette seule vĂ©ritable comĂ©die lyrique de Rameau par tout une sĂ©rie de procĂ©dĂ©s thĂ©Ăątraux et un travail de comĂ©dien soignĂ©. L’espace, Ă  la fois salle de thĂ©Ăątre et marĂ©cage, est utilisĂ© intelligemment (dĂ©cors de Chantal Thomas) ; les costumes de Pelly sont ingĂ©nieux et fabuleusement moches ! Mais il n’y a rien de moche dans la performance de l’orchestre sous la direction Ă  la fois pĂ©tillante et savante de Minkowski. La complicitĂ© entre le plateau et la fosse est Ă©vidente et jouissive. Les contrastes sont mis en valeur tout en gardant une homogĂ©nĂ©itĂ© stylistique par rapport Ă  l’Ɠuvre. Un travail extraordinaire ! Une reprise Ă  ne pas rater au Palais Garnier de Paris, Ă  l’affiche les 11, 12, 14, 17, 20, 23, 27 et 29 septembre ainsi que les 3, 6 et 8 octobre 2015.

Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault à Rio

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

img02_Rameau

 

 

Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Rio, Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

CD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté, 2014)

rameau zais rousset review account of critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. Rameau : ZaĂŻs. Rousset, 2014 (3 cd ApartĂ©). On ne saurait contester Ă  Christophe Rouset son sens du thĂ©Ăątre, dĂ©veloppĂ©, toujours nerveux sur une vaste palette de rĂ©pertoire comme l’attestent ses derniĂšres rĂ©alisations chez ApartĂ© dĂ©jĂ  : Amadis, PhaĂ©ton et BellĂ©rophon, trilogie mĂ©ritante de Lully pour le XVIIĂš, Hercule Mourant de Dauvergne pour le XVIIIĂš. Ce Rameau s’inscrit trĂšs honorablement parmi les meilleures approches du chef dont une sĂ©cheresse et parfois une direction certes prĂ©cise mais mĂ©canique et un peu courte attĂ©nue l’approfondissement de certaines lectures. D’autant que dans le cas de ZaĂŻs, ouvrage de la pleine maturitĂ© et de l’annĂ©e – 1748 – miraculeuse pour le Dijonais Ă  Versailles, il s’agit d’un double dĂ©fi : orchestral comme l’atteste dĂšs le formidable prologue, son ouverture qui avant Haydn et sa CrĂ©ation de 1800, exprime rien de moins que le nĂ©ant originel et l’organisation du monde (le Chaos et son dĂ©brouillement) ; puis autre dĂ©fi, le profil psychologique de ZĂ©lidie et de ZaĂŻs, cette derniĂšre Ă©tant par sa couleur tragique sentimentale,  prĂ©figuration de la tendre Pamina de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart.

Un entretien vidĂ©o avec le chef pour classiquenews, lors des reprĂ©sentations de ZaĂŻs Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (octobre 2014) avait dĂ©montrĂ© l’ampleur visionnaire et le souffle poĂ©tique de l’Ă©criture d’un Rameau, gĂ©nie de la fragmentation, et dans les choix instrumentaux, narrateur hors pair des climats et des situations. HĂ©las, le livret de Cahusac, poĂšte si rĂ©formateur et vrai complice pour Rameau, s’enlise souvent au point de dĂ©velopper dans des longueurs parfois difficiles Ă  tenir, certaines situations et de nombreux affrontements qui se rĂ©pĂštent.

piau_sandrineL’action met Ă  l’Ă©preuve l’amour de la mortelle ZĂ©lidie pour le gĂ©nie des airs ZaĂŻs. D’une distribution cohĂ©rente, on eut prĂ©fĂ©rĂ© pourtant diseurs plus habitĂ©s et nuancĂ©s que les voix serrĂ©s mais dĂ©jĂ  routiniĂšres des chanteurs des seconds rĂŽles. Seuls Zachary Wilder, Sylphe pĂ©tillant et fluide, et Hasnaa Bennani, Amour charmant et gracile caractĂ©risent sans emphase leurs rĂŽles respectifs. Pour le trio principal, BenoĂźt Arnould fait un Condor un peu contraint et toujours trĂšs (trop) poseur dans son costume de faux sĂ©ducteur, Julian PrĂ©gardien dĂ©ploie en ZaĂŻs, une vĂ©ritable dentelle linguistique idĂ©alement tendre et de plus en plus affectueuse, mais affectĂ© par quelques aigus dĂ©jĂ  tendus ; reviennent Ă  Sandrine Piau (notre photo), toutes les palmes du style et de l’articulation inventive et pourtant stylĂ©e, d’une irrĂ©sistible autoritĂ© et vocale et dramatique : sa ZĂ©lidie affirme contre les prĂ©jugĂ©s tenaces sur l’opĂ©ra de Rameau, la profondeur psychologique du personnage fĂ©minin qui aurait dĂ» donner son nom Ă  la partition. Retenons l’Ă©loquence de ses rĂ©citatifs, au relief, Ă  la caractĂ©risation vivante qui suit chaque inflexion du texte : une dĂ©monstration de vitalitĂ© palpitante qui ressuscite chaque inflexion du texte avec une diversitĂ© expressive remarquable. Rien de tel hĂ©las chez ses partenaires cadets.

 

Evidemment, tout ballet hĂ©roĂŻque comprend de nombreuses entrĂ©es, divertissements, sĂ©quences purement chorĂ©graphiques oĂč rĂšgnent le chatoiement superlatif du toujours excellent choeur de chambre de Namur, idĂ©alement prĂ©parĂ©, Ă  la diction amoureuse et engagĂ©e, Ă  l’articulation prĂ©cises et suave : un modĂšle ici, et pour Rameau, l’autre personnage clĂ© de l’opĂ©ra. MalgrĂ© les Ă©pisodes parfois circonstanciels et rĂ©ellement conformistes, – qui finissent par appesantir le dĂ©roulement du drame, Ă©pisodes parfaitement et strictement redevables de l’esthĂ©tique Louis XV, Rousset sait colorer et articuler l’un des orchestres les plus raffinĂ©s de Rameau.

 

 

 

VOIR le reportage vidĂ©o de classiquenews sur ZAIS de Rameau Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles par Sandrine Piau et Christophe Rousset, novembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

Cd, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Julian Prégardien, Sandrine Piau, Aimery LefÚvre, Benoßt Arnould, Amel B-Djelloul, Hasnaa Bennani, Zachary Wilder. Choeur de chambre de Namur. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. 3 cd Aparte. Enregistrement réalisé à Versailles en novembre 2014.

Reprise de Platée au Palais Garnier

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Paris, Palais Garnier. PlatĂ©e de Rameau : 7 septembre-8 octobre 2015. A l’origine, Rameau, compositeur officiel de la Cour de Louis XV Ă  Versailles Ă©crit cette PlatĂ©e, comĂ©die musicale avant l’heure, crĂ©Ă©e en 1745, d’une forme atypique mariant ballets et pantomimes Ă  une action oĂč les dieux sont convoquĂ©s Ă  la noce de la Nymphe des marais, PlatĂ©e. En raillant cette beautĂ© hideuse que pourtant Jupiter annonce Ă©pouser, la partition fait basculer son propos comico satirique vers le miroir parodique : comme l’a prĂ©cisĂ© trĂšs justement William Christie lors d’une confĂ©rence concert sur PlatĂ©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 2014, PlatĂ©e tend le miroir aux spectateurs : ce que vous voyez, ce que vous moquez
 c’est vous mĂȘmes! Une charge sociale aussi mordante que le Falstaff de Verdi Ă©crit Ă  la fin du XIXĂš. La comĂ©die et le stratagĂšme mis en place pour railler PlatĂ©e, sa trop coupable naĂŻvetĂ©, Ă©pinglent en vĂ©ritĂ© l’arrogance crasse, la vanitĂ© ignorante qui rĂšgnent dans les milieux courtisans et politiques. Rameau au sommet de son art, supplante la nature mĂȘme : imite le chant du hibou, le cri de l’ñne, rĂ©invente la notion mĂȘme de ballet, imagine, trait gĂ©nial, en un dĂ©lire fameux, la Folie qui s’empare de la lyre d’Apollon, puis perfectionne tout un langage harmoniquement novateur, linguistiquement impertinent et ludique qu’il serait difficile aujourd’hui d’égaler.
La mise en scĂšne de Laurent Pelly reste drĂŽlatique et prend le parti de reprĂ©senter PlatĂ©e en grenouille, ce qui n’est justifiĂ© par aucune mention dans le livret. Qu’importe, pour souligner le fossĂ© qui sĂ©pare l’adorable batracienne, du marais puant et nausĂ©abond des dieux et des hommes persifleurs, la production, devenue un mythe scĂ©nique (avec Atys de Lully par William Christie) reprend donc du service avec une distribution nouvelle assez prometteuse (la soprano Julie Fuchs en Folie et Philippe Talbot dans le rĂŽle-titre). A l’OpĂ©ra Garner Ă  Paris, du 7 septembre 2015 et pour 13 reprĂ©sentations.

 

 

 

 

 

Platée de Rameau, repriseboutonreservation
Paris, Palais Garnier, du 7 septembre au 8 octobre 2015
13 reprĂ©sentations – 2h55 avec 1 entracte
Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’aprùs Jacques Autreau

 

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CD, compte rendu critique. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi).

rameau-castor-et-pollux-version-1754-raphael-pichon-pygmalion-cd-harmonia-mundi-2-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015CD. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi). MĂȘme si elle ne manque pas d’Ă©loquence instrumentale ni de dĂ©licatesse orchestrale (la direction du chef est de ce point de vue, idĂ©alement Ă©quilibrĂ©e et minutieuse), cette lecture souffre d’un plateau de protagonistes trop disparate.  Le Castor  de Colin Ainsworth déçoit de bout en bout par un manque de soutien, des aigus contournĂ©s et un style empoulĂ© et prĂ©cieux dont les artifices dĂ©naturent le simple rĂ©citatif de Rameau. SĂ©jour de l’Ă©ternelle paix sans tenue s’effiloche, sans vrai accentuation : le chanteur reste Ă  cĂŽtĂ© et du personnage et de la situation ; mĂȘme constat pour la mezzo ClĂ©mentine Margaine : PhĂ©bĂ©, surexpressive d’un bout Ă  l’autre. Les deux solistes s’enferment dans une lecture linĂ©aire, rĂ©ductrice et finalement caricaturale de leur personnage respectif : Castor ne cesse de se lamenter, de s’alanguir mollement; PhebĂ© perd toute justesse Ă  force d’exhorter : ses imprĂ©cations rĂ©pĂ©titives s’enlisent; fautive / perfectible, leur conception mĂȘme du rĂ©citatif français qui manque singuliĂšrement de finesse comme de prĂ©cision : l’art de Rameau est ainsi, il ne souffre aucune imperfection
Meilleurs sont la Telaire d’Emmanuelle de Negri (remarqiable intensitĂ© et doloriste contenue, subtilite de l’articulation) ; Pollux du baryton Florian Sempey, mĂȘme si ce dernier affiche un timbre voilĂ© qui gĂȘne la parfaite clartĂ© de son texte. Son chant semble continĂ»ment serrĂ©, engorgĂ©.

Ambassadeur d’un Rameau ciselĂ©, Pichon dĂ©voile une remarquable sensibilitĂ© instrumentale pour la version de Castor et Pollux 1754

RĂ©ussite surtout orchestrale

Parmi les meilleures sĂ©quences celle d’HĂ©bĂ© qui ouvre la fin du IV, grĂące Ă  l’intervention de la soprano Sabine Devieilhe (rayonnante vocalitĂ©) qui diffuse ce parfum de sensualitĂ© enivrĂ©e dans l’un des tableaux les plus dĂ©licats et amoureux de tout le thĂ©Ăątre ramĂ©lien : “Voici les dieux. …” Les deux gavottes pour Hebe synthĂ©tisent tous les dĂ©fis de la partition entre respiration et flexibilitĂ© comme suspendu et portĂ© par les flĂ»tes qui doivent ĂȘtre incandescentes et d’une subtilitĂ© rayonnante. MĂȘme français tendre et superbement articulĂ© du tĂ©nor Philippe Talbot pour Mercure, et l’air victorieux lumineux de l’athlĂšte. AssurĂ©ment les piliers vocaux de cette version dont la plus remarquable rĂ©ussite se situe chez les instruments.

Danses en lĂ©gĂšretĂ© volubile et instrumentalement dĂ©taillĂ©es mais parfois courtes, tous les intermĂšdes flattent l’oreille par un raffinement instrumental prĂ©cis et Ă©quilibrĂ© qui sait nuancer dramatisme et suprĂȘme dĂ©licatesse. RaphaĂ«l Pichon pĂȘche mĂȘme par un excĂšs de retenue qui s’apparente Ă  de la froideur. NĂ©anmoins parmi les remarquables prouesses de l’orchestre attestant d’une maĂźtrise des danses entre gracieuse suavitĂ© et nerf rythmique l’entrĂ©e d’HĂ©bĂ©, surtout, gorgĂ©es de saine aĂ©ration, les gavottes pour la mĂȘme HĂ©bĂ© dĂ©cidĂ©ment inspirante (l’Ă©poux de la soprano Devieilhe serait-il portĂ© par l’angĂ©lisme suave que lui inspire sa compagne Ă  la ville ?); la prĂ©cision mordante trĂ©pidante des passe pieds pour les Ombres heureuses et la trĂšs longue ritournelle affligĂ©e pudique de Telaire au dĂ©but du V restent elles aussi irrĂ©sistibles. Comme, piĂšce maĂźtresse, la chaconne finale subtil Ă©quilibre entre abandon enchantĂ© et inĂ©luctable finalisation le tout articulĂ© et scintillant de milles Ă©clats instrumentaux …
Les choeurs sont diversement convaincants selon les Ă©pisodes. A part les hommes (Demons : Brisons les chaines), le choeur manque de prĂ©cision linguistique d’une façon gĂ©nĂ©rale, certes bons exĂ©cutants mais en retrait continu : la fĂȘte de l’univers qui clĂŽt le drame manque singuliĂšrement d’ampleur et d’aĂ©rienne majestĂ© : c’est quand mĂȘme l’apothĂ©ose des deux frĂšres Dioscures Ă  laquelle Rameau dĂ©die son final.

Version essentiellement instrumentale ou la prĂ©cision reste souveraine et sous le geste du chef affirme une dĂ©licatesse d’intonation passionnante; mais il manque le concours de solistes vrais personnalitĂ©s dramatiques et dans l’enchaĂźnement des tableaux, un sens du thĂ©Ăątre continu.

C’est donc une lecture intĂ©ressante du point de vue instrumentale, mais cette version ici et lĂ  encensĂ©e comme la nouvelle rĂ©fĂ©rence, est loin de la maturitĂ© des aĂźnĂ©s, pionniers chez Rameau et d’une toute autre inspiration : Harnoncourt ou Christie dĂ©cidĂ©ment inĂ©galables pour la comprĂ©hension profonde de l’opĂ©ra le plus jouĂ© du vivant de Rameau et aprĂšs sa mort jusqu’Ă  la chute de l’ancien rĂ©gime sous le rĂšgne de Marie-Antoinette. Si Harmonia Mundi avait optĂ© pour un disque d’extraits comme une Suite de danses, le geste affĂ»tĂ©, ciselĂ© et dĂ©licat de Pichon aurait mĂ©ritĂ© un CLIC de classiquenews, assurĂ©ment.

CD. Rameau : Castor et Pollux (version 1754). Avec Philippe Talbot (Mercure, Un AthlĂšte), Sabine Devieilhe (une Suivante d’HĂ©bĂ©), Emmanuelle de Negri (TĂ©laĂŻre), … ChƓur et orchestre Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. 2 cd Harmonia Mundi HMC 902212.13. EnregistrĂ© Ă  Montpellier en juillet 2014

William Christie dirige Rameau et Mondonville

William Christie au ChĂąteau de Vaux le VicomteArte. Dimanche 28 juin 2015, 18h30. Le Baroque de Christie. Mondonville, Rameau : du grand motet Ă  l’opĂ©ra ballet. Le XVIIIĂš en majestĂ©. SoirĂ©e baroque Ă  la Philharmonie de Paris. Direction musicale : William Christie L’ñge d’or de la musique baroque française, entre sacrĂ© et profane est projetĂ© et dĂ©fendu par un collectif  les Arts Florissants et leur chef fondateur William Christie qui interprĂštent ainsi leur rĂ©pertoire de prĂ©dilection. Les Arts Florissants, qui viennent de fĂȘter leurs 35 ans d’existence, donnent accompagnĂ©s de leur directeur musical principal un programme qui illustre leur dĂ©vouement Ă  la musique baroque et, tout particuliĂšrement, aux compositeurs français du XVIII Ăšme siĂšcle. L’ensemble sur instruments anciens y fait dialoguer la musique religieuse et les accents dramatiques mais si poĂ©tiques des Indes Galantes, opĂ©ra ballet gĂ©nial conçu avec le librettiste Fuzelier dont on connaĂźt par ailleurs le talent dans le genre comique : habituĂ©s des trĂ©teaux  de la foire avant de subjuguer Ă  l’opĂ©ra, Rameau Ă  certainement rencontrĂ© l’Ă©crivain librettiste aux  foires parisiennes Saint-Germain ou Saint-Laurent.

Pour la musique profane, William Christie  a sĂ©lectionnĂ© plusieurs extraits des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau parmi lesquelles la cĂ©lĂšbre entrĂ©e Les Sauvages, sĂ»rement la partie la plus connue de cet opĂ©ra en quatre actes, qui sous couvert de fables amoureuses rococo (l’oeuvre a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e et complĂ©tĂ©e dans les annĂ©es 1730), Fuzelier et Rameau dĂ©fendent une vision humaniste dĂ©jĂ  propre Ă  l’esprit des lumiĂšres. Les Incas du PĂ©rou n’y sont pas dĂ©peints avec l’arrogance supĂ©rieure des colons occidentaux mais avec le regard fraternel de vrais humanistes pĂ©nĂ©trĂ© par les valeurs  de Rousseau  (son idĂ©al du bon sauvage non perverti par la soif de l’or et la duplicitĂ© des urbanisĂ©s venus de l’ancien monde).

Cette histoire d’amour qui enchante par son extravagance et son parfum d’exotisme est aussi un sujet engagĂ© et fraternel  qui porte les valeurs humanistes  et universelles  des LumiĂšres. Pour la musique sacrĂ©e, In exitu Israel de Mondonville, originellement destinĂ© aux messes royales cĂ©lĂ©brĂ©es en prĂ©sence de Louis XV et qui est caractĂ©ristique du grand motet français compte parmi les neuf « motets Ă  grands choeurs et orchestre » qui ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s Ă  ce jour. La distribution vocale de la soirĂ©e comprend des partenaires de longue date des Arts Florissants, le baryton Marc Mauillon (laurĂ©at de l’acadĂ©mie qu’il a fondĂ©e Le jardin des Voix) un artiste que l’on a entendu derniĂšrement dans les Grands Motets de Rameau en Europe et dans Les FĂȘtes VĂ©nitiennes de Campra Ă  l’OpĂ©ra comique Ă  Paris et la soprano Danielle de Niese qui participait Ă  la production emblĂ©matique d’Andrei Serban des Indes Galantes en 2003 Ă  l’OpĂ©ra national de Paris Ă©galement dirigĂ©e par William Christie ou la fantaisie baroque The Enchanted Island donnĂ©e au Met de New York fin 2011.

Sens du verbe incarnĂ©, caractĂ©risĂ©, dramatisĂ©,  vision architecturĂ©e et puissante, goĂ»t habitĂ© des intentions du drame inscrit dans chaque texte font de la direction de William Christie l’une des profondes  et des plus investies dans le rĂ©pertoire baroque français.

arte_logo_2013ARTE, dimanche 28 juin 2015, 18h30. Mondonville et Rameau : la musique au XVIIIÚ. William Christie, direction. Avec Les Arts Florissants. Coproduction : ARTE France, CLC Productions (43min). Enregistrée le 16 janvier 2015 à la Philharmonie de Paris

Au programme :

J.J. CassanĂ©a de Mondonville – In exitu Israel (Grands Motets, extraits)

J.P. Rameau – Les Indes Galantes (extraits)

Portrait de Rameau en génie baroque

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieArte, samedi 6 juin, 20h50. Rameau, maĂźtre du baroque. Documentaire inĂ©dit (2014, Olivier Simonnet).Cadet de deux ans des autres gĂ©nies du XVIIIĂšme, Haendel et Bach, Rameau, nĂ© sous la rĂšgne de Louis XIV (en 1683), atteint la pleine maturitĂ© lyrique la cinquantaine passĂ©e (1733 : crĂ©ation de son premier chef d’oeuvre scandaleusement gĂ©nial : Hippolyte et Aricie). Inventeur de nouvelles formes entre l’opĂ©ra tragique, le ballet, la comĂ©die, Rameau ne cesse de se dĂ©rober Ă  toute catĂ©gorisation rĂ©ductrice : un conscience des lumiĂšres, le Dijonais a subtilement colorĂ© chacune de ses partitions d’une lecture humaniste trĂšs engagĂ©e pour l’Ă©poque ; ce qui en fait un compositeur moins officiel et complaisant que complexe, critique, lettrĂ©, allusivement humaniste, un compositeur philosophe qui a de facto collaborĂ© avec Voltaire (Samson avortĂ©, puis La Princesse de Navarre et ZaĂŻs dont le profil de la princesse ZĂ©lidie synthĂ©tise les idĂ©aux maçonniques et fraternels du musicien).
Le docu diffusĂ© par Arte souligne d’abord la premiĂšre carriĂšre de Rameau – avant l’opĂ©ra, comme organiste (comme son pĂšre) : Ă  Dijon, Clermont-, Saint-Etienne, Avignon puis Lyon (c’est probablement pour la capitale des Gaules que Rameau compose dans un contexte encore imprĂ©cis, ses fameux et grandioses Grands Motets).
Parisien, Rameau s’impose par sa science musicale : son Hippolyte et Aricie de 1733 affirme plus qu’un talent : son gĂ©nie. Dans son Ă©criture, coule dĂ©sormais la grĂące tragique et la noblesse hĂ©roĂŻque de Racine, dont la langue dĂ©clamĂ©e est sublimĂ©e par une Ă©criture musicale d’une inspiration inĂ©dite jusqu’alors.

 

 

 

Le portrait docu que diffuse Arte restitue hélas une facette convenue

Rameau, esprit baroque ou conscience des LumiĂšres ?

 

rameau-documentaire-2015-ARTE-philippe-villiersDevenu compositeur de la chambre en 1745, Rameau, premier musicien du rĂšgne de Louis XV, renouvelle le faste poĂ©tique des cĂ©lĂ©brations dynastiques Ă  Versailles, comme ce fut le cas au siĂšcle prĂ©cĂ©dent grĂące Ă  Lully, compositeur officiel de Louis XIV. Certes, le portrait prĂ©sentĂ© par Arte ne manque pas d’intĂ©rĂȘt mais il y manque les spĂ©cialistes français du compositeur dont le pionnier William Christie et l’un des meilleurs connaisseurs actuels parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration des ramistes inspirĂ©s : le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio. De fait, le docu qui se veut exhaustif manque son enjeu mĂȘme s’il est riche en Ă©vocations et sĂ©quences musicales lyriques : le thĂ©oricien sensuel, passionnĂ© par les effets de la Nature comme les vertiges du sentiments est gommĂ© par un portrait assez lisse et convenable, qu’incarne avec une absence de profondeur le comĂ©dien Philippe Villiers. Y paraissent la soprano Sabine Devielhe, le tĂ©nor Cyril Dubois, les chefs Pichon, Minkowski, Rouset. Diantre, le gĂ©nie de Rameau dont on fĂȘtait en 2014, les 250 ans de la disparition, mĂ©ritait un tout autre Ă©clairage, plus intimement connaisseur des derniĂšres trouvailles sur la personnalitĂ© comme l’esprit du musicien : un crĂ©ateur qui depuis les Indes Galantes (Ă  l’humanisme inouĂŻ Ă  son Ă©poquegrĂące aussi au livret de Fuzelier, se montre dans sa derniĂšre oeuvre de 1764, Les BorĂ©ades, trop moderne et engagĂ©… pour ĂȘtre de facto interdit : l’ultime opĂ©ra sera annulĂ© car on y dĂ©cela des critiques Ă  peine masquĂ©es contre la torture, comme en tĂ©moigne ce que subit sur scĂšne la princesse Alphise, victime dĂ©signĂ©e du roi BorĂ©e… Louis XVI abolira aprĂšs la mort de Rameau la torture contre les prisonniers. Cette modernitĂ© humaniste de Rameau est totalement gommĂ©e du documentaire. Triste oubli entre autres qui continue de nourrir sur le compositeur toujours les mĂȘmes idĂ©es rĂ©ductrices : Rameau est un gĂ©nie baroque emperruquĂ©e, trop savant… Or il est moins baroque que des LumiĂšres et son orchestre annonce le romantisme tourmentĂ© et ciselĂ© de Berlioz. Dommage.

Arte, samedi 6 juin, 20h50. Rameau, maßtre du baroque. Documentaire inédit (2014, 1h32. Réalisation : Olivier Simonnet)

Reportage vidĂ©o : L’Inde Galante par les collĂ©giens de Trappes et les Pages du CMBV (fĂ©vrier 2015)

visuel-_-inde-galante-cmbv-trappes-et-Versailles-Rameau-classiquenews-le-quatuor-de-solistes-les-pages-de-la-Maitrise-du-cmbv-10-fevrier-2015-compte-rendu-critique-inde-galante-de-RameauL’Inde Galante d’aprĂšs Rameau (fĂ©vrier 2015). Rencontre pĂ©dagogique. A l’initiative du Cmbv, Centre de musique Baroque de Versailles, les collĂ©giens de Trappes et les Pages du Centre de musique baroque de Versailles travaillent ensemble pour un spectacle inspirĂ© des Indes Galantes de Rameau : L’Inde Galante. RĂ©pĂ©titions et sĂ©ances de travail Ă  Trappes (cours de danse, de dĂ©clamation et de chant) puis reprĂ©sentation Ă  Trappes (La Merise) et Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (les 10 puis 12 fĂ©vrier 2015), la performance Ă©tonne et convainc en rĂ©ussissant la rencontre entre jeunes de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration mais  d’univers diffĂ©rents. La transmission, l’apprentissage du collectif autour d’une Ɠuvre baroque majeure Ă  laquelle sont associĂ©s des textes des LumiĂšres (maximes de l’AbbĂ© Raynal) percutants par leur engagement humaniste font tout l’intĂ©rĂȘt de cette production atypique, aux vertus pĂ©dagogiques et culturelles multiples.  Edifiant. Reportage vidĂ©o de 22 mn © studio CLASSIQUENEWS.com 2015

Dardanus de Rameau

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdFrance Musique, samedi 23 mai, 19h30. Dardanus de Rameau. En dĂ©pĂźt d’un livret faible et bien peu vraisemblable, Rameau Ă©crit une musique parmi les plus inspirĂ©es de son catalogue oĂč la magie et le fantastique produisent plusieurs scĂšnes pathĂ©tiques et tragiques dignes de Corneille et Racine. L’intrigue pose les jalons d’un huit clos amoureux composĂ© de trois protagonistes : Iphise est aimĂ©e par deux prĂ©tendants : AntĂ©nor et Dardanus. Ce dernier ennemi de son pĂšre Teucer, est le seul aimĂ© par la princesse. Comme toujours le surnaturel et le fantastique font la valeur des hĂ©ros et rĂ©vĂšlent leurs talents : Dardanus sauve des griffes du monstre AntĂ©nor qui laisse son rival Ă©pouser Iphise.

Depuis son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie en 1733, Rameau ne cesse d’attiser la haine des lullistes. .. avec le succĂšs des Indes galantes puis des FĂȘtes d’Hebe, Dardanus propose un nouveau regard sur la tragĂ©die lyrique, combinaison stimulante de l’amour, du merveilleux, du surnaturel fantastique et spectaculaire. En bien des points, Rameau d’ouvrage tragique en ballet enchanteur va toujours plus loin. Formellement, harmoniquement.

Pierre_Jelyotte Dardanus Rameau jeliotteLe livret de Leclerc de la BruĂšre, jeune auteur Ă  la mode, un temps favorisĂ© par Voltaire, est plus digne d’un OpĂ©ra ballet que d’une tragĂ©die. .. Son manque d’unitĂ© et de progression dramatique, son caractĂšre dĂ©cousu affaiblissent en vĂ©ritĂ© un ouvrage que seul le traitement musical Ă©lĂšve au rang de chef d’oeuvre : fils de Jupiter, Dardanus fait basculer le prĂ©texte mythologique vers le merveilleux et le pouvoir des enchantements. Mais la prose et la construction poĂ©tique de La BruĂšre n’a pas l’intensitĂ© ni la tension des livrets de Pirrhus (Royer, 1730), ou de JephtĂ© de MontĂ©clair (1732).

Les deux amants Iphise et Dardanus s’aiment contre la volontĂ© des hommes : les obstacles inventĂ©s par La BruĂšre manquent de nĂ©cessitĂ© dramatique, ils tombent souvent Ă  plat dans le flux du drame : autoritĂ© du pĂšre d’Iphise (Teucer), rivalitĂ© du guerrier Antenor (qui aime aussi Iphise), formidable monstre destinĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler la valeur de chacun. .. pire, les Ă©pisodes dansĂ©s et les tableaux merveilleux sont mal intĂ©grĂ©s Ă  l’action. Superposition plutĂŽt que fusion. .. malheureuse.

 

 

 

Le merveilleux dans Dardanus

 

piranese prisons dardanus RameauD’emblĂ©e, pourtant, ce qui frappe dans Dardanus, c’est la place du merveilleux et de la magie : prĂ©sence du magicien IsmĂ©nor dont le pouvoir accompagne Dardanus, et dĂ©voile Ă  ce dernier les vrais sentiments d’Iphise Ă  son Ă©gard ; puis sommeil de Dardanus et songe du hĂ©ros (avec divertissement dansĂ©) soudainement libĂ©rĂ© d’une prison oĂč il Ă©tait tenu prisonnier (superbes dĂ©cors de PiranĂšse pour la reprise de l’opĂ©ra aprĂšs sa crĂ©ation), enfin monstre affreux qui rĂ©vĂšle Dardanus Ă  sa vraie nature : un hĂ©ros vainqueur promis Ă  l’amour. .. Qu’il s’agisse de la version initiale de 1739 ou de celle de 1744, la partition captive par sa caractĂ©risation musicale : le compositeur sait Ă  l’inverse des divertissements dansĂ©s au prĂ©texte totalement invraisemblable, approfondir la psychologie des protagonistes, concevoir des situations aux couleurs harmoniques inĂ©dites qui forcent l’admiration : le mode lugubre de la priĂšre de Dardanus (Lieux funestes oĂč tout respire la honte et la douleur) dans sa prison, reste un moment inoubliable dont la profondeur et la justesse Ă©motionnelle Ă©gale la priĂšre de TelaĂŻre dans Castor et Pollux (Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux. ..). Si les vers de La BruĂšre sont indiscutablement bien trempĂ©s, le livret dans sa totalitĂ© n’a pas la mĂȘme cohĂ©rence : le poĂšte Ă©tait bon pour la sĂ©quence non pour le drame dans sa continuitĂ©. Mais pour la crĂ©ation, Rameau a pu compter sur le tempĂ©rament virtuose du tĂ©nor JĂ©liotte, dont il fait son chanteur favori


Le jeune ensemble Pygmalion et son chef Raphael Pichon ont fait de Rameau leur fond de commerce mais avec un verdeur encore perfectible : en témoigne encore leur récent enregistrement de Castor et Pollux, réalisé à Versailles : pas assez cohérent, poétiquement instable. En avril 2015, leur escale bordelaise pourrait indiquer une nouvelle maturité dans leur approche
 A suivre donc.

Rameau : Dardanus Ă  l’OpĂ©ra de Versailles, de Bordeaux

Mise en scĂšne, Michel Fau
DĂ©cors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
LumiÚres, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
VĂ©nus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion ChƓur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

 

 

Illustrations : Rameau, Pierre JĂ©liotte / JĂ©lyotte, les prisons de PiranĂšse (DR)

 

 

Rameau : Dardanus sur culturebox

piranese prisons dardanus RameauRameau : Dardanus. En direct sur culturebox, , le 22 avril 2015, 20h. Depuis l’OpĂ©ra de Bordeaux. Dardanus, opĂ©ra spectaculaire de Rameau, est Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Bordeaux de 18 au 22 avril 2015. Une jeune Ă©quipe aborde l’une des tragĂ©dies lyriques les plus ambitieuses de Rameau, comptant des profils individuels parfaitement caractĂ©risĂ©s, des Ă©preuves amoureuses intenses, des Ă©pisodes collectifs, infernaux et dansĂ©s parmi les plus impressionnants et spectaculaires jamais Ă©crits. En homme des LumiĂšres, Rameau ne fait pas que divertir. Le thĂ©oricien expĂ©rimentateur superbement honorĂ© pendant son annĂ©e 2014, ose tout dans Dardanus : rĂ©inventer l’opĂ©ra, renouveler la langue des passions, enrichir les modes du spectacle. Sur un livret au flux invraisemblable, Rameau dĂ©ploie en toute libertĂ© la sainte fantaisie de la musique : Dardanus est ainsi le plus merveilleux des contes de fĂ©es Ă©crit par le Dijonais. Le jeune hĂ©ros Dardanus, futur fondateur de Troie, aime Iphise que le pĂšre Teucer, ennemi du hĂ©ros, destine Ă  AntĂ©nor, chef guerrier rival de Dardanus. Mais dans l’optique maçonnique souvent Ă  la source de l’inspiration ramĂ©lienne, Dardanus l’élu doit certes souffrir et Ă©prouver le destin mais il est aidĂ© en cela par son mentor, guide spirituel et entitĂ© positive, IsmĂ©nor qui lui remet une baguette magique, Ă  la maniĂšre de la flĂ»te enchantĂ©e de Mozart. C’est aussi comme dans tout opĂ©ra, la mĂ©tamorphose du « mĂ©chant » peu Ă  peu enclin Ă  la bontĂ© : ainsi AntĂ©nor, sauvĂ© du monstre par Dardanus, sait ĂȘtre reconnaissant et loyal et renonce Ă  Iphise en faveur du hĂ©ros des lumiĂšres. LIRE notre prĂ©sentation de Dardanus de Rameau

 

 

Rameau : Dardanus Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux

Mise en scÚne, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
LumiÚres, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion ChƓur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 Ă  15h)

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 31 mars 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, TragĂ©die en cinq actes, version de 1754 ; Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne ; Julia Hansen, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek , lumiĂšres ; FettFilm (Momme Hinrichs et Torge MĂžller), vidĂ©o ; Antonio Figueroa, Castor ; Aimery LefĂšvre, Pollux ; Hasnaa Bennani, ClĂ©one / Une suivante/ Une Ombre heureuse ; HĂ©lĂšne Guilmette, TĂ©laĂŻre ; GaĂ«lle Arquez, PhĂ©bĂ© ; Dashon Burton, Jupiter ; Sergey Romanovsky, L’AthlĂšte / Mercure ; Konstantin Wolff, Le Grand PrĂȘtre de Jupiter / Une Voix ; Choeur du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Les Talens Lyriques ; Christophe Rousset, direction musicale.

castor-pollux-rameau-Rameau au Capitole est bien servi, aprĂšs Hippolyte et Aricie en 2009, les Indes Galantes en 2012, voici Castor et Pollux cette saison. Il ne manque plus que PlatĂ©e pour que notre bonheur soit total. Rameau demande beaucoup. Certes la partition regorge de beautĂ©s mais il est important que la mise en scĂšne soit habile afin que l‘intĂ©rĂȘt du spectateur moderne soit maintenu. MĂȘme dans Castor et Pollux de 1754 l’intrigue est maigre et les ballets sont nombreux qui coupent tout Ă©lan dramatique. L‘intelligence de la mise en scĂšne de Mariame ClĂ©ment est parfaitement secondĂ©e par des costumes simples et beaux et un dĂ©cor monumental, un double escalier central, qui permettent au spectacle de soutenir notre intĂ©rĂȘt y compris dans les ballets. C’est un parti pris audacieux que cette absence de danses, remplacĂ©es par du thĂ©Ăątre et des mimes. L’histoire est ainsi dĂ©clinĂ©e dans le temps, par un habile retour vers l’enfance des quatre hĂ©ros ; nous comprenons mieux les liens complexes qui les unissent. Tout avance donc sans temps morts. Les chƓurs jouent trĂšs bien et les solistes, secondĂ©s par des enfants, prennent un relief passionnant.

Tendres et beaux Castor et Pollux Ă  Toulouse

Le thĂ©Ăątre s’invite mais c’est bien les voix qui dominent le plateau, mĂȘme avant l’orchestre. Nous le dirons d’emblĂ©e l’orchestre de Rameau pose un problĂšme qui ce soir n’a pas Ă©tĂ© rĂ©solu par Christophe Rousset et ses superbes musiciens des Talens Lyriques. TrĂšs haut dans la fosse, l’orchestre sonne souvent trop fort et lourd. C’est un peu le dĂ©faut des instruments anciens lorsqu’ils sont sommĂ©s, comme ce soir de sonner trop pour montrer leur puissance aprĂšs des annĂ©es de trop modestes possibilitĂ©s. La direction ferme et puissante de Christophe Rousset fait sensation mais les passages sensibles ne touchent pas assez. Les couleurs sombres de l‘orchestre avec des basses trĂšs prĂ©sentes, manque de lumiĂšre. La direction est efficace, mais un peu trop sĂšche et manquant de moelleux. L’équilibre avec le plateau a fait dĂ©faut lors de la scĂšne des enfers de l’acte IV lorsque la voix du «vaillant Pollux » se perd alors que PhĂ©bĂ©, Mercure et les dĂ©mons traversent la puissance orchestrale dĂ©chainĂ©e.

La fĂȘte vocale est magnifiĂ©e par les dames. En PhĂ©bĂ©, GaĂ«lle Arquez brĂ»le les planches et sa voix paraĂźt d’une puissance enviable. Le beau mezzo de tempĂ©rament a une autoritĂ© indiscutable. La prĂ©sence du personnage infernal sĂ©duit et inquiĂšte Ă  la fois. La TĂ©laĂŻre d’HĂ©lĂšne Guilmette a Ă©galement une belle prĂ©sence scĂ©nique et la voix fruitĂ©e de soprano lyrique sait galber les lignes de chant avec art. Tout au plus, un manque de fragilitĂ© en particulier dans l’air triste flambeau suscite des rĂ©serves. Mais la mise en scĂšne lui demande une prĂ©sence forte que la voix soutient parfaitement.
Le Castor d’Antonio Figueroa est vocalement d’une tendresse idĂ©ale. Voix de miel, le tĂ©nor sait chanter avec art son rĂŽle d’amoureux que rien n’arrĂȘte. Aux Enfers il manquera un peu de vaillance mais l’essence de cette voix semble ĂȘtre de rendre des sentiments dĂ©licats seulement. En Pollux, Aimery LefĂšvre est sensible et douloureux. La belle voix souple phrase Ă  la perfection. Mais la grandeur du monarque et du fils d’un dieu, Ă©ternel lui mĂȘme, fait dĂ©faut. Dashon Burton, campe un Jupiter inattendu et plein d‘humour. La voix est moelleuse et sĂ©duisante et le jeu du jeune baryton est parfait. Ce Dieux de l’argent est si vraisemblable et fantasque Ă  la fois

En Plusieurs rĂŽles, dont une formidable « trompette », Sergey Romanovsky est un tĂ©nor impertinent par sa capacitĂ© de rivaliser avec des sons d ‘airains comme une grande noblesse dans la partie de Mercure. VoilĂ  un engagement vocal impressionnant Ă  suivre dans des rĂŽles plus longs et complexes. Le chƓur du capitole admirablement prĂ©parĂ© par Alfonso Caiani a magnifiĂ© les si beaux chƓurs de Rameau, oscillants entre douleur et splendeur avec des couleurs superbes. Tout particuliĂšrement le pupitre de tĂ©nor a semblĂ© pur et lumineux.

Cette production du Theater an der Wien a eu un beau succĂšs Ă  Toulouse. Ce parfait mĂ©lange de thĂ©Ăątre et de chant est digne du chef d ‘Ɠuvre de Rameau. La distribution sans faiblesse, la mise en scĂšne stimulante et la direction musicale Ă©nergique ont portĂ© haut l’esprit de la TragĂ©die Lyrique au Capitole. L’Ă©quipe soudĂ©e pour ce spectacle total, en ces temps incertains rĂ©conforte par un tel engagement.

CD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa)

rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie … 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte…

Prolongement de l’annĂ©e Rameau 2014, le FĂȘtes de Polymnie sont une redĂ©couverte majeureDĂ©lices orchestraux et vocaux de Polymnie

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieLe lien de tout cela est prĂ©servĂ© par un formidable orchestre qui palpite et bondit, s’enivre et s’alanguit, rĂ©ussissant la caractĂ©risation de chaque danse, revendiquant par une instrumentation miroitante et brillante (trompettes et cors sont tous mĂȘme spĂ©cifiquement honorĂ©s et sollicitĂ©s par Zimes dans le III),  la souverainetĂ© expressive de l’orchestre : la divine musique que nous sert Rameau en particulier dans cette entrĂ©e III, saisit par sa majestĂ© comme sa suavitĂ©. Orfeo Orchestra sous la baguette fine et nerveuse de György Vashegyi dĂ©cuple de saine inspiration dans La FĂ©erie : la puissance Ă©vocatrice de l’orchestre qui en guise de fond fĂ©Ă©rique imagine la clameur de la chasse et du motif cynĂ©gĂ©tique, captive : c’est un dĂ©ferlement d’invention mĂ©lodique, harmonique, rythmique, perpĂ©tuel… le tout attestant du gĂ©nie de Rameau et renouvellant de fait, la tradition de l’opĂ©ra ballet de circonstance.

La distribution convainc diffĂ©remment selon les tableaux.  Disons que les hommes se montrent Ă  la hauteur de la partition… Le soprano charnu d’AurĂ©lie Leguay pose un problĂšme d’intention poĂ©tique et de technique : le chant dĂ©borde souvent la dĂ©licatesse ramĂ©lienne : rĂ©serves soulevĂ©es par sa MnĂ©mosyne carrĂ©ment surjouĂ©e et peu intelligible (Prologue); puis dans son ArgĂ©lie,  carrĂ©ment ampoulĂ©e,  aux aigus Ă©tranglĂ©s pour le troisiĂšme volet (et une justesse bien alĂ©atoire) ; en revanche quel aplomb et quel panache linguistique affirme Mathias Vidal, Ă©nergie voire vĂ©hĂ©mence d’un engagement toujours parfaitement articulĂ© (voilĂ  qui prolonge ses rĂ©ussites exemplaires avec le CMBV : Atys de Piccinni,  et relevant de la mĂȘme annĂ©e Rameau 2014 : Bacchus surtout Trajan dans la trĂšs convaincante rĂ©crĂ©ation du Temple de la gloire, autre rĂ©vĂ©lation de cette annĂ©e de commĂ©moration avec donc cette Polymnie flamboyante. Un prochain disque du Temple de la Gloire est Ă©galement annoncĂ© d’ici la fin 2015.

CLIC D'OR macaron 200Au sommet d’une partition qui aurait pu seulement plaire et flatter – c’est Ă  dire polir et sculpter la solennitĂ© dĂ©corative au sacrifice de l’intĂ©rioritĂ©,  le baryton Thomas DoliĂ© se distingue nettement. La seconde entrĂ©e, L’histoire, impose un Ă©tonnant brio des cuivres, la rĂ©sonance des percus et le chƓur Ă  la fĂȘte, visiblement trĂšs engagĂ©s dans l’expression du retour de la gloire grĂące au hĂ©ros vertueux et clĂ©ment (SĂ©leucus) : Ă  nouveau la noblesse hĂ©roĂŻque de Thomas DoliĂ©, campe le vainqueur sublime SĂ©leucus ; dans sa somptueuse virilitĂ© chantante s’Ă©coule dĂ©jĂ  tous les souverains idĂ©alisĂ©s par Les LumiĂšres : roi magnanime et comprĂ©hensif, surtout pĂšre prĂ©occupĂ©, exemplaire… la richesse du timbre, la simplicitĂ© et le naturel de l’articulation, l’intelligibilitĂ© font ici un modĂšle de chant engagĂ©, prĂ©cis, d’une rare intelligence dramatique. Puis, le chanteur touche au sublime pathĂ©tique dans la solitude de Zimes au III… souci du verbe, justesse Ă©motionnelle,  simplicitĂ© et mesure du style (air : Que deviens je ?)… tant de grĂące noble et raffinĂ©e fait espĂ©rer demain un superbe ThesĂ©e (Hippolyte et Aricie) ou un non moins coeur foudroyĂ© idĂ©al pour le rĂŽle d’AnthĂ©nor dans Dardanus et son fameux air “Monstres affreux”…: que les directeurs n’oublient pas son formidable potentiel.

Lumineuse,  tendre,  d’un brio irrĂ©sistible,  le soprano d’EmƑke BarĂĄth est l’autre perle vocale de la distribution (Polymnie puis une syrienne dans le Prologue et le III). La prĂ©sence de VĂ©ronique Gens reste prĂ©cieuse mĂȘme si la voix hĂ©las n’offre plus rien dans les aigus Ă  peine soutenus et constamment confus.
Sa Stratonice a la distinction altiĂšre et royale (malgrĂ© ses aigus tirĂ©s, vibrĂ©s, confus) : elle fait une princesse tiraillĂ©e, dont l’amour pour son beau fils, Antiochus, fait une cougar, traĂźtresse au roi SĂ©leucus. Son “Triste recours des malheureux” partage avec PhĂšdre d’Hippolyte et Aricie, une souveraine gravitĂ©, digne des plus grandes tragĂ©dies de Rameau.DistinguĂ©e, racĂ©e, ainsi Gens / Stratonice parvient Ă  convaincre (n’a t elle pas l’Ăąge et la fatigue manifeste du rĂŽle?). Sachons donc reconnaĂźtre la finesse de sa diction toujours d’un port princier. .. qui fait mouche mĂȘme dans le rĂŽle de la mĂšre aux vertus magiciennes d’Oriane.

Thomas DoliĂ©,  Mathias Vidal,  EmƑke BarĂĄth font les dĂ©lices vocaux de cette rĂ©crĂ©ation attendue pour l’annĂ©e Rameau.  La tenue musicale,  fluide, ronde,  prĂ©cise de l’orchestre,  la qualitĂ© du chƓur ajoutent Ă  l’excellence artistique du prĂ©sent enregistrement : un autre fleuron Ă  possĂ©der d’urgence dans le prolongement du Rameau concertant et transposĂ© du jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂźt Babel (1 cd Parary)…. en attendant le ZaĂŻs avec la subtile et irrĂ©sistible Sandrine Piau dans le rĂŽle clĂ© de ZĂ©lidie (voir notre reportage vidĂ©o ZaĂŻs de Rameau,  recrĂ©ation de novembre 2014).

CD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Ballet hĂ©roĂŻque en un Prologue et Trois actes : La Fable, L’Histoire, La FĂ©erie. Avec Thomas DoliĂ©, Mathias Vidal, Emoke Barath, VĂ©ronique gens, AurĂ©lia Legay, Marta Stefanik, Domonkos BlazsĂł… Purcell Choir, Orfeo Orchestra. György Vashegyi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en Hongrie, Palace des Arts, en avril 2014 (2 cd Glossa rĂ©f.: GCD 923502).

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigĂ©e en Hongrie par György Vashegyi

Reportage vidéo : Le Temple de la Gloire de Rameau et Voltaire, 1745. Recréation

RameauVIDEO, reportage. Le Temple de la Gloire de Rameau et Voltaire, 1745. RecrĂ©ation. Temps fort de l’annĂ©e Rameau 2014, la recrĂ©ation par le CMBV (Centre de musique baroque de Versailles), du Temple de la Gloire tĂ©moigne de la collaboration entre Rameau et Voltaire en 1745. C’est l’annĂ©e des prodiges pour le compositeur : PlatĂ©e, La Princesse de Navarre et donc Le Temple de la Gloire : universel, gĂ©nie imaginatif, Rameau imagine dans le ballet hĂ©roĂŻque, trois opĂ©ras en un. Bacchanale pour la premiĂšre entrĂ©e (BĂ©lus), bacchanale pour la seconde entrĂ©e (Bacchus), tragĂ©die pour la troisiĂšme entrĂ©e (Trajan). MĂȘme le Prologue est l’un des plus raffinĂ©s et aboutis, suscitant dans le personnage de l’Envie trĂ©pignant aux abords du Temple, l’un des personnages graves et tragiques, accompagnĂ© par les bassons, parmi les plus saisissants conçus par Rameau. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2015

Reportage vidéo. Rameau : Zaïs (1748), recréation par le CMBV (novembre 2014)

rameau 2014 logo 2014VIDEO. RecrĂ©ation : ZaĂŻs (1748) de Rameau Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles. Temps fort de l’annĂ©e Rameau 2014, le 18 novembre 2014, Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, le CMBV prĂ©sente la recrĂ©ation de la Pastorale hĂ©roĂŻque ZAĂŻS, ouvrage merveilleux inspirĂ© par les idĂ©es des LumiĂšres. C’est en vĂ©ritĂ© la tĂ©nacitĂ© de ZĂ©lidie, trĂšs Ă©prouvĂ©e par son amant ZaĂŻs soupçonneux, qui triomphe ici malgrĂ© les Ă©preuves et les tromperies qu’elle doit subir. Pour la soprano Marie Fel et la haute contre JĂ©lyotte, – deux chanteurs d’exception, Rameau Ă©crit deux rĂŽles d’une grĂące et d’un charme irrĂ©sistibles. RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement. Reportage vidĂ©o © CLASSIQUENEWS.TV 2015

Les Indes Galantes de Rameau pour et par les jeunes

Trappes, La Merise. Rameau : L’Inde Galante, les Sauvages. Le 10 fĂ©vrier 2015, 19h30.  LycĂ©ens, Pages de la MaĂźtrise du CMBV. L’Inde dansante :quand le baroque suscite un projet de jumelage pour les jeunes
 Le CMBV rĂ©alise une nouvelle production comprenant la 4Ăšme entrĂ©e des Indes Galantes de Rameau, Les Sauvages en associant les Pages de la MaĂźtrise du Centre de musique baroque de Versailles et plusieurs classes des lycĂ©es de Trappes.  Une expĂ©rience collective qui transmet l’écoute, le partage, la rencontre comme valeurs premiĂšres.

cmbv-rameau-2015-les-indes-galantes,-l'inde-dansante-Trappe-Versailles-opera-olivier-schneebeli-582Dans un bosquet d’une forĂȘt de l’AmĂ©rique, une belle Sauvage, Zima (soprano), fille d’un chef puissant et redoutĂ© est courisĂ©e par les officiers europĂ©ens, le français Damon (haute-contre) et l’espagnol Don Alvar (baryton). Un temps dĂ©paysĂ©e par tant de courtoisies exotiques, la Sauvagesse prĂ©fĂšre l’un de ses semblables le guerrier Adario (baryton). Rameau dĂ©peint l’amour imprĂ©vu et aussi la guerre qui se conclue par la pacification des nations affrontĂ©es (fameuse danse du calumet de la paix). A l’époque, Les Indiens d’AmĂ©rique Ă©taient rĂ©putĂ©s dansant nus et fumant de longs calumets, d’aprĂšs les chroniques des voyageurs ou les gravures de Bernard (CĂ©rĂ©monies et coutumes religieuses, 1723), ou de Lafitau (MƓurs des Sauvages AmĂ©ricains (1724). Le compositeur rĂ©utilise la piĂšce fameuse de son recueil de piĂšces pour le clavecin, Les Sauvages publiĂ©e en 1728 d’aprĂšs la danse de vrais indiens de Louisiane danseurs, qu’il avait pu voir au ThĂ©Ăątre Italien en 1725.

Les Sauvages est la quatriĂšme EntrĂ©e de son opĂ©ra ballet les Indes Galantes, entrĂ©e ajoutĂ©e pour la reprise de l’ouvrage en 1736 (un an aprĂšs sa crĂ©ation en 1735). C’est l’occasion d’utiliser de brillantes trompettes, des airs d’agilitĂ© d’esprit italien : ainsi l’air de Zima « RĂ©gnez plaisirs et jeux » oĂč s’associent trompettes, timbales et flĂ»tes. Comme plus tard (1745) dans Le Temple de la gloire et l’acte de Bacchus (bacchanale sensuelle), Rameau alterne en particulier dans la Chaconne finale des Sauvages, accents guerriers et pastoraux, nerf et suavitĂ©, caractĂšre et douceur. L’air des Sauvages publiĂ© en 1728 innerve toute la danse collective Ă  l’ouverture et dans le rondeau final. La mĂ©lodie gĂ©niale comme l’est FrĂšre Jacques (attribuĂ© depuis 2014 Ă  Rameau donc), sera repris immĂ©diatement par nombre de compositeurs de Suites orchestrales ou d’opĂ©ras (Corette, Tapray, Guignon, Dalayrac
), la piĂšce traverse mĂȘme l’Atlantique pour rejoindre les cĂŽtes des Antilles Françaises, sur l’üle de Dominique : un tĂ©moin d’époque rend compte du jeu d’un claveciniste trĂšs versĂ© dans l’art de Rameau.

AprĂšs la Ritournelle d’entrĂ©e, Rameau imagine d’abord la confrontation entre Alvar et Damon, colons aux AmĂ©riques, rivaux en amour.

Puis paraĂźt les Indiens : Adario amoureux qui fusionne bientĂŽt avec la belle et convoitĂ©e par tous, Zima. Les deux indigĂšnes inspirĂ©s par l’amour se jurent fidĂ©litĂ©.

Ensuite, la Danse du grand calumet de la Paix est portĂ©e par les Indiens et le couple d’amoureux Zima et Adario ; puis c’est la danse qui conclue l’ouvrage indien : menuet des Françaises en Amazones, air de ZIma victorieuse : « RĂ©gnez plaisirs et jeux », enfin Chaconne finale.

Partition dĂ©bordante de sensualitĂ© et d’italianisme, Les Sauvages sont l’objet d’un travail spĂ©cifique entre les Pages de la MaĂźtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles et plusieurs lycĂ©ens de Trappes. Chant, dĂ©clamation, danse et jeu scĂ©nique sont les Ă©tapes d’un jeu collectif oĂč les jeunes professionnels rencontrent les jeunes publics autour du gĂ©nie musical de Rameau. La vivacitĂ© dansante de l’opĂ©ra ballet fascine toujours autant depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. Une Ă©quipe chevronnĂ©e de professionnels (Olivier Schneebeli, direction musicale ; Françoise Deniau, chorĂ©graphie ; Michel Verschaeve, mise en scĂšne) encadrent les jeunes apprentis. Sous leurs auspices, certains pourraient mĂȘme se dĂ©passer portĂ© par la magie du thĂ©Ăątre baroque.

 

 

 

 

boutonreservationSoirée les Indes Galantes au Théùtre La Merise de Trappesmardi 10 février 2015, 19h30

Direction Musicale : Olivier Schneebeli
Direction des ChƓurs: Sarah Boissou (collùge Youri Gagarine), Marjolaine Martel (collùge Le Village) et Marie-Pascale Perillon (collùge Gustave Courbet),
Mise en scĂšne : Michel Verschaeve
Chorégraphie : Françoise Deniau
RĂ©gie : Thierry Carreau

Solistes et choristes : Pages du CMBV
Choristes : ElĂšves des collĂšges Youri Gagarine, Le Village et Gustave Courbet de Trappes.
Instrumentistes : ElÚves du CRR de Versailles et du CRD de la Vallée de Chevreuse.
Danseurs et comédiens : ElÚves de Lycée Plaine de Neauphle (à confirmer)
RĂ©gisseurs : stagiaires Ecole de la deuxiĂšme chance (ZA-Trappes-Elancourt).

Infos et réservations

Théùtre La Merise à Trappes

01 30 13 98 51  tarif unique : 5 euros.

Spectacle repris le 12 fĂ©vrier 2015 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

VidĂ©o, grand reportage. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdVidĂ©o, grand reportage. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. En 2014, pour l’annĂ©e Rameau (250Ăšme anniversaire de sa mort), le CMBV Centre de musique baroque de Versailles a ressuscitĂ© Les FĂȘtes de Polymnie (ballet hĂ©roĂŻque, 1745 puis 1753), opĂ©ra ballet majeur heureusement dĂ©voilĂ© Ă  l’occasion de l’annĂ©e anniversaire. C’est avec Le Temple de la Gloire, la rĂ©habilitation la plus marquante d’une annĂ©e de productions riches en surprises et redĂ©couvertes. L’annĂ©e oĂč Rameau compose PlatĂ©e et La Princesse de Navarre (sur un livret de Voltaire), Les FĂȘtes de Polymnie dĂ©passe son prĂ©texte monarchique (cĂ©lĂ©bration des victoires militaires de Louis XV) et saisit par le fin Ă©quilibre rĂ©alisĂ© entre chƓurs, airs solistes, duos et trios enchaĂźnĂ©s… Avec son librettiste Cahusac, Rameau met l’accent sur le ballet et le divertissement tout en illustrant plusieurs thĂšmes franc-maçons… Reportage vidĂ©o exclusif © CLASSIQUENEWS. Le double cd est Ă©ditĂ© chez Glossa en janvier 2015

Castor et Pollux Ă  Toulouse

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdToulouse, Capitole. Rameau: Castor et Pollux : 22 mars>14 avril 2015. Lors de sa crĂ©ation en 1737, le second opĂ©ra tragique de Rameau est d’autant plus attendu qu’il succĂšde Ă  deux ouvrages saisissants : le scandaleux et dĂ©jĂ  gĂ©nial Hyppolite et Aricie de 1733, puis l’opĂ©ra-ballet, les Indes Galantes de 1735. Suscitant l’ire des Lullistes, choquĂ©s par tant d’audaces inĂ©dites, Castor et Pollux n’est jouĂ© que 21 fois : c’est pour Rameau un semi Ă©chec : il pense aussitĂŽt Ă  rĂ©Ă©crire l’opĂ©ra dont la seconde version trĂšs diffĂ©rente voit le jour en 1754. En 17 ans, le goĂ»t du public a sensiblement Ă©voluĂ©.

Au centre de l’action le lien fraternel qui unit Pollux fils immortel de Jupiter et LĂ©da, Ă  son demi frĂšre, Castor fils de Tyndare et a contrario simple mortel. S’ils aiment la mĂȘme femme, TĂ©laĂŻre, Pollux s’efface et dĂ©sire mĂȘme aprĂšs la mort de son frĂšre, prendre sa place aux enfers; PhĂ©bĂ© amoureuse de Castor, jalouse de TĂ©laĂŻre, ne cesse d’invoquer les forces malĂ©fiques pour contraindre et faire Ă©chouer les projets de Pollux et TĂ©laĂŻre. Finalement, Jupiter Ă©mu par l’amour de Pollux pour Castor, lequel sait aussi se sacrifier pour son frĂšre, accepte de ressusciter Castor, l’unir Ă  TĂ©laĂŻre, leur offrir l’immortalitĂ©, aprĂšs avoir foudroyĂ© l’ignoble PhĂ©bĂ©.

La version de 1754 prend en compte toutes les Ă©volutions du goĂ»t : en plein cƓur de la Querelle des Bouffons, le nouveau Castor Ă©blouit et s’impose sur la scĂšne : c’est le plus grand succĂšs lyrique du XVIIIĂšme siĂšcle. Rameau y excelle Ă  renforcer l’impact dramatique de l’action, tout en flattant l’oreille des spectateurs par des airs italiens des plus tendres et sensuels. En 1754, plus de prologue Ă  la gloire du roi, une musique nouvelle qui enchaĂźne en un tout organique, chƓur, air, rĂ©citatif, surtout ampleur et souffle “cosmique” de l’orchestre.

RameauLa couleur funĂšbre et lugubre du chƓur des Spartiates : ” Que tout gĂ©misse “, prĂ©cĂ©dant la fameuse plainte / priĂšre de TĂ©laĂŻre (” Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux… “), le monologue solitaire de Castor : ” SĂ©jour de l’Ă©ternelle paix “, la grĂące amoureuse de l’ariette du V : ” Tendre amour “, la noire haine de PhĂ©bĂ© (” Soulevons tous les dieux “),  le pathĂ©tique noble et viril de Pollux tout au long des actes… bouleversent et saisissent par leur justesse poĂ©tique et leur profondeur sentimentale. Rameau rĂ©ussit tout : l’implacable solitude des coeurs amoureux, la grandeur des sentiments partagĂ©es, la brĂ»lure et la hideuse noirceur des Ăąmes haineuses… Le compositeur offre un nouveau standard lyrique aprĂšs Lully, l’Ă©galant voire le dĂ©passant par sa force dramatique, la puretĂ© et la grandeur de son Ă©loquence dĂ©clamatoire qui Ă©gale aussi le thĂ©Ăątre parlĂ© dĂ©clamĂ© de Corneille et Racine. Avec Rameau, l’opĂ©ra gagne ses lettre de noblesse et atteint une grandeur et un sublime jamais Ă©galĂ©s avant lui ; thĂ©Ăątre d’action et de sublimation, c’est aussi une scĂšne flamboyante qui culmine par la rĂ©ussite des disciplines associĂ©es : oĂč la danse toujours omniprĂ©sente avec le chƓur et les solistes, chanteurs et danseurs, rĂ©alise les plus beaux “divertissements”, ballets combinĂ©s au drame chantĂ© dont le dernier, l’ultime chaconne aprĂšs le jugement de Jupiter et qui reprĂ©sente les planĂštes autour du Soleil (quand Castor nouvel immortel rejoint aux cĂŽtĂ©s de Pollux, le Zodiaque), demeure un sommet de l’Ă©criture ramĂ©lienne.

 

 

 

Castor, modÚle du bon goût français

 

Rameau_Carmontelle10 ans avant de mourir, Rameau laisse une oeuvre alliant la grandiose et le tendre, le pathĂ©tique et le sensuel qui s’exprime par un orchestre suractif et nuancĂ© qui comme un creuset, transfigure chaque Ă©lĂ©ment au contact de l’autre : danse, chant, musique pure se trouvent fusionnĂ©s comme jamais. Jusqu’en 1785, sous le rĂšgne de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Castor et Pollux incarne la grandeur exemplaire de l’opĂ©ra français : mĂȘme en pleine rivalitĂ© entre glukistes et piccinnistes, Castor incarne le modĂšle indĂ©passable. MĂȘme Berlioz pourtant ardent gluckiste, savait reconnaĂźtre le gĂ©nie unique de Rameau par la priĂšre de TĂ©laĂŻre : “Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux”, cet air que Sofia Coppola dans son film Marie-Antoinette, fait paraĂźtre Ă  l’opĂ©ra, sachant sĂ©duire et mĂȘme enthousiasmer la jeune reine qui ose applaudir contre tout respect de l’Ă©tiquette… Au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, quand les antiwagnĂ©riens tels D’Indy, et Bordes jouent Castor, l’emblĂšme du bon goĂ»t français, Debussy est Ă©mu par la justesse lugubre du chƓur des spartiates dont l’humanitĂ© le touche particuliĂšrement. En 1991, Wiliam Christie fait retentir les notes magiciennes de Castor Ă  Aix en Provence et l’annĂ©e Rameau 2014 a vu le retour en force de l’opĂ©ra le plus cĂ©lĂ©brĂ© du compositeur.

 

 

 

 

RAMEAU 2014 : sélection cdCastor et Pollux de Rameau au Capitole de Toulouse,
du 24 mars au 2 avril 2015.

Christophe Rousset, direction
Marianne Clément, mise en scÚne
Les 24,27,29 31 mars puis le 2 avril 2015.

Tragédie lyrique en cinq actes
Livret de Pierre-Joseph Gentil-Bernard
crĂ©Ă©e le 24 octobre 1737 Ă  l’OpĂ©ra de Paris (version rĂ©visĂ©e : 1754)

 

 

 

Nouveau Dardanus de Rameau par Michel Fau Ă  Bordeaux

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdBordeaux, OpĂ©ra. Rameau : Dardanus. 18>26 avril 2015. 5 reprĂ©sentations pour un chef d’oeuvre musical que le gĂ©nie de Rameau porte au sommet de l’inspiration baroque française. L’intrigue pose les jalons d’un huit clos amoureux composĂ© de trois protagonistes : Iphise est aimĂ©e par deux prĂ©tendants : AntĂ©nor et Dardanus. Ce dernier ennemi de son pĂšre Teucer, est le seul aimĂ© par la princesse. Comme toujours le surnaturel et le fantastique font la valeur des hĂ©ros et rĂ©vĂšlent leurs talents : Dardanus sauve des griffes du monstre AntĂ©nor qui laisse son rival Ă©pouser Iphise.

Depuis son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie en 1733, Rameau ne cesse d’attiser la haine des lullistes. .. avec le succĂšs des Indes galantes puis des FĂȘtes d’Hebe, Dardanus propose un nouveau regard sur la tragĂ©die lyrique,  combinaison stimulante de l’amour,  du merveilleux,  du surnaturel fantastique et spectaculaire. En bien des points, Rameau d’ouvrage tragique en ballet enchanteur va toujours plus loin. Formellement, harmoniquement.

Pierre_Jelyotte Dardanus Rameau jeliotteLe livret de Leclerc de la BruĂšre,  jeune auteur Ă  la mode, un temps favorisĂ© par Voltaire,  est plus digne d’un OpĂ©ra ballet que d’une tragĂ©die. .. Son manque d’unitĂ© et de progression dramatique, son caractĂšre dĂ©cousu affaiblissent en vĂ©ritĂ© un ouvrage que seul le traitement musical Ă©lĂšve au rang de chef d’oeuvre : fils de Jupiter,  Dardanus fait basculer le prĂ©texte mythologique vers le merveilleux et le pouvoir des enchantements. Mais la prose et la construction poĂ©tique de La BruĂšre n’a pas l’intensitĂ© ni la tension des livrets de Pirrhus (Royer, 1730), ou de JephtĂ© de MontĂ©clair (1732).

Les deux amants Iphise et Dardanus s’aiment contre la volontĂ© des hommes : les obstacles inventĂ©s par La BruĂšre manquent de nĂ©cessitĂ© dramatique, ils tombent souvent Ă  plat dans le flux du drame : autoritĂ© du pĂšre d’Iphise (Teucer), rivalitĂ© du guerrier Antenor (qui aime aussi Iphise), formidable monstre destinĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler la valeur de chacun. .. pire, les Ă©pisodes dansĂ©s et les tableaux merveilleux sont mal intĂ©grĂ©s Ă  l’action.  Superposition plutĂŽt que fusion. .. malheureuse.

 

 

 

Le merveilleux dans Dardanus

 

piranese prisons dardanus RameauD’emblĂ©e, pourtant, ce qui frappe dans Dardanus, c’est la place du merveilleux et de la magie : prĂ©sence du magicien IsmĂ©nor dont le pouvoir accompagne Dardanus,  et dĂ©voile Ă  ce dernier les vrais sentiments d’Iphise Ă  son Ă©gard ; puis sommeil de Dardanus et songe du hĂ©ros (avec divertissement dansĂ©) soudainement libĂ©rĂ© d’une prison oĂč il Ă©tait tenu prisonnier (superbes dĂ©cors de PiranĂšse pour la reprise de l’opĂ©ra aprĂšs sa crĂ©ation),  enfin monstre affreux qui rĂ©vĂšle Dardanus Ă  sa vraie nature : un hĂ©ros vainqueur promis Ă  l’amour. .. Qu’il s’agisse de la version initiale de 1739 ou de celle de 1744, la partition captive par sa caractĂ©risation musicale : le compositeur sait Ă  l’inverse des divertissements dansĂ©s au prĂ©texte totalement invraisemblable,  approfondir la psychologie des protagonistes,  concevoir des situations aux couleurs harmoniques inĂ©dites qui forcent l’admiration : le mode lugubre de la priĂšre de Dardanus (Lieux funestes oĂč tout respire la honte et la douleur) dans sa prison, reste un moment inoubliable dont la profondeur et la justesse Ă©motionnelle Ă©gale la priĂšre de TelaĂŻre dans Castor et Pollux (Tristes apprĂȘts,  pĂąles flambeaux. ..). Si les vers de La BruĂšre sont indiscutablement bien trempĂ©s,  le livret dans sa totalitĂ© n’a pas la mĂȘme cohĂ©rence : le poĂšte Ă©tait bon pour la sĂ©quence non pour le drame dans sa continuitĂ©. Mais pour la crĂ©ation, Rameau a pu compter sur le tempĂ©rament virtuose du tĂ©nor JĂ©liotte, dont il fait son chanteur favori


Le jeune ensemble Pygmalion et son chef Raphael Pichon ont fait de Rameau leur fond de commerce mais avec un verdeur encore perfectible : en témoigne encore leur récent enregistrement de Castor et Pollux, réalisé à Versailles : pas assez cohérent, poétiquement instable. En avril 2015, leur escale bordelaise pourrait indiquer une nouvelle maturité dans leur approche
 A suivre donc.

Rameau : Dardanus Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux

Mise en scĂšne, Michel Fau
DĂ©cors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
LumiÚres, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
VĂ©nus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion ChƓur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 Ă  15h)

 

 

Illustrations : Rameau, Pierre JĂ©liotte / JĂ©lyotte, les prisons de PiranĂšse (DR)

 

 

Compte rendu, concert. LiÚge. Salle Philharmonique. Orchestre philharmonique royal de LiÚge. Rameau symphonique : ouvertures et ballets des opéras Zoroastre, Naïs, Castor et Pollux, Acante et Céphise
 Bruno Procopio, direction.

Maestro surprenant. Rameau : une Ă©preuve dĂ©cisive pour les orchestres modernes ? Alors que s’impose peu Ă  peu l’orthodoxie des instruments anciens, nouveaux jalons pour une sonoritĂ© historique des orchestres, Bruno Procopio, spĂ©cialiste de l’approche historiquement informĂ©e, propose de jouer Rameau sur instruments … modernes. Une vision ouverte, curieuse, audacieuse qui ouvre de nouvelles perspectives et favorise surtout l’enrichissement musical et technique des musiciens d’orchestre. Non tout ne dĂ©pend pas uniquement des instruments : il en suffit pas de jouer Rameau, Bach, Haendel avec des cordes en boyaux pour rĂ©ussir immĂ©diatement un concert… le style, la rĂ©alisation technique, le jeu et d’autres questions relevant de l’esthĂ©tique, font aussi une vision.

 

 

 

bruno-procopio-liege-rameau-symphonique-copyright-classiquenews-2014-grand-angle-tout-orchestre

 

 

En 2012, Ă  Caracas (VĂ©nĂ©zuela) avec l’orchestre de Gustavo Dudamel (Simon Bolivar Symphony Orchestra), Bruno Procopio avait dĂ©montrĂ© une Ă©tonnante maĂźtrise de l’écriture et de l’énergie ramĂ©liennes en un concert offrant, sur instruments modernes donc, un florilĂšge d’extraits d’ouvertures et de danses du Dijonais. L’expĂ©rience valait dĂ©fi : comment rĂ©ussir (comme ici) Ă  faire jouer aujourd’hui un orchestre moderne dans les Ɠuvres de Rameau, compositeur parmi les plus difficiles du baroque français ? Le rĂ©sultat (inouĂŻ) peut s’Ă©couter Ă  prĂ©sent grĂące au disque Ă©ditĂ© dans le prolongement de cette aventure “Rameau in Caracas” (1 cd Paraty) : Ă©loquente dĂ©monstration que l’on peut interprĂ©ter et exprimer le gĂ©nie orchestral de Rameau avec des instruments modernes… – C’est aussi ce que rĂ©ussit Sir Simon Rattle avec le Philharmonique de Berlin !
Pour fĂȘter Ă  son tour les 250 ans de la disparition de Rameau, l’Orchestre Philharmonique royal de LiĂšge indique une curiositĂ© mĂ©ritante et aussi un goĂ»t exemplaire du risque en invitant Bruno Procopio Ă  faire de mĂȘme : jouer Rameau sur instruments modernes mais avec la culture et la connaissance de la pratique d’époque, des traitĂ©s historiques prĂ©cisant la maniĂšre de rĂ©aliser les attaques, les ornements, la dynamique et l’hagogique, la succession dĂ©concertante des rythmes divers… Bref, un dĂ©fi rare pour un orchestre qui n’a pas l’habitude d’une syntaxe et d’une langue parmi les plus Ă©prouvantes de la musique baroque.

 

 

 

L’orchestre Ă  l’Ă©cole de Rameau

Rameau électrisé sur instruments modernes

 

C’est pour l’Orchestre, une occasion unique d’apprendre d’un jeune chef passĂ© maĂźtre dans l’art symphonique ramĂ©lien ; c’est pour ce dernier, une expĂ©rience humaine et artistique aux vertus pĂ©dagogiques inestimables. Rien de mieux pour dĂ©poussiĂ©rer et dynamiser, rĂ©gĂ©nĂ©rer et surtout enrichir la vie d’un orchestre, que ce type d’expĂ©rience musicale aux bĂ©nĂ©fices multiples.
Bruno Procopio a donc passĂ© 3 jours (seulement) avec les instrumentistes du Philharmonique royal de LiĂšge, les pilotant dans le jeu savant et trĂšs technique, si exigeant aussi dans la rĂ©alisation motorique, d’un Rameau d’une complexe mais gĂ©niale inspiration.
Le programme reprend pour partie celui de Caracas (cf. le programme du cd Rameau in Caracas prĂ©citĂ©), faisant se succĂ©der plusieurs Ouvertures et Suites de danses dont le choc des contrastes, l’Ă©clat martial pour certaines (comme NaĂŻs) – timbales et trompettes en diable-, rappelaient non sans opportunitĂ©, la thĂ©matique de la saison symphonique de l’OPRL : “guerre(s) et paix”.

 

 

bruno-procopio-liege-rameau-symphonique-2-copyright-classiquenews-2014

 
 
 

D’une tenue rythmique impeccable, soucieux de la structure, exploitant de son mieux les ressources de l’orchestre en timbres et en accents, le jeune maestro convainc pas une franchise de ton, une sĂ»retĂ© Ă  la fois Ă©conome et efficace, une Ă©nergie dansante qui emportent le collectif. Sa battue d’une clartĂ© exemplaire rĂ©tablit les Ă©quilibres entre les pupitres, jouant de l’acoustique naturelle de la Salle Philharmonique qui rĂ©serve elle aussi bien des surprises pour celui qui la dĂ©couvre. C’est un guide d’une brillante fermetĂ© qui sait traverser un parcours semĂ© d’embĂ»ches avec d’autant plus de mĂ©rite que le temps de prĂ©paration a Ă©tĂ© rĂ©duit.
Le gain pour l’orchestre en termes de dĂ©passement, de risques assumĂ©s, d’enrichissements nouveaux dans le jeu proprement dit est indiscutable. Mais alors quels orchestres en Europe, en France oseraient une telle expĂ©rience ? C’est aussi Ă  l’aune de ce pari artistique et musical, pour ne pas dire strictement technicien- que se mesure l’intĂ©rĂȘt de la dĂ©marche. A tous les orchestres qui souhaitent enrichir encore leur approche des rĂ©pertoires, assimiler Rameau ainsi, pour mieux mieux jouer Gluck ou Mozart et Haydn, voilĂ  un sillon fertile en accomplissements inĂ©dits.  Pour l’annĂ©e de ses 250 ans, Rameau ne pouvait mieux ĂȘtre servi, rĂ©vĂ©lĂ©, rĂ©habilitĂ© : et si son Ă©criture Ă©tait une formidable Ă©cole pour tous les orchestres ? A mĂ©diter. Bruno Procopio nous en apporte dĂ©jĂ  la preuve. Gageons que le jeune maestro n’affirme bientĂŽt son intuition et son travail en visionnaire.

 

 

LiĂšge. Salle Philharmonique. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014. Concert “Rameau Symphonique”. Dans le cadre de la saison 2014-2015 de l’Orchestre philharmonique royal de LiĂšge : “Guerre(s) et paix”. Rameau : Ouvertures et Ballets des opĂ©ras Zoroastre, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acante et CĂ©phise, Les Indes Galantes
 Bruno Procopio, direction.

 

 

Approfondir
LIRE notre critique intégrale du cd Rameau in Caracas par Bruno Procopio et les Soloists of the Simon Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela (1 cd Paraty 2012)

 

Illustrations : photographies © CLASSIQUENEWS 2015

LiĂšge. Grand concert Rameau symphonique par Bruno Procopio, annonce

LiĂšge, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 dĂ©cembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un rĂ©cital symphonique qui cĂ©lĂšbre l’annĂ©e Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. AprĂšs l’Orchestre SimĂłn BolĂ­var de Caracas, le voici Ă  Liege ce 14 dĂ©cembre 2014, 16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de LiĂšge.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca

 

 

L’Ă©lĂšve au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigĂ© et enregistrĂ© les Grands Motets, les PiĂšces pour clavecin en concerts, n’en est pas Ă  un dĂ©fi prĂšs. Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraĂźtre contradictoire de la part d’un enfant de la rĂ©volution baroque. Il n’en est rien bien au contraire car l’expĂ©rience pourrait s’avĂ©rer particuliĂšrement formatrice pour le chef et les musiciens. Nouvelle technique d’archet, rĂ©alisation des attaques, ornements, vibrato, phrasĂ©s. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulĂ© dans le sens de la lisibilitĂ© et de la clartĂ©. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maĂźtrise pĂ©dagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalitĂ© rythmique et l’esprit chorĂ©graphique de Rameau, sa sensualitĂ© comme sa profondeur sont des clĂ©s redoutables pour rĂ©ussir une immersion dans l’esthĂ©tique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach Ă  Caracas

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de LiĂšge. Bruno Procopio connaĂźt d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistrĂ© dans les mĂȘmes conditions instrumentales et avec les mĂȘmes enjeux esthĂ©tiques Ă  Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra, l’orchestre si Ă©nergique et audacieux qu’ a pilotĂ© Gustavo Dudamel. Du Venezuela Ă  LiĂšge, Bruno Procopio transmet la mĂȘme tension recrĂ©atrice, le mĂȘme Ă©lan dansant, un sens affĂ»tĂ© de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poĂ©tiques. .. un art de la direction d’autant mieux adaptĂ© pour les ouvertures et les ballets extraits des opĂ©ras de Rameau.

 

Concert Rameau 2014 Ă  la salle Philharmonique de LiĂšge

LiĂšge, salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL, Rameau 2014. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acanthe et CĂ©phise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

« Rencontre avec
 » Bruno Procopio. Le mercredi 10 dĂ©cembre Ă  18h30, au Foyer Ysaye, StĂ©phane Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrĂ©silien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). EntrĂ©e gratuite.

 

 

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LiĂšge. Grand concert Rameau symphonique par Bruno Procopio

LiĂšge, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 dĂ©cembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un rĂ©cital symphonique qui cĂ©lĂšbre l’annĂ©e Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. AprĂšs l’Orchestre SimĂłn BolĂ­var de Caracas, le voici Ă  Liege ce 14 dĂ©cembre 2014,  16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de LiĂšge.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

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L’Ă©lĂšve au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigĂ© et enregistrĂ© les Grands Motets,  les PiĂšces pour clavecin en concerts, n’en est pas Ă  un dĂ©fi prĂšs.  Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraĂźtre contradictoire de la part d’un enfant de la rĂ©volution baroque.  Il n’en est rien bien au contraire car l’expĂ©rience pourrait s’avĂ©rer particuliĂšrement formatrice pour le chef et les musiciens.  Nouvelle technique d’archet, rĂ©alisation des attaques,  ornements,  vibrato,  phrasĂ©s. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulĂ© dans le sens de la lisibilitĂ© et de la clartĂ©. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maĂźtrise pĂ©dagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalitĂ© rythmique et l’esprit chorĂ©graphique de Rameau, sa sensualitĂ© comme sa profondeur sont des clĂ©s redoutables pour rĂ©ussir une immersion dans l’esthĂ©tique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

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Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de LiĂšge. Bruno Procopio connaĂźt d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistrĂ© dans les mĂȘmes conditions instrumentales et avec les mĂȘmes enjeux esthĂ©tiques Ă  Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra,  l’orchestre si Ă©nergique et audacieux qu’ a pilotĂ© Gustavo Dudamel.  Du Venezuela Ă  LiĂšge,  Bruno Procopio transmet la mĂȘme tension recrĂ©atrice, le mĂȘme Ă©lan dansant, un sens affĂ»tĂ© de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poĂ©tiques. .. un art de la direction d’autant mieux adaptĂ© pour les ouvertures et les ballets extraits des opĂ©ras de Rameau.

Concert Rameau 2014 Ă  la salle Philharmonique de LiĂšge

LiĂšge,  salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL,  Rameau 2014. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acanthe et CĂ©phise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

 

« Rencontre avec  » Bruno Procopio. Le mercredi 10 dĂ©cembre Ă  18h30, au Foyer Ysaye, StĂ©phane  Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrĂ©silien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). EntrĂ©e gratuite.

 

 

Bruno Procopio dirige Rameau Ă  LiĂšge

LiĂšge, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 dĂ©cembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un rĂ©cital symphonique qui cĂ©lĂšbre l’annĂ©e Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. AprĂšs l’Orchestre SimĂłn BolĂ­var de Caracas, le voici Ă  Liege ce 14 dĂ©cembre 2014,  16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de LiĂšge.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca

 

 

L’Ă©lĂšve au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigĂ© et enregistrĂ© les Grands Motets,  les PiĂšces pour clavecin en concerts, n’en est pas Ă  un dĂ©fi prĂšs.  Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraĂźtre contradictoire de la part d’un enfant de la rĂ©volution baroque.  Il n’en est rien bien au contraire car l’expĂ©rience pourrait s’avĂ©rer particuliĂšrement formatrice pour le chef et les musiciens.  Nouvelle technique d’archet, rĂ©alisation des attaques,  ornements,  vibrato,  phrasĂ©s. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulĂ© dans le sens de la lisibilitĂ© et de la clartĂ©. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maĂźtrise pĂ©dagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalitĂ© rythmique et l’esprit chorĂ©graphique de Rameau, sa sensualitĂ© comme sa profondeur sont des clĂ©s redoutables pour rĂ©ussir une immersion dans l’esthĂ©tique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach Ă  Caracas

 
 

 
 

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de LiĂšge. Bruno Procopio connaĂźt d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistrĂ© dans les mĂȘmes conditions instrumentales et avec les mĂȘmes enjeux esthĂ©tiques Ă  Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra,  l’orchestre si Ă©nergique et audacieux qu’ a pilotĂ© Gustavo Dudamel.  Du Venezuela Ă  LiĂšge,  Bruno Procopio transmet la mĂȘme tension recrĂ©atrice, le mĂȘme Ă©lan dansant, un sens affĂ»tĂ© de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poĂ©tiques. .. un art de la direction d’autant mieux adaptĂ© pour les ouvertures et les ballets extraits des opĂ©ras de Rameau.

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728L’Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge participe ainsi aux concerts-anniversaire de la mort de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), inscrits au programme de l’annĂ©e Rameau 2014, en interprĂ©tant les suites des plus cĂ©lĂšbres opĂ©ras du compositeur. Des Indes galantes à Zoroastre en passant par Castor et Pollux, soit six opĂ©ras de Rameau que l’OPRL fait revivre le dimanche 14 dĂ©cembre Ă  16 heures dans l’extraordinaire Salle Philharmonique de LiĂšge, cĂ©lĂšbre pour son acoustique Ă©lectrisante. C’est lĂ  il y a peu que classique news avait captĂ© plusieurs sĂ©quences de l’enregistrement du ThĂ©sĂ©e de Gossec remarquable opĂ©ra composĂ© Ă  la fin du rĂšgne de Marie-Antoinette, frappant par la couleur et l’Ă©nergie de son orchestration,  la noirceur des personnages en particulier celui de MĂ©dĂ©e, la construction trĂšs originale de choeurs ambitieux Ă  l’ampleur spatialisĂ©e…Bruno Procopio. Pour ce « best-of symphonique » baroque sur instruments modernes, l’OPRL fait appel Ă  la vedette du moment dans ce domaine, le claveciniste et chef brĂ©silien Bruno Procopio. De Paris Ă  Caracas. Bruno Procopio est avant tout claveciniste, formĂ© Ă  Paris auprĂšs de Pierre HantaĂŻ et Christophe Rousset. En tant que chef, il dirige rĂ©guliĂšrement plusieurs orchestres sud-amĂ©ricains, dont le fameux Orchestre Symphonique SimĂłn BolĂ­var de Gustavo Dudamel (Venezuela), qu’il a initiĂ© au baroque français avec son projet« Rameau Ă  Caracas ». La presse a saluĂ© un talent rare au feu communicant : « Tant d’évidence avec un orchestre moderne aux cordes nombreuses relĂšve du miracle. Cette expĂ©rience exotique rĂ©vĂšle comme rarement la fantaisie effrontĂ©e de Rameau » (Classica). « Vous n’en croirez pas vos oreilles » (Diapason)
 le disque Ă©ditĂ© chez Paraty (Rameau Ă  Caracas) a Ă©tĂ© Ă©lu CLIC de classique news (il fait aussi partie des cd incontournables de notre bilan discographique Rameau 2014). Bruno Procopio explique qu’il a conçu son programme de maniĂšre Ă  valoriser les deux dimensions fondamentales de la musique de Rameau : la danse et le drame en une sĂ©lection subtile et remarquablement Ă©laborĂ©e des ballets et ouvertures des opĂ©ras.

 

 

 

Bruno Procopio dirige Rameau Ă  Caracas

 

 

 

 

Concert Rameau 2014 Ă  la salle Philharmonique de LiĂšge

LiĂšge,  salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL,  Rameau 2014. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acanthe et CĂ©phise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

 

« Rencontre avec  » Bruno Procopio. Le mercredi 10 dĂ©cembre Ă  18h30, au Foyer Ysaye, StĂ©phane  Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrĂ©silien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). EntrĂ©e gratuite.

 

 

 

approfondir :

Le site de Bruno Procopio :www.brunoprocopio.com

(extraits de presse : http://brunoprocopio.com/wp/fr/presse/)

Bruno Procopio dirige les Grands motets de Rameau au Festival de Cuenca 2014, critique sur  http://www.classiquenews.com/cuenca-2014/

Bruno Procopio explique son projet « Rameau Ă  Caracas » avec l’Orchestre Symphonique SimĂłn BolĂ­var, reportage Classiquenews : https://www.youtube.com/watch?v=Fnt4DlFE3_g

Extraits de presse : CD « Rameau à Caracas » :

Rameai in Caracas, Bruno Procopio« Vous avez bien lu : l’orchestre rĂ©vĂ©lĂ© par Gustavo Dudamel dans les mambos de Bernstein et de Marquez, l’énorme machine qui ne joue les symphonies de Mahler qu’à seize contrebasses et douze cors, rĂ©duit ses forces Ă  cinquante et, sous la direction d’un jeune claveciniste brĂ©silien formĂ© Ă  Paris, le mĂ©connu Bruno Procopio, gambade dans le jardin rĂ©putĂ© le plus Ă©pineux du rĂ©pertoire. Est-ce d’avoir appris son mĂ©tier par la danse ? Est-ce de porter plus haut le jeu collectif que la prouesse individuelle ? Vous n’en croirez pas vos oreilles. La fermetĂ© des phrases, la justesse des ornements, l’économie du vibrato, la perfection des Ă©quilibres, la scansion des menuets, le tournoiement des passepieds, le naturel du style
 Zoroastre est un miracle. »(Ivan Alexandre, Diapason, )

« Fin connaisseur de ce rĂ©pertoire, le claveciniste Bruno Procopio a appris Ă  l’orchestre le style, les gestes et le son idoines. Attaques prĂ©cises, vibrato limitĂ©, notes inĂ©gales : la transformation est impressionnante. Ce voyage Ă  Caracas se rĂ©vĂšle un des meilleurs remĂšdes contre la morositĂ© ambiante. » (Philippe Venturini, Les Echos, 12/2013)

« The SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra are known for bringing energy and vibrancy to their playing, and this album is no exception. Royal and regal, or lively and lilting, it’s a treat to hear the musicians bringing the dotted dance rhythms to life, and adding a sense of excitement to every note.  » (Classic FM, 12/2013)

 

 

LIRE aussi la critique complĂšte du cd Rameau Ă  Caracas par notre rĂ©dacteur Carter Chris Humphray : “Rameau Ă©lectrisĂ©” (1 cd Paraty)

 

 
 

 

Rameau 2014. Quel bilan discographique ?

AnnĂ©e Rameau 2014 : concerts, opĂ©ras, temps forts de septembre Ă  dĂ©cembre 2014CD. Rameau 2014. Quel bilan discographique ? L’annĂ©e Rameau, pour le 250Ăšme anniversaire de la mort du gĂ©nie dijonnais, s’achĂšve. Les concerts et opĂ©ras Ă  l’affiche ont Ă©tĂ© diversement accueillis, plus ou moins convaincants, mais d’une indiscutable Ă©loquence quant Ă  l’inventivitĂ© et au gĂ©nie du Rameau rĂ©formateur. Le compositeur mort en 1764 aura bien fait Ă©voluer l’art musical français du XVIIIĂšme, sous le rĂšgne de Louis XV et Ă  l’époque des LumiĂšres, malgrĂ© l’esthĂ©tique aimable, dĂ©corative ambiante instillĂ© par La Pompadour. Qu’en est-il des rĂ©alisations discographiques Ă©ditĂ©s pour l’annĂ©e des 250 ans ? Certaines majors ont rĂ©Ă©ditĂ© les perles de leur catalogue (ainsi Erato, voir chapitre coffrets… ; d’autres son restĂ©es Ă©trangement muettes (Decca, Archiv, Deutsche Grammophon) ; ou ont confirmĂ© une approche rĂ©solument neuve, dĂ©poussiĂ©rĂ©e voire excessive (Teodor Currentzis pour Sony classical… mais l’audace ne suscite t elle pas le renouvellement de l’interprĂ©tation?… C’est surtout de la part des petits labels privĂ©s et indĂ©pendants que la surprise a jailli, – plus audacieux et dĂ©fricheurs que jamais, rĂ©vĂ©lant des Ɠuvres oubliĂ©es ou confirmant des gestes nouveaux, ceux des nouveaux champions ramĂ©liens, inspirĂ©s par une ardeur inĂ©dite d’une Ă©lĂ©gance prometteuse (Bruno Procopio, BenoĂźt Babel, Alexis Kossenko…). Voici nos coups de coeur par ordre dĂ©croissant d’importance…

 
 
 

Tout Rameau 2014

en 10 cd et 2 coffrets majeurs

 

 

Le Rameau le plus impétueux, le plus troublant : Teodor Currentzis

rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012). The sound of light… Lumineux et mĂȘme solarisĂ© (serait-ce une rĂ©fĂ©rence indirecte Ă  son appartenance Ă  une loge comme Ă  ses nombreux ouvrages pĂ©nĂ©trĂ©s de symboles et rituels maçonniques : de ZaĂŻs Ă  Zoroastre
?). FrĂ©nĂ©tique, motorique, surexpressive
 la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athĂ©nien formĂ© dans la classe d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Ă  22 ans) qui est passĂ© par l’OpĂ©ra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – oĂč il est directeur artistique,


 

 

 

Le mieux concertant : BenoĂźt Babel et ZaĂŻs

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin
 (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013).  Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’élĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste)


 

 

 

Le plus sensuel, le mieux articulĂ© : William Christie l’enchanteur

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Le Jardin de Monsieur Rameau (William Christie, le Jardin des Voix 2013). A chacune de ses Ă©ditions, l’acadĂ©mie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicitĂ© humaine, vertus collĂ©giales partagĂ©es par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se rĂ©alise pleinement dans chacun des programmes et peut-ĂȘtre d’une façon souvent inouĂŻe pour cette promotion 2013 (la 6Ăšme du genre) oĂč les 6 nouveaux Ă©lus (la paritĂ© y est prĂ©servĂ©e : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portĂ©s par l’exigence de grĂące et


 

 

 

 

Bruno Procopio, chef décapant et raffiné.
Orchestralement impeccable et sur instruments modernes !

IDOL_PARATY512120Rameau in Caracas, Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela (Bruno Procopio, direction, 1 cd Paraty). Programme festif et exaltant en prĂ©lude Ă  l’annĂ©e Rameau (2014), qui marque le 250Ăšme anniversaire de la mort du compositeur. Rameau in Caracas Soloists of the SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela conducted by Bruno Procopio Jouer Rameau Ă  Caracas – Les Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela, invitent Bruno Procopio Ă  diriger un programme totalement dĂ©diĂ© Ă  Jean-Philippe Rameau. C’est pour les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens, une dĂ©couverte exceptionnelle : celle du baroque français, premiĂšre incursion dans la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle. Bruno Procopio commente : J’ai surtout voulu susciter la curiositĂ© des musiciens de l’Orchestre pour une


 

 

 

Le mieux chambriste : Bruno Procopio, clavecin

CD Ă©vĂ©nement. Rameau rĂ©vĂ©lĂ© Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Bruno Procopio, clavecin… label Paraty). Avec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste


 

 

 

Les plus poĂ©tiques : Alexis Kossenko et Sabine Devieilhe…

Devieilhe_sabine_ERATO_rameau_theatre_amour_ambassadeursCD. Rameau : le grand thĂ©Ăątre de l’Amour. Sabine Devielhe. Le sentiment de notre rĂ©dacteur Benjamin Ballif suscite l’unanimitĂ© de la rĂ©daction de classiquenews : le nouvel album des Ambassadeurs, complices du premier rĂ©cital lyrique de la jeune diva française Sabine Devieilhe Ă©merveille. La chanteuse Ă©tait sacrĂ©e ” rĂ©vĂ©lation lyrique” aux derniĂšres Victoires de la musique 2013. Voici un Rameau inventif et audacieux, expressif et intelligent qui convainc absolument. Il est d’autant plus pertinent qu’il met en avant cette sensualitĂ© raffinĂ©e propre au XVIIIĂš français et qui fait aussi de Rameau, Ă  cĂŽtĂ© du scientifique et du


 

 

 

Le plus défricheur : une partition méconnue dévoilée

rameau-fetes-hymen-amour-1747-Niquet-cd-glossaCD. Rameau : Les fĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour (Niquet, fĂ©vrier 2014, 2 cd Glossa).  A l’époque oĂč La Pompadour enchante et captive le coeur d’un Louis XV dĂ©pressif, grĂące Ă  ses divertissements toujours renouvelĂ©s, Rameau et son librettiste favori Cahuzac imaginent de nouvelles formes lyrique et thĂ©Ăątrales. Quoiqu’on en dise, les deux compĂšres forment l’un des duos crĂ©ateurs les plus inventifs de l’heure, ce plein milieu XVIIIĂš, encore rocaille et rococo qui pourtant par sa nostalgie et ses aspirations Ă  l’harmonie arcadienne prĂ©figure dĂ©jĂ  en bien des points, l’idĂ©al pacificateur et lumineux des LumiĂšres. Au contact de Cahuzac,


 

 

 

 

 

3 opéras de référence par William Christie

 

 

 

rameau_hippolyte_aricie_christie_eratoCD. Rameau : Hippolyte et Aricie (Christie, 1996). DĂšs 1996, William Christie et ses Arts Florissants, portĂ©s par une expĂ©rience collective de prĂšs de 17 ans, inaugure avec cette gravure historique devenue lĂ©gendaire, un cycle Rameau particuliĂšrement saisissant. Autant Zoroastre par son sujet et le profil des protagonistes Ă©voque le choc des forces du Bien et du mal en un opĂ©ra vĂ©ritablement spectaculaire, autant Les BorĂ©ades rĂ©activent sous le prĂ©texte du sujet du Dieu du vent du nord (BorĂ©e), le fantastique des phĂ©nomĂšnes naturels (tempĂȘtes multiples), 
 autant Hippolyte, premier grand ouvrage du Dijonais, sorte de dĂ©claration de tout ce qu’il va rĂ©aliser par la suite (1733) est un ouvrage oĂč perce la solitude des ” grands ” (PhĂšdre et ThĂ©sĂ©e), Rameau y analyse comme un texte de Corneille et surtout de Racine (le thĂ©Ăątre parlĂ© grande rĂ©fĂ©rence des gĂ©nies lyriques) l’impuissance trouble des Ăąmes saisies dans leur Ă©loquente solitude et leur conscience terrifiĂ©e : le couple royal implose en plein vol et la musique dans le chant de l’orchestre nous dit tout de leur errance et de leur course au vide. Ici la fosse exprime les vertiges infernaux, Hippolyte Ă©galement (voir ici tout l’acte II : ThĂ©sĂ©e aux Enfers, Ă  la recherche de son ami PirithoĂŒs) mais Rameau peint aussi Ă  travers les amours d’Hippolyte et Aricie, le formidable printemps d’un l’amour juvĂ©nile le plus tendre jamais peint de cette façon (depuis Lully) sur une scĂšne lyrique…

 

 

RAMEAU_zoroastre_cd_christie_ERATOCD. Rameau : Zoroastre (Christie, 2001). En ces temps de cĂ©lĂ©bration Rameau (2014 marque le 250Ăšme anniversaire de sa mort en 1764), oĂč les grands projets lyriques se font rares – aucune grande tragĂ©die lyrique du Dijonais n’est Ă  l’affiche ni l’OpĂ©ra de Paris, hĂ©ritiĂšre de l’institution pour laquelle le compositeur a Ă©crit tous ses opĂ©ras (AcadĂ©mie royale de musique), ni mĂȘme Ă  l’OpĂ©ra de Dijon (qui ne manque pas de moyens pour cĂ©lĂ©brer son plus grand gĂ©nie musical et patrimonial), le disque remplit opportunĂ©ment notre soif et comble d’une certaine façon notre attente. D’autant qu’avec la renaissance du


rameau_Castor_pollux_ChristieCD. Rameau : Castor et Pollux (Christie, 1992).  La deuxiĂšme tragĂ©de lyrique de Rameau cĂ©lĂšbre l’amour fraternel et viril. La rĂ©alisation de William Christie est liĂ©e Ă  cet accord exemplaire (lĂ©gendaire) entre un plateau de solistes quasi idĂ©al (Daneman, Shirer, Padmore
), un choeur palpitant (sauf les sopranos pour le tableau d’HĂ©bĂ©), des instrumentistes conteurs, inventifs, nuancĂ©s. La direction du chef est exactement emblĂ©matique de sa sensibilitĂ© comme ramĂ©llien de premier plan : aiguĂ« sans ĂȘtre cassante ni raide, prĂ©cise et mordante, d’une fluiditĂ© hautement dramatique, capable d’une tendre et poĂ©tique sincĂ©ritĂ©. La plasticitĂ© de la dĂ©clamation lyrique française, engagĂ©e,


 

 

 

 

 

 

Coffrets événements

 

 

ERATO coffret Rameau 27 cdCD. Coffret Rameau 2014 (27 cd ERATO). Nul ce coffret Ă©vĂ©nement pour l’annĂ©e Rameau 2014 rĂ©capitule 40 ans d’interprĂ©tation ramĂ©llienne : comme souvent, les approches les plus pertinentes sont extrahexagonales, voire anglo-saxonnes
 Paillard et Harnoncourt, puis McGegan et Gardiner, surtout William Christie qui rĂ©invente Rameau en lui restituant sa poĂ©tique symphonique singuliĂšre
 voilĂ  autant d’interprĂštes majeurs qui font de la rĂ©Ă©dition anniversaire Ă©laborĂ©e par Erato pour l’annĂ©e Rameau 2014 et en 27 cd, une somme Ă©vĂ©nement. Evidemment CLIC de classiquenews. Le coffret prend valeur d’odyssĂ©e discographique dĂ©voilant les jalons marquants de l’interprĂ©tation ramellienne depuis 40 ans – c’est dire son


 

 

 

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002). Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990
 jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vĂšle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂȘme l’exceptionnelle fortune aprĂšs les Lully et Lalande qui au


 

 

 

Ă  venir …

La moisson continue en 2015. En liaison avec l’activitĂ© du Centre de musique Baroque de Versailles grand coordinateur de l’annĂ©e Rameau 2014 en France et dans le monde, deux nouveautĂ©s absolues sont annoncĂ©es en 2015, dĂ©sormais Ă  suivre : Les FĂȘtes de Polymnie et Le temple de la Gloire, qui fut entre autres rĂ©vĂ©lations, un temps fort de la programmation Rameau au ChĂąteau de Versailles, pendant cet automne 2014…