Opéra, compte rendu critique. Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 17 avril 2015. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Anne-Catherine Gillet, Marc Laho, Lionel Lhote, Roger Joakim. Paolo Arrivabeni, direction musicale. Yoshi Oida, mise en scène

bizet georgesA travers ces Pêcheurs de perles, l’Opéra Royal de Wallonie tend la main à la glorieuse histoire du chant en Belgique. En effet, la distribution est exclusivement composée de chanteurs du pays, pour un résultat à saluer bien bas. On soupire d’aise devant une telle clarté dans la diction et un style aussi juste, l’école de chant belge paraissant avoir conservé dans son enseignement des traditions qui se sont un peu perdues dans l’Hexagone. A commencer par Marc Laho, qui (re)trouve en Nadir un emploi idéal pour ses moyens vocaux, permettant de faire admirer tant le métal de son médium que la mixte subtile de ses aigus, particulièrement mise en valeur dans la fameuse romance, superbement chantée. L’évolution de son instrument vers un répertoire plus large permet en outre de donner au personnage du pêcheur une vaillance qu’il n’a pas toujours aujourd’hui.

 

 

 

L’OpĂ©ra royal de Wallonie ment en scène l’autre chef d’Ĺ“uvre de Bizet, teintĂ© d’orientalisme : Les PĂŞcheurs de Perles….

PĂŞcheurs de Belges

 

A ses côtés, on retrouve avec bonheur Anne-Catherine Gillet, qui paraît avoir approfondi et mûri sa Leila depuis les concerts nantais de l’an dernier. Le timbre est toujours aussi transparent qu’un cristal de roche et le vibratello qui fait sa signature donne toujours à chacune de ses inflexions un caractère naturellement émouvant. La figure forte et fragile à la fois de la jeune femme s’incarne comme une évidence dans la gracieuse silhouette de la soprano, et on se souviendra longtemps d’un « Comme autre fois » palpitant et frémissant, glissant le long d’un tendre legato ; comme on n’oubliera pas de sitôt une confrontation avec Zurga au désespoir rageur.
Zurga qui se révèle comme le grand triomphateur de la soirée. On est heureux d’entendre Lionel Lhote dans ce rôle emblématique de grand baryton français.
La maîtrise de la partition est totale, chaque phrase sonnant pleine et habitée, le chanteur ne se départissant jamais, jusque dans la colère, d’une grande majesté.
En outre, on admire le sombre velours du timbre qui enrobe une rare maîtrise de la déclamation lyrique, et on rend les armes devant un aigu inépuisable, osant un retentissant la naturel durant le premier acte, et, témérité suprême, achevant son duo avec Leila à l’unisson de sa partenaire, avec un rarissime si bémol aigu !
Pour compléter ce trio de superbe facture, le Nourabad luxueux de Roger Joakim laisse sonner sa belle voix de baryton-basse dont on ne perd pas un mot. Un vrai quarté gagnant.

L’excellence lyrique made in Wallonie...

Galvanisant l’orchestre et les chœurs de la maison, profondément impliqués dans l’aventure, Paolo Arrivabeni dirige ici ce qu’il considère comme son premier véritable opéra français, à savoir écrit par un compositeur français. Une gageure pour le chef italien, mais un défi relevé avec maestria, tant sa compréhension de cette écriture spécifique est grande. Le drame reste toujours présent, l’orchestre tourbillonnant et faisant sans cesse avancer l’action, ménageant aux bons moments des instants contemplatifs qui permettent l’apaisement avant l’orage.
Une direction intensément théâtrale, au diapason de la mise en scène de Yoshi Oida, créée Salle Favart voilà trois ans. La scénographie imaginée par le comédien japonais n’a rien perdu de son efficacité ni de sa poésie grâce à un orientalisme sobre et des lumières de toute beauté, servant une direction d’acteurs d’une belle justesse et d’une grande force. Une excellente soirée, faisant honneur au lyrisme made in Wallonie.

Opéra, compte rendu critique. Liège. Opéra Royal de Wallonie, 17 avril 2015. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Livret d’Eugène Cormon et Michel Carré. Avec Leila : Anne-Catherine Gillet ; Nadir : Marc Laho ; Zurga : Lionel Lhote ; Nourabad : Roger Joakim. Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Marcel Seminara. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Mise en scène : Yoshi Oida. Assistant à la mise en scène : Samuel Vittoz ; Décors : Tom Schenk ; Costumes : Richard Hudson ; Lumières : Fabrice Kebour