DVD, critique. ROMEO and JULIET : Prokofiev / Samodurov (Oural Opera Ballet, 2018, BELAIR classiques)

Romeo-et-Juliette-DVD SAMODUROV OURAL OPERA BALLET critique opera critique ballet danseDVD, critique. ROMEO and JULIET : Prokofiev / Samodurov (Oural Opera Ballet, 2018, BELAIR classiques) – Pour le ballet de l’OpĂ©ra de l’Oural (Ekaterinbourg) dont il est directeur depuis 2011, le chorĂ©graphe estonien Vyacheslav Samodurov adapte RomĂ©o et Juliette de Prokofiev. L’Europe de l’Ouest a dĂ©sormais ses favoris : Paris affiche toujours la lecture de Noureev (1984) ; le Royal Ballet celle de Kenneth MacMillan (1965). Autant de « classiques » de venus cultes, avec les versions non moins puissantes signĂ©e Cranko (1962), John Neumeier (1971), Jean-Christophe Maillot (1996)
 Ă  chacun de se faire une idĂ©e d’aprĂšs ce riche panthĂ©on. CrĂ©Ă©e en 2016 Ă  Ekaterinbourg (SibĂ©rie), la version Samodurov est filmĂ©e ici en juin 2018 ; elle mĂȘle rĂ©fĂ©rences historiques (langage Ă©quilibrĂ© appris à l’école classique de danse de Saint-PĂ©tersbourg dont il est l’hĂ©ritier) et gestuelles contemporaines en un Ă©quilibre dramatiquement efficace. S’y affirment, bien caractĂ©risĂ©s, chaque personnage gravitant autour de RomĂ©o et Juliette : les provocateurs Mercutio et Tybalt, PĂąris, le sĂ©ducteur insistant. Les deux amants sont incarnĂ©s avec justesse : la juvĂ©nilitĂ© naturelle de leur style (scĂšne du balcon), sans effets dĂ©monstratifs ni poses outrĂ©es, expriment les tiraillements et les riches Ă©motions qui les portent jusqu’à la mort.

Ekaterina Sapogova (Juliette) et Alexandr Merkushev (RomĂ©o) soulignent la force de l’amour, la tendresse passionnĂ©e de leur dĂ©sir, malgrĂ© les conflits familiaux et les provocations en sĂ©rie (Tybalt) : leur technique sert la sincĂ©ritĂ© de leur Ă©lans (nombreux sauts et portĂ©s Ă  l’image de leurs sentiments. Samodurov insiste (parfois trop ?) sur la dimension lyrique et la jeunesse des hĂ©ros qui passent du jeu insouciant Ă  l’accomplissement du drame et de la tragĂ©die.
La volontĂ© d’actualisation du mythe Shakespeare n’est pas poussĂ©e assez loin ; Samodurov demeure dans un entre deux, classicisme et contemporain, certes dĂ©liĂ© voire virtuose, mais timide dans sa vision. La technique impeccable des ensembles, des duos montre l’excellence de la compagnie de l’Oural, un collectif visiblement inspirĂ© et amenĂ© Ă  se dĂ©passer par la fable shakespearienne. Globalement convaincant mĂȘme si nous n’avons pas lĂ , une chorĂ©graphie rĂ©ellement neuve, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, innovante recueillant la violence de Noureev ou la poĂ©sie nĂ©oclassique de MacMillan
 A connaĂźtre indiscutablement.

 

 

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DVD, critique. RomĂ©o et Juliette [1 DVD & Blu-ray Ă©ditĂ© par BelAir Classiques]. Ballet en trois actes. Livret : Leonid Lavrovsky, Adrian Piotrovsky, Sergei Radlov. D’aprĂšs William Shakespeare. Musique : Sergei Prokofiev. ChorĂ©graphie : Vyacheslav Samodurov. Avec Juliette : Ekaterina Sapogova ; RomĂ©o : Alexandr Merkushev ; Mercutio : Igor Bulytsyn ; Benvolio : Gleb Sageev ; Tybalt : Vadim Eremin ; les danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra de l’Oural / Ural Opera Ballet (Ekaterinbourg). Orchestre de l’OpĂ©ra de l’Oural (Ekaterinbourg) / Pavel Klinichev, direction. FilmĂ© Ă  OpĂ©ra de l’Oural, juin 2018. RĂ©alisation : Denis CaĂŻozzi. DurĂ©e : 1h57 min.

 

 

 

 

REPLAY, DANSE pendant le confinement : les perles de classiquenews

REPLAY DANSE pendant le confinement. CLASSIQUENEWS sélectionne ici les meilleurs ballets actuellement accessible sur la toile, avec mention de la date ultime pour les voir et les revoir. Profitez du confinement pour réviser vos classiques et (re)découvrir les productions les plus passionnantes de la décade


 

 

 

 spécial CONFINEMENT 2020

SĂ©lection DANSE de classiquenews

Tous les ballets les plus enchanteurs Ă  voir chez soi

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MERCE CUNNINGHAM, hommage par l’OpĂ©ra de Lyon
Jusqu’au 10 octobre 2020
https://www.france.tv/spectacles-et-culture/theatre-et-danse/1081207-l-hommage-a-merce-cunningham-par-le-ballet-de-l-opera-de-lyon.html
Durée : 1h06mn

 

 

exchange-cunningham-opera-de-lyon-danse-replay-danse-chez-soi-critique-annonce-ballet-classiquenewsHASARD CRÉATIF
 Pour les 10 ans de la mort de Merce Cunningham (2009), le Ballet de l’OpĂ©ra de Lyon rend hommage en 2019 au chorĂ©graphe amĂ©ricain, qui a rĂ©inventĂ© dans les annĂ©es 1940, le langage chorĂ©graphique (postmodern-dance) dans un esprit libre et fantaisiste comme marquĂ© par les impulsions nĂ©es du hasard dont aujourd’hui, la vitalitĂ© et la sincĂ©ritĂ© se distinguent. Ont collaborĂ© avec le chorĂ©graphe, le compositeur John Cage, les peintres nĂ©o-dadaĂŻstes prĂ©curseurs du Pop art Robert Rauschenberg et Jasper Johns, les musiciens Morton Feldman et David Tudor, au gĂ©nĂ©rique de cet anniversaire lyonnais. Au programme, deux piĂšces majeures Summerspace (1958) et Exchange (New York, 1978 ; notre photo ci dessus).
Sur un fond de scĂšne colorĂ© en touches pointillistes reprises sur le collant des solistes (signĂ© Robert Rauschenberg, pour Summerspace, jouĂ©e Ă  deux pianos), l’écriture des 6 danseurs est aĂ©rienne, flexible, en suspension, trĂšs contrĂŽlĂ©e, agissant par sĂ©quences plutĂŽt que par numĂ©ros amples et continus, en une sĂ©rie de figures individualisĂ©es. En cela au diapason d’une musique, elle aussi jaillissante, syncopĂ©e, fragmentĂ©e, expĂ©rimentale comme improvisĂ©e et sĂ©quentielle (Feldman). Exchange plus rĂ©cent, reprend le principe alĂ©atoire de John Cage dans sa musique : comme dans l’atelier, ou la coulisse oĂč s’affine le travail soliste et collectif, la moitiĂ© des danseurs exĂ©cute une sĂ©rie de gestes repris ensuite par l’autre moitiĂ© puis par l’ensemble, selon un ordre et des configurations nĂ©es du hasard. L’impression de work in progress est davantage rehaussĂ© par la musique, une bande sonore agglomĂ©rant des sons bruts, ceux d’une matrice instinctive, comme inaboutie


Chorégraphie : Merce Cunningham
Musique : Morton Feldman, Ixion
Ballet de l’OpĂ©ra de Lyon
filmé en nov 2018

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PROJET BEETHOVEN par John Neumeier
jusqu’au 12 mai 2020

https://www.arte.tv/fr/videos/095221-000-A/ballet-de-john-neumeier-le-projet-beethoven/

VOD-BALLET-ARTE-critique-danse-classiquenews-confinement-restez-chez-vous-VOD-danse-ballets-critiquesFilmĂ© depuis Baden Baden. Dans son “Projet Beethoven”, le chorĂ©graphe Ă  Hambourg John Neumeier mĂȘle les codes du ballet d’action (voire de la pantomime) au souffle grandiose du ballet symphonique. La premiĂšre partie, « Beethoven Fragments », sollicite d’abord le piano (Variation Diabelli par l’excellent pianiste MichaƂ BiaƂk) et un grand solo de danseur dans le style d’un pantin qui exalte le sentiment d’énergie et de facĂ©tie
 autour et sur le piano
 illustrant les Ă©pisodes de la vie du compositeur ; la seconde partie revendique et assume le souffle symphonique en s’appuyant sur l’architecture irrĂ©sistible de la Symphonie n°5, « Eroica ».
Au Festspielhaus de Baden-Baden, le danseur Aleix MartĂ­nez se glisse dans la peau du musicien de gĂ©nie. Sur scĂšne, il est accompagnĂ© d’Edvin Revazov (l’idĂ©al de Beethoven), d’Ann a Laudere (la « bien-aimĂ©e lointaine » de Beethoven), de Patricia Friza (la mĂšre de Beethoven) et de Borja Bermudez (le neveu de Beethoven) pour les autres rĂŽles principaux. John Neumeier parle d’un poĂšme chorĂ©graphique inspirĂ© de la musique de Beethoven »  Par la troupe de danseurs Hamburg Ballett John Neumeier accompagnĂ© par Deutsche Radio Philharmonie.

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BEETHOVEN : La Pastorale par Thierry Malandain
6Ăš symphonie de Beethoven
Jusqu’au 17 juin 2020

https://www.arte.tv/fr/videos/094382-000-A/la-pastorale-de-thierry-malandain-au-theatre-de-chaillot/

mallandrin-pastorale-beethoven“La Pastorale » synthĂ©tise ce qu’est la Symphonie n°6 dite Pastorale de Beethoven, selon la conception du chorĂ©graphe Thierry Malandain, directeur du Centre chorĂ©graphique national de Biarritz. La crĂ©ation commande du ThĂ©Ăątre national de la Danse Ă  Chaillot, cĂ©lĂšbre le 250Ăšme anniversaire du cĂ©lĂšbre compositeur allemand. Cela commence dans l’agitation voire la transe collective d’un corps de ballet tout de noir vĂȘtu, comme contraint dans un labyrinthe fait des barres des danseurs ; puis quand les premiĂšres mesures de la 6Ăš symphonie de Beethoven, miracle pastoral s’énonce, le corps de ballet paraĂźt en blanc, comme en un nouveau rituel paĂŻen et primitif

Thierry Malandain n’en est pas Ă  son premier Beethoven : aprĂšs Les CrĂ©atures (d’aprĂšs Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e) et Silhouette (d’aprĂšs le troisiĂšme mouvement de la Sonate n°30, opus 109), voici la troisiĂšme approche beethovĂ©nienne de Malandain. La SixiĂšme Symphonie de Beethoven est une cĂ©lĂ©bration de la nature. Sereine, exprimant le sentiment panthĂ©iste de la Beethoven, le ballet qu’en dĂ©duit Malandain ressuscite la pastorale antique, primitive, fleurie et candide. Beethoven pour sa part semble reprendre le chaemin dupeintre baroque Poussin, et revisiter ainsi l’Arcadie de l’ñge d’or : « terre de bergers oĂč l’on vivait heureux d’amour ». En plus de la symphonie Pastorale, Malandain ajoute des extraits d’une autre Ɠuvre de Beethoven : la Cantate opus 112 (Les Ruines d’AthĂšnes). Les 22 danseurs semblent y parcourir une nouvelle Ă©popĂ©e en GrĂȘce antique. Performance captĂ©e le 17 dĂ©cembre 2019 Ă  Chaillot – ThĂ©Ăątre national de la Danse, Paris.

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giselle-adam-opera-bastille-garnier-critique-danse-opera-classiquenews-ballet-classiquenews-critique-ballet-danseOpĂ©ra de Paris, GISELLE jusqu’au 5 aoĂ»t 2020. L’OpĂ©ra de Paris prĂ©sente cette lecture idĂ©ale de Giselle, ballet en deux actes crĂ©Ă© en 1841, sommet romantique par excellence, alliant passion tragique et surnaturel spectral en particulier grĂące Ă  son acte blanc, oĂč les jeunes filles mortes suicidĂ©es par dĂ©pit (les Wilis) ressuscitent pour envoĂ»ter et tuer les jeunes hommes perdus – avatar romantique français proposĂ© par ThĂ©ophile Gautier, auteur du livret – alternative aux sirĂšnes elles aussi sĂ©ductrices et fatales dans l’OdyssĂ©e d’HomĂšre, pour Ulysse et ses compagnons marins
 Excellente version avec les fleurons du corps de Ballet parisien et les nouvelles “Ă©toiles”: DorothĂ©e Gilbert (Giselle), Mathieu Ganio (Albrecht), Valentine Colasante (la reine Myrtha)…  portĂ©s par la baguette fluide, expressive, efficace de Koen Kessels (production filmĂ©e en 2019)

 

 

 

 

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BODY AND SOUL de Crystal PITE  jusqu’au 24 oct 2020

BODY-AND-SOUL-cristal-pyte-danse-ballet-opera-de-paris-ballet-chez-soi-opera-de-paris-critique-classiquenewsAprĂšs la crĂ©ation de The Seasons’ Canon en 2016, Crystal Pite retrouve les danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra le temps d’un spectacle. Soixante minutes dĂ©coupĂ©es en autant de sĂ©quences dansĂ©es. NĂ©e au Canada, formĂ©e au Ballet de Francfort, la chorĂ©graphe assimile Forsythe, KyliĂĄn, Mats Ek pour inventer sa propre langue chorĂ©graphique. Elle insuffle au spectacle une Ă©nergie, un dĂ©fi Ă©motionnel qui pousse les danseurs au delĂ  de leur zone de confort
 pour un spectacle total. Ou la performance extrĂȘmiste croise l’équilibre rayonnant de corps maitrisĂ©s.


VISIONNER Body and Soul de Cristal Pyte Ă  l’OpĂ©ra de Paris
https://www.operadeparis.fr/magazine/body-and-soul-replay#slideshow_634/1
Mise en scÚne, chorégraphie : Crystal Pite
Musique Originale : Owen Belton
Musique additionnelle : FrĂ©dĂ©ric Chopin (24 PrĂ©ludes) / Teddy Geiger Body and Soul   -   durĂ©e : 1h20mn. Avec les Étoiles : LĂ©onore Baulac, Ludmila Pagliero, Hugo Marchand. Les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Jusqu’au 24 oct 2020

PARTIE UNE… D’abord, une courte sĂ©quence thĂ©Ăątrale oĂč paraissent deux figures que commente une voix off (Marina Hands) qui dĂ©crit et prĂ©cise l’action comme un storyboard (« figure 1, Figure 2. pause. Aucune des deux ne bouge »)
 Confrontation, opposition, combat, violence
 le mĂȘme scĂ©nario est incarnĂ© par un collectif qui rĂ©alise alors une variation Ă  grande Ă©chelle et fragmentation orchestrĂ©e. Crystal Pite nous offre un regard flamboyant sur l’écriture chorĂ©graphique entre thĂ©Ăątre et danse. Le corps de ballet n’est pas synchronisĂ© mais dĂ©calĂ©, offrant une implosion millimĂ©trĂ©e d’un schĂ©ma prĂ©Ă©tabli
 L’écriture interroge les corps en action : rĂ©pĂ©tĂ©s, affrontĂ©s, ralentis. Couple (d’hommes, de femmes) en huis clos figĂ© en un rite sombre, Ă©touffant, sans issue, sinon leur mort. De l’un par l’autre. Ce que nous dit le corps. Ce que nous disent les gestes, d’une vertigineuse prĂ©cision, investis par l’ñme
 l’onirisme naĂźt au delĂ  de la rĂ©pĂ©tition mĂ©canisĂ©e et finalement sublimĂ©e des corps dans un espace noir. Et lorsque s’égrĂšne, trĂšs lente, la torpeur des prĂ©ludes de Chopin, l’écriture des deux corps (un couple homme femme) semble rĂ©pĂ©ter toujours inlassablement le mĂȘme rituel amoureux
 rite d’extĂ©nuation, de vertige, de mort. Il faut une houle ocĂ©ane dont le mouvement des vagues est Ă©voquĂ© par le corps de ballet en entier pour prendre un peu de hauteur ; enfin
 respirer. Puis rĂ©sister Ă  travers une foule de corps combattant.

 

 

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Voici Chrystal Pite au travail, geste intime et collectif, organique, analytique. Elle intĂšgre aussi un somptueux tableau (partie 3 Ă  59mn) oĂč la gestuelle des insectes est dĂ©cortiquĂ©e et lĂ  encore transcendĂ©e par la chorĂ©graphie des corps associĂ©s
  La canadienne qui est nĂ©e Ă  Vancouver, a travaillĂ© Ă  Francfort au sein de la compagnie de William Forsythe, maĂźtrise le langage du corps de ballet, danse en nombre Ă  laquelle rĂ©pond de superbes duos Ă  la grĂące intime, plastique, Ă©lastique
 Avant un final dĂ©tonant qui reprend les paroles du titre dont il est question : corps et Ăąme / Body and soul.  Sublime, puissant, poĂ©tique. Body and soul rĂ©cidive la rĂ©ussite du ballet prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 2016 : Season’s canon : mille pattes Ă  54 danseurs qui dit le mĂȘme cri dans la nuit d’une humanitĂ© maudite. Mais qui danse.

 

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ROBERTO BOLLE 2017 / 2018 Ă  la RAI1
Danseur Ă©toile de la Scala di Milano
Star d’un soir dans une soirĂ©e dĂ©diĂ©e Ă  son art et ses goĂ»ts sur RAI 1 HD (NoĂ«l 2017 et 1er janvier 2018), Roberto Bolle prĂ©sente sa discipline et sa passion pour la danse
 L’élĂ©gance Ă  la tĂ©lĂ©vision italienne (invitĂ©s entre autres son ami le danseur syrien Ahmad, Sting, etc
)
https://www.raiplay.it/video/2017/12/Roberto-Bolle-Danza-con-me-0cdfaee2-8e3a-4df7-b9fc-a56c6e3ced66.html

 roberto-bolle-scala-milano-rai-critique-danse-classiquenews-danseur-etoile

 

 

 

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LE SONGE D’UNE NUIT D’ETE / Balanchine / Mendelsohn (filmĂ© en 2017)
Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris – en replay jusqu’au 10 mai 2020

 

songe-d-une-nuit-d-ete-balanchine-mendelssohn-danse-ballet-critique-classiquenewsNOTRE AVIS : Le Songe d’une nuit d’étĂ©. Dans cette version trĂšs limpide et efficace du Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris (filmĂ©e en 2017), rayonne l’élĂ©gance native des danseurs. Ainsi Ă©blouit la grĂące du couple royal d’abord en froid de Tatiana (Eleonora Abbagnato) et d’ObĂ©ron (Hugo Marchand) dont le fidĂšle serviteur Puck (Emmanuel Thibault) s’amuse Ă  croiser les 2 couples perdus, Ă©garĂ©s, paniquĂ©s dans le labyrinthe de la forĂȘt magique
 MĂȘme Tatiana s’éprend, sous le charme d’une fleur enchanteresse de l’ñne Bottom
 Sensible Ă  la poĂ©sie du sujet, Balanchine dĂ©ploie une Ă©criture chorĂ©graphique prĂ©cise, graphique, ouvertement nĂ©oclassique, trĂšs en phase avec la tendresse elle aussi lumineuse de la partition de Mendelssohn. Un classique du Corps de ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Au diapason du compositeur, l’ouvrage convainc par juvĂ©nile candeur Ă  laquelle Balanchine apporte une rĂ©vĂ©rence stylĂ©e purement nĂ©oclassique (dont le sommet serait ici le tableau final nuptial et ses trompettes victorieuses en ouverture / dĂ©but Ă  1h10’52 / un final en argent et blanc, auquel rĂ©pondent les Ă©pisodes qui suivent oĂč triomphent l’ordre et la mesure, vrai rĂ©pertoire de gestes et profils purement classiques d’un Balanchine Ă©pris d’équilibre et qui semble mĂ©diter alors la candeur du Songe lĂ©guĂ© par Shakespeare et Mendelssohn / superbe duo Ă©thĂ©rĂ© Karl Paquette / Sae Eun Park)
 A voir indiscutablement.

VISIONNER le spectacle ici : https://www.operadeparis.fr/en/magazine/le-songe-dune-nuit-dete

LIRE aussi notre compte rendu critique du Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© Mendelssohn / Balanchine ici : https://www.classiquenews.com/compte-rendu-danse-paris-opera-bastille-le-14-mars-2017-balanchine-le-songe-dune-nuit-dete-simon-hewett-direction-musicale/ 

 

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Roméo et Juliette de Kenneth MacMillan (chorégraphie)arte-concert-arts-de-la-scene-ballets-vod-critiques-classiquenews
par le Royal Ballet / Prokofiev – Koen Kessels
Jusqu’au 8 mai 2020

https://www.arte.tv/fr/videos/088015-000-A/romeo-et-juliette/

ROMEO-JULIETTE-PROKOFIEV-MCMILLAN-Royal-ballet-BalletBoyz-critique-danse-ballet-classiquenewsDirigĂ© par le duo fondateur des BalletBoyz, le Royal Ballet de Londres revisite le “RomĂ©o et Juliette” du chorĂ©graphe Kenneth MacMillan sur la partition coupĂ©e de SergueĂŻ Prokofiev. Le film au rendu cinĂ©matographique sublime la tendresse et la tragĂ©die du drame shakespearien. C’est l’histoire d’amour la plus connue au monde. ÉlevĂ©e au rang de mythe romantique, la piĂšce RomĂ©o et Juliette de Shakespeare inspire vorie Ă©lectrise compositeurs et chorĂ©graphes et devient comme ici un classique de la scĂšne du ballet. La musique de Prokofiev Ăąpre et mordante sait aussi ĂȘtre lyrique et Ă©perdue, mais elle ne gomme pas le cynisme barbare des guerres familiales que le couple amoureux subit au premier chef. Pour ce film de danse, Michael Nunn et William Trevitt (BalletBoyz), anciens danseurs du Royal Ballet de Londres, revisitent le RomĂ©o et Juliette du chorĂ©graphe Kenneth MacMillan (1929-1992), joyau du rĂ©pertoire de la compagnie britannique depuis sa premiĂšre reprĂ©sentation en 1965.
TournĂ© Ă  Budapest (dans les studios de la sĂ©rie The Borgias), le film dĂ©laisse la traditionnelle scĂšne de l’opĂ©ra pour le rĂ©alisme de la rue. De la cour du marchĂ© Ă  la salle de bal en passant par la chambre de Juliette, les dĂ©cors restituent l’atmosphĂšre de VĂ©rone Ă  la Renaissance. Autour des danseurs du Royal Ballet richement costumĂ©s, l’étoile Francesca Hayward (Juliette) et le premier soliste William Bracewell (RomĂ©o) expriment la candeur tragique du couple shakespearien, adolescents innocents, sacrifiĂ©s sur l’autel des haines dynastiques. RĂ©duite Ă  90 minutes, la partition de Prokofiev atteint une profondeur poĂ©tique saisissante dans ce ballet qui plonge au cƓur du mystĂšre shakespearien. Quand le couple RomĂ©o et Juliette meurt, c’est toute l’humanitĂ© et le sentiment Amour qui meurent. La lecture est aussi efficace que classique et sobre.

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HOMMAGE A JEROME ROBBINS jusqu’au 19 avril 2020

faune-debussy-jerome-robbins-hommage-danse-critique-classiquenews-uNE-582Jerome Robbins considĂ©rait le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris comme sa seconde famille aprĂšs le New York City Ballet. Le spectacle diffusĂ© Ă  partir de ce soir depuis le site de l’OpĂ©ra de paris, est conçu en son honneur et rĂ©unit des Ɠuvres qui tĂ©moignent de l’infinie diversitĂ© de ses sources d’inspiration et de son gĂ©nie scĂ©nique. Energie de Glass Pieces, piĂšce de grand format ; douceur intĂ©rieure d’Afternoon of a Faun et de A Suite of Dances, 
 ainsi se dessine un goĂ»t dĂ©lectable, accessible, esthĂšte pour faire vibrer les corps. Avec l’entrĂ©e au rĂ©pertoire du cĂ©lĂšbre Fancy Free, portrait thĂ©Ăątral d’une Ă©poque, Robbins Ă©largit encore la palette impressionnante de ses talents. Le ballet permet de revoir l’excellent Karl Paquette, ex Ă©toile parisienne (Fancy Free) qui a dĂ©sormais pris sa retraite
  comme de rĂ©Ă©couter la poĂ©tique arachnĂ©enne de PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs midi d’un Faune, (Ă  51’09), oĂč la musique est poĂ©sie pure
 et dans la danse de Robbins,  enivrement incertain des sens dans une salle de danse, au cours d’une rencontre qui ne dit rien de ses vraies intentions (Le Faune : Hugo Marchand, Ă  la silhouette gracile et animale, celle d’une Ăąme qui s’éveille seul au dĂ©part Ă  la voluptĂ© du sommeil). Et l’indicible retourne au mystĂšre
 Inoubliable performance d’autant que l’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris s’y montre des plus allusifs.  FilmĂ© en 2018.

 

CE QUE NOUS EN PENSONS
 
Le ballet de Debussy (PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs midi d’un Faune) est conçu comme un hymne Ă  l’art du danseur, Ă  sa voluptĂ© suspendue qui dans le cadre d’une salle de rĂ©pĂ©tition avec barres d’appui et miroirs, laisse s’exprimer la grĂące poĂ©tique des deux corps Ă©lastiques dans un style d’une Ă©lĂ©gance toute
 parisienne (Ă©coute intĂ©rieure, Ă©conomie des gestes, vocabulaire et figures classiques
).
robbins-opera-de-paris-replay-danse-a-la-maison-classiquenewsBeau contraste avec Glass Pieces (1981, 1983) destinĂ© au corps de ballet en nombre, fresques collectives d’une joie brute, scintillante qui mĂȘle 6 danseurs classiques (3 couples) au corps de ballet plus chamarrĂ© et urbain. Puis le tableau s’assombrit, atteint une grandeur poĂ©tique inquiĂšte oĂč se dessinent les arĂȘtes vives d’un seul couple de danseurs aux tracĂ©s ralentis, suspendus dans la lumiĂšre latĂ©rale, quand en fond de scĂšne, toutes les danseuses forment un mur vivant dans l’ombre
 Le dernier volet de ce triptyque rĂ©jouissant permet aux jeunes danseurs du Ballet d’exprimer leur Ă©nergie dans une chorĂ©graphie joyeuse mais prĂ©cise et synchronisĂ©e. Les garçons et les filles se confrontent, exultent, se croisent et se mĂȘlent enfin pour un feu d’artifice final Ă©clatant, dans la lumiĂšre. La musique de Philip Glass porte Ă©videmment jusqu’à la transe cette danse du collectif et de l’énergie millimĂ©trĂ©e. Stimulante alchimie : tout l’art de Robbins est lĂ .

 

 

 

 

 

 

Le Roméo et Juliette de MacMillan revisité par Nunn, Trevitt

Romeo and Juliet 17/09/15, Copyright 2015 ROH. Photographed by Alice PennefatherARTE, le dim 9 fĂ©v 2020, 23h50. DANSE : RomĂ©o et Juliette / Kenneth McMillan / Prokofiev. Production prĂ©sentĂ©e Ă  la Royal Opera House Covent Garden London en juin 2019. DirigĂ© par le duo fondateur des BalletBoyz, Michael Nunn et William Trevitt, le Royal Ballet de Londres prĂ©sente un nouveau regard sur la chorĂ©graphie de RomĂ©o et Juliette de Kenneth MacMillan conçue en 1965 d’aprĂšs la musique gĂ©niale du compositeur russe Serge Prokofiev. La partition a Ă©tĂ© Ă©courtĂ©e selon une vision plus resserrĂ©e de l’action tragique. Arte diffuse un « vibrant film de danse qui restitue la ferveur et la passion de la tragĂ©die shakespearienne ».

RomĂ©o et Juliette est l’histoire d’amour la plus connue au monde ; une tragĂ©die qui dans la mort des deux jeunes amants, Ă©pingle la vanitĂ© des guerres et des haines familiales, transmises de gĂ©nĂ©rations en gĂ©nĂ©rations. Vrai mythe romantique, la piĂšce RomĂ©o et Juliette de Shakespeare inspire compositeurs (Berlioz, Gounod avant Prokofiev) et chorĂ©graphes jusqu’à devenir un classique de la scĂšne du ballet. Dans le film diffusĂ© par arte, Michael Nunn et William Trevitt (BalletBoyz), anciens danseurs du Royal Ballet de Londres, relisent et adaptent le RomĂ©o et Juliette du chorĂ©graphe Kenneth MacMillan (1929-1992), joyau vĂ©nĂ©rĂ© du rĂ©pertoire de la compagnie britannique depuis sa premiĂšre reprĂ©sentation en 1965.

TournĂ© Ă  Budapest (dans les studios de la sĂ©rie The Borgias), le film prĂ©fĂšre Ă  la traditionnelle scĂšne de l’opĂ©ra, le rĂ©alisme de la rue. De la cour du marchĂ© Ă  la salle de bal en passant par la chambre de Juliette, les dĂ©cors rĂ©els reflĂštent l’atmosphĂšre de VĂ©rone Ă  la Renaissance.

 

 

Romeo and Juliet 17/09/15, Copyright 2015 ROH. Photographed by Alice Pennefather

 

 

Autour des danseurs du corps de ballet du Royal Ballet, l’étoile Francesca Hayward (Juliette) et le premier soliste William Bracewell (RomĂ©o) incarnent les deux amants magnifiquement tragiques.
RĂ©duite Ă  quatre-vingt-dix minutes, la partition de SergueĂŻ Prokofiev sur les traces de Shakespeare, ne perd rien de sa profondeur ni de sa force poĂ©tique. GravitĂ©, tendresse, passion et cynisme font du ballet de Prokofiev un dĂ©fi pour l’orchestre et les danseurs.

Programme dansĂ© accessible sur ARTE.TV, dĂšs le 8 fĂ©vrier 2020 Ă  5h (jusqu’au 8 mai 2020) — ChorĂ©graphie de Kenneth Mac Millan (crĂ©Ă©e en 1965) adaptĂ©e par Michael Nunn et William Trevitt (BalletBoyz)  – Photo © Alice Pennefather

 

ROmeo-juliette-macmillan-balletboyz-critique-annonce-concert-classiquenews

 

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VOIR la vidéo sur arte.tv
https://www.arte.tv/fr/videos/088015-000-A/romeo-et-juliette/

Plus d’infos sur le site du ROYAL OPERA HOUSE ballet
https://www.roh.org.uk/productions/romeo-and-juliet-by-kenneth-macmillan?utm_campaign=romeoandjuliet&utm_medium=marketing&utm_source=print

 

 

VOIR LE TEASER de Roméo et Juliette / K McMillan

 

 

VISIONNER les répétitions du ballet directement sur YOUTUBE (direct diffusé en mars 2019) :

Commentaire (english)
oin dancers of The Royal Ballet as they rehearse Kenneth MacMillan Shakespearean ballet. Find out more at http://www.roh.org.uk

Kenneth MacMillan’s passionate choreography for Romeo and Juliet shows The Royal Ballet at its dramatic finest. Sergey Prokofiev’s iconic score provides the basis for the ballet’s romantic pas de deux and vibrant crowd scenes, while 16th-century Verona is created by Nicholas Georgiadis’s magnificent designs.

In 1965, MacMillan’s Romeo and Juliet was given its premiere at Covent Garden by The Royal Ballet and was an immediate success: the first night was met with rapturous applause, which lasted for 40 minutes, and an incredible 43 curtain calls. The title roles were danced by Rudolf Nureyev and Margot Fonteyn, although the ballet had been created on Christopher Gable and Lynn Seymour. It has been performed by The Royal Ballet more than four hundred times since, as well as touring the world, and has become a true classic of the 20th-century ballet repertory.

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LIRE aussi notre critique de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, concert de l’ONL LILLE Jean-Claude Casadesus, le 1er dĂ©c 2016 :
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-lille-nouveau-siecle-le-1er-decembre-2016-probst-berlioz-prokofiev-orch-national-de-lille-jean-claude-casadesus-direction/

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TEXTE présentation en anglais

Romeo and Juliet fall passionately in love, but their families are caught up in a deadly feud. They marry in secret, but tragic circumstances lead Romeo to fight and kill Juliet’s cousin Tybalt. As punishment, he is banished from the city.

When Juliet’s parents force her to marry Paris, she takes drastic action by drinking a potion to make her appear dead so she can escape to join Romeo. But her message explaining this plan fails to reach him. When he hears news of her death, he returns to visit her tomb and kill himself. Juliet wakes to find him dead. Devastated, she stabs herself.
Background

Kenneth MacMillan’s passionate choreography for Romeo and Juliet shows The Royal Ballet at its dramatic finest. Sergey Prokofiev’s iconic score provides the basis for the ballet’s romantic pas de deux and vibrant crowd scenes, while 16th-century Verona is created by Nicholas Georgiadis’s magnificent designs.

In 1965, MacMillan’s Romeo and Juliet was given its premiere at Covent Garden by The Royal Ballet and was an immediate success: the first night was met with rapturous applause, which lasted for 40 minutes, and an incredible 43 curtain calls. The title roles were danced by Rudolf Nureyev and Margot Fonteyn, although the ballet had been created on Christopher Gable and Lynn Seymour. It has been performed by The Royal Ballet more than four hundred times since, as well as touring the world, and has become a true classic of the 20th-century ballet repertory.

 

 

sergei-prokofievCompte rendu, concert. Lille, le 1er dĂ©cembre 2016. Jean-Claude Casadesus, ONL. Volet 1 “L’Amour et la Danse”
 En prĂ©ambule et comme pour chauffer progressivement l’orchestre, c’est d’abord une partition contemporaine, exigeant de tous les pupitres – en particulier dĂšs les premiers tutti du dĂ©but (fracassants et lumineux, ce sont de vrais carillons orchestraux rĂ©sonnant comme des appels Ă  l’éveil): « NuĂ©es » de Dominique Probst (nĂ© en 1954), -partition efficace dans sa durĂ©e, contrastĂ©e dans son dĂ©roulement, – crĂ©Ă©e en octobre 2014, alliant Ă©nergie, mais aussi allusions intĂ©rieures savamment dosĂ©es (solos successifs de la flĂ»te, du hautbois puis du violoncelle
), soit une sĂ©rie de visions, de plus en plus affirmĂ©es, inspirĂ©es manifestement par le lyrisme d’une nature grandiose, Ă  mesure que la partition prend de la hauteur, jusqu’aux NuĂ©es annoncĂ©es
 Dans son dĂ©veloppement premier, l’Ɠuvre dĂ©voile de somptueuses alliances instrumentales – qui traduisent une sensibilitĂ© concrĂšte pour une forme de plasticitĂ© sonore (clarinettes / flĂ»tes). LIRE notre critique complĂšte RomĂ©o et Juliette par Jean-Claude Casadesus / Orchestre National de Lille, 2016

 

 

Cendrillon de Noureev Ă  l’OpĂ©ra Bastille

nourrev-cendrillon-prokofiev-ballet-critique-danse-paquette-dec-2018-opera-bastille-classiquenewsARTE, Prokofiev : Cendrillon, ballet, le mardi 24 dĂ©c 2019, 23h30.  Le cĂ©lĂšbre conte de Charles Perrault est mis en musique par le russe SergueĂŻ Prokofiev en 1944, en un ballet de 3 actes. Prokofiev est alors un auteur adulĂ©, depuis m’immense succĂšs de son prĂ©cĂ©dent ballet, RomĂ©o et Juliette, Ă©crit dans un style postclassique. DĂ©diĂ© Ă  Tchaikovsky, le nouveau ballet reste la partition la plus occidentale de son auteur. Ici le ballet Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris (encore en janvier et juin 2019) dĂ©veloppe l’action dans un dĂ©cor de cinĂ©ma oĂč dans la mise en scĂšne de Rudof Noureev, paraissent plusieurs citations des hĂ©ros du 7e art amĂ©ricain propre aux annĂ©es 1930. VoilĂ  donc Cendrillon sous le prisme hollywoodien, revivifĂ©e sous les spotlights de La La Land. La fĂ©e marraine est le producteur et le prince charmant, un acteur vedette, star du cinĂ©ma. La pauvre servante chez elle, voit ses rĂȘves s’accomplir. Une histoire qui rappelle celle de Noureev : jeune Tatar devenu star internationale. Dans le choix de cette production, le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris rend hommage Ă  Rudolf Noureev qui fut son directeur de 1983 Ă  1989. Au moment des 350 ans de l’institution lyrique et chorĂ©graphique parisienne, c’est aussi un rappel de l’une des Ă©critures chorĂ©graphiques qui a marquĂ© son histoire au XXĂš. Conductor / chef : Vello PĂ€hn  -  Orchestre Pasdeloup.

 

En replay sur ARTE concert jusqu’au 21 mai 2020.

 

 

 

arte_logo_2013Ballet de l’OpĂ©ra de Paris : Valentine Colasante (Cendrillon), Karl Paquette (la star), Ludmila Pagliero, DorothĂ©e Gilbert (les deux soeurs), AurĂ©lien Houette (la mĂšre), Alessio Carbone (Le producteur), Paul Marque (le professeur de danse), Marion Barbeau (le printemps), Émilie Cozette (l’étĂ©), Sae Eun Park (l’automne), Fanny Gorse (l’hiver), Nicolas Paul (le rĂ©alisateur), Francesco Mura (son assistant), Pierre RĂ©tif (le pĂšre).  ChorĂ©graphie : Rudolf Noureev d’aprĂšs Charles Perrault  -  DurĂ©e : 2h50 (deux deux entractes)  -  FilmĂ© sur le vif , OpĂ©ra Bastille, Paris, DĂ©c 2018

 

 

 

 

CD, critique. PROKOFIEV : complete works / intĂ©grale de l’Ɠuvre pour VIOLON ET PIANO – Kristi Gjezi, Louis Lancien (1 cd PARATY, 2018)

cd-Prokofiev-complete-original-violin-piano-kristi-gjezi-louis-lancien-critique-classiquenews-cd-clic-de-classiquenewsCD, critique. PROKOFIEV : complete works / intĂ©grale de l’Ɠuvre pour VIOLON ET PIANO – Kristi Gjezi, Louis Lancien (1 cd PARATY, 2018). Il ne faut pas se fier au visuel de couverture : en costume de gala (nƓud blanc) et lunettes de premier Ă©lĂšve, Prokofiev dissimule un psychisme riche voire tourmentĂ© : un volcan psychique rugit mĂȘme sous cette apparence plissĂ©e…. Son nĂ©oclassicisme ne doit pas s’entendre comme une douce rĂȘverie nostalgique sucrĂ©e et douceĂątre, mais bien comme l’expression parfois Ăąpre et mordante, de dĂ©chirements introspectifs profonds, voire de blessures liĂ©s Ă  des traumatismes vĂ©cus. Comme Shostakovich dont PARATY a aussi publiĂ© une Ă©tonnante et trĂšs convaincante intĂ©grale des Ɠuvres pour cordes avec piano, Proko ne cesse d’interroger par son alliance trĂšs efficace et captivante, entre virtuositĂ© libre et versatilitĂ© permanente ; ivresse lyrique et tension terrifiĂ©e ; les contrastes et ruptures de rythmes, les changements jamais prĂ©visibles du parcours harmonique, l’éclatement mĂȘme du discours, surprennent en permanence l’auditeur car l’on sent bien ici que la forme exprime des conflits jamais totalement rĂ©solus. Comme Shostakovitch, Prokofiev a Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ© et harcelĂ© par le rĂ©gime stalinien et l’autoritĂ© d’andrei jdanov.

En guise « d’apetizer », c’est bien de commencer piano dolce par les 5 MĂ©lodies Op.35 bis : cycle qui lui aussi sous couvert de masques mĂ©lodiques, parfois affables, et joliment sĂ©ducteurs, camoufle une vĂ©ritĂ©, une conscience aiguĂ« de la barbarie (Prokofiev dut s’exiler avant de revenir en URSS Ă  partir de 1932). Il y a toujours comme chez Shosta, ce double langage qui est fausse activitĂ© de l’équilibre. L’écoute attentive des 5 MĂ©lodies fait entendre ce chant de l’ñme, meurtrie, inquiĂšte et grave, sous l’apparente expressivitĂ©. Le violon de Kristi Gjezi sonne comme une brĂ»lure souple et lumineuse qui met en avant l’étonnante fluiditĂ© mĂ©lodique du programme entier. Evidement, plus manifeste encore dans les 5 chansons Ă©crites Ă  l’origine pour la cantatrice Nina Koshets, crĂ©atrice du rĂŽle de Fata Morgana dans L’Amour des 3 oranges, crĂ©Ă© Ă  Chicago en 1921. De l’entente entre piano et violon, surgit des trĂ©sors de nuances secrĂštes et enivrantes, trĂšs inspirĂ©es par le folklore slave : mĂ©lancolie grave et oublieuse, langueur suspendue d’une ineffable douceur inquiĂšte (1) ; sourdes ondulations coulantes du Lento ma non troppo (2) ; intensitĂ© libĂ©rĂ©e ivre et Ă©perdue (3) ; Allegretto jouĂ© idĂ©alement scherzando, d’une insouciance badine presque cabotine (4) ; enfin, merveille de l’andante non troppo (5) qui trouve ici le ton juste dans l’éternel basculement d’un questionnement nocturne sans rĂ©ponse.

 

 

Kristi Gjezi & Louis Lancien jouent Prokofiev
IntĂ©grale des Ɠuvres pour violon et piano

Terreur secrĂšte

 

 

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Les deux interprĂštes – le violoniste Kristi Gjezi et le pianiste Louis Lancien affirment ici d’évidentes affinitĂ©s avec l’Ecole russe, restituant une gĂ©nĂ©alogie d’auteurs inspirants de Rachamninov Ă  Prokofiev sans omettre Scriabine ni Medtner. Kristi pour sa part rapelle l’importance du violon russe depuis Oistrakh, lui-mĂȘme Ă©tendard et outil de la propagande soviĂ©tique, et fondateur de l’école russe de violon. ImmĂ©diatement se prĂ©cise la relation trĂšs ambiguĂ« de l’excellence artistique et de la rĂ©alitĂ© du pouvoir politique ; une situation singuliĂšre qui dĂ©termine le langage Ă  double voire triple lecture des Chostakovitch et Prokofiev dont l’Ɠuvre pour violon et piano inspire ainsi ce premier album Ă©ditĂ© par PARATY.
Les 2 Sonates expriment cette ambivalence et une activitĂ© souterraine qui mĂȘle sĂ©rĂ©nitĂ©, inquiĂ©tude, gravitĂ© voire terreur rentrĂ©e.
La premiĂšre amorcĂ©e aux USA en 1938 est achevĂ©e en 1946, alors que la 2Ăš est terminĂ©e Ă  Moscou depuis 1943 (originellement destinĂ©e Ă  la flĂ»te). Les deux se chevauchent donc, offrant des facettes aussi multiples que complĂ©mentaires d’une intranquilitĂ© viscĂ©rale.
Sur les traces de son crĂ©ateur David Oistrakh en 1946, la Sonate n°1 permet au violon Ă©lĂ©gantissime de Kristi Gjezi (1er violon du Capitole de Toulouse sous la direction de Tugan Sokhiev), d’étirer sa soie solaire et agile, rĂ©vĂ©lant tout ce qu’ont de dissemblable en rĂ©alitĂ© les deux Sonates simultanĂ©es. Le style nĂ©oclassique de Prokofiev n’empĂȘche pas des sauts et ruptures harmoniques que la souplesse de sa ligne rythmique, sa grande clartĂ© d’élocution, unifie dans chaque mouvement. L’ñpretĂ© douce amĂšre, voire hallucinĂ©e et terrifiĂ©e de la Sonate n°1 (2Ăš mvt : Allegro brusco), dont Oistrakh joua le 1er mvt (Andante assai au climat lunaire indĂ©terminĂ© lui aussi) pour les funĂ©railles de son ami Prokofiev en 1953). Avouons notre nette prĂ©fĂ©rence pour la n°1, sans concessions ni argument mĂ©lodique gratuit ; il y rĂšgne une aciditĂ© native, une absence d’emportement ou d’abandon, un relief et une morsure menaçant Ă  chaque mesure, que le jeu complice des deux interprĂštes ici rĂ©tablit idĂ©alement. La Sonate n°2 bien que tout aussi versatile et riche de nuances offre moins de contrechamps subtiles et suggestifs : elle en sort plus linĂ©aire et simple. Presque plus banalement bavarde.
L’équilibre entre les deux parties, leur finesse d’intonation en partage sont superlatifs. Dans chaque partition, se dĂ©ploie au clavier comme au violon, maĂźtrisĂ©s par deux super solistes (le violoniste Kristi Gjezi et le pianiste Louis Lancien) cette scansion parodique Ă  la Chosta, une Ă©lectricitĂ© rythmique naturelle qui dĂ©gage ses pointes mordantes, ironiques et secrĂštement amĂšres voire acides ; sans jamais rompre malgrĂ© les ruptures et syncopes, la ligne mĂ©lodique qui est souveraine. La sensibilitĂ© des interprĂštes envoĂ»te littĂ©ralement. A suivre.

 

 
 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. PROKOFIEV : complete works / intĂ©grale de l’Ɠuvre pour VIOLON ET PIANO – Kristi Gjezi (violon). Louis Lancien (piano) – 1 cd PARATY, 2018 – Paraty 149182 – Pias distribution.

http://paraty.fr/portfolio/prokofiev-complete-original-works-for-violon-piano/

 

 

 

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SHOSTA-CHOSTAKOVITCH-CD-PARATY-critique-cd-review-cd-critique-par-classiquenews-PARATY_718232_Shostakovich_Ensemble_COUV_HMLIRE aussi CD Ă©vĂ©nement, SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : complete chamber music for piano and strings / DSCH – Shostakovich ensemble (2 cd PARATY (parution nov 2018)

https://www.classiquenews.com/teaser-video-chostakovitch-integrale-de-la-musique-de-chambre-pour-piano-et-cordes-paraty-productions/

 

 
 

 

COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV.  

RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. S. RACHMANINOV. S. PROKOFIEV. B. ABDURAIMOV. Orch.Nat.TOULOUSE. T. SOKHIEV. La rentrĂ©e de l’Orchestre du Capitole de Toulouse est toujours un Ă©vĂ©nement attendu. Cette annĂ©e il a semblĂ© un instant que le public venu si nombreux n’allait pas pouvoir entrer dans la vaste Halle-aux-Grains. Mais tout c’est bien passĂ© ; l’orchestre a pu s’installer au centre d’un public serrĂ©, attentif et heureux. Il n’est plus trĂšs bien vu de dire les qualitĂ©s de cette salle de concert depuis qu’un projet de nouvel auditorium a pris vie. Mais l’un n’empĂȘche pas l’autre et certes cette salle a ses limites mais elle a aussi de vraies qualitĂ©s. Ce soir la tempĂ©rature idĂ©ale a permis de sortir de la torpeur de la ville et de se prĂ©parer au concert. Cette prĂ©sence du public de toutes parts permet Ă  l’Orchestre de bien sentir sa prĂ©sence.

Capitole de Toulouse

Somptueuse ouverture de saison

Et tous les points du vues sur l’orchestre ont leur intĂ©rĂȘt. Y compris dos Ă  l’orchestre oĂč le chef est vu de face. AprĂšs un Ă©tĂ© passĂ© Ă  beaucoup Ă©couter de concerts en plein air (pĂ©riode des festivals de l’étĂ©), il est rĂ©confortant de bĂ©nĂ©ficier de l’acoustique de la Halle-au-Grains. Acoustique sĂšche et qui permet une Ă©coute analytique de dĂ©tails; qui demande Ă  l’orchestre beaucoup d’efforts mais qui met en valeur ses grandes qualitĂ©s. De mĂȘme le pianiste peut oser des nuances subtiles car tout s’entend. Nous avons donc eu une interprĂ©tation absolument merveilleuse du deuxiĂšme concerto de Rachmaninov. Le jeune pianiste Behzod Abduraimov, est connu des toulousains et apprĂ©ciĂ©. Son jeu est flamboyant, nuancĂ©, colorĂ© et trĂšs prĂ©cis. Il dĂ©marre le concerto en dosant parfaitement les premiers accords dans un crescendo gĂ©nĂ©reux ; la rĂ©ponse de l’orchestre est d‘emblĂ©e parfaitement Ă©quilibrĂ©e, permettant de ne pas perdre une note du pianiste. Quelle diffĂ©rence avec ce mĂȘme concerto entendu Ă  La Roque d’AnthĂ©ron cet Ă©tĂ©, voir notre compte rendu critique : Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov par Lukas Geniusas, le 8 aout 2019.
L’Orchestre du Capitole est en pleine forme, concentrĂ© et d’allure dĂ©tendue. La musique coule avec une Ă©nergie maitrisĂ©e mais gĂ©nĂ©reuse. Tugan Sokhiev est aux petits soins pour le pianiste, il regarde constamment le jeune homme afin de suivre son jeu. Il rĂ©gule chaque instrumentiste demandant Ă  plusieurs reprises aux violons de jouer moins fort. Le rĂ©sultat est trĂšs, trĂšs beau. Et cette rare alchimie rĂ©unissant la musicalitĂ© du pianiste, du chef et de l’orchestre se produit miraculeusement ce soir. Le piano est souverain, le geste du chef est minimaliste mais il semble s’adresser Ă  chacun ; les musiciens de l’orchestre sont capables de moments solo d’une rare perfection et rĂ©agissent Ă  chaque inflexion de Tugan Sokhiev qui dirige de tout son corps semblant danser. Le concerto de Rachmaninov si galvaudĂ© par le cinĂ©ma retrouve sa place de chef d’Ɠuvre absolu du genre concerto symphonique. Un rĂ©gal de chaque instant que le public dĂ©guste en sachant le prix fabuleux que reprĂ©sente le fait d’ĂȘtre lĂ  ce soir.

sergei-prokofievLa deuxiĂšme partie du concert me permet de vivre un grand moment trĂšs attendu. Je me souviens d’un concert de 2003 dans lequel Tugan Sokhiev avait Ă©bloui en dirigeant les deux suites de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev. Ce soir le bonheur est complet car le choix du chef est de jouer intĂ©gralement la deuxiĂšme suite et de poursuivre avec deux moments de la premiĂšre suite qui lui permettent de terminer sur l’extraordinaire mort de Tybalt. L’ñpretĂ© du dĂ©but fixe chacun Ă  son siĂšge. La violence, la puissance de destruction des Capulet et des Montaigu est aveuglante. La puretĂ© de Juliette, la douleur de RomĂ©o au tombeau sont des moments de thĂ©ĂątralitĂ© inoubliables. Cette partition est magnifique, chaque mesure trouve sa fonction dans cette dramaturgie implacable sous la direction trĂšs inspirĂ©e d’un Tugan Sokhiev en Ă©tat de grĂące. Et l’orchestre lui aussi semble hallucinĂ© et pris dans une musique d’une profondeur abyssale. La modernitĂ© de la partition a Ă©tĂ© reprochĂ©e Ă  Prokofiev par les Soviets, c’est Ă  juste titre car la musique fait prendre conscience de la puissance des totalitarismes, ici familiaux. Impossible sans en dĂ©naturer le souvenir d’en dire davantage tant chaque seconde a Ă©tĂ© un enchantement.
Les gestes de Tugan Sokhiev sont d’une beautĂ© envoĂ»tante. Il devient beaucoup plus minimaliste mais si prĂ©cis, si charismatique que le rĂ©sultat musicale est sidĂ©rant d’évidence. Les instrumentistes se surpassent : le cor, les bois, le saxophone, les harpes, le cĂ©lesta, les percussions, mais Ă©galement les cuivres graves ont des moments de beautĂ© absolue. Les cordes sont sublimes et de prĂ©cision et d’ampleur de phrasĂ©s. Et la virtuositĂ© diabolique des violons en a laissĂ© sans voix plus d’un dans le public. Une apothĂ©ose d’union parfaite entre Tugan Sokhiev et son orchestre. Le dĂ©part du chef dans quelques annĂ©es n’est plus refoulĂ©. Sa biographie dans le programme permet Ă  prĂ©sent de lire tous les orchestres que ce gĂ©nie de la baguette a dirigĂ© et je crois bien qu’aucun continent ne l’a pas invitĂ©. Donc le monde entier le demande, et il est toulousain, quelle chance d’ĂȘtre lĂ  ce soir !!!

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COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 14 septembre 2019. SergueĂŻ Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur Op.18 ; SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : RomĂ©o et Juliette suites d’orchestre n° 2 et n° 1 Op. 68 Ter et bis ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Behzod Abduraimov, piano ; Tugan Sokhiev, direction.

CD, critique. PROKOFIEV : Sonates pour violon et piano, sonate pour violon seul, deux transcriptions par Heifetz ; Elsa Grether et David Lively (1 cd Fuga Libera)

grether-lively-sonates-prokofiev-cd-critique-annonce-concert-classiquenews-cd-critique-cd-reviewCD, critique. PROKOFIEV : Sonates pour violon et piano, sonate pour violon seul, deux transcriptions par Heifetz ; Elsa Grether et David Lively (1 cd Fuga Libera). Rares sont les grands violonistes qui n’ont enregistrĂ© les deux sonates de Prokofiev, parfois Ă  de multiples reprises. C’est dire si ces Ɠuvres, particuliĂšrement exigeantes, se sont classĂ©es parmi les incontournables du rĂ©pertoire. On savait Elsa Grether douĂ©e, perfectionniste, curieuse et authentique. AprĂšs plusieurs CD, aux programmes originaux et ambitieux, qui lui ont valu de multiples rĂ©compenses et un concert de louanges, elle nous offre maintenant ces sonates, avec David Lively, l’extraordinaire pianiste franco-amĂ©ricain. Aux Cinq mĂ©lodies, opus 35bis, gĂ©nĂ©ralement associĂ©es, les musiciens ont prĂ©fĂ©rĂ© la rare sonate pour violon seul et deux transcriptions rĂ©alisĂ©es par Heifetz.

L’enregistrement s’ouvre par la deuxiĂšme sonate, transcrite de la flĂ»te au violon. A-t-elle jamais mieux respirĂ© ? Les tempi sont justes, entendons par lĂ  qu’ils ne sont pas dictĂ©s par une approche nerveuse, motorique. Le moderato est trĂšs Ă©lĂ©giaque, raffinĂ©, avec fantaisie et fraĂźcheur, le scherzo spirituel, l’andante retenu Ă  souhait, quant Ă  l’allegro con brio, il s’impose avec
brio et, toujours, ce naturel dĂ©pourvu d’ostentation. L’amour de l’instrument, le raffinement comme la puissance, les couleurs, avec toujours le soin de l’artisan qui polit sa piĂšce, Elsa Grether rivalise avec les plus grands, magistralement accompagnĂ©e – le terme est faible – par David Lively, dont on admire la capacitĂ© Ă  parler d’une mĂȘme voix que celle de sa partenaire.

La rĂ©signation mĂ©lancolique, accablĂ©e, de l’andante assai de la premiĂšre sonate, l’équilibre idĂ©al dans le dialogue en renouvellent la lecture. L’allegro brusco nous vaut un violon nerveux, aĂ©rien, puis lyrique et Ă©loquent comme un piano superbe. L’andante est l’occasion pour Elsa Grether de dĂ©ployer son chant, serein, rĂȘveur avec un toucher Ă©loquent du clavier. L’allegrissimo final rayonne de joie, de souplesse de vivacitĂ© pour retrouver la plĂ©nitude de l’andante.

De longue date, la violoniste inscrit la sonate pour violon seul Ă  ses rĂ©citals. Elle la dĂ©fend ici avec maestria et sensibilitĂ©, attestant son intelligence vive de l’ouvrage. Par-delĂ  sa difficultĂ© technique, on comprend mal pourquoi cette Ɠuvre remarquable demeure si rare au concert. Les deux transcriptions de Jascha Heifetz, familiĂšres Ă  l’auditeur, sont ici d’une belle facture, servies par nos complices, soucieux de rendre Ă  ces piĂšces tout leur caractĂšre, sans l’esbrouffe que les bis leur ajoutent trop souvent.

Un enregistrement que l’on ne saurait trop recommander : On sort heureux de ce moment de musique, rayonnant, lumineux, Ă  l’émotion juste, au jeu dĂ©cantĂ© de ses scories, toujours dynamique, Ă©nergique mais sans fĂ©brilitĂ©, accentuĂ© sans arrachements.

Outre une prĂ©sentation bienvenue des artistes, le livret bilingue comporte une notice pertinente de Francis Albou, prĂ©sident de l’Association Serge Prokofiev.

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COMPTE-RENDU, CD. PROKOFIEV : Sonates pour violon et piano, sonate pour violon seul, deux transcriptions par Heifetz ; Elsa Grether et David Lively – 1 CD Fuga libera FUG 749, de 69 : 41, enregistrĂ© Ă  Bruxelles, Studio Flagey, en juillet 2018.

LYON. Prokofiev: L’Ange de Feu par Benedict Andrew

benedict_andrewsLYON, OpĂ©ra. Prokofiev: L’Ange de feu, 11-23 octobre 2016. L’opĂ©ra scĂ©nique de Prokofiev crĂ©Ă© en 1955 s’expose sur la scĂšne lyonnaise, dans la production dĂ©jĂ  vue de Komishe Oper de Berlin. L’ange de feu dĂ©voile de son cĂŽtĂ© la passion amoureuse dans ses Ă©lans et dĂ©rĂšglements les plus fougueux donc les plus dangereux, menant de l’extase Ă  la folie destructrice. Dans un Moyen-Age obscur et onirique, le chevalier Ruprecht, aide l’exquise et belle Renata qui veut s’unir au comte Heinrich ans lequel elle a reconnu l’ange magnifique qui visite ses rĂȘves depuis l’enfance, la destinant au martyre et Ă  la saintetĂ©. La quĂȘte de Renata pour Heinrich est-elle d’ordre spirituelle ou sensuelle ? Entre temps, le chevalier tombe amoureux de l’insatisfaite Ă©motive.

 

 

 

Lyon affiche une production puissante créée à Berlin

QUÊTE SPIRITUELLE OU CHARNELLE, RÊVE OU RÉALITÉ ?

sergei-prokofievLe livret de Prokofiev inspirĂ© de ValĂ©ri Brioussov imagine le pĂ©riple de la jeune femme en eaux troubles, entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, au terme duquel Renata finit dans une cellule de couvent pour y trouver une vaine sĂ©rĂ©nitĂ© car l’y rejoignent Faust et MĂ©phisto. Telle une sublime fable romantique et tragique, fantastique et poĂ©tique, telle La Damnation de Faust de Berlioz (non opĂ©ra mais lĂ©gende dramatique), comme aussi les opĂ©ras de Rachmaninov (dont surtout Francesca da Rimini et l’évocation des enfers), l’ouvrage de Prokofiev flotte en une forme imprĂ©cise, oratorio, opĂ©ra, lĂ©gende, action lyrique
 ? Avec ses airs de Raspoutine, Benedict Andrews signe une  production remarquĂ©e Ă  Berlin, qui fait escale Ă  Lyon : la brĂ»lante hĂ©roĂŻne en ses visions impossibles mais Ă©perdues, le dĂ©ploiement visuel et scĂ©nique d’essence romantique et fantastique trouvent une nouvelle Ă©vidence grĂące au travail du metteur en scĂšne australien. « Admirable directeur d’acteurs, il dessine avec finesse un environnement grotesque et inquiĂ©tant, thĂ©Ăątre des Ă©garements furieux de Renata
. »… est-il Ă©crit en prĂ©sentation du spectacle sur le site de l’OpĂ©ra de Lyon. A vous de juger sur piĂšces. Production Ă©vĂ©nement Ă  dĂ©couvrir sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Lyon en octobre 2016

 

 

 

L’Ange de feu de Prokofiev Ă  l’OpĂ©ra de Lyon
Du 11 au 23 octobre 2016
RESERVEZ votre place

Direction musicale : Kazushi Ono
Mise en scĂšne : Benedict Andrews‹Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon‹Production de la Komische Oper de Berlin‹Avec Ausrine Stundyte (Renata), 


 

 

 

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Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 19 mars 2016. Rudolf Noureev : Roméo & Juliette. Mathieu Ganio, Amandine Albisson, Karl Paquette, François Alu

sergei-prokofievCompte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 19 mars 2016. Rudolf Noureev : RomĂ©o & Juliette. Mathieu Ganio, Amandine Albisson, Karl Paquette, François Alu… Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. SergueĂŻ Prokofiev, musique. Rudolf Noureev, chorĂ©graphie et mise en scĂšne. Simon Hewett, direction musicale. Retour du puissant RomĂ©o et Juliette de Rudolf Noureev Ă  l’OpĂ©ra de Paris ! Ce grand ballet classique du XXĂšme siĂšcle sur l’incroyable musique de Prokofiev est dirigĂ© par le chef Simon Hewett et dansĂ© par les Etoiles : Mathieu Ganio et Amandine Albisson lesquels campent un couple amoureux d’une beautĂ© saisissante ! Une soirĂ©e oĂč rĂšgnent la beautĂ© et les Ă©motions intenses, un contrepoids bien nĂ©cessaire par rapport Ă  la curiositĂ© du Casse-Noisette revisitĂ© rĂ©cemment au Palais Garnier (LIRE notre compte rendu critique du Ballet Casse-Noisette couplĂ© avec Iolanta de Tchaikovski, mis en scĂšne par Dmitri Tcherniakov, mars 2016)

 

 

 

Roméo et Juliette : Noureev rédempteur

 

DĂšs le lever du rideau, nous sommes impressionnĂ©s par les dĂ©cors imposants et riches du collaborateur fĂ©tiche de Noureev, Ezio Frigerio. Rudolf Noureev, dont on cĂ©lĂ©brait le 78Ăšme anniversaire le 17 mars dernier, signe une chorĂ©graphie oĂč comme d’habitude les rĂŽles masculins sont trĂšs dĂ©veloppĂ©s et pourtant parfois Ă©touffĂ©s, et oĂč il offre de beaux tableaux et de belles sĂ©quences au Corps de ballet, privilĂ©giant l’idĂ©e de la dualitĂ© et de la rivalitĂ© entre Capulets et Montaigu, le tout dans une optique relevant d’une approche cinĂ©matographique, parfois mĂȘme expressionniste. Le couple Ă©ponyme Ă©toilĂ© dans cette soirĂ©e brille d’une lumiĂšre reflĂ©tant les exigences et la splendeur de la danse classique.
DĂšs sa rentrĂ©e sur scĂšne, le RomĂ©o de Mathieu Ganio charme l’audience par la beautĂ© de ses lignes, par son allure princiĂšre qu’on aime tant, jointe Ă  son naturel, Ă  ce je ne sais quoi de jeune homme insouciant. S’il paraĂźt peut-ĂȘtre moins passionnĂ© pour Juliette que certains le voudront, -ignorant au passage le fait qu’il s’agĂźt d’un Romeo de Noureev, donc ambigu comme tous les rĂŽles crĂ©Ă©s par Noureev, et nous y reviendrons-, il a toujours cette capacitĂ© devenue de plus en plus rare de rĂ©aliser  les meilleurs entrechats sans trop tricher, et il emballe toujours avec son ballon aisĂ©, un bijou de lĂ©gĂšretĂ© comme d’Ă©lasticitĂ©.

Alu_francois-premier danseurC’est l’hĂ©roĂŻne d’Amandine Albisson qui est la protagoniste passionnĂ©e (tout en Ă©tant un rĂŽle quand mĂȘme ambigu, elle aussi, partagĂ© entre devoir et volontĂ©). Elle campe une Juliette aux facettes multiples et aux dons de comĂ©dienne indĂ©niables. Elle incarne le rĂŽle avec tout son ĂȘtre, tout en ayant une conscience toujours Ă©veillĂ©e de la rĂ©alisation chorĂ©graphique qui ne manque pas de difficultĂ©s. Divine : ses pas de deux et de trois au IIIe acte sont des sommets d’expression et de virtuositĂ©. Quelles lignes et quelle facilitĂ© apparente dans l’exĂ©cution pour cette danseuse, vĂ©ritable espoir du Ballet de l’OpĂ©ra. Le Mercutio du Premier Danseur François Alu, rayonne grĂące Ă  son jeu comique et Ă  sa danse tout Ă  fait foudroyante, comme on la connaĂźt Ă  prĂ©sent, et comme on l’aime. Il paraĂźt donc parfait pour ce rĂŽle exigeant. Nous remarquons son Ă©volution notamment en ce qui concerne la propretĂ© et la finition de ses mouvements. Toujours virtuose, il atterrit de mieux en mieux. La scĂšne de sa mort est un moment tragi-comique oĂč il se montre excellent, impeccable dans l’interprĂ©tation thĂ©Ăątrale comme dans les mouvements. Nous ne pouvons pas dire de mĂȘme du PĂąris du Sujet Yann Chailloux, bien qu’avec l’allure altiĂšre idĂ©ale pour le rĂŽle, nous n’avons pas Ă©tĂ© trĂšs impressionnĂ©s par ses atterrissages, ni ses entrechats, et si ses tours sont bons, il est presque complĂštement Ă©clipsĂ© par le quatuor principale (plus Benvolio).

romeo-et-juliette_Mathieu-GanioLe Tybalt de l’Etoile Karl Paquette est sombre Ă  souhait. Il a cette capacitĂ© d’incarner les rĂŽles ambigus et complexes de Noureev d’une façon trĂšs naturelle, et aux effets Ă  la fois troublants et allĂ©chants. S’il est toujours un solide partenaire, et habite le rĂŽle complĂštement, il nous semble qu’il a commencĂ© la soirĂ©e avec une fatigue visible qui s’est vite transformĂ©e, heureusement. Le Benvolio de Fabien Revillion, Sujet, a une belle danse, de jolies lignes, une superbe extension… Et une certaine insouciance dans la finition qui rend son rĂŽle davantage humain. Le faux pas de trois de RomĂ©o, Mercutio et Benvolio au IIe acte est fabuleux, tout comme le faux pas de deux au IIIe avec RomĂ©o, d’une beautĂ© larmoyante, plutĂŽt trĂšs efficace dans son homo-Ă©rotisme sous-jacent (serait-il amoureux de RomĂ©o?). Sinon, les autres rĂŽles secondaires sont Ă  la hauteur. Remarquons la Rosaline mignonne d’HĂ©loĂŻse Bourdon, ou encore la Nourrice dĂ©jantĂ©e de Maud RiviĂšre. Le Corps de Ballet, comme c’est souvent le cas chez Noureev, a beaucoup Ă  danser et il semble bien s’Ă©clater malgrĂ© (ou peut-ĂȘtre grĂące Ă ) l’exigence. Ainsi nous trouvons les amis de deux familles toujours percutants et les dames et chevaliers en toute classe et sĂ©vĂ©ritĂ©.

Revenons Ă  cet aspect omniprĂ©sent dans toutes les chorĂ©graphies de Noureev, celui de l’homosexualitĂ©, explicite ou pas. Le moment le plus explicite dans RomĂ©o et Juliette est quand Tybalt embrasse RomĂ©o sur la bouche Ă  la fin du IIe acte. Pour cette premiĂšre Ă  Bastille, il nous a paru que toute l’audience, nĂ©ophytes et experts confondus, a soupirĂ©, emballĂ©, surpris, Ă  l’occasion.
Evitons ici de gĂ©nĂ©raliser en voulant minimiser le travail de l’ancien Directeur de la Danse Ă  l’OpĂ©ra, Ă  qui nous devons les grand ballets de Petipa, entre autres accomplissements, considĂ©rant la place rĂ©currente de l’homosexualitĂ© dans son oeuvre et par rapport Ă  l’importance de cette spĂ©cificitĂ© dans son legs chorĂ©graphique… il s’agĂźt surtout d’une question qui est toujours abordĂ©e, frontalement ou pas, dans ses ballets, et qui a profondĂ©ment marquĂ© sa biographie. MatiĂšre Ă  rĂ©flexion.

Nous pourrons Ă©galement pousser la rĂ©flexion par rapport Ă  l’idĂ©e que la fantastique musique de Prokofiev ne serait pas trĂšs… apte Ă  la danse. L’anecdote raconte que la partition, complĂ©tĂ©e en 1935, a dĂ» attendre 1938, voire 1940 en vĂ©ritĂ©, pour ĂȘtre dansĂ©e. Il paraĂźt que les danseurs Ă  l’Ă©poque (et il y en a quelques uns encore aujourd’hui) la trouvaient trop « symphonique » (cela doit ĂȘtre la plus modeste des insultes dĂ©guisĂ©s), et donc difficile Ă  danser.

FĂ©licitons vivement l’interprĂ©tation de l’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris, sous la baguette du chef Simon Hewett, offrant une performance de haut niveau et avec une grande complicitĂ© entre la fosse et le plateau. Que ce soit dans la lĂ©gĂšretĂ© baroquisante de la Gavotte extraite de la Symphonie Classique de Prokofiev, ou dans l’archicĂ©lĂšbre danse des chevaliers, au dynamisme contagieux, avec ses harmonies sombres et audacieuses et avec une mĂ©lodie mĂ©morable. Que des bravos ! A voir et revoir encore avec plusieurs distributions les 24, 26, 29 et 31 mars, ainsi que les 1er, 3, 8, 10, 12, 13, 15, 16 avril 2016, PARIS, OpĂ©ra Bastille.

Compte rendu, OpĂ©ra. Toulouse.ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 15 mai 2015. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, OpĂ©ra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assistĂ© de Mira Alexandrovna Mendelson, d’aprĂšs le livret d’opĂ©ra-comique de Richard B. Sheridan : La DuĂšgne ou Le double enlĂšvement ; CrĂ©ation au ThĂ©Ăątre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra-Comique de 2011. Mise en scĂšne, Martin Duncan ; DĂ©cors et costumes, Alison Chitty ; LumiĂšres, Paul Pyant ; ChorĂ©graphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don JĂ©rĂŽme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duĂšgne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, PĂšre Augustin ; Vasily Efimov, FrĂšre Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, FrĂšre Chartreuse/DeuxiĂšme masque ; Thomas Dear, FrĂšre BĂ©nĂ©dictine / TroisiĂšme masque ;ChloĂ© Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, DeuxiĂšme novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. ChƓur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev.

toulouse prokofiev fiancailles au couvent copyright P nin 2015Fiançailles en parfaite osmose. VoilĂ  une reprise magnifique. DĂ©jĂ  en 2011 entre le Capitole et l’OpĂ©ra Comique, publics et critique avaient plĂ©biscitĂ© ce spectacle. La reprise avec une distribution presque identique retrouve ce thĂ©Ăątre total qui nous avait tant sĂ©duit. La mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres en parfaite harmonie permettent aux spectateurs de rĂȘver, toutes oreilles ouvertes et yeux comblĂ©s. Le parti pris minimaliste des dĂ©cors permet au thĂ©Ăątre de se dĂ©velopper Ă  l‘infinie. Lorsque Don JĂ©rĂŽme enferme Ă  clef sa fille, la fausse porte prend des allures de vraie prison. Les lumiĂšres de Paul Payant poĂ©tisent la scĂšne nue permettant Ă  l’imagination de chaque spectateur de recrĂ©er un monde. Du grand art permettant Ă  la fois de voir tous les artifices du thĂ©Ăątre et pourtant d’y croire totalement comme un enfant. Le jeu des acteurs est fin. Par exemple Garry Magee sait trĂšs bien jouer l’amoureux sincĂšre et touchant puis prendre de la distance avec son personnage pour en rĂ©vĂ©ler le cĂŽtĂ© factice. Les deux pĂšres indignes et trop affairistes ne mĂ©nagent pas les effets comiques avec plus de voix pour Mikhail Kolelishvili et plus de thĂ©Ăątre pour John Graham Hall. La DuĂšgne entiĂšrement comique d’Elena Sommer est inoubliable. Vladimir Kapshuk en Don Carlos joue sur les deux tableaux de la sensibilitĂ© amoureuse et du comique avec une allure romantique irrĂ©sistiblement dĂ©calĂ©e au milieux de la poissonnerie. Les jeunes femmes, Anastasia Kalagina en Louise et Anna Kiknadze en Clara, sont les plus rouĂ©es et mĂšnent au final l’action en suivant leurs dĂ©sirs, aussi belles actrices que parfaites chanteuses. La distribution est sans failles jusque dans les plus petits rĂŽles, chaque voix est typĂ©e et s’harmonise avec la personnalitĂ© thĂ©Ăątrale du rĂŽle. Le chƓur joue bien plus que d’habitude et chante admirablement. Les danseurs sont Ă©patants aussi drĂŽles que virtuoses.

Un grand concert symphonique Ă  l’opĂ©ra ! Si le thĂ©Ăątre est roi, la musique est une souveraine absolue. Tugan Sokhiev qui vit cette partition avec passion en communique toute la fougue Ă  son orchestre. Prokofiev permet des effets de couleurs irisĂ©es. Les associations d‘instruments originales et les nuances ciselĂ©es font exulter les instrumentistes, surtout les musiciens de scĂšne, des acteurs Ă©patants ! Mais la qualitĂ© la plus rare vient de l’humour avec lequel le chef rend perceptible la satire contenue dans la partition. En contre point, les moments lyriques semblent d’une infinie dĂ©licatesse. L’équilibre fosse/scĂšne est parfait. Les voix toujours comprĂ©hensibles et l’orchestre est trĂšs prĂ©sent, comme un vrai orchestre symphonique. Et le final de l‘opĂ©ra a une folie digne de Rossini. CiselĂ© comme une horlogerie suisse par un Tugan Sokhiev heureux et des musiciens virtuosissimes. Un grand succĂšs a Ă©tĂ© obtenu au rideau final pour toute lâ€˜Ă©quipe venue saluer. Les Toulousains ont Ă©tĂ© enchantĂ©s de retrouver une production si rĂ©ussie et son chef chĂ©ri aussi heureux que douĂ© dans la fosse. Pas Ă©tonnant que le BolchoĂŻ l’ait choisi, car Tugan Sokhiev est un vrai maestro di scena !

Compte rendu, OpĂ©ra. Toulouse.ThĂ©Ăątre du Capitole. Le 15 mai 2015. SergueĂŻ Prokofiev (1891-1953) : Les fiançailles au couvent, OpĂ©ra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux; Livret du compositeur assistĂ© de Mira Alexandrovna Mendelson, d’aprĂšs le livret d’opĂ©ra-comique de Richard B. Sheridan : La DuĂšgne ou Le double enlĂšvement ; CrĂ©ation au ThĂ©Ăątre Kirov de Leningrad le 3 novembre 1946 ; Production ThĂ©Ăątre du Capitole / OpĂ©ra-Comique de 2011. Mise en scĂšne, Martin Duncan ; DĂ©cors et costumes, Alison Chitty ; LumiĂšres, Paul Pyant ; ChorĂ©graphie, Ben Wright. Avec : John Graham Hall, Don JĂ©rĂŽme ; Gary Magee, Don Ferdinand ; Anastasia Kalagina, Louise ; Elena Sommer, la duĂšgne ; Danil Shtoda, Don Antonio ; Anna Kiknadze, Clara d’Almanza ; Mikhail Kolelishvili, Isaac Mendoza ; Vladimir Kapshuk, Don Carlos ; Alexander Teliga, PĂšre Augustin ; Vasily Efimov, FrĂšre Elustaphe / Premier masque ; Marek Kalbus, FrĂšre Chartreuse/DeuxiĂšme masque ; Thomas Dear, FrĂšre BĂ©nĂ©dictine / TroisiĂšme masque ;ChloĂ© Chaume, Lauretta ; Catherine Alcoverro, Rosina ; Claude Minich, Premier novice / Pablo ; Emmanuel Parraga, DeuxiĂšme novice / Pedro ; Alfredo Poesina, Lopez ; Carlos Rodriguez, Miguel. ChƓur du Capitole, direction, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev. Illustration : © P. Nin 2015)

CD. Yuja Wang, piano : Rachmaninov, Prokofiev (Dudamel, 2013).

WAng_yuja_piano_rachmaninov_prokofiev_dudamel_cd_deutsche_grammophonCD. Yuja Wang, piano : Rachmaninov, Prokofiev (Dudamel, 2013). Le feu acide et rythmique (Prokofiev) et la fluiditĂ© expressive crĂ©pusculaire (Rachmaninov) font le ciment et la rĂ©ussite de ce disque qui ne manque pas … d’audace Ă  bien des Ă©gards. Voici donc la relĂšve artistique de l’Ă©curie Deutsche grammophon, nouvelle gĂ©nĂ©ration d’artistes, tous deux d’un vrai tempĂ©rament musicien dont la complicitĂ© dans ce live in Caracas, pour les 38 ans du Sistema, le rĂ©seau de formation de jeunes instrumentistes vĂ©ritable chantier exemplaire Ă  la fois humaniste et sociĂ©tal au profit de la jeunesse vĂ©nĂ©zuĂ©lienne Ă  l’initiative de JosĂ© Antonio Abreu.
Il y a dĂ©jĂ  un an, se rencontrent et fusionnent le tempĂ©rament puissant et Ă©loquent de la jeune pianiste chinoise Yuja Wang, vrai consƓur de Lang Lang et certainement de notre point de vue, sa championne pour le jeu dĂ©liĂ© et Ă©lĂ©gant, une digitalitĂ© jamais heurtĂ©e ni trop percussive (y compris dans les climats versatiles syncopĂ©s du Prokofiev), et l’Ă©clat d’une baguette qui avait immĂ©diatement conquis et Salonen et Abbado : celle du vĂ©nĂ©zuĂ©lien, lui-mĂȘme enfant du Sistema, Gustavo Dudamel.
Le programme est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il rĂ©unit deux Concertos parmi les plus difficiles de leur auteur respectif, voire de tout le rĂ©pertoire pour clavier.

La fusion orchestre et piano dans le n°3 de Rachmaninov (1909) est formidable de crĂ©pitement comme de flexibilitĂ© – virtuositĂ© funambule et magicienne de la pianiste dans les variations du I-, mĂȘme l’orchestre dĂ©voile de superbes couleurs, fondantes, prĂ©cises, jamais sirupeuses. Un manifeste furieusement enivrĂ©. Du grand art.

Le n°2 de Prokofiev (1913) de loin le plus difficile Ă©videmment techniquement mais surtout Ă©motionnellement : le premier mouvement est course Ă©chevelĂ©e qui confine Ă  l’implosion d’une mĂ©canique fragile, prise de panique, exigeant tout du soliste et de l’orchestre : ĂąpretĂ©, ruptures, cynisme d’une forme contrariĂ©e et contrastĂ©e… l’ample mouvement initial qui dĂ©passe tout juste 10 mn s’achĂšve par l’essoufflement et l’extĂ©nuation totale des forces opposĂ©es. Dans ce combat rĂ©clamant sauvagerie et prĂ©cision, l’Ă©lĂ©gance de Yuja Wang ne faiblit pas, bien au contraire, en particulier dans sa cadence Ă©bouriffante qui dure prĂšs de la moitiĂ© de la sĂ©quence. L’agilitĂ© d’une toccata qui cache son nom dans le second mouvement dĂ©concerte et convainc tout autant. Quant au finale, ” tempestoso “, la vitalitĂ© de la jeune pianiste irradie d’une Ă©nergie accrocheuse, idĂ©alement trempĂ©e. La complicitĂ© que suggĂšre ce live, la haute tenue technicienne, l’intelligence musicale de la pianiste que Martha Argerich a saluĂ©, et la direction enflammĂ©e mesurĂ©e du chef qui dĂ©voile ici sa permanente facilitĂ© dans la forme du Concerto (premier enregistrement des jeunes instrumentistes du Bolivar sous sa baguette, avec une soliste), font les dĂ©lices d’un superbe rĂ©cital concertant. Totale rĂ©ussite.

Yuja Wang, piano. Concertos pour piano : Rachmaninov (n° 3 op. 30), Prokofiev (n° 2 op. 16). Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela. Gustavo Dudamel, direction. Enregistrement live réalisé à Caracas (Venezuela) en février 2013. 1 cd Deutsche Grammophon 0289 479 1304 7.

Gergiev joue la 5Ăšme de Prokofiev

arte_logo_175Concert. Arte, le 9 juin 2013, 19h   … Du propre aveu de Valery Gergiev, Prokofiev est son compositeur prĂ©fĂ©rĂ©.
Et l’on comprend mieux qu’il consacre une grande partie de ses efforts Ă  dĂ©fendre son Ɠuvre, en s’attelant notamment Ă  diriger l’intĂ©grale de ses symphonies en concert.
La prĂ©sente captation s’insĂšre dans un vaste cycle consacrĂ© au compositeur russe.  Ainsi, Gergiev dirige-y-il trois semaines durant et dans plusieurs villes russes, les 7 symphonies et les 5 concertos pour piano.
Pour cette immersion prokofievienne, Valery Gergiev est Ă  la tĂȘte de « son » orchestre, celui du thĂ©Ăątre Mariinsky de St Peterbourg. A l’instar de Mengelberg avec le Concertgebouw d’Amsterdam, Karajan avec le philharmonique de Berlin, Mravinsky avec le Philharmonique de Leningrad, Gergiev s’est façonnĂ© un outil orchestral en assumant depuis 1988, la direction musicale de l’orchestre. En bientĂŽt un quart de siĂšcle, il a fait de cet ensemble l’un des orchestres les plus recherchĂ©s au monde.

Réalisateur : Sébastien Glas / Coproduction : Idéale Audience, EuroArts Music & The Mariinsky Theatre