CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard… Corréas / Oberdorff.

CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard… Corréas / Oberdorff. Saluons l’Opéra de Nice de produire cet opéra de Lully, indéniablement un chef d’œuvre : la force des tableaux, des contrastes entre eux, l’équilibre entre récits, duos, ensembles,… sans omettre l’architecture globale et le déroulement même du drame : pas un temps mort.
On ne cesse à chaque écoute de Lully de découvrir et d’apprécier tel et tel aspect, telle nuance de son écriture, son raffinement instrumental, son intelligence dramatique, et dans le choix du sujet, des thèmes moraux et philosophiques qui transportent ; son travail sur la langue, son expressivité musicale comme sa justesse poétique qui captivent à chaque session. Comme Wagner, en effet, Lully a pensé l’opéra comme un spectacle total. En une dizaine de drames, il aura inventé l’opéra à la française. Phaéton appartient à ses derniers.

 

 

 

A Nice, un Phaéton poétique,
visuellement puissant et noir

 

 

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« L’opéra du peuple » ainsi qu’on l’a nommé à sa réception à Versailles en 1683 (comme on dit d’Atys que c’est « l’opéra du roi ») met l’accent de fait sur la figure héroïque de Phaéton, figure suprême de l’ambition comme du courage humain… Mais le propre de Lully est d’humaniser son héros, de creuser ses failles et sa part d’ombre… d’en faire un amant “sans foi”, un traître par vanité et par orgueil, vis à vis de l’ardente et si loyale Théone (véritable protagoniste de ce drame tragique), sorte d’Elvira avant l’heure, qui l’aime passionnément autant que lui ambitionne ; tout en la trouvant admirable, il n’hésite pas à sacrifier leur amour pour sa gloire : ainsi épouser Libye pour devenir roi ; se faire reconnaître d’Apollon comme le fils indiscutable de ce dernier… et à ce titre pouvoir conduire le char du soleil – rien de moins.

Pas facile de mettre en scène un ouvrage spectaculaire et tragique, qui surtout articule en un vrai huis-clos psychologique, les passions humaines ; et, tout en suivant Phaéton, en sa volonté déraisonnable, précipite sa chute…
C’est bien un coup de génie d’avoir préparer ainsi le spectateur vers le tableau final : trop ambitieux, trop téméraire… mais pas assez maître de lui-même, Phaéton est foudroyé par Jupiter ; le soleil, malconduit, allait brûler la terre. A travers ce héros d’argile, Lully et Quinault plonge au cœur du mystère du pouvoir et de sa filiation divine : Louis XIV ne détenait-il pas sa souveraineté de Dieu lui-même ? Aucun autre « prétendant » ne pourrait occuper son rôle. Cela est dit de façon violente, autoritaire et pourtant (grâce à la magie de la musique), poétique. La mise en scène d’Éric Oberdorff a la qualité de l’épure et de la lisibilité, tout en n’écartant pas l’intimisme ni les suggestions multiples d’un Lully autant héroïque et barbare, qu’attendri et rêveur.

Entre temps combien de séquences oniriques, souvent pastorales qui expriment le sentiment du compositeur pour la nature ; et aussi la nuit [quand Protée s'endort avant de dévoiler à sa mère Clymène, le sort de son fils Phaéton, fin du I] ; mais également la mort [quand Apollon convoque l'esprit du Styx en jurant d’exaucer Phaéton, au IV]. Car Phaéton est un opéra sombre et grave, noir.

La production démontre plusieurs atouts : elle utilise habilement la tournette sur le plateau permettant, parce qu’elle ne cesse de se mouvoir, s’ouvrant et se refermant : mouvements, actions simultanées, apparitions, ensembles…, mais aussi il combine astucieusement danseurs (Compagnie Humaine)  et chanteurs dont certains n’hésitent pas non plus à bouger, et jouer sans entrave.

On reste ébloui par la concision du texte, l’acuité et la beauté des images comme des sentiments qu’ils expriment. Il faut infiniment de précisions, d’agilité technique pour ciseler et projeter les mots de Quinault dont l’éloquence égale répétons le, Racine.

Confrontés à ce défi linguistique et expressif, seuls quelques solistes s’en tirent brillamment, plus naturellement intelligibles que leurs partenaires : Jean-François Lombard en triton puis surtout en Apollon donne une leçon de caractérisation ciselée ; les voix basses ensuite, Arnaud Richard [Protée] et Frédérique Caton [le roi] ; puis l’Épaphus de Gilen Goicoechea, cœur noble, princier, loyal à sa promise Libye. Des chanteuses, seule la Théone de Deborah Cachet tire son épingle du jeu : abattage, articulation, caractère… Tout suggère idéalement chez elle, la passion amoureuse qui la dévore littéralement et d’ailleurs explique son très bel air désespéré au début du III, au point où sans espoir ni illusion sur son aimé, l’amoureuse écartée exhorte les dieux à punir Phaéton, avant de se dédire. Magnifique incarnation. Pleine de finesse, et de lumineuses noirceurs, il est le plus travaillé sous la plume de Lully et Quinault et le plus bouleversant.
A l’inverse, dommage que Chantal Santon-J., certes aux beaux sons filés [dans ses duos avec Épaphus] incarne une âme finalement trop linéaire et plus lisse, malgré ce lien qui les reliait alors mais qui à cause d’un Phaéton trop ambitieux, est désormais rompu [magnifique duo des deux voix accordées au IV]. Difficile d’évaluer la prestation de l’américain Mark Van Arsdale dans le rôle-titre : annoncé avec une laryngite, le ténor se sort honnêtement d’un rôle écrasant et lui aussi finement portraituré. Mais l’articulation pêche par imprécision, ce qui peut refroidir quand ici chaque mot revêt une importance capitale.

Dans la fosse, l’orchestre (Les Paladins) peine dès l’ouverture à exprimer sous la majesté lullyste, son allant, ses respirations, sa texture sensuelle et flamboyante. Même la superbe chaconne qui ferme le II, manque d’accents et de relief comme d’onctuosité : tout sonne serré et trop dense. La tenue s’améliore évidemment en cours de représentation sans pour autant faire oublier ce que d’autres en leur temps ont su exprimer de l’orchestre de Lully, décidément rebelle mais captivant : Rousset et ses Talens Lyriques parfois ; avant lui, Christie ou Reyne, surtout JC Malgoire. Nonobstant ces infimes réserves la production égale notre enthousiasme ressenti à cet autre spectacle lullyste présenté au début de ce mois, au Grand Théâtre de Genève : Atys par Preljocaj et Alarcon (lire ci-après), lequel, avec un tout autre projet chorégraphique, ne disposait pas d’un aussi beau plateau vocal.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard… Corréas / Oberdorff. Photos : © Opéra de Nice mars 2022.

 

 

 

 

Autres spectacles / cd LULLY récents critiqués sur CLASSIQUENEWS
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ATYS à GENEVE, par Alarcon / Preljocaj, le 4 mars 2022 :

 

 

 

ATYS-lully-gradn-theatre-geneve-alarcon-preljocaj-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opéra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. Alarcón / Preljocaj. Voici un Atys très convaincant dont le mérite tient à cette fusion réussie entre danse et action ; ce défi singulier renforce la cohésion profonde du spectacle conçu par le chorégraphe (et metteur en scène) Angelin Preljocaj lequel a travaillé l’éloquence des corps qui double sans les parasiter le chant des solistes lesquels jouent aussi le pari d’un opéra dansé, chorégraphiant avec mesure et justesse airs, duos, trios ; même le chœur est sollicité offrant {entre autres} dans le sublime tableau du sommeil (acte III), cette injonction collective qui vaut invective car alors que la déesse Cybèle avoue son amour à Athys endormi, chacun lui rappelle ici qu’il ne faut en rien décevoir la divinité qui a choisi d’abandonner l’Olympe pour aimer un mortel…

 

 

 

 

lully-grands-motet-vol-2-miserere-stephane-fuget-les-epopees-cd-critique-classiquenews-review-chateau-versailles-spectacle-CLIC-de-classiquenewsGRANDS MOTETS par Stéphane Fuget / Les ÉPOPÉES – cd CVS Volume 2 : Grands MotetsCe Volume 2 des Grands Motets complète la réussite du premier volume ; il confirme l’excellence du chef Stéphane Fuget à l’endroit de Lully dont il révèle comme aucun avant lui, le sentiment de grandeur et l’humilité misérable du croyant ; la sincérité de l’écriture lullyste, sa langue chorale et solistique, surtout son génie des étagements, un sens de la spacialité entre voix et orchestre (qui prolonge les essais polychoraux des Vénitiens un siècle avant Lully). Le Florentin recueille aussi les dernières innovations des français Formé et Veillot. D’ailleurs le seul fait de dévoiler la maîtrise de Lully dans le registre sacré est déjà acte audacieux tant nous pensions tout connaître du Florentin, à la seule lumière de sa production lyrique (déjà remarquable). Et pourtant le Surintendant de la musique n’occupa aucune charge officielle à la Chapelle royale. Paru en mars 2022.

 

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Autres spectacles / productions de l’Opéra de Nice,  critiqués sur CLASSIQUENEWS
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glass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-operaCOMPTE-RENDU, opéra. Opéra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi… Lucinda Childs / Warynski (session enregistrée in situ le 1er nov 2020). L’Opéra de Nice multiplie les initiatives et malgré l’épidémie de la covid 19, permet à tous de découvrir le premier opéra à l’affiche de sa nouvelle saison lyrique. Une e-diffusion salutaire et exemplaire… Danses hypnotiques de Lucinda Childs, gradation harmonique par paliers, vagues extatiques et répétitives de Philip Glass, Akhnaten (1984) est un opéra saisissant, surtout dans cette réalisation validée, pilotée (mise en scène et chorégraphie) par Lucinda Childs, par visio conférences depuis New York. Les cordes produisant de puissants ostinatos semblent recomposer le temps lui-même, soulignant la force d’un drame à l’échelle de l’histoire. Les créations vidéo expriment ce vortex spatial et temporel dont la musique marque les paliers progressifs. Peu d’actions en vérité, mais une succession de tableaux souvent statiques qui amplifient la tension ou l’intensité poétique des situations.

 GLASS-AKHNATEN-akhenaton-opera-de-nice-critique-opera-classiquenews-novembre-decembre-2020

 

 

 

LIRE aussi notre ANNONCE d’Akhnaten de Philipp Glass à l’Opéra de Nice, Live streaming du 20 nov 2020 : https://www.classiquenews.com/opera-de-nice-akhnaten-de-philip-glass-en-streaming-des-le-20-nov-2020/

 

 

Opéra de NICE. Nouveau Phaéton de Lully

phaeton_nice_correas opera classiquenews annonce critique classiquenews-1-1NICE, Opéra. LULLY : Phaëton. 23, 25, 27 mars 2022. Jérôme Corréas et son ensemble Les Paladins réalisent une nouvelle production de l’opéra Phaëton de Lully, ouvrage rare, créé en 1683. La caractérisation des passions est un champ artistique investi depuis longtemps par le baryton Jérôme Corréas et son ensemble sur instruments d’époque, les Paladins : ils viennent de faire paraître un excellent programme Haendel avec Sandrine Piau… A Nice, les interprètes remontent le temps jusqu’à la création de l’opéra français au XVIIè, conçu pour Louis XIV, comme le miroir spectaculaire de son prestige et de son pouvoir. Phaëton ne fait pas exception. En abordant le cas du fils du Soleil, qui par ambition désobéit, ose conduire le char de son père, risque et les foudres autoritaires et menace l’équilibre du monde. Le message est évident et direct : le pouvoir du Roi-Soleil est unique, exclusif, omnipotent, indiscutable. Comme les rois de l’Egypte ancienne, ne puisant son autorité que de Dieu lui-même, le roi terrestre est aussi le seul garant de l’ordre universel. Voilà qui est dit. Tout ennemi est condamné à être foudroyé, comme le fut le surintendant Fouquet après son éclat à Vaux qui en éblouissant le Roi-Soleil par sa superbe, suscita immédiatement les foudres royales.

PHAËTON FOUDROYÉ… A Lully et à son librettiste en titre, le poète Quinault, de mettre en scène et en musique l’épisode qui voit, l’ambition déraisonnable de Phaëton, sa fausse ascension pilotant le char solaire, sa chute et sa mort, la menace qu’il fait peser sur la terre, les premiers ravages, fruits de son acte sacrilège, puis le rétablissement de l’ordre…
Outre le relief des héros : Phaëton l’ambition incompétent, c’est son rapport aux parents (Clymène et Hélios), c’est aussi la figure protectrice et très humaine d’Apollon qui séduit et s’impose parmi la distribution. Elément important des tragédies de Lully, l’articulation et la déclamation du texte dont être parfaite, intelligible, aux justes accents. Et l’expression de tableaux spectaculaires, ciselée dans la puissance et la précision : Phaëton s’il est l’opéra le plus court (et le plus efficace) de Lully, est celui qui déploie de formidables tableaux : les métamorphoses de Protée à la fin du I ; le tableau des heures et des saisons au début du IV… évidemment la chute du char du soleil au moment où Jupiter foudroie l’orgueilleux fils irresponsable…
On connait la précédente lecture et l’enregistrement du drame lullyste par Les Talens Lyriques (oct 2012 : imparfait en raison d’erreurs dans le choix des solistes) :
https://www.classiquenews.com/cd-lully-phaeton-1683-rousset-2012/

En courtisan aussi avisé qu’il était bon musicien, Lully tint à faire de Phaéton un ambitieux et non un maladroit. Le Roi- Soleil assista à toutes les représentations : la vengeance est un plat qui se mange froid…
La Tragédie lyrique privilégiait le sens des paroles chantées à la pure virtuosité vocale, faisait alterner le chant, les chœurs et les divertissements dansés, jouait d’une ma- chinerie sophistiquée. Ce fut une merveille d’équilibre entre les arts, entre les affects et les passions. Car Phaéton est aussi une histoire d’amour et d’amour du pouvoir. La Tragédie lyrique tint bon pendant deux siècles, jusqu’à la Révolution française et à la chute de la monarchie.

 

 

 

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Opéra de NICE
MER 23 Mars 2022 à 20h,
VEN 25 Mars 2022 à 20h,
DIM 27 Mars 2022 à 15h

PLUS D’INFOS sur le site de l’Opéra de Nice
https://www.opera-nice.org/uploads/opera_nice_saison_2021-2022.pdf

RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site des Paladins
/ Jérôme CORREAS
https://www.lespaladins.com/agenda/phaeton/

Durée : 2h40 environ
et un entracte de 30 minutes

Tragédie en musique en 5 actes avec prologue
Livret de Philippe Quinault.
Création au Palais Royal de Versailles le 6 janvier 1683

Direction musicale : Jérôme Correas
Mise en scène : Eric Oberdorff
Lumières Jean-Pierre Michel
Théone : Deborah Cachet
Clymène, Astrée : Aurelia Legay
Libye : Anna Reinhold
Phaéton : Mark Van Arsdale
Triton, Le Soleil, La Terre : Jean-François Lombard
Epaphus : Gilen Goicoechea
Merops, Saturne : Frédéric Caton
Protée Jupiter : Arnaud Richard

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice

 

 

 

Lully par Les Paladins. Nouveau Phaëton à Nice

phaeton_nice_correas opera classiquenews annonce critique classiquenews-1-1NICE, Opéra. LULLY : Phaëton. 23, 25, 27 mars 2022. Jérôme Corréas et son ensemble Les Paladins réalisent une nouvelle production de l’opéra Phaëton de Lully, ouvrage rare, créé en 1683. La caractérisation des passions est un champ artistique investi depuis longtemps par le baryton Jérôme Corréas et son ensemble sur instruments d’époque, les Paladins : ils viennent de faire paraître un excellent programme Haendel avec Sandrine Piau… A Nice, les interprètes remontent le temps jusqu’à la création de l’opéra français au XVIIè, conçu pour Louis XIV, comme le miroir spectaculaire de son prestige et de son pouvoir. Phaëton ne fait pas exception. En abordant le cas du fils du Soleil, qui par ambition désobéit, ose conduire le char de son père, risque et les foudres autoritaires et menace l’équilibre du monde. Le message est évident et direct : le pouvoir du Roi-Soleil est unique, exclusif, omnipotent, indiscutable. Comme les rois de l’Egypte ancienne, ne puisant son autorité que de Dieu lui-même, le roi terrestre est aussi le seul garant de l’ordre universel. Voilà qui est dit. Tout ennemi est condamné à être foudroyé, comme le fut le surintendant Fouquet après son éclat à Vaux qui en éblouissant le Roi-Soleil par sa superbe, suscita immédiatement les foudres royales.

PHAËTON FOUDROYÉ… A Lully et à son librettiste en titre, le poète Quinault, de mettre en scène et en musique l’épisode qui voit, l’ambition déraisonnable de Phaëton, sa fausse ascension pilotant le char solaire, sa chute et sa mort, la menace qu’il fait peser sur la terre, les premiers ravages, fruits de son acte sacrilège, puis le rétablissement de l’ordre…
Outre le relief des héros : Phaëton l’ambition incompétent, c’est son rapport aux parents (Clymène et Hélios), c’est aussi la figure protectrice et très humaine d’Apollon qui séduit et s’impose parmi la distribution. Elément important des tragédies de Lully, l’articulation et la déclamation du texte dont être parfaite, intelligible, aux justes accents. Et l’expression de tableaux spectaculaires, ciselée dans la puissance et la précision : Phaëton s’il est l’opéra le plus court (et le plus efficace) de Lully, est celui qui déploie de formidables tableaux : les métamorphoses de Protée à la fin du I ; le tableau des heures et des saisons au début du IV… évidemment la chute du char du soleil au moment où Jupiter foudroie l’orgueilleux fils irresponsable…
On connait la précédente lecture et l’enregistrement du drame lullyste par Les Talens Lyriques (oct 2012 : imparfait en raison d’erreurs dans le choix des solistes) :
https://www.classiquenews.com/cd-lully-phaeton-1683-rousset-2012/

En courtisan aussi avisé qu’il était bon musicien, Lully tint à faire de Phaéton un ambitieux et non un maladroit. Le Roi- Soleil assista à toutes les représentations : la vengeance est un plat qui se mange froid…
La Tragédie lyrique privilégiait le sens des paroles chantées à la pure virtuosité vocale, faisait alterner le chant, les chœurs et les divertissements dansés, jouait d’une ma- chinerie sophistiquée. Ce fut une merveille d’équilibre entre les arts, entre les affects et les passions. Car Phaéton est aussi une histoire d’amour et d’amour du pouvoir. La Tragédie lyrique tint bon pendant deux siècles, jusqu’à la Révolution française et à la chute de la monarchie.

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Opéra de NICE
MER 23 Mars 2022 à 20h,
VEN 25 Mars 2022 à 20h,
DIM 27 Mars 2022 à 15h

PLUS D’INFOS sur le site de l’Opéra de Nice
https://www.opera-nice.org/uploads/opera_nice_saison_2021-2022.pdf

RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site des Paladins
/ Jérôme CORREAS
https://www.lespaladins.com/agenda/phaeton/

Durée : 2h40 environ
et un entracte de 30 minutes

Tragédie en musique en 5 actes avec prologue
Livret de Philippe Quinault.
Création au Palais Royal de Versailles le 6 janvier 1683

Direction musicale : Jérôme Correas
Mise en scène : Eric Oberdorff
Lumières Jean-Pierre Michel
Théone : Deborah Cachet
Clymène, Astrée : Aurelia Legay
Libye : Anna Reinhold
Phaéton : Mark Van Arsdale
Triton, Le Soleil, La Terre : Jean-François Lombard
Epaphus : Gilen Goicoechea
Merops, Saturne : Frédéric Caton
Protée Jupiter : Arnaud Richard

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice

CD. Lully : Phaéton, 1683 (Rousset, 2012)

CD. Lully: Phaéton, 1683 (Rousset, 2012) …  Poursuite du cycle des opéras (rares) de Lully par Les Talens Lyriques et Christophe Rousset. Les plus connaisseurs regretterons ici une baguette des plus tendues, sèche, râpeuse, ascétique sans guère d’abandon tendre ni de nostalgie subtile (n’est pas William Christie qui veut, désormais indépassable chez Lully comme chez Rameau) ; les plus ouverts et curieux, trouverons ce nouvel album comme le précédent (Bellérophon, également édité par Aparté) d’une évidente cohérence musicale, digne du plus efficace des ouvrages de Lully et Quinault.

 

 

Phaéton déséquilibré …

 

lully_phaeton_rousset_cd_aparteLe sujet en lui-même est d’une modernité exceptionnelle : le fils du Soleil, aimé par son père, veut afficher fièrement et orgueilleusement sa divine origine au risque de mettre en péril l’équilibre du monde : dirigeant le char d’Apollon, l’orgueilleux incompétent échoue à conduire les célestes chevaux : il est illico foudroyé par Jupiter.Le message est clair pour l’ensemble du royaume et à l’attention des courtisans muselés tentés par une audace hasardeuse. Le roi tranchera dans le vif toute velléité d’orgueil. Dramatiquement les auteurs cisèlent une action resserrée ; ils ajoutent une intrigue amoureuse assez légère mais utile en ce quelle embrase la souffrance et le ressentiment des caractères.
Lybie, future reine d’Egypte, qui aime Epaphus, se voit obligée d’épouser Phaéton. Celui-ci n’est que politique et d’un coeur plutôt insensible (il reste muet et distant vis à vis de celle qui l’aime, Théone). En vérité, Phaéton est un jeune arrogant ambitieux qui n’aspire qu’à assoir sa fausse grandeur, en particulier vis à vis du fils d’Isis, Epaphus.
Lully, angle rare dans un opéra politique, aime à exprimer ce lien du fils Phaéton à sa mère (Clymène, très attentionnée pour sa progéniture) et à son père : quand paraît Apollon, être sensible et pathétique, plutôt qu’astre héroïque et solennel ; cet aspect du dieu solaire est le point le plus attachant de l’ouvrage.Rousset réunit un plateau de chanteurs, finalement  …  déséquilibré voire peu convaincant. C’est le risque des prises uniques, la représentation et son enregistrement sur le vif à Paris ce 25 octobre 2012 n’ont pas réussi à tout le monde. Écartons d’emblée, trop faillible sur le plan du style comme de la musicalité (et de la justesse), la Théone d’Isabelle Druet (rien à faire : le timbre est étroit, la justesse peu assurée… faute de préparation ou d’approfondissement réel du rôle, les dérapages sont trop nombreux) ; dans le rôle-titre, Emiliano Gonzalez Toro manque de vision sur son personnage (pourtant dramatiquement passionnant) : maniérisme et affectation polluent un chant qui devrait sonner naturel et souple ; même constat hélas pour Andrew Foster-Williams, – bien que mieux chantant : son jeu confond engagement et … burlesque : il est fait trop pour le rival de Phaéton ; son Epaphus ressemble plus à un rôle bouffon qu’à l’amant de Lybie, grave et impuissant, être terrassé par le jeu politique et qui doit subir la vanité de son ennemi.

Heureusement, tout n’est pas perdu, loin s’en faut : en Apollon tendre et humain voire déchaîné pour sauver son fils outragé (Epaphus a contesté son origine divine), Cyril Auvity tire la couverture vers lui : assurance vocale inouïe, verbe tapageur et ciselé ; sa prestance et son caractère sont indiscutables. La Bergère de Virginie Thomas éblouit subitement la scène par sa diction fluide et sans effet, mais c’est surtout l’exceptionnel Chœur de chambre de Namur qui rétablit pas son articulation souveraine, la place centrale du chant, avec une réaffirmation soudaine d’un style plus humain, coulant, sanguin… parfois asséché voire atrophié par la baguette nerveuse du chef.Phaéton est un sommet de l’inspiration de Lully (1683), l’un de ses ultimes opéras. Saluons l’initiative du label Aparté de nous le révéler dans sa fureur et son âpreté premières ; dans sa continuité souvent fulgurante : c’est l’un des opéras les plus courts du Surintendant.
D’autant que le double coffret est d’un soin éditorial manifeste, défendant de la meilleure façon une oeuvre méconnue à torts : notice argumentée, livret intégral.
Si l’on regrette l’insuffisance du plateau vocal, la production laisse néanmoins envisager ce qui a fait le triomphe de l’ouvrage sous Louis XIV : sa grande séduction musicale, sa prosodie habitée et expressive, ses situations contrastées au très fort potentiel spectaculaire (les métamorphoses de Protée à la fin du I ; le tableau des heures et des saisons au début du IV… et évidemment la chute du char du soleil au moment où Jupiter foudroie l’orgueilleux fils d’Apollon …). A écouter de toute évidence.Lully : Phaéton, 1683. Cyril Auvity, Virginie Thomas… Les Talens Lyriques. Christophe Rousset. 2 cd Aparté. Enregistrement réalisé en octobre 2012.