WEB DOCU. L’annĂ©e Rameau 2014 en vidĂ©o : synthĂšse et temps forts

rameau 2014 logo 2014WEBDOCU de l’annĂ©e Rameau 2014. Rameau 2014, ce sont 600 Ă©vĂ©nements, 4 expositions monographiques, des ateliers, d’innombrables manifestations dans le monde entier… CoordonnĂ©e par le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, l’annĂ©e Rameau 2014 (250Ăš anniversaire de la mort) fut riche en Ă©vĂ©nements, offrant au Dijonais sa reconnaissance internationale, rĂ©vĂ©latrice et porteuse de dĂ©couvertes majeures comme la recrĂ©ation des ouvrages mĂ©connus tels Le Temple de la gloire, Zais, Les fĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour… tandis que les opĂ©ras PlatĂ©e, Castor et Pollux, des sessions de musique de chambre et les grands concerts sacrĂ©s Ă  la Chapelle royale de Versailles ont illustrĂ© une immersion continue que prolonge encore l’exposition ” Rameau et la scĂšne “prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, jusqu’au 8 mars 2015. Webdocu © CMBV – CLASSIQUENEWS.COM 2015

VOIR aussi notre reportage sur l’exposition Rameau et la scĂšne au Palais Garnier, jusqu’au 8 mars 2015 (Paris, BibliothĂšque MusĂ©e de l’OpĂ©ra, BNF)

VIDEO. Rameau s’expose Ă  la bibliotĂšque-MusĂ©e du Palais Garnier Ă  Paris : exposition Rameau et la scĂšne, jusqu’au 8 mars 2015

http://www.classiquenews.com/paris-exposition-rameau-et-la-scene-palais-garnier-novembre-2014-fevrier-2015/VIDEO. Expo Rameau et la scĂšne. Jusqu’au 8 mars 2015, la BibliothĂšque-MusĂ©e de l’OpĂ©ra (BNF) au Palais Garnier Ă  Paris, prĂ©sente une exposition sur l’Ɠuvre de Jean-Philippe Rameau, gĂ©nie de l’opĂ©ra sous le rĂšgne de Louis XV et Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Le matĂ©riel exposĂ© met en avant l’ingĂ©nierie du spectacle Ă  l’Ă©poque de Rameau, ses interprĂštes clĂ©s, chanteurs tels JĂ©lyotte ou Marie Fel, danseuses virtuoses telles La Guimard, Marie SallĂ© ou La Camargo…, surtout l’histoire de Rameau Ă  la scĂšne, un gĂ©nie vĂ©nĂ©rĂ© et critiquĂ© de son vivant, puis oubliĂ© au XIXĂš romantique, enfin redĂ©couvert comme une gloire nationale Ă  partir de 1908, quand Les Indes Galantes de Rameau sont assimilĂ©es aux comĂ©dies musicales amĂ©ricaines contemporaines (annĂ©es 1950). L’heure de la reconnaissance sonne avec les commĂ©morations de 1983 (tricentenaire de la naissance) quand les Baroqueux s’emparent enfin de la verve et de la modernitĂ© de l’orchestre ramĂ©lien… sur instruments anciens. Voici enfin une rĂ©trospective complĂšte, richement illustrĂ©e, intelligemment conçue Ă  voir au Palais Garnier jusqu’au 8 mars 2015. Coup de coeur de classiquenews, Ă©lu “CLIC” de classiquenews pour le dĂ©but de l’annĂ©e nouvelle 2015. Reportage vidĂ©o © CLASSIQUENEWS.TV. LIRE aussi notre prĂ©sentation complĂšte de l’exposition Rameau et la scĂšne

LiĂšge. Grand concert Rameau symphonique par Bruno Procopio

LiĂšge, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 dĂ©cembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un rĂ©cital symphonique qui cĂ©lĂšbre l’annĂ©e Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. AprĂšs l’Orchestre SimĂłn BolĂ­var de Caracas, le voici Ă  Liege ce 14 dĂ©cembre 2014,  16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de LiĂšge.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca

 

 

L’Ă©lĂšve au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigĂ© et enregistrĂ© les Grands Motets,  les PiĂšces pour clavecin en concerts, n’en est pas Ă  un dĂ©fi prĂšs.  Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraĂźtre contradictoire de la part d’un enfant de la rĂ©volution baroque.  Il n’en est rien bien au contraire car l’expĂ©rience pourrait s’avĂ©rer particuliĂšrement formatrice pour le chef et les musiciens.  Nouvelle technique d’archet, rĂ©alisation des attaques,  ornements,  vibrato,  phrasĂ©s. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulĂ© dans le sens de la lisibilitĂ© et de la clartĂ©. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maĂźtrise pĂ©dagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalitĂ© rythmique et l’esprit chorĂ©graphique de Rameau, sa sensualitĂ© comme sa profondeur sont des clĂ©s redoutables pour rĂ©ussir une immersion dans l’esthĂ©tique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach Ă  Caracas

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de LiĂšge. Bruno Procopio connaĂźt d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistrĂ© dans les mĂȘmes conditions instrumentales et avec les mĂȘmes enjeux esthĂ©tiques Ă  Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra,  l’orchestre si Ă©nergique et audacieux qu’ a pilotĂ© Gustavo Dudamel.  Du Venezuela Ă  LiĂšge,  Bruno Procopio transmet la mĂȘme tension recrĂ©atrice, le mĂȘme Ă©lan dansant, un sens affĂ»tĂ© de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poĂ©tiques. .. un art de la direction d’autant mieux adaptĂ© pour les ouvertures et les ballets extraits des opĂ©ras de Rameau.

Concert Rameau 2014 Ă  la salle Philharmonique de LiĂšge

LiĂšge,  salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL,  Rameau 2014. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acanthe et CĂ©phise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de LiĂšge

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

 

« Rencontre avec  » Bruno Procopio. Le mercredi 10 dĂ©cembre Ă  18h30, au Foyer Ysaye, StĂ©phane  Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrĂ©silien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). EntrĂ©e gratuite.

 

 

Rameau 2014. Quel bilan discographique ?

AnnĂ©e Rameau 2014 : concerts, opĂ©ras, temps forts de septembre Ă  dĂ©cembre 2014CD. Rameau 2014. Quel bilan discographique ? L’annĂ©e Rameau, pour le 250Ăšme anniversaire de la mort du gĂ©nie dijonnais, s’achĂšve. Les concerts et opĂ©ras Ă  l’affiche ont Ă©tĂ© diversement accueillis, plus ou moins convaincants, mais d’une indiscutable Ă©loquence quant Ă  l’inventivitĂ© et au gĂ©nie du Rameau rĂ©formateur. Le compositeur mort en 1764 aura bien fait Ă©voluer l’art musical français du XVIIIĂšme, sous le rĂšgne de Louis XV et Ă  l’époque des LumiĂšres, malgrĂ© l’esthĂ©tique aimable, dĂ©corative ambiante instillĂ© par La Pompadour. Qu’en est-il des rĂ©alisations discographiques Ă©ditĂ©s pour l’annĂ©e des 250 ans ? Certaines majors ont rĂ©Ă©ditĂ© les perles de leur catalogue (ainsi Erato, voir chapitre coffrets… ; d’autres son restĂ©es Ă©trangement muettes (Decca, Archiv, Deutsche Grammophon) ; ou ont confirmĂ© une approche rĂ©solument neuve, dĂ©poussiĂ©rĂ©e voire excessive (Teodor Currentzis pour Sony classical… mais l’audace ne suscite t elle pas le renouvellement de l’interprĂ©tation?… C’est surtout de la part des petits labels privĂ©s et indĂ©pendants que la surprise a jailli, – plus audacieux et dĂ©fricheurs que jamais, rĂ©vĂ©lant des Ɠuvres oubliĂ©es ou confirmant des gestes nouveaux, ceux des nouveaux champions ramĂ©liens, inspirĂ©s par une ardeur inĂ©dite d’une Ă©lĂ©gance prometteuse (Bruno Procopio, BenoĂźt Babel, Alexis Kossenko…). Voici nos coups de coeur par ordre dĂ©croissant d’importance…

 
 
 

Tout Rameau 2014

en 10 cd et 2 coffrets majeurs

 

 

Le Rameau le plus impétueux, le plus troublant : Teodor Currentzis

rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012). The sound of light… Lumineux et mĂȘme solarisĂ© (serait-ce une rĂ©fĂ©rence indirecte Ă  son appartenance Ă  une loge comme Ă  ses nombreux ouvrages pĂ©nĂ©trĂ©s de symboles et rituels maçonniques : de ZaĂŻs Ă  Zoroastre
?). FrĂ©nĂ©tique, motorique, surexpressive
 la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athĂ©nien formĂ© dans la classe d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Ă  22 ans) qui est passĂ© par l’OpĂ©ra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – oĂč il est directeur artistique,


 

 

 

Le mieux concertant : BenoĂźt Babel et ZaĂŻs

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin
 (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013).  Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’élĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste)


 

 

 

Le plus sensuel, le mieux articulĂ© : William Christie l’enchanteur

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Le Jardin de Monsieur Rameau (William Christie, le Jardin des Voix 2013). A chacune de ses Ă©ditions, l’acadĂ©mie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicitĂ© humaine, vertus collĂ©giales partagĂ©es par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se rĂ©alise pleinement dans chacun des programmes et peut-ĂȘtre d’une façon souvent inouĂŻe pour cette promotion 2013 (la 6Ăšme du genre) oĂč les 6 nouveaux Ă©lus (la paritĂ© y est prĂ©servĂ©e : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portĂ©s par l’exigence de grĂące et


 

 

 

 

Bruno Procopio, chef décapant et raffiné.
Orchestralement impeccable et sur instruments modernes !

IDOL_PARATY512120Rameau in Caracas, Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela (Bruno Procopio, direction, 1 cd Paraty). Programme festif et exaltant en prĂ©lude Ă  l’annĂ©e Rameau (2014), qui marque le 250Ăšme anniversaire de la mort du compositeur. Rameau in Caracas Soloists of the SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela conducted by Bruno Procopio Jouer Rameau Ă  Caracas – Les Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra of Venezuela, invitent Bruno Procopio Ă  diriger un programme totalement dĂ©diĂ© Ă  Jean-Philippe Rameau. C’est pour les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens, une dĂ©couverte exceptionnelle : celle du baroque français, premiĂšre incursion dans la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle. Bruno Procopio commente : J’ai surtout voulu susciter la curiositĂ© des musiciens de l’Orchestre pour une


 

 

 

Le mieux chambriste : Bruno Procopio, clavecin

CD Ă©vĂ©nement. Rameau rĂ©vĂ©lĂ© Rameau: PiĂšces de clavecin en concert (Bruno Procopio, clavecin… label Paraty). Avec ses PiĂšces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inĂ©galĂ© dans l’art de la musique de chambre mais selon son goĂ»t, c’est Ă  dire avec impertinence et nouveautĂ©: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osĂ© revendiquer son autonomie expressive de la sorte. PubliĂ© en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la rĂšgne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait Ă©clater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confinĂ© devient soliste


 

 

 

Les plus poĂ©tiques : Alexis Kossenko et Sabine Devieilhe…

Devieilhe_sabine_ERATO_rameau_theatre_amour_ambassadeursCD. Rameau : le grand thĂ©Ăątre de l’Amour. Sabine Devielhe. Le sentiment de notre rĂ©dacteur Benjamin Ballif suscite l’unanimitĂ© de la rĂ©daction de classiquenews : le nouvel album des Ambassadeurs, complices du premier rĂ©cital lyrique de la jeune diva française Sabine Devieilhe Ă©merveille. La chanteuse Ă©tait sacrĂ©e ” rĂ©vĂ©lation lyrique” aux derniĂšres Victoires de la musique 2013. Voici un Rameau inventif et audacieux, expressif et intelligent qui convainc absolument. Il est d’autant plus pertinent qu’il met en avant cette sensualitĂ© raffinĂ©e propre au XVIIIĂš français et qui fait aussi de Rameau, Ă  cĂŽtĂ© du scientifique et du


 

 

 

Le plus défricheur : une partition méconnue dévoilée

rameau-fetes-hymen-amour-1747-Niquet-cd-glossaCD. Rameau : Les fĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour (Niquet, fĂ©vrier 2014, 2 cd Glossa).  A l’époque oĂč La Pompadour enchante et captive le coeur d’un Louis XV dĂ©pressif, grĂące Ă  ses divertissements toujours renouvelĂ©s, Rameau et son librettiste favori Cahuzac imaginent de nouvelles formes lyrique et thĂ©Ăątrales. Quoiqu’on en dise, les deux compĂšres forment l’un des duos crĂ©ateurs les plus inventifs de l’heure, ce plein milieu XVIIIĂš, encore rocaille et rococo qui pourtant par sa nostalgie et ses aspirations Ă  l’harmonie arcadienne prĂ©figure dĂ©jĂ  en bien des points, l’idĂ©al pacificateur et lumineux des LumiĂšres. Au contact de Cahuzac,


 

 

 

 

 

3 opéras de référence par William Christie

 

 

 

rameau_hippolyte_aricie_christie_eratoCD. Rameau : Hippolyte et Aricie (Christie, 1996). DĂšs 1996, William Christie et ses Arts Florissants, portĂ©s par une expĂ©rience collective de prĂšs de 17 ans, inaugure avec cette gravure historique devenue lĂ©gendaire, un cycle Rameau particuliĂšrement saisissant. Autant Zoroastre par son sujet et le profil des protagonistes Ă©voque le choc des forces du Bien et du mal en un opĂ©ra vĂ©ritablement spectaculaire, autant Les BorĂ©ades rĂ©activent sous le prĂ©texte du sujet du Dieu du vent du nord (BorĂ©e), le fantastique des phĂ©nomĂšnes naturels (tempĂȘtes multiples), 
 autant Hippolyte, premier grand ouvrage du Dijonais, sorte de dĂ©claration de tout ce qu’il va rĂ©aliser par la suite (1733) est un ouvrage oĂč perce la solitude des ” grands ” (PhĂšdre et ThĂ©sĂ©e), Rameau y analyse comme un texte de Corneille et surtout de Racine (le thĂ©Ăątre parlĂ© grande rĂ©fĂ©rence des gĂ©nies lyriques) l’impuissance trouble des Ăąmes saisies dans leur Ă©loquente solitude et leur conscience terrifiĂ©e : le couple royal implose en plein vol et la musique dans le chant de l’orchestre nous dit tout de leur errance et de leur course au vide. Ici la fosse exprime les vertiges infernaux, Hippolyte Ă©galement (voir ici tout l’acte II : ThĂ©sĂ©e aux Enfers, Ă  la recherche de son ami PirithoĂŒs) mais Rameau peint aussi Ă  travers les amours d’Hippolyte et Aricie, le formidable printemps d’un l’amour juvĂ©nile le plus tendre jamais peint de cette façon (depuis Lully) sur une scĂšne lyrique…

 

 

RAMEAU_zoroastre_cd_christie_ERATOCD. Rameau : Zoroastre (Christie, 2001). En ces temps de cĂ©lĂ©bration Rameau (2014 marque le 250Ăšme anniversaire de sa mort en 1764), oĂč les grands projets lyriques se font rares – aucune grande tragĂ©die lyrique du Dijonais n’est Ă  l’affiche ni l’OpĂ©ra de Paris, hĂ©ritiĂšre de l’institution pour laquelle le compositeur a Ă©crit tous ses opĂ©ras (AcadĂ©mie royale de musique), ni mĂȘme Ă  l’OpĂ©ra de Dijon (qui ne manque pas de moyens pour cĂ©lĂ©brer son plus grand gĂ©nie musical et patrimonial), le disque remplit opportunĂ©ment notre soif et comble d’une certaine façon notre attente. D’autant qu’avec la renaissance du


rameau_Castor_pollux_ChristieCD. Rameau : Castor et Pollux (Christie, 1992).  La deuxiĂšme tragĂ©de lyrique de Rameau cĂ©lĂšbre l’amour fraternel et viril. La rĂ©alisation de William Christie est liĂ©e Ă  cet accord exemplaire (lĂ©gendaire) entre un plateau de solistes quasi idĂ©al (Daneman, Shirer, Padmore
), un choeur palpitant (sauf les sopranos pour le tableau d’HĂ©bĂ©), des instrumentistes conteurs, inventifs, nuancĂ©s. La direction du chef est exactement emblĂ©matique de sa sensibilitĂ© comme ramĂ©llien de premier plan : aiguĂ« sans ĂȘtre cassante ni raide, prĂ©cise et mordante, d’une fluiditĂ© hautement dramatique, capable d’une tendre et poĂ©tique sincĂ©ritĂ©. La plasticitĂ© de la dĂ©clamation lyrique française, engagĂ©e,


 

 

 

 

 

 

Coffrets événements

 

 

ERATO coffret Rameau 27 cdCD. Coffret Rameau 2014 (27 cd ERATO). Nul ce coffret Ă©vĂ©nement pour l’annĂ©e Rameau 2014 rĂ©capitule 40 ans d’interprĂ©tation ramĂ©llienne : comme souvent, les approches les plus pertinentes sont extrahexagonales, voire anglo-saxonnes
 Paillard et Harnoncourt, puis McGegan et Gardiner, surtout William Christie qui rĂ©invente Rameau en lui restituant sa poĂ©tique symphonique singuliĂšre
 voilĂ  autant d’interprĂštes majeurs qui font de la rĂ©Ă©dition anniversaire Ă©laborĂ©e par Erato pour l’annĂ©e Rameau 2014 et en 27 cd, une somme Ă©vĂ©nement. Evidemment CLIC de classiquenews. Le coffret prend valeur d’odyssĂ©e discographique dĂ©voilant les jalons marquants de l’interprĂ©tation ramellienne depuis 40 ans – c’est dire son


 

 

 

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002). Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990
 jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vĂšle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂȘme l’exceptionnelle fortune aprĂšs les Lully et Lalande qui au


 

 

 

Ă  venir …

La moisson continue en 2015. En liaison avec l’activitĂ© du Centre de musique Baroque de Versailles grand coordinateur de l’annĂ©e Rameau 2014 en France et dans le monde, deux nouveautĂ©s absolues sont annoncĂ©es en 2015, dĂ©sormais Ă  suivre : Les FĂȘtes de Polymnie et Le temple de la Gloire, qui fut entre autres rĂ©vĂ©lations, un temps fort de la programmation Rameau au ChĂąteau de Versailles, pendant cet automne 2014…

Gala Rameau 2014 dans la Galerie des glaces

Versailles. Galeries des glaces, Gala Rameau 2014. Samedi 22 novembre 2014, 21h. L’annĂ©e Rameau, assez fĂ©conde et plutĂŽt rĂ©ussie sur le plan des (re)dĂ©couvertes (Le temple de la Gloire, ZaĂŻs, Rameau, maĂźtre Ă  danser
) s’achĂšve officiellement ce 22 novembre 2014 Ă  21h lors d’un grand gala Rameau donnĂ© dans l’exceptionnelle Ă©crin de la Galerie des glaces du ChĂąteau de Versailles, un Ă©vĂ©nement Ă  l’initiative du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, grand coordinateur de l’annĂ©e Rameau 2014 en France. 

galerie des glaces versailles concert gala rameau 2014A l’occasion du 250Ăšme anniversaire de sa mort, voici un programme Ă©clectique, foisonnant, rĂ©capitulatif tel qu’on aurait pu l’écouter dans la salle du Concert Spirituel au XVIIIe siĂšcle.  Au menu, pages sacrĂ©es et profanes. MĂȘlĂ©s aux partitions lyriques et thĂ©Ăątrales, les Grands Motets, oeuvres de jeunesse, rĂ©vĂ©lant avant les opĂ©ras dont le premier est Hippolyte et Aricie en 1733, la flamboyante inspiration du jeune Rameau organiste itinĂ©rant, alors inspirĂ© par le genre du grand motet : choeur, solistes, orchestre, Rameau maĂźtrise dĂ©jĂ  tous les effectifs, toutes les combinaisons possibles, offrant dans un contexte sacrĂ©, plusieurs oeuvres particuliĂšrement 
 thĂ©Ăątrales. Trois Grands motets en tĂ©moignent ce soir par ordre de rĂ©alisation au cours de la soirĂ©e : Laboravi, Quam dilecta, In Convertendo.

Compositeur audacieux, rĂ©formateur mĂȘme jusqu’à un Ăąge avancĂ© (songez Ă  son ouvrage ultime Les BorĂ©ades de 1764, l’annĂ©e de sa mort d’un souffle exceptionnel sur un thĂšme dĂ©licat : la torture
), Rameau invente, explore, expĂ©rimente toujours ; son orchestre est le plus novateur et le plus original de son temps : ainsi les Suites extraites de La Princesse de Navarre et son opĂ©ra crĂ©Ă© en 1737, rĂ©visĂ© en 1754 : Castor et Pollux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Pour nous l’intĂ©rĂȘt majeur du gala Rameau Ă  Versailles, demeure la Suite de danses de la trop peu jouĂ©e Princesse de Navarre : l’Ɠuvre fait partie de la commande faite en 1745 au nouveau compositeur de la Chambre du Roi : Rameau ainsi cĂ©lĂ©brĂ© et honorĂ© devient une figure majeure de la vie musicale française Ă  62 ans. Le Roi lui commande quatre Ɠuvres lyriques dont la cĂ©lĂšbre et atypique autant que dĂ©jantĂ© PlatĂ©e, pour le mariage du Dauphin. La danse est le cadre oĂč se libĂšre le riche tempĂ©rament dramatique du compositeur : son Ă©criture est aussi savante et virtuose, de plus en plus italienne comme en tĂ©moigne l’air redoutable : Vents furieux. GĂ©nie du timbre, et grand coloriste, Rameau Ă©tonne tout autant dans Castor et Pollux dans l’usage spĂ©cifique du basson, comme le montre avec Ă©loquence, la priĂšre funĂšbre et de dĂ©ploration de TĂ©laĂŻre, pleurant la mort de son bien-aimĂ© Castor, dans Castor et Pollux : « tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux », un air immĂ©diatement applaudi Ă  la crĂ©ation et repris rĂ©guliĂšrement tout au long du XVIIIĂšme.

La galerie des glaces du ChĂąteau de Versailles. Longue de 73 mĂštres et large de 10,50 mĂštres, la Galerie des Glaces, ou Grande Galerie du ChĂąteau de Versailles, a Ă©tĂ© imaginĂ©e par l’architecte Jules Hardouin-Mansart et dĂ©corĂ©e par le peintre Charles Lebrun. SouhaitĂ©e par Louis XIV pour Ă©blouir ses visiteurs, elle arbore quelques 357 miroirs et 17 fenĂȘtres, elle fut construite entre 1678 et 1684. Le dĂ©cor actuel est celui rĂ©alisĂ© Ă  la fin du rĂšgne de Louis XV pour le mariage du Dauphin futur Louis XVI avec Marie-Antoinette.

Programme

La Princesse de Navarre, Suite de danses
Comédie ballet sur un livret de Voltaire, 1745
Contredanses en rondeau
Menuets
Sarabande
PrĂ©lude pour la descente de l’Amour
Gavottes
Air : Vents furieux (une GrĂące)

Laboravi (motet Ă  grand choeur a capella)
Quam Dilecta (motet pour solistes, choeur et orchestre)

entracte

Castor et Pollux, extraits
Tragédie lyrique, version de 1754, initialement créée en 1737
Choeur des spartiates : Que tout gémisse
TĂ©laĂŻre : Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux

Marche
Choeur des spartiates : Que l’enfer applaudisse
Air pour les AthlĂštes

In convertendo : grand motet

distribution :

Katherine Watson, dessus
Anders J. Dahlin, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Marc Labonnette, basse

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
ChƓur et Orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Versailles. Galeries des glaces,
Gala Rameau 2014
Samedi 22 novembre 2014, 21h.

Versailles, Opéra royal. Rameau : Le temple de la gloire

AnnĂ©e Rameau 2014 : concerts, opĂ©ras, temps forts de septembre Ă  dĂ©cembre 2014Versailles, OpĂ©ra royal. Rameau: Le temple de la gloire, mardi 14 octobre 2014, 20h. AprĂšs les Grands Motets par William Christie et Les Arts Florissants, puis la rĂ©vĂ©lation d’un Requiem d’aprĂšs Castor et Pollux (Ă©galement mis en regard avec Mondonville) sous la direction d’Olivier Schneebeli, le chĂąteau de Versailles et le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles poursuivent leur cĂ©lĂ©bration Rameau 2014, avec nouveau temps fort, l’Ă©coute intĂ©gral de l’opĂ©ra ballet Ă©crit avec Voltaire : Le temple de la gloire.  AprĂšs une premiĂšre tentative de collaboration avec Rameau autour du personnage de Samson (finalement censurĂ© : le matĂ©riel musical sera recyclĂ© dans ses opĂ©ras suivants), Voltaire livre un nouveau texte pour le compositeur : Le temple de la gloire. Commande du responsable des Menus Plaisirs, le duc de Richelieu, l’opĂ©ra cĂ©lĂšbre la victoire de Louis XV Ă  Fontenoy  : la crĂ©ation, le 27 novembre 1745 dans le thĂ©Ăątre du manĂšge de la Grande Ecurie, indique clairement l’intention de Voltaire : rĂ©former l’opĂ©ra français en l’Ă©cartant des fadeurs sensuelles et pastorales Ă  la mode afin de rĂ©aliser un thĂ©Ăątre moral, politique et philosophique. L’oeuvre est donc une commande officielle dont le ton rĂ©solument critique, l’Ă©carte de la pure propagande comme de l’esthĂ©tique mĂ©tastasienne alors prĂ©dominante Ă  l’opĂ©ra, laquelle flatte gĂ©nĂ©reusement les tĂȘtes couronnĂ©es.
AprĂšs un prologue dĂ©diĂ© Ă  l’Envie (hommage au premier opĂ©ra de Quinault que Voltaire veut dĂ©passer), l’opĂ©ra qui suit est un ballet qui brosse le portrait idĂ©al du prince vertueux, digne d’admiration. Par antithĂšse, Voltaire Ă©pingle d’abord dans les deux premiers actes, la figure des tyrans mĂ©prisables : BĂ©lus, trop violent (acte I), Bacchus, trop effĂ©minĂ© (acte II); tout cela pour mieux souligner les vertus du hĂ©ros parfait : Trajan, couronnĂ© de lauriers par la Gloire (acte III).
Opera-Royal-chateau-de-Versailles-1Voltaire apporte sa connaissance aiguĂ« du thĂ©Ăątre : celui moral de Corneille (Cinna) qui inspire la ClĂ©mence de Titus de MĂ©tastase, lequel influence le profil de Trajan ici, qui aprĂšs avoir vaincu les souverains rebelles, sait leur pardonner (III). Un pouvoir ne saurait ĂȘtre digne s’il ne peut se montrer humain. Voltaire va plus loin encore en imaginant Trajan hĂ©roisĂ©, refuser les honneurs et la gloire ; puis, dĂ©dier sa victoire au peuple romain et au bonheur public. Incroyable surenchĂšre morale… dont on doute que Louis XV et la Cour de Versailles aient rĂ©ellement compris les enjeux et le sens humaniste. De toute Ă©vidence, le livret est d’un modernitĂ© intellectuelle et politique.
AprĂšs avoir Ă©tĂ© boudĂ© par le public parisien qui y cherchait vainement une intrigue amoureuse, l’ouvrage est remaniĂ© par Rameau et prĂ©sentĂ© modifiĂ© en avril 1746 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique Ă  Paris : BĂ©lus, trop violent est finalement adouci par les bergers, et Trajan chante un tendre ramage d’oiseaux Ă  son Ă©pouse (!), selon l’esthĂ©tique galante et suave Ă  la mode.  Entre temps, Voltaire se dĂ©solidarise de la nouvelle mouture et est mĂȘme Ă©lu Ă  l’AcadĂ©mie française pendant les reprĂ©sentations. Ce 14 octobre, l’OpĂ©ra royal prĂ©sente la derniĂšre version de 1746.

DĂšs l’ouverture, l’instrumentarium requis par Rameau – au sommet de son travail rĂ©formateur et expĂ©rimental car il vient de composer PlatĂ©e, comĂ©die lyrique dĂ©jantĂ©e qui renouvelle le genre lyrique en 1745 -, l’orchestre affirme sa couleur spĂ©cifiquement guerriĂšre et glorieuse (2 petites flĂ»tes, 2 trompettes, 2 cors…). Puis ce sont 2 bassons obligĂ©s pour le monologue de l’Envie dans le Prologue (Profonds abĂźmes du TĂ©nare) : un air trĂšs applaudi Ă  l’Ă©poque et repris de moults concerts.

Au I, Lydie chante un air italien contrastĂ© et vocalisĂ©, passant de la dĂ©ploration Ă  la fureur : elle aime BĂ©lus qui terrorise les bergers. Le tyran se laisse convaincre par le ballet pastoral sui suit d’une sĂ©duction littĂ©ralement irrĂ©sistible : BĂ©lus entend dĂ©sormais se faire aimer plutĂŽt que craindre.

Le II est devenue une ample bacchanale, prĂ©texte Ă  un long divertissement dansĂ© et chantĂ© : vainqueur aux Indes, Bacchus entre au temple de la gloire avec son Ă©pouse Erigone : mais il se voit Ă©cartĂ© par le grand prĂȘtre. Peu importe, il continue son chemin vers d’autres lieux, oĂč le plaisir est cĂ©lĂ©brĂ©.

Au III, L’impĂ©ratrice Plautine se languit en une longue scĂšne tragique, du retour de son Ă©poux Trajan parti Ă  la conquĂȘte de Parthia. Le double choeur des PrĂȘtres de VĂ©nus et de Mars, trĂšs distinctement caractĂ©risĂ©, sollicite les dieux pour protĂ©ger l’empereur (Rameau y excelle dans leurs gavotte et rigaudons). Trajan revient victorieux avec les rebelles parthes soumis : dans la scĂšne capitale du pardon de Trajan, oĂč l’orchestre atteint Ă  ce sublime moral que Voltaire appelait de tous ses voeux, Rameau rĂ©ussit un nouveau double choeur Ă  l’effet solennel et grandiose : 5 voix des rois parthes et choeur du peuple romain. La descente de la Gloire suscite le divertissement final qui prĂ©pare Ă  l’ariette de Trajan, devenu clĂ©ment et galant, par son chant pastoral (ramage aux oiseaux). L’air final reprend les petites flĂ»tes et les cors par deux, tels que dĂ©jĂ  exposĂ©s dans l’ouverture.

Rameau, Opéra royal de Versailles.
Mardi 14 octobre 2014, 20h
DurĂ©e avec l’entracte (situĂ© aprĂšs le premier acte) : 2h45

Judith Van Wanroij : Lydie, Plautine
Katia Velletaz : Une bergĂšre, une bacchante, Junie
Chantal-Santon-Jeffery : Arsine, Érigone, la Gloire
Mathias Vidal : Apollon, Bacchus, Trajan
Alain Buet : L’Envie, BĂ©lus, le Grand PrĂȘtre de la Gloire
Choeur de chambre de Namur
(Thibaut Lenaerts, chef de choeur)

Les Agrémens
Guy Van Waas, direction

Année Rameau 2014 : événements, concerts septembre-décembre 2014

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Rameau 2014 : fin d’annĂ©e en beautĂ©. Edito (2/2). Meilleure fin d’annĂ©e pour Rameau
 Dans notre Ă©dito prĂ©cĂ©dent (Rameau 2014 : annĂ©e miraculeuse ? 1/2), nous regrettions qu’aucune tragĂ©die lyrique de Rameau ne soit Ă  l’affiche du premier semestre de son annĂ©e anniversaire (250 ans de sa mort le 12 septembre dernier : lire notre dĂ©pĂȘche “bon anniversaire Monsieur Rameau”). Il aura fallu fort heureusement attendre la fin de cet Ă©tĂ© pour constater Ă  la rentrĂ©e, pas moins de 2 nouvelles productions de Castor et Pollux. L’opĂ©ra de l’amour fraternel qui voit la loyautĂ© des deux jumeaux Dioscures, couronnĂ©s par Jupiter et immortalisĂ©s par le dieu enfin juste
 Dijon et Lille proposent chacun un nouveau regard sur les Dioscures si loyaux l’un Ă  l’autre (OpĂ©ra de Dijon : 26 septembre au 4 octobre 2014 sous la direction d’Emmanuelle HaĂŻm ; puis Paris, TCE : 13-21 octobre 2014 par HervĂ© Niquet). Enfin une occasion de mesurer l’éclat d’une Ă©criture rĂ©formatrice et expĂ©rimentale qui reste mĂ©connue du grand public.

Versailles enchantĂ©En octobre et novembre 2014, – temps forts de l’annĂ©e Rameau qui s’achĂšve, le ChĂąteau de Versailles, un lieu qui accueillit et favorisa la gloire de notre cher compositeur, n’est pas en reste : pas moins de 6 Ă©vĂ©nements Rameau, investissant les diffĂ©rents lieux de reprĂ©sentation dans le ChĂąteau : chapelle royale, galerie des glaces, opĂ©ra royal
 Ă  dĂ©faut de compter avec les grands ramĂ©liens historiques (Gardiner, McGegan
), ouf, l’indĂ©passable Christie est prĂ©sent, promesse d’un Rameau Ă©pique et tendre Ă  la fois, ce sont surtout les tenants de la nouvelle gĂ©nĂ©ration raciste qui prennent Ă  Versailles la direction des plaisirs annoncĂ©s :

Dimanche 5 octobre, 16h : Rameau Les Boréades, M. Minkowski

Mardi 7 octobre, 20h : Rameau – Mondonville Grands Motets, William Christie : mise en regard du style flamboyant Ă©pique des Grands Motets abordĂ©s dans sa jeunesse par Rameau,auquel Mondonville, Ă  l’inspiration tout autant dramatique et ambitieuse
 apporte un prolongement saisissant. Il faut bien toute la maestriĂ  des Arts Florissants sous la direction de son chef fondateur pour relever les dĂ©fis d’un rĂ©pertoire qu’il a exhumé 

Samedi 11 octobre, 20h : Rameau Requiem sur Castor & Pollux, P. Cohen-Akenine

Mardi 14 octobre, 20h : Rameau Le Temple de la Gloire, G. Van Waas

Mardi 18 novembre, 20h : Rameau ZaĂŻs, C. Rousset

Samedi 22 novembre, 21h : Gala Rameau, H.Niquet. Galerie des Glaces : La Princese de Navarre, Castor et Pollux (Suites). Grand Motet: In Convertendo…

Voir les infos et modalités sur le site de Chùteau de Versailles Spectacles

 

 

 

Les Arts Florissants, dĂ©tenteurs grĂące Ă  leur chef William Christie de la poĂ©sie ramĂ©llienne occupent aussi le devant de l’affiche avec deux programmes Rameau en tournĂ©e au dernier quadrimestre 2014 :

Christie William portrait 290Magie dansante des actes de ballets : La Naissance d’Osiris et Daphnis et EglĂ©, rĂ©unis en un spectacle Ă©tonnamment unifiĂ© et cohĂ©rent (comme Ă  l’époque oĂč grĂące au seul feu organique de l amausique unificatrice, ont donnait des ballets Ă©crits sĂ©parĂ©mment) sous le titre fidĂšle Ă  la cohĂ©rence expĂ©rimentale d’un Rameau, « maĂźtre Ă  danser » … De fait, “Rameau maĂźtre Ă  danser”... c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie pour l’annĂ©e Rameau 2014 nous offre deux ballets Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet peu connu crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thĂšme central de la ferveur antique, la rĂ©surrection aprĂšs la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomĂšnes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂč Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’évĂ©nement heureux : l’amour et les grĂąces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. Ni spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse ; ici rĂšgne sans partage essor chorĂ©graphique (gigue, gavotte, sarabande, tambourins et menuets charmants) mais aussi incursion dĂ©veloppĂ©e de la pantomime. En pleine Querelle des Bouffons, oĂč les clans s’affrontent, les uns pour les Italiens, les autres pour la grande machine lyrique française, Rameau inflĂ©chit son style : il s’italianise (les deux ouvertures sont Ă  l’italienne : vif-lent-vif). Lire notre compte rendu critique su spectacle Rameau, maĂźtre Ă  danser (crĂ©ation en Caen en juin 2014). Prochaines dates de la tournĂ©e sous la direction de William Christie : 27 septembre (Mortagne au perche), puis 5 dates en novembre 2014 : Luxembourg (le 4), Moscou (les 6 et 7), Dijon (le 14), Londres (le 14), Paris, CitĂ© de la musique, les 21 et 22 novembre.

 

 

 

Christie William portrait 290Puis ce sont aussi les Grands Motets signĂ©s Rameau et Mondonville, fleurons trĂšs applaudis dans les salles de concerts de toute la France au XVIIIĂšme siĂšcle et qui sont au disque le sujet d’un coffret thĂ©matique particuliĂšrement rĂ©vĂ©lateur du travail de Bill Ă  l’endroit du Grand Motet français (Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville) : Ainsi: William Christie, maĂźtre incontestable de la dramaturgie ramiste, alterne les motets de Rameau avec ceux de son successeur Mondonville dont il partage la qualitĂ© des mĂ©lodies et le sens de la caractĂ©risation dramatique : Dominus Regnavit et In exigu Israel sont mis en regard avec deux motets de Rameau : Quam dilecta et In convertendo Dominus. DĂ©jĂ  abordĂ©s au concert et au disque (sublime rĂ©alisation), les motets de Mondonville permettent Ă  Bill d’affiner encore son geste musical, dĂ©voilant chez le Narbonnais, une thĂ©ĂątralitĂ© palpitante hĂ©ritiĂšre des accomplissements de son aĂźnĂ© Rameau : solennitĂ© mais humanitĂ©, ferveur et raffinement, vivacitĂ© prodigieuse, construction harmonique audacieuse, articulation du verbe ciselĂ©e, mordante, agissante. Sans Ă©lĂšves directs, Rameau a su transmettre sa gĂ©niale crĂ©ativitĂ© : Dauvergne comme Mondonville aprĂšs lui savent perpĂ©tuer son style autant orchestrale, chorale que vocale


Tournée Grands Motets de Rameau et de Mondonville
William Christie, direction
5 dates  en octobre 2014 :  CitĂ© de la musique (2 octobre) – Ambronay (4 oct) – Versailles (7 octobre) – Poissy (10 octobre) – Royaumont (11 octobre)

Toutes les infos sur le site des Arts Florissants William Christie

 

DerniĂšre production d’envergure : celle des Indes Galantes, portĂ©e dĂ©fendue par JĂ©rĂŽme CorrĂ©as et ses Paladins : ChĂątenay Malabry, La Piscine (les 25 et 26 novembre 2014), CompiĂšgne (ThĂ©Ăątre impĂ©rial, le 5 dĂ©cembre), Reims (les 19 et 20 dĂ©cembre).

Les Indes Galantes
ChĂątenay Malabry, La Piscine, les 25 et 26 novembre, 19h30
JérÎme Corréas

Les Indes Galantes
CompiÚgne, théùtre impérial, le 5 décembre, 19h30
JérÎme Corréas

Les Indes Galantes
Reims, les 19 et 20 décembre, 19h30
JérÎme Corréas

L'annĂ©e Rameau 2014Le 2Ăšme ouvrage lyrique de Rameau, aprĂšs le choc esthĂ©tique que fut la tragĂ©die Hippolyte et Arice appartient au genre hybride de l’opĂ©ra-ballet : l’intrigue unificatrice se concentre Ă  travers les entrĂ©es successives aux climats distincts, sur l’amour et l’effusion amoureuse chez les peuples indiens (Indes Occidentales : AmĂ©rique et Indes orientales : Asie). A la suite de l’Europe Galante de Campra son prĂ©dĂ©cesseur, Rameau prolonge la lyre sensuelle française en un divertissement oĂč l’esprit central de la danse rĂ©tablit la cohĂ©rence du cycle. Selon Cahusac, le librettiste de Rameau et son fidĂšle collaborateur, il s’agit d’inventer de nouvelles formes
. une action rĂ©formatrice et inventive Ă  laquelle la gĂ©nie inventif du Dijonais ne pouvait que souscrire
 Un aprĂšs sa crĂ©ation en 1735 (oĂč l’Ɠuvre suscite un triomphe jamais dĂ©menti), Rameau ajoute une quatriĂšme entrĂ©e : celle des Sauvages dont l’action se dĂ©roule en AmĂ©rique. Le sentiment amoureux et l’exquise sensualitĂ© de l’écriture orchestrale n’empĂȘchent pas les Ă©vocations spectaculaires comme l’irruption du volcan et le tremblement de terre (Incas)
 preuve que pour Rameau, l’expression des passions humaines ne saurait se dĂ©ployer sans le murmure et la prĂ©sence de l’impressionnante nature. La partition voyage ainsi de Turquie au PĂ©rou, puis de Perse en AmĂ©rique. Les points forts de la partition : le ballet des fleurs (3Ăšme entrĂ©e) et l’acte des Sauvages (4Ăšme entrĂ©e), vĂ©ritable drame sombre et profond.
+ d’infos, voir tout l’agenda RAMEAU 2014 sur le site du CMBV dĂ©diĂ© Ă  l’annĂ©e RAMEAU 2014

 

CD

discographie récente : 6 nouveaux titres parus en 2014 


le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour par HervĂ© Niquet
Requiem pour Mr Rameau par Skip Sempé
Les Indes Galantes par Hugo Reyne
Rameau : le grand thĂ©Ăątre de l’amour (Sabine Devielhe)
Dardanus, version 1744 par Pygmalion
Le jardin de monsieur : florilùge d’airs lyriques du XVIIIù par le Jardin des Voix 2013, Les Arts Florissants et William Christie

 

CD de référence :

rameau_Castor_pollux_ChristieCastor et Pollux par William Christie (la référence inégalée au sein de la discographie ramélienne)
PiĂšces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio
Rameau in Caracas : Ouvertures et ballets d’opĂ©ras par Bruno Procopio (Rameau sur les instruments modernes du Simon Bolivar Orchestra, mais avec un feu et une Ă©nergie Ă  couper le souffle : cd Ă©vĂ©nement, CLIC de classiquenews d’octobre 2013)

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelRameau & Handel : Concertos pour orgue, transcriptions pour orgue et orchestre des PiĂšces pour clavecin en concert. ZaĂŻs, BenoĂźt Babel, direction (1 cd Paraty). CLIC de classiquenews d’octobre 2014

 

 

Coffrets événements :

ERATO coffret Rameau 27 cdCoffret Rameau 2014 : The opera collection … 27 cd ERATO : coffret Ă©vĂ©nement dĂ©voilant 40 ans de l’interprĂ©tation ramĂ©lienne, dĂ©voilant les grands bĂątisseurs et les interprĂštes dĂ©cisifs dont Paillard, McGegan, Gardiner, et surtout William Christie dont le coffret contient ses lectures de Hippolyte et Aricie, Zoroastre, Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, La Guirlande, ZĂ©phyre…

Livres

Lire Jean-Philippe Rameau, nouvelle biographie événement par Sylvie Bouissou (Fayard)

EXPOSITIONS

expo rameau versailles 2014Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. La Ville de Versailles consacre au compositeur Jean Philippe Rameau, disparu il y a 250 ans (le 12 septembre 1764), une grande exposition organisĂ©e par la BibliothĂšque municipale et prĂ©sentĂ©e dans la Galerie de l’HĂŽtel des Affaires Ă©trangĂšres de Louis XV, siĂšge de la bibliothĂšque depuis 1803. L’exposition (entrĂ©e libre) se dĂ©ploie sur les cinq salons d’apparat de la Galerie. Il n’en faut pas moins pour Ă©voquer l’univers sonore et visuel du plus grand gĂ©nie musical du XVIIIĂšme dont comme le rappelle l’affiche de l’exposition versaillaise, le dĂ©ploiement spectaculaire et le raffinement comme la poĂ©sie atteignent un sommet sous le rĂšgne de Louis XV
 et grĂące au soutien de La Pompadour. Ballets, thĂ©Ăątre, passions et dĂ©flagrations guerriĂšres jusqu’aux phĂ©nomĂšnes naturels finement observĂ©s par un thĂ©oricien inouĂŻ (tremblements de terre, reflux et dĂ©bordements de fleuve, tempĂȘtes et orages
 rien ne manque sur la scĂšne de Monsieur Rameau : il a fait de l’opĂ©ra une machine enchanteresse soucieuse de sens comme maĂźtresse des sens
 Les 5 salles ou salons de l’exposition offre des clĂ©s d’accĂšs pour se familiariser avec un monde flamboyant et une carriĂšre atypique
 Le premier Ă©voque la pĂ©riode parisienne de Rameau, son TraitĂ© d’harmonie, le salon de son protecteur, Alexandre Le Riche de La PoupliniĂšre, tout en Ă©voquant le contexte intellectuel et artistique intense, voire agitĂ© et polĂ©miste de l’époque (idĂ©es des LumiĂšres, dĂ©bats thĂ©oriques, Querelle des Bouffons
). Les salles suivantes illustrent ses diffĂ©rents opĂ©ras, les lieux et les personnages qui les entourent : dessins et maquettes de dĂ©cors, mises en scĂšne, costumes, instruments de musique, tableaux, objets, livrets et partitions, documents originaux
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Rameau 2014 : année miraculeuse ? Edito (1/2)

Edito. 2014 : l’annĂ©e Rameau. AnnĂ©e foisonnante ou chiche ? Rameau rĂ©vĂ©lĂ© ou abordĂ© en demi-teintes ? 2014 s’annonce prometteuse sans pourtant nous convaincre en particulier dans le genre des tragĂ©dies lyriques. De toute Ă©vidence, le grand retour de Rameau Ă  l’OpĂ©ra de Paris est un rendez vous manquĂ©. Ne pas jouer aujourd’hui ni Castor ni Dardanus, en version scĂ©nique, s’est Ă©carter le gĂ©nie dramatique le plus exceptionnel du XVIIIĂšme siĂšcle français.Et rendre bancales voire incomplĂštes des cĂ©lĂ©brations qui s’annonçaient superbes.

 

 

 

Sans tragĂ©dies en version scĂ©nique, un anniversaire Ă  l’Ă©conomie

 

L'annĂ©e Rameau 2014 : les temps fortsParce qu’il s’est Ă©teint en 1764, en pleines rĂ©pĂ©titions Ă  l’OpĂ©ra de son dernier ouvrage, Les BorĂ©ades, Jean-Philippe Rameau (1683-1764) se voit fĂȘtĂ© en 2014, pour les 250 ans donc de sa mort.
Gageons comme Lully, son prĂ©dĂ©cesseur dans le genre tragique et lyrique, que cette annĂ©e verra enfin une rĂ©habilitation moderne pour celui qui avant Berlioz, incarne le gĂ©nie français de la couleur, du rythme, de l’Ă©criture orchestrale… Aucun compositeur n’arrive Ă  la cheville de l’harmoniste ; fut-ce Rousseau son contradicteur, Rameau l’harmoniste les supplante tous et il serait temps en 2014 de reconnaĂźtre outre ce que nous savons dĂ©jĂ  (sa science, son Ă©rudition, son intellect…) : une sensibilitĂ© parfaite qui en fait un dramaturge nĂ© pour exprimer les passions humaines. Le scientifique est  un sensuel, un homme de coeur, dont la pensĂ©e sait palpiter, s’alanguir, transcender les sentiments les plus dĂ©licats. Jean-Philippe a su s’associer le concours du chanteur vedette Pierre JĂ©lyotte (1713-1797) pour lequel, agent d’une cohĂ©rence dramatique et poĂ©tique Ă  rĂ©Ă©crire, le compositeur conçoit les rĂŽles les plus divers et les plus audacieux du rĂ©pertoire : l’amour (Hippolyte, 1733 : JĂ©lyotte n’a que 20 ans), ValĂšre et Don Carlos (Les Indes Galantes, 1735), puis Damon (EntrĂ©e des Sauvages des Indes Galantes, ajoutĂ©e en 1736), Castor (Castor et Pollux, 1737. JĂ©lyotte fait ses adieux Ă  l’OpĂ©ra en 1755 dans le rĂŽle de Castor justement), Dardanus (1739), PlatĂ©e (rĂŽle travesti qui incarne la reine des marais coassante, 1745), Pygmalion (1748), Zoroastre (1749)… Un parcours qui rĂ©sume tout le mĂ©tier et l’arche psychologique du plus grand savant analyste du Baroque français.

Savant et sensuel, cérébral et profond
Alors pourquoi aujourd’hui jouons-nous plus de Haendel et de Vivaldi quand leur contemporain et pair, Rameau le grand, attend toujours sa juste renaissance Ă  l’opĂ©ra ? Un symptĂŽme de ce vide criant ? Voyez la programmation 2013-2014 de l’OpĂ©ra de Paris – pourtant l’hĂ©ritier de l’AcadĂ©mie royale de musique pour laquelle le gĂ©nie dijonais a composĂ© tous ses grands chefs d’oeuvre… aucun opĂ©ra et justement en ce dĂ©but 2014, du Haendel (reprise d’Alcina). Le cas vaut emblĂšme : Rameau peine toujours quand ses oeuvres maĂźtresses, certes Hippolyte et Aricie (le premier, rĂ©volutionnaire de 1733), surtout Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre attendent encore leur rĂ©surrection auprĂšs du grand public (aucun de ses trois opĂ©ras n’a Ă©tĂ© montĂ© Ă  Paris depuis des lustres et certainement pas Ă  l’OpĂ©ra national !).
En 2014, les parisiens pourront applaudir nĂ©amoins PlatĂ©e (sous la direction de l’inestimable et inĂ©galable William Christie, souverain de l’Ă©loquence et du sentiment ramiste) ou Les Indes Galantes… Pas de tragĂ©dies lyriques dignes de la grande maison et du gĂ©nie – immense de Jean-Philippe.

Bill l’enchanteur
Depuis les annĂ©es 1970, c’est en effet Bill l’enchanteur, William Christie qui nous a appris Ă  reconsidĂ©rer Rameau. Les disques en tĂ©moignent : Hippolyte et Aricie, Dardanus, Castor et Pollux, et sur le registre plus chorĂ©graphique, Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, Les Indes Galantes, autant de sommets de la France baroque qui sait ĂȘtre Ă©lĂ©gante tout en dansant…
Un Britannique vaut Bill, mais par intermittence : John Eliot Gardiner (qui a oublier depuis 1983 Ă  Aix, l’Hippolyte et Aricie oĂč brillait la torche tragique incadescente et fulgurante d’alors, Jessye Norman en PhĂšdre ?). AprĂšs Christie et Gardiner, ce ne sont que pĂąles flambeaux d’un art trop subtil et dĂ©sormais hors de portĂ©e de main ou de baguette : ni les Minkowski ni les Rousset n’atteignent ce lĂącher prise, cette poĂ©sie tragique de l’abandon qui se pĂąme propres Ă  Bill le plus ramĂ©llien d’entre tous.

La route est encore longue. Bien astucieux ceux qui pourront Ă©couter le son et l’Ă©nergie dramatique d’une tragĂ©die lyrique de Rameau en 2014 (ce n’est pas non plus un certain RaphaĂ«l Pichon et son ensemble Pygmalion, encore trop vert et pas assez mĂ»r pour comprendre et Dardanus, et Castor et Pollux…). Pas l’ombre d’une mise en scĂšne pour Rameau le tragique.
On rĂȘvait de vivre l’aventure de Castor ou de Dardanus sous la direction de Christie pour cette annĂ©e annoncĂ©e miraculeuse… vains dĂ©sirs. 2014 programme plutĂŽt comĂ©die (PlatĂ©e) ou opĂ©ra ballet. Pour dĂ©couvrir les Ă©vĂ©nements de l’annĂ©e Rameau, consultez notre dossier spĂ©cial Rameau 2014 : nos spectacles et Ă©vĂ©nements coups de cƓur.

Fin 2014, que pourrons nous dire comme bilan ? Que Rameau, empereur de l’harmonie a su imposer comme nul autre la puissance de la musique pure : avant Mozart, son orchestre est le plus fabuleux du XVIIIĂš. Il rĂ©invente le son du cosmos (ouverture de ZaĂŻs avec son chaos percutant) et l’apporte flamboyant et sensuel sur la scĂšne des thĂ©Ăątres. Il faudra donc encore attendre pour voir et Ă©couter Ă  l’OpĂ©ra, une nouvelle grande tragĂ©die de Rameau.

Pour se consoler, dĂ©couvrez les Ă©vĂ©nements et coups de coeurs de l’annĂ©e Rameau 2014.