CD, critique. PROKOFIEV : Sonates pour violon et piano, sonate pour violon seul, deux transcriptions par Heifetz ; Elsa Grether et David Lively (1 cd Fuga Libera)

grether-lively-sonates-prokofiev-cd-critique-annonce-concert-classiquenews-cd-critique-cd-reviewCD, critique. PROKOFIEV : Sonates pour violon et piano, sonate pour violon seul, deux transcriptions par Heifetz ; Elsa Grether et David Lively (1 cd Fuga Libera). Rares sont les grands violonistes qui n’ont enregistré les deux sonates de Prokofiev, parfois à de multiples reprises. C’est dire si ces œuvres, particulièrement exigeantes, se sont classées parmi les incontournables du répertoire. On savait Elsa Grether douée, perfectionniste, curieuse et authentique. Après plusieurs CD, aux programmes originaux et ambitieux, qui lui ont valu de multiples récompenses et un concert de louanges, elle nous offre maintenant ces sonates, avec David Lively, l’extraordinaire pianiste franco-américain. Aux Cinq mélodies, opus 35bis, généralement associées, les musiciens ont préféré la rare sonate pour violon seul et deux transcriptions réalisées par Heifetz.

L’enregistrement s’ouvre par la deuxième sonate, transcrite de la flûte au violon. A-t-elle jamais mieux respiré ? Les tempi sont justes, entendons par là qu’ils ne sont pas dictés par une approche nerveuse, motorique. Le moderato est très élégiaque, raffiné, avec fantaisie et fraîcheur, le scherzo spirituel, l’andante retenu à souhait, quant à l’allegro con brio, il s’impose avec…brio et, toujours, ce naturel dépourvu d’ostentation. L’amour de l’instrument, le raffinement comme la puissance, les couleurs, avec toujours le soin de l’artisan qui polit sa pièce, Elsa Grether rivalise avec les plus grands, magistralement accompagnée – le terme est faible – par David Lively, dont on admire la capacité à parler d’une même voix que celle de sa partenaire.

La résignation mélancolique, accablée, de l’andante assai de la première sonate, l’équilibre idéal dans le dialogue en renouvellent la lecture. L’allegro brusco nous vaut un violon nerveux, aérien, puis lyrique et éloquent comme un piano superbe. L’andante est l’occasion pour Elsa Grether de déployer son chant, serein, rêveur avec un toucher éloquent du clavier. L’allegrissimo final rayonne de joie, de souplesse de vivacité pour retrouver la plénitude de l’andante.

De longue date, la violoniste inscrit la sonate pour violon seul à ses récitals. Elle la défend ici avec maestria et sensibilité, attestant son intelligence vive de l’ouvrage. Par-delà sa difficulté technique, on comprend mal pourquoi cette œuvre remarquable demeure si rare au concert. Les deux transcriptions de Jascha Heifetz, familières à l’auditeur, sont ici d’une belle facture, servies par nos complices, soucieux de rendre à ces pièces tout leur caractère, sans l’esbrouffe que les bis leur ajoutent trop souvent.

Un enregistrement que l’on ne saurait trop recommander : On sort heureux de ce moment de musique, rayonnant, lumineux, à l’émotion juste, au jeu décanté de ses scories, toujours dynamique, énergique mais sans fébrilité, accentué sans arrachements.

Outre une présentation bienvenue des artistes, le livret bilingue comporte une notice pertinente de Francis Albou, président de l’Association Serge Prokofiev.

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COMPTE-RENDU, CD. PROKOFIEV : Sonates pour violon et piano, sonate pour violon seul, deux transcriptions par Heifetz ; Elsa Grether et David Lively – 1 CD Fuga libera FUG 749, de 69 : 41, enregistré à Bruxelles, Studio Flagey, en juillet 2018.

LYON. Prokofiev: L’Ange de Feu par Benedict Andrew

benedict_andrewsLYON, Opéra. Prokofiev: L’Ange de feu, 11-23 octobre 2016. L’opéra scénique de Prokofiev créé en 1955 s’expose sur la scène lyonnaise, dans la production déjà vue de Komishe Oper de Berlin. L’ange de feu dévoile de son côté la passion amoureuse dans ses élans et dérèglements les plus fougueux donc les plus dangereux, menant de l’extase à la folie destructrice. Dans un Moyen-Age obscur et onirique, le chevalier Ruprecht, aide l’exquise et belle Renata qui veut s’unir au comte Heinrich ans lequel elle a reconnu l’ange magnifique qui visite ses rêves depuis l’enfance, la destinant au martyre et à la sainteté. La quête de Renata pour Heinrich est-elle d’ordre spirituelle ou sensuelle ? Entre temps, le chevalier tombe amoureux de l’insatisfaite émotive.

 

 

 

Lyon affiche une production puissante créée à Berlin

QUÊTE SPIRITUELLE OU CHARNELLE, RÊVE OU RÉALITÉ ?

sergei-prokofievLe livret de Prokofiev inspiré de Valéri Brioussov imagine le périple de la jeune femme en eaux troubles, entre rêve et réalité, au terme duquel Renata finit dans une cellule de couvent pour y trouver une vaine sérénité car l’y rejoignent Faust et Méphisto. Telle une sublime fable romantique et tragique, fantastique et poétique, telle La Damnation de Faust de Berlioz (non opéra mais légende dramatique), comme aussi les opéras de Rachmaninov (dont surtout Francesca da Rimini et l’évocation des enfers), l’ouvrage de Prokofiev flotte en une forme imprécise, oratorio, opéra, légende, action lyrique… ? Avec ses airs de Raspoutine, Benedict Andrews signe une  production remarquée à Berlin, qui fait escale à Lyon : la brûlante héroïne en ses visions impossibles mais éperdues, le déploiement visuel et scénique d’essence romantique et fantastique trouvent une nouvelle évidence grâce au travail du metteur en scène australien. « Admirable directeur d’acteurs, il dessine avec finesse un environnement grotesque et inquiétant, théâtre des égarements furieux de Renata…. »… est-il écrit en présentation du spectacle sur le site de l’Opéra de Lyon. A vous de juger sur pièces. Production événement à découvrir sur la scène de l’Opéra de Lyon en octobre 2016

 

 

 

L’Ange de feu de Prokofiev à l’Opéra de Lyon
Du 11 au 23 octobre 2016
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Direction musicale : Kazushi Ono
Mise en scène : Benedict Andrews
Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon
Production de la Komische Oper de Berlin
Avec Ausrine Stundyte (Renata), …

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 19 mars 2016. Rudolf Noureev : Roméo & Juliette. Mathieu Ganio, Amandine Albisson, Karl Paquette, François Alu

sergei-prokofievCompte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 19 mars 2016. Rudolf Noureev : Roméo & Juliette. Mathieu Ganio, Amandine Albisson, Karl Paquette, François Alu… Corps de Ballet de l’Opéra de Paris. Sergueï Prokofiev, musique. Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène. Simon Hewett, direction musicale. Retour du puissant Roméo et Juliette de Rudolf Noureev à l’Opéra de Paris ! Ce grand ballet classique du XXème siècle sur l’incroyable musique de Prokofiev est dirigé par le chef Simon Hewett et dansé par les Etoiles : Mathieu Ganio et Amandine Albisson lesquels campent un couple amoureux d’une beauté saisissante ! Une soirée où règnent la beauté et les émotions intenses, un contrepoids bien nécessaire par rapport à la curiosité du Casse-Noisette revisité récemment au Palais Garnier (LIRE notre compte rendu critique du Ballet Casse-Noisette couplé avec Iolanta de Tchaikovski, mis en scène par Dmitri Tcherniakov, mars 2016)

 

 

 

Roméo et Juliette : Noureev rédempteur

 

Dès le lever du rideau, nous sommes impressionnés par les décors imposants et riches du collaborateur fétiche de Noureev, Ezio Frigerio. Rudolf Noureev, dont on célébrait le 78ème anniversaire le 17 mars dernier, signe une chorégraphie où comme d’habitude les rôles masculins sont très développés et pourtant parfois étouffés, et où il offre de beaux tableaux et de belles séquences au Corps de ballet, privilégiant l’idée de la dualité et de la rivalité entre Capulets et Montaigu, le tout dans une optique relevant d’une approche cinématographique, parfois même expressionniste. Le couple éponyme étoilé dans cette soirée brille d’une lumière reflétant les exigences et la splendeur de la danse classique.
Dès sa rentrée sur scène, le Roméo de Mathieu Ganio charme l’audience par la beauté de ses lignes, par son allure princière qu’on aime tant, jointe à son naturel, à ce je ne sais quoi de jeune homme insouciant. S’il paraît peut-être moins passionné pour Juliette que certains le voudront, -ignorant au passage le fait qu’il s’agît d’un Romeo de Noureev, donc ambigu comme tous les rôles créés par Noureev, et nous y reviendrons-, il a toujours cette capacité devenue de plus en plus rare de réaliser  les meilleurs entrechats sans trop tricher, et il emballe toujours avec son ballon aisé, un bijou de légèreté comme d’élasticité.

Alu_francois-premier danseurC’est l’héroïne d’Amandine Albisson qui est la protagoniste passionnée (tout en étant un rôle quand même ambigu, elle aussi, partagé entre devoir et volonté). Elle campe une Juliette aux facettes multiples et aux dons de comédienne indéniables. Elle incarne le rôle avec tout son être, tout en ayant une conscience toujours éveillée de la réalisation chorégraphique qui ne manque pas de difficultés. Divine : ses pas de deux et de trois au IIIe acte sont des sommets d’expression et de virtuosité. Quelles lignes et quelle facilité apparente dans l’exécution pour cette danseuse, véritable espoir du Ballet de l’Opéra. Le Mercutio du Premier Danseur François Alu, rayonne grâce à son jeu comique et à sa danse tout à fait foudroyante, comme on la connaît à présent, et comme on l’aime. Il paraît donc parfait pour ce rôle exigeant. Nous remarquons son évolution notamment en ce qui concerne la propreté et la finition de ses mouvements. Toujours virtuose, il atterrit de mieux en mieux. La scène de sa mort est un moment tragi-comique où il se montre excellent, impeccable dans l’interprétation théâtrale comme dans les mouvements. Nous ne pouvons pas dire de même du Pâris du Sujet Yann Chailloux, bien qu’avec l’allure altière idéale pour le rôle, nous n’avons pas été très impressionnés par ses atterrissages, ni ses entrechats, et si ses tours sont bons, il est presque complètement éclipsé par le quatuor principale (plus Benvolio).

romeo-et-juliette_Mathieu-GanioLe Tybalt de l’Etoile Karl Paquette est sombre à souhait. Il a cette capacité d’incarner les rôles ambigus et complexes de Noureev d’une façon très naturelle, et aux effets à la fois troublants et alléchants. S’il est toujours un solide partenaire, et habite le rôle complètement, il nous semble qu’il a commencé la soirée avec une fatigue visible qui s’est vite transformée, heureusement. Le Benvolio de Fabien Revillion, Sujet, a une belle danse, de jolies lignes, une superbe extension… Et une certaine insouciance dans la finition qui rend son rôle davantage humain. Le faux pas de trois de Roméo, Mercutio et Benvolio au IIe acte est fabuleux, tout comme le faux pas de deux au IIIe avec Roméo, d’une beauté larmoyante, plutôt très efficace dans son homo-érotisme sous-jacent (serait-il amoureux de Roméo?). Sinon, les autres rôles secondaires sont à la hauteur. Remarquons la Rosaline mignonne d’Héloïse Bourdon, ou encore la Nourrice déjantée de Maud Rivière. Le Corps de Ballet, comme c’est souvent le cas chez Noureev, a beaucoup à danser et il semble bien s’éclater malgré (ou peut-être grâce à) l’exigence. Ainsi nous trouvons les amis de deux familles toujours percutants et les dames et chevaliers en toute classe et sévérité.

Revenons à cet aspect omniprésent dans toutes les chorégraphies de Noureev, celui de l’homosexualité, explicite ou pas. Le moment le plus explicite dans Roméo et Juliette est quand Tybalt embrasse Roméo sur la bouche à la fin du IIe acte. Pour cette première à Bastille, il nous a paru que toute l’audience, néophytes et experts confondus, a soupiré, emballé, surpris, à l’occasion.
Evitons ici de généraliser en voulant minimiser le travail de l’ancien Directeur de la Danse à l’Opéra, à qui nous devons les grand ballets de Petipa, entre autres accomplissements, considérant la place récurrente de l’homosexualité dans son oeuvre et par rapport à l’importance de cette spécificité dans son legs chorégraphique… il s’agît surtout d’une question qui est toujours abordée, frontalement ou pas, dans ses ballets, et qui a profondément marqué sa biographie. Matière à réflexion.

Nous pourrons également pousser la réflexion par rapport à l’idée que la fantastique musique de Prokofiev ne serait pas très… apte à la danse. L’anecdote raconte que la partition, complétée en 1935, a dû attendre 1938, voire 1940 en vérité, pour être dansée. Il paraît que les danseurs à l’époque (et il y en a quelques uns encore aujourd’hui) la trouvaient trop « symphonique » (cela doit être la plus modeste des insultes déguisés), et donc difficile à danser.

Félicitons vivement l’interprétation de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, sous la baguette du chef Simon Hewett, offrant une performance de haut niveau et avec une grande complicité entre la fosse et le plateau. Que ce soit dans la légèreté baroquisante de la Gavotte extraite de la Symphonie Classique de Prokofiev, ou dans l’archicélèbre danse des chevaliers, au dynamisme contagieux, avec ses harmonies sombres et audacieuses et avec une mélodie mémorable. Que des bravos ! A voir et revoir encore avec plusieurs distributions les 24, 26, 29 et 31 mars, ainsi que les 1er, 3, 8, 10, 12, 13, 15, 16 avril 2016, PARIS, Opéra Bastille.

Compte rendu, Opéra. Toulouse.Théâtre du Capitole. Le 15 mai 2015. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, Opéra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assisté de Mira Alexandrovna Mendelson, d’après le livret d’opéra-comique de Richard B. Sheridan : La Duègne ou Le double enlèvement ; Création au Théâtre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production Théâtre du Capitole / Opéra-Comique de 2011. Mise en scène, Martin Duncan ; Décors et costumes, Alison Chitty ; Lumières, Paul Pyant ; Chorégraphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don Jérôme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duègne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, Père Augustin ; Vasily Efimov, Frère Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, Frère Chartreuse/Deuxième masque ; Thomas Dear, Frère Bénédictine / Troisième masque ;Chloé Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, Deuxième novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. Chœur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev.

toulouse prokofiev fiancailles au couvent copyright P nin 2015Fiançailles en parfaite osmose. Voilà une reprise magnifique. Déjà en 2011 entre le Capitole et l’Opéra Comique, publics et critique avaient plébiscité ce spectacle. La reprise avec une distribution presque identique retrouve ce théâtre total qui nous avait tant séduit. La mise en scène, les décors, les costumes et les lumières en parfaite harmonie permettent aux spectateurs de rêver, toutes oreilles ouvertes et yeux comblés. Le parti pris minimaliste des décors permet au théâtre de se développer à l‘infinie. Lorsque Don Jérôme enferme à clef sa fille, la fausse porte prend des allures de vraie prison. Les lumières de Paul Payant poétisent la scène nue permettant à l’imagination de chaque spectateur de recréer un monde. Du grand art permettant à la fois de voir tous les artifices du théâtre et pourtant d’y croire totalement comme un enfant. Le jeu des acteurs est fin. Par exemple Garry Magee sait très bien jouer l’amoureux sincère et touchant puis prendre de la distance avec son personnage pour en révéler le côté factice. Les deux pères indignes et trop affairistes ne ménagent pas les effets comiques avec plus de voix pour Mikhail Kolelishvili et plus de théâtre pour John Graham Hall. La Duègne entièrement comique d’Elena Sommer est inoubliable. Vladimir Kapshuk en Don Carlos joue sur les deux tableaux de la sensibilité amoureuse et du comique avec une allure romantique irrésistiblement décalée au milieux de la poissonnerie. Les jeunes femmes, Anastasia Kalagina en Louise et Anna Kiknadze en Clara, sont les plus rouées et mènent au final l’action en suivant leurs désirs, aussi belles actrices que parfaites chanteuses. La distribution est sans failles jusque dans les plus petits rôles, chaque voix est typée et s’harmonise avec la personnalité théâtrale du rôle. Le chœur joue bien plus que d’habitude et chante admirablement. Les danseurs sont épatants aussi drôles que virtuoses.

Un grand concert symphonique à l’opéra ! Si le théâtre est roi, la musique est une souveraine absolue. Tugan Sokhiev qui vit cette partition avec passion en communique toute la fougue à son orchestre. Prokofiev permet des effets de couleurs irisées. Les associations d‘instruments originales et les nuances ciselées font exulter les instrumentistes, surtout les musiciens de scène, des acteurs épatants ! Mais la qualité la plus rare vient de l’humour avec lequel le chef rend perceptible la satire contenue dans la partition. En contre point, les moments lyriques semblent d’une infinie délicatesse. L’équilibre fosse/scène est parfait. Les voix toujours compréhensibles et l’orchestre est très présent, comme un vrai orchestre symphonique. Et le final de l‘opéra a une folie digne de Rossini. Ciselé comme une horlogerie suisse par un Tugan Sokhiev heureux et des musiciens virtuosissimes. Un grand succès a été obtenu au rideau final pour toute l‘équipe venue saluer. Les Toulousains ont été enchantés de retrouver une production si réussie et son chef chéri aussi heureux que doué dans la fosse. Pas étonnant que le Bolchoï l’ait choisi, car Tugan Sokhiev est un vrai maestro di scena !

Compte rendu, Opéra. Toulouse.Théâtre du Capitole. Le 15 mai 2015. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, Opéra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assisté de Mira Alexandrovna Mendelson, d’après le livret d’opéra-comique de Richard B. Sheridan : La Duègne ou Le double enlèvement ; Création au Théâtre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production Théâtre du Capitole / Opéra-Comique de 2011. Mise en scène, Martin Duncan ; Décors et costumes, Alison Chitty ; Lumières, Paul Pyant ; Chorégraphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don Jérôme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duègne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, Père Augustin ; Vasily Efimov, Frère Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, Frère Chartreuse/Deuxième masque ; Thomas Dear, Frère Bénédictine / Troisième masque ;Chloé Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, Deuxième novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. Chœur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev. Illustration : © P. Nin 2015)

CD. Yuja Wang, piano : Rachmaninov, Prokofiev (Dudamel, 2013).

WAng_yuja_piano_rachmaninov_prokofiev_dudamel_cd_deutsche_grammophonCD. Yuja Wang, piano : Rachmaninov, Prokofiev (Dudamel, 2013). Le feu acide et rythmique (Prokofiev) et la fluidité expressive crépusculaire (Rachmaninov) font le ciment et la réussite de ce disque qui ne manque pas … d’audace à bien des égards. Voici donc la relève artistique de l’écurie Deutsche grammophon, nouvelle génération d’artistes, tous deux d’un vrai tempérament musicien dont la complicité dans ce live in Caracas, pour les 38 ans du Sistema, le réseau de formation de jeunes instrumentistes véritable chantier exemplaire à la fois humaniste et sociétal au profit de la jeunesse vénézuélienne à l’initiative de José Antonio Abreu.
Il y a déjà un an, se rencontrent et fusionnent le tempérament puissant et éloquent de la jeune pianiste chinoise Yuja Wang, vrai consÅ“ur de Lang Lang et certainement de notre point de vue, sa championne pour le jeu délié et élégant, une digitalité jamais heurtée ni trop percussive (y compris dans les climats versatiles syncopés du Prokofiev), et l’éclat d’une baguette qui avait immédiatement conquis et Salonen et Abbado : celle du vénézuélien, lui-même enfant du Sistema, Gustavo Dudamel.
Le programme est d’autant plus méritoire qu’il réunit deux Concertos parmi les plus difficiles de leur auteur respectif, voire de tout le répertoire pour clavier.

La fusion orchestre et piano dans le n°3 de Rachmaninov (1909) est formidable de crépitement comme de flexibilité – virtuosité funambule et magicienne de la pianiste dans les variations du I-, même l’orchestre dévoile de superbes couleurs, fondantes, précises, jamais sirupeuses. Un manifeste furieusement enivré. Du grand art.

Le n°2 de Prokofiev (1913) de loin le plus difficile évidemment techniquement mais surtout émotionnellement : le premier mouvement est course échevelée qui confine à l’implosion d’une mécanique fragile, prise de panique, exigeant tout du soliste et de l’orchestre : âpreté, ruptures, cynisme d’une forme contrariée et contrastée… l’ample mouvement initial qui dépasse tout juste 10 mn s’achève par l’essoufflement et l’exténuation totale des forces opposées. Dans ce combat réclamant sauvagerie et précision, l’élégance de Yuja Wang ne faiblit pas, bien au contraire, en particulier dans sa cadence ébouriffante qui dure près de la moitié de la séquence. L’agilité d’une toccata qui cache son nom dans le second mouvement déconcerte et convainc tout autant. Quant au finale, ” tempestoso “, la vitalité de la jeune pianiste irradie d’une énergie accrocheuse, idéalement trempée. La complicité que suggère ce live, la haute tenue technicienne, l’intelligence musicale de la pianiste que Martha Argerich a salué, et la direction enflammée mesurée du chef qui dévoile ici sa permanente facilité dans la forme du Concerto (premier enregistrement des jeunes instrumentistes du Bolivar sous sa baguette, avec une soliste), font les délices d’un superbe récital concertant. Totale réussite.

Yuja Wang, piano. Concertos pour piano : Rachmaninov (n° 3 op. 30), Prokofiev (n° 2 op. 16). Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela. Gustavo Dudamel, direction. Enregistrement live réalisé à Caracas (Venezuela) en février 2013. 1 cd Deutsche Grammophon 0289 479 1304 7.

Gergiev joue la 5ème de Prokofiev

arte_logo_175Concert. Arte, le 9 juin 2013, 19h   … Du propre aveu de Valery Gergiev, Prokofiev est son compositeur préféré.
Et l’on comprend mieux qu’il consacre une grande partie de ses efforts à défendre son œuvre, en s’attelant notamment à diriger l’intégrale de ses symphonies en concert.
La présente captation s’insère dans un vaste cycle consacré au compositeur russe.  Ainsi, Gergiev dirige-y-il trois semaines durant et dans plusieurs villes russes, les 7 symphonies et les 5 concertos pour piano.
Pour cette immersion prokofievienne, Valery Gergiev est à la tête de « son » orchestre, celui du théâtre Mariinsky de St Peterbourg. A l’instar de Mengelberg avec le Concertgebouw d’Amsterdam, Karajan avec le philharmonique de Berlin, Mravinsky avec le Philharmonique de Leningrad, Gergiev s’est façonné un outil orchestral en assumant depuis 1988, la direction musicale de l’orchestre. En bientôt un quart de siècle, il a fait de cet ensemble l’un des orchestres les plus recherchés au monde.

Réalisateur : Sébastien Glas / Coproduction : Idéale Audience, EuroArts Music & The Mariinsky Theatre