Compte-rendu, concert. Bruxelles. Bozar, Salle Henry Le Bœuf. Le 8 mars 2015. Giovanni Paisiello : Il Barbiere di Siviglia (Version de concert). Topi Lehtipuu, Mari Eriksmoen, Pietro Spagnoli, Andrè Schuen, Fulvio Bettini. René Jacobs, direction.

paisiello portraitComme titre d’ouverture du Klara Festival de Bruxelles, le choix de la direction s’est portĂ© sur Le Barbier de SĂ©ville – version Paisiello – qui, après avoir Ă©tĂ© donnĂ© en version scĂ©nique au Theater An Der Wien le mois passĂ©, est prĂ©sentĂ© en version de concert (non figĂ©e) dans la magnifique salle de concert Art DĂ©co du Palais des Beaux Arts, familièrement appelĂ© le « Bozar ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette tentative audacieuse sera couronnĂ©e, aux saluts, par un beau et franc succès auprès d’un public qui, connaissant très bien la partition de Rossini, aurait pu ne pas faire l’effort d’entrer dans l’univers de Paisiello. Car, on le sait, le public de la crĂ©ation de l’opĂ©ra de Rossini aimait tant la musique de Paisiello qu’il siffla copieusement le nouveau Barbier. De nos jours, c’est justement la comparaison entre les deux Ĺ“uvres qui fascine : celle de Paisiello, entièrement tournĂ©e vers l’esthĂ©tique du théâtre napolitain du XVIIIe siècle, qui sera sublimĂ© par le Mozart de Cosi fan tutte et des Noces de Figaro ; celle de Rossini, aux innovations plus poussĂ©es et aux motivations plus prĂ©cises, toutes tendues vers le renouveau du théâtre romantique.

Elégance raffinée, tact ineffable de Paisiello

Eriksmoen Mari sopranoA Bruxelles, on pense souvent Ă  Mozart en Ă©coutant ce Barbier de SĂ©ville, crĂ©Ă© en 1782 Ă  la cour de Catherine II Ă  Saint-PĂ©tersbourg. C’est bien cette Rosine-lĂ , aimante, pudique, sensuelle, qui deviendra la Comtesse des Noces, et non la « vipera » rossinienne, volontaire, farouche, qui n’accepte pas un un seul instant sa condition et se rĂ©volte sans cesse. Paisiello, comme Mozart, dĂ©noue avec une poĂ©sie infinie, une Ă©lĂ©gance raffinĂ©e, un tact ineffable des situations galantes chargĂ©es de sous-entendus. Rossini, lui, vise Ă  l’essentiel et peint les caractères avec des traits plus marquĂ©s.
La distribution vocale dĂ©passe toutes attentes, hors peut-ĂŞtre l’Almaviva du tĂ©nor islandais Topi Lethipuu, un peu pâle vocalement parlant, mais aussi scĂ©niquement, avec une prĂ©sence moins immĂ©diate que ses collègues. En revanche, satisfaction totale avec la Rosine de la soprano norvĂ©gienne Mari Eriksmoen, toute en nuances, toute en demi-teintes exquises, et d’une musicalitĂ© irrĂ©prochable. Son chant s’avère exemplaire et la ligne est conduite avec soin. Excellent Ă©galement le Figaro du baryton autrichien Andrè Schuen, mĂŞme si Paisiello le rend très Ă©pisodique, le laissant Ă  sa place de valet sans lui donner le rĂ´le Ă©crasant que lui rĂ©serveront Rossini et Mozart. Pietro Spagnoli est Bartolo sans caricature, sans excès, lui aussi plus intĂ©grĂ© dans un contexte d’ensemble très mozartien avec une voix pĂ©nĂ©trante mais parfois un peu sourde, tout comme Fulvio Bettini dont la « Calunnia » n’a rien Ă  voir avec le « colpo di cannone » rossinien.

A la tête du formidable Freiburger Barockorchester, le grand René Jacobs offre une impeccable leçon de style, obtenant de la phalange allemande clarté et lumière, tout en laissant aux voix la possibilité de définir caractères et situations.
Bref, une belle soirĂ©e qui nous fait souhaiter voir d’autres Ĺ“uvres de Paisiello Ă  l’affiche. A propos, justement, pourquoi ne le joue-t-on pas plus souvent ?

Compte-rendu, concert. Bruxelles. Bozar, Salle Henry Le Bœuf. Le 8 mars 2015. Giovanni Paisiello : Il Barbiere di Siviglia (Version de concert). Topi Lehtipuu, Mari Eriksmoen, Pietro Spagnoli, Andrè Schuen, Fulvio Bettini. René Jacobs, direction.

Illustration : Mari Eriksmoen (© Sveinung Bjelland)