CD critique. JS BACH : Johannes-Passion BWV 245 – Collegium vocale Gent / Philippe Herreweghe (mars 2018, Anvers / 2 cd Phi)

JOHANNES PASSION philippe herrewegheCD critique. JS BACH : Johannes-Passion BWV 245 – Collegium vocale Gent / Philippe Herreweghe (mars 2018, Anvers / 2 cd Phi)  -  D’une façon gĂ©nĂ©rale, s’il s’agit Ă©videmment de la Passion la plus puissante et originale de Bach, soucieux de trouver un Ă©quilibre tĂ©nu entre force spirituelle et expressivitĂ© dramatique, le choix de certains solistes fragilise la prĂ©sente lecture. CD1 / Prima parte. Dans la plage 13 / l’air panique de Pierre, « le serviteur » qui a reniĂ© JĂ©sus,  (« Ach mein Sinn » / ah mon Ăąme
), le tĂ©nor Robin Tritschler chante un rien droit et court, manquant de ce legato qui doit aussi porter le texte. L’air marque un point fort dans le dramatisme de la Passion : les remords du coupable Ă©treignant cette Ăąme faible et lĂąche. Le soliste passe Ă  cĂŽtĂ© de l’enjeu.

CD 2, Parte seconda. De mĂȘme l’air pour basse, autre appel en panique vers le Golgotha, lieu du supplice accompagnĂ© par le choeur dĂ©voile l’imprĂ©cision du soliste qui paraĂźt bien peu impliquĂ© par le sens du texte qu’il chante alors (24).
MĂȘme rĂ©serve pour la voix engorgĂ©e, instable, parfois maniĂ©rĂ©e du rĂ©citant EvangĂ©liste : lĂ  aussi la dĂ©ception est grande.

Mais surgit comme un Ă©clair sidĂ©rant (plage 21), l’air d’un dĂ©sespoire absolu et d’une espĂ©rance immĂ©diate dans le mĂȘme temps : « Zerfließe, mein herze, in fluten der zĂ€hren » par la soprano DorothĂ©e Mields : directe, scintillante, diamant lacrymal irrĂ©sistible, perle comme on en compte rarement qui est la contrepartie sublimĂ©e de l’air axial lui aussi et qui prĂ©cĂšde « Es ist vollbracht » (pour alto ici le contre tĂ©nor alto Damien Guillon, droit, dĂ©sincarnĂ©, un rien en retrait lui aussi : plage 16 « Tout est achevé », air axial qui marque le pivot central du drame)

Tout au long du pĂ©riple spirituel, le chƓur demeure impeccable, prĂ©cis, mĂ©tronomique, tendre ou hargneux plein de haine pointĂ©e (16b, 16d), mais aussi de sĂ©rĂ©nitĂ© mĂ©ditative pour chaque choral, entonnĂ© avec simplicitĂ© et dignitĂ©.
Notons surtout la rĂ©ussite du dernier choeur, vraie jubilation pour la sĂ©quence finale {39 : « Ruth wohl, ihr heiliegn Gebeine » / reposez bien, vous membres sacrĂ©s
}, superbe Ă©lan de tendresse rassĂ©rĂ©nante et qui compose comme un cercle de rĂ©confort pour l’ñme et le corps de celui qui s’est sacrifiĂ© : tout est pardonnĂ© « Ouvre le ciel pour moi et referme l’enfer ». SobriĂ©tĂ©, intimitĂ©, Ă©pure : le geste et la conception sont Ă  mille lieux des versions plus dramatiques, ici allĂ©gĂ©e et dĂ©jĂ  cĂ©leste. La justesse du Collegium Vocale Gent qui semble transcendĂ© lui-mĂȘme par le sens rĂ©surrectionnel du texte ultime, est saisissante. Et le grand livre de la RĂ©surrection (surtout de l’indĂ©fectible espĂ©rance) se referme et rassure ainsi, dans la quiĂ©tude et la lumiĂšre ; dans l’intimisme presque dĂ©sincarnĂ© de la part des chanteurs de l’impeccable chƓur gantois, Ă  la fois nuancĂ© et prĂ©cis. Tout relĂšve de la paix et du renoncement enfin exaucĂ©s. Avec DorothĂ©e Mields, la rĂ©alisation relĂšve de l’excellence. C’est donc malgrĂ© nos rĂ©serves (concernant certains solistes) un CLIC de CLASSIQUENEWS du printemps 2020.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD critique. JS BACH : Johannes-Passion BWV 245 – Collegium vocale Gent / Philippe Herreweghe (mars 2018, Anvers / 2 cd Phi)  -  https://outhere-music.com/fr/albums/johannes-passion-bwv-245-lph031

 

 

 

 

 

Approfondir : notre vision de la partition de la Johannes Passion de JS BACH

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Moins longue d’une bonne heure la Saint-Jean comparĂ©e Ă  la Saint-Matthieu (1736), plus connue et jouĂ©e (et dĂ©couverte dĂšs 1849 par Mendelssohn), saisit par sa coupe fulgurante. Mais Bach n’a rien Ă©pargnĂ© au chercheur qui doit reconnaĂźtre que ce premier massif sacrĂ© destinĂ© Ă  Leipzig, n’a jamais Ă©tĂ© fixĂ© dans sa forme ; dĂšs aprĂšs sa premiĂšre « reprĂ©sentation », le 7 avril 1724 Ă  Saint-Thomas (pour le service des VĂȘpres du Vendredi Saint), JS Bach ne cesse de rĂ©viser, modifier, couper, ajouter 
 pour chaque nouvelle rĂ©alisation.
Qu’est devenue par exemple la « Sinfonia » pour orchestre qui remplaçait en 1732, la scĂšne du tremblement de terre juste aprĂšs l’expiration de JĂ©sus sur la Croix
 ?
Plus resserrĂ©e, plus dense et dramatique, la Saint-Jean avait dĂ©jĂ  frappĂ© l’esprit de Schumann ; mĂȘme la 4Ăš version documentĂ©e en 1749 n’a pas laissĂ© de partition complĂšte. Sans la signature ou la main autographe de JS Bach sur le matĂ©riel, rien ne prouve qu’il s’agisse de la forme dĂ©finitive de sa Passion.
Jusqu’à la derniĂšre exĂ©cution (1749 donc voire 1750, l’annĂ©e de sa mort), la Saint-Jean pose probĂšme au personnel municipal de Leipzig, peu enclin Ă  goĂ»ter les outrances du Cantor de Saint-Thomas, qu’ils ne cessent de tancer voire d’humilier afin que le compositeur leur soumette avant toute rĂ©alisation, texte et style de chaque nouvelle partition.
La durĂ©e de la Saint-Jean indique l’esthĂ©tique et la « premiĂšre maniĂšre » de Bach, fraĂźchement arrivĂ© de Köthen pour prendre Ă  l’étĂ© 1723, ses fonctions de director Musices de Leipzig, responsable de la musique de Saint-Thomas et Saint-Nicolas. Il s’agit pour lui de respecter le voeu de ses supĂ©rieurs : musique courte, non opĂ©ratique, devant susciter la dĂ©votion. Ici pas de cuivres dont l’éclat pour le temps de la Passion Ă©tait jugĂ© indĂ©cent. MalgrĂ© la puissance et l’originalitĂ© de sa musique, Bach est considĂ©rĂ© comme une auteur maladroit, « pompeux », « confus », « contre-nature » (!!!).

Le livret retenu est celui d’un anonyme qui reprend plusieurs textes de Barthold Heinrich Brockes (« JĂ©sus martyrisĂ© et mourant », 1712), riches en images trĂšs fortes. Pour le tableau de JĂ©sus sur la Croix au Golgotha, pour sa rĂ©surrection, Bach emprunte aussi au texte de Saint-Matthieu : quand JĂ©sus expire son dernier souffle, l’effet est hautement thĂ©Ăątral, preuve que dĂšs 1724, le compositeur dĂ©passe volontairement l’appel Ă  l’intimisme promu par sa hiĂ©rarchie. La clĂ© de voĂ»te de chaque Ă©difice sacrĂ© ainsi livrĂ© Ă©tant la sĂ©rie de chorals connus par l’assemblĂ©e des fidĂšles et qu’ils entonnent ensemble pour chacun.

Ce qui est certain c’est que pour la derniĂšre exĂ©cution de la Saint-Jean, de son vivant, 1749 voire 1750, Bach emploie un continuo Ă©toffĂ© (2 clavecins, un orgue,un contrebasson / « bassono grosso ») insistant sur le sparties graves et rĂ©sonantes. Qui plus est les parties chantĂ©es de Pierre et Pilate, auparavant entonnĂ©es par le choeur, sont dĂ©fendues par des parties isolĂ©es comme si les personnages du drame Ă©tait incarnĂ©s par des solistes individualisĂ©s, sĂ©parĂ©s du chƓur ; Bach souhaitant ainsi souligner l’esprit dramatique voire thĂ©Ăątral de sa passion.

POITIERS. Philippe Herrewghe joue La Création

Armida de Haydn en tournĂ©ePOITIERS, TAP. Le 31 janv 2020. HAYDN : La CrĂ©ation. Philippe Herreweghe, Ă  la tĂȘte de ses deux ensembles trĂšs affĂ»tĂ©s, mordants, expressifs, pour le choeur (Collegium Vocale Gent), pour l’orchestre, (Orchestre des Champs ElysĂ©es, sur instruments anciens) pilote l’oratorio le plus fameux du Viennois Joseph Haydn (Rohrau sur la Leitha 1732-Vienne 1809), manifeste Ă©blouissant de l’Europe des LumiĂšres : La CrĂ©ation, crĂ©Ă©e au Burgtheater de Vienne en mars 1799.
ElĂšve de Porpora, astre du baroque napolitain, Haydn entre au service des princes Esterazy, dans leur propriĂ©tĂ© d’Esterhaza, pour le thĂ©Ăątre de laquelle il compose nombre d’opĂ©ras, tous sur le modĂšle italien. Mais le gĂ©nie de Haydn se dĂ©voile vĂ©ritablement quand Ă  Londres oĂč il sĂ©journe, il dĂ©couvre les partitions de Haendel. Et comme Mozart, en dĂ©duit un nouveau cycle trĂšs inspirĂ© oĂč la place du chƓur articule toute l’architecture musicale.
L’Ɠuvre s’ouvre par une formidable sĂ©quence dramatique Ă  la fois figurative et fantastique (sublime lever de rideau) : l’évocation du Chaos primordial d’oĂč jaillit l’étincelle de vie, pulsion divine, d’oĂč Ă©merge les Ă©lĂ©ments ; et dans le vide noir, surgit la lumiĂšre
 tout est lĂ  dans ce mouvement du magma qui s’organise ; un monde de lumiĂšre resplendit, miracle de la Nature, oĂč trĂŽne bientĂŽt le couple primordial d’Adam et Eve, encore parfaits. La vision est positive et sans dĂ©faut. La CrĂ©ation s’inspire du texte de Milton « Le Paradis Perdu » : claire apologie d’une harmonie primitive perdue
 Elle affirme le gĂ©nie de Haydn (Ă  69 ans), brillant assimilateur de Haendel et grand artisan du romantisme qui se profile, alors qu’il est Ă  la fin d’une dĂ©jĂ  trĂšs riche et prolifique carriĂšre.

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POITIERS, TAPboutonreservation
Vendredi 31 janvier 2020 Ă  20h30,
Mari Eriksmoen, soprano ;
Patrick Grahl, ténor ;
Florian Boesch, baryton

Orch des Champs-Elysées,
Collegium Vocale Gent
Philippe Herreweghe, direction.

Durée : 1h45

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/haydn/

 

 

  

 

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Ouverture : création du monde

Partie 1 : aux 4 premiers jours, création de la lumiÚre, de la terre, des corps célestes, des lacs et des mers, du temps, de la vie végétale

Partie 2 : aux 5Ăš et 6Ăš jour, crĂ©ation des espĂšces animales, marines et terrestres ; crĂ©ation de l’homme.

Partie 3 : au 7Ăš jour, jubilation divine, Dieu cĂ©lĂšbre sa propre crĂ©ation en observant l’amour qui unit Adam et Eve.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR
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VIDEO
Voir la CrĂ©ation de HAYDN, en particulier son dĂ©but avec l’évocation du CHAOS et l’organisation progressive des Ă©lĂ©ments pour qua jaillisse la lumiĂšre (version intĂ©grale de 2012, sur instruments d’époque aux timbres ciselĂ©s, d’une finesse / fragilitĂ© dĂ©lectable) – version en anglais.

Commentaire : Aus dem Dom zu Brixen, 12. September 2012
THE CREATION / Franz Joseph Haydn (1732 — 1809)

Gabriel · Eva : IDA FALK WINLAND, Sopran
Uriel: ANDREW STAPLES, Tenor
Raphael : DAVID STOUT, Bass
Adam : ROBERT DAVIES, Bass

MUSICA SAECULORUM
Konzertmeister: Matthew Truscott
PHILIPP VON STEINAECKER, direction

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LIRE aussi notre présentation de la saison 2019 2020 du TAP POITIERS
https://www.classiquenews.com/poitiers-tap-temps-forts-de-la-saison-2019-2020/

 

  

 

POITIERS. Philippe Herreweghe et Isabelle Faust jouent Brahms

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂč il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, trĂšs architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1Ăšre symphonie qu’il s’agissait de la 10Ăš du grand Ludwig ?) 

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ɠuvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4Ăšme symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lĂšbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit trĂšs justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer Ă  Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian PoltĂ©ra, que Philippe Herreweghe dirige pour la premiĂšre fois cette Ɠuvre, Ă  la tĂȘte de son Orchestre des Champs ElysĂ©es.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2Ăšme symphonie, aux magnifiques proportions, Ă©tait la premiĂšre Ă  exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modĂšle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale oĂč se dĂ©ploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus vĂ©hĂ©ments des pupitres de cuivres organisĂ©s en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisĂ©s que la conjonction alternĂ©e de pupitres Ă©loquents, complĂ©mentaires qui se rĂ©pondent
 Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincĂšre, wagnĂ©rien de cƓur.

 

 

 

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Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

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Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees dĂ©fend les vertus sonores, esthĂ©tiques, pĂ©dagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la prĂ©cision et la caractĂ©risation des timbres plutĂŽt que le volume ; dans l’acuitĂ© renforcĂ©e du geste expressif aussi car bien sĂ»r il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut Ă©videmment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc
), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensitĂ© poĂ©tique dĂ©cuplĂ©e, l’exigence de prĂ©cision et d’articulation compensent la nettetĂ© souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bĂ©nĂ©fices qui replacent le jeu et l’interprĂ©tation au cƓur de la dĂ©marche
 De ce point de vu, 25 ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’OCE portĂ© par la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santĂ© rĂ©gĂ©nĂ©ratrice absolument captivante, dĂ©poussiĂ©rant des Ɠuvres que l’on pensait connaĂźtre.

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, Ă©vĂ©nement. Annonce et critique. A conversation with 
Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensĂ©e est libre, sans entrave, d’une prĂ©cision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portĂ©e, sublimĂ©e par l’obligation viscĂ©rale de rĂ©aliser ce qui doit encore l’ĂȘtre. C’est un musicien qui a pensĂ© la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspirĂ© Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dĂ©voile ici, sans mots couverts. A la libertĂ© perfectionniste du geste quelque soit les rĂ©pertoires (et pas seulement baroque et luthĂ©rien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach Ă  Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et rĂ©cente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), rĂ©pond ici la libertĂ© de la parole, parfois incisive sur la rĂ©alitĂ© humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnĂ©s au moindre et Ă  la paresse,
 pour entretenir le feu sacrĂ©, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohĂ©sion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigĂ©s (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-Ă©lysĂ©es), rien ne compte plus que 
 l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais nĂ©gociable.

Philippe Herreweghe joue Brahms et Bruckner

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂč il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, trĂšs architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1Ăšre symphonie qu’il s’agissait de la 10Ăš du grand Ludwig ?) 

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ɠuvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4Ăšme symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lĂšbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit trĂšs justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer Ă  Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian PoltĂ©ra, que Philippe Herreweghe dirige pour la premiĂšre fois cette Ɠuvre, Ă  la tĂȘte de son Orchestre des Champs ElysĂ©es.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2Ăšme symphonie, aux magnifiques proportions, Ă©tait la premiĂšre Ă  exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modĂšle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale oĂč se dĂ©ploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus vĂ©hĂ©ments des pupitres de cuivres organisĂ©s en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisĂ©s que la conjonction alternĂ©e de pupitres Ă©loquents, complĂ©mentaires qui se rĂ©pondent
 Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincĂšre, wagnĂ©rien de cƓur.

 

 

 

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Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

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Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees dĂ©fend les vertus sonores, esthĂ©tiques, pĂ©dagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la prĂ©cision et la caractĂ©risation des timbres plutĂŽt que le volume ; dans l’acuitĂ© renforcĂ©e du geste expressif aussi car bien sĂ»r il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut Ă©videmment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc
), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensitĂ© poĂ©tique dĂ©cuplĂ©e, l’exigence de prĂ©cision et d’articulation compensent la nettetĂ© souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bĂ©nĂ©fices qui replacent le jeu et l’interprĂ©tation au cƓur de la dĂ©marche
 De ce point de vu, 25 ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’OCE portĂ© par la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santĂ© rĂ©gĂ©nĂ©ratrice absolument captivante, dĂ©poussiĂ©rant des Ɠuvres que l’on pensait connaĂźtre.

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 pour entretenir le feu sacrĂ©, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohĂ©sion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigĂ©s (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-Ă©lysĂ©es), rien ne compte plus que 
 l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais nĂ©gociable.

POITIERS, TAP. Concert WAGNER et BRUCKNER

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs ElysĂ©es Ă  PoitiersPOITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. SoirĂ©e symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grĂące Ă  la force de persuasion de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange en rĂ©sidence au sein du thĂ©Ăątre poitevin, comprenant un auditorium aux qualitĂ©s acoustiques exceptionnels, Ă  notre avis pas assez reconnues. A 20h30, rĂ©cital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord oĂč la cantatrice, experte en mĂ©lodies françaises, VĂ©ronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dĂ©dia Ă  sa passion pour son hĂŽtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a Ă©crit aussi les poĂšmes du cycle). Idylle consommĂ©e ou non, il nous reste plusieurs chants embrasĂ©s, oĂč s’accomplissent l’enchantement et l’extase amoureuse, dont la mĂ©lodie de Tristan (celle de la nuit d’amour de l’acte II). D’une irrĂ©sistible langueur enivrĂ©e.

 

 

concert voix et orchestre au TAP de POITIERS

Romantisme lyrique et symphonique

bruckner1Puis l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es interprĂšte le massif brucknĂ©rien qui doit tant Ă  
 Wagner. Bruckner vouant une admiration sans borne pour le MaĂźtre de Bayreuth. Poitiers affiche la Symphonie n°4 de Bruckner, dite « Romantique » avec ses claires rĂ©fĂ©rences au monde chevaleresque mĂ©diĂ©val, 
( tristanesque ?)   « Ville mĂ©diĂ©vale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux, Amour repoussĂ©, et mĂȘme Danse pour le repas de chasse ».
 Philippe Herreweghe aborde la symphonie avec une clartĂ© dĂ©taillĂ©e et un sens de l’analyse qui restitue le relief de l’architecture et l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, ce dans un format et des Ă©quilibres sonores affinĂ©s, comme le permet trĂšs justement la spĂ©cificitĂ© des instruments d’époque.

Dite “Romantique”, la QuatriĂšme ouvre le cycle des Symphonies brucknĂ©riennes “en majeur”. Il existe trois versions connues, validĂ©es par l’auteur. Bruckner compose la partition originale de janvier Ă  novembre 1874 et la dĂ©die au Prince Constantin Hohenlohe, espĂ©rant une protection. La pĂ©riode est difficile pour le musicien qui n’a presque plus rien pour vivre. L’oeuvre ne sera rĂ©vĂ©lĂ©e au concert que dans sa version originelle Ă©ditĂ©e par Nowak
 en 1975! En 1878, Bruckner reprenait les deux premiers mouvements, puis en 1880, rĂ©Ă©crivait le finale. C’est cette derniĂšre version, la troisiĂšme, qui fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne, le 20 fĂ©vrier 1881 sous la direction de Hans Richter. Le compositeur cite Parsifal de Wagner et l’instrumentation de son cher modĂšle



Gestion des cuivres (souvent colossaux), rondeur chantante des bois, mer et houle des cordes
 comment le chef saura-t-il piloter le langage brucknĂ©rien ? Il est aussi question de souffle majestueux et de grandeur, comme de mysticisme car Bruckner Ă©tait habitĂ© par l’idĂ©al chrĂ©tien, Ă©tant trĂšs croyant. RĂ©ponse ce 14 nov 2018 dans le superbe auditorium du TAP de Poitiers.

 

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Programme

> Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
> Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique »

ORCHESTRE DES CHAMPS ELYSEES
Philippe Herreweghe, direction
VĂ©ronique Gens, soprano

 

 

 

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boutonreservationPOITIERS, TAP.
Mercredi 14 novembre 2018, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bruckner-wagner/

1h40, avec entracte

 

 

SAINTES. Philippe Herreweghe dirige le Requiem de Brahms

POITIERS. Le 13 octobre 2016. Brahms : Un Requiem allemand. Philippe Herreweghe relit le sommet du romantisme sacrĂ©, que signe Brahms en 1871. Requiem personnel. En croyant connaisseur des textes bibliques, Johannes Brahms n’hĂ©sita pas Ă  transgresser les rĂšgles en opĂ©rant lui-mĂȘme la sĂ©lection des priĂšres et chants qu’il souhaitait mettre en musique pour son Requiem. IntitulĂ© Requiem allemand (Ein deutsche Requiem), l’oeuvre s’écarte ainsi de la tradition en n’étant pas chantĂ©e en latin. Sa force et sa ferveur n’en ont que plus d’intensitĂ© et d’émotivitĂ©, abordant sans mĂ©nagements sirupeux, les sujets essentiels que doit affronter le commun des mortels, la mort et la course du temps, la perte des ĂȘtres chers, la finitude de toute chose
 Il s’agit d’un tĂ©moignage personnel traversĂ© par ses impressions et sentiments, par ses expĂ©riences personnelles aussi qui ont endeuillĂ© sa propre vie.

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsMenĂ©e par une jeune Ăąme de 21 ans, la composition s’étend sur plusieurs annĂ©es, de 1854 Ă  1868. De graves Ă©vĂ©nements en ont marquĂ© la genĂšse et la couleur particuliĂšre, ainsi “Den alles Aleisch” dĂ©veloppe l’esquisse d’une sonate Ă©crite au moment de la tentative de suicide de Robert Schumann dont Brahms Ă©tait trĂšs proche. D’autres parties seraient contemporaines de la mort de Schumann (1856) mais Brahms n’a pas prĂ©cisĂ© lesquelles, d’autres encore auraient Ă©tĂ© composĂ©es dans la suite du dĂ©cĂšs de sa mĂšre en 1865.

RENONCEMENT, PAIX ULTIME. A Poitiers, l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es et Philippe Herreweghe jouent Brahms. Premier temps fort de la saison 2016-2017, le sublime Requiem Allemand / Ein deutsche Requiem de Johannes Brahms, partition non liturgique mais tĂ©moignage d’estime du jeune Johann pour son aĂźnĂ© tant admirĂ© et estimĂ©, Robert Schumann
 En allemand (et non en latin), Brahms dĂ©taille avec pudeur et profondeur plusieurs mĂ©ditations sur la perte d’un ĂȘtre cher, le deuil obligĂ©, la mort, le renoncement au monde et Ă  l’amour. La traditionnelle mĂ©tamorphose grĂące Ă  la musique se rĂ©alise en teintes mordorĂ©es et scintillante d’autant plus vibratiles grĂące au format et au caractĂšre spĂ©cifiques des instruments anciens : de l’angoisse et de la douleur Ă  l’espĂ©rance finale, oĂč se prĂ©cise la promesse d’une vie sereine et Ă©ternelle. Philippe Herreweghe retrouve la puissance d’une partition de l’intime, sertie et constellĂ©e de joyaux d’une rare pudeur : Brahms rend un hommage personnel Ă  son « maĂźtre » tant aimĂ© ; il lui offre une priĂšre faite de pleine conscience et de gravitĂ© maĂźtrisĂ©e.

Philippe Herreweghe portraitLe chef fondateur de l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es en rĂ©sidence au TAP, prolonge ainsi son prĂ©cĂ©dent enregistrement d’Un Requiem Allemand / Ein Deutsches Requiem de Brahms, gravĂ© en 1996. Les fiançailles magiques fĂȘtent en 2016, leurs 25 ans : la journĂ©e spĂ©ciale « Cocktail », festival d’un jour autour et par l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es, le jeudi 9 mars 2017 permettra Ă  Poitiers de retrouver chef et instrumentistes en interaction avec leur public-; 20 ans plus tard, le geste devrait Ă©blouir par une expĂ©rience plus riche, une comprĂ©hension nourrie par des annĂ©es de rĂ©flexion et de mĂ©ditation sur le manuscrit de Brahms. Lecture attendue, Ă©vĂ©nement, d’autant plus apprĂ©ciĂ©e dans l’acoustique exceptionnellement dĂ©taillĂ©e et claire du ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers. Avec le Collegium Vocale Gent, Eerens, soprano et Kresimir Strazanac, baryton. RESERVEZ

 

 

 

POITIERS, TAP
Jeudi 13 octobre 2016, 20h30
Brahms : Ein Deutsches Requiem / Un Requiem Allemand

Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es
Collegium Vocale Gent
Ilse Eerens, soprano
KreĆĄimir StraĆŸanac, baryton

 

 

Philippe Herreweghe, direction

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Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site du TAP Poitiers / saison 2016 – 2017

POITIERS. Philippe Herreweghe dirige Un Requiem Allemand de Brahms

POITIERS. Le 13 octobre 2016. Brahms : Un Requiem allemand. Philippe Herreweghe relit le sommet du romantisme sacrĂ©, que signe Brahms en 1871. Requiem personnel. En croyant connaisseur des textes bibliques, Johannes Brahms n’hĂ©sita pas Ă  transgresser les rĂšgles en opĂ©rant lui-mĂȘme la sĂ©lection des priĂšres et chants qu’il souhaitait mettre en musique pour son Requiem. IntitulĂ© Requiem allemand (Ein deutsche Requiem), l’oeuvre s’écarte ainsi de la tradition en n’étant pas chantĂ©e en latin. Sa force et sa ferveur n’en ont que plus d’intensitĂ© et d’émotivitĂ©, abordant sans mĂ©nagements sirupeux, les sujets essentiels que doit affronter le commun des mortels, la mort et la course du temps, la perte des ĂȘtres chers, la finitude de toute chose
 Il s’agit d’un tĂ©moignage personnel traversĂ© par ses impressions et sentiments, par ses expĂ©riences personnelles aussi qui ont endeuillĂ© sa propre vie.

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsMenĂ©e par une jeune Ăąme de 21 ans, la composition s’étend sur plusieurs annĂ©es, de 1854 Ă  1868. De graves Ă©vĂ©nements en ont marquĂ© la genĂšse et la couleur particuliĂšre, ainsi “Den alles Aleisch” dĂ©veloppe l’esquisse d’une sonate Ă©crite au moment de la tentative de suicide de Robert Schumann dont Brahms Ă©tait trĂšs proche. D’autres parties seraient contemporaines de la mort de Schumann (1856) mais Brahms n’a pas prĂ©cisĂ© lesquelles, d’autres encore auraient Ă©tĂ© composĂ©es dans la suite du dĂ©cĂšs de sa mĂšre en 1865.

RENONCEMENT, PAIX ULTIME. A Poitiers, l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es et Philippe Herreweghe jouent Brahms. Premier temps fort de la saison 2016-2017, le sublime Requiem Allemand / Ein deutsche Requiem de Johannes Brahms, partition non liturgique mais tĂ©moignage d’estime du jeune Johann pour son aĂźnĂ© tant admirĂ© et estimĂ©, Robert Schumann
 En allemand (et non en latin), Brahms dĂ©taille avec pudeur et profondeur plusieurs mĂ©ditations sur la perte d’un ĂȘtre cher, le deuil obligĂ©, la mort, le renoncement au monde et Ă  l’amour. La traditionnelle mĂ©tamorphose grĂące Ă  la musique se rĂ©alise en teintes mordorĂ©es et scintillante d’autant plus vibratiles grĂące au format et au caractĂšre spĂ©cifiques des instruments anciens : de l’angoisse et de la douleur Ă  l’espĂ©rance finale, oĂč se prĂ©cise la promesse d’une vie sereine et Ă©ternelle. Philippe Herreweghe retrouve la puissance d’une partition de l’intime, sertie et constellĂ©e de joyaux d’une rare pudeur : Brahms rend un hommage personnel Ă  son « maĂźtre » tant aimĂ© ; il lui offre une priĂšre faite de pleine conscience et de gravitĂ© maĂźtrisĂ©e.

Philippe Herreweghe portraitLe chef fondateur de l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es en rĂ©sidence au TAP, prolonge ainsi son prĂ©cĂ©dent enregistrement d’Un Requiem Allemand / Ein Deutsches Requiem de Brahms, gravĂ© en 1996. Les fiançailles magiques fĂȘtent en 2016, leurs 25 ans : la journĂ©e spĂ©ciale « Cocktail », festival d’un jour autour et par l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es, le jeudi 9 mars 2017 permettra Ă  Poitiers de retrouver chef et instrumentistes en interaction avec leur public-; 20 ans plus tard, le geste devrait Ă©blouir par une expĂ©rience plus riche, une comprĂ©hension nourrie par des annĂ©es de rĂ©flexion et de mĂ©ditation sur le manuscrit de Brahms. Lecture attendue, Ă©vĂ©nement, d’autant plus apprĂ©ciĂ©e dans l’acoustique exceptionnellement dĂ©taillĂ©e et claire du ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers. Avec le Collegium Vocale Gent, Eerens, soprano et Kresimir Strazanac, baryton. RESERVEZ

 

 

 

POITIERS, TAP
Jeudi 13 octobre 2016, 20h30
Brahms : Ein Deutsches Requiem / Un Requiem Allemand

Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es
Collegium Vocale Gent
Ilse Eerens, soprano
KreĆĄimir StraĆŸanac, baryton

 

 

Philippe Herreweghe, direction

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ENTRETIEN avec Philippe Herreweghe

ENTRETIENS – PORTRAITS par HĂ©lĂšne Biard.  C’est Ă  la veille d’une tournĂ©e de neuf concerts en Belgique, en France et en Italie, avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es que Philippe Herreweghe a acceptĂ© de nous accorder une interview tĂ©lĂ©phonique. Entrevue au cours de laquelle nous avons Ă©voquĂ© un parcours atypique, ses ensembles (le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es) et ses projets Ă  venir.

 

 

Philippe Herreweghe : De la mĂ©decine Ă  la direction d’orchestre… Tout pour la musique

 

herreweghe philippeUNE CARRIERE ATYPIQUE ET EXEMPLAIRE. «J’ai toujours Ă©tĂ© attirĂ© par le mĂ©decine et par la musique. J’ai donc suivi un parcours universitaire, Ă  la fin duquel j’ai dĂ©crochĂ© un doctorat en psychiatrie, et des Ă©tudes au conservatoire de Gand, ma ville natale. A l’Ă©poque la pratique amateur Ă©tait trĂšs importante et faisait quasiment jeu Ă©gal avec la pratique professionnelle; j’ai donc dĂ©butĂ© comme chef amateur avant de devenir semi professionnel. Comme la direction d’orchestre et la direction de choeur m’attiraient depuis longtemps, j’ai fondĂ© le Collegium Vocale Gent en 1970. Mon doctorat en poche, j’ai choisi la carriĂšre musicale de maniĂšre dĂ©finitive; j’avais 25 ans» nous dit Philippe Herrweghe qui poursuit : «Ce sont deux grands chefs, en l’ocurrence Gustav Leonardt et Nikolaus Harnoncourt dont la rĂ©cente disparition m’attriste beaucoup (NDLR : dĂ©cĂ©dĂ© le 6 mars 2016), qui m’ont, non seulement encouragĂ© mais aussi permis de faire mes premiers pas professionnels. C’est avec eux que j’ai rĂ©alisĂ© mes premiers enregistrements au disque. Je leur dois beaucoup; j’ai Ă©voluĂ© stylistiquement et musicalement grĂące Ă  leur enseignement.» A la fois dynamique et passionnĂ© par les principales pĂ©riodes de la musique, Philippe Herreweghe fonde au fil des annĂ©es plusieurs ensembles qui lui permettent d’aborder un rĂ©pertoire aussi large que possible.

Les ensembles

«Afin de pouvoir aborder un vaste rĂ©pertoire vocal et instrumental, j’ai fondĂ© plusieurs ensembles et orchestres. Ainsi avec le Collegium Vocale Gent, je m’intĂ©resse Ă  la musique ancienne mais aussi aux pĂ©riodes baroque et classique. L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es, anciennement nommĂ© «La Chapelle Royale» joue sur instruments anciens des Ɠuvres allant du XVIIIe siĂšcle jusqu’au dĂ©but du XXe. Je suis Ă©galement chef permanent de l’Orchestre National de Flandre; le travail avec chacun de ces ensembles ou orchestres et cette diversitĂ© de rĂ©pertoires oblige aussi Ă  une vigilance constante» prĂ©cise le chef gantois. «Et comme l’Orchestre des Champs ElysĂ©es joue sur instruments d’Ă©poque, nous sommes au plus prĂšs des tonalitĂ©s d’origine». Et d’ajouter : «Pendant longtemps nous avons enregistrĂ© avec le label Harmonia Mundi. Mais comme je voulais ĂȘtre totalement libre de mes choix et de mes mouvements j’ai crĂ©Ă© mon propre label, «Phi», la lettre grecque», ajoute-t-il en apartĂ©. «Cela me permet d’enregistrer ce que je veux quand je veux» aime Ă  prĂ©ciser Philippe Herreweghe qui ne veut dĂ©pendre de personne d’autre que lui-mĂȘme dans ce domaine.

Les Sept derniĂšres paroles du Christ en croix

«C’est l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es qui a programmĂ© cette Ɠuvre; il s’est donc naturellement tournĂ© vers l’oratorio, la derniĂšre des quatre versions du chef-d’oeuvre de Haydn». Le chef belge poursuit : «Si au dĂ©part il s’agissait d’une Ɠuvre pour orchestre destinĂ©e Ă  souligner la liturgie du Vendredi Saint, chacune des trois autres versions, quatuor, oratorio «primitif» et l’oratorio tel que nous le connaissons, a son intĂ©rĂȘt et a ses difficultĂ©s propres. Haydn a, chaque fois, composĂ© une musique riche, complexe mais aussi sereine dans l’expression de la foi en Dieu». La musique de Haydn est d’ailleurs remarquablement servie par le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es qui maĂźtrisent parfaitement leur sujet.

Les projets : Bruckner, Brahms, Beethoven…

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©e«Nous avons la chance d’avoir un administrateur trĂšs dynamique qui dĂ©borde d’idĂ©es et de projets. Ceci dit, vous savez que j’ai Ă©tĂ© le directeur artistique du festival de Saintes pendant 20 ans. Je suis donc encore trĂšs liĂ© Ă  l’Abbaye aux Dames oĂč je reviens chaque annĂ©e avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es» confirme Philippe Herreweghe en prĂ©ambule avant de poursuivre : «cette annĂ©e (juillet 2016) je dirigerai un concert de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es fusionnĂ© pour l’occasion au Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) au cours duquel nous jouerons la SixiĂšme symphonie de Bruckner; et le Collegium Vocale Gent donnera aussi deux concerts.». Mais Philippe Herreweghe, chef volontaire et dynamique ne compte pas s’arrĂȘter pas en si bon chemin : «Nous aimerions enregistrer l’intĂ©grale des Symphonies de Beethoven que nous prĂ©senterons Ă  Paris l’an prochain. Dans les prochains mois, nous entamerons un grand cycle Brahms sur plusieurs saisons, aborderons la Messe en ut mineur de Beethoven Ă  Saintes et Le comte Ory de Rossini Ă  Paris». Eclectisme mais approfondissement, largeur de vue mais exigence interprĂ©tative… De quoi nous rĂ©jouir.

Chef gĂ©nĂ©reux, dynamique, enthousiaste, Philippe Herreweghe ne manque jamais une occasion de partager son immense amour pour la musique. Que se soit avec ses musiciens qu’il connaĂźt pour certains depuis des annĂ©es, ou avec son public toujours trĂšs nombreux et fidĂšle ou qu’il soit.

 

 

 

Saintes abbayeAGENDA : Samedi 16 juillet 2016, Ă  19h30 (Abbaye aux Dames)
Philippe Herreweghe dirige la Symphonie n°6 “Tragique” de Bruckner
Orchestre des Champs-ElysĂ©es et Jeune Orchestre de l’Abbaye
Temps fort du festival de Saintes 2016

 

 

 

Propos recueillis en avril 2016

 

 

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

herreweghe philippeCompte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Haydn. Les Sept Paroles du Christ en croix. Orchestre des Champs ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. Les Sept DerniĂšres paroles du Christ en croix : Nouveau succĂšs du Collegium Vocale Gent et de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es. A l’approche des fĂȘtes de PĂąques, quelle Ɠuvre, autre qu’un oratorio, aurait-elle pu ĂȘtre donnĂ©e, en ce jeudi 17 mars, au ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers ? C’est avec Les sept derniĂšres paroles du Christ en croix de Joseph Haydn (1732-1809) qu’arrivent, sur la scĂšne de l’auditorium, le Collegium Vocale Gent, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et les quatre solistes invitĂ©s par Philippe Herreweghe. Les sept derniĂšres paroles du Christ en croix ont un parcours de vie assez particulier. En effet la toute premiĂšre version de l’oeuvre est purement orchestrale composĂ©e, sur commande de l’Ă©glise Santa Cueva de Cadix (Espagne), par Haydn pour le Vendredi Saint. Il a par la suite repris son Ɠuvre pour en faire un quatuor puis l’oratorio tel que nous le connaissons pour orchestre, choeur et solistes. C’est cette derniĂšre version que nous prĂ©sentent Philippe Herreweghe et ses interprĂštes.

DĂšs l’introduction, Philippe Herreweghe donne le ton de la soirĂ©e; la direction sera sobre, ferme, prĂ©cise. Parfaitement prĂ©parĂ©, le Collegium Vocale Gent donne une performance remarquable d’autant que le choeur est trĂšs sollicitĂ©; musicalement les choristes sont irrĂ©prochables, … et la diction elle est idĂ©ale. En ce qui concerne les solistes, Herreweghe a invitĂ© quatre belles voix, que nous aurions pris plaisir Ă  entendre un peu plus. En effet les quatre solistes chantent par dessus le choeur avec de temps Ă  autre une voix seule. Les deux voix fĂ©minines, Sarah Wegener et Marie Henriette Reinhold, sont solides, plutĂŽt bien chantantes et David Soar fait entendre des graves impressionnants, bien qu’il soit le seul Ă  n’avoir aucune intervention hors du quatuor. Quant Ă  Robin Tritschler, si la voix est belle, elle peine Ă  passer la rampe alors que ses rares interventions se bornent Ă  du rĂ©citatif, peu flatteur pour le tĂ©nor. FidĂšle Ă  lui mĂȘme l’Orchestre des Champs ElysĂ©es accompagne avec bonheur le Collegium Vocale Gent et le quatuor de solistes. La direction ferme, prĂ©cise, souple de Philippe Herreweghe donne un coup de fouet Ă  une Ɠuvre emprunte de foi sereine mais qui prĂ©sage, avec le «terremoto» final, une chute brutale et prĂ©visible de l’humanitĂ© pĂ©cheresse.

C’est, une nouvelle fois, un concert de haute volĂ©e que le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, placĂ©s sous la direction de leur chef historiques, ont donnĂ© devant un auditorium bien rempli. C’est sans doutes aucun, l’une des versions de rĂ©fĂ©rence de l’oratorio de Haydn Ă  laquelle nous avons assistĂ© en ce jeudi soir et que nous espĂ©rons voir publiĂ©e en CD…

Poitiers. Auditorium, le 17 mars 2016. Joseph Haydn (1732-1809) : Les sept derniÚres paroles du Christ en croix. Sarah Wegener, soprano, Marie Henriette Reinhold, mezzo soprano, Robin Tritschler, ténor, David Soar, basse, Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction.

Philippe Herreweghe et Isabelle Faust joue Beethoven Ă  Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 dĂ©cembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers, ce 7 dĂ©cembre 2015 oĂč la fine caractĂ©risation des instruments d’Ă©poque renouvelle notre perception des deux premiĂšres Symphonies et du Concerto en rĂ© de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intĂ©resse au Beethoven le plus fougueux, le plus libĂ©rateur celui qui des cendres encore chaudes de la RĂ©volution, bĂątit un nouvel ordre musical, poĂ©tique et esthĂ©tique offrant enfin au siĂšcle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses dĂ©fis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’Ă©blouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intĂ©rioritĂ© restitue au Concerto en rĂ© majeur, son Ă©toffe Ă©motionnelle tissĂ©e d’Ă©lan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancĂ© secret de ThĂ©rĂšse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovĂ©nien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’Ă©poque fondĂ© par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son rĂ©pertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des annĂ©es 1800 / 1803. Revenir Ă  Beethoven reste pour un orchestre un dĂ©fi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthĂ©tique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux Ă©blouissants des inventeurs et des poĂštes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire Ă  Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons dĂ©finissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, hĂ©ros des LumiĂšres, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociĂ©tale, fruit de la sociĂ©tĂ© des LumiĂšres et de la RĂ©volution française (de facto, la n°3 “HĂ©roĂŻca”, crĂ©Ă©e en 1804, porta comme premiĂšre dĂ©dicace “Bonaparte”, le hĂ©ros libĂ©rateur de la tyrannie des monarchies).

Faust-Isabelle-violon-582CritiquĂ©e pour sa fureur militaire qui dĂ©chirait les tympans plutĂŽt qu’elle ne touchait le cƓur, la Symphonie n°1 est encore trĂšs redevable Ă  Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovĂ©nien, est dĂ©diĂ© au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poĂšte de la CrĂ©ation, l’oratorio prophĂ©tique et panthĂ©iste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle Ăšre (accord dissonant de septiĂšme de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3Ăšme mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du concert Beethoven au TAP de Poitiers avec Philippe Herreweghe et Isabelle Faust (photo ci dessus)

 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
RĂ©sa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs ElysĂ©es © A.PĂ©quin

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Bach. Dorothée Mields, soprano; Margot Oetzinger, mezzo soprano, Damien Guillon, contre ténor; Thomas Hobbs, ténor; Peter Kooy, basse; Collegium Vocale Gent; Philippe Herreweghe, direction.

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©eUltime chef-d’oeuvre de Johann Sebastian Bach (1685-1750), la Messe en si mineur a connu une histoire chaotique. Si son oeuvre fut crĂ©Ă©e peu avant le dĂ©cĂšs du Cantor de Leipzig, sa composition s’Ă©tend sur une vingtaine d’annĂ©es. En effet Bach rĂ©utilisa des parties de cantates ou de concertos composĂ©es pour certains entre 1724 et 1733, date Ă  laquelle le kyrie et le gloria furent donnĂ©s Ă  l’occasion de la prestation de serment du nouveau prince Ă©lecteur de Saxe FrĂ©dĂ©ric Auguste II. Les trois derniĂšres piĂšces de la Messe furent composĂ©es en 1748 et 1749. TombĂ©e dans l’oubli dĂšs la disparition de son compositeur, la Messe en si ne fut crĂ©Ă©e dans son intĂ©gralitĂ©, telle que nous la connaissons, qu’en 1859. C’est le Collegium Vocale Gent, placĂ© sous la direction de Philippe Herreweghe, son chef historique et fondateur, qui interprĂšte cette nouvelle version du chef-d’oeuvre de Bach.

La Messe en si de JS Bach

Philippe Herreweghe qui connait bien le chef d’oeuvre de Bach, il l’a dĂ©jĂ  enregistrĂ© avec le Collegium Vocale Gent, dirige la Messe d’une main ferme et sĂ»re. Les solistes qu’il a invitĂ©s, sont intĂ©grĂ©s au choeur : ils chantent intĂ©gralement la partition. Musicalement d’ailleurs c’est presque parfait ; l’orchestre qui travaille avec son chef depuis le dĂ©but, le suit avec une rigueur et une prĂ©cision millimĂ©trique, notre seul bĂ©mol concerne l’intervention du cor; certes la maitrise du cor ancien est difficile et demande un gros travail de prĂ©paration, mais les fausses notes entendues en ce 14 juillet sont gĂȘnantes Ă  un niveau aussi Ă©levĂ©. Est-ce dĂ» au trac? Ă  la jeunesse du corniste? Ce sont des possibilitĂ©s qui ont quand mĂȘme handicapĂ© la basse Peter Kooy Ă  peine audible dĂšs le milieu de la nef. Vocalement le petit choeur du Collegium Vocale Gent est parfait et le renfort des solistes Ă©lĂšve encore un niveau dĂ©jĂ  trĂšs haut. Dans le quintette vocal, saluons les excellentes performances de la soprano DorothĂ©e Mields, du tĂ©nor Thomas Hobbs et de l’alto Damien Guillon qui travaille rĂ©guliĂšrement avec Philippe Herreweghe. Ces trois artistes, malgrĂ© la briĂšvetĂ© de leurs interventions, excellent tant dans les duos que les parties solistes. Plus Ă  la peine, la mezzo soprano Margot Oetzinger; une grossesse dĂ©jĂ  avancĂ©e pĂ©nalise la mezzo dont la voix, au demeurant plutĂŽt belle, a bien du mal Ă  passer par dessus l’orchestre. De mĂȘme, elle est facilement couverte par DorothĂ©e Mields lors de leur duo (Christe Eleison). Si la premiĂšre intervention de Peter Kooy est en demi teinte, la seconde est remarquablement menĂ©e, et la voix claque dans l’Ă©glise abbatiale avec une insolence irrĂ©sistible.

MalgrĂ© quelques accrocs, somme toute mineurs, c’est une Messe en si remarquablement interprĂ©tĂ©e et menĂ©e de main de maitre qu’offrent Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale Gent. Cette ultime Messe du Cantor de Leipzig, monumentale et profonde, est le testament de Bach. Philippe Heerewghe en cisĂšle une lecture forte et parfaitement limpide.

Compte rendu, concert.  Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2015. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : messe en si mineur. Dorothée Mields, soprano; Margot Oetzinger, mezzo soprano, Damien Guillon, contre ténor; Thomas Hobbs, ténor; Peter Kooy, basse; Collegium Vocale Gent; Philippe Herreweghe, direction.

Festival de Saintes 2015

SAINTES festival 2015 visuel-festival-BD-400x559Festival de Saintes : 10-18 juillet 2015. ImaginĂ© en 1972 pour donner une nouvelle vocation (musicale) au site afin d’assurer sa prĂ©servation, le meilleur festival en Poitou-Charentes en juillet sait chaque annĂ©e renouveler son offre : ni territoire des Ayatollah du Baroque, ni terre rĂ©servĂ©e des passionnĂ©s des sonoritĂ©s romantiques, mais un goĂ»t spĂ©cifique et Ă©largi pour la sincĂ©ritĂ© et l’authenticitĂ© des dĂ©marches artistiques, un tremplin de personnalitĂ©s Ă©clectiques finalement, qui osent, rĂ©gĂ©nĂšrent, questionnent. Sous la voĂ»te grandiose de l’église abbatiale, les grands concerts savent proposer de grandes formes : symphoniques, chorales, sacrĂ©es ou profanes, et cette annĂ©e ce sont des gĂ©nĂ©rations de nouveaux musiciens, instrumentistes et chanteurs qui fourmillent d’idĂ©es et de saine sensibilitĂ© pour que l’idĂ©e du festival se conjugue avec dĂ©couverte et aussi surprise voire dĂ©frichement. Allez Ă  Saintes cet Ă©tĂ© pour les jeunes artistes communicatifs (lire ci aprĂšs tous les noms des phalanges cultivĂ©es ici comme les pousses d’une stimulante pĂ©piniĂšre) et aussi, surtout, ce Wagner sur instruments d’époque (Parsifal quand mĂȘme) par Philippe Herreweghe et son orchestre maison : des Champs ElysĂ©es (Ă©vĂ©nement symphonique le 18 juillet Ă  19h30 : dernier grand concert de l’édition 2015).

 

 

Temps forts du Sainte 2015

Wagner sur instruments d’Ă©poque : un nouveau dĂ©fi gagnant ?

herreweghe philippeNe manquez pas cette annĂ©e : D’abord, le Wagner sur instruments d’Ă©poque (depuis le temps que nous en rĂȘvons!), comme nous l’avons signalĂ© prĂ©cĂ©demment, puis : le Rameau pastoral mĂ©connu d’Amarillis et le tĂ©nor Mathias Vidal, le 13 juillet, 13h ; le Borodine du clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vĂšre, mĂȘme date mais Ă  11h ; le Satie et John Cage d’AlexeĂŻ Lubimov ; Fux avec Vox Luminis, le 12 juillet Ă  19h30 ; la facĂ©tieuse et virtuose Petite Messe de Rossini par le chƓur Aedes (le 17 juillet Ă  19h30), et surtout le dernier Wagner (Parsifal) et Strauss (Mort et transfiguration) par l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et Philippe Herreweghe (temps fort pour les curieux de Wagner sur instruments d’époque : le 18 juillet Ă  19h30 ; au programme pour les amateurs de Wagner : PrĂ©ludes du I, III en Enchantement du Vendredi Saint : soit les instants les plus hautement spirituels de la partition ; de quoi transformer la voĂ»te de l’Abbatiale en nouveau temple bayreuthien ? Superbe idĂ©e en tout cas !). Les vertus du symphonisme sur instruments d’époque ne sont plus Ă  prouver et Saintes, rĂ©sidence et lieu de travail des jeunes instrumentistes de l’Orchestre maison, Jeune orchestre de l’Abbaye (ex JOA Jeune Orchestre Atlantique)-, « ose » Ă©galement nous enchanter par un programme prometteur qui ressuscite le Beethoven français, Onslow (impĂ©tuositĂ©, Ă©nergie, vitalitĂ© et raffinement instrumental, le 11 juillet Ă  17h).
Sans omettre, le premier concert concertant avec orchestre de la claveciniste Maude Gratton (le 13 juillet, 19h30), les transcriptions du violon ou du luth par  Jean Rondeau (clavecin) et une myriade exaltĂ©e (enchanteresse?) de jeunes ensembles qui foulent pour la premiĂšre fois le sol de l’Abbaye (Quatuor Cambini : le 11 juillet Ă  22h dans Mozart et Haydn ; Gli Angeli : le 11 juillet dans Biber, RosenmĂŒller
 ; La Main Harmonique dans les Madrigaux de Monteverdi, le 16 juillet, 22h ; Faenza : le 13 juillet, 22h, « Conversation ou dialogue de l’esprit et des sens » ).
Le 14 juillet temps fort Ă  19h30 dans l’Abbatiale : Messe en si de Bach par Philippe Herreweghe et le Collegium vocale Gent.  Et puis annĂ©e Louis XIV oblige, le festival offre aussi la restitution musicale des fastes du mariage de Louis XIV avec l’Infante Marie-ThĂ©rĂšse d’Espagne.

 

 

 

SAINTES festival 2015 visuel-festival-BD-400x559Le Festival de Saintes se structure dans et autour du lieu qui l’accueille, un ensemble minĂ©ral superbement prĂ©servĂ© que le festivalier parcourt en empruntant ses alentours comme un manĂšge enchantĂ© : la cour extĂ©rieure, l’église, les vastes salles des communs de l’Abbaye aux Dames, oĂč les concerts ont lieu Ă  13h, 17h30, 19h30, 22h
 un menu qui permet chaque jour de choisir, selon son goĂ»t et son humeur, auquel s’ajoutent de nombreuses animations : confĂ©rences, visites guidĂ©es (locales et hors les murs)
 JournĂ©e diffusĂ©e sur Radio Classique, le 14 juillet 2015.

 

 

Toutes les infos sur le site du Festival de Saintes 2015

 

 

Poitiers, TAP. Concert Philippe Herreweghe, Ann Hallenberg au TAP de Poitiers

Philippe Herreweghe portraitPoitiers, TAP. Concert Philippe Herreweghe, Ann Hallenberg, le 25 septembre 2014, 20h30. Sublime interprĂšte, trop mĂ©connue, la mezzo suĂ©doise Ann Hallenberg se produit Ă  Poitiers. Premier concert de la nouvelle saison musicale du TAP Ă  Poitiers, le programme du 25 septembre est particuliĂšrement allĂ©chant, associant le chef familier de la salle poitevine, Philippe Herrewegge dont l’expertise des timbres dĂ©licatement ciselĂ©s sur instruments anciens s’allie au chant tout aussi raffinĂ© et rare de la mezzo suĂ©doise, encore trop mĂ©sestimĂ©e en France, Ann Hallenberg. On se souvient de son excellent album discographique dĂ©diĂ© au chant de la diva romantique Marietta Marcolini, muse inspiratrice, maĂźtresse du jeune Rossini. La mezzo s’y Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ©e Ă©blouissante par son sens sans Ă©paisseur ni outrance de la caractĂ©risation vocale. Autant de qualitĂ©s que les spectateurs du TAP Ă  Poitiers devrait retrouver et applaudir ce 25 septembre dans l’Ă©crin acoustiquement idĂ©al de l’Auditorium, l’une des rĂ©alisations de l’architecture musicale parmi les plus rĂ©ussies en France. Le timbre raffinĂ© et profond de la diva nordique devrait embraser la violence tragique et trĂšs recueillie du texte des Kindertotenlieder de Mahler, l’un des cycles pour orchestre et voix de Mahler les plus bouleversants : saisissants mĂȘme par la mort qui y est exprimĂ©e, et le deuil comme la perte des enfants perdus qui y sont Ă©voquĂ©s.
hallenberg-ann-mezzo TAP philippe herrewegheEn prime, chef et orchestre explorent des terres exceptionnellement rares dans leur rĂ©pertoire : Wagner dont ils jouent le PrĂ©lude du 3Ăšme acte des MaĂźtres Chanteurs : un hymne instrumental cĂ©lĂ©brant le sujet central de l’opĂ©ra, l’absolue vertu de l’art, dĂ©fendu  donc Ă  Poitiers avec la fine coloration et l’articulation millimĂ©trĂ©e des instruments d’Ă©poque. C’est une proposition orchestrale que tout amateur de Wagner n’osait plus espĂ©rer dans une salle de concert. Chant embrasĂ© et subtil d’une diseuse inspirĂ©e (Ann Hallenberg), geste sĂ»r et transparent d’un orfĂšvre des sonoritĂ©s instrumentales…. le programme proposĂ© Ă  Poitiers ce 25 septembre, est irrĂ©sistible.

Concert Wagner, Mahler, Brahms
Ann Hallenberg, mezzo
Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es
Philippe Herreweghe, direction
TAP, Auditorium, Poitiers. Le 25 septembre 2014, 20h30

Durée : 1h40 avec entracte
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ann hallenberg marietta marcoliniAnn Hallenberg, mezzo chante Rossini, Mosca, Mayr, Paer… Outre une technique coloratoure exemplaire (prĂ©cision et nuances), Ann Hallenberg éblouit par son Ă©loquence sensuelle, la justesse des intonations, le style idĂ©alement mĂ©dian entre abattage et sincĂ©ritĂ©; la mezzo apporte de la finesse dans un
 monde de pirouettes qui sans ce supplĂ©ment d’ñme pourrait facilement basculer dans la pure dĂ©monstration virtuose. Son sens du texte, sa franchise sans aucune affectation l’imposent rossinienne jusqu’au bout des ongles. Les deux airs de l’Italienne Ă  Alger (Venise, 1813) sont lumineux. Et mĂȘme dans les scĂšnes contemporaines signĂ©s Cocia ou Weigl, les instrumentistes du Stavanger Symphony Orchestra trouvent de justes accents sous la baguette attendrie et fluide de Fabio Biondi. Lire notre critique complĂšte du cd Ann Hallenberg : hommage Ă  Marietta Marcolini (1 cd NaĂŻve)

Reportage vidéo : Le JOA Jeune Orchestre Atlantique interprÚte la Titan de Mahler sous la direction de Philippe Herreweghe (juillet 2013)

JOA_jeune_orchestre_atlantiqueReportage vidĂ©o: Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprĂšte la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’Ă©poque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonoritĂ©s Ă©tranges et familiĂšres, Ă  la fois autobiographiques donc intĂ©rieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spĂ©cifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche trĂšs attendue des textures et Ă©tagements malhĂ©riens. A Saintes, lieu de rĂ©sidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se rĂ©alise sur une partition majeure du … XXĂšme siĂšcle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immĂ©diatement, ainsi au diapason d’une subjectivitĂ© Ă  l’Ă©chelle du cosmos, Ă©tablissent de nouvelles rĂšgles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son … en route pour la modernitĂ© complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXĂšme siĂšcle ! Concert incontournable. Grand reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

Le JOA Jeune Orchestre Atlantique joue la Symphonie n°1 “Titan” de Mahler (juillet 2013)

Depuis ses premiĂšres sessions Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes, le JOA Jeune Orchestre Atlantique ne cesse de porter toujours plus loin les apports bĂ©nĂ©fiques des instruments d’époque dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques; rien n’égale en Europe la formation ainsi proposĂ©e aux jeunes instrumentistes venus du monde entier pour y suivre les conseils de l’équipe pĂ©dagogique, de façonner et perfectionner leur propre jeu sous la conduite des chefs aujourd’hui reconnus. Cette annĂ©e, volet toujours trĂšs attendu du festival estival, le JOA ose aller plus loin encore ; il repousse le cadre chronologique des pĂ©riodes classiques et romantiques 
 jusqu’à la Symphonie n°1 Titan de Gustav Mahler (1889) 
 un nouveau dĂ©fi post romantique se dresse face Ă  l’énergie et Ă  la curiositĂ© des apprentis musiciens et pour lequel s’engage aussi le chef flamand Philippe Herreweghe qui depuis sa crĂ©ation, suit les avancĂ©es et l’évolution de l’orchestre. Captation intĂ©grale de la Symphonie n°1 Titan, week end inaugural du festival de Saintes 2013. IntĂ©gral du 4Ăšme mouvement. © CLASSIQUENEWS.TV 2013

Compte rendu, concert. Lyon. Chapelle de la Trinité, 11 juin 2014. Collegium Gent, Philippe Herreweghe : cantates et oratorios des Bach

Philippe Herreweghe portraitUn thĂšme Ascensionnel, des variations sur l’ombre et la lumiĂšre, traversant quatre cantates et oratorios de la famille Bach : la chapelle de la TrinitĂ© lyonnaise est cadre idĂ©al pour une telle RĂ©surrection. Philippe Herreweghe ,haut spĂ©cialiste du monde de Bach, donne Ă©lan joyeux mais sereine gravitĂ© Ă  ces partitions de mystique et de recherche.

 

La douceur de la Trinité

Ecoutant, Ă©bloui par la perfection et la pertinence des choix stylistiques de Philippe Herreweghe, les quatre cantates et oratorios de la famille Bach, on se dit que le moindre des devoirs pour un  spectateur, c’est aussi d’aller chercher  les « correspondances » significatives qui enrichissent des moments si prĂ©cieux. (A plus forte raison si le spectateur signataire de ces lignes est investi d’un (si petit !) pouvoir de critique, mais nommons-le mĂ©morialiste, c’est plus modeste
). Dans un concert comme celui qui vient de clĂŽturer en gloire  la « saison baroque » en TrinitĂ© lyonnaise, c’est le lieu privilĂ©giĂ© qui incite Ă  la mise en relations de l’ « entendre » et du « voir ». La restauration impeccable de cette Chapelle aux allures d’église permet  de ne pas  faire sentir le « rĂ©nové », la patine du temps (rĂ©cent) a dĂ©jĂ  appliquĂ© ses marques, peut-ĂȘtre  les harmoniques et les rĂ©sonances  de multiples concerts depuis plus de deux dĂ©cennies ont-elles contribuĂ© Ă  cette douceur  de la Trinité 

Au pays de Descartes et de Poussin

Il est vrai que c’est ici baroquisme Ă  la française, donc sous le signe d’une modĂ©ration sans tentation d’un trop  de fiĂšvre au pays de Descartes, Poussin et Champaigne. Les tableaux du chƓur sont sagement encadrĂ©s par le marbre orthogonal, les quatre statues sont dans la gestuelle trĂšs baroque de  « l’ostentation », mais indiquent avec  quasi-rĂ©serve un Ciel  oĂč siĂšge la Parole : une consigne de modĂ©ration qui semble « faite » pour un chef non ibĂ©rique ou italien, mais venu des brouillards nord-occidentaux
Bref, Philippe Herreweghe, en cette  thĂ©matique de l’Ascension(nel), garde l’élĂ©gante distanciation  malgrĂ© tout si engagĂ©e qui a imprimĂ© sa marque dans le microcosme baroqueux. Les gestes des bras et des mains paraissent souvent menus, se mouvant dans un espace intime, et en ceux-lĂ  s’exprime parfois – sans mots, Ă©videmment -,   – une tendresse qu’implore vers ses interprĂštes  le regard pourtant « presque trop( ?) sĂ©rieux ».

Le Verbe s’est fait chair

 Sans doute aussi  un enregistrement tĂ©lĂ©visuel du concert ajoute t-il Ă  la tension des interprĂštes. Les sourires  viendront une fois accompli le parcours de chaque Ɠuvre, et alors la sĂ©vĂ©ritĂ© du MaĂźtre se dĂ©tendra
 Parfois aussi le corps se penche comme pour exprimer l’action musicale, le frĂ©missement, et ajoutant  son  « tout entier » aux mains qui dĂ©jĂ  implorent  l’impatience soucieuse de perfection. En arriĂšre et en dedans, bien sĂ»r, se tient l’esprit dont on se rappelle que la formation initiale du chef – mĂ©decine, rayon psychĂš – a guidĂ© vers le mal quantifiable. En paraphrasant l’Evangile de Jean, on dirait qu’avec Herreweghe « le Son, comme Verbe, s’est fait chair et habite parmi nous. ». Et les beautĂ©s musicales dans leur adaptation Ă  la pensĂ©e en retrait silencieux sont offertes  en des effectifs du « milieu », entre les masses  qui prĂ©valurent –et parfois « caricaturĂšrent » – dans une conception « post-romantique  », et la cure de minceur qu’ont appliquĂ©e – non sans sĂ©duction argumentaire, paradoxale et purificatoire-  les minimalistes rigoureux comme J.Rifkin ou Sigiswald Kuijken.

Un effectif raisonnable

 Entre Jordaens ou Rubens et Le Greco, Herreweghe se rapprocherait  du mystique espagnol, au moins pour cĂ©lĂ©brer Bach en voyage lyonnais : douze vocaux (chƓur et solistes), un  chiffre de symbolique apostolique, et 22 instrumentistes, en nombre raisonnable, non plĂ©thorique. Glissons  encore vers le visuel :  des volumes tantĂŽt tendant aux blocs, tantĂŽt traversĂ©s de lumiĂšres mouvantes, et tous transcendĂ©s par l’action impĂ©rieuse jusque dans son repli lyrique. C’est bien ce qui rend unique le son du Collegium Gent, lui-mĂȘme patiemment cimentĂ©, colorĂ©, fondu-enchainĂ© par son exigeant fondateur.

Le centre spirituel du choral

 Les partitions de la Famille Bach y paraissent dans leur vĂ©ritĂ© ,religieuse pour les croyants-chrĂ©tiens,  et du domaine sacrĂ© de l’humain, pour « les autres », incluant tous les rĂ©cits, toutes les histoires et les symboliques. Ainsi le langage –parlĂ© dans les « poĂ©sies » de livret, qui certes ne sont pas toutes inspirĂ©es, « musiqué », toujours – permet  d’atteindre le Sens universel pour ceux qui acceptent d’emprunter – fĂ»t-ce un temps – ce chemin. La synthĂšse de cet  art, oĂč certains guides de la pensĂ©e comme Luther ont une place Ă©minente, c’est le choral : clameur sans cri, flux et reflux de sons organisĂ©s et ardents qui rationalise l’écriture et rend accessible au plus grand nombre, voilĂ  bien le « petit monde » au sein du grand monde qu’est chaque cantate, moment d’unanimitĂ© en action pour les fidĂšles et mĂȘme les Ă©coutants, Ă©cho de ce que « chantait » le chƓur dans la tragĂ©die de l’AntiquitĂ©.

Dans le creuset de l’inspiration collective

Les solistes de chaque « groupe en trio », conquiĂšrent Ă©videmment leur individualitĂ© au sein  du voyage des sons : la basse  Peter Kooij, parfois hĂ©ros de puissance (BWV.43) et aussi angoissĂ© que bercent les flĂ»tes (B.11), l’alto Damien Guillon, Ă  la voix « isangĂ©lique », quelque part hors du monde (B.11), le tĂ©nor Thomas Hobbs, Ă  l’éclat lyrique (B.43) et parfois suppliant (cantate de J.M.Bach), la soprano  Dorothee Mields,  consolatrice (B.43) et sortant de l’ ombre (B.43). On n’oublie pas non plus  des moments parfaits dans les groupes, des images Ă  rĂ©sonance poĂ©tique : le miroir enflammĂ© des cuves sonores que sont les timbales, , la discrĂšte, studieuse  et sage silhouette de l’organiste, les basses magiques des violoncelles (B.43)et de la contrebasse (B.11), la ponctuation exulltante et ensoleillĂ©e  des trompettes, le profil mĂ©ditatif du hautboĂŻste japonais, la noble projection d’attitude bergmanienne de la 3e basse Ă  stature lĂ©gendaire
 Nul n’est en concurrence, tout se fond dans le creuset de l’inspiration collective.

Le Soir et les PĂšlerins d’EmmaĂŒs

Et puis, enchĂąssĂ©e entre les cantates-oratorios  du Descendant, on rencontre la brĂšve cantate de Johann-Michael, Ascendant –cousin germain du pĂšre de J.S.B., pĂšre de Maria-Barbara (la 1Ăšre Ă©pouse du GĂ©nie), et pas du tout nĂ©gligeable affluent du systĂšme  « fluvial »  des Bach aux XVIIe et XVIIIe. : rĂ©vĂ©lation saisissante de densitĂ© dramatique, de frĂ©missement poĂ©tique oĂč le Soir ( Abend) se contrepointe du chant Ă©perdu  des cordes comme oiseaux se rĂ©pondant Ă  travers  les arbres, avant que le  quatuor vocal  ne dise qu’il faut affronter le vieillissement du Temps. Avec le BWV 6, on suit le rĂ©cit des PĂ©lerins d’EmmaĂŒs, et lĂ  aussi une « tragĂ©die du paysage »(mental) va des coups de lumi-re hollandais-XVIIe au clair-obscur, au mystĂšre habitĂ© de Rembrandt, avec une voix de soprano qui s’abandonne Ă  la contemplation mystique de ce que les yeux ne sauraient d’emblĂ©e saisir. On songe lĂ  encore Ă  un texte inattendu de Julien Gracq, dans son « Beau TĂ©nĂ©breux » : « entre RĂ©surrection et Ascension, ces appari tions fuyantes, douteuses, crĂ©pusculaires, si poignantes  d’une lumiĂšre de dĂ©part » : allez, Ă  vos livres, spectateurs de la TrinitĂ©, encore un effort et vous serez « en correspondances » !

De Van Eyck au Tintoret

Travaillons donc (sur)  le souvenir actif de telles fĂȘtes, recherchons ensemble dans l’histoire picturale ce qui d’ailleurs ne figurepas tant dans un XVIIIe contemporain de J.SB. que dans ce qui « remonte » en vĂ©ritĂ© thĂ©ologique des arts, au XVIe itallen ( agitation poĂ©tique de Tintoret, douceur de Titien, dĂ©corative de VĂ©ronĂšse : tiens ,les rangĂ©es de balustrades  balconnantes sur la nef de la Trinité !), ou au XVe de la pĂ©ninsule ( Giotto, Masaccio, Uccello). Sans surtout oublier, du cĂŽtĂ© de chez Philippe H. et du Collegium, les Flamands du naturalisme spiritualiste, Van Eyck, Van der Weyden, Van der Goes, visionnaires d’Agneau Mystique et d’Annonciations. Tout cela, sans doute plus que l’ascensionnel baroque d’églises autrichiennes et allemandes
 Et puis, sous l’éclat usurpateur des triomphes guerriers (la mise en dĂ©route des ennemis dans BWV 11), un Ă©cho visuel et auditif du malheur des temps qu’engendrĂšrent les guerres religieuses (celle des Trente Ans de l’Europe du Centre au XVIIe) et de la conquĂȘte monarchique sanglante (les armĂ©es de Louis XIV saccageant le Palatinat)


L’art, l’Histoire, ne sont-ils pas uniques mais faisant partie de l’Un, splendeurs, menaces  et horreurs inextricablement mĂȘlĂ©es ? Mais  pacifions tout cela par une Parole claudĂ©lienne : « l’esprit crĂ©ateur, l’esprit de vie, la grande haleine pneumatique, le dĂ©gagement  de l »esprit qui enivre ! ».

Lyon, Chapelle de la Trinité, 11 juin  2014. J.S.Bach (1685-1750) et J.M.Bach  (1649-1694) : cantates et oratorios. Collegium de Gent. Philippe Herreweghe, direction.

Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts Ă©vĂ©nements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les crĂ©atures de PromothĂ©e de Beethoven. Orchestre des Champs ElysĂ©es, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs ElysĂ©es sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens Ă  rĂ©vĂ©ler les couleurs trĂ©pidantes d’un ballet mĂ©connu de Beethoven,  une partition peu jouĂ©e  (Ă  torts)  : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet en une ouverture et trois actes composĂ© pour le chorĂ©graphe italien Salvatore Vigano.

Dans cette oeuvre oubliĂ©e crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livrĂ© son chef d’oeuvre testamentaire, La CrĂ©ation), Beethoven compose plusieurs thĂšmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie HĂ©roĂŻque. De fait, pour souligner la gĂ©nĂ©rositĂ© complice de PromĂ©thĂ©e envers les hommes enfin rĂ©habilitĂ©s grĂące au don du gĂ©nial protecteur, Beethoven dans la derniĂšre section (Danza festiva) dĂ©veloppe le thĂšme que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie HĂ©roĂŻque. La musique Ă©nergique, palpitante, pleine d’une triomphante espĂ©rance exprime cette gaietĂ© dansante d’une exaltation irrĂ©sistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chĂ©rissait particuliĂšrement collectionne les tableaux contrastĂ©s : affection du titan PromĂ©thĂ©e pour ses deux figures de terre ; prĂ©sentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’Ă©lectrisent grĂące au feu de la danse. MelpomĂšne assassine le titan mais celui ci renaĂźt grĂące Ă  la frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert Ă©vĂ©nement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet Ă  Beethoven de dĂ©velopper l’écriture orchestrale selon les contingences exigĂ©es par la trĂ©pidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement Ă  la nĂ©cessitĂ© du drame chorĂ©graphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne Ă  l’aube du XIXĂšme siĂšcle bientĂŽt napolĂ©onien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : oĂč prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor Ă  cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es poursuit un travail spĂ©cifique sur l’éloquence ciselĂ©e, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expĂ©rimentations du rĂ©pertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les crĂ©atures de PromothĂ©e devrait saisir par ses dĂ©tails, l’énergie rythmique, le sens de la continuitĂ©, rĂ©vĂ©lant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspirĂ© par l’avenir.

Compte-rendu : Saintes, Abbatiale. Festival, le 13 juillet 2013. Gustav Mahler : Symphonie n°1 ” Titan “. JOA, Jeune orchestre Atlantique. Philippe Herreweghe, direction.

Philippe Herreweghe portraitDepuis ses premiĂšres sessions Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes, le JOA Jeune Orchestre Atlantique ne cesse de porter toujours plus loin les apports bĂ©nĂ©fiques des instruments d’Ă©poque dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques; rien n’Ă©gale en Europe la formation ainsi proposĂ©e aux jeunes instrumentistes venus du monde entier pour y suivre les conseils de l’Ă©quipe pĂ©dagogique, de façonner et perfectionner leur propre jeu sous la conduite des chefs aujourd’hui reconnus dans l’approfondissement du texte musical (Minkowski, Rousset, LangrĂ©e, David Stern,  Christophe Coin … sont les derniers chef invitĂ©s Ă  diriger l’orchestre des jeunes musiciens Ă  Saintes).
Cette annĂ©e, volet toujours trĂšs attendu du festival estival, le JOA ose aller plus loin encore ; il repousse le cadre chronologique des pĂ©riodes classiques et romantiques …  jusqu’Ă  la Symphonie n°1 Titan de Gustav Mahler (1889) … un nouveau dĂ©fi post romantique se dresse face Ă  l’Ă©nergie et Ă  la curiositĂ© des apprentis musiciens et pour lequel s’engage aussi le chef flamand Philippe Herreweghe qui depuis sa crĂ©ation, suit les avancĂ©es et l’Ă©volution de l’orchestre.

La prĂ©paration des instrumentistes est assurĂ©e d’abord par Catherine Puig, violoniste au sein de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et ici, responsable pĂ©dagogique. Sensibiliser les jeunes Ă  la sonoritĂ© d’Ă©poque, au jeu, au style, mais encore Ă  l’esthĂ©tique de l’oeuvre dans son contexte, sans omettre toutes les contraintes et les dĂ©fis du jeu collectif… – l’Ă©coute, la disponibilitĂ©, l’Ă©nergie-, sont des vertus propices au dĂ©passement ; car au moment du concert, ce samedi 13 juillet sous la voĂ»te de l’Abbatiale, le public attend un niveau musical au moins aussi impliquĂ© et convaincant que celui des phalanges constituĂ©es depuis des annĂ©es, tels Les SiĂšcles, et Ă©videmment l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, lui-mĂȘme fondĂ© par Philippe Herreweghe … et pionnier parmi les premiers orchestres sur instruments anciens.

 

 

Titan maßtrisée à Saintes

 

Sous la baguette de Philippe Herreweghe, le nouveau programme dĂ©fendu par le JOA a triomphĂ© : il reste pour le festival l’une de ses meilleures soirĂ©es symphoniques.

Comment agissent les quelques 80 jeunes instrumentistes rĂ©unis pour cette Titan dont le seul nom impressionne dĂ©jĂ  ? Justement a contrario de ses promesses, c’est un jeu mesurĂ© infiniment nuancé  et d’une constante intĂ©rioritĂ© qui domine les trois premiers mouvements … avant que n’explosent littĂ©ralement tensions, rĂ©sistances, espĂ©rances du hĂ©ros, dans le dernier et quatriĂšme Ă©pisode, le plus long (18mn) comme le plus pĂ©rilleux (en raison des Ă©tagements et spacialisations des pupitres avec lesquels joue le compositeur en bĂątisseur rĂ©solument moderne) : les cuivres (trombones, trompettes, tuba Ă  droite du maestro) sont rugueux et suggestifs ; les cors (6 Ă  sa gauche) superbes de rondeurs noble et attendrie ; la direction aux mouvements d’une perpĂ©tuelle activitĂ© prĂ©serve la lisibilitĂ© des plans, cette Ă©loquence spĂ©cifique de chaque instrument (malgrĂ© le nombre des musiciens), en particulier le triangle, la harpe, et tous les bois d’une pĂ©tillante et heureuse vitalitĂ© (flĂ»te, clarinette, hautbois sont d’un mordant toujours ciselĂ©). On savait Mahler divin orchestrateur : le geste libĂ©rĂ© et prĂ©cis du chef nous rappelle combien Gustav fut aussi un expĂ©rimentateur gĂ©nial, l’Ă©gal en ce sens de Stravinsky, annonçant sous bien des aspects, Chostakovitch : ses alliances de timbres saisissent par leur aciditĂ© gĂ©nĂ©reuse, leur ĂąpretĂ© expressive choisie, entre cynisme, lyrisme, sincĂ©ritĂ©, parodie…. les mondes de Mahler sont dĂ©jĂ  tous pressentis dans ce premier opus si personnel, entre amertume, souffrance, tendresse, espĂ©rance.

Le mystĂšre captive dĂšs l’ouverture avec ses trompettes invisbles au formidable chant lointain (3 trompettistes situĂ©s derriĂšre le pilier de droite) ; l’ivresse du second mouvement enchante ; dans le troisiĂšme volet, la citation de la mĂ©lodie ” FrĂšres Jacques ” dont Mahler fait une marche funĂšbre, enivre ; puis, c’est surtout le dernier mouvement qui s’impose par son architecture vaste et dĂ©taillĂ©e ; tout l’art du chef s’accomplit ici en presque 20 mn d’une progression constante oĂč cordes, cuivres, vents ne s’affrontent pas mais s’interpĂ©nĂštrent au diapason d’un coeur Ă©chevelĂ©, aux accents d’une rancoeur irrĂ©pressible Ă  laquelle rĂ©pond dĂ©finitivement l’immense et croissante espĂ©rance finale.  C’est assurĂ©ment ce bouillonnement instrumental, vĂ©ritable creuset et forge sonore que dĂ©voile Philippe Herreweghe, en son cheminement certes contrariĂ© (riche en soubresauts, en vagues expressionnistes, en dĂ©veloppements convulsifs imprĂ©vus …) mais inĂ©luctablement tournĂ© vers la lumiĂšre conclusive. Le geste est ample, la sonoritĂ© Ă©clatante et fondue,  d’un fini souvent jubilatoire. Aucun doute que confrontĂ©s Ă  ce massif orchestral, les jeunes musiciens ont pu approfondir leur pratique et leur comprĂ©hension d’une oeuvre clĂ© dans la maturation de l’un des plus grands symphonistes du XXĂšme siĂšcle.

Les rendez-vous symphoniques font aussi le lustre du festival de Saintes. Cette Titan (en sa dĂ©mesure magistralement nuancĂ©e), parfaitement Ă  sa place sous la voĂ»te de l’Abbatiale, est outre le dĂ©fi de sa rĂ©alisation, un instant d’une indĂ©niable rĂ©ussite, Ă  marquer d’une croix blanche dans l’histoire du festival et du JOA.

Prochaine soirée symphonique à Saintes pendant le festival, le 20 juillet 2013 : concert de clÎture, symphonie n°4 de Johannes Brahms. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction (couplé, le Concerto pour violon avec Thomas Zehetmair, violon).