POITIERS. Philippe Herreweghe et Isabelle Faust jouent Brahms

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂą il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, très architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1ère symphonie qu’il s’agissait de la 10è du grand Ludwig ?) …
Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ĺ“uvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4ème symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lèbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit très justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer à Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian Poltéra, que Philippe Herreweghe dirige pour la première fois cette œuvre, à la tête de son Orchestre des Champs Elysées.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2ème symphonie, aux magnifiques proportions, était la première à exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modèle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale où se déploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus véhéments des pupitres de cuivres organisés en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisés que la conjonction alternée de pupitres éloquents, complémentaires qui se répondent… Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincère, wagnérien de cœur.

 

 

 

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Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

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Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees défend les vertus sonores, esthétiques, pédagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la précision et la caractérisation des timbres plutôt que le volume ; dans l’acuité renforcée du geste expressif aussi car bien sûr il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut évidemment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc…), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensité poétique décuplée, l’exigence de précision et d’articulation compensent la netteté souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bénéfices qui replacent le jeu et l’interprétation au cœur de la démarche… De ce point de vu, 25 ans après sa création, l’OCE porté par la direction affûtée, précise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santé régénératrice absolument captivante, dépoussiérant des œuvres que l’on pensait connaître.

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, événement. Annonce et critique. A conversation with …Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensée est libre, sans entrave, d’une précision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portée, sublimée par l’obligation viscérale de réaliser ce qui doit encore l’être. C’est un musicien qui a pensé la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspiré Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs Elysées, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dévoile ici, sans mots couverts. A la liberté perfectionniste du geste quelque soit les répertoires (et pas seulement baroque et luthérien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach à Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et récente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), répond ici la liberté de la parole, parfois incisive sur la réalité humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnés au moindre et à la paresse,… pour entretenir le feu sacré, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohésion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigés (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-élysées), rien ne compte plus que … l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais négociable.

Philippe Herreweghe joue Brahms et Bruckner

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂą il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, très architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1ère symphonie qu’il s’agissait de la 10è du grand Ludwig ?) …
Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ĺ“uvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4ème symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lèbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit très justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer à Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian Poltéra, que Philippe Herreweghe dirige pour la première fois cette œuvre, à la tête de son Orchestre des Champs Elysées.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2ème symphonie, aux magnifiques proportions, était la première à exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modèle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale où se déploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus véhéments des pupitres de cuivres organisés en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisés que la conjonction alternée de pupitres éloquents, complémentaires qui se répondent… Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincère, wagnérien de cœur.

 

 

 

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Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

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Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees défend les vertus sonores, esthétiques, pédagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la précision et la caractérisation des timbres plutôt que le volume ; dans l’acuité renforcée du geste expressif aussi car bien sûr il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut évidemment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc…), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensité poétique décuplée, l’exigence de précision et d’articulation compensent la netteté souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bénéfices qui replacent le jeu et l’interprétation au cœur de la démarche… De ce point de vu, 25 ans après sa création, l’OCE porté par la direction affûtée, précise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santé régénératrice absolument captivante, dépoussiérant des œuvres que l’on pensait connaître.

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, événement. Annonce et critique. A conversation with …Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensée est libre, sans entrave, d’une précision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portée, sublimée par l’obligation viscérale de réaliser ce qui doit encore l’être. C’est un musicien qui a pensé la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspiré Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs Elysées, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dévoile ici, sans mots couverts. A la liberté perfectionniste du geste quelque soit les répertoires (et pas seulement baroque et luthérien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach à Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et récente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), répond ici la liberté de la parole, parfois incisive sur la réalité humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnés au moindre et à la paresse,… pour entretenir le feu sacré, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohésion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigés (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-élysées), rien ne compte plus que … l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais négociable.

POITIERS, TAP. Concert WAGNER et BRUCKNER

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à PoitiersPOITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. Soirée symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grâce à la force de persuasion de l’Orchestre des Champs Elysées, phalange en résidence au sein du théâtre poitevin, comprenant un auditorium aux qualités acoustiques exceptionnels, à notre avis pas assez reconnues. A 20h30, récital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord où la cantatrice, experte en mélodies françaises, Véronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dédia à sa passion pour son hôtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a écrit aussi les poèmes du cycle). Idylle consommée ou non, il nous reste plusieurs chants embrasés, où s’accomplissent l’enchantement et l’extase amoureuse, dont la mélodie de Tristan (celle de la nuit d’amour de l’acte II). D’une irrésistible langueur enivrée.

 

 

concert voix et orchestre au TAP de POITIERS

Romantisme lyrique et symphonique

bruckner1Puis l’Orchestre des Champs-Elysées interprète le massif brucknérien qui doit tant à … Wagner. Bruckner vouant une admiration sans borne pour le Maître de Bayreuth. Poitiers affiche la Symphonie n°4 de Bruckner, dite « Romantique » avec ses claires références au monde chevaleresque médiéval, …( tristanesque ?) … « Ville médiévale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux, Amour repoussé, et même Danse pour le repas de chasse ».… Philippe Herreweghe aborde la symphonie avec une clarté détaillée et un sens de l’analyse qui restitue le relief de l’architecture et l’acuité des timbres instrumentaux, ce dans un format et des équilibres sonores affinés, comme le permet très justement la spécificité des instruments d’époque.

Dite “Romantique”, la Quatrième ouvre le cycle des Symphonies brucknériennes “en majeur”. Il existe trois versions connues, validées par l’auteur. Bruckner compose la partition originale de janvier à novembre 1874 et la dédie au Prince Constantin Hohenlohe, espérant une protection. La période est difficile pour le musicien qui n’a presque plus rien pour vivre. L’oeuvre ne sera révélée au concert que dans sa version originelle éditée par Nowak… en 1975! En 1878, Bruckner reprenait les deux premiers mouvements, puis en 1880, réécrivait le finale. C’est cette dernière version, la troisième, qui fut créée à Vienne, le 20 février 1881 sous la direction de Hans Richter. Le compositeur cite Parsifal de Wagner et l’instrumentation de son cher modèle…
…
Gestion des cuivres (souvent colossaux), rondeur chantante des bois, mer et houle des cordes… comment le chef saura-t-il piloter le langage brucknérien ? Il est aussi question de souffle majestueux et de grandeur, comme de mysticisme car Bruckner était habité par l’idéal chrétien, étant très croyant. Réponse ce 14 nov 2018 dans le superbe auditorium du TAP de Poitiers.

 

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Programme

> Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
> Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique »

ORCHESTRE DES CHAMPS ELYSEES
Philippe Herreweghe, direction
VĂ©ronique Gens, soprano

 

 

 

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boutonreservationPOITIERS, TAP.
Mercredi 14 novembre 2018, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bruckner-wagner/

1h40, avec entracte

 

 

SAINTES. Philippe Herreweghe dirige le Requiem de Brahms

POITIERS. Le 13 octobre 2016. Brahms : Un Requiem allemand. Philippe Herreweghe relit le sommet du romantisme sacré, que signe Brahms en 1871. Requiem personnel. En croyant connaisseur des textes bibliques, Johannes Brahms n’hésita pas à transgresser les règles en opérant lui-même la sélection des prières et chants qu’il souhaitait mettre en musique pour son Requiem. Intitulé Requiem allemand (Ein deutsche Requiem), l’oeuvre s’écarte ainsi de la tradition en n’étant pas chantée en latin. Sa force et sa ferveur n’en ont que plus d’intensité et d’émotivité, abordant sans ménagements sirupeux, les sujets essentiels que doit affronter le commun des mortels, la mort et la course du temps, la perte des êtres chers, la finitude de toute chose… Il s’agit d’un témoignage personnel traversé par ses impressions et sentiments, par ses expériences personnelles aussi qui ont endeuillé sa propre vie.

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsMenée par une jeune âme de 21 ans, la composition s’étend sur plusieurs années, de 1854 à 1868. De graves événements en ont marqué la genèse et la couleur particulière, ainsi “Den alles Aleisch” développe l’esquisse d’une sonate écrite au moment de la tentative de suicide de Robert Schumann dont Brahms était très proche. D’autres parties seraient contemporaines de la mort de Schumann (1856) mais Brahms n’a pas précisé lesquelles, d’autres encore auraient été composées dans la suite du décès de sa mère en 1865.

RENONCEMENT, PAIX ULTIME. A Poitiers, l’Orchestre des Champs-Elysées et Philippe Herreweghe jouent Brahms. Premier temps fort de la saison 2016-2017, le sublime Requiem Allemand / Ein deutsche Requiem de Johannes Brahms, partition non liturgique mais témoignage d’estime du jeune Johann pour son aîné tant admiré et estimé, Robert Schumann… En allemand (et non en latin), Brahms détaille avec pudeur et profondeur plusieurs méditations sur la perte d’un être cher, le deuil obligé, la mort, le renoncement au monde et à l’amour. La traditionnelle métamorphose grâce à la musique se réalise en teintes mordorées et scintillante d’autant plus vibratiles grâce au format et au caractère spécifiques des instruments anciens : de l’angoisse et de la douleur à l’espérance finale, où se précise la promesse d’une vie sereine et éternelle. Philippe Herreweghe retrouve la puissance d’une partition de l’intime, sertie et constellée de joyaux d’une rare pudeur : Brahms rend un hommage personnel à son « maître » tant aimé ; il lui offre une prière faite de pleine conscience et de gravité maîtrisée.

Philippe Herreweghe portraitLe chef fondateur de l’Orchestre des Champs-Elysées en résidence au TAP, prolonge ainsi son précédent enregistrement d’Un Requiem Allemand / Ein Deutsches Requiem de Brahms, gravé en 1996. Les fiançailles magiques fêtent en 2016, leurs 25 ans : la journée spéciale « Cocktail », festival d’un jour autour et par l’Orchestre des Champs-Elysées, le jeudi 9 mars 2017 permettra à Poitiers de retrouver chef et instrumentistes en interaction avec leur public-; 20 ans plus tard, le geste devrait éblouir par une expérience plus riche, une compréhension nourrie par des années de réflexion et de méditation sur le manuscrit de Brahms. Lecture attendue, événement, d’autant plus appréciée dans l’acoustique exceptionnellement détaillée et claire du Théâtre Auditorium de Poitiers. Avec le Collegium Vocale Gent, Eerens, soprano et Kresimir Strazanac, baryton. RESERVEZ

 

 

 

POITIERS, TAP
Jeudi 13 octobre 2016, 20h30
Brahms : Ein Deutsches Requiem / Un Requiem Allemand

Orchestre des Champs-Élysées
Collegium Vocale Gent
Ilse Eerens, soprano
Krešimir Stražanac, baryton

 

 

Philippe Herreweghe, direction

RESERVEZ VOTRE PLACE
Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site du TAP Poitiers / saison 2016 – 2017

POITIERS. Philippe Herreweghe dirige Un Requiem Allemand de Brahms

POITIERS. Le 13 octobre 2016. Brahms : Un Requiem allemand. Philippe Herreweghe relit le sommet du romantisme sacré, que signe Brahms en 1871. Requiem personnel. En croyant connaisseur des textes bibliques, Johannes Brahms n’hésita pas à transgresser les règles en opérant lui-même la sélection des prières et chants qu’il souhaitait mettre en musique pour son Requiem. Intitulé Requiem allemand (Ein deutsche Requiem), l’oeuvre s’écarte ainsi de la tradition en n’étant pas chantée en latin. Sa force et sa ferveur n’en ont que plus d’intensité et d’émotivité, abordant sans ménagements sirupeux, les sujets essentiels que doit affronter le commun des mortels, la mort et la course du temps, la perte des êtres chers, la finitude de toute chose… Il s’agit d’un témoignage personnel traversé par ses impressions et sentiments, par ses expériences personnelles aussi qui ont endeuillé sa propre vie.

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsMenée par une jeune âme de 21 ans, la composition s’étend sur plusieurs années, de 1854 à 1868. De graves événements en ont marqué la genèse et la couleur particulière, ainsi “Den alles Aleisch” développe l’esquisse d’une sonate écrite au moment de la tentative de suicide de Robert Schumann dont Brahms était très proche. D’autres parties seraient contemporaines de la mort de Schumann (1856) mais Brahms n’a pas précisé lesquelles, d’autres encore auraient été composées dans la suite du décès de sa mère en 1865.

RENONCEMENT, PAIX ULTIME. A Poitiers, l’Orchestre des Champs-Elysées et Philippe Herreweghe jouent Brahms. Premier temps fort de la saison 2016-2017, le sublime Requiem Allemand / Ein deutsche Requiem de Johannes Brahms, partition non liturgique mais témoignage d’estime du jeune Johann pour son aîné tant admiré et estimé, Robert Schumann… En allemand (et non en latin), Brahms détaille avec pudeur et profondeur plusieurs méditations sur la perte d’un être cher, le deuil obligé, la mort, le renoncement au monde et à l’amour. La traditionnelle métamorphose grâce à la musique se réalise en teintes mordorées et scintillante d’autant plus vibratiles grâce au format et au caractère spécifiques des instruments anciens : de l’angoisse et de la douleur à l’espérance finale, où se précise la promesse d’une vie sereine et éternelle. Philippe Herreweghe retrouve la puissance d’une partition de l’intime, sertie et constellée de joyaux d’une rare pudeur : Brahms rend un hommage personnel à son « maître » tant aimé ; il lui offre une prière faite de pleine conscience et de gravité maîtrisée.

Philippe Herreweghe portraitLe chef fondateur de l’Orchestre des Champs-Elysées en résidence au TAP, prolonge ainsi son précédent enregistrement d’Un Requiem Allemand / Ein Deutsches Requiem de Brahms, gravé en 1996. Les fiançailles magiques fêtent en 2016, leurs 25 ans : la journée spéciale « Cocktail », festival d’un jour autour et par l’Orchestre des Champs-Elysées, le jeudi 9 mars 2017 permettra à Poitiers de retrouver chef et instrumentistes en interaction avec leur public-; 20 ans plus tard, le geste devrait éblouir par une expérience plus riche, une compréhension nourrie par des années de réflexion et de méditation sur le manuscrit de Brahms. Lecture attendue, événement, d’autant plus appréciée dans l’acoustique exceptionnellement détaillée et claire du Théâtre Auditorium de Poitiers. Avec le Collegium Vocale Gent, Eerens, soprano et Kresimir Strazanac, baryton. RESERVEZ

 

 

 

POITIERS, TAP
Jeudi 13 octobre 2016, 20h30
Brahms : Ein Deutsches Requiem / Un Requiem Allemand

Orchestre des Champs-Élysées
Collegium Vocale Gent
Ilse Eerens, soprano
Krešimir Stražanac, baryton

 

 

Philippe Herreweghe, direction

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ENTRETIEN avec Philippe Herreweghe

ENTRETIENS – PORTRAITS par HĂ©lène Biard.  C’est Ă  la veille d’une tournĂ©e de neuf concerts en Belgique, en France et en Italie, avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es que Philippe Herreweghe a acceptĂ© de nous accorder une interview tĂ©lĂ©phonique. Entrevue au cours de laquelle nous avons Ă©voquĂ© un parcours atypique, ses ensembles (le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es) et ses projets Ă  venir.

 

 

Philippe Herreweghe : De la mĂ©decine Ă  la direction d’orchestre… Tout pour la musique

 

herreweghe philippeUNE CARRIERE ATYPIQUE ET EXEMPLAIRE. «J’ai toujours Ă©tĂ© attirĂ© par le mĂ©decine et par la musique. J’ai donc suivi un parcours universitaire, Ă  la fin duquel j’ai dĂ©crochĂ© un doctorat en psychiatrie, et des Ă©tudes au conservatoire de Gand, ma ville natale. A l’Ă©poque la pratique amateur Ă©tait très importante et faisait quasiment jeu Ă©gal avec la pratique professionnelle; j’ai donc dĂ©butĂ© comme chef amateur avant de devenir semi professionnel. Comme la direction d’orchestre et la direction de choeur m’attiraient depuis longtemps, j’ai fondĂ© le Collegium Vocale Gent en 1970. Mon doctorat en poche, j’ai choisi la carrière musicale de manière dĂ©finitive; j’avais 25 ans» nous dit Philippe Herrweghe qui poursuit : «Ce sont deux grands chefs, en l’ocurrence Gustav Leonardt et Nikolaus Harnoncourt dont la rĂ©cente disparition m’attriste beaucoup (NDLR : dĂ©cĂ©dĂ© le 6 mars 2016), qui m’ont, non seulement encouragĂ© mais aussi permis de faire mes premiers pas professionnels. C’est avec eux que j’ai rĂ©alisĂ© mes premiers enregistrements au disque. Je leur dois beaucoup; j’ai Ă©voluĂ© stylistiquement et musicalement grâce Ă  leur enseignement.» A la fois dynamique et passionnĂ© par les principales pĂ©riodes de la musique, Philippe Herreweghe fonde au fil des annĂ©es plusieurs ensembles qui lui permettent d’aborder un rĂ©pertoire aussi large que possible.

Les ensembles

«Afin de pouvoir aborder un vaste rĂ©pertoire vocal et instrumental, j’ai fondĂ© plusieurs ensembles et orchestres. Ainsi avec le Collegium Vocale Gent, je m’intĂ©resse Ă  la musique ancienne mais aussi aux pĂ©riodes baroque et classique. L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es, anciennement nommĂ© «La Chapelle Royale» joue sur instruments anciens des Ĺ“uvres allant du XVIIIe siècle jusqu’au dĂ©but du XXe. Je suis Ă©galement chef permanent de l’Orchestre National de Flandre; le travail avec chacun de ces ensembles ou orchestres et cette diversitĂ© de rĂ©pertoires oblige aussi Ă  une vigilance constante» prĂ©cise le chef gantois. «Et comme l’Orchestre des Champs ElysĂ©es joue sur instruments d’Ă©poque, nous sommes au plus près des tonalitĂ©s d’origine». Et d’ajouter : «Pendant longtemps nous avons enregistrĂ© avec le label Harmonia Mundi. Mais comme je voulais ĂŞtre totalement libre de mes choix et de mes mouvements j’ai crĂ©Ă© mon propre label, «Phi», la lettre grecque», ajoute-t-il en apartĂ©. «Cela me permet d’enregistrer ce que je veux quand je veux» aime Ă  prĂ©ciser Philippe Herreweghe qui ne veut dĂ©pendre de personne d’autre que lui-mĂŞme dans ce domaine.

Les Sept dernières paroles du Christ en croix

«C’est l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es qui a programmĂ© cette Ĺ“uvre; il s’est donc naturellement tournĂ© vers l’oratorio, la dernière des quatre versions du chef-d’oeuvre de Haydn». Le chef belge poursuit : «Si au dĂ©part il s’agissait d’une Ĺ“uvre pour orchestre destinĂ©e Ă  souligner la liturgie du Vendredi Saint, chacune des trois autres versions, quatuor, oratorio «primitif» et l’oratorio tel que nous le connaissons, a son intĂ©rĂŞt et a ses difficultĂ©s propres. Haydn a, chaque fois, composĂ© une musique riche, complexe mais aussi sereine dans l’expression de la foi en Dieu». La musique de Haydn est d’ailleurs remarquablement servie par le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es qui maĂ®trisent parfaitement leur sujet.

Les projets : Bruckner, Brahms, Beethoven…

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©e«Nous avons la chance d’avoir un administrateur très dynamique qui dĂ©borde d’idĂ©es et de projets. Ceci dit, vous savez que j’ai Ă©tĂ© le directeur artistique du festival de Saintes pendant 20 ans. Je suis donc encore très liĂ© Ă  l’Abbaye aux Dames oĂą je reviens chaque annĂ©e avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es» confirme Philippe Herreweghe en prĂ©ambule avant de poursuivre : «cette annĂ©e (juillet 2016) je dirigerai un concert de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es fusionnĂ© pour l’occasion au Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) au cours duquel nous jouerons la Sixième symphonie de Bruckner; et le Collegium Vocale Gent donnera aussi deux concerts.». Mais Philippe Herreweghe, chef volontaire et dynamique ne compte pas s’arrĂŞter pas en si bon chemin : «Nous aimerions enregistrer l’intĂ©grale des Symphonies de Beethoven que nous prĂ©senterons Ă  Paris l’an prochain. Dans les prochains mois, nous entamerons un grand cycle Brahms sur plusieurs saisons, aborderons la Messe en ut mineur de Beethoven Ă  Saintes et Le comte Ory de Rossini Ă  Paris». Eclectisme mais approfondissement, largeur de vue mais exigence interprĂ©tative… De quoi nous rĂ©jouir.

Chef gĂ©nĂ©reux, dynamique, enthousiaste, Philippe Herreweghe ne manque jamais une occasion de partager son immense amour pour la musique. Que se soit avec ses musiciens qu’il connaĂ®t pour certains depuis des annĂ©es, ou avec son public toujours très nombreux et fidèle ou qu’il soit.

 

 

 

Saintes abbayeAGENDA : Samedi 16 juillet 2016, Ă  19h30 (Abbaye aux Dames)
Philippe Herreweghe dirige la Symphonie n°6 “Tragique” de Bruckner
Orchestre des Champs-ElysĂ©es et Jeune Orchestre de l’Abbaye
Temps fort du festival de Saintes 2016

 

 

 

Propos recueillis en avril 2016

 

 

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

herreweghe philippeCompte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. Les Sept Dernières paroles du Christ en croix : Nouveau succès du Collegium Vocale Gent et de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es. A l’approche des fĂŞtes de Pâques, quelle Ĺ“uvre, autre qu’un oratorio, aurait-elle pu ĂŞtre donnĂ©e, en ce jeudi 17 mars, au Théâtre Auditorium de Poitiers ? C’est avec Les sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn (1732-1809) qu’arrivent, sur la scène de l’auditorium, le Collegium Vocale Gent, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et les quatre solistes invitĂ©s par Philippe Herreweghe. Les sept dernières paroles du Christ en croix ont un parcours de vie assez particulier. En effet la toute première version de l’oeuvre est purement orchestrale composĂ©e, sur commande de l’Ă©glise Santa Cueva de Cadix (Espagne), par Haydn pour le Vendredi Saint. Il a par la suite repris son Ĺ“uvre pour en faire un quatuor puis l’oratorio tel que nous le connaissons pour orchestre, choeur et solistes. C’est cette dernière version que nous prĂ©sentent Philippe Herreweghe et ses interprètes.

Dès l’introduction, Philippe Herreweghe donne le ton de la soirĂ©e; la direction sera sobre, ferme, prĂ©cise. Parfaitement prĂ©parĂ©, le Collegium Vocale Gent donne une performance remarquable d’autant que le choeur est très sollicitĂ©; musicalement les choristes sont irrĂ©prochables, … et la diction elle est idĂ©ale. En ce qui concerne les solistes, Herreweghe a invitĂ© quatre belles voix, que nous aurions pris plaisir Ă  entendre un peu plus. En effet les quatre solistes chantent par dessus le choeur avec de temps Ă  autre une voix seule. Les deux voix fĂ©minines, Sarah Wegener et Marie Henriette Reinhold, sont solides, plutĂ´t bien chantantes et David Soar fait entendre des graves impressionnants, bien qu’il soit le seul Ă  n’avoir aucune intervention hors du quatuor. Quant Ă  Robin Tritschler, si la voix est belle, elle peine Ă  passer la rampe alors que ses rares interventions se bornent Ă  du rĂ©citatif, peu flatteur pour le tĂ©nor. Fidèle Ă  lui mĂŞme l’Orchestre des Champs ElysĂ©es accompagne avec bonheur le Collegium Vocale Gent et le quatuor de solistes. La direction ferme, prĂ©cise, souple de Philippe Herreweghe donne un coup de fouet Ă  une Ĺ“uvre emprunte de foi sereine mais qui prĂ©sage, avec le «terremoto» final, une chute brutale et prĂ©visible de l’humanitĂ© pĂ©cheresse.

C’est, une nouvelle fois, un concert de haute volĂ©e que le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, placĂ©s sous la direction de leur chef historiques, ont donnĂ© devant un auditorium bien rempli. C’est sans doutes aucun, l’une des versions de rĂ©fĂ©rence de l’oratorio de Haydn Ă  laquelle nous avons assistĂ© en ce jeudi soir et que nous espĂ©rons voir publiĂ©e en CD…

Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Joseph Haydn (1732-1809) : Les sept dernières paroles du Christ en croix. Sarah Wegener, soprano, Marie Henriette Reinhold, mezzo soprano, Robin Tritschler, ténor, David Soar, basse, Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

Philippe Herreweghe et Isabelle Faust joue Beethoven Ă  Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 dĂ©cembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au Théâtre Auditorium de Poitiers, ce 7 dĂ©cembre 2015 oĂą la fine caractĂ©risation des instruments d’Ă©poque renouvelle notre perception des deux premières Symphonies et du Concerto en rĂ© de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intĂ©resse au Beethoven le plus fougueux, le plus libĂ©rateur celui qui des cendres encore chaudes de la RĂ©volution, bâtit un nouvel ordre musical, poĂ©tique et esthĂ©tique offrant enfin au siècle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses dĂ©fis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’Ă©blouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intĂ©rioritĂ© restitue au Concerto en rĂ© majeur, son Ă©toffe Ă©motionnelle tissĂ©e d’Ă©lan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancĂ© secret de ThĂ©rèse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovĂ©nien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’Ă©poque fondĂ© par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son rĂ©pertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des annĂ©es 1800 / 1803. Revenir Ă  Beethoven reste pour un orchestre un dĂ©fi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthĂ©tique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux Ă©blouissants des inventeurs et des poètes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire Ă  Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons dĂ©finissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, hĂ©ros des Lumières, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociĂ©tale, fruit de la sociĂ©tĂ© des Lumières et de la RĂ©volution française (de facto, la n°3 “HĂ©roĂŻca”, crĂ©Ă©e en 1804, porta comme première dĂ©dicace “Bonaparte”, le hĂ©ros libĂ©rateur de la tyrannie des monarchies).

Faust-Isabelle-violon-582CritiquĂ©e pour sa fureur militaire qui dĂ©chirait les tympans plutĂ´t qu’elle ne touchait le cĹ“ur, la Symphonie n°1 est encore très redevable Ă  Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovĂ©nien, est dĂ©diĂ© au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poète de la CrĂ©ation, l’oratorio prophĂ©tique et panthĂ©iste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle ère (accord dissonant de septième de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3ème mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart. LIRE notre prĂ©sentation complète du concert Beethoven au TAP de Poitiers avec Philippe Herreweghe et Isabelle Faust (photo ci dessus)

 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
RĂ©sa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs ElysĂ©es © A.PĂ©quin

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Bach. Dorothée Mields, soprano; Margot Oetzinger, mezzo soprano, Damien Guillon, contre ténor; Thomas Hobbs, ténor; Peter Kooy, basse; Collegium Vocale Gent; Philippe Herreweghe, direction.

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©eUltime chef-d’oeuvre de Johann Sebastian Bach (1685-1750), la Messe en si mineur a connu une histoire chaotique. Si son oeuvre fut crĂ©Ă©e peu avant le dĂ©cès du Cantor de Leipzig, sa composition s’Ă©tend sur une vingtaine d’annĂ©es. En effet Bach rĂ©utilisa des parties de cantates ou de concertos composĂ©es pour certains entre 1724 et 1733, date Ă  laquelle le kyrie et le gloria furent donnĂ©s Ă  l’occasion de la prestation de serment du nouveau prince Ă©lecteur de Saxe FrĂ©dĂ©ric Auguste II. Les trois dernières pièces de la Messe furent composĂ©es en 1748 et 1749. TombĂ©e dans l’oubli dès la disparition de son compositeur, la Messe en si ne fut crĂ©Ă©e dans son intĂ©gralitĂ©, telle que nous la connaissons, qu’en 1859. C’est le Collegium Vocale Gent, placĂ© sous la direction de Philippe Herreweghe, son chef historique et fondateur, qui interprète cette nouvelle version du chef-d’oeuvre de Bach.

La Messe en si de JS Bach

Philippe Herreweghe qui connait bien le chef d’oeuvre de Bach, il l’a dĂ©jĂ  enregistrĂ© avec le Collegium Vocale Gent, dirige la Messe d’une main ferme et sĂ»re. Les solistes qu’il a invitĂ©s, sont intĂ©grĂ©s au choeur : ils chantent intĂ©gralement la partition. Musicalement d’ailleurs c’est presque parfait ; l’orchestre qui travaille avec son chef depuis le dĂ©but, le suit avec une rigueur et une prĂ©cision millimĂ©trique, notre seul bĂ©mol concerne l’intervention du cor; certes la maitrise du cor ancien est difficile et demande un gros travail de prĂ©paration, mais les fausses notes entendues en ce 14 juillet sont gĂŞnantes Ă  un niveau aussi Ă©levĂ©. Est-ce dĂ» au trac? Ă  la jeunesse du corniste? Ce sont des possibilitĂ©s qui ont quand mĂŞme handicapĂ© la basse Peter Kooy Ă  peine audible dès le milieu de la nef. Vocalement le petit choeur du Collegium Vocale Gent est parfait et le renfort des solistes Ă©lève encore un niveau dĂ©jĂ  très haut. Dans le quintette vocal, saluons les excellentes performances de la soprano DorothĂ©e Mields, du tĂ©nor Thomas Hobbs et de l’alto Damien Guillon qui travaille rĂ©gulièrement avec Philippe Herreweghe. Ces trois artistes, malgrĂ© la brièvetĂ© de leurs interventions, excellent tant dans les duos que les parties solistes. Plus Ă  la peine, la mezzo soprano Margot Oetzinger; une grossesse dĂ©jĂ  avancĂ©e pĂ©nalise la mezzo dont la voix, au demeurant plutĂ´t belle, a bien du mal Ă  passer par dessus l’orchestre. De mĂŞme, elle est facilement couverte par DorothĂ©e Mields lors de leur duo (Christe Eleison). Si la première intervention de Peter Kooy est en demi teinte, la seconde est remarquablement menĂ©e, et la voix claque dans l’Ă©glise abbatiale avec une insolence irrĂ©sistible.

MalgrĂ© quelques accrocs, somme toute mineurs, c’est une Messe en si remarquablement interprĂ©tĂ©e et menĂ©e de main de maitre qu’offrent Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale Gent. Cette ultime Messe du Cantor de Leipzig, monumentale et profonde, est le testament de Bach. Philippe Heerewghe en cisèle une lecture forte et parfaitement limpide.

Compte rendu, concert.  Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : messe en si mineur. Dorothée Mields, soprano; Margot Oetzinger, mezzo soprano, Damien Guillon, contre ténor; Thomas Hobbs, ténor; Peter Kooy, basse; Collegium Vocale Gent; Philippe Herreweghe, direction.

Festival de Saintes 2015

SAINTES festival 2015 visuel-festival-BD-400x559Festival de Saintes : 10-18 juillet 2015. ImaginĂ© en 1972 pour donner une nouvelle vocation (musicale) au site afin d’assurer sa prĂ©servation, le meilleur festival en Poitou-Charentes en juillet sait chaque annĂ©e renouveler son offre : ni territoire des Ayatollah du Baroque, ni terre rĂ©servĂ©e des passionnĂ©s des sonoritĂ©s romantiques, mais un goĂ»t spĂ©cifique et Ă©largi pour la sincĂ©ritĂ© et l’authenticitĂ© des dĂ©marches artistiques, un tremplin de personnalitĂ©s Ă©clectiques finalement, qui osent, rĂ©gĂ©nèrent, questionnent. Sous la voĂ»te grandiose de l’église abbatiale, les grands concerts savent proposer de grandes formes : symphoniques, chorales, sacrĂ©es ou profanes, et cette annĂ©e ce sont des gĂ©nĂ©rations de nouveaux musiciens, instrumentistes et chanteurs qui fourmillent d’idĂ©es et de saine sensibilitĂ© pour que l’idĂ©e du festival se conjugue avec dĂ©couverte et aussi surprise voire dĂ©frichement. Allez Ă  Saintes cet Ă©tĂ© pour les jeunes artistes communicatifs (lire ci après tous les noms des phalanges cultivĂ©es ici comme les pousses d’une stimulante pĂ©pinière) et aussi, surtout, ce Wagner sur instruments d’époque (Parsifal quand mĂŞme) par Philippe Herreweghe et son orchestre maison : des Champs ElysĂ©es (Ă©vĂ©nement symphonique le 18 juillet Ă  19h30 : dernier grand concert de l’édition 2015).

 

 

Temps forts du Sainte 2015

Wagner sur instruments d’Ă©poque : un nouveau dĂ©fi gagnant ?

herreweghe philippeNe manquez pas cette annĂ©e : D’abord, le Wagner sur instruments d’Ă©poque (depuis le temps que nous en rĂŞvons!), comme nous l’avons signalĂ© prĂ©cĂ©demment, puis : le Rameau pastoral mĂ©connu d’Amarillis et le tĂ©nor Mathias Vidal, le 13 juillet, 13h ; le Borodine du clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vère, mĂŞme date mais Ă  11h ; le Satie et John Cage d’AlexeĂŻ Lubimov ; Fux avec Vox Luminis, le 12 juillet Ă  19h30 ; la facĂ©tieuse et virtuose Petite Messe de Rossini par le chĹ“ur Aedes (le 17 juillet Ă  19h30), et surtout le dernier Wagner (Parsifal) et Strauss (Mort et transfiguration) par l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et Philippe Herreweghe (temps fort pour les curieux de Wagner sur instruments d’époque : le 18 juillet Ă  19h30 ; au programme pour les amateurs de Wagner : PrĂ©ludes du I, III en Enchantement du Vendredi Saint : soit les instants les plus hautement spirituels de la partition ; de quoi transformer la voĂ»te de l’Abbatiale en nouveau temple bayreuthien ? Superbe idĂ©e en tout cas !). Les vertus du symphonisme sur instruments d’époque ne sont plus Ă  prouver et Saintes, rĂ©sidence et lieu de travail des jeunes instrumentistes de l’Orchestre maison, Jeune orchestre de l’Abbaye (ex JOA Jeune Orchestre Atlantique)-, « ose » Ă©galement nous enchanter par un programme prometteur qui ressuscite le Beethoven français, Onslow (impĂ©tuositĂ©, Ă©nergie, vitalitĂ© et raffinement instrumental, le 11 juillet Ă  17h).
Sans omettre, le premier concert concertant avec orchestre de la claveciniste Maude Gratton (le 13 juillet, 19h30), les transcriptions du violon ou du luth par  Jean Rondeau (clavecin) et une myriade exaltée (enchanteresse?) de jeunes ensembles qui foulent pour la première fois le sol de l’Abbaye (Quatuor Cambini : le 11 juillet à 22h dans Mozart et Haydn ; Gli Angeli : le 11 juillet dans Biber, Rosenmüller… ; La Main Harmonique dans les Madrigaux de Monteverdi, le 16 juillet, 22h ; Faenza : le 13 juillet, 22h, « Conversation ou dialogue de l’esprit et des sens »…).
Le 14 juillet temps fort à 19h30 dans l’Abbatiale : Messe en si de Bach par Philippe Herreweghe et le Collegium vocale Gent.  Et puis année Louis XIV oblige, le festival offre aussi la restitution musicale des fastes du mariage de Louis XIV avec l’Infante Marie-Thérèse d’Espagne.

 

 

 

SAINTES festival 2015 visuel-festival-BD-400x559Le Festival de Saintes se structure dans et autour du lieu qui l’accueille, un ensemble minéral superbement préservé que le festivalier parcourt en empruntant ses alentours comme un manège enchanté : la cour extérieure, l’église, les vastes salles des communs de l’Abbaye aux Dames, où les concerts ont lieu à 13h, 17h30, 19h30, 22h… un menu qui permet chaque jour de choisir, selon son goût et son humeur, auquel s’ajoutent de nombreuses animations : conférences, visites guidées (locales et hors les murs)… Journée diffusée sur Radio Classique, le 14 juillet 2015.

 

 

Toutes les infos sur le site du Festival de Saintes 2015

 

 

Poitiers, TAP. Concert Philippe Herreweghe, Ann Hallenberg au TAP de Poitiers

Philippe Herreweghe portraitPoitiers, TAP. Concert Philippe Herreweghe, Ann Hallenberg, le 25 septembre 2014, 20h30. Sublime interprète, trop mĂ©connue, la mezzo suĂ©doise Ann Hallenberg se produit Ă  Poitiers. Premier concert de la nouvelle saison musicale du TAP Ă  Poitiers, le programme du 25 septembre est particulièrement allĂ©chant, associant le chef familier de la salle poitevine, Philippe Herrewegge dont l’expertise des timbres dĂ©licatement ciselĂ©s sur instruments anciens s’allie au chant tout aussi raffinĂ© et rare de la mezzo suĂ©doise, encore trop mĂ©sestimĂ©e en France, Ann Hallenberg. On se souvient de son excellent album discographique dĂ©diĂ© au chant de la diva romantique Marietta Marcolini, muse inspiratrice, maĂ®tresse du jeune Rossini. La mezzo s’y Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ©e Ă©blouissante par son sens sans Ă©paisseur ni outrance de la caractĂ©risation vocale. Autant de qualitĂ©s que les spectateurs du TAP Ă  Poitiers devrait retrouver et applaudir ce 25 septembre dans l’Ă©crin acoustiquement idĂ©al de l’Auditorium, l’une des rĂ©alisations de l’architecture musicale parmi les plus rĂ©ussies en France. Le timbre raffinĂ© et profond de la diva nordique devrait embraser la violence tragique et très recueillie du texte des Kindertotenlieder de Mahler, l’un des cycles pour orchestre et voix de Mahler les plus bouleversants : saisissants mĂŞme par la mort qui y est exprimĂ©e, et le deuil comme la perte des enfants perdus qui y sont Ă©voquĂ©s.
hallenberg-ann-mezzo TAP philippe herrewegheEn prime, chef et orchestre explorent des terres exceptionnellement rares dans leur rĂ©pertoire : Wagner dont ils jouent le PrĂ©lude du 3ème acte des MaĂ®tres Chanteurs : un hymne instrumental cĂ©lĂ©brant le sujet central de l’opĂ©ra, l’absolue vertu de l’art, dĂ©fendu  donc Ă  Poitiers avec la fine coloration et l’articulation millimĂ©trĂ©e des instruments d’Ă©poque. C’est une proposition orchestrale que tout amateur de Wagner n’osait plus espĂ©rer dans une salle de concert. Chant embrasĂ© et subtil d’une diseuse inspirĂ©e (Ann Hallenberg), geste sĂ»r et transparent d’un orfèvre des sonoritĂ©s instrumentales…. le programme proposĂ© Ă  Poitiers ce 25 septembre, est irrĂ©sistible.

Concert Wagner, Mahler, Brahms
Ann Hallenberg, mezzo
Orchestre des Champs-Élysées
Philippe Herreweghe, direction
TAP, Auditorium, Poitiers. Le 25 septembre 2014, 20h30

Durée : 1h40 avec entracte
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ann hallenberg marietta marcoliniAnn Hallenberg, mezzo chante Rossini, Mosca, Mayr, Paer… Outre une technique coloratoure exemplaire (prĂ©cision et nuances), Ann Hallenberg éblouit par son Ă©loquence sensuelle, la justesse des intonations, le style idĂ©alement mĂ©dian entre abattage et sincĂ©ritĂ©; la mezzo apporte de la finesse dans un… monde de pirouettes qui sans ce supplĂ©ment d’âme pourrait facilement basculer dans la pure dĂ©monstration virtuose. Son sens du texte, sa franchise sans aucune affectation l’imposent rossinienne jusqu’au bout des ongles. Les deux airs de l’Italienne Ă  Alger (Venise, 1813) sont lumineux. Et mĂŞme dans les scènes contemporaines signĂ©s Cocia ou Weigl, les instrumentistes du Stavanger Symphony Orchestra trouvent de justes accents sous la baguette attendrie et fluide de Fabio Biondi. Lire notre critique complète du cd Ann Hallenberg : hommage Ă  Marietta Marcolini (1 cd NaĂŻve)

Reportage vidéo : Le JOA Jeune Orchestre Atlantique interprète la Titan de Mahler sous la direction de Philippe Herreweghe (juillet 2013)

JOA_jeune_orchestre_atlantiqueReportage vidĂ©o: Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprète la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’Ă©poque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonoritĂ©s Ă©tranges et familières, Ă  la fois autobiographiques donc intĂ©rieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spĂ©cifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche très attendue des textures et Ă©tagements malhĂ©riens. A Saintes, lieu de rĂ©sidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se rĂ©alise sur une partition majeure du … XXème siècle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immĂ©diatement, ainsi au diapason d’une subjectivitĂ© Ă  l’Ă©chelle du cosmos, Ă©tablissent de nouvelles règles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son … en route pour la modernitĂ© complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXème siècle ! Concert incontournable. Grand reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

Le JOA Jeune Orchestre Atlantique joue la Symphonie n°1 “Titan” de Mahler (juillet 2013)

Depuis ses premières sessions à l’Abbaye aux Dames de Saintes, le JOA Jeune Orchestre Atlantique ne cesse de porter toujours plus loin les apports bénéfiques des instruments d’époque dans l’interprétation des partitions classiques et romantiques; rien n’égale en Europe la formation ainsi proposée aux jeunes instrumentistes venus du monde entier pour y suivre les conseils de l’équipe pédagogique, de façonner et perfectionner leur propre jeu sous la conduite des chefs aujourd’hui reconnus. Cette année, volet toujours très attendu du festival estival, le JOA ose aller plus loin encore ; il repousse le cadre chronologique des périodes classiques et romantiques … jusqu’à la Symphonie n°1 Titan de Gustav Mahler (1889) … un nouveau défi post romantique se dresse face à l’énergie et à la curiosité des apprentis musiciens et pour lequel s’engage aussi le chef flamand Philippe Herreweghe qui depuis sa création, suit les avancées et l’évolution de l’orchestre. Captation intégrale de la Symphonie n°1 Titan, week end inaugural du festival de Saintes 2013. Intégral du 4ème mouvement. © CLASSIQUENEWS.TV 2013

Compte rendu, concert. Lyon. Chapelle de la Trinité, 11 juin 2014. Collegium Gent, Philippe Herreweghe : cantates et oratorios des Bach

Philippe Herreweghe portraitUn thème Ascensionnel, des variations sur l’ombre et la lumière, traversant quatre cantates et oratorios de la famille Bach : la chapelle de la Trinité lyonnaise est cadre idéal pour une telle Résurrection. Philippe Herreweghe ,haut spécialiste du monde de Bach, donne élan joyeux mais sereine gravité à ces partitions de mystique et de recherche.

 

La douceur de la Trinité

Ecoutant, ébloui par la perfection et la pertinence des choix stylistiques de Philippe Herreweghe, les quatre cantates et oratorios de la famille Bach, on se dit que le moindre des devoirs pour un  spectateur, c’est aussi d’aller chercher  les « correspondances » significatives qui enrichissent des moments si précieux. (A plus forte raison si le spectateur signataire de ces lignes est investi d’un (si petit !) pouvoir de critique, mais nommons-le mémorialiste, c’est plus modeste…). Dans un concert comme celui qui vient de clôturer en gloire  la « saison baroque » en Trinité lyonnaise, c’est le lieu privilégié qui incite à la mise en relations de l’ « entendre » et du « voir ». La restauration impeccable de cette Chapelle aux allures d’église permet  de ne pas  faire sentir le « rénové », la patine du temps (récent) a déjà appliqué ses marques, peut-être  les harmoniques et les résonances  de multiples concerts depuis plus de deux décennies ont-elles contribué à cette douceur  de la Trinité…

Au pays de Descartes et de Poussin

Il est vrai que c’est ici baroquisme Ă  la française, donc sous le signe d’une modĂ©ration sans tentation d’un trop  de fièvre au pays de Descartes, Poussin et Champaigne. Les tableaux du chĹ“ur sont sagement encadrĂ©s par le marbre orthogonal, les quatre statues sont dans la gestuelle très baroque de  « l’ostentation », mais indiquent avec  quasi-rĂ©serve un Ciel  oĂą siège la Parole : une consigne de modĂ©ration qui semble « faite » pour un chef non ibĂ©rique ou italien, mais venu des brouillards nord-occidentaux…Bref, Philippe Herreweghe, en cette  thĂ©matique de l’Ascension(nel), garde l’élĂ©gante distanciation  malgrĂ© tout si engagĂ©e qui a imprimĂ© sa marque dans le microcosme baroqueux. Les gestes des bras et des mains paraissent souvent menus, se mouvant dans un espace intime, et en ceux-lĂ  s’exprime parfois – sans mots, Ă©videmment -,   – une tendresse qu’implore vers ses interprètes  le regard pourtant « presque trop( ?) sĂ©rieux ».

Le Verbe s’est fait chair

 Sans doute aussi  un enregistrement télévisuel du concert ajoute t-il à la tension des interprètes. Les sourires  viendront une fois accompli le parcours de chaque œuvre, et alors la sévérité du Maître se détendra… Parfois aussi le corps se penche comme pour exprimer l’action musicale, le frémissement, et ajoutant  son  « tout entier » aux mains qui déjà implorent  l’impatience soucieuse de perfection. En arrière et en dedans, bien sûr, se tient l’esprit dont on se rappelle que la formation initiale du chef – médecine, rayon psychè – a guidé vers le mal quantifiable. En paraphrasant l’Evangile de Jean, on dirait qu’avec Herreweghe « le Son, comme Verbe, s’est fait chair et habite parmi nous. ». Et les beautés musicales dans leur adaptation à la pensée en retrait silencieux sont offertes  en des effectifs du « milieu », entre les masses  qui prévalurent –et parfois « caricaturèrent » – dans une conception « post-romantique  », et la cure de minceur qu’ont appliquée – non sans séduction argumentaire, paradoxale et purificatoire-  les minimalistes rigoureux comme J.Rifkin ou Sigiswald Kuijken.

Un effectif raisonnable

 Entre Jordaens ou Rubens et Le Greco, Herreweghe se rapprocherait  du mystique espagnol, au moins pour célébrer Bach en voyage lyonnais : douze vocaux (chœur et solistes), un  chiffre de symbolique apostolique, et 22 instrumentistes, en nombre raisonnable, non pléthorique. Glissons  encore vers le visuel :  des volumes tantôt tendant aux blocs, tantôt traversés de lumières mouvantes, et tous transcendés par l’action impérieuse jusque dans son repli lyrique. C’est bien ce qui rend unique le son du Collegium Gent, lui-même patiemment cimenté, coloré, fondu-enchainé par son exigeant fondateur.

Le centre spirituel du choral

 Les partitions de la Famille Bach y paraissent dans leur vérité ,religieuse pour les croyants-chrétiens,  et du domaine sacré de l’humain, pour « les autres », incluant tous les récits, toutes les histoires et les symboliques. Ainsi le langage –parlé dans les « poésies » de livret, qui certes ne sont pas toutes inspirées, « musiqué », toujours – permet  d’atteindre le Sens universel pour ceux qui acceptent d’emprunter – fût-ce un temps – ce chemin. La synthèse de cet  art, où certains guides de la pensée comme Luther ont une place éminente, c’est le choral : clameur sans cri, flux et reflux de sons organisés et ardents qui rationalise l’écriture et rend accessible au plus grand nombre, voilà bien le « petit monde » au sein du grand monde qu’est chaque cantate, moment d’unanimité en action pour les fidèles et même les écoutants, écho de ce que « chantait » le chœur dans la tragédie de l’Antiquité.

Dans le creuset de l’inspiration collective

Les solistes de chaque « groupe en trio », conquièrent évidemment leur individualité au sein  du voyage des sons : la basse  Peter Kooij, parfois héros de puissance (BWV.43) et aussi angoissé que bercent les flûtes (B.11), l’alto Damien Guillon, à la voix « isangélique », quelque part hors du monde (B.11), le ténor Thomas Hobbs, à l’éclat lyrique (B.43) et parfois suppliant (cantate de J.M.Bach), la soprano  Dorothee Mields,  consolatrice (B.43) et sortant de l’ ombre (B.43). On n’oublie pas non plus  des moments parfaits dans les groupes, des images à résonance poétique : le miroir enflammé des cuves sonores que sont les timbales, , la discrète, studieuse  et sage silhouette de l’organiste, les basses magiques des violoncelles (B.43)et de la contrebasse (B.11), la ponctuation exulltante et ensoleillée  des trompettes, le profil méditatif du hautboïste japonais, la noble projection d’attitude bergmanienne de la 3e basse à stature légendaire… Nul n’est en concurrence, tout se fond dans le creuset de l’inspiration collective.

Le Soir et les Pèlerins d’Emmaüs

Et puis, enchâssée entre les cantates-oratorios  du Descendant, on rencontre la brève cantate de Johann-Michael, Ascendant –cousin germain du père de J.S.B., père de Maria-Barbara (la 1ère épouse du Génie), et pas du tout négligeable affluent du système  « fluvial »  des Bach aux XVIIe et XVIIIe. : révélation saisissante de densité dramatique, de frémissement poétique où le Soir ( Abend) se contrepointe du chant éperdu  des cordes comme oiseaux se répondant à travers  les arbres, avant que le  quatuor vocal  ne dise qu’il faut affronter le vieillissement du Temps. Avec le BWV 6, on suit le récit des Pélerins d’Emmaüs, et là aussi une « tragédie du paysage »(mental) va des coups de lumi-re hollandais-XVIIe au clair-obscur, au mystère habité de Rembrandt, avec une voix de soprano qui s’abandonne à la contemplation mystique de ce que les yeux ne sauraient d’emblée saisir. On songe là encore à un texte inattendu de Julien Gracq, dans son « Beau Ténébreux » : « entre Résurrection et Ascension, ces appari tions fuyantes, douteuses, crépusculaires, si poignantes  d’une lumière de départ » : allez, à vos livres, spectateurs de la Trinité, encore un effort et vous serez « en correspondances » !

De Van Eyck au Tintoret

Travaillons donc (sur)  le souvenir actif de telles fêtes, recherchons ensemble dans l’histoire picturale ce qui d’ailleurs ne figurepas tant dans un XVIIIe contemporain de J.SB. que dans ce qui « remonte » en vérité théologique des arts, au XVIe itallen ( agitation poétique de Tintoret, douceur de Titien, décorative de Véronèse : tiens ,les rangées de balustrades  balconnantes sur la nef de la Trinité !), ou au XVe de la péninsule ( Giotto, Masaccio, Uccello). Sans surtout oublier, du côté de chez Philippe H. et du Collegium, les Flamands du naturalisme spiritualiste, Van Eyck, Van der Weyden, Van der Goes, visionnaires d’Agneau Mystique et d’Annonciations. Tout cela, sans doute plus que l’ascensionnel baroque d’églises autrichiennes et allemandes… Et puis, sous l’éclat usurpateur des triomphes guerriers (la mise en déroute des ennemis dans BWV 11), un écho visuel et auditif du malheur des temps qu’engendrèrent les guerres religieuses (celle des Trente Ans de l’Europe du Centre au XVIIe) et de la conquête monarchique sanglante (les armées de Louis XIV saccageant le Palatinat)…

L’art, l’Histoire, ne sont-ils pas uniques mais faisant partie de l’Un, splendeurs, menaces  et horreurs inextricablement mêlées ? Mais  pacifions tout cela par une Parole claudélienne : « l’esprit créateur, l’esprit de vie, la grande haleine pneumatique, le dégagement  de l »esprit qui enivre ! ».

Lyon, Chapelle de la Trinité, 11 juin  2014. J.S.Bach (1685-1750) et J.M.Bach  (1649-1694) : cantates et oratorios. Collegium de Gent. Philippe Herreweghe, direction.

Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts Ă©vĂ©nements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les crĂ©atures de PromothĂ©e de Beethoven. Orchestre des Champs ElysĂ©es, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs ElysĂ©es sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens Ă  rĂ©vĂ©ler les couleurs trĂ©pidantes d’un ballet mĂ©connu de Beethoven,  une partition peu jouĂ©e  (Ă  torts)  : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet en une ouverture et trois actes composĂ© pour le chorĂ©graphe italien Salvatore Vigano.

Dans cette oeuvre oubliĂ©e crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livrĂ© son chef d’oeuvre testamentaire, La CrĂ©ation), Beethoven compose plusieurs thèmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie HĂ©roĂŻque. De fait, pour souligner la gĂ©nĂ©rositĂ© complice de PromĂ©thĂ©e envers les hommes enfin rĂ©habilitĂ©s grâce au don du gĂ©nial protecteur, Beethoven dans la dernière section (Danza festiva) dĂ©veloppe le thème que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie HĂ©roĂŻque. La musique Ă©nergique, palpitante, pleine d’une triomphante espĂ©rance exprime cette gaietĂ© dansante d’une exaltation irrĂ©sistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chĂ©rissait particulièrement collectionne les tableaux contrastĂ©s : affection du titan PromĂ©thĂ©e pour ses deux figures de terre ; prĂ©sentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’Ă©lectrisent grâce au feu de la danse. Melpomène assassine le titan mais celui ci renaĂ®t grâce Ă  la frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert Ă©vĂ©nement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet à Beethoven de développer l’écriture orchestrale selon les contingences exigées par la trépidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement à la nécessité du drame chorégraphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne à l’aube du XIXème siècle bientôt napoléonien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : où prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor à cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs Elysées poursuit un travail spécifique sur l’éloquence ciselée, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expérimentations du répertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les créatures de Promothée devrait saisir par ses détails, l’énergie rythmique, le sens de la continuité, révélant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspiré par l’avenir.

Compte-rendu : Saintes, Abbatiale. Festival, le 13 juillet 2013. Gustav Mahler : Symphonie n°1 ” Titan “. JOA, Jeune orchestre Atlantique. Philippe Herreweghe, direction.

Philippe Herreweghe portraitDepuis ses premières sessions Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes, le JOA Jeune Orchestre Atlantique ne cesse de porter toujours plus loin les apports bĂ©nĂ©fiques des instruments d’Ă©poque dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques; rien n’Ă©gale en Europe la formation ainsi proposĂ©e aux jeunes instrumentistes venus du monde entier pour y suivre les conseils de l’Ă©quipe pĂ©dagogique, de façonner et perfectionner leur propre jeu sous la conduite des chefs aujourd’hui reconnus dans l’approfondissement du texte musical (Minkowski, Rousset, LangrĂ©e, David Stern,  Christophe Coin … sont les derniers chef invitĂ©s Ă  diriger l’orchestre des jeunes musiciens Ă  Saintes).
Cette annĂ©e, volet toujours très attendu du festival estival, le JOA ose aller plus loin encore ; il repousse le cadre chronologique des pĂ©riodes classiques et romantiques …  jusqu’Ă  la Symphonie n°1 Titan de Gustav Mahler (1889) … un nouveau dĂ©fi post romantique se dresse face Ă  l’Ă©nergie et Ă  la curiositĂ© des apprentis musiciens et pour lequel s’engage aussi le chef flamand Philippe Herreweghe qui depuis sa crĂ©ation, suit les avancĂ©es et l’Ă©volution de l’orchestre.

La prĂ©paration des instrumentistes est assurĂ©e d’abord par Catherine Puig, violoniste au sein de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et ici, responsable pĂ©dagogique. Sensibiliser les jeunes Ă  la sonoritĂ© d’Ă©poque, au jeu, au style, mais encore Ă  l’esthĂ©tique de l’oeuvre dans son contexte, sans omettre toutes les contraintes et les dĂ©fis du jeu collectif… – l’Ă©coute, la disponibilitĂ©, l’Ă©nergie-, sont des vertus propices au dĂ©passement ; car au moment du concert, ce samedi 13 juillet sous la voĂ»te de l’Abbatiale, le public attend un niveau musical au moins aussi impliquĂ© et convaincant que celui des phalanges constituĂ©es depuis des annĂ©es, tels Les Siècles, et Ă©videmment l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, lui-mĂŞme fondĂ© par Philippe Herreweghe … et pionnier parmi les premiers orchestres sur instruments anciens.

 

 

Titan maîtrisée à Saintes

 

Sous la baguette de Philippe Herreweghe, le nouveau programme dĂ©fendu par le JOA a triomphĂ© : il reste pour le festival l’une de ses meilleures soirĂ©es symphoniques.

Comment agissent les quelques 80 jeunes instrumentistes rĂ©unis pour cette Titan dont le seul nom impressionne dĂ©jĂ  ? Justement a contrario de ses promesses, c’est un jeu mesurĂ© infiniment nuancé  et d’une constante intĂ©rioritĂ© qui domine les trois premiers mouvements … avant que n’explosent littĂ©ralement tensions, rĂ©sistances, espĂ©rances du hĂ©ros, dans le dernier et quatrième Ă©pisode, le plus long (18mn) comme le plus pĂ©rilleux (en raison des Ă©tagements et spacialisations des pupitres avec lesquels joue le compositeur en bâtisseur rĂ©solument moderne) : les cuivres (trombones, trompettes, tuba Ă  droite du maestro) sont rugueux et suggestifs ; les cors (6 Ă  sa gauche) superbes de rondeurs noble et attendrie ; la direction aux mouvements d’une perpĂ©tuelle activitĂ© prĂ©serve la lisibilitĂ© des plans, cette Ă©loquence spĂ©cifique de chaque instrument (malgrĂ© le nombre des musiciens), en particulier le triangle, la harpe, et tous les bois d’une pĂ©tillante et heureuse vitalitĂ© (flĂ»te, clarinette, hautbois sont d’un mordant toujours ciselĂ©). On savait Mahler divin orchestrateur : le geste libĂ©rĂ© et prĂ©cis du chef nous rappelle combien Gustav fut aussi un expĂ©rimentateur gĂ©nial, l’Ă©gal en ce sens de Stravinsky, annonçant sous bien des aspects, Chostakovitch : ses alliances de timbres saisissent par leur aciditĂ© gĂ©nĂ©reuse, leur âpretĂ© expressive choisie, entre cynisme, lyrisme, sincĂ©ritĂ©, parodie…. les mondes de Mahler sont dĂ©jĂ  tous pressentis dans ce premier opus si personnel, entre amertume, souffrance, tendresse, espĂ©rance.

Le mystère captive dès l’ouverture avec ses trompettes invisbles au formidable chant lointain (3 trompettistes situĂ©s derrière le pilier de droite) ; l’ivresse du second mouvement enchante ; dans le troisième volet, la citation de la mĂ©lodie ” Frères Jacques ” dont Mahler fait une marche funèbre, enivre ; puis, c’est surtout le dernier mouvement qui s’impose par son architecture vaste et dĂ©taillĂ©e ; tout l’art du chef s’accomplit ici en presque 20 mn d’une progression constante oĂą cordes, cuivres, vents ne s’affrontent pas mais s’interpĂ©nètrent au diapason d’un coeur Ă©chevelĂ©, aux accents d’une rancoeur irrĂ©pressible Ă  laquelle rĂ©pond dĂ©finitivement l’immense et croissante espĂ©rance finale.  C’est assurĂ©ment ce bouillonnement instrumental, vĂ©ritable creuset et forge sonore que dĂ©voile Philippe Herreweghe, en son cheminement certes contrariĂ© (riche en soubresauts, en vagues expressionnistes, en dĂ©veloppements convulsifs imprĂ©vus …) mais inĂ©luctablement tournĂ© vers la lumière conclusive. Le geste est ample, la sonoritĂ© Ă©clatante et fondue,  d’un fini souvent jubilatoire. Aucun doute que confrontĂ©s Ă  ce massif orchestral, les jeunes musiciens ont pu approfondir leur pratique et leur comprĂ©hension d’une oeuvre clĂ© dans la maturation de l’un des plus grands symphonistes du XXème siècle.

Les rendez-vous symphoniques font aussi le lustre du festival de Saintes. Cette Titan (en sa dĂ©mesure magistralement nuancĂ©e), parfaitement Ă  sa place sous la voĂ»te de l’Abbatiale, est outre le dĂ©fi de sa rĂ©alisation, un instant d’une indĂ©niable rĂ©ussite, Ă  marquer d’une croix blanche dans l’histoire du festival et du JOA.

Prochaine soirée symphonique à Saintes pendant le festival, le 20 juillet 2013 : concert de clôture, symphonie n°4 de Johannes Brahms. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction (couplé, le Concerto pour violon avec Thomas Zehetmair, violon).