CD, critique. SAINT-SAËNS : Quatuors n°1 et 2 – Quatuor Tchalik (1 cd Alkonost classic)

CD, critique. SAINT-SAËNS : Quatuors n°1 et 2 – Quatuor Tchalik (1 cd Alkonost classic) – Poursuivant leur questionnement chambriste après les Quatuors de Reynaldo Hahn, les Tchalik, fraterie inspirée, en vérité débordante d’intuition créative, aborde Saint-Saëns, ses 2 Quatuors parvenus, partitions de pleine maturité, séparées de près de 2 décennies, et dont l’acuité sensible rayonne à travers le geste affûté, éloquent des 4 instrumentistes.

Saint_Saens_Quatuor_TchalikLe compositeur doué d’une rare habileté contrapuntique qui joue Haydn, Mozart et Beethoven (dont il transcrit pour le piano les derniers Quatuors), fait découvrir aussi Schumann au public parisien, sait renouveler le genre, alors dominé par les germaniques ; en cela il donne l’exemple, comme fondateur de la Société national de musique, créée en 1871, dont le dessein est l’essor de la musique de chambre « nationale » ; en découle l’écriture du n°1 en mi mineur opus 112 (lors d’un séjour de repos aux Canaries), dédié à Ysaÿe ; datée de 1899 (64 ans), à l’extrémité du siècle romantique, l’œuvre qui succède aux essais réussis de Franck (dès 1890), puis D’Indy, Chausson, Debussy, Magnard, qui sait son dernier Beethoven, privilégie nettement le violon I (Gabriel Tchalik); Saint-Saëns déploie une énergie perpétuelle, mordante, nerveuse, d’une infaillible vivacité, aux éclairs oniriques plus enivrants qu’apaisés, exaltés même dont les épisodes trouvent une pause heureuse (enfin) dans le Molto Adagio, intérieur et profond, et finalement éthéré (où règne la partie brillante du premier violon, claire révérence à la virtuosité expressive du dédicataire le violoniste Eugène Ysaÿe. Le Finale redouble d’ingéniosité fusionnant encore vitalité rythmique et ivresse mélodique, d’une fantaisie libérée enthousiasmante. Clarté des lignes architecturales, acuité de l’implication agissante, les 4 musiciens fusionnent et s’écoutent idéalement. Ils soulignent la modernité classique d’un Saint-Saëns, réalisateur exemplaire qui s’écarte du Franckisme, et trouve l’expression de ce nationalisme musical dans la synthèse de sa propre culture intime.

Les Tchalik jouent les 2 Quatuors de Saint-Saëns

Brillant ou concertant, le néoclassicisme énigmatique
de Saint-Saëns

Plus mûr encore et surtout direct (écarté de la « complexité inaccessible » du n°1), le n°2 en sol majeur opus 153, témoigne de la pertinence du compositeur mûr, en 1918. La construction en 3 mouvements, d’une cohérence organique indéniable (grâce à une écriture plus concertante), mêle nombre de références à Franck, aux Viennois (Haydn dans le I). La profondeur suspendue et presque énigmatique de l’ample Adagio (à la fois inquiet, langoureux, souvent énigmatique, dans l’esprit miroitant ineffable d’un Proust) contraste nettement avec la volonté libérée du Finale, bouillonnant d’inventions à la fois « diabolique et divine »… L’intelligence des interprètes éclaire le raffinement avec lequel Saint-Saëns quelques années avant sa mort, éblouit par une grâce « néoclassique », suractive, aussi nuancée et lettrée que son cadet Ravel – autre monstre sacré du genre. C’est dire. Merci aux Tchalik de révéler avec le tempérament et le tact ce trésor méconnu en un geste mesuré, ciselé, taillé dans la suggestivité la plus subtile, celle de l’éloquence et du non -dit. CLIC_macaron_2014On reconnaît alors ce Saint-Saëns qui frappant comme Franck, l’imagination musicale de Proust, lui inspira la fameuse Sonate rêvée, idéale, de Vinteuil. L’emblème désormais d’un âge d’or français recouvré. Le Quatuor n°2 est une perle ainsi retrouvée, vive, intacte, d’une exceptionnelle éloquence secrète – d’une activité souple et diaphane, d’autant plus opportune pour l’année Saint-Saëns (qui s’achève ainsi de bien belle manière). Voici l’enregistrement le plus convaincant de cette année Saint-Saëns avec l’intégrale des Symphonies par le National de France et Cristian Macelaru. Le CLIC évidemment !

CD, critique. SAINT-SAËNS : Quatuors n°1 et 2 – Quatuor Tchalik (1 cd Alkonost classic : ALK007 – 56mn – enregistré en janvier 2021) - CLIC de CLASSIQUENEWS