DVD. Wagner : TannhaĂĽser. Waltz / Barenboim (Berlin, avril 2014)

tannhauser wagner barenboim seiffert pape mattei opera dvd review critique classiquenewsDVD, compte rendu critique. Wagner : TannhaĂĽser. Waltz / Barenboim (Berlin, avril 2014). Dès l’ouverture enchaĂ®nĂ© Ă  la plage vĂ©nusienne, sorte de nocturne voluptueux, le Tannhäuser de Sasha Waltz n’est pas aussi “catastrophique” que la chorĂ©graphe insatisfaite après la sĂ©rie des premières reprĂ©sentations a souhaitĂ© le dĂ©clarer (prĂ©cisant que pour la reprise de cette production en avril 2015, elle aurait rĂ©visĂ© sa copie offrant une mise en scène chorĂ©graphiĂ©e diffĂ©rente : l’histoire ne dit pas si un nouveau dvd en sortira). La combinaison danseurs et acteurs se dĂ©roule mĂŞme idĂ©alement : il est vrai que le ballet de VĂ©nus et cette Bacchanale, orgie problĂ©matique dès le dĂ©but, se rĂ©vèle a contrario du pain bĂ©ni pour la chorĂ©graphe dĂ©sireuse de fusionner chant et danse : de fait dans une sorte de capsule monumentale suspendue, VĂ©nus (somptueuse Marina Prudenskaya) et le toujours excellent Peter Seiffert dans le rĂ´le-titre paraissent face aux spectateurs après s’ĂŞtre frottĂ©s aux corps dĂ©nudĂ©s des danseurs, dans cette demisphère nacrĂ©e. L’image est esthĂ©tique et l’action parfaitement claire. Donc pas d’Ă©chec Ă  ce stade.

Pour le reste du drame, Waltz hĂ©site hĂ©las entre l’oratorio et l’Ă©pure il est vrai, ne dĂ©fendant pas une vision clairement dĂ©finie de son Tannhäuser. La chorĂ©graphe metteure en scène a-t-elle rĂ©ellement approfondi la question ? S’est-elle interrogĂ©e sur la mission du poète / artiste que dĂ©fend ici Wagner ? Pour crĂ©er, l’artiste doit souffrir donc vivre, au sein de la communautĂ© des hommes, ses frères…

Pourtant dès le dĂ©but, les choses sont Ă©loquentes : devenu dieu aux cĂ´tĂ©s de VĂ©nus, le chantre TannhaĂĽser s’ennuie grave malgrĂ© les dĂ©lices voluptueux qu’il peut consommer sans limites.

Si visuellement le spectacle est beau, hĂ©las le parti dramaturgique reste flottant et imprĂ©cis : le jeu des acteurs Ă©tant  en dĂ©finitive… inexistant.

On passe rapidement sur l’Elisabeth d’Ann Petersen (maillon trop faible d’un cast quasi irrĂ©prochable : quel dommage !). Comme Pavarotti dont il partage sur le tard (Ă  60 ans) la corpulence, l’excellent et si subtil Peter Seiffert – dĂ©jĂ  remarquĂ© par la RĂ©daction de classiquenews dans le rĂ´le tout autant vertigineux et extĂ©nuant de l’Empereur dans la Femme sans ombre de Richard Strauss, est aussi piètre acteur qu’il est diseur exceptionnel. Son rĂ©cit de Rome est juste et sa repentance d’autant plus acceptable : le chant est stylĂ©, sobre, nuancĂ© : un contre-exemple rĂ©jouissant et passionnant des hurleurs criards habituels dans le rĂ´le. Belle prise de rĂ´le pour Peter Mattei qui fait un Wolfram lui aussi tissĂ© dans la finesse, la profondeur, la sĂ©duction sincère (Romance Ă  l’Ă©toile). Herman acquiert lui aussi une puissante stature humaine grâce Ă  la noblesse ductile de la basse RenĂ© Pape.

Dans la fosse, Daniel Barenboim, vrai champion de la soirĂ©e, conduit les instrumentistes de la Staatskapelle avec une tension profonde laissant se dĂ©ployer de superbes couleurs chaudes et enivrantes en un tissu orchestral fluide et souple, mĂŞme s’il ne s’agit pas de la version parisienne de 1861 car la version dresdoise première (1845) pĂŞche par certains passages arides et brutaux, diminuant justement la continuitĂ© organique du drame musical. Le chef connaĂ®t son Wagner comme peu (voir son Tristan entre autres). Il sait exploiter toutes les ressources expressives du plateau, en Ă©troite fusion avec le chant de l’orchestre.

DVD, compte rendu critique. Wagner : Tannhäuser. Opéra en 3 actes: version originelle de Dresde, 1845 (comprenant aussi la Bacchanale). René Pape, Peter Seiffert, Peter Mattei, Prudenskaya, Petersen, Sonn, Schabel, Sacher, Martinik, Grane. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Enregistrement réalisé en avril 2014 à Berlin. 2 dvd Bel Air Classiques.