LIVRE, événement, annonce. MARIE-ANTOINETTE et la musique. Patrick BARBIER (édition GRASSET, janvier 2022)

barbier marie antoinette et la musique grassert critique livre review book classiquenews 9782246824251-001-TLIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. MARIE-ANTOINETTE et la musique. Patrick BARBIER (Ă©dition GRASSET, janvier 2022) – Fine musicienne, Ă©lĂšve de Gluck Ă  Vienne, la jeune Marie-Antoinette arrive encore adolescente Ă  Versailles (14 ans), douĂ©e d’un goĂ»t trĂšs sĂ»r qui lui permet d’élargir les styles musicaux Ă  Versailles. La princesse autrichienne bientĂŽt reine de France en 1774, avant de connaĂźtre un destin tragique, bouleverse toute mesure tant elle prĂ©cipite l’évolution artistique en France dĂšs le milieu des annĂ©es 1770, c’est Ă  dire avant la RĂ©volution, au cƓur des LumiĂšres. Son goĂ»t et sa curiositĂ© enrichissent les genres musicaux ; elle affirme ainsi au dĂ©but des annĂ©es 1770, comme Ă  Vienne dans les annĂ©es 1760, le gĂ©nie de Gluck, sa puissance expressive (frĂ©nĂ©tique et fantastique) et sa construction dramatique, tous ses brillants caractĂšres : l’importance de l’orchestre, l’hĂ©roĂŻsme des chƓurs, la vitalitĂ© des ballets – qui passent des gigues et tambourins (hĂ©ritage de Lully et Rameau), au ballet d’action. La Reine impose aussi les Italiens Ă  la Cour : surtout les Napolitains, Piccinni (avec une nouvelle querelle, celle des gluckistes contre les piccinnistes dĂšs 1777), puis Sacchini Ă  partir de 1781 (au destin lui aussi tragique : aprĂšs avoir crĂ©Ă© Renaud en 1783 – gluckinĂ© comme il se doit, selon les mots de Grimm, et avec avec la Saint-Huberty dans le rĂŽle capital d’Armide, puis ChimĂšne et Dardanus en 1784, Sacchini meurt brutalement en 1786 sans connaĂźtre le triomphe posthume de son OEdipe Ă  colonne) ; enfin Salieri, arrivĂ© en 1784, dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre, dont Les DanaĂŻdes (1784), dans le genre terrifique hĂ©ritĂ© de son maĂźtre Gluck, puis les Horaces (1786) enfin Tarare (1787) sont des marqueurs puissants de la pĂ©riode. Tarare, ovni inclassable Ă©tant conçu avec le bouillonnant Beaumarchais ! Aux cĂŽtĂ©s du genre tragique et noble, qu’elle s’ingĂ©nie Ă  faire Ă©voluer, la Reine se passionne aussi pour l’opĂ©ra comique et GrĂ©try devient son compositeur favori, n’hĂ©sitant pas Ă  multiplier ses apparitions dans les thĂ©Ăątres parisiens, parfois au mĂ©pris des convenances (comme elle Ă©tait familiĂšre du fameux bal de l’OpĂ©ra Ă  Paris, oĂč les dames sont masquĂ©s, Ă  l’inverse des hommes).

marie antoinette versailles France royaute marie-antoinetteA travers le choix des Ɠuvres et des compositeurs, se prĂ©cise le style français des arts de la scĂšne ; la Cour sous Marie-Antoinette devient un laboratoire spectaculaire auquel le roi, plutĂŽt couche tĂŽt, ne participe que rarement (en tĂ©moigne son enthousiasme exceptionnel pour la mĂȘme Didon de Piccinni et son interprĂšte mĂ©morable, Antoinette Saint-Huberty). Versailles est un lieu de crĂ©ation permanent et la France alors, le temple de l’art lyrique (et monarchique) – Pour autant, l’époque est prĂ©rĂ©volutionnaire et la Reine, d’abord favorisĂ©e par l’opinion publique, concentre bientĂŽt toutes les haines, en particulier Ă  partir de l’Affaire du collier (1785) ; en 1787, « l’autrichienne », « madame dĂ©ficit » interrompt ses apparitions parisiennes


CLIC D'OR macaron 200L’auteur analyse le contexte musical et artistique dans lequel Marie-Antoinette occupa une place de premier plan ; mĂ©cĂšne, pionniĂšre, tour Ă  tour admirĂ©e puis conspuĂ©e, la Reine paraĂźt ici sous la forme d’un portrait captivant, musicienne elle-mĂȘme, jouant et chantant les airs de ses chers Napolitains Ă  ses invitĂ©s dont son frĂšre Joseph II en visite Ă  Versailles
; ainsi se prĂ©cisent au fil des pages ses compositeurs favoris (Dussek, Gluck, GrĂ©try, Sacchinni,
), son goĂ»t qui la porte vers la romance voire l’irrĂ©alitĂ© (au risque de maladresses politiques). Un penchant qui dans une pĂ©riode barbare ne lui Ă©pargna rien et qu’elle paya trĂšs cher. Chaque Ă©tape de ce parcours exceptionnel est abordĂ©, y compris les rapports de plus en plus complexes puis antagonistes entre la Cour et Paris, le public parisien n’hĂ©sitant pas Ă  dĂ©juger les Ɠuvres et les auteurs favorisĂ©s par la Souveraine dĂ©sormais vilipendĂ©e et ouvertement critiquĂ©e
les querelles dont se gavent le milieu parisien et les courtisans, un certain interventionnisme musical, la crĂ©ation de l’école royale de chant en 1784 (prĂ©figuration du Conservatoire), tĂ©moigne d’une souveraine des plus mĂ©lomanes, ayant transformĂ© la Cour de France Ă  Versailles, pendant 20 ans, de 1770 Ă  1789, comme la premiĂšre scĂšne lyrique en Europe.

marie-antoinette-2035100-jpg_1802029Plus qu’une amatrice passionnĂ©e par le divertissement spectaculaire et virtuose, Marie-Antoinette prend une Ă©paisseur nouvelle Ă  travers le texte, celle d’une observatrice avisĂ©e des Arts en France, Ă  Paris comme Ă  la Cour.  Elle en comprend les spĂ©cificitĂ©s donc les limites et les besoins
 Elle favorise donc la crĂ©ation de l’école royale de chant et de dĂ©clamation, acte fondateur d’une conscience lyrique et linguistique visionnaire (qui fait dĂ©faut toujours aujourd’hui) ; comme elle Ɠuvre au mĂȘme moment pour la fondation comme Ă  Vienne ou Londres d’un thĂ©Ăątre permanent dĂ©diĂ© aux Ɠuvres italiennes, les fameux Bouffons, « le ThĂ©Ăątre de Monsieur » dont le privilĂšge alors ne peut recevoir l’aval que d’un frĂšre du roi (Provence qui d’ailleurs prĂȘtera son nom et son accord, sans rien faire). Passionnant.

LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. MARIE-ANTOINETTE et la musique. Patrick BARBIER (Ă©dition GRASSET, janvier 2022) – 448 pages – EAN :
9782246824251. Format : 140 x 205 mm – Pages : 448 – EAN : 9782246824251

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