ORCHESTRES, saison 2015 – 2016. Orchestre Lamoureux : Voyages Fantastiques par Pierre Thilloy.

lamoureux-orchestre-pierre-thilloy-nouveau-directeur-musical-et-artistiqueORCHESTRES, saison 2015 – 2016. Orchestre Lamoureux : Voyages Fantastiques par Pierre Thilloy.  Le compositeur Pierre Thilloy, nouveau directeur artistique de l’Orchestre Lamoureux a dĂ©voilĂ© ce matin (mardi 26 mai 2015) Ă  l’Ambassade de l’AzerbaĂŻdjan Ă  Paris en prĂ©sence de Monsieur l’Ambassadeur S.E.M. Elchin Amirbayov sa toute première saison Ă  la tĂŞte du prestigieux orchestre français crĂ©Ă© en 1881 par Charles Lamoureux, heureux wagnĂ©rien et violoniste originaire de Bordeaux.

 

 

 

CLASSIQUENEWS, flash : La vie des orchestres

La première saison de Pierre Thilloy, nouveau directeur artistique de l’Orchestre Lamoureux

 

thilloy pierrePour sa première saison 2015-2016, Pierre Thilloy, successeur de Paul Paray, Igor Markevitch, Jean Martinon ou Yutaka Sado, propose un voyage symphonique dont le lieu de dĂ©part est  l’AzerbaĂŻdjan, qui est un peu sa terre d’adoption car il y a passé  pas mois de 5 annĂ©es Ă  l’occasion d’une très fĂ©conde rĂ©sidence musicale. Classiquenews avait rendu compte de la crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de Metz en mars 2011, de l’opĂ©ra de Pierre Thilloy : Le jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet. Pour Lamoureux, le nouveau concepteur a Ă©laborĂ© une saison intitulĂ©e ” Voyages Fantastiques “, variĂ©e et forte, voire puissante comme sa personnalitĂ©, soit du 13 septembre 2015 (Festival de Soie et de feu, TCE, Paris) au 4 juin 2016 (Du Danube Ă  la Vlatva, Ă©glise de la TrinitĂ©) : un parcours sonore en 17 escales (dont l’une Ă  Alger pour le Festival culturel international de musique symphonique) marquĂ©es par l’esprit de curiositĂ© et l’Ă©largissement des horizons de la conscience comme des sensations dont les jalons autres ont aussi comme thèmes prometteurs : Tim Burton, le Bal de la Haute Couture, Jazz Ă  l’âme, BĂ©bĂ© Concert, UniversitĂ© populaire symphonique… sans omettre les fameux Croque-Musique dĂ©clinĂ©s selon l’envie. Éclectique certes, ouverte, surprenante et gĂ©nĂ©reuse, voici une saison symphonique exemplaire, c’est Ă  dire populaire au sens le plus noble du terme, destinĂ©e au plus grand nombre. Chacun y trouvera instruments et rĂ©pertoires selon son goĂ»t, selon sa propre conception du concert. Nouvelle saison Ă©vĂ©nement.

 

 

DĂ©couvrez la nouvelle saison 2015 – 2016 de l’Orchestre Lamoureux, toutes les informations et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’Orchestre Lamoureux

 

Pierre Thilloy: Le jour des meurtres dans l’histoire d’HamletMetz, OpĂ©ra. Les 23, 25 et 27 mars 2011 (crĂ©ation)

Pierre Thilloy

Le Jour des meurtres

dans l’histoire d’Hamlet
Metz, Opéra Théâtre de Metz Métropole
Les 23, 25 et 27 mars 2011
CrĂ©ation majeure Ă  Metz. Eric Chevalier poursuit son travail en faveur de la crĂ©ation et des oeuvres inĂ©dites. A l’affiche du Théâtre OpĂ©ra de la citĂ© messine, Ă  partir du 23 mars 2011, la crĂ©ation mondiale de l’opĂ©ra de Pierre Thilloy (nĂ© en 1970), Le jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet. La partition nouvelle revisite le mythe d’Hamlet mais Ă  travers la pièce de Bernard-Marie Koltès, Le jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet (1974) dont le compositeur reprend le titre. FrappĂ© par la construction du texte initial, sa saisissante et franche horreur, Pierre Thilloy organise l’action sous la forme d’un crescendo expressif, hautement théâtral, sorte de chevauchĂ©e sans issue, en resserrant l’intrigue
politico-psychologique sur quatre protagonistes: Gertrude et Claudius, OphĂ©lie et Hamlet, deux couples opposĂ©s, deux destinĂ©es contraires qui tout en s’opposant, incarnent une mĂŞme vision dĂ©sespĂ©rĂ©e de la condition humaine, entre amour et politique; aucun ne dialogue vĂ©ritablement avec l’autre: tous sont murĂ©s dans une terrifiante solitude. Seul Hamlet au centre d’un Ă©chiquier tragique semble vivre une relation aux autres, mais fondĂ©e sur le refus, la haine, l’impossibilitĂ©… C’est un huit-clos dramatique oĂą l’anti-hĂ©ros totalement Ă©gocentrique, “qui ne s’aime pas ni n’aime aucune autre personne” (selon Pierre Thilloy), provoque les autres, suscite un rapport exacerbĂ© et radical oĂą aucune alternative n’est possible. Il y aurait peut-ĂŞtre l’idĂ©e vague d’un monde meilleur, vivable mais Ă©voquĂ© fugacement sur le mode nostalgique… “Je suis passionnĂ© par le théâtre de Shakespeare; le texte de Koltès exprime une mĂŞme urgence, cette mĂŞme franchise crue et poĂ©tique, mais sur un mode contemporain. C’est cela qui me fascine chez Koltès et qui rend son Ă©criture naturellement musicale, plus Ă©vidente. Il en va tout autrement chez Gide par exemple dont j’ai travaillĂ© aussi l’Ă©criture...”, prĂ©cise Pierre Thilloy.Le compositeur aime bousculer les habitudes lyriques: ici, Gertrude, la
reine mère est un soprano coloratoure (Isabelle Vidal) et la chaste et angĂ©lique OphĂ©lie (Tara Venditti), une mezzo sombre en liaison avec sa nature profondĂ©ment tragique. Claudius est incarnĂ© par le baryton vedette François Le Roux (qui vient de chanter le Rital dans Lundi, monsieur vous serez riche d’Antoine Duhamel et RĂ©mo Forlani, sur les mĂŞmes planches de Metz en fĂ©vrier 2011) et le rĂ´le d’Hamlet, initialement prĂ©vu pour un falsettiste, est chantĂ© finalement en tĂ©nor (Jacek Laszczkowski). PassionnĂ© de cinĂ©ma, Pierre Thilloy convoque pour la rĂ©alisation musicale, l’Ă©lectronique
savante et populaire (prĂ©sence d’un DJ qui est aussi pianiste), … ce peut-ĂŞtre aussi, outre la concision d’une Ă©criture fine et dramatique, la rĂ©alisation d’un projet crucial pour le genre lyrique actuel: gagner
les nouveaux publics, jeunes mĂ©lomanes, qui n’ont peut-ĂŞtre pas la curiositĂ© de l’opĂ©ra. Pour exprimer l’activitĂ© du drame jusqu’Ă  son dĂ©nouement magistral (longue nuit de folie aspirant toute volontĂ© vers le vide final), le compositeur rĂ©invente l’idĂ©e d’une marche funèbre dont la scansion rĂ©gulière (dans l’esprit des processions solennelles ou
des marches tambour accompagnant les condamnĂ©s) invite immĂ©diatement le spectateur, dès le dĂ©but, comme s’il Ă©tait happĂ© par la violence inĂ©luctable de l’action… “J’ai repris le motif de la marche funèbre mais sur le mode rythmique. c’est une scansion interrompue et très lente comme on peut par exemple l’Ă©couter dans la musique pour les funĂ©railles des ducs de Lorraine”. Au total, 7 cordes, un DJ, un clavier Ă©lectronique venant du jazz, mais aussi deux percussionnistes et un accordĂ©oniste; cet Hamlet 2011 devrait aussi ĂŞtre furieusement chaloupĂ© car Pierre Thilloy demeure marquĂ© par la vitalitĂ© rythmique des musiques extraeuropĂ©ennes, dĂ©couvertes pendant ses nombreux voyages et ses rĂ©sidences comme compositeur en Inde et en Asie Centrale. Sur le sujet tragique, l’auteur
dĂ©fend un regard autre tout en puisant directement Ă  la source âpre et dĂ©senchantĂ©e du messin Koltès. Sa vision prend aussi en compte le corps des chanteurs: engagement “organique” des interprètes (et aussi des
musiciens dont les cordes aux parties souvent rapides et virtuoses), transe, surintensitĂ© rythmique, raucitĂ© grave (soulignĂ©e par l’Ă©lectroacoustique), cet Hamlet revisitĂ©, au souffle syncopĂ©, entre vertiges et terreurs, constitue l’Ă©vĂ©nement lyrique Ă  Metz en mars 2011. Production incontournable.

Illustration: Pierre Thilloy (DR)