Compte rendu, opéra. Rameau : Platée. Julie Fuchs, Philippe Talbot. Minkowski / Pelly

 

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 9 septembre 2015. Rameau : Platée. Philippe Talbot, Frédéric Antoun, Julie Fuchs, François Lis… Orchestre et choeur des Musiciens du Louvre Grenoble. Marc Minkowski, direction. Laurent Pelly, mise en scène.

La grenouille préférée de la planète musicale française ouvre la saison lyrique 2015 – 2016 au Palais Garnier. L’opéra-ballet Platée de Rameau retourne en sa maison nationale dans l’efficace et colorée production de Laurent Pelly laquelle remonte à 1999. Une distribution pétillante ma non troppo campe avec humour le langage particulier de Rameau. Elle est dirigée, ainsi que le choeur et orchestre des Musiciens du Louvre, par le chef et prochain directeur de l’Opéra National de Bordeaux, Marc Minkowski.

 

 

Platée : le plus brillant concert

La première de Platée eut lieu en 1745 à Versailles à l’occasion du premier mariage du dauphin Louis Ferdinand de France. Après la première et seule représentation, il n’y eut pas de seconde.

Platée, « ballet-bouffon » de Rameau, théoricien de la musique et héritier de Lully, père du baroque français, raconte l’histoire du mariage d’un Jupiter ridicule avec une vieille nymphe jouée par un homme. Dans le lieu très conventionnel de la première, ce récit a dû surprendre et choquer l’auditoire. L’oeuvre est reprise en 1749 avec un succès tiède, puis en 1754 quand elle reçoit les plus grands éloges. Ce « ballet-bouffon », baptisé opéra-ballet au XXe siècle, avec un livret d’Adrien Le Valois d’Orville d’après Jacques Autreau, est une sorte de pastiche sans l’être, une parodie de l’Opéra où l’on trouve toutes les formules, les stéréotypes et les formes du genre. L’histoire de la pauvre Platée n’en est qu’un prétexte, un délicieux, irrévérencieux, drôlissime prétexte. De fait, le prétexte heureux est aussi une raison pour Rameau de déployer tout son talent et faire preuve d’une étonnante modernité ! Le style est homogène et audacieux, et la caractérisation physique de la grotesque grenouille paraît habiter toute la partition.

Si ce soir de fausse-première à l’Opéra National de Paris (première annulée à cause d’un mouvement social) les chanteurs-acteurs prennent un peu de temps pour se chauffer, ils demeurent joliment investis tout au long des actes. Le rôle ingrat de Platée est interprété par Philippe Talbot, jeune ténor aux dons de comédien confirmés. Il y excelle dans sa caractérisation de la nymphe laide et humide, avec un français affecté (parfois approximatif) qui sied fantastiquement au personnage. Le ténor Frédéric Antoun dans le rôle de Thespis au prologue, brille par la beauté du timbre, que nous trouvons étonnamment charmant et chaleureux dans le langage baroque français. Le Jupiter de François Lis comme la Junon d’Aurélia Legay sont superbement chantés. La Thalie/Folie de Julie Fuchs est une agréable surprise. L’archi-célèbre air de la Folie au IIe acte « Formons les plus brillants concerts » est interprété avec un brio comique, quelque peu psychiatrique et déjanté tout à fait formidable ! LA parodie d’un air virtuose à l’italienne est donc chanté et joué vertueusement par la jeune soprano. Si l’interprétation vocale très solide n’est pas notre préférée au niveau du style, elle demeure efficace et est vivement récompensée par les bravos d’un public enflammé (les seuls de la soirée, remarquons-le).

Il y a deux autres protagonistes musicaux plus ou moins invisibles dans Platée. D’abord les choeurs, omniprésents, et absolument fantastiques sous la direction de Nicholas Jenkins ! Que ce soir dans la louange, l’apothéose ou l’effroi, ils sont toujours réactifs et dynamiques ! Nous remarquons la science si précise de Rameau par l’excellence de leur performance ! Ils sont onomatopéiques et contrapuntiques selon le besoin, mais toujours impressionnants (les choeurs des grenouilles ou le quintette avec choeur à la fin du IIe acte, entre plusieurs exemples). L’autre c’est bien la danse. 15 danseurs augmentent ou représentent le texte par le biais de leurs mouvements chorégraphiés par Laura Scozzi. Si c’est souvent un aspect purement divertissant de la production, ceci s’inscrit dans le tout et c’est d’une grande efficacité.

Comme la mise en scène de Laurent Pelly d’ailleurs, qui assume complètement la nature de l’oeuvre et la met en valeur. Ouvertement kitsch, comme Platée est ouvertement laide, la production réussit à dépoussiérer cette seule véritable comédie lyrique de Rameau par tout une série de procédés théâtraux et un travail de comédien soigné. L’espace, à la fois salle de théâtre et marécage, est utilisé intelligemment (décors de Chantal Thomas) ; les costumes de Pelly sont ingénieux et fabuleusement moches ! Mais il n’y a rien de moche dans la performance de l’orchestre sous la direction à la fois pétillante et savante de Minkowski. La complicité entre le plateau et la fosse est évidente et jouissive. Les contrastes sont mis en valeur tout en gardant une homogénéité stylistique par rapport à l’œuvre. Un travail extraordinaire ! Une reprise à ne pas rater au Palais Garnier de Paris, à l’affiche les 11, 12, 14, 17, 20, 23, 27 et 29 septembre ainsi que les 3, 6 et 8 octobre 2015.

Reprise de Platée au Palais Garnier

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Paris, Palais Garnier. Platée de Rameau : 7 septembre-8 octobre 2015. A l’origine, Rameau, compositeur officiel de la Cour de Louis XV à Versailles écrit cette Platée, comédie musicale avant l’heure, créée en 1745, d’une forme atypique mariant ballets et pantomimes à une action où les dieux sont convoqués à la noce de la Nymphe des marais, Platée. En raillant cette beauté hideuse que pourtant Jupiter annonce épouser, la partition fait basculer son propos comico satirique vers le miroir parodique : comme l’a précisé très justement William Christie lors d’une conférence concert sur Platée à l’Opéra-Comique en 2014, Platée tend le miroir aux spectateurs : ce que vous voyez, ce que vous moquez… c’est vous mêmes! Une charge sociale aussi mordante que le Falstaff de Verdi écrit à la fin du XIXè. La comédie et le stratagème mis en place pour railler Platée, sa trop coupable naïveté, épinglent en vérité l’arrogance crasse, la vanité ignorante qui règnent dans les milieux courtisans et politiques. Rameau au sommet de son art, supplante la nature même : imite le chant du hibou, le cri de l’âne, réinvente la notion même de ballet, imagine, trait génial, en un délire fameux, la Folie qui s’empare de la lyre d’Apollon, puis perfectionne tout un langage harmoniquement novateur, linguistiquement impertinent et ludique qu’il serait difficile aujourd’hui d’égaler.
La mise en scène de Laurent Pelly reste drôlatique et prend le parti de représenter Platée en grenouille, ce qui n’est justifié par aucune mention dans le livret. Qu’importe, pour souligner le fossé qui sépare l’adorable batracienne, du marais puant et nauséabond des dieux et des hommes persifleurs, la production, devenue un mythe scénique (avec Atys de Lully par William Christie) reprend donc du service avec une distribution nouvelle assez prometteuse (la soprano Julie Fuchs en Folie et Philippe Talbot dans le rôle-titre). A l’Opéra Garner à Paris, du 7 septembre 2015 et pour 13 représentations.

 

 

 

 

 

Platée de Rameau, repriseboutonreservation
Paris, Palais Garnier, du 7 septembre au 8 octobre 2015
13 représentations – 2h55 avec 1 entracte
Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après Jacques Autreau

 

platee-rameau-palais-garnier-opera-national-de-paris-reprise-pelly-minkowski-fuchs-talbot-philippe-cannonce-presentation-CLASSIQUENEWS

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra-Comique, le 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Marcel Beekman, Edwin Crossley-Mercer, Simone Kermes, Cyril Auvity, Marc Mauillon. Paul Agnew, direction artistique. Robert Carsen, mise en scène

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-RittershausRobert Carsen est omniprésent à Paris cette saison. Une Elektra à l’ONP pour débuter l’année lyrique, suivie par son Alcina désormais bien connue à Garnier, et, conjointement, La Flûte Enchantée à Bastille tandis que la Salle Favart présente sa nouvelle production de Platée de Rameau. La question se posait : n’était-ce pas un peu trop ?
Reconnaissons-le tout de go : nous craignions pour cette mise en scène, tant pour son angle de vision que pour son inspiration, la source pouvant se tarir en étant employée à un tel régime. En outre, comme sans doute bien des mélomanes dans la salle, les images de la production de Laurent Pelly, désormais presque indissociable de cette œuvre, risquaient de se révéler tenaces devant les yeux.

Nymphe de la mode

Et pourtant, après un prologue qui demande un temps d’adaptation, celui de la plongée dans un univers nouveau et l’accoutumance à une atmosphère inédite, ce spectacle fonctionne à merveille.
Le monde qu’invoque Robert Carsen, celui de la mode, superficiel et clinquant, où l’apparence et les faux-semblants règnent en maîtres, résonne comme un écho à la cour de Louis XV que ridiculise le compositeur dans cette satire.
On se plait à reconnaître Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine Vogue, dans la foule occupant le plateau, et le tonnant Jupiter devient un sosie extrêmement convaincant de Karl Lagerfeld portant dans ses bras son éternel chat blanc.

Platée, qui malgré ses coassements en musique n’est en réalité pas désignée dans le livret comme une grenouille, devient ici la pensionnaire brimée d’un établissement chic, vaniteuse et sans-gêne, vilain petit canard trop facile à berner. La scénographie, brillante et chic, caricature – à peine – la décoration à la mode dans les milieux branchés, façon Fashion Week, miroirs nombreux, mobilier transparent et lumières éclatantes. La direction d’acteurs, précise et d’une grande justesse, évite, comme sait le faire Carsen, toute vulgarité, jusqu’à l’orgie du troisième acte, chorégraphiée avec juste ce qu’il faut d’érotisme par Nicolas Paul. Les danseurs s’intègrent ainsi parfaitement à l’action, en des ballets drôles et décalés, mais toujours en situation.
On se souviendra longtemps de cette nymphe dévoilée et raillée par la fureur de Junon, achevant l’œuvre en sous-vêtements, honteuse dans sa quasi-nudité sous le regard cruellement moqueur de la foule, utilisant son dernier geste pour se suicider, mettant enfin un terme à ses tourments. Une ultime image forte, montrant la méchanceté humaine dans sa bêtise la plus crue.

Très belle également … la distribution. Aux côtés de la fraîche Thalie de Virginie Thomas et du Satyre / Mommus désopilant de João Fernandes, la Junon à la jalousie brûlante d’Emilie Renard ressemble à s’y méprendre à Coco Chanel et réussit à merveille une composition de très belle tenue. On salue également la superbe Clarine d’Emmanuelle de Negri, toujours irréprochable dans ce répertoire.
Marc Mauillon provoque l’hilarité en Cithéron devenu serveur que poursuit de ses assiduités la reine des marais, et le rôle coule idéalement dans cette voix au timbre si particulier, tenant à la fois du ténor et du baryton.
Excellent Mercure de Cyril Auvity, percutant et beau diseur, parfaitement à sa place.
On attendait avec impatience la Folie de Simone Kermes, l’enthousiasme se révèle finalement relatif. Non que cette vocalité ne lui convient pas, bien au contraire. Ce pastiche de style italien ramène la soprano allemande à son répertoire de prédilection, et c’est justement pour cela que le rôle nous apparaissait comme idéalement écrit pour elle. Las, elle a semble-t-il écouté attentivement l’interprétation qu’en a inventé Marc Minkowski tout en tentant de s’en affranchir, sans pour autant trouver sa propre voie, ce qui nous vaut un « Aux langueurs d’Apollon » bien sage, à la diction française fragile et aux variations chiches, un comble pour une chanteuse autant encline à tout oser quitte à franchir allègrement les limites du bon goût. Par ailleurs, après une entrée remarquée en clone de Lady Gaga, c’est vêtue d’une conventionnelle robe de concert verte qu’elle entonne prudemment cet air…, avant de revenir vêtue telle une Marie-Antoinette de bal masqué, dans un costume paraissant tout droit sorti d’une pochette d’un de ses propres disques. Il faudra attendre le troisième acte, son irremplaçable chevelure rousse enfin rendue à sa liberté, et l’air « Amour, lance tes traits » pour que la chanteuse redevienne enfin elle-même, osant vocalises, contre-notes et cadences improbables. Il était temps !
Irrésistible en couturier au catogan, Edwin Crossley-Mercer ne fait qu’une bouchée de l’écriture du roi des Dieux, déployant en Jupiter sa grande et belle voix de baryton, octaviant cependant certains graves et assombrissant par instants inutilement une émission d’ordinaire plus mordante, au détriment parfois de la limpidité du texte.

On admire sans réserve la naïade disgracieuse du ténor néerlandais Marcel Beekman, terriblement attachante et émouvante. Que dire, sinon qu’il incarne à merveille cette femme à la naïveté désarmante, ridicule à force à force d’aveuglement ? Le chanteur offre une saisissante performance de comédien, où l’on se prend à oublier que c’est un homme qui incarne une figure féminine, tant l’identification grandit durant la représentation à tel point qu’elle en devient évidente. Clair et sonore, son instrument à la couleur très personnelle paraît tout destiné à cet emploi, permettant mille nuances, utilisant tous ses registres et servant un français digne d’éloges. L’émotion affleure sans cesse derrière l’humour, et la scène finale citée plus haut, interprétée à fleur de peau, reste le point culminant de la soirée, la promise bafouée apparaissant poignante dans son désespoir.
Remplaçant William Christie souffrant à la tête du chœur – impeccable de bout en bout – et de l’orchestre des Arts Florissants, Paul Agnew, grand interprète du rôle-titre, démontre sa connaissance profonde de l’œuvre, qu’il a pu roder de l’intérieur durant de longues années. Il cultive une pâte sonore ronde et généreuse, toujours vive mais sans précipitation ni acidité, peignant parfaitement les différentes atmosphères qui composent l’ouvrage, et emporte musiciens et chanteurs dans un tourbillon sonore qui soulève l’enthousiasme.
Un très beau succès au rideau final, qui prouve qu’on peut encore aujourd’hui mont(r)er Platée autrement.

Paris. Opéra-Comique, 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après la comédie de Jacques Autreau. Avec Platée : Marcel Beekman ; Jupiter : Edwin Crossley-Mercer ; La Folie : Simone Kermes ; Thespis / Mercure : Cyril Auvity ; Momus / Cithéron : Marc Mauillon ; Amour / Clarine : Emmanuelle de Negri ; Junon : Emilie Renard ; Satyre / Mommuss : João Fernandes ; Thalie : Virginie Thomas. Chœur et orchestre Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction musicale. Mise en scène : Robert Carsen ; Décors et costumes : Gideon Davey ; Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet ; Chorégraphie : Nicolas Paul ; Dramaturgie : Ian Burton

Platée de Rameau par Les Arts Florissants

10013809_256214464553237_1528097424_nPlatée de Rameau par Les Arts Florissants. Culturebox, le 27 mars 2014,20h. Opéra live web. A défaut d’une tragédie lyrique d’ampleur tels Dardanus, Les Borréades, Castor et Pollux, voici la comédie lyrique la plus déjantée du XVIIIème siècle portée par la savante facilité des Arts Florissants, spécialistes inatteignables de Rameau depuis des années. Dans la fosse de l’Opéra Comique, William Christie précédemment annoncé est remplacé par Paul Agnew. Laide mais sincère et même désarmante, Platée nymphe des marais … retourne l’Olympe de la mode. Les dieux sont infâmes et leur victime rien que … divinement humaine. Une apothéose en somme. Et contre toute attente, c’est la moins sophistiquée de tous qui triomphe. Il y a certainement un peu de Rousseau chez Rameau même si l’écrivain philosophe, partisan du bon sauvage, fut le rival trop jaloux du compositeur érudit. Face aux dieux et leur suite invités ici (une parodie de Cour), la figure naturelle de la nymphe issue du marais remporte les lauriers de la sincérité et de la vérité. Un joyau au royaume du clinquant et du factice.

Carsen récidive ainsi chez Rameau: comme il l’avait fait des Borréades, pas de costumes ni de décors ou machineries XVIII ème mais une actualisation chic (très parisienne) convoquant les icônes de la fashion Week.  Au sommet d’une Olympe rhabillée,  Junon – Coco Chanel et Jupiter – Lagerfield vivent le nouvel avatar de leur déroute conjugale au détriment de la mortelle Platée dont la laideur et la naïveté font les délices d’une clique arrogante et cynique.
En pointant du doigt la face hideuse de la batracienne Jupiter moralisateur entend souligner combien la jalousie de Junon est déplacée. .. un tel laideron fiancée de Jupiter ? Et tous de s’étrangler d’un rire persifleur qui pourtant se retourne contre ceux qui l’ont proclamé. La laideur morale assassine les arrogants. Lire notre critique complète de Platée de Rameau par Les Arts Florissants : … “la Platée des Marais renverse l’Olympe de la mode”.

VIDEO. Reportage : Platée de Rameau par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire (2013)

VIDEO. Reportage : Platée de Rameau par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire. Platée 2013… Chef-d’oeuvre lyrique du règne de Louis XV, et à vrai dire d’un genre poétique totalement inclassable, Platée de Jean-Philippe Rameau (1745) reprend du service dans la mise en scène et l’univers visuel du
chorégraphe François Raffinot. Le créateur plasticien avait déjà réalisé une première production de l’ouvrage avec Jean-Claude Malgoire… en 1988. Le directeur et fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing parle de “beauté infernale”, soulignant le bouillonnement inventif et volcanique de l’orchestre ; François Raffinot s’intéresse au profil humain, pathétique et touchant de Platée comme à la charge barbare et cynique de l’ouvrage où s’impose la figure centrale et omniprésente de la Folie. Entre mouvements incessants des danseurs, superbe incarnation de Paul Agnew dans le rôle-titre, et fosse d’une irrésistible invention, la nouvelle production de Platée confirme le génie inclassable de Rameau…

Compte rendu, opéra. Paris. Rameau : Platée à l’Opéra Comique (Les Arts Florissants), le 20 mars 2014. Paul Agnew, direction. Robert Carsen, mise en scène

10013809_256214464553237_1528097424_nCompte rendu, opéra. Platée par Les Arts Florissants. Laide mais sincère et même désarmante, Platée nymphe des marais … retourne l’Olympe de la mode. Les dieux sont infâmes et leur victime rien que … divinement humaine. Une apothéose en somme. Et contre toute attente, c’est la moins sophistiquée de tous qui triomphe (malgré sa mort finale). Il y a certainement un peu de Rousseau chez Rameau même si l’écrivain philosophe, partisan du bon sauvage, fut le rival trop jaloux du compositeur érudit. Face aux dieux et leur suite invités ici (une parodie de Cour), la figure naturelle de la nymphe issue du marais remporte les lauriers de la sincérité et de la vérité. Un joyau au royaume du clinquant et du factice.

Robert Carsen récidive ainsi chez Rameau: comme il l’avait fait des Borréades, pas de costumes ni de décors ou machineries XVIII ème mais une actualisation chic (très parisienne) convoquant les icônes de la fashion Week.  Au sommet d’une Olympe rhabillée,  Junon – Coco Chanel et Jupiter – Lagerfield vivent le nouvel avatar de leur déroute conjugale au détriment de la mortelle Platée dont la laideur et la naïveté font les délices d’une clique arrogante et cynique.
En pointant du doigt la face hideuse de la batracienne Jupiter moralisateur entend souligner combien la jalousie de Junon est déplacée. .. un tel laideron ,fiancée de Jupiter ? Et tous de s’étrangler d’un rire persifleur qui pourtant se retourne contre ceux qui l’ont proclamé. La laideur morale assassine les arrogants. Et Platée rayonne enfin par une beauté imprévue.

 

 

La Platée des Marais renverse l’Olympe de la mode …

 

La dupe ici est la nymphe dont la face boursouflée est proportionnelle à son humanité: et l’on comprend in fine que les vulgaires et les plus méprisables sont bien les mieux fardés. Grâce à l’exemplaire performance du ténor travesti dans le rôle-titre, sur les traces du fameux Jelyotte- interprète adulé par Rameau qui lui réservera ses plus grands rôles,  Marcel Beekman exprime à Paris après Vienne, avec une générosité tendre, emblème des innocents admirables, toute la justesse sincère si humaine de la nymphe odieusement raillée.

 

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-Rittershaus

 

 

La formule fait recette depuis longtemps chez le metteur en scène canadien : il aime épingler la méchanceté perverse des dieux et des hommes…. monde barbare, ironique des courtisans et de leurs souverains, -habitués en nantis méprisants aux suites des Palaces internationaux, aux cocktails à coupes de champagne et petit fours, contrastant ici avec la naïveté si touchante de leur victime.
Rameau appelle même à la rescousse en un tableau déjanté (poétiquement le plus fort) La Folie ayant ravi la lyre d’Apollon : en démontrant (et singeant parfois) la facilité de la musique à exprimer toutes les facettes des passions humaines, le compositeur prend acte et témoigne du dérèglement collectif qui pilote la terrifiante hypocrisie des sociétés fussent-elles divines. Ces dieux qui raillent et ironisent, sont trop mortels et d’un soin si vulgaire. .. Rameau et son librettiste feraient-ils sous couvert de comédie déjantée, la satire de la Cour versaillaise comme celle du genre humain ? Hélas, celle qu’on attendait, Simone Kermes, dans un rôle taillé pour sa démesure bouffonne déçoit : comme emblème de l’artifice ici omniprésent, son chant tombe à plat, ses rires et ses accents, comme son français pétaradent (et s’enlisent) sans vérité : de Lady gaga, la diva dépassée reste un artefact sans chaleur. Le constat est d’autant plus regrettable que sa performance dans le rôle de la Comtesse de Nozze de Mozart (cd  récentpublié par Sony classical) sous la baguette de Currentzis, présente les mêmes dérapages dommageables : affêterie, surenchère, préciosité mécanique… un contre sens chez Rameau.

Tout ce que ce monde divin/terrestre compte en rituels factices et creux se dévoile sur la scène de Carsen,  conçu tel un vaste miroir aquatique -les miroirs citent l’eau du marais de la nymphe abusée. En outre, la transparence des miroirs, l’accumulation des plastics sans âme renforce ce vide criant d’un monde qui a pourtant l’horreur du  néant.  A mesure que l’action se réalise,  fashion King and Queen sans omettre leurs serviles petites mains, se noient dans leur propre fange cynique quand à l’inverse c’est Platée qui s’élève. .. par son humanité coassante magnifique.  Burlesque, comique et tragique, sincère surtout, voici le rôle le plus délirant et le plus attachant du théâtre ramélien. Il est magistralement incarné ici.

PLATEE_2014_lagerfield_-Edwin-Crossley-Mercer-(Jupiter)-DR-Monika-RittershausEn faisant la satire du genre humain, Rameau permet au vengeur Carsen,  nettement du côté de Platée, de dénoncer l’artifice ritualisé organisé en singeries sociales. C’est tout le milieu de la mode qui en prend pour son grade. .. il aurait été prometteur de pousser plus loin les références et l’analogie.  Pourquoi n’avoir pas convoquer l’impératrice du bon goût déclaré loi divine, la fabuleuse Anna W. qui règne de façon hallucinante à chaque  fashion Week? La figure aurait ajouté à une étonnante galerie de portrait. Remplaçant William Christie souffrant, le chef associé des Arts Florissants, Paul Agnew, chef ardent à l’indéniable souffle dramatique, défend avec panache, flexibilité et des couleurs ciselées,  une partition qu’il connaît bien pour en avoir été le premier chanteur, incarnant la sublime Platée sous la baguette de Minkowski il y a quelques années au Palais Garnier (mise en scène de Laurent Pelly),  sous la baguette plus récente encore de Jean- Claude Malgoire à Tourcoing en 2013… voir notre reportage vidéo : Platée à Tourcoing par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire.
Performance vocale et musicale riche en couleurs,  lignes claires, défilé subtilement nuancé et fortement caractérisé,  scénographie tirée à quatre épingles parfois trop accessoirisée à force de volonté parodique, cette Platée chic choc réussit son coup et forçant la charge satirique du divertissement comique conçu par le génial Rameau de 1745.

 

platee_468-620x412A l’affiche de l’Opéra Comique à Paris jusqu’au 30 mars 2014.

En direct sur culturebox, le 27 mars 2014, 20h. Lien direct sur la page Platée en direct depuis l’Opéra Comique sur le site culturebox (puis disponible après le direct jusqu’au 10 octobre 2014).
A ne pas manquer, la conférence concert Platée par William Christie et les chanteurs de la production (“ la leçon de William Christie “), même lieu, le 28 mars 2014, 20h.

Illustrations : © Monika Rittershaus 2014 (Opéra de Vienne). Platée au bras de Jupiter en promise éberluée ; Jupiter Lagerfield et ses doubles narcissiques en miroir…

Rameau : Platée, 1745. Le triomphe de la musique

L'année Rameau 2014 : les temps fortsRameau: Platée, 1745. La clé de Platée, opéra comédie mais aussi ballet comique qui revisite les chorégraphies pour la Cour de France parmi les plus déjantées, demeure certainement l’apparition de la Folie à l’acte II. C’est une création élaborée par le compositeur officiel de Louis XV qui ” ose ” ce que nul autre avant lui n’avait produit. Pour une oeuvre de commande, destinée à être jouée devant la Cour et le Roi, Rameau n’hésite pas à réinventer un genre nouveau où la fantaisie du poète musicien souligne la prééminence indiscutable de son art comme compositeur. Le Bouffon, le truculent, le fantasque préfigurent 10 ans avant la fameuse Querelle, l’impact de la drôlerie la plus extravagante mais tissée avec quelle subtilité. Dans Platée, jamais Rameau n’ a semblé plus personnel, audacieux, visionnaire. Un moderne qui n’a toujours pas été estimé à sa juste place.

 

 

 

La Folie, divine musicienne

 

Rameau n’y fait pas que parodier les formules classiques de la tragédie lyrique héritée de Lully ; il égale la fantaisie libre des Italiens, leur séduction mélodique et surtout invente un nouveau genre purement musical sur un prétexte inédit emprunté à l’Antiquité (avant Gluck) ; celui où sa muse, la Folie ayant dérober la lyre d’Apollon, imagine de nouveaux et très brillants concerts… pathétique, comique, héroïque, lugubre ou fantasque… le compositeur démontre l’autonomie poétique de la musique ; il souligne combien, a contrario de tout ce qui a été réalisé avant lui, verbe et musique sont indépendants : la musique du simple fait des accords et de l’harmonie peut exprimer les sentiments les plus subtiles. C’est un langage à part entière. Dans Platée, Rameau exprime le triomphe de la musique sur la poésie, le drame, la danse…

Si Phaéton le fils du soleil se montre incapable de dominer le char solaire (voir ici la tragédie de Lully sur le thème mythologique), la Folie en revanche possédant l’instrument solaire, se révèle inégalable. D’une exceptionnelle maîtrise. Pour Rameau c’est un coup de génie qui assoit définitivement sa manière si personnelle au panthéon des meilleurs créateurs français à l’opéra.

 

 

Rameau : Platée par William Christie et Robert Carsen (2014)

La Platée de l’Enchanteur Bill … Rameau : Platée par William Christie. 17 février – 2 avril 2014. Vienne, Paris, New York.  Il n’est rien de comparable à la forme délirante, virtuose de la comédie satirique Platée. Rameau y réinvente la langue lyrique, bouleversant les convenances poétiques, réservant à l’orchestre là encore une liberté et une fantaisie inédites. C’est aussi sur le plan de l’écriture vocale une partition sans équivalent à l’époque; où se distingue surtout l’air de la Folie, qui comme Phaéton et son char, a dérobé la lyre d’Apollon : elle est déjantée, fulgurante à l’acte II ; ce sont surtout tout au long de l’ouvrage, les coassements et onomatopées mordantes de la reine des grenouilles ou nymphe de marais, trop vaniteuse, qui se râpait coquette courtisée par Jupiter soi-même, pour laquelle le compositeur se surpasse dans l’écriture d’une langue musicale si proche de la nature et du coeur humain : Platée même ridicule est surtout essentiellement humaine.

 

 

Ridicule et sublime Platée

 

Jelyotte_platee_christie_by_Coypel_En encyclopédiste musicien et fils des Lumières, Rameau le théoricien observe, comprend, rivalise avec le réel. Sa théorie fameuse des corps sonores s’incarne dans Platée avec une fantaisie irrésistible.
Même Rousseau applaudit et Maret synthétise l’accueil et la réception d’une oeuvre forte qui comme Hippolyte (1733) frappe et déconcerte les esprits, du vivant même de Rameau : ” Lully a pu séduire ; mais Rameau aujourd’hui étonne, subjugue, transporte “…
Sur le plan dramatique et même psychologique, la fable mythologique n’est pas qu’un prétexte. Annonçant Offenbach et ses parodies grecques (Orphée aux enfers, La belle Hélène …), Rameau préserve aussi la justesse et la vérité du sujet : le musicien accorde un traitement musical particulier à son héroïne. Même raillée, humiliée, ridiculisée par Jupiter et Mercure – afin d’épingler aussi la jalousie excessive de Junon-, la grenouille Platée démontre une sincérité touchante qui la rend pathétique voire bouleversante. C’est là le génie de Rameau : en maître inégalé des contrastes, le musicien sait divertir autant que toucher l’âme (son grand dessin confessé).

Christie William portrait 290C’est bien le but de la mécanique sonore : autant de science dans l’écriture (que Rousseau lui reproche tant) ne vise in fine qu’un seul but : émouvoir et toucher ; saisir, transporter, … enchanter. Pari réussi. Platée est bien le sommet des comédies lyriques en France au XVIIIè siècle (annonçant La Caravane du Caire de Grétry, Les Troqueurs de Dauvergne – grand continuateur avec Mondonville de Rameau… c’est à dire les jalons à venir dans le genre opéra comique)… Il n’est pas de partitions plus libres et inventives que Platée. A la fois poète et inventeur, le grand faiseur de tragédies lyriques depuis Hippolyte et Aricie,  surprend là où on ne l’attendait pas : la comédie.

Production événement pour les 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau. Grands spécialistes et défenseurs enchanteurs d’un Rameau aussi  génial que tendre, William Christie et Les Arts Florissants abordent enfin le chef d’oeuvre de Rameau. 13 dates, Vienne, Paris, New-York

Vienne : 6 dates
Theater an der Wien (Autriche)
les 17,19,21,24,26,28 février 2014

 

Paris : 6 dates
Opéra-comique
les 20,22,24,25,27,30 mars 2014

 

New York, version concert
Lincoln center Alice Tully Hall
le 2 avril 2014, 19h30
Illustration : Pierre Jelyotte (1717-1797), interprète légendaire de Platée et ténor favori de Rameau. Portrait de Jelyotte en Platée par Coypel vers 1745, au moment de la création de l’opéra de Rameau

 

 

 

La Platée de Robert Carsen

Christie_william_maxpeopleworld700428Pour exprimer le désir de plaire et de briller donc dévoiler la naïveté d’une proie trop ridicule ; pour épingler tout autant la barbarie et la cruauté de ceux qui en exploite les faiblesses, Robert Carsen transporte l’action mythologique de Platée dans le milieu très chic factice et arrogant donc parisien, de la mode…  Une relecture qui n’oublie pas l’essence satiriqe de la partition et la formidable féerie musicale d’un Rameau au sommet alors de ses possibilités. L’action sur les planches fait la satire des dieux et des mortels ; la fosse réenchante a contrario grâce au seul chant virtuose de l’orchestre, ce théâtre désenchanté.

269 ans après sa création devant le Roi à Versailles, dans le théâtre aménagé dans les Grandes Ecuries face au château, Platée nous parle encore. Il fallait donc retrouver la modernité facétieuse voire séditieuse et un rien insolente de Platée à notre époque. Malgré le statisme formel et le poids des conventions qui gère la continuité du drame de la comédie (chaque acte est conclu par un grand divertissement dansé), l’opéra n’empêche pas la liberté du poète en particulier la fantaisie géniale du compositeur qui y signe l’une de ses partitions les plus inventives. Carsen rétablit l’effervescence tripartite de l’oeuvre qui nous parle aujourd’hui : son sujet antique (très mordant voire cynique), la convention de l’époque de Louis XV, les références (visuelles et scénographiques) à notre époque moderne : Platée se déroule dans le milieu de la mode, faisant paraître défilé, mannequins, jusqu’à la silhouette du créateur vedette Karl Lagerfeld, son catogan, ses lunettes emblématiques…

 

 

 

Nymphe vaniteuse et … touchante

L’acuité du verbe dans Platée s’appuie sur une satire féroce du genre humain et divin : ni les mortels ni les dieux ne sont épargnés. Il n’est qu’une autre œuvre qui égale les pointes sarcastiques du livret : Candide de Voltaire qui lui est postérieure. Ici l’on rit aux dépens d’une reine grenouille trop vaniteuse ; comment peut-elle penser être belle et avoir séduit jusqu’à Jupiter le dieu des dieux ? En fait Platée pourrait comme Falstaff être chacun de nous, proie d’une machination collective qui s’achève en forme de procès et d’humiliation publique. En Platée repose le désir de chacun de vouloir plaire, être aimé. Pour Robert Carsen, Platée est donc une fashion victime, détruite dans les rêts de la politique du tout image. Dans ses rêves intimes, Platée voudrait elle aussi être une déesse, une star, une lolita adulée sur les plateaux. En cela, le personnage de la Folie lui renvoie comme dans un miroir, le visage de son orgueil réalisé. Un monstre délirant et terrifiant, fascinant et spectaculaire.  Le génie de Rameau par sa musique et les milles accents maladroits de son chant si humain, est d’en faire une figure pathétique et touchante.

Platée est une nymphe des marais, moins grenouille que caractère travesti sur la scène lyrique : homme (l’illustre ténor Jélyotte à la tessiture impressionnante et au jeu d’acteur visiblement tout aussi étendu et convaincant) incarnant un rôle délirant bouffon, «  burlesque »,  comme jamais l’opéra français n’en avait livré : monstre de la foire, laideron magnifique et nymphomane maladroite (et donc ridicule) ayant de fait une singularité que Jupiter et sa clique d’intriguants s’entendent à exploiter … pour atténuer la jalousie de Junon. La voix du ténor Jélyotte devait incarner concrètement la voix singulière de Platée. Ici, le cadre pastoral est un prétexte : il s’agit d’un huit clos psychologique, à la fois drame et tragédie domestique qui tourne à la machination sociale.

Après Les Borréades, Armide de Lully, Robert Carsen retrouve la complicité de William Christie : réenchanter la lyre magicienne de Rameau pour qui se développe la sensibilité des acteurs chanteurs sur la scène, car de Platée à La Folie, l’opéra de 1745 regorge de personnages immenses, véritables défis et points d’accomplissement pour les plus grands interprètes, chefs et chanteurs. On se souvient de la Platée de Minkowski avec les Folies mémorables d’Annick Massis et de Mireille Delunsch. Mais la baguette de Minkowski tirait trop la partition vers sa face bouffonne quitte à durcir et épaissir le trait (vers la caricature satirique). William Christie, interprète inégalé d’Hippolyte et Aricie (le premier opéra de Rameau en 1733), de Castor et Pollux ou de Zoroastre, devrait apporter chez Platée, cette once de tendresse humaine, présente en filigrane dans le personnage, une nuance qui rétablit l’immense sensibilité d’un Rameau très fin psychologue (si souvent écarté chez beaucoup de chefs trop rapides voire réducteurs).

Rameau : Platée parsienne par Carsen et Christie

 

Illustrations : le ténor Jélyotte, illustre créateur en 1745 de la nymphe Platée, William Christie, William Christie à Vienne (© MaxPPP) ; La folie par Simone Kermes dans la mise en scène très chic parisien de Robert Carsen (© Monika Rittershaus 2014 Opéra de Vienne). La nouvelle production présentée par l’Opéra Comique à Paris en mars 2014 a été précédemment créée à Vienne en février 2014 sous la direction de Paul Agnew. En mars 2014, Salle Favart, c’est l’immense ramélien William Christie qui dirige ses chers Arts Florissants pour sa première Platée …

Rameau : Platée, 1745

Paris, Opéra-Comique. Rameau : Platée. William Christie. Les 20, 22, 24, 25, 27 et 30 mars 2014. Pour l’année Rameau 2014, William Christie réalise une nouvelle Platée … à défaut d’une grande tragédie lyrique, l’Opéra-Comique accueille le sommet de l’écriture lyrique en France au XVIIIème siècle, dans le registre comique et délirante.

 

 

La nouvelle Platée de William Christie

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728La reine des Marais, l’incomparable et délirante Platée se croît aimée de Jupiter en personne : la grenouille adorée par un dieu ? Quoi de plus ridicule et … tragique car le rôle-titre est l’un des mieux écrits par Rameau. Le compositeur en fait un personnage hors norme, protagoniste d’un format lyrique nouveau, la comédie lyrique… qui serait l’ancêtre de la comédie musicale. Pour le ténor flexible et excellent acteur, Pierre Jelyotte, Rameau conçoit un rôle travesti, l’un des caractères les plus inclassables qui soient: tragi-comique, elle nous touche par ses élans, ses désirs, son innocence première. Mais Jupiter la manipule et l’humilie ; il n’a qu’un but : rendre jalouse Junon. L’objectif est atteint mais Platée est détruite.  La comédie de 1745 créée à Versailles pour le mariage du Dauphin, inscrit Rameau dans la cour des réformateurs de la scène théâtrale, toujours inspiré à inventer du neuf, de l’original avec ce sens des couleurs et du raffinement qui est propre à son orchestre.

Jelyotte_by_Coypel_Nouvelle production très attendue pour l’année Rameau 2014, précédemment présentée à l’Opéra de Vienne avant Paris, la Platée de William Christie est bien l’événement des célébrations raméliennes 2014. Avec un metteur en scène complice, célébré à juste titre pour son élégance et son esthétisme, le geste de Bill l’enchanteur devrait encore affirmer les affinités du chef avec l’inventivité de Jean-Philippe Rameau.

 

 

Rameau : Platée, 1745
William Christie, direction
Robert Carsen, mise en scène

Nouvelle production
Marcel Beekman, Cyril Auvity, Emmanuel de Negri…
Marc Mauillon, Joa Fernandes
Paris, Opéra Comique
Les 20, 22, 24, 25, 27 et 30 mars 2014

boutonreservation

 

Rameau : Platée, 1745

Paris, Opéra-Comique. Rameau : Platée. William Christie. Les 20, 22, 24, 25, 27 et 30 mars 2014. Pour l’année Rameau 2014, William Christie réalise une nouvelle Platée … à défaut d’une grande tragédie lyrique, l’Opéra-Comique accueille le sommet de l’écriture lyrique en France au XVIIIème siècle, dans le genre comique et délirant (création du personnage de la Folie et son hymne en hommage à Apollon) …

 

 

La nouvelle Platée de William Christie

 

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728La reine des Marais, l’incomparable et délirante Platée se croît aimée de Jupiter en personne : la grenouille adorée par un dieu ? Quoi de plus ridicule et … tragique car le rôle-titre est l’un des mieux écrits par Rameau. Le compositeur en fait un personnage hors norme, protagoniste d’un format lyrique nouveau, la comédie lyrique… qui serait l’ancêtre de la comédie musicale. Pour le ténor flexible et excellent acteur, Pierre Jelyotte, Rameau conçoit un rôle travesti, l’un des caractères les plus inclassables qui soient: tragi-comique, elle nous touche par ses élans, ses désirs, son innocence première. Mais Jupiter la manipule et l’humilie ; il n’a qu’un but : rendre jalouse Junon. L’objectif est atteint mais Platée est détruite.  La comédie de 1745 créée à Versailles pour le mariage du Dauphin, inscrit Rameau dans la cour des réformateurs de la scène théâtrale, toujours inspiré à inventer du neuf, de l’original avec ce sens des couleurs et du raffinement qui est propre à son orchestre.

Jelyotte_by_Coypel_Nouvelle production très attendue pour l’année Rameau 2014, précédemment présentée à l’Opéra de Vienne avant Paris, la Platée de William Christie est bien l’événement des célébrations raméliennes 2014. Avec un metteur en scène complice, célébré à juste titre pour son élégance et son esthétisme, le geste de Bill l’enchanteur devrait encore affirmer les affinités du chef avec l’inventivité de Jean-Philippe Rameau.

 

 

Rameau : Platée, 1745
William Christie, direction
Robert Carsen, mise en scène

Nouvelle production
Marcel Beekman, Cyril Auvity, Emmanuel de Negri…
Marc Mauillon, Joa Fernandes
Paris, Opéra Comique
Les 20, 22, 24, 25, 27 et 30 mars 2014

boutonreservation

 

 

Illustrations : Jean-Philippe Rameau par Aved, vers 1728 (DR). Portrait de Pierre Jelyotte, créateur du rôle travesti de Platée (DR)